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FrancoisCarmignola - Page 5

  • Vive les libertés publiques !

    J'ai un nouveau gourou, un vieillissant professeur d'histoire du droit, sémillant et courtois, avec qui je suis à ma grande surprise en accord sur presque tout ! Jean-Louis Harouel est cette personne, par ailleurs un merveilleux représentant de la véritable élite, courtoise et pleine d'humour, et aussi porteur en plus de noeuds papillons. 

    Il fut plagié par l'ignoble Patrick Buisson, qui eut du mal à l'admettre, parlant d'un illustre inconnu, tu parles un prof renommé, auteur de dizaines de livres, enseignant à l'institut Michel Villey comme de juste, le grand historien en référence sur les questions des droits de l'homme entre autres.  

    Pour l'humour on se souviendra de son rappel du changement de l'orthographe du mot "imam" dans les années 70, mot autrefois noté "iman" (avec un "n") depuis Voltaire, et que San Antonio dans "Berrurier au sérail" utilisait, ce qui lui permettait de nommer un de ses personnage l'iman komyrespir, qui officiait au Kelsaltan.... 

    Polygraphe, professeur, présent sur radio courtoisie (...) https://www.youtube.com/watch?v=ssvjPNIqPFE, et dans un très bel exposé http://cerclearistote.com/video-de-la-conference-de-jean-louis-harouel-les-droits-de-lhomme-contre-le-peuple/ conclu par le titre avec une belle prestance. 

    On trouve aussi un compte rendu détaillé dans: http://www.francisrichard.net/article-le-vrai-genie-du-christianisme-de-jean-louis-harouel-118324375.html

    Auteur de mutiples écrits, il exprime tout un ensemble d'opinions dans la classe de celles dont je suis persuadé malgré lui (je veux dire avant de l'avoir connu), un accord véritable, donc et bien mieux exprimé que je ne le fais, je ne suis ainsi plus seul.

    En gros tous mes thèmes y sont: la religion sécularisée moderne qui a succédé au communisme et au nazisme comme religions. La nouvelle religion est celle des droits de l'homme sécularisés, opposés aux droits de l'homme traditionnels, ceux des libertés publiques. Cette religion post chrétienne infecte le droit qui se sature de valeurs chrétiennes, ce qui n'était pas du tout le cas dans les époques de foi. Mieux, Marx fut celui qui sécularisa le millénarisme de Weitling. L'église catholique aujourd'hui abrite partiellement cette religion humanitaire, sécularisée et distincte de la religion chrétienne orientée vers le salut. 

    Derrière l'honni socialisme, on trouve donc la gnose, d'abord négation du judaïsme (Marcion) et surtout de celui du Dieu créateur identifié au Dieu juif. 

    La description très intéressante du christianisme (il parle de son génie) comme alliance de l'amour total christique ET du décalogue comme la première forme d'affirmation des droits humains (de ne pas être tué, de ne pas se faire voler sa femme etc). Ce qui en fit ainsi la première affirmation nationale, en plus, avec la proclamation du droit à la sécurité, premier de tous les droits de l'homme. Le christianisme c'est donc l'alliance du dieu bon et du dieu juste, l'amour total PLUS le réalisme de la loi. Cette alliance là fonde la liberté, comme affranchissement de la loi, ou plutôt son acceptation libre, les deux choses restant distinctes, l'amour anarchiste chrétien lui étant incommensurable. 

    Cette alliance improbable, magnifiquement conceptualisée vaut le détour: il célèbre précisément ce que je cherchais confusément, liberté, amour et nationalisme, le collectif national ne pouvant qu'être partie du jeu. Que ce nationalisme porté par la bible le soit en plus porté par son héritier chrétien me semble nouveau et original, même si bien sur, c'était ce que je pensais. Qu'il soit biblique en plus dans la dernière nation que le monde accepte (ou refuse) en l'occurrence l'immonde état israélien lieu de toutes les détestations (sauf de la mienne) me réjouit encore plus. Comme si les rois d'Israël sur le portail de Notre Dame en étaient les symboles, du concept de nation, justement ! Et puis Mirabeau disant au sujet du projet d'une déclaration des droits de l'homme: c'est le décalogue ! 

    On y explique ainsi que le christianisme (véritable) s'oppose au millénarisme tout comme la volonté de se changer soi s'oppose à celle de changer les autres. Et puis aussi, la suprême distinction entre les royaumes, l'état catholique n'ayant jamais voulu instaurer le règne de l'amour sur terre, du fait de la conservation de la loi toujours distinguée de l'amour divin. 

    Il explique la distinction "rights of man" d'envers les "human rights" qui font toute la différence, image de la distinction fondamentale entre le politique et le religieux, marque du christianisme comme  origine de la liberté d'une part, de la civilisation d'autre part. Mieux, c'est cela qui est à l'origine de sa puissance et de son savoir, celui ci ne pouvant être que fondé sur la liberté de penser et de créer. 

    Il évoque avec bonheur l'horreur gnostique de la distinction sexuelle origine de la procréation, idée commune au même degré des partouseurs et des castrés, les deux composantes de la gnose. 

    Il explique avec autant de bonheur que l'islam n'EST PAS une religion mais un système politique et juridique, et que le millénarisme en vient à souhaiter la mort nécessaire des peuples coupables de l'Europe destinés à être remplacés par de nouveaux arrivants. 

    Il va ainsi jusqu'à prendre Israël comme le modèle de l'état nation auprès des europes en manque de particuliarisme.

    C'est alors qu'il se révèle par ailleurs (hélas) comme anti européen et anti euro, il fallait bien que nous ne soyons pas d'accord sur tout. Europe qu'il définit par ailleurs comme étant ce qui a refusé d'être musulman pendant des siècles, on peut dire là qu'il s'égare... Il fait ainsi hélas le chantage au fédéralisme, origine de l'anti européisme paradoxal qui demande à ce que l'on refuse la pauvreté des pays pauvres d'Europe. Comme si il fallait des frontières pour ignorer les pauvres... 

    Il est ainsi dommage (mais après tout ce n'est pas si grave) que tant de belles intuitions ne s'accompagnent pas de celle d'un monde économique ou tout serait possible, le passé industriel et libéral de la France ne la condamnant pas, et au contraire, d'être toujours à la remorque de l'Allemagne. La liberté, mon cher, la liberté. 

     Bon en tous cas, il me faut lire l'auteur de: 

    "Née de la distinction chrétienne du spirituel et du temporel, la liberté absolue de la pensée inventée par l'Occident est sans doute le plus précieux patrimoine de l'humanité."

     

     

     

     P.S. Quelques éléments sous forme d'arguments, et qu'il met  en avant avec faconde dans son "vrai génie du Christianisme". 

    La castration des hommes  africains noirs emmenés au moyen orient: cela explique la faiblesse du peuplement noir pour une traite qui fut équivalente à celle vers l'amérique, elle bien plus marquée par ce peuplement là. 

    Il y a un débat sur la séparation politique religieux en Islam, Olivier Roy en relativisant la portée, pourtant au centres des thèses de Bernard Lewis,  de Harouel et aussi de Fustel de Coulanges. 

    L'ambassadeur mongol en 1287 fut frappé de la spécificité de Paris: son université. 

    Jean XXII refusa de couronner Louis IV et la bulle d'or consacra en 1355  l'élection de l'empereur par les princes. 

    Le conflit entre Philippe le Bel et Boniface VIII portait sur le "rendez à César ce qui est à César". Jacques de Viterbe tenta au service du pape de le réinterpréter.

    Guillaume d'Occam consacra la séparation entre les deux ordres. 

    Harouel insiste aussi sur l'importance de l'histoire des hébreux sur la genèse DES états nations européens.  Pour Hobbes, l'état hébreux est le prototype de l'état souverain. 

    Néanmoins, à sa décharge, Harouel rappelle la notion du "juge prêtre" sous l'ancien régime. C'est ainsi l'introduction du droit romain qui sépara justice religieuse et justice d'état. 

    La genève de Calvin est gérée par un "consistoire" qui peut déclancher l'autorité publique: les protestants et Luther aussi furent eux bien plus césaro papistes que les catholiques... 

    Aux US, c'est le 1er amendement de la constitution qui interdit de faire aucune loi interdisant l'exercice d'une religion ou instituant une religion d'état. 

    Le Syllabus de Pie IX en 1864 condamnait explicitement le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. 

    Les deux saluts chrétiens et millénaristes: l'un est céleste, l'autre est terrestre. Pourtant dans l'apocalypse de Jean, il y a bien le "viens, Seigneur Jésus", avec l'annonce du règne heureux de mille ans qui précèdera la fin du monde. C'est cela le millénarisme ! C'est Augustin qui décrète que le règne millénaire a commencé  avec le Christ dans l'Eglise. 

    Joachim de Flore introduit la théorie des trois ages, qui se termine par le règne de l'Esprit. 

    Müntzer, lui aussi moine augustin, horrifie Luther en prêchant le massacre. Il fut célébré par Engels qui vit en lui un héros prolétarien. Il fut suivi par Jean Hut, à Münster puis par Jean de Leyde et les anabaptistes. Münster fut Jerusalem en 1534.

    Pour finir la thèse de l'injection dans le droit des valeurs chrétiennes après l'effondrement de la religion et qui transforme les juges en juges-prêtres est extrêmement séduisante. Employés à la rédemption des coupables (un frère Kouachi avait un bracelet électronique) et à la punition du blasphème (dire casse toi pauv con à Macron vaut comparution pour outrage) les juges ont un rôle maintenant particulier qui tourne à l'absurde: celui de l'instauration par la contrainte du respect d'une religion, celle que dénonce Harouel.

     

    Mais il y a une conclusion et entièrement constituée à défendre l'"immigrationnisme" (Taguieff), but de la nouvelle religion et volonté caractérisée d'extinction de la civilisation européenne et chrétienne... Le sanglot long n'est pas mâtiné ni réduit par quoi que ce soit et semble s'achever dans un bien grand pessimisme.  

    Au point que la thèse elle même mériterait peut être d'être reconsidérée. Le "vrai" christianisme est il vraiment innocent de tout cela ? Fut il vraiment si dualiste ? Après tout, le royaume de Dieu imminent du Christ fut bien millénariste, et l'apocalypse chrétienne aussi, c'était son règne propre, celui qui devait durer mille ans. 

    Il y eut donc l'Eglise pour rattraper cela: ce qui remplaça au pied levé le royaume qui ne venait pas était donc la fameuse disjonction qui commença mal: elle détruisit l'empire (les barbares étaient chrétiens) et ce qui dura mille ans à l'est était parfaitement césaro papiste... Bref, les rapports de l'Eglise et du politique furent complexes, et ce fut bien une lutte contre cette église là qui fut la civilisation occidentale, non son accomplissement...  Bref, même si l'accumulation de sentiments est patente et intéressante; ce qui justifie l'ire, la thèse parait finalement fragile et peut être secondaire voire fausse. 

    Car il y a bien des moyens de rendre responsable le christianisme de l'essor occidental: le thème de la liberté en est sans doute un aspect, mais il se battit contre l'histoire chrétienne et au combien, au nom du millénarisme ? Non et c'est cela le problème de la thèse d'Harouel et de sa tentative très réactionnaire de récupérer la situation. Celle ci est plus complexe et on ne peut échapper à la nécessité d'élaborer du positif, bête noire des conservateurs pessimistes. 

  • Smith&Rousseau

    Belle forfanterie que de parler des deux ! 

    Simplement Smith (Adam, pas Eve) n'est pas contractualiste, et c'est le problème. Sinon, on s'y retrouve. 

    Je me permet de citer l'extraordinaire article de Raymond Boudon http://www.fondapol.org/etude/boudon-la-competence-morale-du-peuple/ et de le pomper à mort. Tout autant d'ailleurs que http://www.revueithaque.org/fichiers/Ithaque5/08Guedon.pdf ; mes sources d'excitation sont ainsi données. 

    En gros, Boudon y explique que la France souffre de la tyrannie des minorités, car sa scène politique oppose un état trop fort à des groupes d'influences trop forts, ce qui explique tous les retards français, dont les absurdes 35h, Impôts sur la fortune et retraites comme remède au chômage. Il parle de l'"effet Olson" qui décrit ainsi le phénomène mécanique de la majorité silencieuse, quand une majorité désapprouve le réel silencieusement, vaincue par les minorités agissantes. Boudon recommande l'expression libre sur l'Internet, comme possible efficace contre poison. 

    Il parle aussi de la volonté générale, et du fameux "spectateur impartial" de Smith, qui est son exact pendant: Smith et Rousseau sont deux acteurs des lumières, et symbolisent pour comprendre et agir sur le monde, deux fictions égales, qui permettent à la démocratie d'exister: contre toute attente, il existe une rationalité collective non individualisée, ni par un Dieu, ni par un tyran.

    Dans le cas du spectateur impartial, il faut ajouter que cet être rationnel qui choisit telle ou telle décision en évaluant des arguments sur un marché des opinions, ce qui suppose que la structure du pouvoir soit basée sur un séparation entre corps indépendants qui s'équilibrent. Exécutif, Législatif, Judiciaire se contrôlent mutuellement: ils ne sont pas des personnes mais des forces qu'on commente. 

    Car le spectateur impartial est issu de la "sympathie", mécanisme naturel fondamental, les vertus (prudence, bienveillance et justice) conduisant à la belle nation de l'individu rationnel, image et membre de la collectivité. Les vertus sont donc nécessaires au lien social. L'homme "bon" de l'état de nature lui correspond: le contrat social ne peut être passé entre des démons, et la vertu originelle est bien sur la condition expresse de la possibilité de l'organisation de l'humanité. 

    Pour Smith, suivant un principe de classification que Marx copia, on a les états de l'humanité: chasseur, berger, agriculteur, et commerçant pour finir. On notera le pastoral état de berger, très XVIII siècle, comme intermédiaire, bien sur, entre le chasseur cueilleur préhistorique et l'agriculteur. 

    On continuera avec l'Etat, en charge de protéger contre les ennemis extérieurs, de lutter contre l'injustice en interne, et aussi de gérer les monopoles naturels communs.

    A part cela, l'Etat ne doit pas intervenir, car "Quelle institution du gouvernement pourrait tendre autant à promouvoir le bonheur du genre humain que la prédominance générale de la sagesse et de la vertu ? Tout gouvernement n’est qu’un remède imparfait à leur absence". Ici encore, l'ignoble Smith, réputé pour son égoïsme et sa cruauté ultra libérale s'appuie en fait, et au contraire, sur l'indispensable vertu humaine pour se passer des excès de l'Etat. 

    Nous avons donc là Smith, avec une auto institution du marché, et c'est la thèse, la formation de l'équivalent strict de la volonté générale, c'est à dire de l'institution collective non personnalisée, le spectateur impartial étant le souverain, rationnel, objectif, et... collectif.

    L'identification est d'autant plus forte que les deux concepts sont géographiquement limités et décrivent une nation, c'est à dire un être collectif d'ampleur géographique limité, et dont les limites sont celles où s'appliquent le contrat et ou la sympathie. On a donc bien dans les deux cas, une pensée non tyrannique de l'être collectif qui préserve ses intérêts collectifs par la vertu. 

     

    On en viendra alors à l'esthétique. Sa relation à la politique est évidente, et importante, voire fondamentale. D'abord, le beau est associé à la simplicité de la nature, et ce qui fascine c'est l'authentique pour Rousseau mais aussi le fonctionnel pour Smith, qui associe sentiment esthétique et plaisir de voir les moyens consacrés au plaisir, plus que le plaisir. On a l'amour des systèmes celui de la nature étant le plus beau, bien sur. 

    Nous avons donc ici un identique ancrage dans le réel pour le gout et en même temps la conception d'un gout varié suivant les hommes et les nations, les choses plaisantes restant différentes et soumises aux conventions. Admirable distinction entre unicité du mécanisme et diversité des aspects, les modalités de l'identique pouvant être différentes. 

    Rousseau va même jusqu'à comparer et assimiler la corruption de la volonté générale et celle du gout, quand on parle non pas ce dont on est persuadé, mais de ce que pense ou goute un autre. Ici on pense l'imitation et la foule pervertie, le sentiment individuel romantique de Rousseau permettant la sortie de sa condition au nom de sa liberté, concept fondamentalement chrétien et dieu sait s'il l'était. 

     

    On arrivera alors au personnage corrompu, au vicieux, au vaniteux, celui qui commande le jugement. Nos deux héros se réfèrent à Mandeville, l'auteur de "vices privés, vertus publiques", le centre du débat. Mandeville est le troisième larron: à la poursuite du luxe que réclame sa dépravation, le riche corrompu fait travailler les pauvres et donc enrichit la société. Mieux ! La "fable des abeilles" révèle que le retour à la Vertu appauvrit. Plus généralement, il introduit le désir comme moteur de l'économie, plutôt que le besoin. 

    Ce n'est pourtant pas ce que pensait Montesquieu, pour qui le luxe avait ruiné l'Empire romain. Le débat fit rage.

    Rousseau dénonce évidemment cette mode et cette vanité corrompue, qui constitue l'antithèse de sa notion d'homme de gout, mais à qui il reconnait cependant la nécessité de vivre au voisinage de la richesse indispensable. Adam Smith lui est plus "économique" et ne voit chez le pauvre que l'admiration pour la munificence du riche, car il profite de ses grandeurs là. Nous avons bien chez les deux la proximité avec le concept de la nécessité des relations entre toutes les parties du monde, et surtout de penser le monde comme un système. 

    D'abord Smith dénonce le principe du luxe et du gaspillage: il faut épargner pour faire les machines qui président à la division du travail, seule source de la productivité. Puis il affirme la nécessité de la poursuite de l'intérêt individuel et on vient alors au fameux "égoïsme":

    "Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger, que
    nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs
    intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme."

    Preuve absolue de la vilenie du capitalisme, le honteux discours est régulièrement cité: il est la ligne de démarcation qui sépare la droite de la gauche, le bien du mal, l'idéal qui fait le vrai humain mieux que la bête. 

    Pourtant, l'évidence de la chose est patente: des individus règlent leur comportement mutuellement et procèdent à des échanges. C'est le principe de l'échange confiant, marchandise contre marchandise qui nécessite la vertu humaine et ce qu'elle a de positif, et pas bien sur le contraire de l'"égoïsme" du marchand, qui ne va pas être assez fou pour "donner" (se faire voler) la marchandise dont il vit. Bref, la propriété du bien qu'on vend est du vol, pour les c...

    Que faudra-t-il de hurlements pour dénoncer les ineptes stupidités qui contestent l'évidence de ma lecture du démon? 

    Surtout qu'on va en rajouter, et asséner le coup de grâce: 

    "En préférant le succès de l’industrie nationale à celui de l’industrie
    étrangère, il ne pense qu’à se donner personnellement une plus grande
    sûreté ; et en dirigeant cette industrie de manière que son produit ait
    le plus de valeur possible, il ne pense qu’à son propre gain ; en cela,
    comme dans beaucoup d’autres cas, il est conduit par une main invisible
    à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions ; et ce n’est
    pas toujours ce qu’il y a de plus mal pour la société, que cette fin n’entre
    pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt
    personnel, il travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour
    l’intérêt de la société, que s’il avait réellement pour but d’y travailler."

    On a ici les 3 concepts: la nation à qui l'on se donne dans son intérêt ce qui la constitue comme naturelle et organique, l'agrégation des efforts qui forme la fameuse main invisible, deux fois non intentionnelle et la positivité de cette non intention qui la rend optimale.  

