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16/05/2016

La chaîne des blocs

Il est assez difficile de comprendre comment marche vraiment la chaîne des blocs, et j'avoue, au moment où je commence cette explication, ne pas y être encore arrivé. 

On passera rapidement sur le mot clé ("bit coin") qui fait comprendre en deux mots la chose (ah oui!). Une monnaie artificielle, inventée par un japonais anonyme. Il parait qu'on pourrait s'en servir pour ubériser uber. Bref le brouillard complet. Comment diable cela peut il marcher ? 

On va donc commencer par introduire des "blocs de compréhension" et après les avoir compris, on les chainera entre eux, pour arriver à l'illumination.

Une référence: l'article original, assez court et finalement très lisible:

https://bitcoin.org/bitcoin.pdf

Introduction

La chaîne des blocs est décentralisée: c'est sa fonction. Elle est un objet produit par une collectivité mue par ses intérêts et globalement digne de confiance, globale et mutuelle, du fait de la mise en oeuvre d'un protocole précis.

Idéologiquement elle est l'exemple parfait de la validité de l'idée libérale, qui énonce la possibilité d'un contrôle collectif sans autorité. Le monde peut vivre sans Dieu, prophète ou soviet suprême, simplement en échangeant de l'information suivant certaines règles. Ces règles sont à la fois globales et locales.

Globales car, universelles et connues de tous, à accepter suivant un principe de confiance mais aussi de respect de l'existant connu de tous, c'est à dire de ce qu'on appelle l'autorité au sens strict.

Locales car appliquées par chaque individu sans concertation ni obéissance à une synchronisation venue d'ailleurs. Un texte formel appliqué qui suffit à générer sans intention bonne ni intervention d'un pouvoir magique, le souhaitable et donc le bien. 

Cette décentralisation absolue de la confiance est la mort du "tiers de confiance" ultime justification de la nécessité d'une centralité agissante dans l'ordre du monde. Nous étions sans Dieu, nous voilà sans notaire. Alors que le fonctionnement même de l'Internet, réseau d'acteurs anonymes sans savoir ni responsabilité qui permet et d'ailleurs rend possible la communication universelle, était déjà une exemple du concept, nous avons ici la couche d'après, celle qui instaure non pas seulement la liaison, mais la confiance entre les hommes. Je te crois parce que c'est prouvé mathématiquement. Merci Satoshi Nakamoto. 

La hache

D'abord une technique classique, consubstantielle à la pratique de la belle pensée nommée informatique: le hachage.  Le mot français pour exprimer la signification anglaise (ou anglo-saxonne) est parfaitement adapté: l'algorithme en question consiste effectivement à couper des cheveux en quatre puis de les mélanger et de recommencer un certain nombre de fois. Le caractère "dièze" (#) pourrait être appelé "hachis" tant il exprime l'opération fondamentale de découpage systématique qui consiste à transformer une chose en un magma d'apparence hasardeux et dont personne ne peut rien faire. Car il faut le dire, et cela n'est pas évident, on ne peut inverser l'algorithme: à partir d'un hachis donné, le nombre d'objets susceptibles d'être hachés en ce hachis de la manière dont on hache est bien trop grand... Par contre, l'application du hachage à un objet est fait assez vite et on peut donc vérifier la validité d'un hachis. Un calcul peut ainsi être unidirectionnel. Non pas NOWAY, mais ONE WAY.

Hacher pour travailler

Ensuite une autre technique classique pour éviter les attaques par saturation d'un service donné: on fait faire au client du service une opération protocolaire assez courte, d'une durée équivalente à celle mise en oeuvre par le serveur lors de la consommation du service. Ce travail supplémentaire, qui passe inaperçu, permet d'éviter que le client ne demande trop souvent le service en question: il se retrouverait alors en charge d'un travail équivalent à celui du serveur. Une attaque par saturation, ainsi, se saturerait elle même. 

Le travail à faire, assez basique, consiste à consommer bêtement de la puissance de calcul en calculant des hachages de nombres successifs jusqu'à ce que le résultat commence par un certain nombre de zéros. Cela arrive fatalement au bout d'un certain temps, merci à l'ensemble des entiers naturels (mais qui a donc pu inventer un truc pareil?).

En fait on hache la concaténation de la date, de son nom et de l'entier à incrémenter.  Le nombre de zéros qui décide de la fin du travail est choisi suivant la charge du serveur, qui peut ainsi décider à loisir de charger son client, voire de le saturer, un nombre de zéros requis trop important pouvant plonger l'attaquant dans des réflexions qui peuvent devenir éternelles (ou assez proche de) et ça se calcule. 

Toute les théories des nombres disponibles actuellement garantissent (et sinon, soyez en sur, cela se saurait) qu'il est absolument impossible de faire mieux que des essais successifs pour réaliser la tâche en question. Un tel système est nommé une "preuve de travail": lorsqu'à partir d'une donnée donnée un impétrant exhibe le nombre de zéros, ce qui se vérifie instantanément, on peut être sur qu'il a fait un effort statistiquement proportionnel (enfin presque, en relation exponentielle plutôt) au nombre de zéros demandé. 

On notera au passage la merveilleuse caractéristique, propre à toutes les théories de la complexité, et qui est la différence entre réalisation et vérification d'un travail: l'une peut être effroyablement difficile, c'est à dire fastidieuse et surtout longue, l'autre est instantanée. Quelle injustice ! Alors qu'il suffirait de "deviner" puis de vérifier pour résoudre tous les problèmes du monde... 

Les clés publiques et privées

On passera rapidement sur les couples indissolubles des clés publiques et privées générées simultanément de manière à ce que symétriquement (alors que ce cryptage là est qualifié de d'asymétrique) tout ce qui encodé par l'une soit décodé par l'autre. Imparable mais relativement lent à coder et à décoder, ce système merveilleux maintient nécessaire toutefois les encodages dit symétriques, eux même hélas régulièrement défoncés par la guerre continuelle du glaive et du bouclier, la dernière victoire du glaive datant de Janvier 2016, et elle s'appelle SLOTH. 

Au passage, combien de gens ont réalisé que le petit cadenas qui nous protège si souvent sur le web est affiché après consultation d'un certificat qui contient une clé publique, utilisée pour encrypter dissymétriquement un code secret tiré au hasard utilisé pour encrypter cette fois symétriquement toutes les photos qu'on reçoit ? 

Au passage on notera que les systèmes d'encryption "symétriques" (on décode avec la clé d'encodage) sont toujours fragiles, attaqués et remplacés en permanence. Un exemple extraordinaire de cette fragilité est celui qui conduisit à réétudier spécifiquement la spec de HTTP/2: la compression des données rendait le chiffrement de l'ensemble attaquable par le célèbre CRIME, ce qui imposa l'introduction de HPACK qui s'en défend...

Une pièce

La plus belle définition d'un "objet" qui soit est qu'il est la suite ordonnée de ses possesseurs, chaque maillon de la chaîne pouvant être qualifié de transaction, car identifiant les deux propriétaires, l'ancien et le nouveau. Ce qui qualifie l'existence (objective) se trouve ainsi une suite de possessions. 

L'encodage de cela est relativement simple, il suffit que chaque maillon soit le hachage du maillon précédent, de son addition avec la clé publique du destinataire, le tout encrypté par la clé privée du donateur, et signé par la clé publique de celui ci. 

On rappellera brièvement la notion de signature d'un texte, qui prouve l'identité de son auteur: elle est formée de la concaténation de 3 entités: le texte en clair, le texte hashé sur une taille raisonnable encodé par la clé privée de son auteur, et la clé publique de l'auteur, qui sert à l'identifier  lui. Qui sert aussi à décoder le hash encodé, dont on vérife qu'il hashe bien le texte: seul le possesseur de la clé privée a pu produire ce truc. A vous de faire confiance à celui qui possède la clé publique, un voleur peut être, c'est à vous d'évaluer la chose. 

L'objet ainsi constitué peut être décodé par la clé publique du donateur, ce qui lui attribue le don, et vérifié par le récepteur ce qui lui attribue le don, mais cette fois dans l'autre sens donné du mot et dans l'autre direction de l'échange. L'accrochage à la transaction précédente suffit à identifier l'objet, lui même seul à encoder son passé. 

Chacun de ces mystérieux objets s'appelle une pièce, ou une unité monétaire, une sorte de "sou", quelque chose d'unique qui se transmet, et qui n'est QUE ce qui s'est transmis dans la durée, de l'"argent" donc, car seul le rond de métal marqué a aussi cette propriété.

