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11/10/2015

Les races

En Anglais, "race" signifie course, compétition.

Que dire du mot, utilisé pour distinguer caniche et doberman (pourtant interféconds), les cons entre eux, et pour finir les blancs et les noirs, dont il faut convenir de la différence, et sur un point de surface ?

Le mot était employé au début du siècle sans problèmes particuliers; mais fut dévoyé par un scientisme qui a abouti à des caractérisations extérieures fixistes dont l'intérêt en soi discutable ne put hélas (pourquoi hélas ?) survivre à l'application inappropriée du concept à la perpétration d'un génocide (quoi, l'extermination d'une race en nierait elle le motif, et ce linguistiquement ?) dont la définition "scientifique" nous fait tourner la tête, donc.

Il convient donc d'empêcher l'utilisation d'un mot mal employé, celui éveillant des comportements naturels (seulement présent chez ceux d'une r... particulière, ceux des r... de l'autre coté du manche (qui lui même  a changé de coté), en étant exempts, comme de bien entendu; on ne se refait pas, disait Himmler.

Le mot est donc tabou et ne peut demeurer que dans la constitution, qui se trouve de fait invalide euh...

Le génocide concerna donc la "race juive", sous ensemble de la race blanche dont fait partie "la race arabe" aussi. Personne ne parle pourtant des arabes comme d'une "race", ce qui reste étonnant: ils sont pourtant blancs, avec un manche orienté du coté inverse de celui des esclaves, mais ce n'est pas leur faute, c'est leur religion, je m'égare.

Y a t il une race des trisomiques ? Non disent leurs familles, acharnées à un respect en voie de disparition et donc d'autant plus sensible: comment parler de génocide dans ce cas ?

En résumé: il  y  a dans les écrits publics maladroits quelque chose de malsain, d'insupportable et de nauséabond qui mérite le contrôle, voire l'interdiction dans certains cas, et qu'il est évident de caractériser quand on est élu. Elu ? Par une divinité, forcément associée, au moins en partie, parfois à la r... ou par une élection dont les gagnants, on le voit avec Hollande président qui considère aggravée la violence injuste quand elle a ce motif et donc moins grave celle ci quand elle ne l'a pas. Une banalisation du mal non raciste, donc.

Le caractère politique ou divin de l'élection nous montre le rapport de nos sociétés à la bêtise qui se trouve comme dans la race, cul par dessus tête et omniprésente, dégoulinante. Le vrai rapport humain, c'est le rapport à la connerie. Mais je m'égare encore, disons qu'il y a bien des races de cons. 

Reprenons toutes ces assertions à l'emporte pièce, et déminons. 

D'abord les noirs et les blancs sont différents de part la couleur de leurs peaux et ensuite qu'est ce qu'une race? 

Le fond de l'affaire est formé de deux doubles constatations.

La première est que l'espèce humaine est biologiquement unique et ses membres interféconds. Elle est vraisemblablement issue d'une seule souche à qui on pourrait peut être/sans doute attacher les néanderthaliens, et s'est segmentée dans le temps et l'espace pendant des périodes prolongées à la fois insuffisantes pour produire des espèces distinctes et suffisantes pour produire des caractérisations physiques variées.

L'utilisation du mot "race" lui même a des acceptions distinctes (le mot n'ayant pas la même utilisation, ni de fait le même sens aux Etats Unis et en France, par exemple, la mention de la "race" pouvant être portée par l'individu lui même sur ses papiers ). Je mentionne cela pour indiquer et confirmer l'existence de diversités de situations et de points de vue, y compris dans le monde occidental.

La deuxième est que l'espèce humaine, une biologiquement, l'est aussi "spirituellement" (comment appeler ce qui est pourtant commun à nous tous, humains): partout et quoiqu'on en dise, l'interfécondité est aussi culturelle, un même esprit, une même capacité à symboliser, à parler étant manifestement présente partout. Il y a plus en commun que l'espèce, il y a ce qui nous distingue, tous, des animaux. En même temps, la fameuse segmentation spatio-temporelle a produit aussi des différentiations: il y a plusieurs façons d'être un humain cultivé, et les différences entre cultures, représentations du monde voire de soi et de la nature, sont infinies. 

Ces caractéristiques, biologiques et culturelles, on peut parfaitement les qualifier de "familiales", la reproduction des individus se faisant par échange de "sang" comme on dit, entre familles vivant sur des territoires voisins, les ensemble de gênes échangés restant voisins, hors des périodes de migration, ou d'invasion, les moeurs, histoires catastrophiques et autres ayant partout  marqué les choses dans tous les possibles imaginables. 

Un point à noter est que , comme on dit, n'est pas que génétique: la constitution des individus et de leur caractéristiques visibles ou effectives (la taille par exemple) peuvent être produites par des contraintes liées à la petite enfance, ou par ce qu'on appelle l'épigénétique, c'est à dire la sélection naturelle pendant l'embryogénèse de l'activation ou pas de certains gênes, cette sélection pouvant agir en retour sur cette capacité de sélection dans l'organisme de la mère, elle même capable de sélectionner des rejetons mâles (et femelle aussi, bien sur) adaptés à la survie dans son propre organisme, bref, nos histoires ont bien des origines. Cette épigénétisme pourrait bien s'appliquer aussi au culturel, la part du hasard et de l'adaptation nécessaire à des circonstances variées forgeant le réel bien au delà du social et de la volonté des familles. Bref, y a du multiple. 

A partir de là, se produisit dans la langue des confusions liées à la considération de ce qu'il y a d'unique et de commun dans les choses. On appela "race" des groupes de familles apparentées par des ressemblances biologiques et/ou culturelles et susceptibles d'être isolées géographiquement ou socialement.  La mesure et la délimitation de ces races posa alors un problème à proprement parler épistémologique: quel modèle du monde peut attribuer une réalité à un concept linguistique dont le support dans le monde est constitué d'une multitude de critères stabilisés différemment suivant ses acceptions ? 


Le support cognitif du concept de race "noire" par exemple est parfaitement différent de celui de race "blanche" dont font partie, ce que je disais plus haut, juifs et les arabes pourtant candidats aussi à passer sous des différenciations "raciales". La notion de couleur de peau est d'autre part parfaitement relative, certains tamouls ont par exemple,  famillialement des peaux de couleurs bien plus sombres que bien des africains noirs. La race noire suppose l'introduction du concept de "négre", auquel ne se rattache pas les tamouls. Que dire des nilotiques, de peau noire, partiellement mélangés à des populations pourtant différentes ? On en sort plus. D'autant plus que les concepts partiellement dégagés pour les africains se révèlent inopérant quand aux classifications des peuples à peaux soit disant blanches, eux mêmes très variés, mais de manières différentes, les couleurs des peaux, de toutes les peaux,  se segmentant de manière distinctes, et même à l'intérieur des familles. 

Les comparaisons d'appariement culturels viennent d'autre part perturber considérablement ces belles classifications, les mêmes différentiations et conceptualisations se révélant toujours ad hoc, toujours locales, insaisissables et insatisfaisantes.

Bref, à part un arbitraire qu'on ne peut que vouloir introduire dans les lois, rien ne permet de se mettre d'accord sur ce beau sujet. Rappelons que légiférer sur ces questions a beaucoup d'inconvénients, l'exemple nazi venant à l'esprit immédiatement. 

Il fallut donc bien se résoudre à considérer l'évidence de l'évidence: ce que tout le monde distingue immédiatement, l'appartenance à une race supposée, est le résultat d'un processus acquis, d'ailleurs local, de reconnaissance des formes extérieures, et n'a pas de fondement rationnel explicite qu'on puisse caractériser par une classification partagée par tous. Cette conclusion, qui parait encore à rebours du bon sens pour beaucoup de gens, est pourtant maintenant universellement partagée. A raison. 

On se trouve donc avec un concept doublement construit: en fait, car sa description est impossible, en dire, car variables les significations du mot toutes plus évidentes et plus différentes les unes des autres ne font pas l'unanimité, c'est le moins qu'on puisse dire, ni dans le temps ni dans l'espace.

Pourtant, il y a la constitution, mais dont l'utilisation du mot est, il faut le dire, négative: la race n'est pas un critère, on ne peut faire de distinction avec. A partir de là, la chose n'a plus d'intérêt, et peut donc être méprisée, tout en maintenant son existence, mais comme ne pouvant advenir. 

On se trouve donc avec un concept qui tel la braise existe en se détruisant: nécessairement brillant, il faut qu'il s'assombrisse, un régal de littérature donc.

Bonsoir. 

  

 

 

 

09/10/2015

Le Climat

Il nous faut nous préoccuper du temps qu'il fait, ce qu'on appelle le climat, et qui change, bien sur, mais pas pour n'importe quelle raison: c'est ta faute. 

Allons directement à la conclusion: la propagande écologiste montre la banquise. Et bien celle ci est détruite. Polluée, fondante, elle n'est QUE l'image dégradée à l'extrême de ce qui doit me faire réagir. Vraiment ? 

