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02/04/2016

Juppé et Fillon

La campagne pour les primaires a commencé et on peut déjà faire un état des lieux sur le seul débat qui vaille, celui qui oppose Juppé et Fillon. Nicolas Sarkozy n'est déjà plus dans la course, et son rôle, tout comme sa personne d'ailleurs, est maintenant secondaire et décoratif. Ne parlons pas des autres candidats: ce sont des faire valoir.

La personne d'Alain Juppé est intéressante: détendu et un peu hautain, il exprime une satisfaction de lui même permanente qui est extraordinairement agaçante. Cette morgue guindée, dotée du petit accent bordelais qui caractérise la manière bourgeoise d'être proche du peuple en province, sera responsable de plongées dans les abimes des sondages d'opinion dès qu'il sera élu. Condamné et soupirant encore de cela, il l'assume sans culpabilité ni regrets, et se sent capable d'exercer ce à quoi il aspire depuis toujours, et qui lui convient bien, les sondages actuels le disent. 

Il s'exprimait aujourd'hui sur sa politique de la culture. En charge des valeurs attaquées par le fanatisme, elle est une réponse, histoire, création, patrimoine (quoi d'autre comme directions dans l'administration du ministère?), un plan "ambitieux" doit être mis en oeuvre, mais le budget ne doit pas forcément être augmenté, l'Europe ayant elle tout l'argent. Bref, un mélange que l'on peut qualifier d'habituel entre le discours lénifiant sur les valeurs, l'ambiguité financière prudente et l'appel final à l'Europe pour évoquer l'avenir. Le placement de la relation valeurs/culture avec l'actualité marquée par le terrorisme qu'il convient de combattre de la sorte évoque la sentimentalité religieuse du temps: le mal se combat par l'émotion contrôlée, et Juppé se positionne parfaitement dans un exercice obligé, typique. Ca marche à Bordeaux, le Berlin de la gauche d'Aquitaine, ça marchera partout. 

Au passage, on bloquera des sites internets, les pédophiles valant les islamistes, cela déradicalisera, et d'autre part, il faut le noter, Juppé le redit encore, un imam, celui de Bordeaux, sera en charge de cela, les musulmans étant bien sur "crédibles" (sic) pour lutter contre le djihadisme. Le poncif absurde naïf, déjà partout contredit par l'évidence et la lecture des sites internets qu'on ne bloque pas encore: membre de l'UOIF, Tarek Obrou est parfaitement ambigu, parfaitement communautariste, parfaitement mielleux et ne mérite pas ces honneurs. Juppé, un maire qui sous traite au privé la gestion de certains territoires ? Partisan, comme la tentation existe chez les républicains (c'est aussi la position de Lemaire) de l'abandon du recrutement de fonctionnaires territoriaux, cela est logique. 

"Je l'ai dit dès le départ": un coup politique que cette réforme de la constitution. Juppé, la première semaine de Janvier était prêt à voter la réforme dans l'état. En fait, il changea d'avis et ne fut avec Fillon, dans la dénonciation de l'inutilité de la réforme que courant février, et il est vrai avec une énergie qui n'alla pas jusqu'à écorner les sondages en sa faveur.

Fillon organisa la guerre contre la manipulation et du accepter tout en refusant le principe un sinistre contre vote que certains à gauche osent, les misérables, mal qualifier, et hélas à raison. La défaite conjointe de Hollande et de Valls (celui ci du mouiller sa chemise sur son temps de loisir avant qu'on ne l'abandonne en rase campagne) est lamentable et honteuse, presque incroyable et en tout cas jamais vue sous la Vème république. Leur discrédit et leur humiliation est affreuse: elle fut due à la constance et à la méchanceté d'un homme d'Etat, jugé jusque là timide et velléitaire: François Fillon. 

Il y eut des éclats de voix au bureau politique des républicains: Nicolas Sarkozy avait pris en solitaire (un chef ça prend des initiatives) la décision de négocier la réforme constitutionnelle directement avec son successeur, et Fillon s'opposa frontalement à la chose, qui malgré quelques délires en salle des fêtes ne fut pas revendiquée outre mesure, les mises en examen se succédant trop. L'échec de Hollande et aussi celle de cette négociation là, qui ruine tout autant les carrières de deux petits hommes, inconscients des enjeux, sans honneur ni intelligence. 

Pour conclure, rappelons les propos de Manuel Valls, qui déplore (comme son maitre) une manoeuvre politicienne et qui se plaint "collectivement, de ne pas avoir été à la hauteur". Tout cela pour se faire traiter, par Fillon, de "petit manoeuvrier sans envergure". La honte est bue, la misère complète. Ces gens là sont ce qu'ils sont. 

Fillon déroule son programme depuis deux ans, et renouvelle régulièrement, avec une constance et une pugnacité qui s'accroit insensiblement, les arguments, les anecdotes, les réflexions. Il a dores et déjà mis sur la table un ensemble de choses qui elles aussi ne furent jamais vues depuis le début de la Vème république. Une réorganisation complète des territoires, de l'économie, et de la fonction publique de la France. Allez y voir.

D'abord le constat: la situation devient dangereuse et la France amorce un déclin irrémédiable, de longue durée, dont tous les éléments, connus, se manifestent déjà. Une occasion unique se présente pour le réaliser et pour réagir de manière puissante, brutale, à la Française. Il s'agit de rompre avec les habitudes et de se remettre en selle, dans tous les domaines en même temps en marquant de façon nette la différence avec l'avant. Une "rupture", une "révolution" ? S'il arrive à faire ce qu'il dit, cela en sera une... Cela a le mérite de la clarté, de la force et du culot. Pourtant, l'homme reste le bourgeois sarthois qu'il se flatte d'être, il fut seguiniste, premier ministre, a toutes les apparences de la mesure et semble en tout réfléchi et prudent. Il est même catholique pratiquant ! 

Commençant par les territoires. Comme prévu, et comme décrit par tout le monde, la réforme des régions de Hollande rend maintenant incontournable les départements, qui du fait de la taille des régions les rend définitivement intouchables.

Que dit Juppé ? Qu'il serait déraisonnable, malgré l'incontestable nocivité de la chose, d'y toucher à nouveau, voire que cela serait une folie, décrédibilisant ses possibles auteurs. 

Que dit Fillon ? Que la réforme sera abolie instantanément dés son arrivée, et la fusion des régions (celles d'avant) et des département évidemment nécessaire, souhaitable, voire indispensable au reste de la réforme de la France immédiatement instaurée, bien sur après un référendum qui traitera aussi d'autres questions (voir le programme).

Cette opposition frontale et définitive sur un point fondamental de la catastrophe gestionnaire des années 2012/2017 résumera tout cet article. En tête des sondages et de toutes les popularités, Alain Juppé est porteur d'une inactivité que ne compense pas la préparation toujours en cours de son programme économique par des experts. Pour l'instant, des périphrases en interview, la suppression de l'ISF, plus quelque chose sur les 35 heures et la dégressivité des allocations chômage. On verra donc sa popularité quand les propositions économiques seront publiées, ce sera au printemps, c'est bientôt. 

Juppé est porteur de "la théorie de la goutte d'eau": il ne faut pas l'ajouter pour bloquer la France et il l'a vécu, il sait de quoi il parle. Malgré bien des efforts et d'ailleurs des réussites, il restera, avec Chirac qui l'ordonna, le réformateur de l'abandon devant la rue. L'occasion unique de briser la CGT et la gauche à la Noël 95 qui le tua fut ratée pour toujours: vingt ans de perdus, qui s'achèvent dans la rue d'ailleurs comme d'habitude, par un abandon à venir pour cent fois plus dérisoire.  

Par contre, il ne cesse jamais de parler de réformes, au sens normal: des changements de fonctionnement par touches sur les différents sujets. Pourquoi exactement ? Parce que. Coordonné par Dominique Perben, avec Hervé Gaymard en charge de l'économie, ces charismatiques (tu parles) organisateurs peaufinent ce qui s'appelle un ragout. Décision par décision, tout ce qui est édicté depuis en haut est ce qu'il faut faire, voilà mes décisions.

Un pacte avec l'islam ? Voilà où j'en suis. A prendre ou à laisser, alors que le sujet, qui n'est pas traité, c'est le moins qu'on puisse dire, va soulever bien des interrogations... Tout à l'avenant. Un catalogue, chaque ligne, réfléchie, et mesurée par le bon sens du bordelais (il a encore les capacités intellectuelles de tout lire) valant contrat au sens traditionnel de la manière dont le pays est gouverné depuis trente ans. A l'aveugle. 

Pour fixer la sauce, un concept "l'identité heureuse", sensée (nous ne sommes pas des communicants) donner à l'ensemble la cohérence et la ligne de fuite qu'il n'a, désolé, aucunement. 

Nous sommes à la veille de l'ouverture du débat. Il se déroulera bientôt, mais surtout à l'automne, bien sur, l'été 2016 devant être le dernier que la France passera à la plage, avant que la nécessité de la réforme brutale n'amène les violences à venir de 2017. Il y aura bien sur à régler son compte à Sarkozy, mais cela ne sera que broutilles, car la puissance de la nécessité de réagir va bientôt enflammer les esprits, du moins c'est ce que je crois. 

L'élection met en jeu, bien plus que l'union nationale, tous les sentiments contradictoires et opposés que les français ont d'eux mêmes et de leur pays. Pour l'instant, ils se tâtent en bouffant, toujours ça qu'ils n'auront pas. Nous allons regretter la période en cours. 

"Je ne suis pas le candidat de l'arrogance, je ne suis pas celui du consensus, je suis venu pour sérieusement casser la baraque pour la reconstruire  autrement". Ca, ce n'est pas du Juppé. 

  

19/03/2016

Les déismes

Dans un domaine où règne forcément l'indéterminé, il est surprenant de voir que finalement les choses tournent en rond, comme si elle n'arrivaient pas, justement à décoller vers le grand ciel promis. 