     

    Revenons à Rousseau et à sa société de paysans vivant dans l'abondance. Rousseau n'est certes pas un capitaliste; on le décrit (Yves Fargas le redoutable se consulte à https://www.youtube.com/watch?v=fRV-yo5Ii9E) comme son "avorteur" (il vécut son origine) en des termes d'actualité: le "système financier" doit être combattu par la taxe du luxe afin de rendre les riches pauvres. Plus communiste que moi tu meurs: Rousseau vida Phnom Phen, donc. brrr.

    Cette image de Rousseau là, toute pleine des insultes de la droite et de la gauche, en fait le plus grand philosophe du monde. Je crois qu'il fut d'abord un homme des lumières, innocent de la vendée et du cambodge, mais coupable de la pensée abstraite de la nation et de la libération des moeurs. 

    Rousseau exprime contre le capitalisme toutes les désillusions romantiques dont ce qui est en fait un individualisme forcené est l'écho: le mal existe, il est du à la corruption du social et surtout, JE en suis victime. Mais cela n'est qu'un paradoxe: Rousseau ne dénonce que la non réalisation de ce qui devrait marcher et n'affirme de fait que le malheur du monde, et non pas la pensée de la possibilité de l'idéal. 

    Subordonner l'économie au politique n'est pas une pensée de l'économie (il n'y compris rien), mais une fin de roman désabusée. Quand à l'affirmation inévitable, et non voulue du malheur du monde, elle n'est qu'un "pied invisible" que le destin réserve aux faquins dont il fait partie, et donc n'est qu'un ressentiment. 

    C'est bien cette lecture là de Rousseau dont il faut se souvenir: un désespoir romantique, celui du perdant à qui on s'identifie, par le délicat plaisir de l'opprimé qui accède aux romans de gare dans l'explosion d'opulence dont il est le personnage secondaire et aussi l'acteur premier... C'est bien pour cela que Rousseau eut tant de succès, et qu'il plut aux dames car il libéra le sentiment. On ne s'identifie pas à une main invisible.

    Maintenant on a aussi la théorie de la Nation, du coté des "illuminati", je veux dire Herder  et Fichte. Dénoncés tout comme Rousseau d'ailleurs d'avoir fait partie du complot qui renversa la royauté française, ils sont les mauvaises lumières, que d'ailleurs dénonce Zev Sternhell (de façon contradictoire, il faut bien le dire, en tout cas à rebours du bon sens complotiste, à moins que). Nul ne peut ignorer que la franc maçonnerie fut religieuse, et que c'est bien la gauche qui naquit alors, celle du nationalisme non libéral (après tout, il faut bien une théorie). 

    Pour finir, on notera que Rousseau décrivit une nécessaire "religion civile", et que cela le rangerait donc parmi les "illuminati" (à mon grand désarroi). Notons toutefois qu'il ne la décrivit pas comme exclusive, le souverain se moquant des natures de l'au delà. N'aurait il pas plutôt inventé la laïcité ? 

     

  • l'Europe l'Europe l'Europe

    Ainsi donc ça discute sur l'Europe, l'occasion est bonne, son périmètre évolue, si tant est que la présence de la Grande Bretagne dans ou hors de l'Europe change grand chose aux principes fondamentaux que nous devons réfléchir. 

    La Grande Bretagne fut toujours en faveur des mouvements migratoires intra européens. Du moins son gouvernement, la réaction anti immigration qui partiellement produisit le brexit fut populaire… En fait la réaction anti libérale qu'on nous décrit fut d'abord contre ce libéralisme là. On voit donc que l'attribution de l'anti européanisme est complexe et source de bien des affirmation péremptoires: les ouvriers anglais se révoltèrent donc non contre la finance mais contre l'immigration. Bien sur Mélanchon pense le contraire. 

    Au fil des discussions et des lectures un ensemble de thèmes apparait et la complexité de la chose est tout à fait ravissante, tant les points de vue sont variés et les chocs d'arguments divers. 

    On parlera d'abord des trois Europes possibles. On a en effet trois projets, et il faut savoir de quoi on parle. D'abord le libre échangisme pur: laissons les entreprises commercer et les politiques nationales se déployer dans le plus vaste espace possible, en supprimant toute politique de contrôles des échanges. 

    Ensuite, l'Europe fédérale: non pas simplement le triste commerce (les lumières parlaient du "doux", mais le marxisme est passé par là), mais aussi la fusion des peuples, la disparition des inutiles et guerrières nations et la reconstitution de l'Empire Romain (germanique ou austro hongrois, c'est à dire prussien, voire polonais). 

    Il y a une alternative ! Une troisième Europe, dite politique, considéra que les nations pouvaient discuter et mettre en commun ce qu'elles pourraient décider ensemble, pour le plus grand bien de la prospérité générale, basée bien sur l'abaissement contrôlé des barrières douanières, pourvu, on le vérifie à chaque niveau, qu'elles soient acceptées par les acteurs (le camembert au lait cru reste recherché dans certains milieux français) et profitables effectivement à tous. Au passage, on se définit une monnaie commune, pour échapper aux puissances des autres monnaies, et des frontières communes pour filtrer les migrants envahisseurs, légaux ou illégaux. Le bon sens. 

    Au passage, on s'assurera que les impôts sur les sociétés sont les mêmes partout, pour éviter de trop pénaliser les pays de débiles dont tous les efforts productifs sont consacrés à maintenir des fonctionnaires inutiles chargés à tort de dépenser pour le bien des producteurs d'écrans plats tout l'argent qu'on leur consacre. 

    La question fut depuis le début, le projet fédéral. Il faut savoir qu'une partie des "élites" européennes sont hors sol: métissées entre riches blancs, ils ont toujours fait la civilisation européenne et eurent bien des mérites dans toute l'histoire, mais là voulurent généraliser leur condition: erasmus, les plombiers, les ouvriers de l'automobile en roumanie, tout ça c'est pareil, foin des nations. Cette espérance fut aussi poussée par ceux qui attribuèrent aux nations les malheurs du début du XXème siècle, comme par hasard, ils furent partiellement les nostalgiques de l'empire austro hongrois, première victime du premier épisode.

    Le fameux Coudenhove-Kalergi, cauchemar des souverainistes est l'image de cette vision (…).  Malgré tout il est un fondateur de l'Union Européenne actuelle, il faut de tout pour faire un monde. Il faut toutefois noter qu'il ne vit de l'Europe que celle, purement politique, qu'un De Gaulle imposa pour continuer d'y participer. C'est bien lui par contre, qui eut l'idée de faire de l'hymne à la joie de Beethoven l'hymne européen.

    On pourrait aussi parler de Walter Hallstein, envoyé par Hitler pour fonder l'Europe, et qui fut le premier président de la commission européenne. Comme Von Braun il fut récupéré par les américains, ce qui est bien sur le fond de l'affaire: car cette europe fédéraliste, se voulant confusément porter le projet des états unis d'Europe, à l'image des USA, et donc c'est ce que disent les souverainistes, un projet secret entièrement comploté depuis les US. 

    On pourrait alors parler d'une quatrième Europe, celle des souverainistes, et se poser la question de savoir en quoi elle diffère de mon Europe "politique".  Et bien d'abord elle n'est pas libérale et donc ne veut aucune politique économique commune depuis le libre échange jusqu'à la monnaie commune. Cette vision là, aussi ambiguë que la fédéraliste, d'ailleurs, ne veut tout simplement pas d'Europe, du moins pas sous une forme différente d'une suite d'accords d'état à état, ce qui n'est pas très innovant, étant le système qui prévaut depuis le moyen âge. 

    Nous sommes donc entre nous: même si une partie des souverainistes, du moins les libéraux, peuvent continuer de râler contre l'Europe sans s'en séparer tout à fait, il y a bien une vision libérale non fédéraliste de l'Europe, qui est précisément ce que défendent implicitement bien des europhobes et qui, réaffirmée, devrait sauver l'Union, dont les institutions, mais pas la pratique actuelle, est parfaitement compatible avec le point de vue de l'évidence et du bon sens.

    En parlant de bon sens, on a évoqué l'économique, et la fédération a bien des avantages, dont le principal, celui de pallier la bien connue disparités entre les cultures, celle qui fait de certains peuples des cigales corrompues et d'autres des fourmis généreuses (à moins que cela ne soit l'inverse, si l'égoïste fourmi se refuse à donner). Devoir de tous les empires, du moins des modernes, il faut donc compenser les niveaux d'emprunts et de corruption (absence de réformes) des pays, généralement du sud, la proportion de sang méditerranéen étant bien sur la cause du mal, passage de l'empire Ottoman sur l'ascendance oblige.

    Problème bien connu des allemands, qui venant de le voir à l'oeuvre en soignant leurs frères et soeurs simplement violés pendant cinquante ans, il fut traité de manière stricte, par une monnaie indépendante qui se refuse rituellement à toutes les demandes toutes aussi rituelles d'"investissement d'avenir" dans les pays qui soit ne recouvrent pas l'impôt, soit en en recouvrent tant qu'ils ne peuvent s'investir eux mêmes, toutes leurs ressources étant consacrées à financer les jours de carence de leurs fonctionnaires. 

    Nous avons là d'ailleurs une cause d'europhobie: la terrible politique d'austérité européenne qui abat sa main de fer sur les populations misérables sans défense (bien que défendues par tout ce qui reste au monde de communisme et de syndicalisme révolutionnaire).

    En réalité, laissés à eux mêmes avec une capacité à emprunter dans une monnaie forte qui dispose de prêteurs en dernier ressort puissants, les pays "nègres" se sont horriblement goinfrés, ont tous formé une caste de super riches, quasiment d'oligarques, mais assez malins pour constituer aussi leur sous caste de fonctionnaires prébendiers, chargés de maintenir vivante l'originalité des traditions populaires mais cette fois sans travailler. C'est évidemment cette caste là, entièrement caractérisée par l'expression "toujours plus" qui hurle à l'austérité en permanence, tant elle est frustrée de réaliser sans la diagnostiquer, l'extraordinaire abaissement de sa condition qui la rend progressivement non européenne… 

    Là fut l'abjection française, qui s'éloigna, en ne faisant rien depuis quinze ans, de l'Allemagne qui se réformait… La pauvre germaine mit en place sa politique nationale et tira ce qu'elle devait tirer de son action. On le lui reproche à tort. Elle finança un "ost" retrouvé qui bien que champion du pacte de Varsovie, était (et se trouve toujours) dans un état  pitoyable. S'agit t-il de pauvres à bon compte que les ignobles patrons germains exploitèrent sans vergogne ? Et bien si c'est le cas, la patrie de Karl Mark attend toujours sa révolution, les réformes sociales de cette partie là de l'Europe ayant été faites par des viols de conscience, et quand je parle de conscience…  

    On doit aborder la question de la politique étrangère: tiraillée entre les demandes d'élargissement (on pense à la Turquie), les demandes fantasmatiques de protection (on pense aux pays de l'est traumatisés par la Russie), les volontés de faire la paix au moyen orient (l'Union est le principal financier de la bande de gaza, un comble), l'Europe fait n'importe quoi, aux grès des fantasmes de nouveaux occidentaux variés hésitants et confus, sans parler des démagogies variées, voir plus haut.  

    Une constante: la fameuse défense européenne qui doit se soustraire à l'OTAN d'une part (la Turquie en fait partie), et d'autre part du piège du partage de l'arme atomique française avec les allemands. Bref, on préfère l'OTAN, malgré tout, en fait une politique d'alliances, tout simplement, en particulier avec la Grande Bretagne brexit ou non, et surtout, c'est ce que l'on demande à raison, que l'on finance ces fameuses opérations extérieures, qui surveillant tout de même milles kilomètres d'Afrique, finissent par nous couter cher. 

    Mais l'abjection française pays fondateur, eut un autre rôle. Rappelé par François Fillon et cela suscita des protestations à l'assemblée, elle fut le cynisme avec lequel les gouvernements socialistes accusèrent l'Europe de tous les maux, jusqu'à l'"austérité" qu'on dénonce encore, jusqu'aux traités qu'on veut "renégocier" encore et toujours pour plus d'"investissement". Conçue pour servir de repoussoir à l'échec du changement de la vie, et par le ministre des finances de la relance puis de la pause dans les "réformes" (Delors engendra Aubry, faut il le rappeler? ) cette Europe là est l'épouvantail de la démagogie du collabo complice du vel d'hiv. Et il fallut que le cancéreux lamentable dont on souhaitait qu'il souffre le plus possible fasse pitié à son principal opposant pour que l'on vota son sinistre traité…

    Traité que l'on se doit de porter aujourd'hui, en le faisant vivre au mieux, car sinon, on ne serait qu'un souverainiste… Bien sur le traité de Lisbonne, accepté par un parlement fraichement élu, après l'annonce de sa ratification fut un déni de démocratie: n'est il pas? Pourtant, le service rendu par son acception est sans doute immense, il permis de résister à une belle crise et de mettre à la raison une Grèce récalcitrante. Il y a bien sur l'argument que ce qu'un référendum instaure, seul un référendum pourrait l'abolir. Règle non écrite, portée par les tenants d'une démocratie implicite, mais non fondée en droit, et par aucune constitution: comment caractériser constitutionnellement un thème soumis à consultation ? De fait le référendum est possible, mais reste optionnel. Quand à son issue, ne s'en plaignent que ceux qui la critiquent... 

    Car un principe fondamental de la démocratie, justement est de ne pouvoir s'abolir elle même: qu'est ce qu'un référendum qui abolirait la république ? Un acte démocratique ? Et bien non. Le principe des élections, qui suppose toujours un mandat limité dans le temps permet de changer toutes les lois selon l'humeur du peuple, à condition que l'on puisse changer d'avis plus tard. C'est cela la démocratie, et l'instauration du brexit peut très bien être contredite démocratiquement. On ne sait jamais.

    On peut aussi traiter le désir des peuples en faisant des exceptions. On en fit en nombre infini pour l'Angleterre depuis Thatcher et tous les autres. On en fit une belle peu avant le référendum. Hélas, elle ne fut pas en mesure de traiter les demandes populaires anglaises, et oui les réticences de Hollande (il a réussi tout de même à nuire) aux demandes britanniques en février dernier ont peut être un peu joué, même si le niveau d'imprécations pro brexit était sans doute déjà trop important.  

    Non, ce fut Merkel et ses "réfugiés" (des afghans, des somaliens et des érythréens plutôt que des syriens dont le malheur ne fut que prétexte) qui paniquèrent, sans  doute plus (à moins que cela ne soit moins) que les plombiers polonais. Ceux-ci entendaient déclarer à la sécu britannique leur enfants restés en Pologne, alors que les autres se contentaient de piller des camions avant d'aller faire les vaisselles dix ans. Quelle différence pour un anglais ? Et pourtant, ils regrettent un peu, que ce soit l'ex maire de Londres, ou le chroniqueur du SUN. Ah qu'ils sont européens !

  • Les démocraties

    Alors que l'on qualifie le Brexit de "leçon de démocratie", on se demande bien pourquoi, le thème mérite d'être évoqué et la réflexion sur plusieurs de ses tenants et aboutissants de se faire sereinement. 

    On va donc tenter d'énumérer les différents sous entendus associés à l'emploi du terme, en évitant bien sur d'être trop docte, le pouvoir "du peuple" désignant d'abord le "démos", c'est à dire les citoyens, et non pas tout le monde, comme on pourrait le croire un peu vite. Pour mettre les points sur les "i" les tenants français du brexit peuvent le commenter, mais ce n'est pas leurs oignons, en fait.

    Ensuite, on évoquera le vote. Procédure préférée au tirage au sort, et donc permettant à bulletins secrets de condamner un innocent à une fonction, on s'arrangera pour que celui ci soit mis au courant de l'éventualité auparavant, voire soit obligé à se présenter au préalable. Pour une décision à prendre, même procédure: on s'arrange pour que la question soit claire. Le "peuple" acquiert il une voix grâce à cette magie est deviendrait il une personne à l'occasion, par-delà les électeurs dont les voix doivent elles s'incliner ? 

    Tout dépend du score d'abord. Sans exiger l'unanimité en tout, on peut imaginer qu'un quota acceptable de votants en faveur de la décision à prendre soit nécessaire pour qu'un changement important soit validé. A 2% prés, la Grande Bretagne saute dans l'inconnu, se ruine peut être: est bien démocrate ? 48% de la population, effrayée et stupéfaite, se trouve plongée dans le noir, éberluée. Une leçon ? Pour les perdants ?

    Bref, on aurait pu être plus "démocratique" et plus respectueux du "demos" en ne décidant vraiment qu'à partir disons, des trois cinquièmes. 60% aurait nécessaire pour partir, et le vote de jeudi considéré comme un aléa.  

    Le manque d'empressement du vaincu, premier ministre qui ne démissionnera qu'après l'été, signe d'ailleurs la chose: il joua un peu gros, et il doit se trouver honteux. Qu'ils lui soient hostiles politiquement, ou simplement moins euro sceptiques que lui, ceux qu'il obligea à voter pour le rendre populaire doivent lui en vouloir, ils sont la moitié du peuple dont il avait la charge, et il a finalement fouarré sa tâche à un point inimaginable, quand on y pense. On ne peut donc qu'accepter sa peine, et donner un peu de temps à une opinion surprise de réaliser l'énorme connerie qu'elle vient de faire.

    Car le résultat est peut être du au hasard: un assassinat dont les obsèques ont énervé au lieu de rassembler; une affiche de migrants en marche, terrifiante, qui fut moquée maladroitement par le maire musulman de la capitale, que sais je. Voilà qui se voulait décisif et qui repoussa. La démocratie c'est aussi la formation des opinions, avec tout le caractère impulsif, irraisonné, et instinctif qui se rattache aux décisions individuelles.   

    On parle ici d'instinct: le Royaume Uni est une vieille nation, dont la volonté de puissance a laissé son empreinte dans les consciences, et le nouveau maire de Londres ne signifie pas sa complète éviction, la preuve. Des mécanismes profonds et anciens, que certains nient à tort, sont souvent à l'oeuvre, la preuve. 

    Le respect de ces tropismes collectifs, qu'il est difficile de formaliser hors consultations officielles est sans doute une partie de ce qu'on appelle la démocratie. Il est paradoxal de remarquer que lorsqu'ils gagnent, on se prend à les dévaloriser parce que n'atteignant pas 60%, alors qu'ils sont tout de même importants, car dépassant les 40%… 

    Nous voilà donc dans ce qu'il conviendrait de respecter, quand on est un homme politique: ne pas jouer aux dés une décision, tout en acceptant d'y jouer ce qui est moins grave, quelques années de pouvoir dont les erreurs pourront toujours être corrigées peu après. Nous sommes ici dans du long terme, et qui concernera sans doute des dizaines d'années. On aurait du faire attention: d'abord à mieux respecter le vieux fond national, ensuite à ne pas jouer avec lui, au point de le mettre en position de vexer trop profondément son opposant, somme toute tout aussi respectable. 

    Et bien le pouvoir du peuple ne se manie pas sans égards, et nous remarquerons que dans toute cette histoire, la génération des années cinquante au pouvoir, de Cameron à Hollande en passant par Sarkozy se montrèrent insuffisamment soucieux de leur opinion, au point de se faire désarçonner. 

    On passera sur les référendums ratés de De Gaulle et Chirac, et sur celui réussi de Mitterand, c'était une autre époque, et les pathologies étaient différentes. On notera tout de même que les 2 derniers, le réussi et le raté portaient sur l'Europe...