On a donc les deux "faces" de l'argent, l'objet dur reconnaissable comme tel par les marques qu'il porte, et l'ensemble abstrait de tous ses passages de main en main représenté dans une mémoire électronique. Le plus extrême du spatial et le plus extrême du temporel et en même temps le plus pur de l'éternel et le plus fragile de l'instantané (je rêvasse).

La chaîne

C'est alors qu'arrive la deuxième chaîne, et oui il y en a deux, c'est pour cela qu'on nomme la vraie, la seule la "chaîne des BLOCS", un bloc étant un ensemble de transactions, c'est à dire un ensemble de maillons décrivant les différentes "pièces" en circulation. Ces blocs sont chainés, comme de juste, et de manière unique bien sur. 

Cette chaîne est ainsi une donnée, un bloc formé de blocs chainés donc, et qui constitue toute la base de données de stockage de toutes les transactions, c'est à dire tout l'historique de toute la monnaie qu'on s'échange ainsi. Etant entièrement formée de hachages, elle est la trace unique de cette historique et donc se trouve être une représentation de la vérité de tous ces échanges. Et il ne s'agit pas de faire confiance, ici: on peut vérifier. 

Le volume total de données dont il est question est relativement réduit: quelques dizaines de giga octets, parfaitement stockables sur une clé USB, facilement duplicables et surtout vérifiables. Du concret, du réel, du touchable. Ce qui fait que la meilleure représentation que l'on puisse se faire d'une "chaine de blocs" est celle d'un gros bloc de données répliqué à l'identique de manière sure un grand nombre de fois. Une base de données répliquée.

Ce bloc de données est partagé par un nombre indéfinis d'individus, les "noeuds", les calculateurs, les vérifieurs, les donateurs, les récepteurs bref tous ceux qui ont un intérêt quelconque à son unicité et qui se sont mis d'accord, par le biais d'un protocole, pour décider collectivement de l'unicité de chose, surtout et c'est le fond de l'affaire, que cette chose évolue en permanence avec les blocs de transactions qu'on lui rajoute. 

On va la se poser deux questions avant de continuer, et essayer d'y répondre. 

D'abord qu'est ce qui décide de la véracité de l'acceptation d'une évolution de la chose (typiquement de l'ajout d'un bloc à la chaîne) ? Ensuite qu'est ce qui décide de l'unicité de la chose constituée à un moment donné ?

Les blocs 

On va commencer par l'ajout de blocs. Il faut résoudre deux problèmes. D'abord, on doit décider de qui parmi une collectivité donnée peut avoir la responsabilité d'ajouter le prochain bloc à la chaîne. Ensuite, on doit informer tout le monde du résultat de la décision. 

On passera sur qui détermine le contenu de chaque bloc. Il y a de multiples manières d'en décider et puis je n'ai pas le temps de vérifier. Disons que c'est le gagnant de l'élection organisée pour ajouter le prochain bloc. 

Election: il faut décider de un parmi beaucoup. La technique est celle de la  "preuve de travail". Pour garantir l'absolue neutralité du choix qui ne doit être basé sur aucune caractéristique d'autorité ou de préférence, on va choisir le plus chanceux d'un tirage au sort qui ne sera pas centralisé : celui qui aura trouvé le premier la réponse à une question difficile connue de tous qu'on ne peut résoudre que par hasard...

Chaque intervenant (qui veut) va donc chercher à ajouter un bloc à la chaîne et se tenir informé du succés des autres.  Pour cela il cherche un hash qui commence par un nombre de zéro donnés. Si un pair réussit, on met de coté son propre calcul et on en recommence un autre, à partir du dernier succès. Naturellement, on vérifie (et on en a les moyens) toutes les tentatives que les calculateurs s'envoient les uns aux autres. 

Pas besoin que tous soient connectés: un réseau "suffisant" (quelques centaines suffisent) de groupes connectés partiellement suffit à propager une chaine de blocs. A tout moment, la plus longue chaine commune est la vraie, c'est l'objet partagé, qu'on peut vérifier correct et unique. Les deux questions sont résolues, ça marche.

Notons ici que les différents protocoles de chaines de blocs (il y en a des centaines ) se différencient suivant les méthodes de vérification protocolaires de ces questions. Combien de chaines "parallèles" peuvent évoluer avant une réconciliation, comment en décider ? Avec quel nombre de pairs doit on correspondre, certains sont ils plus respectables que d'autres, plus crédibles que d'autres ? Disons qu'il y a des techniques variées de connection des uns aux autres, et que ces variations ont pour objet de réduire le temps de convergence de l'accord entre les pairs. 

Les variations de ces protocoles se prouvent: elles sont de la classe des protocoles de "dissémination" dont on peut  montrer statistiquement qu'elles convergent vers le "bon" état. Ainsi, on montre qu'asymptotiquement, un attaquant ne peut réussir à insérer ses propres transactions dans une chaine qu'avec des probabilités qui tombent très vite (au bout de quelques blocs) à des valeurs trop faibles pour être représentées: cela se comprend, il faudrait pouvoir générer des "faux" blocs et pour cela miner comme un malade à une vitesse que justement le système rend bien trop élevée pour cela. A l'impossible nul n'est tenu: une fois initiée, la chaîne devient trop grande pour être changée dans un temps raisonnable et c'est sa croissance difficile qui la rend unique.  

Le minage

On ne peut éviter de décrire l'origine exacte de la monnaie ainsi utilisée. Et bien elle est crée à partir du néant de la création des blocs. Car la preuve de travail est l'origine de la création monétaire. Chaque nouveau bloc créé contient en effet une transaction (par convention la première dans le bloc), attribuant une unité monétaire nouvelle (et donc par cela même créé sous vos yeux ébahis) au créateur du bloc, libre à lui de la donner à qui il veut suivant les processus décrits et cela, toujours s'il le veut en échange de quelque chose d'autre à déterminer avec le bénéficiaire. Une faveur sexuelle par exemple, ou un joint (je rigole).

Le processus de découverte des blocs est donc une activité à part entière, génératrice de richesses et sujet à concurrence. Il s'appelle le "minage", les créateurs de blocs étant des mineurs, dotés de pioches, casques et  muscles nécessaire au piochage frénétique dans la chair du monde.

Les protocoles de minage font varier comme indiqué la difficulté du travail. En gros, les protocoles asservissent cette difficulté à la vitesse, mesurée collectivement, de création des blocs. Dix minutes par bloc ou dix secondes suffisent à exiger un nombre de zéros plus grand à trouver. L'effet en est immédiat et exponentiel...

Pour expliciter la chose on a vu 3 étapes dans la difficulté imposée aux mineurs de la principale chaine de blocs en activité (cela a commencé en 2008). La première fut celle des ordinateurs individuels, la seconde celle des cartes graphiques et autres FPGA spécialisés connectés dans ces mêmes ordinateurs. Nous en sommes a des ASYC montés en chassis, opérés dans des centres de calcul gigantesques.

Un article du monde récent (Mai 2016) parle de locaux en Suède, rafraichis par le vent polaire, où 65000 machines à circuits électroniques spécialisés (les asyc) trouvent 180 bit coins par jour à 470 euros pièce. En Juillet 2016, le protocole va doubler la difficulté de la chose... 

Les preuves

Il y a en fait de multiples autres problèmes de compréhension à résoudre, et qui tournent autour de la justification du fait que cela marche effectivement, et que nul ne peut détourner le système. On peut effectivement se contenter de l'affirmer, mais cela ne suffit pas, il faudrait s'en convaincre avec des "vrais" arguments et j'ai autre chose à faire.

Qui plus est, ll y a le problème de l'efficacité de la constitution des preuves. On se doit de mentionner les fameux arbres de Merkel (inventés par la chancelière, elle mine le coin à ses moments perdus, au lieu de tricoter comme on l'imagine; dire qu'il s'agit en fait d'un nègre nommé Merkel qui a inventé ça en 1979 est un blasphème). Pour obtenir le hash d'un ensemble d'objets par exemple 2048 objets, on veut éviter d'abord de hacher la concaténation de tous les blocs. Vérifier une assertion dans le bloc supposerait de TOUT vérifier. On préfèrera donc hacher chaque objet individuellement et constituer un arbre des valeurs de hash en hachant à chaque niveau. On peut alors signer le root hash qui authentifie tous les blocs d'un coup, devenus immutables, en tout cas, prouvés mutés si c'est le cas.

Mieux! La navigation dans un arbre de Merkel permet de vérifier UN objet à bas cout. Vérifier signifie ici s'assurer qu'un bloc contient bien la valeur 666: on hache le bon bloc et les hachages stockés dans l'arbre permettent alors de vérifier qu'on a bien la bonne information dans tout l'arbre. 