Je voudrais donc ici considérer la possibilité d'une "manière de voir" qui donne un sens différent à quelque que bien des gens s'obstinent à ne considérer que d'une seule manière. La question des déismes s'applique particulièrement bien à la chose, voire en est la définition quasiment parfaite. En effet, et c'est là l'intuition, alors le cercle autour de ce sens là a (presque) toujours la forme d'un carré autour d'un inconnu qui existe d'autant plus qu'il ne se manifeste jamais, et que donc on peut caresser à loisir avec force paradoxes, finalement sans grand intérêt, on pourrait imaginer de solidifier ce mystère là, le considérer acquis et cesser de se torturer. A partir de là, le choix de l'activité la mieux à même de décrire la suite des opérations pourrait être fait tranquillement. 

La compréhension de la créativité théologique, axée autour de la résolution de problèmes bien plus sensibles et concrets que la question d'une "existence" qui n'intéresse de fait personne, devrait être un axe de compréhension de notre histoire, voire une méthode d'accès aux mentalités du passé. Le discours "déiste" pseudo mystique, qui marqua le vingtième siècle après l'abandon complet de toute référence sociale et personnelle à la religion ancienne n'est qu'une mentalité parmi d'autres. Les déismes sont multiples, et accompagnent les époques et les situations.

Caractérisent-t-ils l'"Homme" ? Et bien je ne le crois pas : les organisations psychologiques et sémantiques des systèmes collectifs informationnels sont trop diverses pour l'humain dépende d'un choix particulier dans cet espace là. L'humain est d'abord biologique et son espace cognitif est un lieu, un contenant, dans lequel tout est possible. 

Bien sur il y a la question de l'occident et de sa capacité à mettre tout cela sous le microscope. Issue elle même d'une forme particulière de déisme, cette science là l'a par contre complètement détruit, comme quoi, on peut s'en passer, quoique. Mais avant d'étudier ce contenant, on pourrait d'abord regarder ce qu'il est capable de concevoir comme organisations "spirituelles"  et quel problèmes cela résoud. 

Bien sur, c'est extrêmement présomptueux et beaucoup des thèses que ma forfanterie me suggère sont peut être totalement absurdes, mais comme je pourrais les prendre à mon compte, leurs absurdités au moins assises sur leurs possibilités, devrait les rendre au moins vraisemblables. 

Je me souviens du refus méprisant qu'on m'adressa quand je suggérais que le rite répétitif a d'abord pour vocation de faire marcher le monde, d'en pousser la roue, comme si le soleil ne pouvait se lever sans qu'on l'y aide. La prière, la répétition de l'acte sacré n'est que la participation de l'être intelligent, ce qui en est la responsabilité, au maintien de la création en ordre de marche. L'idée, en fait extrêmement profonde, a des ramifications partout et se trouve à la base de la conscience de soi, de celle qui pousse à se lever le matin par exemple.

Est elle totalement absurde ? Et bien pas du tout: elle est même trivialement  vraie, tout système vivant qui ne reconnait pas la répétition des actes volontaires ou involontaires qui président à sa vie, cesse ou peut cesser de vivre, ce qui pour lui, il faut le reconnaitre, arrête le monde... Celui ci trouve sa fin, on ne le redira jamais assez, à la fin de la vie de tout rameau vivant, jamais mort jusque là, et oui. 

Le problème de donner et décorer le sens de cette répétition est ainsi trivialement l'un des buts légitimes de l'activité mentale humaine. Les solutions en sont multiples, et l'inventivité est dans ce domaine grande. Cette trivialité est  elle une explication ? Et bien l'identification au moins partielle du religieux au rite, à cette répétition là est ma théorie, la marche du monde étant identifiée à la relation au divin qui se trouve ainsi défini par l'extérieur, ce qui justifie, ordonne, permet et justifie cette répétition, qui est aussi relation: le dieu ordonne de faire, pour qu'on le fasse vivre et qu'il nous l'ordonne, ça y est ça a commencé.  

Un autre point est la relation intellectuelle au référent ancien. Car il n'y a pas d'intellect sans croissance dans l'enfance au sein d'un monde constitué et impérieux qui, déjà là, impose ses significations, pratiques et textes sacrés eux mêmes proclamés anciens et véridiques. Les "problèmes" que l'on se trouve appelés à résoudre dans ces cadres sont concrets et dépendent des époques. Le cadre résolument moderne de la propagation de la "vraie foi" pour le salut de l'Eglise menacée par exemple, est parfaitement moderne et a remplacé complètement des questions plus anciennes qui avaient trait au salut des personnes elle mêmes, l'Eglise n'ayant à l'époque pas trop de souci à se faire. Le salut de cette église passa d'ailleurs par la question sociale enfin considérée quand on réalisa l'ampleur de la menace soviétique. Et les catholiques passèrent à gauche, et la bretagne socialiste subventionne maintenant des salafistes musulmans. 

Cette question du salut individuel, très différente de l'image classique du simple besoin de survivre après la mort, comme d'ailleurs celui d'expliquer le monde par une puissance magique, fut très longtemps une motivation profonde des individus. L'image déformée et superstitieuse qu'on s'en fait aujourd'hui est globalement fausse (je reconnais habiller ici un épouvantail) et complètement accordée avec les besoins propres à notre époque, ou du moins à la rhétorique de défense des organisations spirituelles aujourd'hui en débandade complète.

Dans un monde ou la "question" du surnaturel n'en était pas une, sa présence étant manifeste et admise, les questions étaient autres c'est cela le fond de l'affaire. Pourquoi tremblerais je avec Kierkegaard sur la dureté invisible du Dieu dont j'ai déjà visualisé l'absence évidente, alors que mystique, je ne cherche que la technique mentale qui me rapprochera de l'évidence, celle ci étant précisément ce qui me torture ? La question morale qui agite les existentialistes qui identifient péché originel et être là de l'humain en attente du percement du plafond du ciel, quel qu'il soit, est très différente de la présence ancienne de la mort, tellement inéluctable et fréquente, qu'elle donnait lieu à des vrais imaginaires de mondes ou elle serait abolie.

La question de l'espérance, de la foi, du drame humain de l'homme sans Dieu et toute l'artillerie moderniste de la fin de la foi, de la mort par Auschwitz que sais je n'est que fait d'époque, tout simplement, image de l'obstination à refuser l'inéluctable qu'on invente de plus soi même au fur et à mesure de ses dénis successifs: il n'y a bien sur rien. Alors on s'invente des pauvres, comme source divine en lieu et place et il ne reste plus qu'eux, et donc que le socialisme pour régler leurs problèmes.  

Services publics en ordre de marche, chargés de faire marcher le monde, justement, et aussi de réconforter les individus sur le sort qui les attend dans l'éternité, les Eglises et tout ce qui peut en tenir lieu étaient des organisations utiles et respectées, au service de préoccupations légitimes. Elles se sont longtemps d'ailleurs préoccupées du social, justement, mais bien sur avec les moyens techniques dont elles disposaient: sans antibiotiques ni pesticides. 

Celles ci ont disparu sous cette forme et si d'autres thèmes, en apparence voisins, passionnent maintenant certains, et bien c'est leur problème: ils inventent quelque chose d'autres et dont on peut décrire aussi les mécanismes. 

On pourrait dire qu'après tout, ils ne sont pas si différents des religieux, tout aussi humains, du passé. Il faudrait donc respecter, encourager, voire aider à sélectionner les différentes croyances à un religieux nécessaire qui reste vivant -sous une certaine forme- dans les coeurs des gens.

Et bien c'est toute la question que je pose: ce qui fut détruit ne mérite pas d'être reconstruit, même autrement et surtout pas avec des idées utilitaristes au sujet de choses mues par le surnaturel, justement (qu'elle ironie que de vouloir recréer ce qui ne peut l'être doublement: du fait que c'est Dieu non humain qui le fit à l'origine, du fait qu'on n'y croit plus d'autre part). Pire, on organise les choses de manière moderne en mettant l'accent sans vergogne sur le pire de ce qui causa justement la chute des vieilles religions: l'utilité sociale et la répétition rituelle. 

Car se manifeste aujourd'hui dans le monde un horrible mélange de morale et de rites ridicules, une infâme idéologie pseudo spirituelle dévoyée consacrée au "respect" de toutes les croyances, comme si le panthéisme greco romain était revenu, et que tout le religieux s'était dilué dans la nature à nouveau. 

La chose est parfaitement établie: un déisme écologico-féministe à visée universaliste est présent sous nos yeux et traduit une volonté de substituer au débat démocratique l'organisation (l'expression est revendiquée) d'une "prise de conscience mondiale" rassemblant toutes les religions pour sauver une planète qui n'en peut mais. 

De quoi devenir djihadiste, (l'idée vient spontanément à l'esprit), en fait d'en revenir à nouveau à un unique quelque chose. Bien sur on n'est alors que dans une variante kitsch du point précédent et les pouilleux barbus goinfrés de captagon qui se violent mutuellement leurs petites soeurs  restent ce qu'ils sont. 

Non, la question c'est le passage à autre chose, et l'effort sera grand. 

Cela veut il dire qu'il faille oublier ce qui fut pensé ou senti ? Cela au nom d'une foi qui se voudrait "nouvelle" alors qu'elle a disparu tout simplement, voilà la nouveauté. Je reconnais qu'il n'y a pas grand chose de nouveau à clamer la liberté de l'homme sans Dieu, mais justement, ceux qui le firent furent des hommes du XIXème siècle, (Dostoievski ou Nietzsche) parfaitement spiritualistes et qui crurent inventer, précisément une suite, dont on a vu les conséquences gravissimes pour le siècle d'après. Ouf c'est terminé. Alors cette fameuse liberté ? Et bien elle doit se purger de chaines qui n'ont pas disparues voilà le fond de l'affaire et ce qui justifie qu'il les faut mieux connaitre.

Ces chaines là doivent être connues et appréciées pour ce qu'elles furent: d'abord l'arrière plan de la musique de Bach, on en reparlera, mais aussi celui de la manifestation de l'esprit du 11 janvier (jour de manif, la célébration a bien plus d'importance que les meurtres sans causes). Qu'est ce que le rituel et quels sont les problèmes intellectuels qu'il veut ou peut résoudre ? 