Non, elle EST "détruite": comment se passionner pour un tas d'ordures froides, sans doute malodorantes, et dont le sort est déjà plié ? On voit la chose à la couleur. Blanche dans l'imaginaire officiel, la vraie banquise est en fait bleue vert, comme le montre la réalité (je l'ai vu en Islande, la glace flottante est partout pareille, bleue sale) et les images récentes des émissions de propagande. Cela signifie qu'elle ne va pas bien et que donc etc etc. Magie de la communication, blanche nous sommes dans les films en noir et blanc de Paul Emile Victor, bleue nous sommes dans le sommet internationaux du climat où des socialistes vont justifier des interventions supplémentaires de la part de l'Etat, que dis je, des impôts nouveaux. Pour la planète, soit disant, du moins ce qu'il en reste à filmer.

La situation est donc ce qu'elle est: je m'en tape complètement, et ne veut rien faire tant que les chinois seront ce qu'il sont: les esclaves d'un pouvoir communiste tyrannique que nos pères ont eu la lâcheté de laisser vivre au lieu de les attaquer à l'arme atomique, comme il se devait: cela aurait vraiment sauvé la planète, ruinée, bien sur, par le pharamineux développement absurde de cette explosion démographique issue des massacres de population maoïstes que nous avons eu la faiblesse de ne pas accompagner.

A partir de là, on peut revenir à certaines théories qui mettent bien sur en cause le mâle blanc occidental, qui non content d'être égoïste, pète au lit. Le climat change d'une part ( après avoir désintoxiqué ceux qui crurent avoir observé une stabilité en moyenne ces dernières années), du fait de la personne en question d'autre part: l'homme change le climat. On le savait de la vache, on le savait du chinois, maintenant c'est toute l'humanité qui est en cause.

Depuis les feux de bois de la limite sahélienne, jusqu'à mon horrible haleine, l'action anthropique nuit à la planète. La planète. 

Je finirais par un doute fondamental: plongée dans l'espace vide, le bout de dur entouré d'atmosphère qui constitue ce monde là est en fait plongé dans un espace ouvert entouré de quasi néant. Qu'est ce qui fait qu'il y ait trop de quelque chose ? En particulier de gazs soit disant nocifs, depuis le ziklon B jusqu'au CO je sais pas combien: comment toutes ces effluves ne fuient pas au diable dans l'absolue dilution du vide ? Il y a de la place pour tout le monde, pourtant ?  

Franchement entre ça et je ne sais quelles génuflexions matinées d'impôts supplémentaires, il n'y a que l'imaginaire qui convient: une boule bleue dans le vide sur laquelle s'entremêlent des filaments d'essences dont les effets ne se résument sans doute pas à une température moyenne, terre et mer comprises. 

 

03/10/2015

Proust Berl Mauriac Rebatet Céline

Pardon d'associer ainsi 4 noms oubliés qui marquèrent l'histoire des lettres en France, mais ça vaut le coup,on parle d'eux dans la presse. 

Emmanuel Berl, évoqué par Brice Couturier récemment, fut un personnage extraordinaire: mari de Mireille, qui forma Françoise Hardy, apparenté à Proust qui lui jeta ses pantoufles à la figure car il croyait à l'amour (Berl), celui ci (Proust) lui aurait proposé un faux certificat d'inversion pour l'aider à pénétrer les milieux littéraires.

Cette histoire du certificat d'inversion (le mot est utilisé par Proust dans ses merveilleuses descriptions de la société en question) est absolument fascinante: un certificat d'inversion signé Proust ! Combien cela vaudrait il aujourd'hui ? 

A propos de cette fameuse inversion, certains en souffraient à l'époque et wikipedia  rappelle ce qu'en disait Berl lui même: 

"Je voudrais que les invertis pratiquent sans être inquiétés la sodomie et renoncent à un sodomisme qui devient une sorte de nationalisme avec cérémonie et fanfares, haine de l'étranger, culte des grands hommes, panthéon des invertis célèbres et, sous l'arc de triomphe, la tombe du pédéraste inconnu."

L'appréciation est piquante, et on peut la partager à travers le temps: elle illustre magnifiquement une tendance qui ne dépend pas des époques, et on pourrait encore être d'accord avec lui. Eviter les mots "homosexuel"  ou "gay", trop modernes pour ne pas désigner la même chose afind de les remplacer par "inverti" ou "sodomisme" est trop délicieux. Cet homme reste notre presque contemporain, et si on peut lui reprocher d'avoir écrit quelques discours de Pétain, il faudrait être bien méchant pour le haïr pour cela. 

Cela permet de faire le lien avec Lucien Rebatet, réédité réecemment et dont l'inversion, cette fois antisémite, fut patente et active. Car la littérature n'a pas de frontières, surtout en France, et celles ci, surtout en cette période de droitisation de la gauche, peut se trouver appréciée même quand ses thèmes sont constitués d'appels au meurtre divers et de détestations variées ainsi donc d'après tous, très bien exprimées. 

J'avoue apprécier au delà du possible celle ci: 

L'"obscène coquin" Mauriac: "L'homme à l'habit vert, le bourgeois riche, avec sa torve gueule de faux Greco, ses décoctions de Paul Bourget macérées dans le foutre rance et l'eau bénite, ces oscillations entre l'eucharistie et le bordel à pédérastes qui forment l'unique drame de sa prose aussi bien que de sa conscience, est l'un des plus obscènes coquins qui aient poussé dans les fumiers chrétiens de notre époque. Il est étonnant que l'on n'ait même pas encore su lui intimer le silence." ("Les décombres").

Elle fait doublement le lien, merveilleusement "années trente" entre divers thèmes et diverses personnes et pourtant n'est pas antisémite, pour une fois. Mais Rebatet en fait était un négatif multiple. Tout comme Céline, à qui on veut l'attacher, le gout fumé de ce type d'oeuvre et de ce type de personne devenant à la mode, il détestait comme on respire, tout simplement. Pourtant il fut un critique musical et devint même sur le tard, par anti gaullisme sans doute, défenseur de l'Israël combattant de 1967. Né en 1903, il mourut en 1972...

J'avoue me rattacher comme être à ce type d'attitude personnelle, ma détestation de la gauche se voulant être à la hauteur de celles là,  qui ne furent que bêtement dédiées envers des gens qui n'y pouvaient rien: Proust le dit bien, on est juif ou pédé malgré soi. Alors qu'on se doit d'être de gauche: à moins qu'un gêne ? 

Pour évoquer Rebatet, l'interview par Jacques Chancel est saisissant: 

https://www.youtube.com/watch?v=rhMQHT9aifg

Une remarque: mon grand père, né en 1902, avait l'accent du sud ouest, et absolument pas celui là. 

Il parle des "gaffes" d'Hitler, et de la dramatique ignorance de l'accueil enthousiaste des ukrainiens. Et puis la chartreuse de Parme est une histoire de collaboration, ajoute t il malicieusement... Il dénonce Claude Roy comme renégat (il "nous" léchait les pieds et fut communiste après la guerre).

Il aimait beaucoup Céline, avec qui il alla à Sigmaringen. Nous y voilà donc, car Céline est considéré comme l'égal de Proust et d'ailleurs cela par Rebatet lui même... Voilà donc la littérature Française du XXème siècle... 

Pour conclure je dirais que Proust, né en 1871, me semble être la seule personne digne d'admiration là dedans: il échappa à la destruction. 

Se pose ainsi la question de cette destruction. Journaliste à l'Action Française, de quelles vilainies des juifs le jeune Rebatet fut il témoin? Une piste, d'après l'entretien ci dessus: il fut traité de nazi alors qu'il décrivait la montée du nazisme en Allemagne en étant, c'était le cas de Maurras lui même, anti allemand. Ce furent donc ces juifs là qui poussèrent à la guerre, alors qu'il fallait s'entendre avec Hitler ? A moins que le ressentiment aveugle de proto fascistes déchristianisés effrayés par le monde moderne libéral ne causa leur affaissement et pour finir la ruine du nerf Français, dépeuplé par une guerre que les fils des survivants finirent par détester.  

Tout l'épouvantable drame de l'époque, dont Rebatet fut partie prenante et acteur est partiellement là. La France y a t elle survécu ? Et bien c'est la question, et il est possible que non. 

Que fut le gaullisme dans cette histoire ? Celui dont Rebatet célébra joyeux la mort, à qui manque t il ?

12/09/2015

Girard, Jean Yves

On trouve un article ancien (les années 2000) et aussi les vidéos associées, qui fleurent bon un passé désigné par un type d'ordinateur portable. http://recherche.ircam.fr/equipes/repmus/mamux/hermann.pdf

Jean Yves Girard est sans doute, et cela est peu connu, l'équivalent actuel de Cantor ou de Gödel lui même. 

Auteur de la logique "linéaire", il est l'homme de la compréhension la plus aboutie, à l'heure actuelle, de la nature de la logique et des mathématiques, rien que ça. 

Né en 1947, c'est un soixante huitard typique dans le sens le plus fort du terme: incroyablement arrogant et fulgurant, il dénonce, approxime, accuse et plaisante avec toute la verve possible. Ses articles et vidéos de 2000 sont incroyablement puissantes, rapides et ... personnelles. 

Que dit il  ? Et bien le comprendre c'est sans doute comprendre le monde plus qu'on n'a jamais pu le faire depuis l'antiquité, et les revues "secondaires" sont pleines des plaintes des semi intellectuels qui feraient mieux de finaliser cette compréhension. 

La diagonale de Cantor

D'abord le premier élément du basculement du monde: sa formalisation nous explose à la figure.

Il y a un infini non dénombrable. Ca commence comme ça avec l'argument de Cantor (1891) prouvant la non dénombrabilité des parties de l'ensemble des entiers naturels. 