L'intérêt

Mais il y a aussi (et surtout)  les aspects concernant l'intérêt des uns et des autres à maintenir intact le système global. En effet, on pourrait imaginer qu'un tel collectif se défasse, par manque d'intérêt, justement ou même par lassitude. Les tenants de fortunes en cette monnaie là pourraient ainsi se trouver lésés, justifiant les qualificatifs insultants de "chaine de Ponzi" adressés à ce principe. Il faut comprendre que la réponse à cette question, en fait fondamentale pour la cohérence et la validité globale du système, introduit précisément la notion d'intérêt: les acteurs qui font fonctionner le réseau sont rétribués (de manière décentralisée) pour cela.  

Cela signifie, que comme indiqué au tout début, il y a existence, au coeur de la définition du système, d'une fonction d'intéressement basée sur une transmission de valeur, seule manière de solidifier ce qui justifie d'ailleurs son utilisation: la possession de cette valeur. La boucle est bouclée, et l'objet entièrement cohérent, on pourrait dire "vivant", cette chose là étant et ce sera la conclusion, la plus proche imitation de la vie elle même que la formalisation informatique du monde ait pu produire.  

Deux caractéristiques de la vie sont ainsi présentes dans cette merveille conceptuelle et technique qu'est la chaîne de blocs: l'éternité de la difficulté à se construire, garant de la confiance; et aussi la notion de désir de vivre, garant de la poursuite du processus. On glose à loisir sur l'imitation de l'intelligence humaine alors que l'imitation des processus vitaux sont bien plus importants: nous en avons un là même. Et cela est parfaitement fascinant. 

 

P.S: à quelque jours d'un doublement de la difficulté de minage, la valeur du Bitcoin est en très forte hausse (mi juin 2016). 

P.S: fin juin 2016 un hacker a réussit à tromper Ethereum et à voler 4M ethers soit 40 ME. Fin Juillet Ethereum a procédé à un "hard fork" de la chaine de blocs pour annuler ces transactions. Mais certains le refusèrent: il existe donc toujours un Ethereum "classic" qui continue, après avoir entériné les transactions frauduleuses.

https://www.ethereum-france.com/the-dao-retour-sur-12-tres-longues-heures/

 

07/05/2016

Bach et les impôts

La vogue de la musique de Bach est incontestable et justifiée, au combien. Pour ce qui concerne les cantates, plusieurs intégrales des 200 merveilleuses pièces furent enregistrées depuis 30 ans. Toutes merveilleuses, subtilement différentes, avec ou sans voix d'enfants, rapides ou lentes, Harnoncourt, Koopman, Suzuki, Gardiner, il faut toutes les avoir. 

La plus récente d'entre elles, toujours en cours, est celle de la fondation Bach-Stiftung St. Gallen. Elle se donne le temps depuis 2006 pour tout jouer à raison d'une cantate par mois. Ultra moderne,  l'intégrale annonce sur Facebook et Twitter ses concerts joués tous les mois à Saint Gallen (ou Saint Gall), une ville du nord de la Suisse avec des moyens de prise de son et de vidéo tout à fait conséquents. Les CD et DVD édités sont disponibles et une plateforme de streaming offre les cantates en vidéo avec un très bon marché abonnement de un jour à un euro.

Les interprétations et les videos des concerts sont vraiment extraordinaires. Invitant régulièrement des stars incontestées (Nuria Real, Klaus Mertens, John Holloway) mais surtout avec les mêmes violons (Renate Steinmann), le même violone (Iris Finkbeiner) et les autres que l'on reconnait, fidèles de dimanche en dimanche.

Tous calmes attentifs, modestes concentrés, porteurs on dirait sans s'en rendre compte des incroyables et jouissives constructions baroques du vieux boche, comment peut il mettre une ambiance pareille avec une musique pareille ? En d'autres termes, comment arrivons nous à ne pas danser,  hurler et pleurer en entendant de telles choses ? Sans doute qu'il faut pour exprimer tout cela, d'abord l'intérioriser avec le calme nécessaire à la virtuosité ou à l'attention requise...

La messe en Si fut joué ce mois de Mai là à Saint Gallen. Ca a du être gratiné, on verra la vidéo. 

Bach-Stiftung fut fondé par son chef Rudolf Luz et aussi par un généreux mécène nommé Konrad Hummler. 

https://www.bachstiftung.com/executive/konrad-hummler.html

Banquier suisse, Konrad Hummler défraya la chronique à partir de mai 2008, quand il affirma dans un interview que les banques suisses n'avaient pas à vérifier la conformité avec leur fisc des avoirs étrangers présentés. 

http://www.hebdo.ch/les-blogs/jost-ren%C3%A9-suisse-union-europ%C3%A9enne/le-banquier-hummler-labps-et-la-nzz

Le scandale fut suffisant pour finalement causer la disparition en 2013 de la banque suisse Wegelin, fondée à Saint Gallen en 1741, (du vivant de Bach). Condamnée à des amendes énormes par la justice US qui lui reprochait d'aider des citoyens américains à frauder le fisc. 

Considéré comme sulfureux, il signa tout de même des chroniques dont la prodigieuse: 

http://www.bilan.ch/konrad-hummler/blockchain-une-menace-institutions-traditionnelles

Re-expression non coupable de la possibilité par la confiance et le secret absolu de l'absence d'intermédiaires de vivre libre à l'écart de la spoliation par les impôts des états. Et cela grâce à une technologie d'avant garde, par ailleurs support de nouvelles monnaies et donc en accord avec les recommandations de Friedrich Von Hayek concernant les monnaies privées.

L'analogie de la blockchain avec la bible luthérienne transmise de mains en mains à chaque mariage et portant les noms de chaque donateur est particulièrement édifiante et jouissive, du baroque à l'état pur... 

L'immense mérite de cette histoire est la mise en relation de toutes les techniques, de toutes les époques , de toutes les politiques, de tous les continents avec toutes les cantates de Bach. 

 

06/05/2016

Les post coloniaux

L'après colonialisme est un état du monde, qui a l'immense avantage sur le colonialisme de n'avoir ni fins ni terminaisons et donc de justifier les statuts à vie de pacifiques fonctionnaires en lutte. 

Il faut en fait parler de "post colonialisme".

D'abord rattaché à Franz Fanon qui fut associé à la lutte pour l'indépendance algérienne (il se déclara algérien mais mourut en 61), mais pas à la martiniquaise, ce courant de pensée s'attache à décrire la persistance des représentations coloniales dans un monde ou le colonialisme au sens strict a disparu. Les noms d'Albert Memmi et bien sur d'Edward Saïd, y sont attachés. 

D'abord il faut remarquer que Fanon et Memmi vécurent durant la période coloniale de l'Algérie et de la Tunisie et exprimèrent mieux que personne un problème dont on pourrait croire qu'il aurait été résolu par l'indépendance de ces pays.

Edward Saïd vécut surtout aux Etats-Unis, et son célèbre livre "l'Orientalisme" paru en 1978 reste considéré comme la véritable origine du post colonialisme, car exclusivement consacré aux représentations faite de l'orient par l'occident. 

Tout d'abord, on doit faire état des polémiques US sur la rigueur historique et intellectuelle du livre (en particulier avec Bernard Lewis), résumées sur wikipédia en disant que sa critique des caricatures occidentales de l'orient était elle même caricaturale.  Ensuite, il faut dire que Saïd, éminent défenseur de la cause palestinienne, reconnut le droit sioniste à un état juif, et qu'il fonda avec Daniel Barenboim l'orchestre divan occidental-oriental. 

Le reste de l'histoire est maintenant entre les mains du présent, et une nouvelle discipline universitaire, que dis je une nouvelle science se déploie sous nos yeux, instrumentalisée et au combien par les fragiles nouvelles identités d'une mondialisation en crise. 

 

Venons en directement à l'affaire du jour: la non mixité (raciale) d'un colloque organisé à Paris dans l'enceinte d'une université. Le fameux "paroles non blanches", à ne pas confondre avec "le camp d'été décolonial".

 Un(des) scandales dont se défendent ses organisateurs en révélant (dénonçant) qu'il y a d'autres non mixités qui plus est subventionnées par la mairie de Paris, dont  la maison des femmes de Montreuil et le festival international du Film Lesbien et Féministe, exclusivement réservé aux femmes. Au passage, un appel au "droit à la non mixité" est publié par des féministes, principalement, Eric Fassin en étant signataire, on ne se refait pas.

Au passage définissons le terme de "racisation", renvoi de personnes à leur appartenance raciale. Les racisés sont ceux qui ont subi la racisation. L'utilisation du mot affirme bien le refus du "déni de la race", considéré comme remplaçant le discours raciste, le "blanc" s'opposant à "racisé".