Je reconnais tout à fait identifier ici pratique rituelle et réflexions solitaires sur son être spirituel. Est ce à tort ? Et bien je crois vraiment que non, c'est ma théorie: le déisme EST religieux et réciproquement: il n'y a pas de grand tout sans l'organisation de sa célébration et la défense de ses prêtres, et pas de danses sensuelles sans un oeil dans le ciel. 

Le super athéisme que je revendique peut t il échapper aux fois et aux rites dont il reconnait l'existence ? C'est ce qu'il doit vouloir en tout cas. 

 

P.S. La description du "convivialisme" et sa critique faite chez Finkielkraut par Jean Pierre Legoff
est sur ce sujet particulièrement frappante.
http://www.franceculture.fr/emissions/repliques/malaise-dans-la-democratie

Michea et Dupuy convivialistes ? Tiens tiens...

 

13/03/2016

L'intelligence artificielle

On désigne comme telle la chose qui vient de battre un jeune champion talentueux, particulièrement agressif dit on, mais qui a tout de même battu la chose ce matin, comme quoi c'est possible. 

Le machin (le terme "la machine" violant trop la récente journée de la femme) n'est donc pas tout à fait vainqueur. Mais après tout, est ce significatif qu'à un jeu ne nécessitant pas d'intelligence, la preuve, un dispositif automatique puisse gagner contre un humain entrainé (et dopé, je m'égare)?

Là est la question, et pose bien des questions, quand à bien des activités auxquelles trop d'humains se sont consacrés et aliénés, le caractère d'humain ne pouvant être attribué qu'aux personnes passionnées, c'est leur droit, par ce qu'il leur paraissait, elles sont libres, digne d'intérêt ou de délassement. 

L'intelligence artificielle, terme générique dont le sens, qui reste général et impersonnel, vient de glisser vers celui qu'on donne à un être mythique maintenant vaguement menaçant est donc en passe d'être considérée méchant(e). 

Gare au reflux vers la dénonciation universelle des générations à venir, dégoutées par le pouvoir maléfique de ce qui les opprime déjà ! Ce que nous avons rêvé en frimant avant que l'arrobase se généralise, c'est à dire que l'on puisse s'envoyer par mail soi même, sert maintenant d'épouvantail à je ne sais quoi. Cette attitude de crainte panique, marque de l'inculture technique trop répandue est quelque chose de très bête, et qui va disparaitre sans doute du moins je l'espère, aurais je le temps de lui donner un coup de pied ? 

La peur est celle de la grande "bifurcation" quand l'humain sera dépassé, contrôlé et remplacé, non pas par un musulman misérable et misogyne mais par un robot étincelant et pervers avec un chibre argenté comme ça. A moins que le grand remplacement ne célèbre la définitive grossesse pour autrui effectuée par d'autres, nos excitations étant conclues par des siliconées et non autonomes artefacts entièrement pilotés par la pensée de celui qui fixe leurs objectifs. 

Ce qui fait peur est le "deep learning", un système de reconnaissance de "patterns" (formes) qui identifie des situations et les classe par ordre de valeurs suivant des échelles apprises dans des bases d'exemples très volumineuses. Dérivés des perceptrons des années cinquante, dont les inventeurs viennent à peine de mourir, ils archivent des réflexes et les retrouvent rapidement, en plusieurs couches, c'est ce qui les rend efficaces depuis peu, sans parler d'astuces supplémentaires qu'on ne peut révéler. 

La chose fut reconnue par l'un des programmeurs d'Alpha Go: ils n'en sont "que à" ça. Une décision par classification de tout l'espace des parties, avec sans doute bien d'autres astuces et peut être une intervention humaine mais c'est de la rumeur complotiste, dont il faut s'écarter, la victoire obtenue ce matin étant inespérée.

Il faut savoir que le geek du futur en était déjà à un "auto apprentissage", la victoire étant obtenue par autonomie complète, la machine gagnant quelque soit les règles, par simple consultation de son propre savoir. La bonne blague. 

Le fond de l'affaire est que cette fameuse machine est d'une impitoyable, définitive et incomparable bêtise, le travail de l'humain, de plus en plus malin, de plus en plus tordu, étant de se magnifier en la programmant et je peux vous dire que c'est dur. Un point: on a longtemps glosé sur des circuit spéciaux émulant la matière biologique du cerveau.

On en est en fait à du parallélisme strict à l'échelle (grande, voire très grande) d'algorithmes qu'il est possible de rendre assez malin pour éviter les embuches naïves à quoi porte l'incompétence des premiers regards.

Il s'agit ainsi de programmation parfaitement symbolique, qui bien que particulièrement astucieuse et créative, exploitant au maximum les pressions osmotiques qui maintiennent rigide la boue responsable des formes de bien de paires de seins, restent toutefois dans le cadre de ce qui est convenablement castré par l'inconnaissable mathématique bien connu. 

On pourrait parler du quantique, certes, mais pour l'instant, la vitesse de son espace de calcul multi dimensionnel n'est pas mise en oeuvre, ce sera pour la prochaine fois, le futur jeu à défier étant la composition de poèmes de rap, le dernier himalaya de la psyché. 

Parlons du module moral que les féministes veulent rendre obligatoire dans nos futures voitures, et qui aura vocation à décider seul de foncer exclusivement sur les défilés anti femen reconnus à leur bombers mauves (n'importe quoi). Plus grave: comment empêcher un ordinateur de décider dans l'espace qu'on a bien voulu lui donner ? En édictant une constitution qui supprime le droit de vote aux être immatures ? 

Car là est le dilemme : comment empêcher la femme de ménage d'aspirer ma carte mère ? 

 

 

P.S. Une analyse du fonctionnement d'Alpha Go, le nouveau champion automatisé est faite ici:

https://gogameguru.com/go-commentary-deepmind-alphago-vs-fan-hui-game-5/

06/03/2016

Les théories de l'art

Comme indiqué dans un article précédent, la discussion de au sujet de la religiosité de la musique de Bach est ouverte.

Mais d'abord, il faut savoir que la question de la relation entre l'Art en général et la divinité est posée depuis longtemps et sous des formes distinctes qui se suivent dans l'histoire. On pourrait distinguer trois théories modernistes.

D'abord celle du Dieu des religions qui inspire l'Art, celui ci étant une voie de communication vers celui là. On y inclut l'art romantique, dont l'objet et la représentation du réel, et donc du divin.

Ensuite celle du modernisme qui tue ce dieu là et donc énonce l'impossibilité de la représentation, l'Art célébrant son impuissance glorieuse à voir au delà du réel brut immédiat.

Une troisième forme, plus récente, entend maintenir un audelà, qui serait le lyrisme Heideggerien: celui d'un dieu qui "viendrait" ("der kommende Gott"  de Höderlin), au delà des dieux des religions, au delà du réel en tout cas, mais sans être surnaturel. Une sorte de dieu ultime des poètes. Son caractère "à venir" en ferait une future victime, car il faudrait le tuer lui aussi, mais autrement (intrigant non ?)

Il y a bien sur des théories intermédiaires, la considération de l'imitation de la nature, et du plaisir qu'on en tire (Leopardi) quelque soit le caractère intrinsèque de beauté ou de laideur de l'objet vu ou représenté. L'Art serait alors un accès au vrai, une (re)production du vrai. Ce vrai étant celui du spectateur, du plaisir vrai qu'il éprouve, ou bien celui de la vérité que tous doivent éprouver, ou bien seulement certains.

Cette vérité là se trouve furieusement romantique et subjective, à moins qu'on ne veuille accéder à une vérité non contestée, mais on se demande bien quelle équation pourrait devenir artistique, à moins que.

Nous voilà donc revenu à Bach et au problème qu'on voulait poser. De fait, le vieux boche avait sans doute réfléchi à la question sous tous ces aspects car sa musique résume la totalité du débat: classer ses chansonnettes sous l'orbe d'une de ces théories est l'enjeu.

 Bach est qualifié de "baroque", et le fait est que ses airs n'ont pas grand chose à voir ni avec le classique, ni avec le renaissance, ni avec le romantique, ni bien sur avec le moderne, et naturellement pas avec l'ultra moderne qui n'est pas de la musique, mais c'est un autre débat.

Un point important, il me semble est la question du rythme: issu de l'intérieur de la musique pour tout le baroque, la basse continue n'étant pas le rythme, mais son soutien, il est extérieur à la musique pour tous les airs battus de la modernité africanisée. Il faudra noter que cette africanité là est par contre post afrique bien sur, les vraies percussions traditionnelles n'ayant rien à voir, et ressortant plutôt du rythme intérieur, modulé, que nous sert en fait les dansantes antiennes recyclées par la période clé de l'histoire du monde (1600-1750).

La suite de la musique occidentale fut de fait une longue marche vers le néant: elle disparut avec le XXème siècle, la contemplation de l'impossibilité de produire des sons harmonieux lui ayant été fatale.

Car cette question de la danse est bien sur essentielle et se trouve justification symbolique du bruit qui la stimule, et cela dans tous les supports raisonnables de son activité. Non que la musique s'en trouve dévalorisée: son langage, réflexion suprême, est celui du mouvement, sa cause, sa justification, son origine. Car la musique est bien l'art suprême, le seul en fait, toutes les autres activités de distraction n'en étant que des formes abatardies, en tout cas secondes.

Finissons en avec la danse: elle est évidemment causée par l'ivresse du sentiment musical, et il faut la vieillesse sommeilleuse et toussauteuse des audences des concerts de Bach pour ne pas se livrer à des débordements non classiques caractérisés. Pleurs et hurlements seraient de mise, mais la civilisation occidentale a réussi à les maitriser. Le désordre et la frénésie n'en sont que plus intérieurs, c'était le but.

On en vient donc à la relation au divin. Il faut savoir qu'il y en a de multiples. On peut louer d'abord, et les paroles sacramentelles (le texte de la messe en si) peuvent suffire. Remarquons toutefois que quelque soit l'intensité de son approbation du credo, sa manifestation avec cette musicalité là n'est ni évidente, ni obligatoire, ni à proprement parler signifiante. On pourrait même dire (et c'est sur certains le disent) qu'elle pollue le message divin au point de le rendre secondaire, l'éclatante conviction qu'elle manifeste étant tellement liée à sa force, comme musique, qu'elle en devient autonome: "et resurrexit". A moins que. Mais quoi ? 