Si les ensembles possibles d'entiers sont décrits par une matrice N(i,j) de 1 et de 0, suivant que l'entier i appartient à la partie de numéro j, et bien l'ensemble d'entiers défini par les entiers k tels que N(k,k) = 0, n'est pas répertorié. Cet ensemble est réel, non vide mais invisible. Où qu'il est ? 

Une autre forme de l'argument consiste à mettre en bijection les entiers et les ensembles d'entiers (les parties d'entiers), puis définir l'ensemble D(iagonal) qui contient les entiers qui ne sont pas contenus dans leur image par la bijection. Et bien D n'est pas l'image par la bijection d'un entier et ce par définition. Ou qu'il est?  

Cet argument, dit diagonal, extrêmement simple, est considéré, par exemple par Girard lui même, comme la même chose que tous les paradoxes diagonaux, Gödel compris, ce qui sonne le glas de l'impossible formalisation du monde. En effet, ils se présentent tous avec la structure du "point fixe paradoxal": une fonction f(x,y), une fonction g(z), et à partir de là l'expression h(x) = g(f(x,x)) plus l'exhibition d'un a tel que h(x) = f(x,a). On a alors h(a) = g(f(a,a)) = f(a,a).  Ce point fixe est dans pas mal de cas similaires, paradoxal.

Par exemple, dans le cas de Cantor, f(x,y) est la matrice N, et g est la fonction qui échange 0 et 1. h va définir la fameuse partie invisible de numéro a, dont les éléments sont les entiers x tels h(x) = f(x,a). Comme h(a)=f(a,a)=g(f(a,a)) et que g n'a PAS de point fixe, cette partie invisible ne peut pas exister. 

Le "monstre" de Gödel est construit exactement de cette manière. Juste un point au sujet du monstre: il est défini par un encodage, qui suppose des manipulations à base de "lemme du chinois" qui impose, pour identifier des suites de termes de longueur arbitraire, qu'on ait la multiplication: c'est pour cela que l'arithmétique de Pressburger, sans elle, est décidable, elle. 

Notons que le paradoxe de Jules Richard (1905, c'est un français) qui parle du plus petit entier non définissable en moins de douze mots, conduit directement au monstre et en est l'équivalent strict. 

Löwenheim Skolem 

La question de l'existence démontrée par Löwenheim et Skolem d'un modèle dénombrable pour toute théorie du premier ordre pose alors le problème de l'argument diagonal qui prouve la non dénombrabilité. Et bien cette preuve est une illusion, la chose non dénombrable construit par diagonale n'étant pas un objet du modèle dénombrable prouvé par L.S.

Plus exactement, l'interprétation exacte étant difficile et piégeuse, l'ensemble des parties de N n'a pas la même extension dans tous les modèles de ZF, alors que c'est le cas de N lui même... 

Ainsi il est faux de dire que dans certains modèles de ZF, tous les ensembles infinis sont dénombrables ! En gros, le théorème de Cantor est bien absolu. Ouf. 

 

Le vrai, le faux et le prouvable

 Mis à part la construction du monstre, c'est la dernière partie de la démonstration du théorème de Gödel qui est rigolote. Le monstre est un énoncé qui dit "moi, énoncé, je ne suis pas prouvable". 

On ne sait pas si cet énoncé est vrai, mais on peut le démontrer facilement. Si il était démontrable (prouvable), il serait, comme énoncé, "vrai", ceci car la théorie est cohérente, donc non contradictoire, c'est à dire que tout ce qu'on y démontre est vrai. Si il était vrai, le fait qu'il n'est pas démontrable serait vrai, or on a supposé le contraire. L'hypothèse est donc fausse, et il n'est pas démontrable, c'est à dire que ce qu'il énonce est vrai. Un énoncé dont le contenu est vrai est vrai, il est donc "vrai". 

Ce petit jeu qui produit le vrai par une démonstration qui joue sur le vrai et le prouvable est en soi une pure merveille autonome. Le vrai surgit du néant, littéralement. 

Le théorème de Gödel: irréfragable

Le premier théorème de Gödel montre qu'il existe (au moins une) vérité non démontrable dans tout système formel assez expressif. Le second théorème reformule le premier en affirmant qu'une théorie assez expressive cohérente ne peut démontrer sa propre cohérence (cohérent=non contradictoire="consistant"). 

Plus exactement, le premier théorème est une réflexion sur la contemplation d'une proposition monstrueuse de l'arithmétique obtenue après force codage, et qui se trouve ainsi vraie. Cette proposition affirme qu'elle n'est pas démontrable. L'arithmétique étant cohérente, on a donc le vrai monstre: vrai mais pas démontrable.  

Les deux concepts fondamentaux de la pensée humaine, vérité et démontrabilité ne s'identifient pas. Boum. 

Girard fait remarquer que Gödel est absolument irréfragable: si il était réfuté, alors que les preuves mathématiques de sa véracité existent (on l'a vérifié par ordinateur), les mathématiques seraient alors contradictoires (il y aurait un théorème démontré qui serait faux), et donc le théorème de Gödel serait vrai, ex falso quodlibet (du contradictoire on déduit ce qu'on veut). Irréfragable, c'est le mot. Pardon de méditer encore une telle merveille, mais il faut bien réaliser la beauté de la chose: il est d'autant plus vrai que sa réfutation implique sa vérité ! 

Un mot au sujet du DEUXIEME théorème de Gödel. Il est basé sur l'ENCODAGE du raisonnement ayant mené au premier. Le premier affirme donc que toute théorie cohérente T contient des énoncés non décidables. Cette affirmation encodée DANS T, signifie donc que T contient l'implication (Cohérence => G ).

Et là champagne ! Comme G n'est pas prouvable (premier théorème), la cohérence de T ne l'est pas non plus: une théorie ne peut contenir de preuve de sa cohérence, Hilbert est réfuté... 

L'isomorphisme de Curry Howard

La grande découverte du XXème siècle c'est aussi cette mystérieuse correspondance qui relie la logique et le calcul. Une interprétation de la logique même, celle qui préside à la véracité des constructions du langage qui s'identifie à l'application des fonctions à leurs arguments, comme le font tous les jours les braves ordinateurs.

Le raisonnement c'est donc le calcul, tout simplement. 

Si on y a va dans le détail, un type c'est une proposition, et une valeur typée une preuve du type, c'est à dire une preuve existentielle  que dans un cas la proposition est vraie. Un type de fonction d'un type vers un autre est un raisonnement de la déduction d'une proposition par une autre, et une fonction de ce type est une preuve de ce raisonnement, l'application de la fonction étant la règle de coupure (|- ), le calcul consistant à éliminer ces coupures. 

Girard et tout le monde, maintenant, construisent leurs logiques sur la base de cette identification, cherchant, au delà des intuitionnismes à penser la logique nue d'une façon qui rompt tout à fait avec les idéologies variées du début du XXème siècle. C'est là que Girard se lance dans ses articles dans des dénonciations variées qui font justice aussi bien des ultra formels des débuts que des bouddhistes de la fin. 

Girard philosophe

Girard prononce alors toute une série de fatwas, dénonçant aussi bien l'essentialisme (contre l'existentialisme), et le popperisme (c'est là où il est le plus virulent). 

Au sujet de Popper, j'avoue être perturbé: faut il choisir entre papa et maman ? Je crois en fait que les propositions "popperriennes" (récessives, ou généralisations (AxB)) s'opposant aux propositions expansives (ExB), et identifiant la vérité à l'attente indéfinie d'un bus, identifiant le faux à l'inexistence, sont en fait des métaphores d'après diner, faites pour distraire, et que hélas Girard n'est pas philosophe. 

Car Popper ne prendrait pas en compte le caractère irréfragable du théorème de Gödel, qui se trouvant donc non falsifiable, serait donc non scientifique d'après Popper. Il est clair là que maman se moque de papa et qu'on est bien dans l'irrévérencieux, rien de plus. Ouf: Popper n'applique pas la falsifiabilté aux axiomes d'une théorie formelle, et le déductif n'a pas à être falsifié, quoique,  et c'est la question. 

Et puis, là où Girard est particulièrement injuste, c'est qu'on ne peut que qualifier de "scientifique" le programme de Hilbert lui même !  Il pose des conjectures dans le domaine mathématique, et celles ci se trouvent réfutées, les unes après les autres. Le théorème de Gödel et son irréfragabilité est bien un élément de preuve, absolument distinct et asymétrique de la prétention à la super cohérence, parfaitement scientifique, mais ... fausse, parce que falsifiée.

Deux remarques en passant: il me semble que le mot "falsification" a un coté bien trop "filosof" pour ne pas être à la base d'une "philosophie" des sciences, ah le jeu de mot signifiant ! Voilà que je fais mon heildeguerre... La deuxième remarque est que mot "endlösung" (solution finale) était utilisé par Hilbert... 

 

Les différents problèmes

Il y a deux sortes de problèmes, les Pi1 et les Sigma1. Pi1 c'est ce sont les généralisations (AxB) et Sigma1 se sont les exemples (ExB), comme on a dit, Girard parle des récessifs et des expansifs. 
L'énoncé de Gödel est typiquement une généralisation (il n'existe pas de démonstration qui me prouve). 