    Le raisonnement s'applique à la situation européenne, maintenant privée de la Grande Bretagne. Un grand souffle, jusque-là bloqué par la présence du british va t il se lever en faveur de la fusion des peuples et des nations ?

    Ou bien le pot aux roses découverts, tout le monde va vouloir partir ? Ce type de décision est il simplement une histoire de manoeuvre politique à l'intérieur des partis, comme tous ses dirigeants le pensent ? 

    La règle de la majorité qualifiée, pourtant votée à Lisbonne doit s'appliquer aux nations, voilà la morale de l'histoire, et les majorités trop étriquées ne devraient pas décider de n'importe quoi. Evoquée déjà ici, une règle de consensus minimal doit présider aux choix importants, et c'est respecter la démocratie que de ne pas trop violer les minorités à l'intérieur des peuples.

    Comment évaluer les choix et leur équilibrage en faveur du consensus ou non? Et bien voilà un débat apaisé moderne, à tenir en mettant tous les points sur la table.  

    Dernière minute: après avoir sucé mon crayon toute la matinée, voilà t il pas que j'apprends en ouvrant les journaux qu'une pétition est lancée en Angleterre pour revoter: il faut d'après certains 60% des voix pour qu'on ne revote pas ! La voilà qu'elle est bonne l'idée en fait. 

    Nous voilà donc à la seconde partie du beau problème: ignorer les référendums solennels ne serait il pas anti démocratique ? Faire voter Lisbonne deux ans après le référendum, par un parlement fraichement élu n'est il pas anti démocratique ? Cette plainte lancinante, agitée par tout ce qu'on l'on compte comme anti européen (le contraire eut été étonnant) n'est elle pas fondatrice de la demande pour le référendum, pour ne pas dire  pour la démocratie?

    Il y a bien sur l'argument que ce qu'un référendum instaure, seul un référendum pourrait l'abolir. Règle non écrite, portée par les tenants d'une démocratie implicite, mais non fondée en droit, et par aucune constitution: comment caractériser constitutionnellement un sujet ? Par une éthique du politique, par une relation directe entre le peuple et le réel, par une angélisation du politique à son niveau le plus direct: foin des représentations, des élections, en tout demandons au peuple, faisons de la démocratie "directe". 

    Cette idée, ancienne au demeurant, oublie le caractère nécessairement provisoire et encadré de ce qu'on appelle justement le "cratos" du "démos": il ne peut y avoir de décision commune que sur la base d'une limitation dans le temps de son autorité et un méta principe doit guider tous les principes: la régularité des consultations et la confiance que l'on doit accorder régulièrement à un groupe limité d'individus considérés responsables et en charge de la direction de l'Etat. 

    De fait le référendum est possible, mais reste optionnel, à la discrétion des dirigeants provisoires de l'Etat: il ne peut pas fonder le pouvoir du peuple. 

    Et puis un principe fondamental de la démocratie, justement est de ne pouvoir s'abolir elle même: qu'est ce qu'un référendum qui abolirait la république ? Un acte démocratique ? Et bien non. Le principe des élections, qui suppose toujours un mandat limité permet de changer toutes les lois selon l'humeur du peuple. C'est cela la démocratie, et l'instauration du brexit peut très bien être contredite démocratiquement. On ne sait jamais.

    Car ces référendums considérés comme démocratiques, on l'a assez dit sont aussi l'objet d'une méfiance que je viens de décrire: sur un coup de tête, un peuple d'abrutis, négligeant et insultant votent comme leur voisin sans rien comprendre. Seul la représentation intermédiaire responsabilisée est vraiment "démocratique" d'après pas mal de gens. De Gaulle lui même, fut mordu par ce fait là et détruit par les représentations intermédiaires qu'il voulait d'ailleurs supprimer, lors d'un référendum, justement. 

    Et puis il y a le local: le référendum anti zadiste vient de tomber c'est oui pour le nouvel aéroport… La démocratie, celle du peuple soulevé va t elle se dresser contre une consultation à la portée seulement consultative, du fait qu'elle permettra à un état et à une région d'appliquer des décisions de justice édictées depuis vingt ans ?

    Bref, là comme ailleurs ce qui semble démocratique et respectueux du peuple est en fait pathologiquement le signe d'un dysfonctionnement manifeste de cette fameuse démocratie, quand des désaccords absolus et irréductibles se manifestent, et en fait n'arrivent pas à être tranchés autrement qu'en une sorte de sacrifice public, quand on demande au Dieu de décider, le peuple souverain se devant enfin de se manifester, et les pouvoirs de lui obéir: le contraire de la discussion en commun avec le souci du bien public, c'est à dire que tout le monde soit respecté et content à la fin. 

    Car le référendum, c'est aussi et surtout la marque symbolique de l'accord discuté: on veut sceller comme cela les constitutions (ce fut l'objet de 1962 et de 2005), les attachement permanents (ce fut le but de Cameron). Par quel malheur faut il que ce soit l'occasion de détester et de détruire ? 

    Car il y eut des réussites à la manipulation politique. Alors que François Mitterand réussit à littéralement pourrir le référendum de 1972 organisé par Pompidou pour accepter la Grande Bretagne, justement, il réussit, d'ailleurs contre toute attente à nous faire entrer à Maastricht, ce qui inaugura vingt ans d'euroscepticisme… Comme si qu'il soit réussi ou raté, le sacrifice ne faisait que faire retomber sur nos têtes le sang qu'il verse. 

    On se prépare l'année prochaine à sceller par référendum un certain nombre de questions. Une suite de propositions brutales sont sur la table: de grandes décisions sur l'économie, l'organisation territoriale, l'immigration, en suspens depuis trente ans pourraient être tranchées d'un coup. Cela se fera-t-il ?

    C'est pourtant un moyen de traiter un autre type de problèmes qui est celui justement de l'exagération du pouvoir des minorités. Car l'actualité de ces derniers mois consacrée à la loi travail, loi de l'année 2016 (et on se plaint du trop grand nombre de lois, merci à Valls et Hollande), a consacré deux ignominies anti démocratiques: un gouvernement et une présidence privés de toute légitimité (85% de défiance et d'impopularité dans tous les sondages, sur tous les sujets) veut absolument faire passer une loi dont une minorité syndicale agissante exige le retrait quitte à ravager des boulevards entiers de la capitale 3 fois par mois pendant toute une saison. On fait mieux comme démocratie représentative, avec un parlement chargé d'examiner en commission pendant des mois des lois dont une phrase suscite le rejet de tout le monde, y compris, d'après les sondages d'une majorité de la population. 

    On en vient donc à vouloir décider que une fois décidée une décision soit telle qu'on ne puisse décider de son contraire. Cela serait il une définition de l'autorité ? 

    P.S. Kelvin McKenzie, un éditorialiste du SUN qui supporta (tu parles) le Brexit avec sa verve bien connue, regrette maintenant de l'avoir voté. C'est ça la démocratie: il n'y a pas que les imbéciles qui changent d'avis.  

  • La morale de l'histoire

    Après bien des invectives et des provocations, ne faut il pas finalement suivre la piste de Dieudonné et se calmer un peu ? 

    Car le qualificatif de "libéral", quand on y pense, se trouve bien galvaudé et attribué à des choses bien différentes et d'ailleurs à son détriment. Il n'est pas "moral" d'après certains qui suscitent, de par ce mauvais procès, une détestation exagérée, en tout cas excessive, et je suis bien placé pour le savoir.

    Car comment ne pas exploser de colère et de rage quand on entend pour la millième fois l'histoire du poulailler libre, celle de l'argent qui corrompt tout, celle de la finance qui ruine les pauvres, celle des riches de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus pauvres ? Comment ne pas se répandre en insultes obscènes, en sarcasmes nazis féroces quand on entend encore et encore les absurdes préventions contre le concept d'assurance, l'affirmation que le progrès social fut arraché de haute lutte ou que le communisme fut bien intentionné ?

    Publique et décisive, cette détestation confine à la folie et justifie toutes les préventions, c'est le piège de toujours dans lequel on tombe. Car l'injustice est flagrante, et les lieux communs haineux que je décris ne peuvent susciter de ma part que ce qui me semble lui correspondre et qui n'est perçu par eux que comme une immoralisme profond et insupportable. Tu parles. 

    Je ne parle pas seulement que de moi, tout le discours "libéral", alors qu'il n'est qu'honnête réflexion libre et autonome sur le monde, tombe dans le terrible travers de ne paraître que comme égoïsme et immoral, ALORS qu'il n'est précisément que ce qui se soustrait à l'atroce convention immorale de la soumission au tyrannique. 

    Nous avons donc deux immoralismes face à face et la guerre de religion s'allume: pourtant les faillis immoraux peuvent être retournés et l'exigence morale changer de camp, au bénéfice de la liberté. 

    Comment changer de discours au point de renverser la malédiction et de faire à nouveau de ce pays ce qu'il a toujours réussi à être à chaque fois suffisamment longtemps pour continuer à exister ? 

    Car la situation est dangereuse et ce n'est pas que la France qui est touchée: tout l'occident est face à ce qu'il a suscité de par sa force: une libération économique et sociale qui pousse le monde entier, lui compris à rompre avec toutes les traditions, toutes les prudences et tous les bon sens. Pire: des forces souterraines font que à nouveau, les gens ne sont plus maitres de leur destin et se confient au hasard de l'histoire, sans réfléchir ni même concevoir ce qui peut les attendre.

    On ne peut se contenter d'exprimer ses opinions dans le petit théâtre convenu des mondes stables: elles suscitent au hasard des rencontres des exaspérations terribles et dans tous les sens. Comment supporter une vieille dame qui plie des vêtements pour les réfugiés ? Un jeune qui écoute Lordon à nuit debout en pensant refonder la démocratie ? Un conducteur de la SNCF en grève pendant les inondations ? De partout, une impression catastrophique de fin du monde nous saisit et nous pousserait à la violence si on pouvait.

    La police en charge de au moins contenir les bris de vitrine se fait alors agresser par des migrants en colère, des jeunes révoltés qui leur lancent des bouteilles d'acide, et insulter par des manifestants en délire contre une loi qui ne n'a pas d'effets. Comment l'aider ? En faisant en sorte, par des attentats à la bombe multiples contre tous ses ennemis, que submergée par le nombre de morts et le regain de popularité (ou pas) qu'elle en tirera, elle soit encore plus impuissante ? Rêves funestes et inutiles, propres à horrifier la vieille dame, conforter le jeune rêveur de la nécessité d'une autre monde, sans parler du ricanement du cheminot, immédiatement en grève contre ma provocation.  

    Provocation contre provocation et absurde contre absurde. Pourtant, au demeurant, n'y a t il pas asymétrie ? Car qu'est ce qui motive les 3 revendications objets de ma détestation ? L'ignorance par la petite vieille des problèmes qui frappent ses compatriotes pauvres et très pauvres, désormais en compétition avec des étrangers arrivés d'hier, l'ignorance crasse des principes économiques de base des jeunes idéalistes, et la rapacité cynique des militants de la SNCF. Qu'est ce qui motive les sale fascistes en éruption déclarés ennemis ? La perception d'un pays à la dérive, de l'abandon de la nation à des étrangers, du cynisme ou de la folie de leur dirigeants. Quels sont alors les sentiments les plus humains dans ce débat? Les plus responsables ? Les plus moraux ? 

    Et bien la claire conscience de sa responsabilité d'électeur, de citoyen, d'humain rationnel soucieux du bien ne peuvent que refuser, pour des raisons morales, une telle situation. Il ne s'agit pas de fascisme mais d'une révolte du bon sens, qui doit être comprise, et aussi être maitrisée, du moins par ceux qui bien qu'ils partagent l'exaspération, ont autre chose dans l'esprit que l'abandon et le pire inéluctable. 

    Les "fascistes" viennent de loin. Ils sont les basses classes françaises, communistes pendant tout le XXème siècle et résolument étatistes. Privés de direction par l'effondrement du communisme comme carrière (sans l'URSS pour subventionner on peut plus se forcer à mentir) ils sont à la dérive, aujourd'hui la proie du FN mais pas que.

    Alors que traditionnellement on associe à la gauche l'humanisme respectueux envers les pauvres, quitte à exagérer en matière de ressources collectives à leur accorder, et bien il semble que cette considération du réel du malheur se trouve avoir cessé: le parti du progrès se tourne maintenant vers l'irréel, voire le surnaturel, décrit ici par le souci du lointain, la considération d'une politique sans politiciens, et bien sur le plus abject cynisme des syndiqués employés de la CGT, qui confine actuellement au satanisme. On en est à assister passif à la destruction des vitres d'un hôpital: après s'être plaint par voie d'affiche des violences policières, on encourage ceux qui n'aiment pas la police à empêcher de dormir le fils d'un couple de policiers assassinés.

    Qu'est ce qui peut motiver une telle rage ? Et bien la même chose que ce qui me révolte, et pour des raisons qui sont à la fois similaires et opposées. De fait la révolte contre ce qui me sidère est prise en charge par mes pires ennemis, ceux de l'autre coté et pour des raisons contraires. La même rage et des raisons autres contre le même ennemi. Quel est cet ennemi là, quel est ce mal qui conjugue toutes les oppositions ? 

    Car c'est le parti du bien qui est devenu immoral, voilà le fond de l'affaire. A partir de là la contre offensive idéologique et communicationnelle contre ce qui avait vaincu peut se dérouler et anéantir dans l'esprit d'une opinion fragile les derniers aspects positifs de l'impossible fusion entre le social et le démocrate, le seul conflit qui vaille étant maintenant celui avec le gauchisme, celui qui assume l'extrême autoritarisme économique, le seul ennemi qui vaille maintenant étant le regroupement avec le Front National de tout ce qui reste de la connerie nazie et communiste du XXème siècle: ils sont le mal et il faut le leur dire en mettant en avant les vraies souffrances: chômage, pauvreté des français, la souffrance nationale redevient le critère de formation des opinions, et pour résoudre ces problèmes, il faut maintenant créer des richesses, et au nom du bien.  

    On doit gloser sur le fameux diagramme de Nolan, un classique des sciences politiques, qui met le libéralisme sur deux axes, culturel et économique, quand la liberté est à la fois, mais dans deux directions différentes, recherchée pour les individus ou pour les entreprises (ça c'est Nolan), quand on partisan de l'autorité en matière individuelle ou collective, bref, tous les débats du monde, avec leur qualifications montantes ou descendantes s'entremêlent pour le plaisir (ou la fureur) de nos disputes.

    Assis sur le libéralisme culturel, la domination de l'assistance économique généralisée, a ruiné le pays et il faut s'en débarrasser. L'association de l'extrême droite à ce mouvement, marqué par son passage intentionnel au libéralisme culturel le plus moderne (homosexualité, rejet du père antisémite, et pratiquement une lutte anti raciste). L'alliance des gauches est imminente, et il n'y a guère que l'immigration pour séparer encore ces partis amalgamés de fait du fait de leur cynisme, et encore, son arrêt serait la fin d'un fromage.

    On peut alors gloser maintenant sur l'alliance de fait entre les socialismes et l'extrême droite, commode épouvantail à qui on identifiait l'ennemi avec hypocrisie: en dénonçant son racisme on dénonçait indirectement le libéralisme de la véritable alternance qu'on faisait tomber à coup de triangulaires au second tour des élections. Suscité précisément pour réaliser cela, l'épouvantail est devenu maintenant tellement puissant qu'il se prend à rêver de pouvoir: et bien il va s'allier non pas à la droite traditionnelle, avec qui il ne pourra jamais partager son autoritarisme économique, mais bien avec son créateur avec qui il a maintenant tout en commun. 

    On avait évoqué le fait que l'immigration, ni culturelle (elle pourrait être libertaire, s'il n'y avait l'islam) , ni économique (elle pourrait être libérale s'il n'y avait les allocations) séparait encore la formation des opinions. Non classifiée par Nolan, elle fera donc la différence, et en faveur de la droite libérale traditionnelle, qui doit bien sur se maintenir ferme sur son conservatisme culturel et exiger assimilation, statistiques ethniques et contrôle aux frontières. Elle doit donc se montrer impitoyable sur ce sujet et ramasser la mise, la gauche rassemblée derrières ses pratiques sexuelles dégradantes et son assistance sociale corrompue ne pouvant que quitter l'histoire. 

    Un autre point est bien sur l'autoritarisme moral, ennemi du libéralisme culturel d'après Nolan, et qui me piège horriblement: dois je pour me soustraire à la GPA et à l'imam de Bordeaux me faire catho tradi, et communier tous les jours? Et bien le libéralisme pur (économique et culturel, fédéraliste et islamo naïf) n'est pas plus mon fait que le capitalisme du vatican: la liberté c'est se soustraire aux idéologies, et le communautarisme libertarien, sans nation, sans volonté générale, en est une, tout comme l'infaillibilité du pape de 1870 qui ruina en fait toute prétention à une autorité morale personnalisée, prend ça pape François ! 

    Au nom de la liberté, donc, je me dois de me soustraire aux injonctions de me plier à quoi que ce soit, y compris de respecter absolument un principe, y compris celui de l'anarchie, dont je me crois libéré ! Conservateur libéral, certes, mais ennemi du libre échange absolu et du moralisme autoritaire.

    Ma morale est celle de l'autonomie et donc de la capacité d'exercer un jugement sur absolument tout, sans obéir à aucun ordre: la seule qui vaille, celle de la liberté ! 

    Nous sommes à un an d'une élection importante, et la situation économique n'est pas fameuse. La situation morale non plus, et il semblerait: il nous faut y remédier ! 

    P.S. Au sujet de la rapacité des syndiqués de la SNCF. Confrontée à sa mise en concurrence future, et en cours de réforme pour cela, elle bloque partiellement le pays après avoir court-circuité sa direction pour discuter directement avec un état failli qui par ailleurs est prêt à tout pour faire passer un loi croupion refusée pour cela. Les milliards s'allongent et les revendications absurdes (les avancées sociales arrachées sur la base d'un existant déjà farce tournent à la pornographie) s'obtiennent sans relâche, la grève ne s'arrêtant pas pour autant, un fer se bat jusqu'au bout. 

    Un homme prend alors la parole sur France Culture et sur la base de la "question de la solidarité" oppose concurrence et service public. Le reflux gastrique éprouvé tourne à la crise de folie furieuse: l'homme est syndicaliste, à la SNCF.   

    P.S. Il n'est pas sur j'aie réussi à me remettre en paix, comme prévu au début du texte: la chose est complexe et n'est pas débrouillée. Il nous faudra reprendre tout cela. 

  • Les théories de la Religion

    On lit ici la revue MAUSS pas mal disponible comme un donné donné dans l'Internet et je les en félicite. 

    http://www.revuedumauss.com.fr/media/P22.pdf

    D'abord, il faut tirer sa révérence à Durkheim: sa religion à lui est une tranfiguration du lien social par la distinction sacré profane, elle est le système des choses sacrées qui unifie la société. Les rites entretiennent la société et font vivre les dieux. Bref, une théorie sociologique et au combien du religieux et de la religion. Durkheim soutient ainsi le "rôle décisif de la religion"  comme ciment de la société 

    On parlera de Jules Monnerot, hélas théoricien tardif au Front National, et qui unifia idéologie communiste et Islamisme, comme idéologies support de croyance et d'espérance et surtout de domination politique.