De fait, il faut donc considérer qu'il y a autonomie. Impossible d'y échapper. Bach n'est PAS romantique. Qui oserait dire qu'il ne fabrique pas pourtant un mouvement irrépressible vers quelquechose qui n'est ni réel ni divin ?

Une autre forme d'expression est l'injonction. Caractéristique de certaines cantates, elle ordonne et soumet. Une fin du monde peut se manifester, certaines punitions être exécutées, le diable dénoncé sous des appellations diverses (Ah, Bélial!), toutes plus exotiques les unes que les autres. Pourtant, ces paroles autoritaires se révèlent souvent incroyablement maniérées, et exprimées dans un langage musical dont le baroque, désolé  (sorry), en ruine le sérieux.

Précisons l'aspect non religieux ou divin: si cela était le cas, tout le religieux y serait aspiré et Bach deviendrait Dieu: comment se contenter du grégorien dont la chiantitude, parfaitement voulue, et explicitement porteuse de ce que l'on veut dire ? Et bien parce que la musique, volontairement humiliée, est soumise à la parole du culte. Bach fait l'inverse, on devrait l'interdire.

Pourrait on alors affirmer qu'il ressort d'une voie particulière vers l'au delà qui ne serait pas classifiée ?

Examinons la voie moderne du nouveau dieu qui viendrait résoudre tous nos problèmes. Il serait une personne, donc et plus malin que la musique de Bach ? Ou bien ne serait-t-il qu'un audela de la personne et donc incapable de pleurer comme nous sur d'aussi magnifiques beautés ?

Non, nous sommes dans l'humain. Cela est clair. Le divin ne peut se permettre de telles choses sans se ridiculiser. Ou bien alors il a dicté les partitions de jean sébastien (certains disent que c'est sa femme, en fait (laquelle ?)).  Dans ce cas, il faut déclarer hérétiques les gospels et bruler tous ces noirs. Non, non, nous sommes dans l'humain.

On en vient alors aux superstitions mathématiques qu'on attache au vieux: il se serait piqué (sur le tard en  plus) de rosicrucianisme et de quadrature de cercles et ses succès mélodiques n'en serait que des retombées heureuses. Pourquoi pas, mais franchement, pourquoi diable cela est il aussi plaisant ?

Quel homme !

 

P.S. Johann Nikolaus Graf von La Fontaine und Harnoncourt-Unverzagt est mort ce week end.

04/03/2016

Le non déisme

Il faut bien parler du religieux en général, certains commentaires ici avaient abordé le sujet, et il est d'ampleur.

D'abord je crois qu'il y a bien une attitude générale (celle de l'époque, de l'air du temps) qu'on pourrait trouver étrange: pour diverses raisons, liées à l'histoire, ou à la sédimentation des opinions exprimées, il semble que la question du surnaturel, cause et justification du religieux ne soit pas encore tranchée officiellement. Il resterait un doute, qui justifierait les "agnosticismes" et qui justifie les respects que l'on manifeste officiellement aux uns et aux autres: ptet ben qu'Dieu existe, on n'peut pas savoir.

Autant le dire tout de suite, je crois qu'on peut, et c'est ce que je fais, trancher la question à la base et proclamer qu'évidemment il s'agit, non pas d'un compromis public que certains n'hésitent pas à appeler "laïcité", mais d'une position particulière inacceptable, à rebours de toutes les apparences et de tous les bons sens. Je dirais même plus, la question ne peut même pas/plus se poser.

Y a il un complot à dénoncer?  Non, je veux simplement dire que la position en question n'est pas la bonne pour parler du religieux. Les complots sectaires sont bien sur variés et d'origines multiples, mais la question n'est pas là: on peut parler du divin et de sa considération hors de toute référence à sa possible manifestation, en se contentant simplement d'exprimer sans nuances l'évidence de sa non réalité. L'athéisme militant traditionnel dénonciateur n'est pas de mise, il n'est que complotisme et n'apporte rien. L'athéisme positif est un système de langage: si on le pratiquait bien des choses dans les appréciations changeraient de manière importante. 

On doit et on peut ainsi affirmer plutôt un athéisme "ontologique" et en exposer les conséquences dans les représentations que l'on se fait des esprits et conceptions religieuses. Mieux, il doit être possible de comprendre et décrire le religieux en le qualifiant de manière rationnelle et en "pensant" Dieu, non pas comme une nécessité qui qualifierait de manière particulière une forme de surnaturel, mais comme une acception purement intellectuelle, une conception strictement humaine dont les effets ne sont jamais "magiques" mais toujours sociaux ou psychologiques.

Ce refus du surnaturel va jusqu'au législatif: le dieu des philosophes voulut s'y arrêter et se constituer dans la dernière des magies, celle qui fonderait le pouvoir. Cette position là du déisme se trouve être la position américaine par exemple: elle est construite et je la veux refuser donc explicitement pour dire ce que je dis.

Est ce enfoncer une porte  ouverte que de se placer là? Sans doute un peu, voire beaucoup, mais je maintiens qu'il n'est pas explicité en général de soutenir un tel refus "méthodologique". En permanence, trop de discours sous entendent que la croyance religieuse est rationnellement possible du fait même de son absence de prouvabilité. C'est le contraire qui est vrai, et cela doit être sous entendu sans trêve. Car les croyances ne créent pas le surnaturel, et n'en font pas une nature, cela par définition: elles n'illustrent et justifient que des comportements particuliers, que l'on doit pouvoir décrire publiquement comme incompréhensible, voire ridicules.

Pardon de m'acharner, mais cette longue suite d'affirmations, qu'on pourrait rattacher à l'insistance musulmane de dire le contraire a bien pour objet de se défier de tendances que je juge indulgentes, voire coupables et aussi parfaitement présentes.

Présentes par le respect: la croyance en Dieu, partiellement de l'ordre du privé, touche à l'intime. Peut on piétiner l'intime ? Si l'on compare avec le sexe, dont les pratiques privées, inconnues à priori, peuvent être très diverses, on pourrait dire qu'on ne peut ni exhiber ni imposer des pratiques qui seraient complètement respectables, ni non plus d'ailleurs imposer des pratiques qui certains pourraient légitimement juger inacceptables. La conséquence de cette protection de l'intime est que le refus de l'obscénité doit jouer dans les deux sens.

Disons que la proclamation de la possibilité de l'existence de Dieu me parait obscène, et que la protection trop longtemps accordée à ceux qui pourraient être choqués de l'effondrement de la justification de leur morale doit maintenant être renversée. Il nous faut protéger les psychismes de nos enfants de l'affirmation de fictions dont les rêves qui s'y rattachent sont gênants. Gênants comme réalité, pas comme discours. Car l'expression est libre, et elle doit l'être plus que les religions qui elles ne sont pas des individus, mais des organismes constitués, qui n'ont pas le statut de parti politique et qui donc n'ont droit à l'expression publique qu'à certaines conditions bien précises à définir avec prudence.

Je crois qu'il faut ici faire des allusions précises. De la même manière qu'il faut s'inquiéter des prêches sectaires en général, il faut reconnaitres que ceux cis existent dans les religions traditionnelles. Les petits gris de Stanislas en sont, et les salafistes variés qui infectent certaines banlieues aussi. Absolument rien ne justifie que l'on respecte ou considère normales ou acceptables de telles pratiques, au contraire...

On a ainsi deux types d'utilisation pour cet athéisme ontologique. D'une part la restauration d'une possible nouvellecompréhension des religions et de leur logique et d'autre part la proclamation de l'humiliation nécessaire de tous les corps constitués en charge de leur propagation à notre époque.
 

Car cet athéisme là n'est pas destiné qu'à la croyance, mais aussi aux religieux. Mais d'abord, il doit être humble, car le religieux est en fait partout. Déjà soit disant ruiné par l'incroyance générale, il a en fait métastasé  et je pense réellement qu'il imprègne notre monde au sens du polythéisme gréco romain: partout règnent les rites absurdes, les respects et les cultes bizarres, avec une intensité et une multiplicité à la hauteur de l'abandon des systèmes traditionnels. Cela signifie qu'il (le religieux implicite) est nécessaire, voire preuve de la nécessité des croyances, voire des dieux surnuméraires ainsi adorés ? Et bien non et c'est ce que je veux dire, mon athéisme s'addresse aussi à ceux là et il faudra l'énergie d'un prophète pour les dénoncer et détruire leurs statues !

On se retrouve donc avec un programme, que dis je avec un système: quelle attitude humaine échappera à ce grand retour de la théorie du polythéisme ? Et bien nous le verrons.

 

 

21/02/2016

Les cantates de Bach

L'ensemble d'oeuvres musicales similaires produites par Johann Sebastian Bach sous le nom de "cantates", sous leur forme "sacrées" et "profanes" est sans aucun doute la plus extraordinaire oeuvre composite globale de l'histoire de la musique. Formée d'au moins 200 pièces identifiées (il y en a en fait bien plus, dont beaucoup d'encore inconnues sans doute), elle manifeste la plus inconcevable variété formelle, tout en restant remarquablement homogène. Un océan dans lequel on peut nager à loisir, émerveillé par ce qui s'apparente à une nature supplémentaire, un complément de la création, ou son achèvement, là je m'égare, mais l'idée y est. 

Les cantates sont connues sous leur forme "sacrées": oeuvres jouées lors de cultes luthériens à Weimar ou Leipzig elles mettent en musique des textes à connotation religieuses, dont on pourrait interpréter le ton, le style ou la profondeur spirituelle. Cela n'est pas le propos, car il faut bien admettre que la musique qui les accompagne est d'une nature radicalement différente. On  va essayer ici d'en expliciter quelques aspects, à défaut de les identifier tous, ce qui est naturellement complètement impossible, le caractère (sur) naturel de ce déferlement étant accablant.

Accablant au sens qu'il parait impossible d'en saisir globalement l'unité, tout comme il est impossible d'embrasser un arbre, ou une montagne. On ne peut que les escalader et revenir épuisé pour dormir enfin, soustrait aux infinies variations d'un monde qui nous dépasse complètement. 