Notons qu'un exemple est en principe semi-décidable: en essayant toutes les combinaisons de variables, on peut chercher à rendre l'exemple vrai,(à condition bien sur que la formule soit décidable en temps fini, bien sur, ce qui est le cas quand elle ne contient que des quantificateurs bornés). Il faut bien comprendre la chose: le "il existe" affirme, mais sans montrer. Pour s'en convaincre absolument, pour décider "finalement", il faut donc trouver UN exemple, on dit qu'il "suffit" de le trouver, puisque la décision se réduira à un seul évènement, obtenu en essayant tour à tour toutes les combinaisons, et en appliquant les tables de vérités à l'application des fonctions propositionnelles.

Notons qu'on considère évidemment les "B" comme ne contenant eux mêmes que des quantificateurs bornés, (Ex<p, Ax<q), pour ne pas partir à l'infini immédiatement. Par contre, il y a bien asymétrie entre les deux types d'énoncés. 

 Gentzen et la déduction naturelle

(en lisant http://baptiste.meles.free.fr/site/B.Meles-Logique_lineaire.pdf)

Gerhard Gentzen (GG), ex assistant de Hilbert, inventa la "déduction naturelle", une classification nécessaire des règles de déduction exprimée proprement sous forme de "séquents". 

Un séquent, atome de la démonstration est de la forme :  A , B   |-  C 

Il est très précisément l'équivalent d'une implication: nonA ou nonB ou C

Plus précisément encore, il est affirmation d'une vérité décomposée en disjonctions. 

A, B, ou C sont des expressions quelconques, quantifiées ou non dont on affirme la vérité. Un séquent exprime une implication élémentaire, prouvant une expression vraie sous certaines hypothèses. En fait il ne s'agit pas d'une implication au sens logique mais d'un modus ponens, le deuxième sens de la chose, bien plus riche: c'est Gentzen qui le matérialisa !

La déduction "naturelle" sous sa forme la plus générale consiste à dessiner des arbres avec de belles lignes horizontales désignant la production possible d'un séquent à partir de plusieurs autres. 

Un séquent en lui même est donc une preuve de quelque chose, et la "déduction" consiste à expliquer comment on l'obtient à partir d'autres preuves. Ce n'est pas le simple modus ponens, un raisonnement (nonA ou B, écrit  A |-B), mais la "déduction" de cette preuve à partir d'autres preuves. 

Notons ce qui caractérise la déduction dite "naturelle" inventée par GG: il y a UNE conclusion. Le système se compose donc de règles avec UN seul axiome, la règle sans prémisses: 

____________

   X, A  |-   A 

Ainsi, il est "licite" de se débarrasser dans une preuve, des hypothèses supplémentaires. TOUT le reste sont des règles d'introduction 

De manière systématique, on (GG en fait, qui prêta serment à Hitler en 39) a des règles d'introduction et d'élimination basiques pour chaque symbole logique, qui apparaissent comme autant d'opérations de bases dans la conduite des preuves.

 L'introduction du "v" (le "ou") par exemple, s'écrit: 

       X   |-   A 

______________

   X   |-   A ou B 

 

L'élimination droite du ET : 

   X   |-   A et B 

_______________

      X   |-   A 

On a encore 2 ou 3 règles générales de ce type pour finir de décrire la "déduction naturelle". Ce qui permet de décrire absolument une démonstration comme un arbre d'application de règles.

GG est un génie: il invente une représentation du raisonnement qui rend complètement mécanisable, par exploration d'un arbre de preuves, les raisonnements logiques en général. La porte de la démonstration automatique, devant vos yeux ébahis, vient d'être ouverte. 

Hélas, la symétrie du système est cassée par la règle du tiers exclus, la négation ne pouvant être proprement éliminée et introduite. Cette question du statut spécial de la négation qui occupa beaucoup GG, demande à être comprise, et je n'en suis pas encore là. Et vous ?

Simplement, les "preuves" ne s'expriment pas de manière symétriques (il n'y a qu'une seule conclusion). En étendant la notion de séquent: (Ai |- Bi), le système est rendu complètement symétrique, les et et les ou se trouvant complètement équivalents, la négation servant de passage d'une formule à l'autre, le shéma étant bien sur celui des fameuses lois de Morgan. Le calcul des séquents représente proprement le raisonnement automatique.

Cependant, la distinction logique classique/logique intuitioniste reste, le refus du tiers exclus, propre à l'intuitionnisme, cassant cette belle symétrie.

Tout ça pour dire que la logique linéaire de Girard (mot vide de sens pour moi jusqu'à aujourd'hui), a pour objet de compléter le travail de GG et de refonder la logique autrement, tout simplement.

De nouveaux opérateurs (x, &), une nouvelle implication (--o), qui serait capable, selon Girard sans les épicycles de ptolémée, de rendre compte de toutes les formes de logiques variées qu'on a pu inventer entre temps. Du diable si je comprends les détails. Encore des trucs à lire.

 

Encore, Encore

Une conférence plus récente est en https://www.youtube.com/watch?v=Nc3pgZxU-Cg 

Le portable est un Apple, bien plus moderne. Encore plus sarcastique et drôle: il veut tuer le réalisme et n'est ni objectiviste, ni subjectiviste et il cite: le sens c'est l'usage (Wittgenstein), la négation c'est le format (Hégel), il est existentialiste et non pas réaliste ou essentialiste et surtout: il n'y a pas de preuve que "non". 

 

Un article sur l'état présent de la logique, avec l'introduction des 3 mondes, la logique linéaire étant au niveau 3 (bien sur) est bien sur un must.  http://iml.univ-mrs.fr/~girard/roma2004.pdf

On y trouve une critique de la logique de Guantanamo: un sujet est un objet qu'on n'a pas torturé suffisamment.

 

05/09/2015

Les sociologies

Avec Raymond Boudon j'avoue avoir toujours été: son ton, sa clarté, sa bonhomie avant sa disparition après des vidéos en bonnet m'on toujours séduit. Il est pourtant porteur d'une sacrée ambition: expliquer en général les comportements des hommes en société. Mazette.

Il y a sur la question des avis multiples mais une ambition qui date d'Auguste Compte: il s'agit de la sociologie, et mieux de la possibilité d'une théorie générale des objets sociaux, sil il y en a.

La sociologie

Pour définir cette discipline, il faut se référer à la physique, reine des vraies sciences, mais dont le domaine est différent et dont le contenu est différent. Qu'est ce qu'une explication ? Qu'est ce qu'une théorie scientifique ? Qu'est ce qu'une science ? Qu'est ce que LA science ? A partir de la remarque que les faits sociaux, même si en principe réductible à des mouvements moléculaires, doivent être décrit "à un autre niveau", on distingue deux sortes de réponses:

- il existe des forces sociales globales à déterminer qui agissent sur les volontés

- il n'existe que des aggrégats de décisions individuelles fondées sur des raisons qu'il faut déterminer

Entre "holisme" et "individualisme" il faut choisir. Freud, Marx, Foucault, Bourdieu d'un coté, Weber, Boudon de l'autre. Sans parler des américains Pearsons puis Merton, et aussi Coleman l'homme de la théorie des choix rationnels.

Merton est une référence fondamentale: il décrivit les "prophéties auto réalisatrices" et la "serendipité", et fut le père de Merton l'économiste, nobel avec le Scholes de l'équation de Black et Scholes, responsable du crash de 2008. Avec Coleman, quoique lui, porteur de la théorie des choix rationnels, ils sont des "individualistes", tout comme le véritable inventeur de cette sociologie là, Max Weber. Weber avait pour objectif de "comprendre" et l'objet du débat est l'immortel "Verstehen" weberien, qui veut faire de la sociologie une science au sens de connaissance du réel dans un domaine, il faut bien le dire ou l'obscurité rêgne.

Becker est un utilitariste moderne, mais c'est une sociologue rationnel. 

L'explication

Qu'est ce qu'une explication? Et bien Boudon la définit assez bien par ce qu'elle n'est pas en sociologie, matérielle. Par définition, l'explication est basée sur des intentions, des discours, bref de l'immatériel. Par contre, il ne s'agit pas de forces extérieures, mais de manifestations humaines exprimées. L'explication doit alors être formée, c'est sa définition en 3 points, de considérations acceptables portant sur des actions humaines individuelles, et aussi rationnelles.

Quelles sont les explications ? Et bien il y a en a de célèbres celles des grands hommes Tocqueville, Weber, Durkheim inventeurs du domaine.

Les aristocrates anglais restent sur leurs terres et innovent, tandis qu'à la cour, leur pendants français célèbrent le culte de la raison. Cela explique les différences de richesses entre ces pays et la révolution... Ca c'est Tocqueville.

Weber explique le polythéisme des paysans (pagan) soumis à la météorologie tandis que les fonctionnaires romains et les officiers se convertissent aux cultes de Mithra et du christianisme, à l'image des hiérarchies spirituelles et matérielles qui leur conviennent.

Contre Levy Bruhl ou Needham, Durkheim refuse le déterminisme des "cultures" et affirme au contraire le choix rationnel de théories qui diffèrent entre et dans les cultures, leurs stabilités s'expliquant par la tendance rationnelle à minimiser les contradictions en agissant cognitivement sur les aspects secondaires.  

68 fut il une révolution ou une manifestation brutale de tendances de long terme déjà bien engagées et commune à tout le monde occidental ? Weber avait décrit la tendance à la rationalisation diffuse des sociétés, au détriment de la sempiternelle "crise des valeurs" au moins aussi ancienne.  