    Elle fut combattue par Anna Arendt, ennemie du fonctionnalisme (qui assimile les talons aiguilles aux marteaux car ils enfoncent les clous, pas mal)  et qui refuse absolument la réduction du religieux au sociologique. On a donc les deux types de conceptions fonctionnalistes et essentialistes, la religion s'expliquant ou se trouvant irréductible. 

    On parlera de Derrida, qui introduit des concepts duaux, ceux qui vont nous passionner, la duplication du concept étant ce qui fait plaisir et ces réflexions là sont plaisantes. Il distingue les expériences de croyances de celles du sacré.

    Il faut mentionner Agamben, et son homo sacer, homme impur qu'on peut tuer sans crime (cela me rappelle un verset du coran). Paradoxal disait le poète Macrobe, qu'on ne puisse souiller une chose sacrée alors qu'on peut tuer un homme sacré. On voit donc le sacrificiel se profiler à l'horizon. 

    On a ainsi les dualités sacer/sanctus, hagios/hieros, relire/relier, bref les mystères binaires nous envahissent. Disons que toutes les théories du religieux butent sur sa dualité individu/collectivité, impossible à expliquer/penser. 

    Il faudrait parler de Girard, avec son sacrifice de résolution de la violence, fondateur de la société. Et c'est là que le grand désaccord s'installe: il y a des anti girardiens. Prisonnier bien sur de la dualité, Girard en est un extrémiste: il supprime la divinité (un artefact) et le symbolique religieux (devenu totalement caché et donc absent). 

    Un point important est que le sacrifice concerne les sociétés de pasteurs/agriculteurs, et pas les chasseurs/cueilleurs. 

    Et puis il y a Gauchet et sa sortie de la religion. Mais avant il la définit, et parle bien d'une politique cachée, celle de l'hétéronomie de l'origine qui régit tout. Il théorise alors la disparition de ces conceptions, la sortie de la religion caractérisant le monde moderne, qui il faut le dire, récuse toute normativité pour ce qui concerne ce qui fait sens et c'est tout le problème, l'agir collectif devenant alors impossible faute de motivation.

    C'est alors qu'apparaissent comme systèmes explicatifs, les théories du don.

    On s'était moqué ici des néo catholiques et de Derrida, adeptes du jeu de mot au point d'y sombrer corps et bien. On rappellera Derrida au sujet de Mauss, la théorie qui se prend pour une théorie du don et qui se donne comme une théorie du prendre, toutes les variantes du "es gibt" il y a, il se donne, Marion et tout le heideggerisme à deux balles qui fit tant furher. Ces ridicules de grands esprits furent moqués cruellement, peut on en rajouter ? 

    Le don c'est autre chose, pratiquement un vocabulaire. D'abord sa ternarité au sens de Pierce: A donne B à C. Cette ternarité fait qu'il y a plus que l'échange, plus que la réciprocité, il y signification autre, c'est la relation "intentionnelle", d'ordre supérieur. On passe donc à la ternarité, au triolisme, au triadisme, au tridentisme.

    Car le don est complexe: il est donner, recevoir et aussi rendre. La première aporie du don, par Mauss lui même, est le mystère et le paradoxe du rendu: qu'est ce que la réciprocité face à un don gratuit ?

    Car le don n'est pas l'échange, et il faut tous les refus à l'ennemi qu'est la finance pour réaliser cela: toute la philosophie se trouvant ainsi scotché sur cette position, la gratuité étant le mode suprême d'existence des biens communs ceux qu'on attribue suivant les besoins, on s'est compris. Par conséquent, le réciproque est impensable et c'est tout le problème. 

    Une approche est de différencier les dons: il y a le cérémonial réciproque, décrit par Malinowski chez les Trobriands, les primitifs libertins, le don gracieux (le cadeau d'anniversaire), le don solidaire (l'aide aux migrants). Le cérémonial rituel étant réciproque est il un échange en fait ? C'est toute la question. 

    Mauss dit que non, et tous les non utilitaristes aussi, la chose étant un échange particulier, de symbolique, de reconnaissance mutuelle, de liens. Il s'agit de politique et non d'économique ou de morale, en tout cas il est agonistique et la réciprocité est triadique, car établissant la volonté de ne pas sortir d'un jeu, forme supérieure de l'accord social. En tout cas, il ne s'agit pas, contrairement à toutes les accusations qu'on peut lui faire d'échange marchand en quoi que ce soit. 

    On remarquera une dualité avec les natures possibles des dettes: réplique, gratitude ou dépendence. 

    Revenons aux chasseurs cueilleurs: ils ont passé alliance avec la nature tandis que les pasteurs agriculteurs ont une dette envers les dieux et doivent rendre leurs animaux domestiqués en les tuant pour rendre ce don là irréversible.

    Que de débats au sujet de l'argent. Platon détestait les sophistes qui faisaient commerce de la vérité. Or j'ai un tee shirt qui dit: "Scientia donum Dei est et vendere non potest". Aristote reconnait l'argent comme mesure de l'échange et donc de libération et d'indépendance du prestataire, mais pas le profit, identifié à une action illégitime du temps: le temps appartient à Dieu et ne peut/doit être vendu ou utilisé pour modifier les attributs des choses de par l'usure. Le temps n'est pas un agent (elle est bonne celle là, l'ontologie ça c'est une manière de penser).

    Et puis l'argent, on le sait bien ne lie pas les communautés (sauf la libérale, avec son honteux poulailler, les poules ne se vendent pas entre elles). Pour échapper au communisme il nous faudrait une modernisation du don cérémonial pour se reconnaitre mutuellement sans se donner de biftons: sans rire, c'est ça le post capitalisme actuel et il a des conséquences et des théories multiples. 

    Mais le religieux là dedans? Et bien le vocabulaire ternaire du don fait en fait merveille: d'abord le sacrifice est bien un don aux entités supérieures, et le religieux c'est d'abord cela: un extérieur à qui on se relie. On peut dire et la formule est magnifique est que la religion est "une socialité avec l'invisible", le symbolique étant ce qui règle ces échanges là entre la société des hommes et la société des dieux. Dons cérémoniels, gratuits et de dépendances s'y épanouissent magnifiquement. Nous pouvons donc penser le religieux. 

    Et bien l'ampleur et la hauteur de vue de cette approche est assez saisissante: on a ici de quoi nourrir les plus complexes des conceptions. D'abord que le religieux peut être assis sur quelque chose de plus large que sa définition traditionnelle, assise exclusivement sur le surnaturel et les conceptions de la mort. On peut ainsi s'adosser à un mécanisme fondamental de l'action humaine, sur une pratique essentielle des hommes les uns vis à vis des autres: le don en général, caractérisé par des motivations à la fois semblables et radicalement différentes. De là on peut décrire les rapports avec le surnaturel, l'expression "socialité avec les invisibles" étant particulièrement illustrative.

     Car l'invisible est bien sur une évidence, son existence sociale, historique ne pouvant être mise en cause, tant il est partout, sous toutes les formes. Comment nier sa présence, sinon dans un discours lui même d'évidence ? Surtout que ce discours mérite d'être confirmé sans arrêt, car partout l'invisible resurgit, tout le temps, et maintenant sous des formes d'autant plus éloignées des divins traditionnels que l'incroyance généralisée et l'effondrement des symboliques traditionnels sont généralisés.  

    C'est alors que la distinction entre religieux et religion peut se manifester, mais sous la forme d'une question. Reste t il du religieux après la fin de la religion, et comment se donner autre chose que de l'argent sans qu'il y ait de Dieu ? 

    La question, là je pars en roue libre, est d'importance, car elle consacre l'examen de la possibilité ou non de se passer du religieux pour faire société au delà du capitalisme, sans bien sur se passer de celui ci.   

     

  • L'affaire Dieudonné

    Alors que "Ce soir ou jamais" est arrêté (l'homme blanc de cinquante ans qui la  présentait, Dominique Taddéï était un fasciste, en plus), on se prend à évoquer ses grandes heures, et on tombe sur un entretien électrisé entre Dieudonné (une de ses dernières, sans doute, prestations à la télévision) et deux avocats dont maitre Thierry Levy, défenseur du droit par rapport à tout le reste allant même à l'occasion jusqu'à accuser avec véhémence les accusateurs des pédophiles, bref, un avocat fanatique. 

    L'échange a plusieurs phases et je voudrais les commenter. Mais d'abord une remarque générale: Thierry Levy finit par l'affirmation du nécessaire combat contre Dieudonné, bien que celui ci soit venu "en paix" (il avait déjà adopté cette posture, "christiano-africaine" et qui a le mérite d'être "correcte" globalement).  C'est la fameuse phrase du "d'abord il y a les insultes, ensuite les lois, et ensuite les coups"). Dieudonné alors éclate de rire, d'un rire presque léger, sans le caractère gras et cruel qui accompagne souvent ses saillies méchantes. Il y avait pourtant de quoi, il avait gagné. 

    Mais remontons en peu en arrière. On finissait par l'identification de Dieudonné avec un combat politique, celui avec le Front National, celui avec Faurisson. Accusation un peu brouillonne, et Dieudonné n'y répond pas. L'accusation, qui évidemment ne correspond pas à la réalité est au pire indirecte: Dieudonné par son humour supporterait indirectement la formation d'opinions en rapport avec ce combat politique là. Car on ne peut bien sur établir sa participation coordonnée avec un parti ou une organisation souterraine révisionniste, ce que d'ailleurs personne ne prétend. Il faut d'ailleurs différencier les deux accusations, l'assimilation au FN, donc au révisionnisme étant, malgré la condamnation de Jean Marie Lepen dans l'affaire du "détail", quelque chose d'un peu bénin, tout de même. 

    Bien que (il n'avoue pas si ce fut effectivement le cas) Dieudonné avait annoncé que Jean Marie Le Pen était le parrain de son fils prénommé Judas, le flirt avec le FN, que Dieudonné avait énergiquement combattu en son temps, ne fut que rigolade, et Dieudonné, d'ailleurs avec Soral, avait poussé la plaisanterie à visiter l'Iran, fallait le faire et c'est très au delà. 

    Je me souviendrais toujours de cette visite au centre Chiite Zahra, avec des jeunes gens barbus déguisés en Ali, et Dieudonné portant je crois le bonnet de bain, faire "salamalikoum mes frères". Quoiqu'on en dise, c'était furieusement drôle et je ne doute pas une seconde que Dieudonné se soit pas marré comme un fou à l'occasion.

    Continuons: la présence du gâteux Faurisson lors d'un spectacle fut une provocation théâtrale, et si elle favorisa au nom du rire le droit de cité d'une opinion douteuse, elle ne fut qu'une provocation contre une loi, elle parfaitement infâme, voulue par un communiste (cela parait presque incroyable que cette loi liberticide fut celle d'un admirateur  des pires crimes de l'histoire)  et qui limite la liberté d'expression, on continue d'en parler donc. Oui Dieudonné joua avec le fait que la réalité de l'extermination nazie pouvait être remise en cause, mais il joua. 

    On en revient donc à un humour ravageur, qui fut extrêmement drôle, la présentation de Faurisson étant le caractère principal de cette drôlerie: il fut lui aussi le dindon d'une farce qui ne fut à aucun moment un appel à la violence et plutôt une mise en scène provocatrice qu'en d'autre temps, plus tolérants, on aurait accepté en riant. Et d'ailleurs, ce spectacle, j'y ai assisté par internet, et j'ai ri. 

    Comme si en fait, du fait même de la liberté médiatique donnée par l'Internet, il fallait "symboliquement" (comme si le symbolique avait encore quelque valeur, on peut en parler) marquer une interdiction qui ne pouvait avoir lieu. L'audience effective de Dieudonné ne fut pas limitée, et il n'eut, et c'est d'ailleurs pour cela que c'est encore plus inacceptable, qu'à payer quelques amendes pour en disposer. Car il faut gloser sur le hiatus scandaleux (ici encore doublement imposé) entre la dénonciation de l'inqualifiable et le peu d'effets autre que "symboliques" qui en résulte, un ostracisme finalement inefficace réduit à ce que l'on contrôle encore, la télévision... 

    Tout le reste est public, vu par ceux que cela intéresse, et introduit la fin de l'âge de la télévision, maintenant remplacée et ce n'est qu'un début par une autre manière de consommer les médias, débarrassée des prescriptions morales, voire des discours publics (imaginez que Dieudonné fut l'ennemi personnel d'un premier ministre, qui organisa un cabinet noir pour le poursuivre, plus de solennelles déclarations publiques qui faisaient zapper, gênés, les audiences des 20 heures...).  

    Car l'internet révèle la réalité du blasphème, de l'offense: en fait une série de pantalonnades provocatrices, menée par un orgueilleux sur de sa drôlerie et avec raison: il moque le sérieux, l'emphase et la prétention au bien. Qu'il le fasse en prétendant à son tour un réel imaginaire tout aussi prétentieux et ridicule et bien il y a arrive aussi, et intentionnellement: Dieudonné est donc un maître en significations multiples et il n'a (presque ) pas manqué de bon gout.

    Car il a tout de même dépassé certaines limites. Dans l'expression. A plusieurs reprises, voire de manière continue, il céda, c'est clair, c'est sur l'internet, à la véhémente logorrhée antisémite "classique", celle que reconnaissent tous ceux qui fréquentèrent, même sans l'avoir vécue, la terrible histoire du siècle dernier. Il le fit sans cette culture, je pense, même si rien n'y manquait: le protocole, le complot, l'argent et tout le reste. Il se documenta, je pense, chez plus littéraire que lui (Soral lui, prit le temps de se renseigner en détail sur cette période) et donc se laissa aller. Grassement avec l'humour qui était le sien, mais hélas dans ces phases là, en cessant de raconter ses histoires à lui, et cela devint insupportable: il traita le thème complètement, il faut le lui accorder. Zap.

    Puis il se repris: quelqu'un le sauva je pense,(à moins que ce ne soit une baisse d'audience) et il tenta, il tente toujours, de redevenir ce qu'il est, plus "gentil" comme on dit. 

    Car l'homme est porteur d'une grande richesse humaine, celle précisément (là c'est moi qui vais déraper) de l'africain noir marqué par des racines chrétiennes, et possesseur de ce fait d'un recul supérieur quand à l'injustice du monde et des hommes. Généreux, mais aussi exigeant, il est implicitement porteur d'une culture morale globale, parfaitement orgueilleuse et qui s'est toquée de refuser la soumission publique à ce qu'il reniflait comme un mépris.

    Je déteste Soral, ne suis pas antisémite, fut gêné par la comédie (un peu trop sincère, lui aussi est victime du ressentiment) "antisioniste" de Dieudonné. Mais quoi, il prenait soin de faire rire, et bien mieux que bien des blagueurs du même terrain de jeu. Du fait même de leur prudence, il se trouvent castrés: l'ombre de Dieudonné recouvre tout  l'humour de cette sorte et le condamne à ce qu'il est: une petite échelle qui n'a plus beaucoup de vrai intérêt. A ce propos, la personne de Sophia Aram mérite d'être citée. C'est le pire de ce que l'on peut imaginer comme contraire de Dieudonné, à l'avantage et à l'honneur de celui ci, service rendu au pouvoir en place compris.

     

    On continue avec la contradiction qu'on lui apporte chez Taddéï: la preuve que Dieudonné ne lutte pas pour la liberté d'expression, c'est qu'il fit des procès...  L'un des procès en question, Dieudonné l'évoque, fut celui fait à Marc Olivier Fogiel, pour avoir fait un sms (on ne twittait à l'époque) évoquant "ce qu'on dirait si on parlait de l'odeur des noirs". Là Dieudonné prend un air offusqué. Il essaye, sans doute sincèrement, de revenir à l'origine: sa position confortable d'antiraciste patenté, contre le seul racisme à ses yeux, celui qui concerne les noirs. Le noeud du drame médiatique se noue alors sous nos yeux ébahis, les éclats de voix se multipliant, jusqu'à la conclusion déjà décrite et le rire de Dieudonné... Cela n'a rien à voir disent ils tous !

    L'analyse de cette confrontation là est toujours d'actualité. D'abord, le sms de Fogiel apparut "bien intentionné": en évoquant une situation fictive, sensée (dans son esprit à lui) être "équivalente" du point de vue de la perception victimaire à celle produite par une plaisanterie sur la Shoah, il aggrave son cas en fait, et c'est cela le problème.  Car pour Dieudonné, "cela n'a rien à voir" et DONC l'évocation de l'odeur, comme si il pouvait être possible d'en parler, était d'emblée une manifestation raciste qui devait être condamnée quelque soit son intention, et quelque soit ce qu'il pouvait dire par ailleurs, dans la mesure où là cela ne pouvait être "possible". 

    On a là une bifurcation. Une voie mène à l'équivalence des crimes, l'autre à leur stricte asymétrie. Dans les deux cas, une autre bifurcation, suivant que dans l'un, on soit indulgent ou impitoyable, et dans l'autre que l'on soit partisan de l'un ou l'autre des cotés.

    Indulgent pour toutes les provocations, on pourrait l'être: l'odeur des noirs, qui d'ailleurs n'est pas toujours désagréable, en fait bien sur ça dépend des noirs, même si les peaux sont différentes forcément, bref, on peut vite tomber dans le mauvais gout, bon passons. La mort supposée des juifs qui se plaignent tout le temps, les exagérations des colons israéliens, on pourrait pouvoir en rire, en passant des messages, si c'est drôle pourquoi pas... Bien sur, il y a des combats en cours et de la haine et tout ce qu'on veut, mais quand c'est drôle d'abord, que c'est fait en occident, qu'il n'y a pas d'appels à la violence quoiqu'on en dise ? 

    Impitoyable pour toutes les expressions de la haine d'autrui, destructrices du vivre ensemble et surtout des susceptibilités ombrageuses de tous les minoritaires, voilà l'alternative: la réglementation de tous les humours, de toutes les allusions, la perpétuelle paranoïa communautaire, bref, on y est un peu tout de même: tétanisé par le soupçon de racisme, prêt à tout accepter de peur d'être stigmatisé (vous voyez ce que ça fait hein ?). 

    Cela dans un monde qui majoritairement occidental n'a pas demandé non plus à devoir vivre en faisant attention à ne pas vexer des gens qui pourraient rentrer dans leur pays ou être plus timides, vu  leur nombre et un passé raciste qui pourrait se réactiver, on ne sait jamais. C'est ce que je pense, et il va falloir reprendre la main. Ce qui est arrivé à Dieudonné, à mon avis injuste, et que d'ailleurs il soutient, en quelque sorte, à cette occasion, lui montre bien que cela ne peut être souhaitable ! 

    On arbitrera difficilement en faveur de Dieudonné dans la guerre totale: l'odeur des noirs est bien plus réelle que le complot juif pour la fabrication des preuves de leur inexistante extermination. Mais d'autre part, la haine folle de l'establishment judéo socialiste, euh socialisto judéen, bon, le lobby juif en France, contre le pauvre Dieudonné est tout aussi complotiste, tout aussi folle, surtout quand il s'applique à un humoriste, peut être le dernier qu'on puisse trouver en France... Qu'en est il de l'antisémitisme des banlieues, porté par une immigration inféodée à une religion régressive ? On s'en moque, il se terre dans les zones géographiques cédées par les élus de gauche aux salafistes. Contre qui lutte on ? Contre Dieudonné... 