On ne peut ainsi à leur propos qu'évoquer des souvenirs de voyage et bien sur rester pétrifié si on doit dire ce qu'on en pense ou pire choisir celle qu'on préfère parmi toutes les petites pièces brèves. Toutes ? Non pas toutes, certaines sont pénibles, on y pleure trop. Ce sera un aspect: les larmes qui viennent subitement, que l'on ne peut reprendre en main qu'à la faveur d'un écart musical bienvenu qui survient subitement, pour distraire, voire pour faire rire, ouf. 

On peut souligner l'importance de ce qu'il faut bien appeler la "polyphonie" : la plupart des morceaux sont formés de musiques différentes superposées qui s'appareillent harmonieusement, enfin, en apparence: en fait elles sont la plupart du temps complètement indépendantes et se taisent subitement puis repartent sans qu'on ne puisse savoir vraiment comment. Très souvent, on voit bien pourquoi: pour le plaisir qu'elles causent, mais la raison est elle vraiment celle là ? Surtout que l'ensemble est contenu dans une hiérarchie de nécessités où règnent les mêmes types de variétés à la fois répétées et donc existantes mais aussi fugitives et parfois beaucoup trop ("quel gaspillage!" se dit on parfois). Non il y a quelque chose de plus: tout ceci est spontané et n'est pas issu d'un plan, ou bien alors de celui de quelque chose qui n'est pas humain. 

Serait il possible que mon manque de culture musicale me soumette à la magie d'un enchanteur qui à partir de quelques trucs qui se font oublier après chacune de leur apparition endort toute réflexion, toute mémoire, toute analyse ? 

Comment se souvenir d'un "air" de Bach au point de le fredonner ? Cela est impossible: chacune de ses mélodies est un amoncellement de dix airs différents tous accordés ensemble et qui changent en permanence. On ne peut mémoriser cela que structurellement je pense, et encore: d'un endroit à l'autre les choses sont retournées, similaires en écho, mais toujours "pas pareilles", ce qui produit sans soute ce sentiment éperdu de volume, de souvenir perpétuellement déformé de quelque chose qui vient de disparaitre et qui peut être, mais ce n'est pas sur va revenir, préparez vous ! 

Et pourtant, les choses sont claires au demeurant: nulle véritable obscurité. Au point que toute "fausse" note se détecte immédiatement. Quand il s'y met lui même, c'est merveilleusement annoncé et délicatement introduit, comme en s'excusant, puis envoyé avec énergie, et en connaissance de cause, oh combien. 

Parlons des voix. La tradition voulait que les femmes ne chantent  pas. On avait donc des enfants, mais avec le timbre légèrement mâle du gamin, un peu gênant. Alors que les terribles émotions qu'une puissante soprano femme adulte peut transmettre sont souvent effrayantes. Pourtant il est frappant de réaliser que la musique de Bach arrive souvent à se rendre indépendante de ces formes là, comme si les différentes variétés de sa restitution n'étaient que des variantes agréables. D'où l'importance, ou bien n'en est ce que la conséquence, de l'humilité des chanteurs: ceux ci ont en concert, du moins dans les bons, une allure humble et timide qui participe grandement au spectacle, comme si on ne faisait que redire encore une fois quelque chose qui existe de toute éternité. Tu parles: la chanson de ce dimanche là, rien de plus, à dimanche prochain. 

Revenons aux paroles des cantates: même si leur interprétation est oiseuse, et leur sens profond obscur, il est très important de les considérer comme partie intégrale de la musique. Elles en font partie, tout simplement et doivent être considérées comme telles: leur sens premier EST dans la musique et c'est le propre de l'incroyable variété de celle ci que de découper leur mots pour en éclater les sons dans toutes les volutes baroques possibles. La relation entre les sens de ces mots et ce que Bach leur fait subir est une source d'enchantement en soi. Certains effets sont incroyablement hilarants, mais au sens ou un bébé (nous) peut trouver drôle quelque chose de subit qui le distrait ou le surprend agréablement. Des rires et des pleurs à l'extérieur, mais à l'intérieur? 

Certaines de ces paroles sont par ailleurs incroyablement émouvantes et exprimées avec souvent une grande délicatesse. Par contre aucune mièvrerie: la sentimentalité est toute entière contenue dans le face à face avec un extérieur divin parfaitement puissant. L'émotion est humaine mais destinée à quelque chose de très différent de l'humain, ou bien alors c'est l'inverse strict: comme si on en venait à éprouver les émotions de Dieu ! 

On en finirait plus d'évoquer ces souvenirs de voyage. Vers quelles références, vers quels plaisirs passés peut on se tourner sans avoir à en vexer d'autres ? La seule chose possible sans doute, est de se saisir de l'un d'entre eux et de le jouer. Ce plaisir immense est réservé aux musiciens qui s'y livrent, qu'ils en soient remerciés, sans parler de l'auteur dont personne ne peut dire s'il est mort ou vivant pour toujours.  

 

P.S. Il faut entamer ici une discussion qui devra avoir lieu et qui porte sur la nature du religieux dans la musique de Bach. Considérée comme évidente dans le bouquin de Gardiner, entamé après la rédaction de mon éloge, et pour commencer, bien en phase (l'absolue admiration pour le sommet absolu de toute musique possible), il me parait problématique: Bach ne peut pas, à mon sens, être religieux, ou bien alors, et ce ne peut être que la seule hypothèse disponible, il est Dieu lui même...

P.S. Gardiner donne bien des pistes et on pourrait les énumérer. La plus émouvante: l'émotion supérieure d'un choriste de  douze ans à l'enterrement de son père, rejeton de la lignée des musiciens du roi David. La plus immature: celle d'un musicien accompli virtuose doté de l'arme atomique aux funérailles d'une jeune femme de l'âge qu'avait sa mère quand elle le laissa seul, enfant ? La plus cruelle, celle de barbe bleue, l'assassin des enfants qu'il fait chanter et qu'il engendre  par paquets de dix pour les voir tous mourir avec leurs mères ? On en peut plus de voir toutes les facettes possibles de l'humanité se succéder dans la vie du vieux boche. Là encore, il laisse un gout âcre d'infini. 

20/02/2016

La différence sexuelle

Beau sujet: elle doit être pensée d'une manière particulière car elle n'existe pas, bien sur, sauf qu'en fait...

On a bien là quelque chose de délicat qu'on ne peut, et oui, considérer que négativement: la différence sexuelle c'est ce qu'on ne peut pas nier. Point final. A partir de là, on peut se comporter dignement et c'est le seul moyen et aussi le but du jeu, dans tous les cas. 

D'abord on ne peut l'affirmer inconditionnellement: cela signifierait renoncer à l'égalité symbolique absolue, qui empêcherait la mère de raconter à on petit mâle son histoire sans le rendre débile: il a besoin de l'intelligence et de la respectabilité de sa mère pour ne pas se mépriser lui même. Pas de complémentarité non plus: on ne complémente pas celle avec qui on fait l'amour, on la complimente (pas mal non ? ).

Et puis la complémentarité, cela fleure bon l'idéologie des frères musulmans, celle qui voile son complément, pour le désigner ou le cacher on ne sait pas très bien. 

Ensuite, on ne peut l'affirmer comme décrivant des êtres de natures différentes, d'abord à cause de l'interfécondité, ensuite à cause de l'imbrication génétique, les gênes communs étant trop nombreux. Mais aussi parce qu'elle est de nature précisément, et nécessaire à elle. Sans aller trop loin dans l'analyse sémantique par jeux de mots, dire qu'il y aurait des êtres différents (hors nature donc) sur un tel substrat commun alors que la coopération dans l'être des êtres en question est absolue, historique, constitutive, essentielle car naturelle me parait tellement évident qu'une différenciation fondamentale est manifestement une absurdité, qui elle, est fondamentale et essentielle, ça c'est sur.

Et puis cela fleure bon le féminisme lesbien autonomisé trouvant la bite étrange: la femme, archétype du futur castré serait ainsi l'avenir pacifique du monde, après le grand massacre bien sur. 

Ensuite, on ne peut préjuger de ses choix: dans un univers virtuel conduit par les raisons et le langage, comment associer des flux d'hormones à la couleur rose pour l'éternité et ne pas voir le conventionnel derrière l'essence du genre ? Car avant de se lancer dans l'ultra moderne, il faut bien considérer qu'on ne voit pas le rapport entre la promesse hormonale de la maternité et l'extraction à la main des racines de deux. Les préférences ou l'habileté (con)génitale ne semblent pas intervenir, en tout cas, leur raison de le faire sont obscures et sans doute futiles. 

Si on passe aux genres et à leur théories, la chose se renforce encore: même si les petites filles semblent bien différentes (tu parles) la nécessité de leur déguisement en prostituées dès l'âge de trois ans reste incertaine et on doit se rendre à l'évidence, l'essence est difficile à prendre par la taille tant le social, les affects, les imitations jouent un rôle. Il y a bien une conceptualisation difficile à mener. 

Et puis il y a les "intersexuels": gonades déformées (parfois les hormones, il y en a trop de pas assez au mauvais moment, nous sommes chimiques) ou inverties, parfois les accoucheurs se méprennent. Qu'en dire ? Et bien évidemment tels les ornithorynques ils servent de témoins, de contre exemple et de preuves aux théories. On peut en effet en déduire qu'il n'y a pas de sexe du tout (la preuve) ou qu'il y en a de multiples (la preuve), ou même qu'on peut faire ce qu'on veut (si du moins on en donne le pouvoir au chirurgien accoucheur réparateur)... 

Non pas que le génétique fasse tout: les déformations possibles des chromosomes, pourtant à la racine du problème, produisent des paradoxes similaires, qui n'empêchent rien, la preuve Sheila, qui reste un homme, put accoucher elle même, comme quoi tout est possible. 