On peut aussi parler de Smith, qui explique les salaires du bourreau et du médecin, élevés pour des raisons opposées (la compétence et le respect) et aussi du soldat et du mineur (inversés car le soldat se paye en gloire).   

On peut aussi parler de l'explication de la chute de l'URSS, causée par son incapacité à répondre au bouclier anti missiles de Reagan, son pouvoir tenant justement à sa capacité de s'opposer militairement à son adversaire... 

La rationalité

Qui dit science dit rationalité est on va commencer fort, car la rationalité c'est celle de l'acteur le fameux individu "home sociologicus", mais aussi (et surtout ) celle du sociologue lui même, voire la rationalité elle même, dont la définition porte une ombre...

Qu'est ce que le rationnel ?

D'abord, et c'est le credo des individualistes, le rationnel n'est PAS réduit à l'instrumental (capacité de faire correspondre une action à un but) et doit inclure, c'est la condition pour rendre la sociologie scientifique, le rationnel "cognitif", quand l'action est justifiée par des considérations théoriques valides ou non, mais acceptables, et le rationnel "axiologique", quand l'action est justifié par la considérations de valeurs, elle même exprimée par des jugements de valeurs compréhensibles faisant appel à une psychologie rationnelle et non à une psychologie des profondeurs.

Le caractère scientifique, selon Boudon, porte donc sur des explications d'un contexte donné, excluant une théorie générale de tout le social. Il s'agit de répondre à une question, pas de décrire une partie identifiée du réel. On peut alors accéder à du scientifique poppérien en sociologie.

Car le fond de l'affaire, c'est que les causes des actions des hommes sont les raisons qu'ils donnent de leurs actions. Nul besoin de forces occultes: la raison ordinaire, base de la rationalité des explications du monde. Ces principes, d'inspiration cognitiviste, sont valides dans les sciences humaines en sociologie et en économie, c'est le projet global. 

Pour préciser les théories de Boudon, on peut d'abord le lire. Il y a donc 3 rationalités: utilitariste, cognitive et axiologique suivant qu'on se soucie de ses intérêts privés ou que l'on suive des raisons objectives ou inspirées par des valeurs. Boudon n'est donc pas un utilitariste à proprement parler: il inclut toutes les rationalités de l'individu. 

Il faut noter que la rationalité utilitariste est privée et ne correspond qu'à la description de l'individu égoïste, alors que bien sur l'humain est aussi à la recherche de théories et de valeurs partagées publiquement. L'individualisme théorique est ainsi parfaitement "collectif" et donc respectable, les confrontations comme dominant ou dominé à des états de choses n'ayant aucune signification propre.  

Car nous sommes là dans l'idéologique, et au plus haut point: tout ce à quoi tiennent les moralistes et sociologistes de tout poils, bref ce qu'on appelle le système de gauche, structurellement holiste, et manipulateur de la culture se trouve ici nié avec puissance et définitivement. Boudon se trouve donc un immense penseur libéral au vrai sens du terme.

Au fait il faut rappeller la définition que Boudon donne de l'idéologie: une ensemble de descriptions prescriptives. Définir le rationnel en le décrivant et en règlementant son utiisation se trouve donc idéologique, non ?

Oui mais alors

Deux sujets prêtent à discussion. D'abord l'explication des sentiments nationaux et de leur permanence. On pourrait les décrire comme la stabilisation historique de modes de vies et d'intérêts collectifs bien compris exprimables individuellement, une sorte de rationalité axiologique du drapeau. Mais cela demanderait à être raffiné.

Un autre point est la nature du religieux. Même si on peut expliquer la stabilisation ou l'évolution des croyances, le principe même de la pratique religieuse demanderait à être clarifié: homogène à l'humain lui même, et donc aussi important que le rationnel lui même ?

Les deux question sont liées et l'appartenance social et morale, en général fait question... On s'arrêtera là.

04/09/2015

Les Islams

Il y a à propos de l'Islam, de ce qu'il est et n'est pas bien des discours et affirmations qui paraissent il faut le dire complètement contradictoires et incohérentes.

Un conflit d'interprétation existe clairement par exemple, entre d'une part les les tenants du complot mondial islamiste et d'autre part ceux d'une religion en voie de sécularisation. Les durs et les doux s'accusent mutuellement et avancent des preuves.

Pour les premiers, on a une vision essentiellement compacte des musulmans, universellement mus par la nécessité qui leur serait faite d'imposer au monde du fait de leur croyances, d'un mode d'organisation politique et social particulier. Ceux qui s'en départent ne sont pas musulmans et le tour est joué. On assimile donc le complot totalitaire et l'Islam, celui ci ne pouvant pas échapper à la qualification.

Que sont les religieux d'apparence modérée protestant de leur pacifiques intentions et de leur loyauté citoyenne ? Des menteurs, des victimes manipulées ?

Et bien on pourrait juger sur pièces et voir ce qu'il en est des références théologiques ou idéologiques. Je me permettrais de ne pas me faire d'illusions, et de n'avoir aucune estime particulière pour une religion à quoi rien ne m'attache.

La théorie classique

Au delà de la différence La Mecque/Médine (un brave gars rêveur soumis à une veuve suivi d'un chef de razzia qui se transforme en chef de guerre conquérant ), Mahomet lui même doit pouvoir être considéré comme ses immédiats successeurs (les fameux 4, on dira donc 5, premiers califes): des chefs spirituels et militaires, qui ne réalisent pas vraiment qu'un empire se met en place.

A ce point se produit la grande divergence, qui caractérise le coeur du problème actuel, celui du fondamentalisme: les 4 bien guidés, les "rashidun" et les "pieux prédecesseurs" (salaf) sont la seule référence. Après ce serait n'importe quoi: quinze cent ans de violences politiques liées à l'expansion et au maintien d'un empire totalitaire, qui s'achève en 1924 après une longue décadence par l'abolition du califat.

A ce point, deux attitudes: d'une part l'origine pieuse est la référence, purement spirituelle et le reste étant histoire, on peut séparer religion et politique, et d'autre part, l'origine pieuse purement divine est la référence et on doit se consacrer à sa restauration qui identifie absolument, Dieu, son prophète et l'histoire.

L'ambiguité de la "réforme" est précisément ce débat là: la réforme consiste à revenir aux origines, le problème étant que ces origines là sont diversement interprétées. Les variations dogmatiques étant de règle en Islam, il se trouve donc qu'il s'agit d'une religion à la fois unique et multiple et qui donc, en vertu du principe de non contradiction, n'existe pas. C'est mon point de vue.

Un point de vue agressif de réaction est celui des durs cité plus haut: l'ambiguité ne peut profiter qu'aux durs (les autres) les doux ne pouvant qu'être violentés (comme nous). Il convient de rejeter absolument et explicitement les durs, quitte à ne pas croire les doux, des agneaux irresponsables. J'avoue être séduit par la chose, la réaction ultra laïque à une religion qui n'existe pas me paraissant être ce qu'il faut faire.

L'histoire

L'époque ancienne fut d'abord celle d'une longue décadence initiée après les premières défaites ottomanes de la fin du 17ème siècle: un empire encore redoutable, mais exclusivement autre, sans rayonnement culturel, exclusivement consacré à maintenir par la violence une religion autoritaire piétiste de fatalistes, au détriment d'explosions fanatiques variées qui se produisaient ici ou là. L'affaire grecque consacra le recul géographique définitif de la porte, préalable à son éviction de l'histoire un peu après.

Ce n'est qu'à partir de la fin de l'effondrement de la puissance turque que des musulmans, principalement égyptiens, commencèrent à penser. Il faut dire que l'Egypte, à partir de Mehemet Ali en 1805 (il est du même age que Napoleon et réforma l'Egypte jusqu'en 1849), était quasi indépendante de la porte ou du moins suffisamment (le khédive ou vice roi faisant la liaison) pour libérer certaines pratiques. On doit parler du fameux Rifaa Al Tahtawi (le Rifaa de Guy Sorman), le réformateur egyptien par excellence, mort en 1873.

Abdu, El Afghani et Rida

Tout commence alors avec des intellectuels de l'Egypte de la toute fin du XIXème siècle.

Mohamed Abduh et aussi l'afghan voyageur El Afghani. D'abord des réformistes politiques, ils sont musulmans sunnites, et s'efforcent de lever les barrières religieuses à la pensée de réformes sociales. Polygamie, corruption, prêt à intérêt, ils cherchent à déverrouiller la société égyptienne. Abduh participe à la révolte nationaliste d'Urabi Pacha, fut comme lui franc maçon et vécut exllé en France.

Afghani polémique avec Renan qui était porteur d'une description pour le moins critique de la religion musulmane mais concède que la question de l'endormissement de la civilisation arabe reste posée.

Il faut mentionner le Syrien Al-Kawakibi, un panarabe musulman hostile aux turcs, partisan démocrate d'un califat arabe basé à la Mecque.

Qu'observe t on? Et bien que cette réaction est tout simplement "salafiste": la remarque est que du temps de pieux ancêtres, ça marchait et les arabes étaient maîtres du monde. Comme il ne le sont plus, il faut donc revenir au départ... C'est la remarque d'El Afghani lui même. La revue phare de ce réformisme là, Al Manar est clairement "réformiste" mais aussi en ce sens là, "salafiste", et... Elle le fonde.