    Revenons à ce dont Dieudonné semble persuadé: que l'odeur des noirs ne peut pas faire partie du discours public, et que l'on peut dénoncer les complots juifs ouvertement. N'est il pas pris à son piège ? D'une certaine manière, et peut être certains ont préféré un antiracisme classique à la folie noire américaine qui nous pend au nez: que ce passerait il si on avait le post colonialisme à tous les repas ?  De ce point de vue, l'establishment juif arriverait ainsi à maitriser le discours public, au nom du combat exclusif contre l'anti antisémitisme classique, celui issu de la deuxième guerre mondiale. Un pis aller ? Jusqu'à quand ? 

    Et bien Dieudonné y fut sacrifié et cela est profondément injuste, je le redis, même si cela n'a pas de vraies conséquences, l'internet ayant rendu tout cela visible. Car il y a d'autres régulations en cours, il nous faut l'admettre, et le discours moral public, plus que jamais éclaté, est maintenant soumis à l'accès direct des âmes à l'information.  

    Pour conclure il me faut parler de la quenelle, la fameuse sodomisation des victimes de la shoah en forme de salut hitlérien renversé. D'abord je n'arrive pas à me souvenir si c'était un footballeur qui fut interviewé récemment devant une bibliothèque qui portait mis en évidence un exemplaire du protocole des sages de sion. Le plan, de quelques secondes, en fut une... Et bien un de mes commentaires passa sur un article de Saphir News au sujet de la spiritualité musulmane à destination des jeunes et qui citait un verset neuneu mentionnant l'amour divin (le 3.31).

    http://www.saphirnews.com/L-amour-de-Dieu-cle-d-une-education-epanouissante_a22392.html

    Je fis remarquer, (c'est une théorie), que ce verset était bien entouré de deux autres versets (3.28 et 3.32) qui eux menaçaient les infidèles, du moins si on les lit. Ah quelle belle invention la quenelle ! 

    P.S. Qui plus est, je me suis permis de la renouveler au sujet de la fête des voisins recommandée au nom de l'islam par une femme au nom français qui cite 4.36 en remplaçant "les esclaves", pour ceux à qui faire du bien, par "ceux qui sont en possession par voie légale" (ce qui est le comble du cynisme). 

    http://www.saphirnews.com/Fete-des-voisins-de-l-importance-du-voisinage-en-islam_a22430.html

    Je massacre la dame avec délicatesse en citant 4.34 ("frappez les", les femmes) et 4.37 (le châtiment avilissant pour les mécréants, j'en tremble encore). 

    Combien de temps encore pourrais je continuer de me foutre de la gueule de ces crétins ? Autant que Dieu voudra ! 

     

    21 Juin 2016: Dieudonné condamné en appel pour avoir dit qu'il se sentait "charlie coulibaly". Honte aux scandaleux crétins qui judiciarisent les plaisanteries qui nous font rire: mort aux cons ! 

  • La chaîne des blocs

    Il est assez difficile de comprendre comment marche vraiment la chaîne des blocs, et j'avoue, au moment où je commence cette explication, ne pas y être encore arrivé. 

    On passera rapidement sur le mot clé ("bit coin") qui fait comprendre en deux mots la chose (ah oui!). Une monnaie artificielle, inventée par un japonais anonyme. Il parait qu'on pourrait s'en servir pour ubériser uber. Bref le brouillard complet. Comment diable cela peut il marcher ? 

    On va donc commencer par introduire des "blocs de compréhension" et après les avoir compris, on les chainera entre eux, pour arriver à l'illumination.

    Une référence: l'article original, assez court et finalement très lisible:

    https://bitcoin.org/bitcoin.pdf

    Introduction

    La chaîne des blocs est décentralisée: c'est sa fonction. Elle est un objet produit par une collectivité mue par ses intérêts et globalement digne de confiance, globale et mutuelle, du fait de la mise en oeuvre d'un protocole précis.

    Idéologiquement elle est l'exemple parfait de la validité de l'idée libérale, qui énonce la possibilité d'un contrôle collectif sans autorité. Le monde peut vivre sans Dieu, prophète ou soviet suprême, simplement en échangeant de l'information suivant certaines règles. Ces règles sont à la fois globales et locales.

    Globales car, universelles et connues de tous, à accepter suivant un principe de confiance mais aussi de respect de l'existant connu de tous, c'est à dire de ce qu'on appelle l'autorité au sens strict.

    Locales car appliquées par chaque individu sans concertation ni obéissance à une synchronisation venue d'ailleurs. Un texte formel appliqué qui suffit à générer sans intention bonne ni intervention d'un pouvoir magique, le souhaitable et donc le bien. 

    Cette décentralisation absolue de la confiance est la mort du "tiers de confiance" ultime justification de la nécessité d'une centralité agissante dans l'ordre du monde. Nous étions sans Dieu, nous voilà sans notaire. Alors que le fonctionnement même de l'Internet, réseau d'acteurs anonymes sans savoir ni responsabilité qui permet et d'ailleurs rend possible la communication universelle, était déjà une exemple du concept, nous avons ici la couche d'après, celle qui instaure non pas seulement la liaison, mais la confiance entre les hommes. Je te crois parce que c'est prouvé mathématiquement. Merci Satoshi Nakamoto. 

    La hache

    D'abord une technique classique, consubstantielle à la pratique de la belle pensée nommée informatique: le hachage.  Le mot français pour exprimer la signification anglaise (ou anglo-saxonne) est parfaitement adapté: l'algorithme en question consiste effectivement à couper des cheveux en quatre puis de les mélanger et de recommencer un certain nombre de fois. Le caractère "dièze" (#) pourrait être appelé "hachis" tant il exprime l'opération fondamentale de découpage systématique qui consiste à transformer une chose en un magma d'apparence hasardeux et dont personne ne peut rien faire. Car il faut le dire, et cela n'est pas évident, on ne peut inverser l'algorithme: à partir d'un hachis donné, le nombre d'objets susceptibles d'être hachés en ce hachis de la manière dont on hache est bien trop grand... Par contre, l'application du hachage à un objet est fait assez vite et on peut donc vérifier la validité d'un hachis. Un calcul peut ainsi être unidirectionnel. Non pas NOWAY, mais ONE WAY.

    Hacher pour travailler

    Ensuite une autre technique classique pour éviter les attaques par saturation d'un service donné: on fait faire au client du service une opération protocolaire assez courte, d'une durée équivalente à celle mise en oeuvre par le serveur lors de la consommation du service. Ce travail supplémentaire, qui passe inaperçu, permet d'éviter que le client ne demande trop souvent le service en question: il se retrouverait alors en charge d'un travail équivalent à celui du serveur. Une attaque par saturation, ainsi, se saturerait elle même. 

    Le travail à faire, assez basique, consiste à consommer bêtement de la puissance de calcul en calculant des hachages de nombres successifs jusqu'à ce que le résultat commence par un certain nombre de zéros. Cela arrive fatalement au bout d'un certain temps, merci à l'ensemble des entiers naturels (mais qui a donc pu inventer un truc pareil?).

    En fait on hache la concaténation de la date, de son nom et de l'entier à incrémenter.  Le nombre de zéros qui décide de la fin du travail est choisi suivant la charge du serveur, qui peut ainsi décider à loisir de charger son client, voire de le saturer, un nombre de zéros requis trop important pouvant plonger l'attaquant dans des réflexions qui peuvent devenir éternelles (ou assez proche de) et ça se calcule. 

    Toute les théories des nombres disponibles actuellement garantissent (et sinon, soyez en sur, cela se saurait) qu'il est absolument impossible de faire mieux que des essais successifs pour réaliser la tâche en question. Un tel système est nommé une "preuve de travail": lorsqu'à partir d'une donnée donnée un impétrant exhibe le nombre de zéros, ce qui se vérifie instantanément, on peut être sur qu'il a fait un effort statistiquement proportionnel (enfin presque, en relation exponentielle plutôt) au nombre de zéros demandé. 

    On notera au passage la merveilleuse caractéristique, propre à toutes les théories de la complexité, et qui est la différence entre réalisation et vérification d'un travail: l'une peut être effroyablement difficile, c'est à dire fastidieuse et surtout longue, l'autre est instantanée. Quelle injustice ! Alors qu'il suffirait de "deviner" puis de vérifier pour résoudre tous les problèmes du monde... 

    Les clés publiques et privées

    On passera rapidement sur les couples indissolubles des clés publiques et privées générées simultanément de manière à ce que symétriquement (alors que ce cryptage là est qualifié de d'asymétrique) tout ce qui encodé par l'une soit décodé par l'autre. Imparable mais relativement lent à coder et à décoder, ce système merveilleux maintient nécessaire toutefois les encodages dit symétriques, eux même hélas régulièrement défoncés par la guerre continuelle du glaive et du bouclier, la dernière victoire du glaive datant de Janvier 2016, et elle s'appelle SLOTH. 

    Au passage, combien de gens ont réalisé que le petit cadenas qui nous protège si souvent sur le web est affiché après consultation d'un certificat qui contient une clé publique, utilisée pour encrypter dissymétriquement un code secret tiré au hasard utilisé pour encrypter cette fois symétriquement toutes les photos qu'on reçoit ? 

    Au passage on notera que les systèmes d'encryption "symétriques" (on décode avec la clé d'encodage) sont toujours fragiles, attaqués et remplacés en permanence. Un exemple extraordinaire de cette fragilité est celui qui conduisit à réétudier spécifiquement la spec de HTTP/2: la compression des données rendait le chiffrement de l'ensemble attaquable par le célèbre CRIME, ce qui imposa l'introduction de HPACK qui s'en défend...

    Une pièce

    La plus belle définition d'un "objet" qui soit est qu'il est la suite ordonnée de ses possesseurs, chaque maillon de la chaîne pouvant être qualifié de transaction, car identifiant les deux propriétaires, l'ancien et le nouveau. Ce qui qualifie l'existence (objective) se trouve ainsi une suite de possessions. 

    L'encodage de cela est relativement simple, il suffit que chaque maillon soit le hachage du maillon précédent, de son addition avec la clé publique du destinataire, le tout encrypté par la clé privée du donateur, et signé par la clé publique de celui ci. 

    On rappellera brièvement la notion de signature d'un texte, qui prouve l'identité de son auteur: elle est formée de la concaténation de 3 entités: le texte en clair, le texte hashé sur une taille raisonnable encodé par la clé privée de son auteur, et la clé publique de l'auteur, qui sert à l'identifier  lui. Qui sert aussi à décoder le hash encodé, dont on vérife qu'il hashe bien le texte: seul le possesseur de la clé privée a pu produire ce truc. A vous de faire confiance à celui qui possède la clé publique, un voleur peut être, c'est à vous d'évaluer la chose. 

    L'objet ainsi constitué peut être décodé par la clé publique du donateur, ce qui lui attribue le don, et vérifié par le récepteur ce qui lui attribue le don, mais cette fois dans l'autre sens donné du mot et dans l'autre direction de l'échange. L'accrochage à la transaction précédente suffit à identifier l'objet, lui même seul à encoder son passé. 

    Chacun de ces mystérieux objets s'appelle une pièce, ou une unité monétaire, une sorte de "sou", quelque chose d'unique qui se transmet, et qui n'est QUE ce qui s'est transmis dans la durée, de l'"argent" donc, car seul le rond de métal marqué a aussi cette propriété.

    On a donc les deux "faces" de l'argent, l'objet dur reconnaissable comme tel par les marques qu'il porte, et l'ensemble abstrait de tous ses passages de main en main représenté dans une mémoire électronique. Le plus extrême du spatial et le plus extrême du temporel et en même temps le plus pur de l'éternel et le plus fragile de l'instantané (je rêvasse).

    La chaîne

    C'est alors qu'arrive la deuxième chaîne, et oui il y en a deux, c'est pour cela qu'on nomme la vraie, la seule la "chaîne des BLOCS", un bloc étant un ensemble de transactions, c'est à dire un ensemble de maillons décrivant les différentes "pièces" en circulation. Ces blocs sont chainés, comme de juste, et de manière unique bien sur. 

    Cette chaîne est ainsi une donnée, un bloc formé de blocs chainés donc, et qui constitue toute la base de données de stockage de toutes les transactions, c'est à dire tout l'historique de toute la monnaie qu'on s'échange ainsi. Etant entièrement formée de hachages, elle est la trace unique de cette historique et donc se trouve être une représentation de la vérité de tous ces échanges. Et il ne s'agit pas de faire confiance, ici: on peut et on doit vérifier. 

    Le volume total de données dont il est question est relativement réduit: quelques dizaines de giga octets, parfaitement stockables sur une clé USB, facilement duplicables et surtout vérifiables. Du concret, du réel, du touchable. Ce qui fait que la meilleure représentation que l'on puisse se faire d'une "chaine de blocs" est celle d'un gros bloc de données répliqué à l'identique de manière sure un grand nombre de fois. Une base de données répliquée.

    Ce bloc de données est partagé par un nombre indéfinis d'individus, les "noeuds", les calculateurs, les vérifieurs, les donateurs, les récepteurs bref tous ceux qui ont un intérêt quelconque à son unicité et qui se sont mis d'accord, par le biais d'un protocole, pour décider collectivement de l'unicité de chose, surtout et c'est le fond de l'affaire, que cette chose évolue en permanence avec les blocs de transactions qu'on lui rajoute. 

    On va là se poser deux questions avant de continuer, et essayer d'y répondre. 

    D'abord qu'est ce qui décide de la véracité de l'acceptation d'une évolution de la chose (typiquement de l'ajout d'un bloc à la chaîne) ? Ensuite qu'est ce qui décide de l'unicité de la chose constituée à un moment donné ?

    Les blocs 

    On va commencer par l'ajout de blocs. Il faut résoudre deux problèmes. D'abord, on doit décider de qui parmi une collectivité donnée peut avoir la responsabilité d'ajouter le prochain bloc à la chaîne. Ensuite, on doit informer tout le monde du résultat de la décision. 

    On passera sur qui détermine le contenu de chaque bloc. Il y a de multiples manières d'en décider et puis je n'ai pas le temps de vérifier. Disons que c'est le gagnant de l'élection organisée pour ajouter le prochain bloc. 

    Election: il faut décider de un parmi beaucoup. La technique est celle de la  "preuve de travail". Pour garantir l'absolue neutralité du choix qui ne doit être basé sur aucune caractéristique d'autorité ou de préférence, on va choisir le plus chanceux d'un tirage au sort qui ne sera pas centralisé : celui qui aura trouvé le premier la réponse à une question difficile connue de tous qu'on ne peut résoudre que par hasard...

    Chaque intervenant (qui veut) va donc chercher à ajouter un bloc à la chaîne et se tenir informé du succès des autres.  Pour cela il cherche un hash qui commence par un nombre de zéro donnés. Si un pair réussit, on met de coté son propre calcul et on en recommence un autre, à partir du dernier succès. Naturellement, on vérifie (et on en a les moyens) toutes les tentatives que les calculateurs s'envoient les uns aux autres. 

    Pas besoin que tous soient connectés: un réseau "suffisant" (quelques centaines suffisent) de groupes connectés partiellement suffit à propager une chaine de blocs. A tout moment, la plus longue chaine commune est la vraie, c'est l'objet partagé, qu'on peut vérifier correct et unique. Les deux questions sont résolues, ça marche.

    Notons ici que les différents protocoles de chaines de blocs (il y en a des centaines ) se différencient suivant les méthodes de vérification protocolaires de ces questions. Combien de chaines "parallèles" peuvent évoluer avant une réconciliation, comment en décider ? Avec quel nombre de pairs doit on correspondre, certains sont ils plus respectables que d'autres, plus crédibles que d'autres ? Disons qu'il y a des techniques variées de connexion des uns aux autres, et que ces variations ont pour objet de réduire le temps de convergence de l'accord entre les pairs. 

    Les variations de ces protocoles se prouvent: elles sont de la classe des protocoles de "dissémination" dont on peut  montrer statistiquement qu'elles convergent vers le "bon" état. Ainsi, on montre qu'asymptotiquement, un attaquant ne peut réussir à insérer ses propres transactions dans une chaine qu'avec des probabilités qui tombent très vite (au bout de quelques blocs) à des valeurs trop faibles pour être représentées: cela se comprend, il faudrait pouvoir générer des "faux" blocs et pour cela miner comme un malade à une vitesse que justement le système rend bien trop élevée pour cela. A l'impossible nul n'est tenu: une fois initiée, la chaîne devient trop grande pour être changée dans un temps raisonnable et c'est sa croissance difficile qui la rend unique.  

     

    Le minage

    On ne peut éviter de décrire l'origine exacte de la monnaie ainsi utilisée. Et bien elle est crée à partir du néant de la création des blocs. Car la preuve de travail est l'origine de la création monétaire. Chaque nouveau bloc créé contient en effet une transaction (par convention la première dans le bloc), attribuant une unité monétaire nouvelle (et donc par cela même créé sous vos yeux ébahis) au créateur du bloc, libre à lui de la donner à qui il veut suivant les processus décrits et cela, toujours s'il le veut en échange de quelque chose d'autre à déterminer avec le bénéficiaire. Une faveur sexuelle par exemple, ou un joint (je rigole).

    Le processus de découverte des blocs est donc une activité à part entière, génératrice de richesses et sujet à concurrence. Il s'appelle le "minage", les créateurs de blocs étant des mineurs, dotés de pioches, casques et  muscles nécessaire au piochage frénétique dans la chair du monde.

    Les protocoles de minage font varier comme indiqué la difficulté du travail. En gros, les protocoles asservissent cette difficulté à la vitesse, mesurée collectivement, de création des blocs. Dix minutes par bloc ou dix secondes suffisent à exiger un nombre de zéros plus grand à trouver. L'effet en est immédiat et exponentiel...

    Pour expliciter la chose on a vu 3 étapes dans la difficulté imposée aux mineurs de la principale chaine de blocs en activité (cela a commencé en 2008). La première fut celle des ordinateurs individuels, la seconde celle des cartes graphiques et autres FPGA spécialisés connectés dans ces mêmes ordinateurs. Nous en sommes a des ASYC montés en chassis, opérés dans des centres de calcul gigantesques.

    Un article du monde récent (Mai 2016) parle de locaux en Suède, rafraichis par le vent polaire, où 65000 machines à circuits électroniques spécialisés (les asyc) trouvent 180 bit coins par jour à 470 euros pièce. En Juillet 2016, le protocole va doubler la difficulté de la chose... 

    Les preuves

    Il y a en fait de multiples autres problèmes de compréhension à résoudre, et qui tournent autour de la justification du fait que cela marche effectivement, et que nul ne peut détourner le système. On peut effectivement se contenter de l'affirmer, mais cela ne suffit pas, il faudrait s'en convaincre avec des "vrais" arguments et j'ai autre chose à faire.

    Qui plus est, ll y a le problème de l'efficacité de la constitution des preuves. On se doit de mentionner les fameux arbres de Merkel (inventés par la chancelière, elle mine le coin à ses moments perdus, au lieu de tricoter comme on l'imagine; dire qu'il s'agit en fait d'un nègre nommé Merkel qui a inventé ça en 1979 est un blasphème). Pour obtenir le hash d'un ensemble d'objets par exemple 2048 objets, on veut éviter d'abord de hacher la concaténation de tous les blocs. Vérifier une assertion dans le bloc supposerait de TOUT vérifier. On préfèrera donc hacher chaque objet individuellement et constituer un arbre des valeurs de hash en hachant à chaque niveau. On peut alors signer le root hash qui authentifie tous les blocs d'un coup, devenus immutables, en tout cas, prouvés mutés si c'est le cas.