C'est alors que se déploie la belle théorie généreuse (et convaincante) de l'asymétrie raciste: le racisme des blancs est domination et fait système; son inversion n'est qu'anecdotique, c'est du racisme "édenté" (Albert Memmi) qui ne fait pas système, lui. D'autre part, la classe ne supprime pas la race: l'affaire Benzema le montre, le millionnaire est racisé aussi.

Au sujet du mot "blanc", il faut bien comprendre qu'il n'a rien à voir avec la couleur de peau, les roux étant bien sur concernés, mais pas les arabes et les berbères considérés eux comme racisés. Malgré les deux milles années que ceux ci passèrent à d'impitoyables razzias esclavagistes qui détruisirent tous les royaumes noirs d'Afrique, malgré la persistance contemporaine de ces pratiques et l'inconcevable racisme qu'éprouve tout ce qui se rattache à l'arabité envers le reste du monde, on ne discute pas: blanc c'est blanc et la racisation n'est qu'univoque. 

En lien avec les fameux "indigènes de la république", nos associations sont bien en pointe aussi contre l'islamophobie, mais pas que. Car il y a la délicate question des peuples noirs, bien sur à l'oeuvre et de manière souterraine: cette division entre eux des peuples racisés est bien sur  une arme "blanche" et on s'y oppose, comme on a vu, complètement.

Au passage on remarquera que cette petite polémique se produit à la fin du phénomène "nuit debout", qui fut, il faut bien le reconnaitre parfaitement blanc, l'expression "nuit blanche debout" n'ayant pas été employée, mais c'est tout comme.  

Plutôt que de dénoncer la main mise des frères musulmans sur toute ces affaires, les pauvres,  sont ils vraiment responsable de tout avec ce qui agite l'AKP en ce moment? il nous faut considérer que toutes ces conceptions ont bien pour objet de parler des identités personnelles dans un monde à la fois unitaire, tout le monde vit au même endroit, en l'occurrence en Europe, et segmenté à priori par l'évidente disparité entre les histoires des peuples auxquels il faut bien se rendre compte qu'on appartient.  

Cette question de l'histoire est centrale, et bien qu'en apparence il n'y ait rien à voir entre nos petites simagrées parisiennes est les thèses de Saïd, il y a bien en commun de l'histoire, celle qu'on peut se raconter, ou pas. 

C'est là qu'arrive la question de la Nation, et de son maintien, menacé, dans le paysage. Car après tout, le post colonial, après les indépendances, supposerait il que les nations ont disparu et que la mondialisation doive à nouveau se déverser de part et d'autre de la méditerranée ? Franz Fanon se retournerait dans sa tombe et on referait l'empire romain, c'est la thèse de Houellebecq: ah ! Caligula ! 

Ou bien qu'il existe plusieurs sortes de racisés, les migrants rançonnés au Maroc ne devant être indemnisés qu'après la réussite de leur passage à travers les barbelés européens seuls responsables de leurs malheurs mais aussi épreuve initiatique qui les entraine pour leur futurs Kholantha ?

Sus aux sans papiers donc, seuls les africains ayant déjà fait souche ayant droit aux subventions de la mairie de Paris, les autres dehors: un somalien reste un national somalien, il lui faut l'assumer, comme marque de sa croissance démographique et de la fierté qu'il revendique. 

Il nous faudrait parler aussi de la racisation en cours au maroc et en algérie, en première ligne dans l'"accueil" des population migrantes qui traversent le grand désert, et dont la couleur de peau se distingue de la leur, pardon de le rappeler. Inutile de dire que les traitements que les différents niveaux de tiers monde se réservent les uns aux autres n'ont évidemment rien à voir avec ceux dont sont injustement victimes les membres de nos associations parisiennes. 

La théorie de l'asymétrie racisationaliste pourrait alors alors jouer, mais entre les nations et en plusieurs couches. Simplement, on se trouve alors dans des situations plus dangereuses, ou plus violentes. Il faut faire attention à ce que la communautarisation rendue incompatible avec un libéralisme maintenant nécessaire et qui va subventionner de moins en moins, ne soit plus qu'à l'origine de camps de réfugiés, par définition réductibles, dans toutes les régions du monde où ils se constituent.  Les représentants anciennement installés de ces peuples, si ils rompaient avec leur nation, pourraient alors leur être associés.  

Quelle envolée messieurs dames ! Nos porteurs de couleurs racisées sont pourtant eux mêmes dans des fantasmes tout aussi sinistres, tout aussi tentants, et tout aussi sombres... 

 

05/05/2016

Les conseils de l'Europe

Le pluriel est de mise, je l'ignorais, et doit me le rappeler sans cesse, mais les institutions européennes sont multiples et on s'y perd un peu. En résumé on se repasse le film. 

D'abord il y a l'Union Européenne ou disons l'Union, formée de 28 états membres, dont pourrait ne plus faire partie la Grande Bretagne dans un avenir proche, mais cela n'est pas sur.

Rappelons que ces états sont: 

6 : France, Allemagne,Italie,  Pays Bas,Luxembourg, Belgique 

1: Grande Bretagne, Irlande

2: Espagne, Portugal

3: Suède, Danemark, Finlande

1: Autriche 

4: République Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Pologne

4: Slovénie, Croatie, Roumanie, Bulgarie

3: Estonie, Lettonie, Lituanie (du nord au sud) 

3: Grèce Malte Chypre

 

A Le Conseil de l'Europe.

Commençons tout de suite par éliminer le conseil de l'Europe, qui n'a rien à voir avec l'Union, et fut fondée par un traité à Londres, est présidée par (qui l'eu cru?) Thorbjørn Jagland.  Il contrôle la fameuse CEDH (Cours Européenne des Droits de l'Homme ), et donc veut imposer la GPA, plus les langues régionales et aussi la religion musulmane, rendue obligatoire par la présence de la Turquie. 

Il rassemble 47 pays (28 + 19) dont les pays de l'Union complétés par: 

4 Liechtenstein, Monaco, Andorre, Saint Marin

6 Russie, Moldavie, Georgie, Arménie, Azerbaïdjan,Ukraine

5 Serbie, Albanie, ARYM (Macédoine), Bosnie Herzégovine, Monténégro, 

2 Islande, Norvège, Suisse 

1 Turquie

 

B Les conseils de l'Union. 

Passons ensuite au "Conseil de l'UE", au "Conseil Européen", et à la "Commission Européenne". 

Ce sont 3 institutions dont on confond les rôles. 

Laissons de coté la Commission, exécutif structurellement fédéraliste de l'Union, et présidé par un alcoolique luxembourgeois suspecté dans l'affaire luxleaks.

On va donc est là c'est le scoop, (qui sait ça?) distinguer avec précision: 

 

1) Le Conseil de l'Union Européenne, dit aussi "conseil des ministres" ou "le Conseil", et présidé à tour de rôle tous les six mois par un état de l'Union, est formé de conseils par compétences ministérielles dans dix (10) domaines d'action; par exemple ECOFIN réunit les ministres des économies et des finances. 

A égalité avec le Parlement Européen par une procédure de codécision (il ne peut y avoir de désaccord entre les deux institutions pour adopter un texte), il exerce le pouvoir législatif. 

Il vote à la majorité qualifiée définie par 55% des voix, d'au moins 15 états membres, et 65% de la population de l'Union. Une minorité de blocage est possible avec 4 membres. 

Il adopte le budget de l'Union. 

2) Le "Conseil Européen". Institué par l'Acte unique européen de 1986 (l'acte qui précéda Maastricht), et complété par  le traité Lisbonne en 2009. Il réunit les chefs d'état européens 4 fois par an pour des "sommets européens".

Il est présidé par Donald Tusk, un polonais prénommé donald. Il intervient en matière de diplomatie et dispose d'un représentant aux affaires étrangères qui gère la PESC (Politique Etrangère et de Sécurité Commune).

Le point important est qu'IL NEST PAS législateur. Il faut aussi noter que les présidents du conseil européen et de la commission européenne, membres du conseil européen, n'y ont pas le droit de vote !

Disons qu'il s'agit d'une institution exécutive, représentant des souverainetés des états membres.   

Les deux conseils sont situés au même endroit, et emploient, parait il, les mêmes fonctionnaires européens non imposés. En résumé, le "conseil" c'est les ministres, le "conseil européen" c'est les présidents.  Rien à voir. 

 

 C La Commission Européenne. 

Elle veille à l'application des traités, exécute le budget et surtout prépare les lois à soumettre au législateur, c'est à dire au tandem formé par Conseil de l'Union et le Parlement Européen. Elle a le monopole de l'initiative législative. 