Le dernier des trois, Rashid Rida, a soutenu un rapprochement avec le wahhabisme qui s'installe en Arabie Saoudite peu avant sa mort en 35.

Nous avons donc toute l'histoire: l'arabisme pour se réformer revient aux origines et fonde ce qui apparait aujourd'hui, comme particulièrement désolant: une pénultième tentative des arabes de redevenir puissants, en s'appuyant ce qui fut leur gloire, leur religion merveilleusement guerrière et dominante au 7ème siècle...  De cet ambitieux (mais il faut le dire, limité) mouvement réformateur, essentiellement nationaliste et je dirais plus utilitariste que spiritualiste, on doit retenir en Algérie l'association des Oulémas Algériens, auteur de la formule " L'islam est notre religion, l'arabe est notre langue et l'Algérie est notre pays". 

Qualifié ici de "salafiste", ces réformateurs là le sont d'une manière qui diffère toutefois grandement des salafistes déclarés de nos banlieues un siècle après: ils voulurent des réformes modernistes de la société et à ce titre sont bien sur considérés comme des mécréants par les personnes déguisés (de voiles blancs) aux tournures étranges (pas de discours qui ne commence par vingt phrases de salamalecs complexes), c'est à dire les débiles profonds (pardon je me lâche) que l'on appelle aujourd'hui les "salafistes" qu'ils soient simplement débiles (la majorité) ou djihadistes (quelque uns, ceux qui tuent). Le même mot désigne des réalités différentes... Tout comme "Islam" d'ailleurs: la diversité règne, c'est le moins qu'on puisse dire.

En tout cas, le thème règne: le retour aux 4(5) califes premiers est LA solution. De fait, TOUTE la propagande étiquetée "salafiste" depuis les frères musulmans jusqu'à l'Etat Islamique est mouillée dans cette réforme là aux divers degrés de leur fanatisme. La ligne des durs triomphe. De TOUS les durs.

Partagés entre partisans déçus du renouveau arabe et fous fascistes d'une religion barbare, ce salafisme là doit être combattu en tant que tel sous toutes ses formes de la plus hypocrite à la plus violente. Tariq Ramadan, l'élégant hypocrite suisse est l'un d'eux. Tout simplement.

Réforme, quelle réforme : Aberraziq ?

Mais il faut mentionner aussi Ali Abderraziq: après 1925 (et donc la fin du califat) il théorise, lui, une séparation originale entre temporel et religieux et permet d'évoquer peut être autre chose: la radicale distinction entre politique et religion. Il pose la bonne question : " le prophète est il un roi" et théorise la contingence de l'association entre renouveau religieux et restauration d'un état provisoire originaire. La problématique vaut même pour toutes les regligions: "Dieu nous a donné un culte et nous croyons en une politique". Car les biens guidés et les pieux prédécesseurs n'étaient pas prophètes eux, simplement des militaires ou des hommes politiques: la séparation religion/politique serait donc là et le califat doit être sorti du religieux, les musulmans ayant le droit de se doter des institutions qu'ills veulent. Voilà sa thèse, qui, il faut le dire, rompt complètement avec ce que l'on sait et voit de l'Islam.
Son oeuvre "L’Islam et les fondements du pouvoir" eut un retentissement considérable. Il fut évidemment violemment critiqué pour des raisons qu'on peut deviner. Il reste cependant très peu connu, et même si il reste une référence dans le monde intellectuel Arabe, il reste sulfureux et oh combien.


Qu'en pense-t-on aujourd'hui? Tout d'abord demandons à un grand intellectuel Tariq Ramadan lui même, le petit fils du concurrent (Al Bana est un contemporain d'Abderraziq et fonda les frères en 1928). Toute l'ambiguité du bon frère se manifeste: Abderraziq a échoué et n'est pas(plus) lu dans le monde musulman, Ramadan se base sur des doctrines du X/XIII ème siècles qui ne confondent pas politique et religion (car bien sur il n'y a pas de problèmes), et il est en désaccord avec Abderraziq qu'il considère au demeurant comme musulman, bien que colonisé et en contact avec le colonisateur, porteur de ce que veut entendre l'occident. La pierre d'achoppement selon Ramadan est de plus qu'aucun savant musulman n'ait jamais élaboré les choses de cette manière. Un innovateur déconnant, donc.

Or pourtant, il semble bien qu'il apporte des solutions à des vieux problèmes. Au passage l'étonnante contradiction portée par une idéologie qui simultanément promeut une religion finalisée par son fondateur, seul  auteur/transmetteur du livre sacré et qui en même temps accorde une importance démesurée à une horrible histoire de guerres entre ses successeurs. C'est le mérite d'Abderraziq de trancher la question: l'islam ne doit pas dépendre des califes qui succédèrent à Mahomet.

La thèse est piquante et séduisante, mais ne pourrait on pas dire, au contraire que l'Islam est d'abord (et peut être seulement, c'est mon avis) cette lutte là? Le divers de cette religion est ainsi bien réel, et son désespéré appel à l'unité divine sonne comme le regret éternel de la diversité conflictuelle irréductible des hommes. La grande religion de paix n'est qu'un regret de ne pas l'être.

La réalité est ainsi plutôt triste: le seul vrai réformateur, non pas de l'Islam, mais de la délétère attitude des musulmans face au politique n'est pas entendu, alors qu'il faudrait qu'il le soit. Dénigré bien que référence fondamentale, il reste cependant publié et honoré: tout n'est pas perdu donc, et vive l'Egypte!

  

02/08/2015

Les médias c'est fantastique

Une émission de public sénat:

http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/caricatures-presse-enjeux-numerique-replay-video-lemission-politique-cest-net-29-mai-2

Combien de temps cette merveille restera t elle publiquement exposée ? 

Merci et honneur à la démocratie que de dévoiler ce type de nudité! Gêne et honte à ce qu'on peut en penser. Pour une fois, je me permettrais de mépriser et haïr avec indulgence, avec amitié, avec amour, tant l'humiliation est crue, évidente, manifeste.

Tout plein de larmes dans les yeux après la mort de Cabu, assassiné je vous le rappelle en janvier dernier, je dois donc composer avec leur successeurs. Louison et Hervé Baudry. J'en repleure.

Inconnus, sans doute écrasés par les images (et les dessins) tutélaires, ils vécurent enfermés tels les lémures, entre les pattes des dinosaures, jusqu'à la libération (pardon du mot) que causa, de fait,l'astéroïde.

En gros: firent-t-ils le dessin de Ribery à genoux, clamant les paumes tournées vers le ciel : "mahomet on t'encule!". Non.

Louison, maintenant à France Culture, son visage vieilli, son chignon 11ème, sa chemise vichy me la faisant voir comme "mode", au sens ou Piem ou Dilem sont "modes", c'est à dire horriblement, et systématiquement, à coté de la plaque, toujours.

Tout comme son comparse - et néanmoins concurrent, observez- ayant vendu et voulant encore vendre une sirène danoise (quelle délicate allusion) clamant dans un langage inconnu de l'immigration française quelque chose de sans doute subversif.

Un dessin de Dieu sur un nuage, se plaignant des dessins de "bites", (sexes masculins tournés vers le bas) que charlie pratiquait est l'exploit de Louison, qualifié de "première fois" par son rival cruel. On en est là.

Les deux tremblants personnages, manifestement à la recherche de financements, furent éviscérés par une journaliste qui ne vaut guère mieux, mais qui au moins révéla le pot aux roses. Ses grandes dents (la denture, quand elle n'est pas contrôlée est spectaculaire, mais c'est le spectacle qui vaut ça, je n'en serai jamais), exultèrent à la fin. Merci encore de me permettre de voir ça.

Cette détestation est elle si cruelle ? Ou comme je l'avais annoncé, indulgente et aimante pour mes semblables humains, souffrant malgré eux ? 

Car il s'agit du "spectacle" tout de même. Spectacle dénoncé par les debord et muray, qui ne réalisèrent pas qu'il est maintenant produit par le nouveau prolétariat, des acteurs prolétaires, misérables et humiliés vendant leurs pauvres forces sur twitter, au lieu de s'en moquer.

Cabu et Wolinski (volAINski comme on disait dans les années soixante) sont morts. 

04/07/2015

La Grèce

Il faut traiter de la Grèce qui nous a occupé ces dernières semaines. 

Pour cela il faut des références, car on parle aussi de l'Europe, le projet multi national qui occupe le continent. 

On ne peut tout faire à la fois, prenons une dame, dans le Figaro, un journal de droite, pro establishment, pro européen, normal quoi. Ouvert au pluralisme, on peut difficilement faire plus: 

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/07/03/31003-20150703ARTFIG00361-referendum-grec-quoi-qu-il-arrive-rien-ne-sera-plus-jamais-comme-avant.php

Elle s'appelle Coralie Delaume. Elle est porteuse de tous les poncifs, de toutes les faussetés et de toutes les bêtises. Que dis je, elle la porte, elle la transporte, la répand, la gluante fausseté, squelette puant, figure de la misère et de la mort. 

1) Juncker ne sait pas ce qu'est la démocratie, d'ailleurs il l'a dit: "il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens". Que voulait il dire ? Les différents pays d'Europe ont signé des traités qui les engagent. Des élections peuvent avoir lieu dans ces pays qui peuvent remettent en cause les traités, mais certainement pas de les modifier à la marge. Car cela, précisément, ne serait pas démocratique... Et oui. 