    Mieux! La navigation dans un arbre de Merkel permet de vérifier UN objet à bas cout. Vérifier signifie ici s'assurer qu'un bloc contient bien la valeur 666: on hache le bon bloc et les hachages stockés dans l'arbre permettent alors de vérifier qu'on a bien la bonne information dans tout l'arbre. 

    L'intérêt

    Mais il y a aussi (et surtout)  les aspects concernant l'intérêt des uns et des autres à maintenir intact le système global. En effet, on pourrait imaginer qu'un tel collectif se défasse, par manque d'intérêt, justement ou même par lassitude. Les tenants de fortunes en cette monnaie là pourraient ainsi se trouver lésés, justifiant les qualificatifs insultants de "chaine de Ponzi" adressés à ce principe. Il faut comprendre que la réponse à cette question, en fait fondamentale pour la cohérence et la validité globale du système, introduit précisément la notion d'intérêt: les acteurs qui font fonctionner le réseau sont rétribués (de manière décentralisée) pour cela.  

    Cela signifie, que comme indiqué au tout début, il y a existence, au coeur de la définition du système, d'une fonction d'intéressement basée sur une transmission de valeur, seule manière de solidifier ce qui justifie d'ailleurs son utilisation: la possession de cette valeur. La boucle est bouclée, et l'objet entièrement cohérent, on pourrait dire "vivant", cette chose là étant et ce sera la conclusion, la plus proche imitation de la vie elle même que la formalisation informatique du monde ait pu produire.  

    Deux caractéristiques de la vie sont ainsi présentes dans cette merveille conceptuelle et technique qu'est la chaîne de blocs: l'éternité de la difficulté à se construire, garant de la confiance; et aussi la notion de désir de vivre, garant de la poursuite du processus. On glose à loisir sur l'imitation de l'intelligence humaine alors que l'imitation des processus vitaux sont bien plus importants: nous en avons un là même. Et cela est parfaitement fascinant. 

     

    P.S: à quelque jours d'un doublement de la difficulté de minage, la valeur du Bitcoin est en très forte hausse (mi juin 2016). 

    P.S: fin juin 2016 un hacker a réussit à tromper Ethereum et à voler 4M ethers soit 40 ME. Fin Juillet Ethereum a procédé à un "hard fork" de la chaine de blocs pour annuler ces transactions. Mais certains le refusèrent: il existe donc toujours un Ethereum "classic" qui continue, après avoir entériné les transactions frauduleuses.

    https://www.ethereum-france.com/the-dao-retour-sur-12-tres-longues-heures/

     P.S: Novembre 2017. Le bit coin passe les 10 000 dollars. 

    Au fait, il ne peut y avoir plus de 21 M de Bitcoin (le prix d'un bloc diminue de moitié tous les 510 000). Ce nombre devrait être atteint en 2033. Après moi le déluge. En fait, une fois la limite dépassée, les mineurs et donc les créateurs de blocs seront uniquement rémunérés à la transaction. 

    P.S.: Quelques données supplémentaires. Un bloc miné de Bitcoin fait un 1MB, et est produit au bout de 10 minutes.

  • Bach et les impôts

    La vogue de la musique de Bach est incontestable et justifiée, au combien. Pour ce qui concerne les cantates, plusieurs intégrales des 200 merveilleuses pièces furent enregistrées depuis 30 ans. Toutes merveilleuses, subtilement différentes, avec ou sans voix d'enfants, rapides ou lentes, Harnoncourt, Koopman, Suzuki, Gardiner, il faut toutes les avoir. 

    La plus récente d'entre elles, toujours en cours, est celle de la fondation Bach-Stiftung St. Gallen. Elle se donne le temps depuis 2006 pour tout jouer à raison d'une cantate par mois. Ultra moderne,  l'intégrale annonce sur Facebook et Twitter ses concerts joués tous les mois à Saint Gallen (ou Saint Gall), une ville du nord de la Suisse avec des moyens de prise de son et de vidéo tout à fait conséquents. Les CD et DVD édités sont disponibles et une plateforme de streaming offre les cantates en vidéo avec un très bon marché abonnement de un jour à un euro.

    Les interprétations et les videos des concerts sont vraiment extraordinaires. Invitant régulièrement des stars incontestées (Nuria Real, Klaus Mertens, John Holloway) mais surtout avec les mêmes violons (Renate Steinmann), le même violone (Iris Finkbeiner) et les autres que l'on reconnait, fidèles de dimanche en dimanche.

    Tous calmes attentifs, modestes concentrés, porteurs on dirait sans s'en rendre compte des incroyables et jouissives constructions baroques du vieux boche, comment peut il mettre une ambiance pareille avec une musique pareille ? En d'autres termes, comment arrivons nous à ne pas danser,  hurler et pleurer en entendant de telles choses ? Sans doute qu'il faut pour exprimer tout cela, d'abord l'intérioriser avec le calme nécessaire à la virtuosité ou à l'attention requise...

    La messe en Si fut joué ce mois de Mai là à Saint Gallen. Ca a du être gratiné, on verra la vidéo. 

    Bach-Stiftung fut fondé par son chef Rudolf Luz et aussi par un généreux mécène nommé Konrad Hummler. 

    https://www.bachstiftung.com/executive/konrad-hummler.html

    Banquier suisse, Konrad Hummler défraya la chronique à partir de mai 2008, quand il affirma dans un interview que les banques suisses n'avaient pas à vérifier la conformité avec leur fisc des avoirs étrangers présentés. 

    http://www.hebdo.ch/les-blogs/jost-ren%C3%A9-suisse-union-europ%C3%A9enne/le-banquier-hummler-labps-et-la-nzz

    Le scandale fut suffisant pour finalement causer la disparition en 2013 de la banque suisse Wegelin, fondée à Saint Gallen en 1741, (du vivant de Bach). Condamnée à des amendes énormes par la justice US qui lui reprochait d'aider des citoyens américains à frauder le fisc. 

    Considéré comme sulfureux, il signa tout de même des chroniques dont la prodigieuse: 

    http://www.bilan.ch/konrad-hummler/blockchain-une-menace-institutions-traditionnelles

    Re-expression non coupable de la possibilité par la confiance et le secret absolu de l'absence d'intermédiaires de vivre libre à l'écart de la spoliation par les impôts des états. Et cela grâce à une technologie d'avant garde, par ailleurs support de nouvelles monnaies et donc en accord avec les recommandations de Friedrich Von Hayek concernant les monnaies privées.

    L'analogie de la blockchain avec la bible luthérienne transmise de mains en mains à chaque mariage et portant les noms de chaque donateur est particulièrement édifiante et jouissive, du baroque à l'état pur... 

    L'immense mérite de cette histoire est la mise en relation de toutes les techniques, de toutes les époques , de toutes les politiques, de tous les continents avec toutes les cantates de Bach. 

     

  • Les post coloniaux

    L'après colonialisme est un état du monde, qui a l'immense avantage sur le colonialisme de n'avoir ni fins ni terminaisons et donc de justifier les statuts à vie de pacifiques fonctionnaires en lutte. 

    Il faut en fait parler de "post colonialisme".

    D'abord rattaché à Franz Fanon qui fut associé à la lutte pour l'indépendance algérienne (il se déclara algérien mais mourut en 61), mais pas à la martiniquaise, ce courant de pensée s'attache à décrire la persistance des représentations coloniales dans un monde ou le colonialisme au sens strict a disparu. Les noms d'Albert Memmi et bien sur d'Edward Saïd, y sont attachés. 

    D'abord il faut remarquer que Fanon et Memmi vécurent durant la période coloniale de l'Algérie et de la Tunisie et exprimèrent mieux que personne un problème dont on pourrait croire qu'il aurait été résolu par l'indépendance de ces pays.

    Edward Saïd vécut surtout aux Etats-Unis, et son célèbre livre "l'Orientalisme" paru en 1978 reste considéré comme la véritable origine du post colonialisme, car exclusivement consacré aux représentations faite de l'orient par l'occident. 

    Tout d'abord, on doit faire état des polémiques US sur la rigueur historique et intellectuelle du livre (en particulier avec Bernard Lewis), résumées sur wikipédia en disant que sa critique des caricatures occidentales de l'orient était elle même caricaturale.  Ensuite, il faut dire que Saïd, éminent défenseur de la cause palestinienne, reconnut le droit sioniste à un état juif, et qu'il fonda avec Daniel Barenboim l'orchestre divan occidental-oriental. 

    Le reste de l'histoire est maintenant entre les mains du présent, et une nouvelle discipline universitaire, que dis je une nouvelle science se déploie sous nos yeux, instrumentalisée et au combien par les fragiles nouvelles identités d'une mondialisation en crise. 

     

    Venons en directement à l'affaire du jour: la non mixité (raciale) d'un colloque organisé à Paris dans l'enceinte d'une université. Le fameux "paroles non blanches", à ne pas confondre avec "le camp d'été décolonial".

     Un(des) scandales dont se défendent ses organisateurs en révélant (dénonçant) qu'il y a d'autres non mixités qui plus est subventionnées par la mairie de Paris, dont  la maison des femmes de Montreuil et le festival international du Film Lesbien et Féministe, exclusivement réservé aux femmes. Au passage, un appel au "droit à la non mixité" est publié par des féministes, principalement, Eric Fassin en étant signataire, on ne se refait pas.

    Au passage définissons le terme de "racisation", renvoi de personnes à leur appartenance raciale. Les racisés sont ceux qui ont subi la racisation. L'utilisation du mot affirme bien le refus du "déni de la race", considéré comme remplaçant le discours raciste, le "blanc" s'opposant à "racisé".

    C'est alors que se déploie la belle théorie généreuse (et convaincante) de l'asymétrie raciste: le racisme des blancs est domination et fait système; son inversion n'est qu'anecdotique, c'est du racisme "édenté" (Albert Memmi) qui ne fait pas système, lui. D'autre part, la classe ne supprime pas la race: l'affaire Benzema le montre, le millionnaire est racisé aussi.

    Au sujet du mot "blanc", il faut bien comprendre qu'il n'a rien à voir avec la couleur de peau, les roux étant bien sur concernés, mais pas les arabes et les berbères considérés eux comme racisés. Malgré les deux milles années que ceux ci passèrent à d'impitoyables razzias esclavagistes qui détruisirent tous les royaumes noirs d'Afrique, malgré la persistance contemporaine de ces pratiques et l'inconcevable racisme qu'éprouve tout ce qui se rattache à l'arabité envers le reste du monde, on ne discute pas: blanc c'est blanc et la racisation n'est qu'univoque. 

    En lien avec les fameux "indigènes de la république", nos associations sont bien en pointe aussi contre l'islamophobie, mais pas que. Car il y a la délicate question des peuples noirs, bien sur à l'oeuvre et de manière souterraine: cette division entre eux des peuples racisés est bien sur  une arme "blanche" et on s'y oppose, comme on a vu, complètement.

    Au passage on remarquera que cette petite polémique se produit à la fin du phénomène "nuit debout", qui fut, il faut bien le reconnaitre parfaitement blanc, l'expression "nuit blanche debout" n'ayant pas été employée, mais c'est tout comme.  

    Plutôt que de dénoncer la main mise des frères musulmans sur toute ces affaires, les pauvres,  sont ils vraiment responsable de tout avec ce qui agite l'AKP en ce moment? il nous faut considérer que toutes ces conceptions ont bien pour objet de parler des identités personnelles dans un monde à la fois unitaire, tout le monde vit au même endroit, en l'occurrence en Europe, et segmenté à priori par l'évidente disparité entre les histoires des peuples auxquels il faut bien se rendre compte qu'on appartient.  

    Cette question de l'histoire est centrale, et bien qu'en apparence il n'y ait rien à voir entre nos petites simagrées parisiennes est les thèses de Saïd, il y a bien en commun de l'histoire, celle qu'on peut se raconter, ou pas. 

    C'est là qu'arrive la question de la Nation, et de son maintien, menacé, dans le paysage. Car après tout, le post colonial, après les indépendances, supposerait il que les nations ont disparu et que la mondialisation doive à nouveau se déverser de part et d'autre de la méditerranée ? Franz Fanon se retournerait dans sa tombe et on referait l'empire romain, c'est la thèse de Houellebecq: ah ! Caligula ! 

    Ou bien qu'il existe plusieurs sortes de racisés, les migrants rançonnés au Maroc ne devant être indemnisés qu'après la réussite de leur passage à travers les barbelés européens seuls responsables de leurs malheurs mais aussi épreuve initiatique qui les entraine pour leur futurs Kholantha ?

    Sus aux sans papiers donc, seuls les africains ayant déjà fait souche ayant droit aux subventions de la mairie de Paris, les autres dehors: un somalien reste un national somalien, il lui faut l'assumer, comme marque de sa croissance démographique et de la fierté qu'il revendique. 

    Il nous faudrait parler aussi de la racisation en cours au maroc et en algérie, en première ligne dans l'"accueil" des population migrantes qui traversent le grand désert, et dont la couleur de peau se distingue de la leur, pardon de le rappeler. Inutile de dire que les traitements que les différents niveaux de tiers monde se réservent les uns aux autres n'ont évidemment rien à voir avec ceux dont sont injustement victimes les membres de nos associations parisiennes. 

    La théorie de l'asymétrie racisationaliste pourrait alors alors jouer, mais entre les nations et en plusieurs couches. Simplement, on se trouve alors dans des situations plus dangereuses, ou plus violentes. Il faut faire attention à ce que la communautarisation rendue incompatible avec un libéralisme maintenant nécessaire et qui va subventionner de moins en moins, ne soit plus qu'à l'origine de camps de réfugiés, par définition réductibles, dans toutes les régions du monde où ils se constituent.  Les représentants anciennement installés de ces peuples, si ils rompaient avec leur nation, pourraient alors leur être associés.  

    Quelle envolée messieurs dames ! Nos porteurs de couleurs racisées sont pourtant eux mêmes dans des fantasmes tout aussi sinistres, tout aussi tentants, et tout aussi sombres... 

     

  • Les conseils de l'Europe

    Le pluriel est de mise, je l'ignorais, et doit me le rappeler sans cesse, mais les institutions européennes sont multiples et on s'y perd un peu. En résumé on se repasse le film. 

    D'abord il y a l'Union Européenne ou disons l'Union, formée de 28 états membres, dont pourrait ne plus faire partie la Grande Bretagne dans un avenir proche, mais cela n'est pas sur.

    Rappelons que ces états sont: 

    6 : France, Allemagne,Italie,  Pays Bas,Luxembourg, Belgique 

    1: Grande Bretagne, Irlande

    2: Espagne, Portugal

    3: Suède, Danemark, Finlande

    1: Autriche 

    4: République Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Pologne

    4: Slovénie, Croatie, Roumanie, Bulgarie

    3: Estonie, Lettonie, Lituanie (du nord au sud) 

    3: Grèce Malte Chypre

     

    A Le Conseil de l'Europe.

    Commençons tout de suite par éliminer le conseil de l'Europe, qui n'a rien à voir avec l'Union, et fut fondée par un traité à Londres, est présidée par (qui l'eu cru?) Thorbjørn Jagland.  Il contrôle la fameuse CEDH (Cours Européenne des Droits de l'Homme ), et donc veut imposer la GPA, plus les langues régionales et aussi la religion musulmane, rendue obligatoire par la présence de la Turquie. 

    Il rassemble 47 pays (28 + 19) dont les pays de l'Union complétés par: 

    4 Liechtenstein, Monaco, Andorre, Saint Marin

    6 Russie, Moldavie, Georgie, Arménie, Azerbaïdjan,Ukraine

    5 Serbie, Albanie, ARYM (Macédoine), Bosnie Herzégovine, Monténégro, 

    2 Islande, Norvège, Suisse 

    1 Turquie

     

    B Les conseils de l'Union. 

    Passons ensuite au "Conseil de l'UE", au "Conseil Européen", et à la "Commission Européenne". 

    Ce sont 3 institutions dont on confond les rôles. 

    Laissons de coté la Commission, exécutif structurellement fédéraliste de l'Union, et présidé par un alcoolique luxembourgeois suspecté dans l'affaire luxleaks.

    On va donc est là c'est le scoop, (qui sait ça?) distinguer avec précision: 

     

    1) Le Conseil de l'Union Européenne, dit aussi "conseil des ministres" ou "le Conseil", et présidé à tour de rôle tous les six mois par un état de l'Union, est formé de conseils par compétences ministérielles dans dix (10) domaines d'action; par exemple ECOFIN réunit les ministres des économies et des finances. 

    A égalité avec le Parlement Européen par une procédure de codécision (il ne peut y avoir de désaccord entre les deux institutions pour adopter un texte), il exerce le pouvoir législatif. 

    Il vote à la majorité qualifiée définie par 55% des voix, d'au moins 15 états membres, et 65% de la population de l'Union. Une minorité de blocage est possible avec 4 membres. 

    Il adopte le budget de l'Union. 

    2) Le "Conseil Européen". Institué par l'Acte unique européen de 1986 (l'acte qui précéda Maastricht), et complété par  le traité Lisbonne en 2009. Il réunit les chefs d'état européens 4 fois par an pour des "sommets européens".

    Il est présidé par Donald Tusk, un polonais prénommé donald. Il intervient en matière de diplomatie et dispose d'un représentant aux affaires étrangères qui gère la PESC (Politique Etrangère et de Sécurité Commune).

    Le point important est qu'IL NEST PAS législateur. Il faut aussi noter que les présidents du conseil européen et de la commission européenne, membres du conseil européen, n'y ont pas le droit de vote !

    Disons qu'il s'agit d'une institution exécutive, représentant des souverainetés des états membres.   

    Les deux conseils sont situés au même endroit, et emploient, parait il, les mêmes fonctionnaires européens non imposés. En résumé, le "conseil" c'est les ministres, le "conseil européen" c'est les présidents.  Rien à voir. 

     

     C La Commission Européenne. 

    Elle veille à l'application des traités, exécute le budget et surtout prépare les lois à soumettre au législateur, c'est à dire au tandem formé par Conseil de l'Union et le Parlement Européen. Elle a le monopole de l'initiative législative. 

    Elle est formée de 28 commissaires nommés pour cinq ans. 

    Le président de la commission est proposé comme candidat par le Conseil Européen (les chefs d'états) statuant à la majorité qualifiée et il est ensuite élu par le parlement européen. Lors de la nomination de Jean Claude Juncker en 2014, il y eut une polémique sur la nécessité, ou non de nommer le chef du parti vainqueur. En fait le conseil européen a juste à "tenir compte" de l'élection, mais l'essentiel est que ce n'est pas le parlement qui décide du candidat. 

    Elle représente l'Union à l'extérieur sauf pour la PESC. 

     

  • Ethique et Politique

    Au hasard de mes lectures désordonnées, voici un texte de Paul Ricoeur, concernant l'économique, le politique et l'éthique. On y trouve des réflexions à avoir et tous les grands thèmes sont abordés. 

    http://www.persee.fr/doc/chris_0753-2776_1985_num_5_1_1000

    D'abord l'économique se rattache, d'après Aristote à la maison et à la coopération nécessaire à sa bonne marche. Généralisé à plus grand que cela par Hegel, on se doit de le considérer aussi aux deux niveaux différents de la société dans son ensemble et des communautés qui la constituent. 

    On en vient alors à l'Etat, qui n'est (ne serait) qu'une communauté historique particulière organisant l'économie dans son intérêt. Doté du monopole de la violence, il se doit de justifier par l'éthique à la fois la résolution des conflits et le partage du pouvoir. Il en reste distinct cependant, car collectif et violent. A la fois soustrait à la réflexion individuelle véritable, et détenteur d'une violence fondamentale. 