Elle est formée de 28 commissaires nommés pour cinq ans. 

Le président de la commission est proposé comme candidat par le Conseil Européen (les chefs d'états) statuant à la majorité qualifiée et il est ensuite élu par le parlement européen. Lors de la nomination de Jean Claude Juncker en 2014, il y eut une polémique sur la nécessité, ou non de nommer le chef du parti vainqueur. En fait le conseil européen a juste à "tenir compte" de l'élection, mais l'essentiel est que ce n'est pas le parlement qui décide du candidat. 

Elle représente l'Union à l'extérieur sauf pour la PESC. 

 

24/04/2016

Ethique et Politique

Au hasard de mes lectures désordonnées, voici un texte de Paul Ricoeur, concernant l'économique, le politique et l'éthique. On y trouve des réflexions à avoir et tous les grands thèmes sont abordés. 

http://www.persee.fr/doc/chris_0753-2776_1985_num_5_1_1000

D'abord l'économique se rattache, d'après Aristote à la maison et à la coopération nécessaire à sa bonne marche. Généralisé à plus grand que cela par Hegel, on se doit de le considérer aussi aux deux niveaux différents de la société dans son ensemble et des communautés qui la constituent. 

On en vient alors à l'Etat, qui n'est (ne serait) qu'une communauté historique particulière organisant l'économie dans son intérêt. Doté du monopole de la violence, il se doit de justifier par l'éthique à la fois la résolution des conflits et le partage du pouvoir. Il en reste distinct cependant, car collectif et violent. A la fois soustrait à la réflexion individuelle véritable, et détenteur d'une violence fondamentale. 

C'est le propre de Marx que d'avoir inféodé le Politique à l'économique. Cela créa le totalitarisme, par conséquent, la réflexion sur le politique et l'éthique ayant été interdite... 

En conclusion, une allusion fine à cette volonté de transformer l'éthique en force politique qu'est l'insertion du religieux, mais surtout la plus belle introduction à Weber qui soit: le politique casse l'éthique en deux, car il y a deux morales, celle de la conviction (le souhaitable) et celle de la responsabilité (le possible). 

Adressée à des jeunes pacifistes après la 1ère guerre mondiale, l'injonction est conceptuelle: éthique et politique s'intersectent sans se confondre, et c'est tout le problème. 

On pourrait continuer les superpositions: la conviction individuelle qui généralise ses désirs absolus s'oppose au collectif tandis que la responsabilité impose l'usage de la violence pour se défendre contre la vilainie. Ah Weber ! 

19/04/2016

Super Symétrie

Bon on passe au fondamental.

Les ptits trucs qui nous composent se classifient suivant le modèle standard. 

D'abord il y a les fermions et les bosons. C'est pas pareil: alors que deux fermions sont distincts au moins par une caractéristique, ce n'est pas le cas de bosons dont le rôle est en plus particulier, ils servent aux champs.  

Parmi les fermions, il y a les quarks, les hadrons et les leptons. 

D'abord il y a 6 quarks (prononcer kworks) : up, down, strange, charm, truth, beauty, bottom, top.

Un hadron est un groupe de quarks, une particule sensible à l'interaction forte. C'est bien pour cela que l'accélérateur de particules géant du très européen CERN, le Large Hadron Collider (LHC) s'appelle ainsi. 

Un hadron est soit un baryon soit un méson.

   Un baryon est formé de 3 quarks, les protons et les neutrons sont des baryons. 

   Un méson est formé d'un quark et d'un anti quark, un pion ou un kaon sont des mésons.

Un lepton est "ponctuel" et non composé. Parmi les leptons,  l'électron et le neutrino, qui ne sentent que l'interaction faible et pas la forte car ils ne SONT PAS formés de quarks. 

Un point sur les tailles. Un proton c'est 10-15 mètres (un quark c'est 10-20). La longueur de Planck c'est 10-35. En mètres bien sur. Il a autant de différence entre nous et un proton qu'entre un proton et Planck...  

Au sujet de la "distance de Planck", comme la constante de Planck est une action (et pas une distance) on pourrait se poser la question de son calcul. Bon disons qu'on prend les 3 constantes G (constante de gravitation), c (vitesse de la lumière) et h (quantum d'action, constante de Planck) et on cherche la bonne dimension. 

h: énergie * temps

c: distance / temps

G: énergie * distance / masse 

Sachant bien sur que l'énergie est la masse par c au carré, 

on trouve rapidement qu'il existe une distance égale à racine (G*h/c^3), la distance de Planck. 

On rappellera au passage que l'action, est décrite par de Maupertuis de la sorte: 

« L'Action est proportionnelle au produit de la masse par la vitesse et par l'espace. Maintenant, voici ce principe, si sage, si digne de l'Être suprême : lorsqu'il arrive quelque changement dans la Nature, la quantité d'Action employée pour ce changement est toujours la plus petite qu'il soit possible. »

Une aussi magnifique définition mérite tous les éloges, et que le quantum ultime, h, en soit le plus petit granule possible montre bien l'atomisme concerne aussi les concepts, ce qui est ravissant. 

Parmi les bosons, les photons. Les bosons servent aux interaction de champs, comme on a dit. 

Car les champs se manifestent de manière bizarre par transformation de photons en paires d'anti particules et vice versa. C'est ce que décrivent entre autre les diagrammes de Feynmann. Les bosons intermédiaires dont par exemple les gluons qui sont les bosons de l'interaction forte.

Les bosons de l'electro-magnétisme sont les photons, bien qu'il en faille pas oublier les bosons W-, W+ et Z de l'interaction faible, c'est à dire de la radio activité beta, en jeu tout de même de la formation des étoiles. En effet cette radio activité là désintègre des protons ou des neutrons pour donner des électrons (et des neutrinos). La fusion des noyaux atomiques concerne bien sur aussi l'interaction forte.  

Elle permet aux leptons et aux quarks d'échanger de l'énergie et s'unifie avec l'électro magnétisme pour donner l'interaction électro faible. 

Un point intéressant: la masse du proton est en fait formée aussi de gluons, car en plus des quarks qui le constituent et dont le poids est très inférieur (c'est ça qu'est bizarre), des paires de quarks crées en permanence par les gluons qui s'échangent doivent absolument les alourdir pour qu'ils pèsent leur poids, euh leur énergie (e=mc2).

Le premier avertissement au sujet de ce beau modèle est que la masse n'y est pas décrite. Il faut attendre le concept de champ de Higgs, correction tardive, pour l'introduire. Le boson de Higgs, vecteur de ce champ là a fini par être découvert (en 2012), ouf. Qu'un champ pèse, voilà qui est surprenant. A part qu'il ne faut pas confondre masse et poids et que la gravitation, qui met en correspondance l'un et l'autre n'est ABSOLUMENT PAS décrite par la belle théorie que voilà... 

Et puis, il y a la Super Symétrie (SUSY). Il s'agit d'une théorie TRES séduisante d'extension du modèle Standard, mais parfaitement non prouvée. Elle consiste à associer fermions et bosons en les échangeant, la symétrie ne changeant rien comme il se doit. Chaque granule a donc un partenaire, un symétrique. 

Tout le monde (ou presque) est sur qu'elle est valide, avec tout un bestiaire de nouvelles particules symétriques. On n'en a trouvé aucune pour l'instant. Par exemple, le symétrique du photon, le photino est totalement inconnu. 

Quand au neutralino, le symétrique du neutrino, et bien c'est ça la matière noire. C'est dire si on en attend la découverte avec impatience ! 

On a cru voir au LHC au mois de décembre 2015 quelque chose, mais finalement il n'y avait rien...On continue et plein de gens espèrent un truc en 2016, je parle des gens du CERN, ceux du LHC. C'est en ce moment que ça se passe ! 

P.S. Nous sommes au mois d'Aout 2016 et les conclusions sur les observations de la fin 2015 publiées: c'est une fluctuation statistique. A part, le boson de Higgs, on ne trouve rien... Cela pourrait vouloir dire que la super symétrie a du plomb dans l'aile. Le boson de Higgs a une masse trop faible, et le LHC pourrait ne plus servir à rien: nous sommes dans une version de l'univers ou on ne pourra plus rien prouver, les énergies nécessaires aux expériences étant inaccessibles à l'homme... Ce pessimisme là est pas mal: du genre irrémédiable.

 

 

 

16/04/2016

Les religions

Un point au sujet des définitions, mais d'abord de l'étymologie, qui désigne ce que devrait être un mot plutôt que ce qu'il est. La page de Wikipédia est exhaustive et précise. 