Pour beaucoup dont la dame, cette position est révoltante et constitue un déni de démocratie, c'est ce que pense par exemple Maxime Tandonnet, ex conseiller du président Sarkozy, bloggeur connu. 

Et bien cette illusion est couramment répandue: on considère démocratique de remettre en cause une décision d'un gouvernement précédent à l'égard de l'extérieur, comme si cet extérieur était LUI AUSSI soumis à la volonté de l'intérieur. Une telle erreur de jugement est de l'ordre de la pathologie mentale, elle est encouragée et propagée dans un article à haute visibilité publique dans la presse nationale par une dame présentée comme spécialiste du droit communautaire. Aberrant. 

2) Il y a donc une erreur concernant la démocratie en Europe. 

La citation de l'"économiste" Lordon, (un activiste souverainisto communisto déconnant connu) est là pour légitimer la chose: la démocratie locale s'étend à toute l'Europe et l'immeuble bobo ou vit la dame a droit de faire la loi dans l'Europe entière, c'est la démocratie qui le veut. Car les traités ont tout ossifié et on ne peut les changer (telle ma robe) comme on veut.

Ces traités ont eu précisément pour but, rôle et fonction explicite de tenter de soustraire aux décisions démagogiques de dirigeants soumis aux intérêts particuliers la mise en oeuvre des politiques qui ne mènent qu'à la ruine, celles menées en Grèce pendant les années 80 en étant l'exemple absolu.

Elles sont donc "anti démocratiques". Une telle ignorance semble naïve, presque rafraichissante, elle semble être le fait d'une jeune fille un peu cul cul, gentiment gauchiste comme on peut l'être lors de ses premiers émois, du moins dans certains milieux (mais pas tous). La dame est adulte pourtant, et donc responsable, ne pourrait on pas dire plutôt qu'elle est instrumentalisée, payée pour débiter ces désinformations ? Quitte à sombrer dans le complotisme je suggère une manipulation de l'Etat Islamique: il est notre ennemi et doit nous fragiliser par tous les moyens. La dame aurait elle un voile dans son sac ?  La question se pose. En tout cas, vu l'énormité des crétineries qu'elle nous sert, on ne peut que se tourner vers ce type d'interprétation ! 

 

3) La suprématie du droit communautaire. 

Nous sommes là dans la spécialité de la dame. Parlons en. En gros, la dame souhaite que la France quitte l'union européenne. Sans le dire.

Car l'Europe n'est pas un monstre dont nous sommes victime à notre insu: tout cela fut décidé par des gouvernement élus, par des parlements qui après l'avoir annoncé avant leur élection contredirent un référendum acquis à force de disputes dans le principal parti de gauche à l'époque. 

Bref, tout est légal, public et évidemment nécessaire: le droit communautaire décidé collectivement est CE qui s'impose à tous, (sinon il n'aurait AUCUNE valeur, et serait donc inopérant complètement). Le problème est son étendue, qui elle se décide. La dame dénonce donc le principe en faisant mine de découvrir telle la jeune mariée les organes déplaisants de la vie biologique de sa propre espèce. A moins que. Le moyen orient suscite des discordes, la dame a un bâton de henné dans son sac.  

4) Le scandale revendiqué du référendum

Syriza est en négociation depuis cinq mois sur des sujets sensibles. Manifestement à l'écart des consensus européens, à de multiples reprises, ils s'affrontèrent à des gens qui tentèrent de leur expliquer les choses. 

Il y eut des éclats de voix entre ministres entre Schauble et Varouflakis par exemple. Pourquoi le gouvernement grec, manifestement en minorité face à ses "partenaires", à qui il doit par ailleurs de l'argent, aurait pu, aurait DU poser la question à son peuple au sujet de la fameuse contradiction remarquée par sa sagacité: faire des réformes ou quitter l'euro ? Il fallait le faire loyalement, raisonnablement, et on le sait déjà depuis des mois. 

Et bien ils mentirent à tout le monde et décident "démocratiquement", à une semaine du grand saut, de consulter un peuple abusé, qui a cru que cela allait passer. C'est de l'escroquerie à la Grecque, cela révulse tout le monde. C'est une manipulation communiste, à la limite de la légalité, et cela fut remarqué. Ce n'est pas un référendum digne, c'est un plébiscite de loubards.

 

5) L'Europe d'aujourd'hui

Ainsi donc, le président du parlement européen, Martin Schutz, est le complice des nazis d'"Aube Dorée" ?

Que le très social démocrate rondouillard moustachu soit un nazi est une révélation de la vision de la dame. Merci pour la mesure de ce jugement qui éclaire la nature réfléchie des autres.

6) Les Banques

Le coeur du reproche, de la plainte, du cri, du hululement. En 2010, on a sauvé les banques. La foudre: mon dieu mais c'est bien sur, comment ai-je pu être aussi bête. Sortie de l'enfance à ce moment, la dame et sa jeunesse heureuse se trouve confrontée à DSK. Tout l'argent fut versé aux banques et non pas au peuple grec, c'est horrible, c'est du gaspillage, c'est du vol ! 

La Grèce était en défaut et menaçait l'équilibre de l'Europe entière. Devant aux banques ce qui les conduisait à la ruine et à celle de toute l'économie de la zone, des gouvernements énergiques, plutôt que de se suicider, on fait le nécessaire et sanctuarisé  ce qui devait l'être: ils ont repris les dettes à leur compte, ce qui permit à l'économie Européenne de continuer à fonctionner.

Cinq ans après, le "système" qu'on avait dit perdu se trouve merveilleusement solidifié: l'argent est là où il doit être et la ruine de la Grèce ne nous fera rien. De l'argent bien sur disparaitra, mais on l'a ré emprunté depuis, et nous nous sommes viables pour le rembourser tranquillement avec les ans. 

La dette Grecque est toujours là par contre, et devra être payée. Bien sur elle fut réaménagée, diminuée, restructurée comme on ne l'a jamais fait. Elle est parfaitement soutenable pourvu que ce peuple de fainéants s'organise convenablement. Ils paieront longtemps, mais ils le peuvent. Bien sur il y aura une TVA (tiens, un impôt qui rentre, ça va nous changer) et des retraités qui ne pourront plus faire vivre toute leur famille de chômeurs qu'ils n'ont pu faire embaucher à un travail inutile, mais bon: la vie est tragique et la pitié pour de tels voleurs n'a pas de mise. Laissons la morale aux communistes, elle leur sert. 

 

7) Le coup d'Etat en Grèce.

En plus on accuse. Par contre là on a raison: Tsipras ne voulait pas du référendum, c'est pour cela qu'il a tant tardé à faire de la "démocratie", et donc il a perdu: c'est ce que NOUS voulions. 

Le pauvre grec, acharné à sauver sa clientèle électorale, 30% de l'opinion, les fonctionnaires quoi, a du jouer ses dernières cartes, et ses mensonges se trouvant visibles, se doit de sortir du bois. Il va donc se trouver confronté à sa "démocratie": si c'est oui ciao. Si c'est non, il va assumer. Sa dictature.

Evidemment que Bruxelles veut le virer: comment imaginer le contraire?  

Au fait, l'Europe n'aime pas les dictatures: que va choisir Tsipras seul sans argent dans la pampa en cas de non? Les Russes? L'Etat Islamique ? La dame a une kalachnikov dans son talon. 

8) L'antisémitisme. 

On ne voit pas le rapport: une accusation a du faire mal, on ne veut pas associer souverainisme débile et extrême droite apparemment, bien qu'un parti souverainiste fasse partie de la coalition avec Styriza. Bref, un contre feu de la collusion brun rouge à la lutte contre l'Europe et dont fait partie la dame du Figaro. J'avais évoqué à propos de Natacha Polony l'alliance du rose fluo et du caca d'oie, et bien cela s'applique ici.  

 9) L'organisation du vote

Bien sur, les grecs résidant à l'étranger ne pourront pas voter. Trop cher, pas le temps. Cela fait toujours ça de gagné pour le communiste: on ne s'isole pas du monde pour rien, lui va en profiter c'est sur. L'appartement avec vue sur l'acropole du spécialiste de la théorie des jeux joue gagnant. 

A Dimanche ! 

14/06/2015

Les libéralismes

En bouquinant on peut être amené à faire finalement de belles et grandioses classifications, qui rendent clair ce qui se superposait avant (du moins dans ma pauvre tête).

La liberté comme principe organisateur des conceptions du monde a donné lieu à des théories très variées, qui se sont succédées dans l'histoire et qui ont données lieu à maintes condamnations et confusions variées. Il faut distinguer la dedans, distinguons. 

Droit Naturel et Utilitarisme

Ainsi, il y a  confrontation entre droit naturel et utilitarisme, et nous avons là la grande et peut être unique polémique. Dans cet enchevêtrement on va trouver tout et son contraire. 

Tout d'abord il faut mettre les Bodin et autres inventeurs du droit naturel, par exemple les espagnols de Salamanque: il existe un droit antérieur à tous les autres et cela peut profiter à tout le monde. Que la considération du sort des indiens d'Amérique ait pu donner lieu à ces réflexions doit être pris en compte. 