    C'est le propre de Marx que d'avoir inféodé le Politique à l'économique. Cela créa le totalitarisme, par conséquent, la réflexion sur le politique et l'éthique ayant été interdite... 

    En conclusion, une allusion fine à cette volonté de transformer l'éthique en force politique qu'est l'insertion du religieux, mais surtout la plus belle introduction à Weber qui soit: le politique casse l'éthique en deux, car il y a deux morales, celle de la conviction (le souhaitable) et celle de la responsabilité (le possible). 

    Adressée à des jeunes pacifistes après la 1ère guerre mondiale, l'injonction est conceptuelle: éthique et politique s'intersectent sans se confondre, et c'est tout le problème. 

    On pourrait continuer les superpositions: la conviction individuelle qui généralise ses désirs absolus s'oppose au collectif tandis que la responsabilité impose l'usage de la violence pour se défendre contre la vilainie. Ah Weber ! 

  • Super Symétrie

    Bon on passe au fondamental.

    Les ptits trucs qui nous composent se classifient suivant le modèle standard. 

    D'abord il y a les fermions et les bosons. C'est pas pareil: alors que deux fermions sont distincts au moins par une caractéristique, ce n'est pas le cas de bosons dont le rôle est en plus particulier, ils servent aux champs.  

    Parmi les fermions, il y a les quarks, les hadrons et les leptons. 

    D'abord il y a 6 quarks (prononcer kworks) : up, down, strange, charm, truth, beauty, bottom, top.

    Un hadron est un groupe de quarks, une particule sensible à l'interaction forte. C'est bien pour cela que l'accélérateur de particules géant du très européen CERN, le Large Hadron Collider (LHC) s'appelle ainsi. 

    Un hadron est soit un baryon soit un méson.

       Un baryon est formé de 3 quarks, les protons et les neutrons sont des baryons. 

       Un méson est formé d'un quark et d'un anti quark, un pion ou un kaon sont des mésons.

    Un lepton est "ponctuel" et non composé. Parmi les leptons,  l'électron et le neutrino, qui ne sentent que l'interaction faible et pas la forte car ils ne SONT PAS formés de quarks. 

    Un point sur les tailles. Un proton c'est 10-15 mètres (un quark c'est 10-20). La longueur de Planck c'est 10-35. En mètres bien sur. Il a autant de différence entre nous et un proton qu'entre un proton et Planck...  

    Au sujet de la "distance de Planck", comme la constante de Planck est une action (et pas une distance) on pourrait se poser la question de son calcul. Bon disons qu'on prend les 3 constantes G (constante de gravitation), c (vitesse de la lumière) et h (quantum d'action, constante de Planck) et on cherche la bonne dimension. 

    h: énergie * temps

    c: distance / temps

    G: énergie * distance / masse 

    Sachant bien sur que l'énergie est la masse par c au carré, 

    on trouve rapidement qu'il existe une distance égale à racine (G*h/c^3), la distance de Planck. 

    On rappellera au passage que l'action, est décrite par de Maupertuis de la sorte: 

    « L'Action est proportionnelle au produit de la masse par la vitesse et par l'espace. Maintenant, voici ce principe, si sage, si digne de l'Être suprême : lorsqu'il arrive quelque changement dans la Nature, la quantité d'Action employée pour ce changement est toujours la plus petite qu'il soit possible. »

    Une aussi magnifique définition mérite tous les éloges, et que le quantum ultime, h, en soit le plus petit granule possible montre bien l'atomisme concerne aussi les concepts, ce qui est ravissant. 

    Parmi les bosons, les photons. Les bosons servent aux interaction de champs, comme on a dit. 

    Car les champs se manifestent de manière bizarre par transformation de photons en paires d'anti particules et vice versa. C'est ce que décrivent entre autre les diagrammes de Feynmann. Les bosons intermédiaires dont par exemple les gluons qui sont les bosons de l'interaction forte.

    Les bosons de l'electro-magnétisme sont les photons, bien qu'il en faille pas oublier les bosons W-, W+ et Z de l'interaction faible, c'est à dire de la radio activité beta, en jeu tout de même de la formation des étoiles. En effet cette radio activité là désintègre des protons ou des neutrons pour donner des électrons (et des neutrinos). La fusion des noyaux atomiques concerne bien sur aussi l'interaction forte.  

    Elle permet aux leptons et aux quarks d'échanger de l'énergie et s'unifie avec l'électro magnétisme pour donner l'interaction électro faible. 

    Un point intéressant: la masse du proton est en fait formée aussi de gluons, car en plus des quarks qui le constituent et dont le poids est très inférieur (c'est ça qu'est bizarre), des paires de quarks crées en permanence par les gluons qui s'échangent doivent absolument les alourdir pour qu'ils pèsent leur poids, euh leur énergie (e=mc2).

    Le premier avertissement au sujet de ce beau modèle est que la masse n'y est pas décrite. Il faut attendre le concept de champ de Higgs, correction tardive, pour l'introduire. Le boson de Higgs, vecteur de ce champ là a fini par être découvert (en 2012), ouf. Qu'un champ pèse, voilà qui est surprenant. A part qu'il ne faut pas confondre masse et poids et que la gravitation, qui met en correspondance l'un et l'autre n'est ABSOLUMENT PAS décrite par la belle théorie que voilà... 

    Et puis, il y a la Super Symétrie (SUSY). Il s'agit d'une théorie TRES séduisante d'extension du modèle Standard, mais parfaitement non prouvée. Elle consiste à associer fermions et bosons en les échangeant, la symétrie ne changeant rien comme il se doit. Chaque granule a donc un partenaire, un symétrique. 

    Tout le monde (ou presque) est sur qu'elle est valide, avec tout un bestiaire de nouvelles particules symétriques. On n'en a trouvé aucune pour l'instant. Par exemple, le symétrique du photon, le photino est totalement inconnu. 

    Quand au neutralino, le symétrique du neutrino, et bien c'est ça la matière noire. C'est dire si on en attend la découverte avec impatience ! 

    On a cru voir au LHC au mois de décembre 2015 quelque chose, mais finalement il n'y avait rien...On continue et plein de gens espèrent un truc en 2016, je parle des gens du CERN, ceux du LHC. C'est en ce moment que ça se passe ! 

    P.S. Nous sommes au mois d'Aout 2016 et les conclusions sur les observations de la fin 2015 publiées: c'est une fluctuation statistique. A part, le boson de Higgs, on ne trouve rien... Cela pourrait vouloir dire que la super symétrie a du plomb dans l'aile. Le boson de Higgs a une masse trop faible, et le LHC pourrait ne plus servir à rien: nous sommes dans une version de l'univers ou on ne pourra plus rien prouver, les énergies nécessaires aux expériences étant inaccessibles à l'homme... Ce pessimisme là est pas mal: du genre irrémédiable.

     

     

     

  • Les religions

    Un point au sujet des définitions, mais d'abord de l'étymologie, qui désigne ce que devrait être un mot plutôt que ce qu'il est. La page de Wikipédia est exhaustive et précise. 

    D'abord Cicéron(religere), il parle de la religion comme ce qui s'oppose à la superstition, comme relecture consciencieuse des rites et pratique réfléchie et sérieuse du culte.

    Ensuite Lactance(religare)  qui insiste en dénonçant Cicéron sur la reliaison avec Dieu et rien d'autre.

    Puis Augustin qui synthétise en écartant la re liaison entre les hommes. Il parle de re-élection en transformant l'objet de la relecture: Dieu lui même. On a donc bien relation entre homme et Dieu et toutes les interprétations d'un lien entre les hommes est parfaitement "autre", c'est à dire issu d'un monde ou le divin est inaccessible et la stupide et fausse interprétation sociale omniprésente, qui identifie religion et ordre social. 

    Même si bien sur le religieux est utilisé et pensé, de manière utilitaire, comme pilier de certains ordres sociaux, il ne l'est pas dans son essence, et c'est une pensée spécifique qui produit cette identification là. Cette pensée, au mieux utilitariste, est ancienne et se trouvait être celle qui présidait à l'Empire romain, ou à la religiosité philosophique qui entourait les premiers athéismes au XVIIIème siècle. Elle est en vigueur aujourd'hui dans les cercles franc-maçons, socialistes, moralistes qui gangrènent l'espace public actuel selon moi. 

    Car le religieux catholique définitivement détruit (on en est à mettre en place son éradication à coups de procés pour pédophilie) n'est pas une libération : ses ennemis, dont un judaïsme de communauté parfaitement explicite, sont à la  manoeuvre pour le remplacer dans la conduite des âmes, et tout le monde l'affirme, il le faut. Et bien nous devons nous en passer, voilà la grande ambition spirituelle de l'hyper modernité, celle qui détruira cet empire romain là et consacrera la capacité de l'autonomie morale, hors de l'autorité des curés auto proclamés des religions décadentes de la post modernité.  

    Pour ce qui concerne la définition (et non plus l'étymologie) on peut ainsi aller plus loin. Voici la mienne: "activité rituelle dirigée vers la célébration d'un extérieur au monde".

    En font partie les francs maçonneries, l'écologie politique et le culte de la santé, la libération du cannabis et le rap, et aussi les courses à pied en foule, les marches blanches anti pédophilie et le yoga et le boycot d'Israël, mais aussi les pèlerinages à Auschwitz et le culte des anciens combattants. J'oubliais le football et bien sur l'islam. 

    Car tout le contrôle social est explicitement religieux et dans sa forme la plus obscène, mais aussi la plus cachée et donc la plus indécente. Comme si on ne pouvait parler aux foules que de cette manière, le discours aux nations et aux peuples libres n'étant plus possibles car meurtrissant trop les souffrances individuelles incommunicables qu'on doit adresser spécialement, l'abstraction symbolique étant soit disant inaccessible aux esprits. 

    Il nous faut quelque chose de nouveau, de bien plus libre que nous proposa cette andouille bigote de Nietzsche, qui affirmant la mort de Dieu admettait en le manipulant sans vergogne le concept absurde de quelque chose qui troubla son sommeil au point, d'après Girard de l'avoir rendu fou: il se prit pour le Christ, puis pour l'antéchrist, puis se fit enlever par le diable. Et bien toutes ces simagrées heurtent mon athéisme. Le concept de présence est un concept, pas l'acceptation de se faire envahir par je ne sais quel démon perse. Nietzsche et les autres, y compris Heidegger le grand nageaient dans un déisme aussi démodé que celui de Duns Scot, et encore, je me demande si celui ci n'était pas plus lucide au fond.   

    La religion suppose un grand être,  une grande signification, un grand autre au delà de tout. C'est ce qui la marque et cela dans les deux sens: quand il y a grand être, il y a religion, et vous devez en organiser les rites, les sacrifices et les déguisements. Cette belle alliance (ancienne, nouvelle, en fait éternelle, comme Dieu lui même) est une constante anthropologique.

    Formée d'un assemblage entre pratique et essence, elle ne peut être essentialisée elle même, sinon comme une signification autonome, une belle structure, qui se trouve donc prouvée mathématiquement ici comme une conséquence du principe de non contradiction. J'ai raison un point c'est tout et il vous faut en déduire toutes les conséquences, dont celle ci, j'ajouterais:  "nom de Dieu" ! 

  • Les laïcités

    Dans la lignée de la réflexion sur les communautarismes et la question de l'individu face à la société, la question de la laïcité comme concept et comme principe doit se poser. 

    D'abord l'histoire: les congrégations fermées en 1902, le débat Briand Combes, Clémenceau et les lois successives pour finir par la dernière (en 1908) et le fameux culte non cultuel (contre le "délit de messe", disait Clémenceau) , après la révolte de l'Eglise. Briand, qui géra toute l'affaire comme ministre des cultes après la démission de Combes début 1905, fit une synthèse habile, traita l'Eglise de façon "libérale", et affirme de l'Etat qu'il ne doit pas être anti religieux, qu'il ne doit pas prendre parti. 

    Ensuite un débat très actuel qui est la "renégociation de la laïcité" ou plutôt sa ré-interprétation, l'offensive idéologique en cours étant le fait des communautaristes, la guerre avec les frères faisant rage. Car là est la question, la difficile voire impossible insertion des nouvelles populations européennes en provenance d'Afrique étant le problème, celles en provenance du moyen orient étant déjà refusées, du moins par la fermeture encore toute récente de la route des balkans. 

    A ce propos donc, le mémoire http://www.archipel.uqam.ca/2412/1/M11031.pdf canadien, mais bien convaincant.

    Le concept nouveau que l'on tente d'introduire, et dieu sait si il a des partisans est décrit comme une laïcité "sociale", combattue par Marcel Gauchet et Julien Freund, c'est toute l'affaire qu'il faut décrire et comprendre. 

    Tout d'abord, le laïque est l'impartialité de l'Etat, celui ci se devant de ne pas être idéologique, mais au contraire strict, impartial, en charge précisément, de distinguer le bien du juste, le bien restant privé, comme recherche du bonheur, le juste se devant d'être gardé universel, garant de la liberté. La laïcité est donc séparation de l'Eglise et de l'Etat, de la Justice et de l'idéologie. 

    Un peu d'histoire encore: cette séparation vient de la réforme protestante, d'abord dans le monde germanique puis anglo saxon, sous la forme de l'apparition au sein du peuple d'individus en charge de leur foi personnelle et exigeant de l'Etat qu'il n'assume plus l'autorité religieuse. Bref, le contraire exact du projet musulman.

    Cette laïcité anglo saxonne, dite "sociale" est clairement issue de la base, à rebours de la française, issue du sommet avec la volonté de briser une Eglise clairement active qui venait avec Vatican I (1870) de faire sa dernière tentative historique de garder la main. Elle est (l'anglo saxonne) parfaitement établie et contribue à la paix entres les sectes, entre les communautés et c'est tout le problème.

    Car la  voix française, Rousseauiste construit l'autonomie de l'individu, de la personne, capable de participer à la volonté générale, celle de la Nation. On a alors opposition entre une laïcité politique "descendante" et une laïcité sociale "montante" qui négocie sans cesse toujours plus d'autonomie (vous remarquerez le caractère "théologique" des concepts "montants" et "descendants").

    Une petite histoire du droit naturel: il est bien connu comme ce qui s'impose de part la raison à la législation conventionnelle, mais se trouve refondé par la modernité qui substitue au cosmologique l'anthropologique: le droit naturel devient droit de l'individu. De l'hétéronomie à l'autonomie, toujours... Ce glissement de sens du droit naturel caractérise la modernité, et le considérer éclaire bien des ambiguités. 

    Un autre point est qu'il est la fameuse potentia de Spinoza: la puissance irréductible de Dieu, de la nature et de  l'homme, gage pour les marxistes de la révolution permanente, du pouvoir (puissance),  essentiel contre tout pouvoir (potestas). On notera le glissement révolutionnaire, les "pouvoirs" étant respectivement bon ou mauvais suivant qu'ils sont exercés par Négri/Badiou ou non. 

    Y a til donc une évolution inéluctable, une sorte de "progrès" dont on se doit de se décrire les caractéristiques et les assumer? . Car il y aurait là un stade suprême de la démocratie.

    Et bien pour sauter directement à la conclusion, on peut imaginer que non. Car les communautés ne sont que des tentatives de revenir à l'hétéronomie. Il n'y a de vrai progrès que par l'apparition, non de nouvelles modes, mais de nouveaux concepts et celui de la volonté générale en reste un: la seule communauté qui vaille est la nation. Cette notion n'est pas américaine: ils sont détruit toutes les nations qu'ils approchèrent et ne peuvent concevoir le double rapport au vrai et au juste, c'est à dire le concept de souveraineté qui inverse le rapport au sommet de l'Etat. Voilà ma résolution de l'aporie, qui quoiqu'on en dise, mine l'empire américain et sa transposée fédéraliste en Europe.

    Voilà précisément, donc selon moi ce qui permet un libéralisme occidental qui ne soit pas communautariste ! 

    Pour continuer les distinctions et pour bien comprendre les évolutions qu'on nous promet, il faut opposer l'Etat judiciaire et jurisprudentiel, l'Etat de souveraineté  vers celui du compromis entre intérêts. Un point marquant est que cette conception est d'origine libérale, voire libertarienne, la liberté ayant sa forme juridique. 

    Les oppositions juste/bien se trouvent donc complétées par le égal/équitable et le vrai/admis.  

     Allons encore plus loin, et appliquons de la métaphysique thomiste (où ai je pu bien trouver ça?). On a deux mises en correspondance (analogies): la participative et la proportionnelle. Si on associe laïcité avec l'autonomie, on a la laïcité politique, participative quand l'autonomie collective devient l'état, tandis que la laïcité sociale promeut la proportion entre autonomies collectives et individuelles, les souverainetés étant multiples. Ce type de conceptualisation (ce que B est à A se compare avec ce que C et à D) est splendidement structuraliste, il n'y a que des formes dans la vie. 

    Soyons concrets: il existe des conceptions de citoyenneté "différenciées" qui inclurait des droits spécifiques pour des groupes  constitués. Vérifiant bien sur qu'il n'y a pas d'oppression entre minorités ou à l'intérieur de celle ci, ce libéralisme là (Will Kymlicka par exemple), garantit l'expression individuelle, mais elle ne peut prendre consistance que depuis l'intérieur d'un groupe constitué. 

    Pour finir, la promotion d'une laïcité politique permet non pas d'équilibrer des conflits, mais de les arbitrer, le politique étant premier (l'homme est un animal politique dirait Aristote) et le conflit essentiel. C'est la thèse de Julien Freund, pour qui le politique (l'Essence de la Politique) est une essence, stable à travers toutes les cultures et qui se matérialise par la relation commandement/obéissance qui entoure un bien commun (langue, pays) délimité, exclusif des autres. Ce qui exclut tout gouvernement global, et tout multiculturalisme possible.

    Car le communautarisme n'est PAS un nationalisme: il veut exister à l'intérieur d'une nation et en profiter pour tout ce qu'il n'a pas la force de produire lui même. Il est un parasitisme (et là, ça dérape...).

    En parlant d'essence, il faut expliquer cet "essentialisme du concept" qui a le mérite de caractériser celui ci comme décrivant une constante peut être non existante en elle même, mais permanente et pensable. Freund insiste sur la question et distingue ainsi son essence, ami ou ennemie des autres, des arrangements de conciliation propre à la dialectique.

    Car il conçoit, avec Simmel, le conflit comme élément dynamisant de la société et la guerre entre les nations comme élément inévitable mais contrôlable. C'est la position de Clausewitz: la guerre ne peut être niée mais se trouve un instrument, qui peut déboucher sur la paix. Cela au contraire de la criminalisation du conflit, qui ne débouche que sur l'anéantissement ou le pouvoir impérial.  

    Pour en revenir aux laïcités, il faut bien voir que sa redéfinition comme on dit est souvent revendiquée comme ne devant pas réglementer les comportements au delà d'un minimum. Est ce à dire qu'elle ne peut être utilisée trop avant dans la guerre contre le communautarisme, ce qui serait un souci démocratique ? Ou bien qu'elle doit être renégociée en faveur de l'interprétation "sociale" ? Et bien, au moins, on sait de quoi on parle. 

  • Les justices

    Michael Sandel évoqué récemment à la radio est l'auteur d'un cours intitulé "Justice" qui en fait une star de Harvard et aussi des campus asiatiques parait il. Il est proche des "communautariens", et adversaire de Rawls.  