D'abord Cicéron(religere), il parle de la religion comme ce qui s'oppose à la superstition, comme relecture consciencieuse des rites et pratique réfléchie et sérieuse du culte.

Ensuite Lactance(religare)  qui insiste en dénonçant Cicéron sur la reliaison avec Dieu et rien d'autre.

Puis Augustin qui synthétise en écartant la re liaison entre les hommes. Il parle de re-élection en transformant l'objet de la relecture: Dieu lui même. On a donc bien relation entre homme et Dieu et toutes les interprétations d'un lien entre les hommes est parfaitement "autre", c'est à dire issu d'un monde ou le divin est inaccessible et la stupide et fausse interprétation sociale omniprésente, qui identifie religion et ordre social. 

Même si bien sur le religieux est utilisé et pensé, de manière utilitaire, comme pilier de certains ordres sociaux, il ne l'est pas dans son essence, et c'est une pensée spécifique qui produit cette identification là. Cette pensée, au mieux utilitariste, est ancienne et se trouvait être celle qui présidait à l'Empire romain, ou à la religiosité philosophique qui entourait les premiers athéismes au XVIIIème siècle. Elle est en vigueur aujourd'hui dans les cercles franc-maçons, socialistes, moralistes qui gangrènent l'espace public actuel selon moi. 

Car le religieux catholique définitivement détruit (on en est à mettre en place son éradication à coups de procés pour pédophilie) n'est pas une libération : ses ennemis, dont un judaïsme de communauté parfaitement explicite, sont à la  manoeuvre pour le remplacer dans la conduite des âmes, et tout le monde l'affirme, il le faut. Et bien nous devons nous en passer, voilà la grande ambition spirituelle de l'hyper modernité, celle qui détruira cet empire romain là et consacrera la capacité de l'autonomie morale, hors de l'autorité des curés auto proclamés des religions décadentes de la post modernité.  

Pour ce qui concerne la définition (et non plus l'étymologie) on peut ainsi aller plus loin. Voici la mienne: "activité rituelle dirigée vers la célébration d'un extérieur au monde".

En font partie les francs maçonneries, l'écologie politique et le culte de la santé, la libération du cannabis et le rap, et aussi les courses à pied en foule, les marches blanches anti pédophilie et le yoga et le boycot d'Israël, mais aussi les pèlerinages à Auschwitz et le culte des anciens combattants. J'oubliais le football et bien sur l'islam. 

Car tout le contrôle social est explicitement religieux et dans sa forme la plus obscène, mais aussi la plus cachée et donc la plus indécente. Comme si on ne pouvait parler aux foules que de cette manière, le discours aux nations et aux peuples libres n'étant plus possibles car meurtrissant trop les souffrances individuelles incommunicables qu'on doit adresser spécialement, l'abstraction symbolique étant soit disant inaccessible aux esprits. 

Il nous faut quelque chose de nouveau, de bien plus libre que nous proposa cette andouille bigote de Nietzsche, qui affirmant la mort de Dieu admettait en le manipulant sans vergogne le concept absurde de quelque chose qui troubla son sommeil au point, d'après Girard de l'avoir rendu fou: il se prit pour le Christ, puis pour l'antéchrist, puis se fit enlever par le diable. Et bien toutes ces simagrées heurtent mon athéisme. Le concept de présence est un concept, pas l'acceptation de se faire envahir par je ne sais quel démon perse. Nietzsche et les autres, y compris Heidegger le grand nageaient dans un déisme aussi démodé que celui de Duns Scot, et encore, je me demande si celui ci n'était pas plus lucide au fond.   

La religion suppose un grand être,  une grande signification, un grand autre au delà de tout. C'est ce qui la marque et cela dans les deux sens: quand il y a grand être, il y a religion, et vous devez en organiser les rites, les sacrifices et les déguisements. Cette belle alliance (ancienne, nouvelle, en fait éternelle, comme Dieu lui même) est une constante anthropologique.

Formée d'un assemblage entre pratique et essence, elle ne peut être essentialisée elle même, sinon comme une signification autonome, une belle structure, qui se trouve donc prouvée mathématiquement ici comme une conséquence du principe de non contradiction. J'ai raison un point c'est tout et il vous faut en déduire toutes les conséquences, dont celle ci, j'ajouterais:  "nom de Dieu" ! 

Les laïcités

Dans la lignée de la réflexion sur les communautarismes et la question de l'individu face à la société, la question de la laïcité comme concept et comme principe doit se poser. 

D'abord l'histoire: les congrégations fermées en 1902, le débat Briand Combes, Clémenceau et les lois successives pour finir par la dernière (en 1908) et le fameux culte non cultuel (contre le "délit de messe", disait Clémenceau) , après la révolte de l'Eglise. Briand, qui géra toute l'affaire comme ministre des cultes après la démission de Combes début 1905, fit une synthèse habile, traita l'Eglise de façon "libérale", et affirme de l'Etat qu'il ne doit pas être anti religieux, qu'il ne doit pas prendre parti. 

Ensuite un débat très actuel qui est la "renégociation de la laïcité" ou plutôt sa ré-interprétation, l'offensive idéologique en cours étant le fait des communautaristes, la guerre avec les frères faisant rage. Car là est la question, la difficile voire impossible insertion des nouvelles populations européennes en provenance d'Afrique étant le problème, celles en provenance du moyen orient étant déjà refusées, du moins par la fermeture encore toute récente de la route des balkans. 

A ce propos donc, le mémoire http://www.archipel.uqam.ca/2412/1/M11031.pdf canadien, mais bien convaincant.

Le concept nouveau que l'on tente d'introduire, et dieu sait si il a des partisans est décrit comme une laïcité "sociale", combattue par Marcel Gauchet et Julien Freund, c'est toute l'affaire qu'il faut décrire et comprendre. 

Tout d'abord, le laïque est l'impartialité de l'Etat, celui ci se devant de ne pas être idéologique, mais au contraire strict, impartial, en charge précisément, de distinguer le bien du juste, le bien restant privé, comme recherche du bonheur, le juste se devant d'être gardé universel, garant de la liberté. La laïcité est donc séparation de l'Eglise et de l'Etat, de la Justice et de l'idéologie. 

Un peu d'histoire encore: cette séparation vient de la réforme protestante, d'abord dans le monde germanique puis anglo saxon, sous la forme de l'apparition au sein du peuple d'individus en charge de leur foi personnelle et exigeant de l'Etat qu'il n'assume plus l'autorité religieuse. Bref, le contraire exact du projet musulman.

Cette laïcité anglo saxonne, dite "sociale" est clairement issue de la base, à rebours de la française, issue du sommet avec la volonté de briser une Eglise clairement active qui venait avec Vatican I (1870) de faire sa dernière tentative historique de garder la main. Elle est (l'anglo saxonne) parfaitement établie et contribue à la paix entres les sectes, entre les communautés et c'est tout le problème.

Car la  voix française, Rousseauiste construit l'autonomie de l'individu, de la personne, capable de participer à la volonté générale, celle de la Nation. On a alors opposition entre une laïcité politique "descendante" et une laïcité sociale "montante" qui négocie sans cesse toujours plus d'autonomie (vous remarquerez le caractère "théologique" des concepts "montants" et "descendants").

Une petite histoire du droit naturel: il est bien connu comme ce qui s'impose de part la raison à la législation conventionnelle, mais se trouve refondé par la modernité qui substitue au cosmologique l'anthropologique: le droit naturel devient droit de l'individu. De l'hétéronomie à l'autonomie, toujours... Ce glissement de sens du droit naturel caractérise la modernité, et le considérer éclaire bien des ambiguités. 

Un autre point est qu'il est la fameuse potentia de Spinoza: la puissance irréductible de Dieu, de la nature et de  l'homme, gage pour les marxistes de la révolution permanente, du pouvoir (puissance),  essentiel contre tout pouvoir (potestas). On notera le glissement révolutionnaire, les "pouvoirs" étant respectivement bon ou mauvais suivant qu'ils sont exercés par Négri/Badiou ou non. 

Y a til donc une évolution inéluctable, une sorte de "progrès" dont on se doit de se décrire les caractéristiques et les assumer? . Car il y aurait là un stade suprême de la démocratie.

Et bien pour sauter directement à la conclusion, on peut imaginer que non. Car les communautés ne sont que des tentatives de revenir à l'hétéronomie. Il n'y a de vrai progrès que par l'apparition, non de nouvelles modes, mais de nouveaux concepts et celui de la volonté générale en reste un: la seule communauté qui vaille est la nation. Cette notion n'est pas américaine: ils sont détruit toutes les nations qu'ils approchèrent et ne peuvent concevoir le double rapport au vrai et au juste, c'est à dire le concept de souveraineté qui inverse le rapport au sommet de l'Etat. Voilà ma résolution de l'aporie, qui quoiqu'on en dise, mine l'empire américain et sa transposée fédéraliste en Europe.