Puis il y eut l'utilisation des sentiments moraux pour fonder l'économie: une activité locale, motivée par ce qui suffit à l'interaction, la sympathie, se trouve capable, sans volonté particulière, de fonder et de faire fonctionner des systèmes entier. Smith en est le premier grand exemple. Une économie librement organisée, adossée sur une théorie morale qui promeut des interactions saines entre individus.  

Cette alliance local/global introduira l'utilitarisme, qui s'exprimera ensuite clairement: le bien maximum pour le plus grand nombre. De Bentham au socialisme de Mill, l'affaire fut lancée.

Cependant, cette idée de l'utilitarisme explicite est en fait différente de tout ce qui précédait. Elle constitue, très au delà de Smith, une dangereuse hérésie et d'ailleurs elle devient LE soutien rationnel au socialisme qui commence alors ses ravages obscurantistes.

Car l'homme est mauvais, et il faut qu'il veuille le bien pour que celui ci s'instaure. La lutte fondamentale contre la théorie des droits naturels est instaurée par Bentham. Nous y sommes toujours.  

Avec Walras et la révolution marginaliste, les mathématiciens arrivent avec les néo classiques en économie et une forme mathématisée de l'utilitarisme,l'optimum étant décrit par Arrow-Debreu, quoique seulement possible, toutes les autres formes de courbes l'étant aussi, ce que démontre Sonnenschein-Mantel-Debreu. 

 

Les Autrichiens

On se doit d'en distinguer les Autrichiens, engagés dans la lutte contre les interventionnistes socialistes, nazis et communistes et immigrés aux US pour ces raisons. Ils occupent une position particulière, parlant de philosophie, de sociologie et d'économie.

S'en séparent radicalement les "néo libéraux", en fait les monétaristes c'est à dire l'école dite de Chicago, libérale mais interventionniste et utilitariste, ce sont eux qu'on dénonce actuellement et qui jettent l'argent par pelletées depuis leurs hélicoptères. Ainsi, eux et les marginalistes dirigent le monde.

Pendant ce temps, les ronchonneurs de toutes obédiences, enfermés dans leurs socialismes ne font que ressasser leur médiocrité et l'impasse de tous leurs idéaux. De passage au pouvoir chaque fois ils ruinent leurs pays en attendant la correction d'après. Qu'en est il ? 

Tout d'abord il faut savoir que le courant "utilitariste" (auquel on peut rattacher tous les tenants des optimaux) est extrêmement large et couvre tous les calculateurs depuis les adeptes de la théorie des jeux, en passant par les anticipations rationnelles ( l'utilité non pas du bien, mais de la probabilité du bien).

Cette identification de la description et du calcul en fait, à mon sens inéluctablement, un socialisme c'est à dire une décision calculatrice, acharnés à mijoter son "plan" global pour le bien général. 

Il n'y a pas de bien général calculable. Il n'y a que la volonté humaine libre de se détruire ou de créer, elle en a le droit absolu. 

Et bien il faut en revenir aux Autrichiens. Ils couvrent tout le spectre de la réflexion humaine et sont à l'origine (non pas eux, mais leurs élèves et enfants) des vraies innovations anarchistes de l'absolue liberté, celle sans aucune espèce d'état d'autorité ni de "régulation" organisée.

En cela, l'anarchisme total politique et économique (improprement appelé "capitaliste", d'ailleurs)  reste un sommet incontournable de la pensée humaine. S'en départir est indigne et ne peut être toléré que de manière provisoire.

Vive la Liberté ! 

 

 

 

 

 

06/06/2015

La Gnose

Puisque nous y sommes, une belle classification à l'emporte pièce, comme je les aime et qu'on ne trouve nulle part ailleurs. 

Les deux voies

Il existe deux sentiments fondamentaux de l'esprit, irréconciliables et clivants, et qui divisent et classifient les intellects: ils se distinguent par leur appréciation de la bonté des êtres. 

Ceux qui croient en gros que l'homme est mauvais sont des gnostiques, héritiers d'une soit disant connaissance du monde, qui ne s'expliquerait que s'il avait été crée par un être inférieur, et qu'il faut connaitre cette réalité pour accéder après macérations à un ineffable et irresponsable état de fusion avec lui.

Les autres, les naïfs, croient en la liberté et se sentent innocents eux et leur Dieu de tout le mal du monde, qui n'est que ce qui permet d'espérer autre chose, à construire et à inventer. Ils aspirent à la divinité absolue et plus que ça sont marqués par un exemple bien connu que comme quoi c'est possible.  

Cette division enjambe bien sur les athéismes variés et alors que l'on peut ranger l'Islam, les bouddhismes, les communismes et autres nazismes, bref la gauche, dans le camp de l'horrible gnose, et bien les libéralismes et leurs variantes ultra, les franciscains, et tous les anarchistes absolus, ceux qui préfèrent l'erreur libre du désordre nécessaire que l'on peut corriger à la vérité indécidable qui ne peut qu'opprimer sont de vrais et pur chrétiens, seuls habilités à échapper aux buchers nécessaires.

La gnose

La gnose est structurée par de multiples principes que l'on retrouve partout.

D'abord, le plérôme. L'ineffable Dieu, bien sur au dessus, est totalement et irrémédiablement transcendant, c'est à dire inaccessible et intouchable, donc, à proprement parler suprêmement existant, c'est à dire à caractériser en permanence comme tel. On trouve là le "alaouakbar" et l'affirmation du communisme final inéluctable que la communauté des crétins n'arrive pas à se sortir de la tête. 

De ce sommet émanent des esprits variés, tous issus successivement par émantation d'une sainte et inévitable hiérarchie. On trouve là les fameux cieux, le septième étant (mal/bien) connu; Mahomet les escalada comme de juste, et la subtile distinction entre staline(méchant) et trotsky (bon), entre montebourg (bon) et macron (méchant) en donne un excellent aperçu. L'un d'entre eux, se trouva pris de l'envie de créer le monde, un autre, le dixième suivant Avicenne et d'autres, devint le fameux intellect agent. 

Cet esprit là resta bien sur seul. On trouve là l'esprit unique des arabes et de toutes les mystiques du monde, celui qui serait commun à tous les hommes et qu'il convient de rejoindre en abolissant la funeste illusion de notre individualité, pur sentiment issu de notre sale sexualité. C'est la théorie du "maudit Averroes" que le moyen âge occidental s'acharna à détruire et avec succès, ce qui nous fit gagner dès cette époque le fameux choc des civilisations.  

Viennent alors les pratiques nécessaires à cette belle conception  du monde. Car il faut donc s'en plaindre, de ce monde malfaisant, et ainsi de le meurtrir et de le vexer. De là les nécessaires soumissions aux polices variées de la pensée supposées corriger l'infirme corps (sans esprit propre) issu de la terre maudite. Partout autorités et contrôles, et processions en l'honneur du mal. 

Depuis les tours de la pierre noire pour lapider le diable, les fronts ensanglantés en souvenir d'Hussein, les défilés en souvenir de l'esclavage, les moulins à prières des lamas, les "je suis charlie" pour fêter des juifs assassinés. Toutes les marches de zombies, tous les rites, toutes les marches blanches, tous "les plus jamais ça" sont gnostiques, et ignobles. 

La liberté

Il faut lui opposer son contraire exact, directement issu des merveilleuses spéculations chrétiennes: la liberté absolue du divin, généreux et libéral au point de prévoir dès le début des temps de faire fusionner avec lui des poussières d'espace issues du hasard, de son propre principe, donc. L'immense communauté de tous ces individus libres s'appelle le monde.

Individus libres ? Oui, car sinon créer le multiple n'aurait rien signifié et Dieu l'éternel aurait perdu son temps ce qui est un comble, ça c'est de l'argument métaphysique.

Pour compléter la chose et passer à l'absence du surnaturel (il n'est pas nécessaire), le principe d'un monde à la fois absolument libre et totalement nécessaire (là par contre il l'est) c'est à dire spirituel, c'est à dire mathématique, celle ci prouvant par a + b le hasard fondamental dont l'espace des possibles est suffisamment grand (il a, et oui, toutes les complexités) pour garantir le libre arbitre le plus étendu qui soit. Bref, le confort. 

Confronté à cette admirable, aimante et optimiste conception du monde, en plus établie et prouvée par une tradition millénaire inventive à l'origine de toutes les sciences dignes de ce nom, on ne peut que se réjouir de l'infini des distractions qu'elle nous procure. 

Vive la Liberté! 

 

Les références:  Jonas

On ne peut que citer Hans Jonas et le "principe responsabilité", dont la thèse (sous Bultman) décrivait la gnose comme je le fais. Il s'opposerait ainsi au dualisme gnostique, la haine du monde étant celle portée par la technique triomphante. Décrivant la liberté comme ontologique (tiens tiens y a du Duns Scot ici), il y a associe (à mon sens de manière contradictoire) la notion de responsabilité qui doit la limiter, la notion de finalité la complèterait. Mieux, la liberté de l'homme est pour lui ambivalente (suivez mon regard).

De fait, les écologistes qu'il inspire se trouveraient ainsi anti gnostiques. Tu parles: c'est le contraire, en fait ils haïssent l'humanité, c'est à dire la part naturelle de l'humanité, soumise aux conséquences de ses actions et donc partie libre de la nature, ce qu'ils ne peuvent tolérer. C'est ains Jonas et ses sbires qui sont gnostiques et dualistes, et qui veulent vaincre les forces du mal qui ont crée le monde méchant.