Pourtant, la méthode de reproduction qu'il faut bien pratiquer ou du moins laisser pratiquer à une certaine échelle, et cela ne lasse pas de se pratiquer, est assez ancienne, et précède dans la lente transformation des espèces toute espèce d'identification raisonnable à des ancêtres acceptables. Disons que le principe est acquis. Cela devrait suffire à en assoir le caractère inévitable; mais il y a plus que cela, il y a une question d'identité: en tant qu'être vivant on est dans la polarité et celle ci déborde toujours même si cela peut se faire de diverses manières . On ne peut la nier, c'est la thèse. 

Dès ce moment, et comme le négatif protège, on peut renoncer à tout positivité: "la femme" peut être n'importe quoi depuis une belle pouliche aux fesses et attaches proéminentes et fines respectivement jusqu'à la vierge marie dans toute sa splendeur en passant par toutes les transverbérations qu'on veut. "L'homme" pourra se pavaner avec ses droits, la généralité de son genre et aussi la hauteur de sa musique et la bassesse de ses cochons d'appétits, bref on pourra faire ce qu'on veut et cela a bien des cotés plaisants, la liberté en cette demeure étant le fond de toutes ces affaires.

Penser l'humanité à partir de cela peut donc se faire plus commodément, l'exclusion de toute essentialisation de la différence sexuelle permettant de se libérer de toutes les barbaries et de tous ces contraires oppressifs. 

A t'on vraiment atteint le but fixé? L'impossibilité de nier permet à la fois de rejeter l'uniformité qu'on sait bien inadaptée, mais aussi de garder la nécessaire et digne égalité officielle tout en préservant ses petits fantasmes bien pratiques. Un point d'équilibre, si on veut mais il est vraiment unique. Ailleurs on voit pas. 

Ainsi c'est le rejet de l'indentification d'un être à la chose qui caractérise la doctrine, et c'est bien cela que l'on affirme.

Car il n'y a dans l'être rien de ce qui ressemble au Dieu qu'Heidegger voulait nous imposer pour nous sauver malgré nous: il n'est rien du tout et le vrai athéisme permet de faire justice de bien des nécessités. 

A partir de là on peut aller au combat et défendre un patriarcat re-décrit convenablement qui pourrait bien ravager bien des points de vue. Car il y a dans le débat, au delà de personnes respectables, bien des connes qui prirent pour argent comptant ce qui n'était que dinette et poupées roses, hélas imposées et ingérées par ce que décrit la théorie du genre dans sa vraie acception: l'aliénation fut maintien d'une virginité trop longtemps. La fiancée enfin nue et sans voile doit être livrée à son équarisseur et la nature va parler !

Mon langage est transparent dira-t-on, sans doute, mais c'est intentionnel, c'est pour rire. Car le culte de la défloration virile est bien opprimant aussi et tout aussi ridicule. Aujourd'hui au courant de l'inanité de bien des cultes, on peut finir le boulot et se déclarer aussi contre la parité par exemple, plus exactement contre ce culte là, celui de la femme essentielle, forme moderne et pitoyable du vieux respect barbare pour la pute vieillissante, rendez nous, pitié, notre dame ! 

Pour faire court: on pollue l'esprit de nos filles par un féminisme de vieille ménopausée égoïste qui ne veut plus garder ses petits enfants. Et cela au nom d'un essentialisme qu'il faut combattre philosophiquement. En disant qu'on ne peut nier la différence des sexes, justement, voilà mon épée. Les femmes n'ont pas besoin de compenser leur trompeuse absence de quelque chose par une hystérie particulière: on ne peut rien leur refuser, en tout cas de ce qu'elles sont.

Ensuite que l'homosexualité comme institution est un aspect de la chose: ce n'est pas pour rien que Taubira paya à ce point de sa personne. Le mariage, la filiation et son financement doit être coulé dans le marbre, seul moyen de continuer l'obligation de la subvention à la méchanceté, la corruption et l'égoïsme. Pour mieux renforcer la différence d'avec le reste de l'humanité d'un peuple de bourgeoises divorcées entretenues, on institutionnalisa par compensation l'abolition de la filiation paritaire. 

Le lien parait tenu mais la chose est logique en fait: l'égalité suppose l'abolition du sexuel et donc son abolition "réelle": il faut compenser symboliquement le physique et réciproquement. D'où la subvention, le paritarisme, la garde des enfants systématique, les jetons de présence aux épouses, et le mariage homosexuel.

L'être supérieur est donc désexué, artificiel et virtuel, du fait de son appartenance au sexe et à l'âge idéal (la femme de plus de cinquante ans). Il a deux acceptions suivant ses préférences sexuelles. Hétéro, il exige que les hommes s'occupent en groupe des enfants et du ménage que leurs fonctions directoriales les poussent à négliger, Homo, il envisage de s'en passer complètement, la sélection des embryons permettant de faire disparaitre enfin les très laides bites. 

Et bien la doctrine s'oppose frontalement à ce déni et c'est son mérite. 

Car l'enfant, si tant est qu'on souhaite continuer à en faire, a des droits qui sont ceux de celui qu'on a finalement renoncé à tuer,  tant son apparition est dérangeante. En particulier, il a le droit de se sentir, dans les nuits d'angoisse qui l'attendent, héritier au moins en principe des grenouilles et autres lémures qui l'on précédé. Il n'est pas symboliquement héritier d'un amour désincarné entre deux socialisations ratées, il est le produit naturel d'une aventure vivante qui le rattache au plus glaireux et au plus magnifique des efforts, celui qu'ont mené faute de technique suffisante tous les êtres vivants du dernier milliard d'années. Il n'est jamais mort grâce à cela au moment ou il entre en scène, et cela mérite le respect. Et bien attribuer cette filiation "symboliquement" à un couple qui fait semblant c'est nier ce que l'on ne peut nier: la différence sexuelle.

Celle ci n'est pas accessoire, et subordonnée à je ne sais quel accord, amour, sauvetage, adoption qui nierait l'essentiel de l'histoire. Car il y a histoire et la réduire à une main éponge, une injection ou une vente à la découpe pour mieux en minorer l'importance est un oubli fâcheux. Oh bien sur cela est possible est ceux qui en sont issus gardent tous leur droits: raison de plus pour ne pas en rajouter, on ne peut vivre ni sans beurre ni sans argent. Il faut les plaindre et les dédommager et surtout leur permettre de revenir dans le tronc commun et d'y agir comme il sied de le faire.

Cela inclut t il le dévoilement systématique de la vérité biologique quand on finit par apprendre que son père n'est pas son père ? Et bien non d'après moi et je pense le justifier. L'une des armes de la PMA est en effet que le secret de la vraie origine devrait être rendu public quelqu'il soit, ce qui répondrait au gout pour les grenouilles que je manifeste moi le vieux salaud et aussi permettrait, une fois remis de l'obscénité de sa conception, de continuer sa vie d'enfant de convention.

Et bien cela est honteux et inacceptable.

D'abord pour des raisons de pruderie, car on ne peut assimiler une pénétration éjaculatoire fertile obtenue après bien des danses sociales et sentimentales aux horribles masturbations dans des mains éponges qu'on achète à des clochards ou pire à des prostitution de clochardes qu'on va même jusqu'à obliger à pratiquer les mêmes rites obscènes. L'obscène a des limites, et l'argent du gant de toilette l'est. 

Ensuite pour des raisons liées à la nature du lien que le compagnon de la femme qui accouche entretient avec l'enfant à naitre: il est son père -supposé-. Cette convention, et parfois cette erreur est une constante de la reproduction sexuée et structure déjà les sociétés animales. Vouloir rompre avec cela est à la fois une obscénité (on vient de le voir) mais aussi une négation de la différence sexuelle. La femelle est porteuse de l'histoire de la fécondation, à la fois socialement mais aussi du fait du rôle dissymétrique qu'elle joue  dans la chose, elle décide ou dissimule. Vouloir permettre à des coucous justifiés par de l'ADN de revendiquer leur rôle de père "biologique" et ainsi de briser des familles (il y a un fait divers récent absolument révoltant) est absolument scandaleux et infamant. Honte à la justice de mon pays qui n'en finit pas de se déshonorer à mépriser et piétiner ce qui est l'humanité.

Au sujet des relations entre ces sexes dont on ne peut nier l'existence, il faut admettre que la différence est sujette à tout ce que le social produit quand il y a différence, d'état, de condition, de sexe: la différence des occupations. Car la polarisation des vies sur des rôles différents est alors suffisamment fréquente pour qu'on ne la trouve pas anormale. Spécialisation économique, affective, artistique, tout se différencie car on ne peut nier les différences, on l'a assez dit. Vouloir l'égalité des conditions au point d'instaurer l'interchangeabilité obligatoire est un déni: elle viole des choix personnels. Déni de ce à quoi je pense, encore et qu'il faut rappeler: on ne le peut nier.

Qu'on me comprenne bien, c'est la polarisation qui a de la valeur, et pas l'essence de je ne sais quel male ou femelle, on l'a assez dit, l'essentiel est la différence, source d'énergie par ailleurs. Car la combinatoire des alternances et des spécialisations est assez riche pour permettre toutes les mixités. Cela s'applique à toutes les combinaisons des sexes virtuels ou réels: tous les rôles existent et doivent pouvoir s'investir à loisir: non à l'uniformité ! 

Qu'on continue à bien me comprendre: il existe une conception dévoyée de l'égalité entre hommes et femmes, issue du siècle dernier encore marqué par la virilité symboliquement affirmée. Elle a théorisé les pires absurdités au point d'avoir introduit une inégalité supplémentaire injustifiée. Alors que la modernité et la nécessaire camaraderie due à la mixité généralisée, sans parler de la contraception, a rendu les hommes infiniment plus tolérants à l'égard de toutes les formes de l'être féminin, il existe toujours chez bien des femmes des points de vue "sexués" issus tout droit du moyen âge. Supériorité de l'être féminin, revendication permanente contre une "domination" qu'on identifie à celle du capitalisme, relativisation de la paternité, exigence absurde de la parité, féminisation des noms de fonctions contre les usages de la langue, etc etc. Produit de la différence sexuelle ces préjugés là? Certainement pas! Ils ne sont que les scories de l'histoire et celle ci passera. 