Voilà précisément, donc selon moi ce qui permet un libéralisme occidental qui ne soit pas communautariste ! 

Pour continuer les distinctions et pour bien comprendre les évolutions qu'on nous promet, il faut opposer l'Etat judiciaire et jurisprudentiel, l'Etat de souveraineté  vers celui du compromis entre intérêts. Un point marquant est que cette conception est d'origine libérale, voire libertarienne, la liberté ayant sa forme juridique. 

Les oppositions juste/bien se trouvent donc complétées par le égal/équitable et le vrai/admis.  

 Allons encore plus loin, et appliquons de la métaphysique thomiste (où ai je pu bien trouver ça?). On a deux mises en correspondance (analogies): la participative et la proportionnelle. Si on associe laïcité avec l'autonomie, on a la laïcité politique, participative quand l'autonomie collective devient l'état, tandis que la laïcité sociale promeut la proportion entre autonomies collectives et individuelles, les souverainetés étant multiples. Ce type de conceptualisation (ce que B est à A se compare avec ce que C et à D) est splendidement structuraliste, il n'y a que des formes dans la vie. 

Soyons concrets: il existe des conceptions de citoyenneté "différenciées" qui inclurait des droits spécifiques pour des groupes  constitués. Vérifiant bien sur qu'il n'y a pas d'oppression entre minorités ou à l'intérieur de celle ci, ce libéralisme là (Will Kymlicka par exemple), garantit l'expression individuelle, mais elle ne peut prendre consistance que depuis l'intérieur d'un groupe constitué. 

Pour finir, la promotion d'une laïcité politique permet non pas d'équilibrer des conflits, mais de les arbitrer, le politique étant premier (l'homme est un animal politique dirait Aristote) et le conflit essentiel. C'est la thèse de Julien Freund, pour qui le politique (l'Essence de la Politique) est une essence, stable à travers toutes les cultures et qui se matérialise par la relation commandement/obéissance qui entoure un bien commun (langue, pays) délimité, exclusif des autres. Ce qui exclut tout gouvernement global, et tout multiculturalisme possible.

Car le communautarisme n'est PAS un nationalisme: il veut exister à l'intérieur d'une nation et en profiter pour tout ce qu'il n'a pas la force de produire lui même. Il est un parasitisme (et là, ça dérape...).

En parlant d'essence, il faut expliquer cet "essentialisme du concept" qui a le mérite de caractériser celui ci comme décrivant une constante peut être non existante en elle même, mais permanente et pensable. Freund insiste sur la question et distingue ainsi son essence, ami ou ennemie des autres, des arrangements de conciliation propre à la dialectique.

Car il conçoit, avec Simmel, le conflit comme élément dynamisant de la société et la guerre entre les nations comme élément inévitable mais contrôlable. C'est la position de Clausewitz: la guerre ne peut être niée mais se trouve un instrument, qui peut déboucher sur la paix. Cela au contraire de la criminalisation du conflit, qui ne débouche que sur l'anéantissement ou le pouvoir impérial.  

Pour en revenir aux laïcités, il faut bien voir que sa redéfinition comme on dit est souvent revendiquée comme ne devant pas réglementer les comportements au delà d'un minimum. Est ce à dire qu'elle ne peut être utilisée trop avant dans la guerre contre le communautarisme, ce qui serait un souci démocratique ? Ou bien qu'elle doit être renégociée en faveur de l'interprétation "sociale" ? Et bien, au moins, on sait de quoi on parle. 

10/04/2016

Les justices

Michael Sandel évoqué récemment à la radio est l'auteur d'un cours intitulé "Justice" qui en fait une star de Harvard et aussi des campus asiatiques parait il. Il est proche des "communautariens", et adversaire de Rawls.  

Nous voilà donc dans le débat entre libéraux et les communautariens. 

D'abord le communautarianisme: il a bien le sens qu'on lui donne quand on parle du complot frère musulman, mais aussi le sens très américain, très positif, "our community" étant typiquement ce que respecte le groupe de réacs qui entoure la petite église perdue entourée d'indiens. Mais il s'agit aussi d'un courant philosophique des années 80 dont les noms sont Sandel, Allister McIntyre, Charles Taylor, Amitai Etzioni.

Parlons de Rawls, le "social libéral" anti utilitariste, attaché d'abord à la justice (comme équité), qui génère le bien.

La théorie de la justice est une théorie morale déontique, ou déontologique, issu des principes Kantiens de primauté du devoir sur la vertu. 

On part des des principes de liberté (celle ci doit être maximisée) et de différence (les inégalités doivent être minimisées). En fait, la liberté ne peut être limitée qu'en son nom propre, et les différences doivent être acceptables par tous d'une part, compatibles avec des chances égales de les combler d'autre part. L'organisation se fait alors à l'aveugle, la justice agissant derrière le voile d'ignorance qui préside aux véritables choix objectifs. 

Parlons maintenant des communautariens, ils en veulent au sujet autonome libéral, identifié au fameux mâle blanc hétérosexuel, fiction à dénoncer, car représentant d'une communauté, justement. Le politiquement correct, la discrimination positive et le communautarisme ethnique et religieux anglo saxon est évidemment issu de ces considérations. La défense admirable de la francophonie quebecquoise aussi. C'est la fameuse loi 101, qui protège le fameux "bien commun", la langue française. Le canadien Charles Taylor, élève de Isaiah Berlin en est le héros. 

On a ainsi le noeud ambigu qui fait tout le charme de ce débat: la défense d'un particularisme au nom de la liberté est l'argument légitime du refus de l'universalité, et donc l'aporie est constituée. Place maintenant à la pensée ! 

ll faut bien sur citer Franz Fanon, à l'origine du post colonial, la lutte pour l'image se devant d'être violente, et on a en plus la guerre des races, plus exactement le conflit en communautarismes radicaux, gage de l'avenir pour certains. On a aussi la théorisation de l'accord communicationnel entre les communautés, le sujet se trouvant repositionné différemment, à cheval entre le je et le nous. Le concept de "radical centrism" associé à Etzioni reste fascinant, il fut associé à la volonté de "réconciliation" entre blancs et noirs dans les US des années soixante. 

Plus philosophiquement, le communautarianisme est associé à la prévalence du bien sur le juste, la conscience du bien ne pouvant être développée que dans une collectivité dotée d'une histoire, la fameuse communauté. Celle ci  peut(doit?)  bien entendu être religieuse, à cause de la nécessité d'un au delà de l'individu pour le contrôle du "moral". On a là le communautarisme narratif, celui qui transmet les identités. On doit aussi considérer le communautarisme fonctionnel, qui décrit la constitution et le fonctionnement des communautés nécessaires.

Deux aspects des communautés fonctionnelles doivent cependant être distingués: l'organique (la société comme corps humain, selon Jean de Salisbury), et le civique, (les "groupes" (paysans, commerçants etc) de Marsile de Padoue qui constituent le commun).

La constitution en communautés des identités post modernes est patente dans le monde moderne, les concepts de particuliarisme collectivisé se manifestant partout, l'internet étant bien sur le lieu de ces divisions, de ces réseaux de sociétés et de communautés diverses et variées en interaction permanente. Mais il y a aussi, simultanément et on pourrait croire que c'est la même chose, les communautarismes radicaux, ceux qui peuvent se transformer en nations si on n'y prend pas garde. 

L'opposition entre libéraux et communautaristes tient donc à une certaine conception de ce qu'on appelle le "sujet", l'individu, invention moderne, étant ce qui à la fois bouleverse les traditions et les maintient, à la fois agresseur des vieilles religions, réformateur des nouvelles et encore pour l'instant, porteur de signature et de droits particuliers. 

Pour tout dire, et ce sera mon point de vue, le mâle blanc se doit de camper sur sa rive, avec ses femelles (ne les oublions pas) ses vieillards et ses gamins, et veiller aux agressions des barbares dont la friponnerie se renouvelle sans cesse. La voilà la pensée, et non elle ne se soumettra pas à des arguties. Communautariste donc ? Nous y voilà, il nous faudra justifier l'injuste, ah que ça m'excite ! Et bien je veux le faire en parlant des nations. 

Car  il faut considérer que ces réflexions sont évidemment originaire des lieux ou se sont formés des ensembles nationaux complexes (Etats Unis et Canada) construits et issus d'accords du bout des lèvres entre communautés, justement, ceci après d'ailleurs l'éradication violente de certaines, et la soumission violente d'autres, manifestement, l'histoire l'a montré, incapable de parvenir aux accords nécessaires à la paix entre blancs.