Pourtant l'équivalent masculin a maintenant disparu et n'est remplacé que par une bienséance navrée qui se défoule au football:  le ridicule nous opprime ! Il est instrumentalisé par la démagogie politique, à droite comme à gauche, et n'est de fait qu'un culte tardif de la déesse mère, par ailleurs assumé par certains écologistes, de fait une barbarie dont tout le monde se moque. 

On pourrait parler de la notion de "domination masculine" pont aux anes(esses) des légendes qui justifient l'oppression matriarcale. Elles s'appuient par exemple sur la petitesse des femmes, sélectionnées par les dominants qui leur volèrent leur biftecks pendant toute l'histoire. Cette stupidité est contredite par la réalité de l'évolution humaine (beaucoup d'africaines et de suédoises sont diablement (trop) grandes), qui de toutes façons n'a pas eu le temps d'agir dans la faible durée écoulée depuis l'invention de la culture, et surtout par la réalité présente: qui peut dire que l'ignoble patriarcat a sélectionné malignement la sottise des femmes qu'il affirme alors que la parfaite intelligence des femelles en démontre le contraire chaque minute?

L'existence de l'homosexualité n'est pas un problème en soi: elle doit bien être supportée, la pauvre, depuis le temps qu'elle existe sous des formes d'ailleurs diverses, et là n'est pas la question. Même si elle a un rapport avec la sexualité et même avec les aspects de la différence entres les sexes, elle n'est pas en soi "sexuelle": qui n'a pas connu les affres de l'enfantement non voulu ou pas ne sait pas ce que c'est que le vrai sexe, celui qui produit, ou non. Le touche pipi est sexuel, mais n'a pas le gout du sang des couches, et ça lui manque. Je sais on peut entre lesbiennes jouer à cela et elles ne s'en privent pas, sans doute, mais le fait de ne pas avoir fait souffrir un véritable pauvre hétérosexuel masculin doit forcément gâter leur plaisir, du moins je me l'imagine. 

Maintenant le sexe est aussi infertile ou malheureux et l'homosexualité n'a rien à voir là dedans: le bonheur n'est pas universel et les destins sont multiples. Il est légitime de vouloir s'accomplir en faisant des enfants. Mais cela est il un droit ? Je crois que non, un droit étant proche de la considération de la nécessité de son exercice pour tous. Or le droit de ne pas s'accomplir doit exister aussi et la liberté de ne pas avoir d'enfants sans en être diminué doit être préservée. Le droit à l'enfant médical et subventionné par la collectivité est inacceptable: la stérilité n'est pas une maladie est doit être considérée comme le poil au sein ou la couille molle: un défaut à compenser avec son propre argent et sa propre tristesse.

Quelles solitudes, quels malheurs, quelles espérances ratées ont vécu sur cette terre ?  Et bien les sexes se partagent ces choses à égalité, même si elles sont, forcément, différentes.

 P.S. La journée de la femme vient de passer: une action intelligente menée par une (une) grande âme collecte tampons et serviettes hygiéniques pour les 15000 femmes SDF de la région parisienne. Une goutte d'eau dans l'océan pour pallier les dégoutantes sécrétions dont on le rappelle, l'épongeage n'est plus taxée à 20%. L'utilisation des coupes menstruelles plastiques réutilisables n'est pas de mise pour les grandes âmes adeptes de choix de la datte des menstrues: faut que ça saigne !

13/02/2016

L'épigénétique

Un mot à la mode, "épigénétique" mais que désigne-t-il exactement ? 

On va suivre par exemple Etienne Danchin et ses explications. 

Et bien d'abord, que l'hérédité, ce qui est transmis entre ascendants et descendants n'est pas -que- génétique. 

L'exemple fondateur

Car les gênes transmis peuvent s'activer ou non, d'une part , et d'autre part que la capacité d'activation des gênes est transmise aussi. Allons plus loin dans les détails. Le mécanisme le plus connu est celui des souris femelles, des soins qu'elles donnent à leurs petits, soins qui activent des gênes producteurs d'une hormone, qui stimule les comportements de soins. 

activation de gêne -> production d'hormone -> comportement de soin -> activation de gêne ... 

Et bien si on désapprend le soin, le gêne ne sera pas activé, la production d'hormone pas faite, et les souris resteront peu soigneuses. Un caractère acquis se trouve ainsi non pas inscrit dans le gêne, mais transmis héréditairement. 

L'autre exemple archétypique est la reine des abeilles, génétiquement identique aux ouvrières mais rendue obèse et productrice par une alimentation particulière, obtenue après une sélection sociale. 

On observe des transmissions de cette sorte sur plusieurs générations, mais avec atténuation: des mécanismes de hasard peuvent rétablir des déséquilibres provisoires. C'est la longévité du fameux ver Caenorhabditis Elegans (n'oubliez pas son prénom) qui devient extraordinaire sur quelques générations seulement. 

On généralise 

Un autre exemple est celui du territoire avantageux: on le possède par hasard et les enfants qui y naissent sont mieux nourris et plus grands: l'avantage est il génétique ? Non, pourtant il est transmis, et nous y sommes : voilà qui explique la race des seigneurs. Laissons ce domaine de coté pour l'instant. 

La théorie 

Il faut bien voir qu'il n'y a que 2 théories de la genèse des individus: soit ils se constituent à partir de l'informe, soit ils existent pré formés. La théorie génétique est typique du préjugé de la "préformation", tandis que l'épigénèse aristotélicienne ne l'est pas. 

Il se trouve que ces deux conceptions (en fait l'une ou l'autre) sont profondément ancrées dans les appréciations cognitives pré conscientes des individus. Remettre en cause cet essentiel, c'est à dire la croyance à la mécanique préformée ou la mécanique à former déclenche des bouleversement intérieurs générateurs d'agressivité. C'est la querelle de l'inné et de l'acquis, une occasion comme une autre de se déchirer, c'est ça qui en fait le prix. 

Il y a d'autres aspects, et qui concerne les présupposés concernant l'évolution. Une partie de l'épigénétique attribue à des mécanisme évolutifs internes au vivant les fameuses querelles de l'activation des gênes. On se retrouve alors avec des évolutions enchassées, totalement non conscientes ni voulues, qui mettraient le hasard au coeur du fonctionnement des organismes. Ceux qui prétendent à ces conceptions hurlent bien sur à la révolution conceptuelle, un deuxième Darwin étant à naître...

Les conséquences

J'avoue être intéressé par l'épigénétique de par son rapport avec les GPA/PMA que projettent de généraliser certains. Or la mère porteuse transmet c'est ça qui est important: ainsi , une souris anxieuse génétiquement peut transmettre cette anxiété à un embryon issu d'une lignée saine et implanté. Activation d'une hérédité, voilà la clé du portage. 

Un autre aspect est la contamination sur plusieurs générations par des substances nocives. Ce serait le cas de l'affreux Distilbène, aujourd'hui interdit, mais qui a activé des transmissions qui continuent... On peut aussi penser à l'obésité ou même à l'homosexualité... 

Une théorie récente propose d'expliquer l'homosexualité par l'épigénétique. Magnifique tentative de résoudre le paradoxe de l'aspect ni inné ni acquis, mais naturel de l'homosexualité, source de bien des interrogations. 

Les dérives

Les dérives du jeu avec ce concept sont bien sur légions, et orientées dans le sens auquel je pense, c'est à dire le bien évident, je le savais, principe de l'influence du psychisme sur le physique, c'est à dire la bonne vieille magie, la noire bien sur,  la plus fascinante. Les progrès de l'épigénétique sont ainsi bien sur suivis par toutes les bandes de lascars bien connues. Tout comme la mécanique quantique et les nombre réels en son temps, le mystique est toujours tapi dans l'ombre quand le conceptuel est trop compliqué. 

Le point important est l'influence que l'on voudrait accorder aux comportements avant plutôt qu'aux remèdes après: le rituel en quelque sorte. 

 

 

03/02/2016

Levy, Bernard Henri

Un interview aujourd'hui d'une personne contestée de toutes parts, mais extraordinairement prétentieuse et intéressante.

Il s'agit d'un richissime et mondain personnage, possesseur des édtions Grasset,  "nouveau" philosophe (certains disent pseudo), hagiographe de Sartre, Jean Paul, il revint au Judaïsme en même temps qu'un secrétaire de Sartre, Benny Levy. Toutes ses oeuvres artistiques furent des échecs moqués cruellement et à raison.

Il se veut un Malraux du présent, à la fois aventurier et philosophe, mais aussi religieux, il parle maintenant directement de judaïsme et d'universel, en relisant Rosensweig. Il intervint dans l'histoire pour défendre la Bosnie attaquée et attaquer  la Libye mal défendue.

Il est aussi extraordinairement superficiel. Piégé par un canular d'anthologie (la fameuse affaire Botul), il théorisa doctement l'identification de la pensée et la vie sexuelle d'Emmanuel Kant en citant une blague préparée de longue date.  

Sous nos yeux aujourd'hui même, il évoque le concept d'"avertisseur d'incendie" de Walter Benjamin à propos de la Shoah. Ici le contresens absurde est double. Benjamin mort en 40 ne fut pas au courant de l'extermination des juifs d'une part, et d'autre part évoqua la chose au sujet de la nécessité de la révolution, seule capable d'arrêter l'utilisation des armes chimiques par les bourgeoisies.   

Connu pour cela depuis un lustre, l'homme est ainsi d'une faiblesse totale et peut être éreinté, moqué et ridiculisé sans vergogne aucune, l'antisémitisme ne pouvant être évoqué pour défendre un pareil cuistre dont l'allusion à la "solidarité des ébranlés" est presque un aveu: comment être solidaire d'un pareil onaniste ? 

A rebours de beaucoup j'avoue toutefois garder un peu d'estime pour les actions du malheureux, son soutien à la Libye en révolte contre Kadhafi me l'ayant rendu, malgré ses horribles manières, sympathique, et oui. La situation actuelle de la Libye n'est en rien du à ses actions, ou à celle de Sarkozy, l'abandon de la Libye datant de la fin 2012, et fut le fait de Obama et Hollande qui abandonnèrent le pays à son sort. Sa défense de l'interventionnisme se trouve de plus absolument justifié par l'immense succès du non interventionnisme en Syrie. Bref, il n'a pas toujours tort, et cela va muscler mes critiques. 

On va commencer par son appréciation du judaïsme, dont le culte de l'autre serait anti communautariste. Et bien on peut dire le contraire, l'essence communautariste du judaïsme étant essentielle à ce qu'il est et ce d'autant plus que le caractère "autre", et je l'ai décrit ici, est constitutif de cela. L'"autre" juif est le message juif, et tout ce qui l'accompagne, et qui le protégea contre l'histoire, circoncision et kippa compris, est l'affirmation de cet autre là, et ce pour l'élévation de tous, en particulier pour les autres que juifs, à qui ils sont chargé d'enseigner cela: l'irréductibilité de la différence, et donc justement, le refus de l'universel au sens strict. 

Parler d'universel au sens naïf pour ce qui concerne le judaïsme est donc bien dans cette veine du débat superficiel, et bien sur Levy là comme ailleurs plonge dans le dogmatisme religieux commun à tous les bigots: on va donc chercher dans la Thora des allusions aux 70 nations à qui elle s'adresserait ! Mieux, et encore pire, le judaïsme se trouve irreligieux et contre l'irrationalité, l'idée du Messie n'étant ni irrationnelle (bien sur), ni déiste (bien sur). 

La comparaison entre kippa et niqab est la même veine: cela le révolte, le voile étant politique et la kippa symbole de l'humain, (mais ne s'addressant pas aux femmes, non symboliquement humaines sans doute). Bref, le refus de la classification de l'appartenance communautaire universelle, de la mauvaise foi donc. Sa révolte contre l'assimilation kippa/sionisme, qu'il juge "immonde" se trouve ainsi en dehors des rails, sans parler de sa comparaison morand/céline contre soral/dieudonné, les premiers (surtout céline) ayant tout de même "une autre allure". 

Mauvaise foi? Connerie ? Bref, on peut être riche et aussi misérable. Sa souffrance exprimée ailleurs sur le web, de voir sa soeur convertie au christianisme ne sembla pas non plus très spirituelle, elle fit l'objet d'un buzz:  son manque de sportivité dans la compétition entre les religions y fut particulièrement apparent. 

Un jugement sur l'internet qu'un journaliste à raison décrivait AUSSI comme le lieu du témoignage sincère (merci pour moi): il s'écrit : "c'est AUSSI le lieu de la haine, ne l'oubliez pas! "

On pourrait donner du sens (à l'universalisme juif), et je le perçoit, et c'est ce que je dis d'ailleurs, mais il est clair que ce sens ne sera pas donné par notre homme, celui ci comme on a dit étant le contraire du juif qu'on aime: il n'est ni cryptique, ni profond, ni acharné à l'étude, mais superficiel, transparent et inculte. Bref, comment être antisémite envers son contraire ? (pas mal non?)

29/01/2016

Walter Benjamin

Benjamin est tout de même très connu, bien qu'on nous dise le contraire. Très branché aussi et sans doute l'un des plus véritablement profonds des philosophes du XXème siècle. Il aborde une grande variété de thèmes extraordinaires, parties vivantes des interrogations du début du XXI ème siècle.

Il parle à la fois et successivement de Théologie, d'Art, et de Politique. 

La sécularisation

 Pour partie il est un théologien de la sécularisation, mais dans un sens particulier, il est d'abord le théoricien du "capitalisme comme religion" et donc un propagandiste marxisant de la vilenie de la marchandise, du désespoir du pauvre etc etc. Il va plus loin: le christianisme, sur le modèle de Weber s'est transformé en capitalisme, la pensée de la fin du monde s'identifiant avec la révolution, voila donc pour la sécularisation... 

Il est ainsi le théoricien de la sécularisation: tout est théologique en fait, bien plus que sexuel.

On trouvera ici tous les thèmes sur la rencontre entre religion et marxismes, par exemple pour Jacob Taubes, la sécularisation de la gnose vers le marxisme: l'histoire de l'occident étant le combat autour de l'enjeu caché de l'eschatologique ("eschatologie occidentale"). Cette question de la gnose est la positivation de la Weltfremdheit (le sentiment d'être étranger au monde), détruite par le dieu bon du moyen age, le dieu chrétien qui vainquit la gnose. Mais le nominalisme rend à nouveau dieu indépendant de ses créature, la sécularisation de la gnose étant le grand récit interprétatif des années 30: Le gnostique est l'être jeté là de Heidegger. 

Les autres "gnostiques" du XXème siècle sont bien sur Voegelin et Jonas. 

Car L'eschaton est la fin de l'exil et le refus de la transcendance du dieu de l'ancien testament la marque de quelquechose: la sécularisation de tout. 

L'Art

Mais d'abord le baroque, car Benjamin est d'abord l'auteur d'un traité sur le drame baroque au XVIIème siècle: il y règne l'allégorie, alors que le romantisme invoque le symbolisme. Ca c'est une différence. Repris par  Adorno son ami, le thème est un élément important de la théorie de l'Art.

Vient ensuite le très célèbre "l'oeuvre d'art à l'époque de la reproduction technique". 

A partir d'une définition de l'Aura d'une oeuvre (l'unique apparition d'un lointain) qui fait son unicité et son authenticité, il décrit le déclin de l'Aura (Verfall der Aura), associé à la reproductibilité. On remarquera la distinction marxisto hégélienne entre usage/échange et culturel/exposition, fondement de la distinction entre les choses. 

Au fait, une intéressante intuition au sujet de la photo : "Un cliché photographique, par exemple, permet le tirage de quantité d'épreuves : en demander l'épreuve authentique serait absurde." Comme quoi... 

Et puis, les passages parisiens: l'Aura de Paris, magnifiquement évoqué, les passages sont un intérieur habité. 

Benjamin est ainsi porteur d'une théorie de l'interprétation de l'oeuvre d'art, et donc du monde tout entier. En gros: le baroque croit en la répétition, en la fixité des représentations et mieux, ne questionne pas cette fixité: pas de d'eschaton (le dernier). Le contraire du romantisme, qui finit par théoriser avec le génie, la fin de l'art. Au passage, aviez vous compris que la remise en cause, la nouveauté perpétuelle, a pour point fixe la fin du monde, la fin de l'histoire ? Benjamin propose alors une théorie nouvelle, ou le critique a sa part: l'Art serait il construit par ceux qui le regardent ? 

Benjamin a traduit Proust, mais considère à tort que sa description du snobisme est supérieure à sa théorie de l'Art, concurrence oblige, et c'est impardonnable:  le snob comme consommateur chimiquement pur: comment LUI peut il dire cela ? 

Et puis il y a l'"Angelus novus" de Paul Klee: L'ange est poussé par une tempête qui s'appelle le progrès vers un avenir à qui il tourne le dos. C'est l'Ange de l'histoire. 

Benjamin et le judaïsme

Mais il y a aussi ses amis, Rosenzweig, Scholem, Buber... Stéphane Moses fut un magnifique "vulgarisateur" de ces hommes, les grands intellectuels juifs d'avant la catastrophe... 

Pour Rosenzweig, le judaïsme est hors de l'histoire. Entre assimilation et sionisme, il fait du juif la preuve que l'histoire n'est pas première et que Hegel a tort. Pour lui le judaïsme c'est un rapport fondamental, intime à l'histoire, à la terre,  à la langue et aussi l'intersection des deux triangles (monde, homme, dieu et aussi création, révélation, rédemption) : Der Stern der Erlösung". La rédemption ? Elle est à la fois passée (il y a bien eu rachat par Dieu lors de la libération de l'esclavage en Egypte) et à venir, le Messie étant l'horizon permanent du futur, celui ci pouvant advenir à chaque seconde. "chaque seconde est la porte étroite par où peut passer le messie"

Politiquement Rosenzweig est à la fois contre le sionisme et contre l'assimilation, et mourut en 29.

Scholem alla en Israël dès 1923. C'est un kabbaliste, figure de la passion pour le langage de tous ces intellectuels. 

Benjamin et Kafka: l'homme a violé une loi qu'il ne connaissait pas et se tourne vers son origine pour savoir de quoi il en retourne. C'est cela qu'il(Kafka) veut dire...  

Ah ces juifs là ! Quels tourments ! Et on nous les a décrit comme des pourris acharnés à détruire un monde que manifestement ils aiment au delà de tout... 

 

La politique et l'histoire

Le dossier Schmitt/Benjamin est un thème parfaitement actuel porté par Giorgio Agamben qui décrit  l'emprunt que fait Benjamin à Schmitt. L'âge baroque a lu la théologie politique, et la discussion porte sur le statut de l'état d'exception, de sa relation avec la loi, qui l'abolit (Benjamin) ou la confirme (Schmitt).

Pour Schmitt, il n'y a que l'état qui puisse mettre fin à la guerre civile. Qu'est ce alors que la "guerre civile mondiale"?  Et bien on est bien dans le débat, qui se situe à une grande hauteur: dans la mesure ou seul l'Etat peut mettre fin à la guerre civile d'après Schmitt, et que l'on considère certains états comme radicalement ennemis, et bien nous sommes en guerre civile et le droit est suspendu, de fait. C'est évidemment (d'après moi) la thèse du nazi qui refuse toujours d'admettre sa défaite et qui renvoie à son ennemi victorieux le soin de gérer une situation qu'il aurait pu gérer lui même... 

Benjamin lui est toujours dans le refus/promotion de la disparition complète du droit(loi) derrière le concept (messianique) de révolution, qui rend l'exception permanente, dans les deux sens du terme. Apocalyptique, en effet.

On pourrait au passage réfléchir sur le concept de république et de démocratie libérale, comme entité qui ne soit pas TOUJOURS le cloaque corrompu et désespérant qu'il est actuellement et qui le fut dans les années qui précédèrent la catastrophe allemande... Pour ces deux auteurs, en tout cas, ce concept n'existe pas...

Pour finir l'apocatastase (le rétablissement de toute chose, représenté par la chanson "nous irons tous au paradis")

"Sur le concept d'histoire" est la dernière oeuvre de Benjamin.