Avec les immigrations complexes mondialisées (le Canada a des musulmans) et la non résolution de la question noire, sans parler de l'apparition de la mexicaine, les amériques ont un problème et en discutent. 

L'Europe est bien évidemment dans une situation très différente mais avec ses problèmes propres et bien sur l'incroyable diversité qui la caractérise, les attitudes britanniques et françaises étant par exemple radicalement contraires sur ces sujets. Cependant, cette Europe qui s'unit à grand peine suivant des principes en fait nouveau reste fondée sur l'essence de sa grande histoire, qui inventa la totalité de ces questions, plus la liberté, plus la technique et le reste: elle détruisit tous ses empires et finit, gage de sa vitalité inventive par se détruire elle même. Pourtant, la plupart des monuments sont là et il reste aussi, nous le voyons bien, les nations... 

Y a t il plusieurs modèles de nation ou un seul ?  Si il y en a un seul, alors certains états ne vont bientôt ne plus être unis, à moins que, dualement, nous ne devions fédérer l'Europe. Dans le cas contraire, lequel devons nous choisir ? Ce débat là reste ouvert, il est très important et j'ai mon avis. 

 Au sujet de Sandel, il faut aussi noter que lui aussi veut dépasser le débat. La question porte sur la banalisation du choix personnel que produit la liberté libérale: elle identifie morale et préférence personnelle, tandis le communautarisme attribue la valeur du choix au nombre de ses adeptes. Le dépassement de cette opposition se fait en introduisant la liberté de conscience ! En effet, celle ci dicte le nécessaire alors que le choix libre lui, permet en principe de faire n'importe quoi. Il y a donc une liberté supplémentaire, qui n'est ni le choix individuel, ni celui de la communauté, mais celui d'une entité tierce, que l'on peut juger arbitrairement bonne: la conscience morale qui justifie toutes les "pratiques", non pas comme liberté mais comme devoir.

Admirable solution ! Elle pose donc un fondamental à la fois dans le collectif et dans l'individuel et donne une valeur aux deux mondes. Pourtant, on n' trouve ni la nation ni la famille. Plus que jamais, entre l'individu solitaire perdu et les rouages d'une tribu, les philosophes modernes ne voient le monde qu'inacceptable, et ignorent et ne considère pas ce qui reste le fondement du monde occidental: des familles nucléaires groupées en nation. 

Car c'est bien par là qu'on peut se sortir de tous les paradoxes, qu'il soient communautaristes ou féministes, bref dirigés contre le chef de famille citoyen: en prenant la défense de celui ci ! Car alors qu'il partage l'autorité avec la femme qu'il se doit de respecter s'il veut que celle ci puisse apprendre à lire aux moutards, et qu'il se doit donc de lui accorder le droit de vote pour qu'elle en parle avec respect, il lui faut aussi affirmer sa puissance face aux autres ménages, et refuser d'abriter les cousins éloignés célibataires au nom des exigences sociales organisées par quelques curés ou caïds tribaux.

Il n'y a point de communautés ! 

 

 

02/04/2016

Le professeur et les élèves

Traité de "professeur" à plusieurs reprises, considéré insupportable, honni par les moralistes naïfs, prêtant le flanc à l'accusation de fanatique du fait de ma révolte contre les plus absurdes conneries considérées modérées ici et là, je me dois de m'expliquer. Et de prendre des exemples. 

Le libéralisme, tel que considéré par certains, est une idéologie. Dans le sens qu'il est complet, cohérent et universel. S'appliquant aux monopoles, il se doit de les interdire et de les rejeter: si la concurrence construit de par les interactions libres un monopole de la production et de la vente, et bien il faut le détruire: la concurrence libre est faussée, et le système en péril. ATT delenda est.

Il existe un deuxième cas où l'interventionnisme paradoxal est nécessaire: celui du travail au noir, mais avec  une incertitude, car on ne sait pas si l'universalité nécessite la suppression des frontières, qui empêchent l'universalisation de la loi sociale la plus avantageuse, ou bien l'interdiction de celles ci, l'appel d'air suscitant partout des voyages injustifiés. Mais cela a pour inconvénient d'instaurer le protectionnisme, ce qui est inadmissible.

Nous voyons donc ici les limites de l'idéologie, ou plutôt son aporie, des principes généraux se trouvant très vite, de fait en contradiction avec le bon sens, la réalité et la nature des choses. Mon exemple du libéralisme était bien entendu intentionnel. Des paradoxes similaires et d'ailleurs exactement semblables, pour ne pas dire identiques (le pléonasme peut accompagner la répétition), s'appliquant à cette question de la loi sociale, considérée partout comme le centre de toute réflexion adulte sur le monde, la pauvreté inadmissible se devant d'être immédiatement réduite, toute réticence à la chose (la compensation sans limites par des impôts qu'il faut augmenter d'urgence), pleurée, que dis je, condamnée. C'est comme cela qu'ils s'en sortent, la question du prof étant évacuée par l'éthique, et le paradoxe poursuivi pour racisme, que dis je exclu de la raison. 

Toute adhésion à ces principes se devrait d'être poussée à la réflexion. Et bien la remarque, insupportable, qualifie le messager d'insupportable donneur de leçons. Et bien la plupart des personnes adultes, exprimant en société des avis politiques apparemment réfléchis se trouvent soumis à cette critique sans donner l'impression d'y avoir été préparés. Aiguillonnés gentiment, ils se livrent en masse au soupir, à la pitié et à la pédagogie d'adultes d'âges comparables, qui se mordent intérieurement les génitoires d'avoir à se retenir d'exploser de colère devant tant de conneries. D'ailleurs parfois ils s'y livrent, à la colère. 

Pour continuer dans l'exaspération pour l'autre sujet qui fâche, allons nous promener sur les rivages du racisme et de la détestation de la grande religion de paix, qui consiste à considérer un ennemi global nommé "islam" (pourquoi pas bébert?) et à l'assimiler (le mot lui même, ce qu'il désigne restant inconnu) à tout ce qu'on peut imaginer de négatif, de violent et j'en passe. On pourrait bien sur tenter de caractériser la religion, sa théologie, ses variantes et exprimer à ce sujet, en plus de la détestation des religions en général certaines vérités bien senties sur les aspects plus que religieux (plus politiques, plus superstitieux) de cette religion là. 

On pourrait voir entendre parler de culture, d'histoire et des cul de sac historiques dues aux colonisations variées, la dénonciation de la colonisation mongole pouvant motiver un authentique tiers mondisme, bref, l'histoire et toutes ses variantes, toutes ses richesses s'offre à nous. L'islam fut historique et en hérite ses aspects.

On pourrait parler des actions historiques du temps présent menées par des puissances politiques et militaires en activité. De leurs exactions et de leur complices, de la résistance concrète qu'on pourrait leur apporter, des actions guerrières ou diplomatiques à mener. On pourrait élaborer sur des guerres idéologiques à poursuivre, des propagandes à dénoncer, des interprétations de l'actualité à repousser. On pourrait nommer les organisations adversaires, leurs supports, leurs alliés, leur journaux et leur ennemis. 

Et bien non, pour la gauche, il n'y a que la misère du monde, unique source du mal, le racisme étant mauvais, marque de la domination du méchant blanc, seul coupable de l'invasion de l'Irak par Bush. Défenseur impie d'Israël, comble de la finance internationale militarisée, il est le mal, la seule solution étant, en plus de la lecture de Céline, de plonger dans la spiritualité soufie qui d'un seul coup résout le  problème du matérialisme occidental et permet de s'unifier la grande religion morale du bouddhisme mondialisé qui s'impose à tous. 

De plus, la droite et sa droite aussi, se roule dans son pétainisme confus. Lecteurs de Céline, tolérants envers l'homosexualité que manifestent des cryptos gaullistes adepte du non aux référendums contre l'Europe, haineux d'un simple mot, ils attendent avec impatience le prochain attentat pour flipper davantage au sujet des centaines de mollenbeck que leur révèle un franc maçon du chnord, ministre socialiste en exercice. 

De questions, point, d'intérêt pour quoique ce soit, aucun, de savoir, pas. La connerie, à perte de vue et tous ces points de vues, qui partagent de manière enchevêtrée les divers tics, manies et légendes urbaines des classes moyennes goinfrées de télévision. 

C'est le destin des profs que de composer plus ou moins avec cette ignorance là. Profs ou martiens issus des rivages inconnus de la solitude qu'on éprouve face à l'étrange, à la convenance, l'insincérité ou la bêtise ?