    Nous voilà donc dans le débat entre libéraux et les communautariens. 

    D'abord le communautarianisme: il a bien le sens qu'on lui donne quand on parle du complot frère musulman, mais aussi le sens très américain, très positif, "our community" étant typiquement ce que respecte le groupe de réacs qui entoure la petite église perdue entourée d'indiens. Mais il s'agit aussi d'un courant philosophique des années 80 dont les noms sont Sandel, Allister McIntyre, Charles Taylor, Amitai Etzioni.

    Parlons de Rawls, le "social libéral" anti utilitariste, attaché d'abord à la justice (comme équité), qui génère le bien.

    La théorie de la justice est une théorie morale déontique, ou déontologique, issu des principes Kantiens de primauté du devoir sur la vertu. 

    On part des des principes de liberté (celle ci doit être maximisée) et de différence (les inégalités doivent être minimisées). En fait, la liberté ne peut être limitée qu'en son nom propre, et les différences doivent être acceptables par tous d'une part, compatibles avec des chances égales de les combler d'autre part. L'organisation se fait alors à l'aveugle, la justice agissant derrière le voile d'ignorance qui préside aux véritables choix objectifs. 

    Parlons maintenant des communautariens, ils en veulent au sujet autonome libéral, identifié au fameux mâle blanc hétérosexuel, fiction à dénoncer, car représentant d'une communauté, justement. Le politiquement correct, la discrimination positive et le communautarisme ethnique et religieux anglo saxon est évidemment issu de ces considérations. La défense admirable de la francophonie quebecquoise aussi. C'est la fameuse loi 101, qui protège le fameux "bien commun", la langue française. Le canadien Charles Taylor, élève de Isaiah Berlin en est le héros. 

    On a ainsi le noeud ambigu qui fait tout le charme de ce débat: la défense d'un particularisme au nom de la liberté est l'argument légitime du refus de l'universalité, et donc l'aporie est constituée. Place maintenant à la pensée ! 

    ll faut bien sur citer Franz Fanon, à l'origine du post colonial, la lutte pour l'image se devant d'être violente, et on a en plus la guerre des races, plus exactement le conflit en communautarismes radicaux, gage de l'avenir pour certains. On a aussi la théorisation de l'accord communicationnel entre les communautés, le sujet se trouvant repositionné différemment, à cheval entre le je et le nous. Le concept de "radical centrism" associé à Etzioni reste fascinant, il fut associé à la volonté de "réconciliation" entre blancs et noirs dans les US des années soixante. 

    Plus philosophiquement, le communautarianisme est associé à la prévalence du bien sur le juste, la conscience du bien ne pouvant être développée que dans une collectivité dotée d'une histoire, la fameuse communauté. Celle ci  peut(doit?)  bien entendu être religieuse, à cause de la nécessité d'un au delà de l'individu pour le contrôle du "moral". On a là le communautarisme narratif, celui qui transmet les identités. On doit aussi considérer le communautarisme fonctionnel, qui décrit la constitution et le fonctionnement des communautés nécessaires.

    Deux aspects des communautés fonctionnelles doivent cependant être distingués: l'organique (la société comme corps humain, selon Jean de Salisbury), et le civique, (les "groupes" (paysans, commerçants etc) de Marsile de Padoue qui constituent le commun).

    La constitution en communautés des identités post modernes est patente dans le monde moderne, les concepts de particuliarisme collectivisé se manifestant partout, l'internet étant bien sur le lieu de ces divisions, de ces réseaux de sociétés et de communautés diverses et variées en interaction permanente. Mais il y a aussi, simultanément et on pourrait croire que c'est la même chose, les communautarismes radicaux, ceux qui peuvent se transformer en nations si on n'y prend pas garde. 

    L'opposition entre libéraux et communautaristes tient donc à une certaine conception de ce qu'on appelle le "sujet", l'individu, invention moderne, étant ce qui à la fois bouleverse les traditions et les maintient, à la fois agresseur des vieilles religions, réformateur des nouvelles et encore pour l'instant, porteur de signature et de droits particuliers. 

    Pour tout dire, et ce sera mon point de vue, le mâle blanc se doit de camper sur sa rive, avec ses femelles (ne les oublions pas) ses vieillards et ses gamins, et veiller aux agressions des barbares dont la friponnerie se renouvelle sans cesse. La voilà la pensée, et non elle ne se soumettra pas à des arguties. Communautariste donc ? Nous y voilà, il nous faudra justifier l'injuste, ah que ça m'excite ! Et bien je veux le faire en parlant des nations. 

    Car  il faut considérer que ces réflexions sont évidemment originaire des lieux ou se sont formés des ensembles nationaux complexes (Etats Unis et Canada) construits et issus d'accords du bout des lèvres entre communautés, justement, ceci après d'ailleurs l'éradication violente de certaines, et la soumission violente d'autres, manifestement, l'histoire l'a montré, incapable de parvenir aux accords nécessaires à la paix entre blancs.

    Avec les immigrations complexes mondialisées (le Canada a des musulmans) et la non résolution de la question noire, sans parler de l'apparition de la mexicaine, les amériques ont un problème et en discutent. 

    L'Europe est bien évidemment dans une situation très différente mais avec ses problèmes propres et bien sur l'incroyable diversité qui la caractérise, les attitudes britanniques et françaises étant par exemple radicalement contraires sur ces sujets. Cependant, cette Europe qui s'unit à grand peine suivant des principes en fait nouveau reste fondée sur l'essence de sa grande histoire, qui inventa la totalité de ces questions, plus la liberté, plus la technique et le reste: elle détruisit tous ses empires et finit, gage de sa vitalité inventive par se détruire elle même. Pourtant, la plupart des monuments sont là et il reste aussi, nous le voyons bien, les nations... 

    Y a t il plusieurs modèles de nation ou un seul ?  Si il y en a un seul, alors certains états ne vont bientôt ne plus être unis, à moins que, dualement, nous ne devions fédérer l'Europe. Dans le cas contraire, lequel devons nous choisir ? Ce débat là reste ouvert, il est très important et j'ai mon avis. 

     Au sujet de Sandel, il faut aussi noter que lui aussi veut dépasser le débat. La question porte sur la banalisation du choix personnel que produit la liberté libérale: elle identifie morale et préférence personnelle, tandis le communautarisme attribue la valeur du choix au nombre de ses adeptes. Le dépassement de cette opposition se fait en introduisant la liberté de conscience ! En effet, celle ci dicte le nécessaire alors que le choix libre lui, permet en principe de faire n'importe quoi. Il y a donc une liberté supplémentaire, qui n'est ni le choix individuel, ni celui de la communauté, mais celui d'une entité tierce, que l'on peut juger arbitrairement bonne: la conscience morale qui justifie toutes les "pratiques", non pas comme liberté mais comme devoir.

    Admirable solution ! Elle pose donc un fondamental à la fois dans le collectif et dans l'individuel et donne une valeur aux deux mondes. Pourtant, on n' trouve ni la nation ni la famille. Plus que jamais, entre l'individu solitaire perdu et les rouages d'une tribu, les philosophes modernes ne voient le monde qu'inacceptable, et ignorent et ne considère pas ce qui reste le fondement du monde occidental: des familles nucléaires groupées en nation. 

    Car c'est bien par là qu'on peut se sortir de tous les paradoxes, qu'il soient communautaristes ou féministes, bref dirigés contre le chef de famille citoyen: en prenant la défense de celui ci ! Car alors qu'il partage l'autorité avec la femme qu'il se doit de respecter s'il veut que celle ci puisse apprendre à lire aux moutards, et qu'il se doit donc de lui accorder le droit de vote pour qu'elle en parle avec respect, il lui faut aussi affirmer sa puissance face aux autres ménages, et refuser d'abriter les cousins éloignés célibataires au nom des exigences sociales organisées par quelques curés ou caïds tribaux.

    Il n'y a point de communautés ! 

     

     

  • Le professeur et les élèves

    Traité de "professeur" à plusieurs reprises, considéré insupportable, honni par les moralistes naïfs, prêtant le flanc à l'accusation de fanatique du fait de ma révolte contre les plus absurdes conneries considérées modérées ici et là, je me dois de m'expliquer. Et de prendre des exemples. 

    Le libéralisme, tel que considéré par certains, est une idéologie. Dans le sens qu'il est complet, cohérent et universel. S'appliquant aux monopoles, il se doit de les interdire et de les rejeter: si la concurrence construit de par les interactions libres un monopole de la production et de la vente, et bien il faut le détruire: la concurrence libre est faussée, et le système en péril. ATT delenda est.

    Il existe un deuxième cas où l'interventionnisme paradoxal est nécessaire: celui du travail au noir, mais avec  une incertitude, car on ne sait pas si l'universalité nécessite la suppression des frontières, qui empêchent l'universalisation de la loi sociale la plus avantageuse, ou bien l'interdiction de celles ci, l'appel d'air suscitant partout des voyages injustifiés. Mais cela a pour inconvénient d'instaurer le protectionnisme, ce qui est inadmissible.

    Nous voyons donc ici les limites de l'idéologie, ou plutôt son aporie, des principes généraux se trouvant très vite, de fait en contradiction avec le bon sens, la réalité et la nature des choses. Mon exemple du libéralisme était bien entendu intentionnel. Des paradoxes similaires et d'ailleurs exactement semblables, pour ne pas dire identiques (le pléonasme peut accompagner la répétition), s'appliquant à cette question de la loi sociale, considérée partout comme le centre de toute réflexion adulte sur le monde, la pauvreté inadmissible se devant d'être immédiatement réduite, toute réticence à la chose (la compensation sans limites par des impôts qu'il faut augmenter d'urgence), pleurée, que dis je, condamnée. C'est comme cela qu'ils s'en sortent, la question du prof étant évacuée par l'éthique, et le paradoxe poursuivi pour racisme, que dis je exclu de la raison. 

    Toute adhésion à ces principes se devrait d'être poussée à la réflexion. Et bien la remarque, insupportable, qualifie le messager d'insupportable donneur de leçons. Et bien la plupart des personnes adultes, exprimant en société des avis politiques apparemment réfléchis se trouvent soumis à cette critique sans donner l'impression d'y avoir été préparés. Aiguillonnés gentiment, ils se livrent en masse au soupir, à la pitié et à la pédagogie d'adultes d'âges comparables, qui se mordent intérieurement les génitoires d'avoir à se retenir d'exploser de colère devant tant de conneries. D'ailleurs parfois ils s'y livrent, à la colère. 

    Pour continuer dans l'exaspération pour l'autre sujet qui fâche, allons nous promener sur les rivages du racisme et de la détestation de la grande religion de paix, qui consiste à considérer un ennemi global nommé "islam" (pourquoi pas bébert?) et à l'assimiler (le mot lui même, ce qu'il désigne restant inconnu) à tout ce qu'on peut imaginer de négatif, de violent et j'en passe. On pourrait bien sur tenter de caractériser la religion, sa théologie, ses variantes et exprimer à ce sujet, en plus de la détestation des religions en général certaines vérités bien senties sur les aspects plus que religieux (plus politiques, plus superstitieux) de cette religion là. 

    On pourrait voir entendre parler de culture, d'histoire et des cul de sac historiques dues aux colonisations variées, la dénonciation de la colonisation mongole pouvant motiver un authentique tiers mondisme, bref, l'histoire et toutes ses variantes, toutes ses richesses s'offre à nous. L'islam fut historique et en hérite ses aspects.

    On pourrait parler des actions historiques du temps présent menées par des puissances politiques et militaires en activité. De leurs exactions et de leur complices, de la résistance concrète qu'on pourrait leur apporter, des actions guerrières ou diplomatiques à mener. On pourrait élaborer sur des guerres idéologiques à poursuivre, des propagandes à dénoncer, des interprétations de l'actualité à repousser. On pourrait nommer les organisations adversaires, leurs supports, leurs alliés, leur journaux et leur ennemis. 

    Et bien non, pour la gauche, il n'y a que la misère du monde, unique source du mal, le racisme étant mauvais, marque de la domination du méchant blanc, seul coupable de l'invasion de l'Irak par Bush. Défenseur impie d'Israël, comble de la finance internationale militarisée, il est le mal, la seule solution étant, en plus de la lecture de Céline, de plonger dans la spiritualité soufie qui d'un seul coup résout le  problème du matérialisme occidental et permet de s'unifier la grande religion morale du bouddhisme mondialisé qui s'impose à tous. 

    De plus, la droite et sa droite aussi, se roule dans son pétainisme confus. Lecteurs de Céline, tolérants envers l'homosexualité que manifestent des cryptos gaullistes adepte du non aux référendums contre l'Europe, haineux d'un simple mot, ils attendent avec impatience le prochain attentat pour flipper davantage au sujet des centaines de mollenbeck que leur révèle un franc maçon du chnord, ministre socialiste en exercice. 

    De questions, point, d'intérêt pour quoique ce soit, aucun, de savoir, pas. La connerie, à perte de vue et tous ces points de vues, qui partagent de manière enchevêtrée les divers tics, manies et légendes urbaines des classes moyennes goinfrées de télévision. 

    C'est le destin des profs que de composer plus ou moins avec cette ignorance là. Profs ou martiens issus des rivages inconnus de la solitude qu'on éprouve face à l'étrange, à la convenance, l'insincérité ou la bêtise ? 

  • Juppé et Fillon

    La campagne pour les primaires a commencé et on peut déjà faire un état des lieux sur le seul débat qui vaille, celui qui oppose Juppé et Fillon. Nicolas Sarkozy n'est déjà plus dans la course, et son rôle, tout comme sa personne d'ailleurs, est maintenant secondaire et décoratif. Ne parlons pas des autres candidats: ce sont des faire valoir.

    La personne d'Alain Juppé est intéressante: détendu et un peu hautain, il exprime une satisfaction de lui même permanente qui est extraordinairement agaçante. Cette morgue guindée, dotée du petit accent bordelais qui caractérise la manière bourgeoise d'être proche du peuple en province, sera responsable de plongées dans les abimes des sondages d'opinion dès qu'il sera élu. Condamné et soupirant encore de cela, il l'assume sans culpabilité ni regrets, et se sent capable d'exercer ce à quoi il aspire depuis toujours, et qui lui convient bien, les sondages actuels le disent. 

    Il s'exprimait aujourd'hui sur sa politique de la culture. En charge des valeurs attaquées par le fanatisme, elle est une réponse, histoire, création, patrimoine (quoi d'autre comme directions dans l'administration du ministère?), un plan "ambitieux" doit être mis en oeuvre, mais le budget ne doit pas forcément être augmenté, l'Europe ayant elle tout l'argent. Bref, un mélange que l'on peut qualifier d'habituel entre le discours lénifiant sur les valeurs, l'ambiguité financière prudente et l'appel final à l'Europe pour évoquer l'avenir. Le placement de la relation valeurs/culture avec l'actualité marquée par le terrorisme qu'il convient de combattre de la sorte évoque la sentimentalité religieuse du temps: le mal se combat par l'émotion contrôlée, et Juppé se positionne parfaitement dans un exercice obligé, typique. Ca marche à Bordeaux, le Berlin de la gauche d'Aquitaine, ça marchera partout. 

    Au passage, on bloquera des sites internets, les pédophiles valant les islamistes, cela déradicalisera, et d'autre part, il faut le noter, Juppé le redit encore, un imam, celui de Bordeaux, sera en charge de cela, les musulmans étant bien sur "crédibles" (sic) pour lutter contre le djihadisme. Le poncif absurde naïf, déjà partout contredit par l'évidence et la lecture des sites internets qu'on ne bloque pas encore: membre de l'UOIF, Tarek Obrou est parfaitement ambigu, parfaitement communautariste, parfaitement mielleux et ne mérite pas ces honneurs. Juppé, un maire qui sous traite au privé la gestion de certains territoires ? Partisan, comme la tentation existe chez les républicains (c'est aussi la position de Lemaire) de l'abandon du recrutement de fonctionnaires territoriaux, cela est logique. 

    "Je l'ai dit dès le départ": un coup politique que cette réforme de la constitution. Juppé, la première semaine de Janvier était prêt à voter la réforme dans l'état. En fait, il changea d'avis et ne fut avec Fillon, dans la dénonciation de l'inutilité de la réforme que courant février, et il est vrai avec une énergie qui n'alla pas jusqu'à écorner les sondages en sa faveur.

    Fillon organisa la guerre contre la manipulation et du accepter tout en refusant le principe un sinistre contre vote que certains à gauche osent, les misérables, mal qualifier, et hélas à raison. La défaite conjointe de Hollande et de Valls (celui ci du mouiller sa chemise sur son temps de loisir avant qu'on ne l'abandonne en rase campagne) est lamentable et honteuse, presque incroyable et en tout cas jamais vue sous la Vème république. Leur discrédit et leur humiliation est affreuse: elle fut due à la constance et à la méchanceté d'un homme d'Etat, jugé jusque là timide et velléitaire: François Fillon. 

    Il y eut des éclats de voix au bureau politique des républicains: Nicolas Sarkozy avait pris en solitaire (un chef ça prend des initiatives) la décision de négocier la réforme constitutionnelle directement avec son successeur, et Fillon s'opposa frontalement à la chose, qui malgré quelques délires en salle des fêtes ne fut pas revendiquée outre mesure, les mises en examen se succédant trop. L'échec de Hollande et aussi celle de cette négociation là, qui ruine tout autant les carrières de deux petits hommes, inconscients des enjeux, sans honneur ni intelligence. 

    Pour conclure, rappelons les propos de Manuel Valls, qui déplore (comme son maitre) une manoeuvre politicienne et qui se plaint "collectivement, de ne pas avoir été à la hauteur". Tout cela pour se faire traiter, par Fillon, de "petit manoeuvrier sans envergure". La honte est bue, la misère complète. Ces gens là sont ce qu'ils sont. 

    Fillon déroule son programme depuis deux ans, et renouvelle régulièrement, avec une constance et une pugnacité qui s'accroit insensiblement, les arguments, les anecdotes, les réflexions. Il a dores et déjà mis sur la table un ensemble de choses qui elles aussi ne furent jamais vues depuis le début de la Vème république. Une réorganisation complète des territoires, de l'économie, et de la fonction publique de la France. Allez y voir.

    D'abord le constat: la situation devient dangereuse et la France amorce un déclin irrémédiable, de longue durée, dont tous les éléments, connus, se manifestent déjà. Une occasion unique se présente pour le réaliser et pour réagir de manière puissante, brutale, à la Française. Il s'agit de rompre avec les habitudes et de se remettre en selle, dans tous les domaines en même temps en marquant de façon nette la différence avec l'avant. Une "rupture", une "révolution" ? S'il arrive à faire ce qu'il dit, cela en sera une... Cela a le mérite de la clarté, de la force et du culot. Pourtant, l'homme reste le bourgeois sarthois qu'il se flatte d'être, il fut seguiniste, premier ministre, a toutes les apparences de la mesure et semble en tout réfléchi et prudent. Il est même catholique pratiquant ! 

    Commençant par les territoires. Comme prévu, et comme décrit par tout le monde, la réforme des régions de Hollande rend maintenant incontournable les départements, qui du fait de la taille des régions les rend définitivement intouchables.

    Que dit Juppé ? Qu'il serait déraisonnable, malgré l'incontestable nocivité de la chose, d'y toucher à nouveau, voire que cela serait une folie, décrédibilisant ses possibles auteurs. 

    Que dit Fillon ? Que la réforme sera abolie instantanément dés son arrivée, et la fusion des régions (celles d'avant) et des département évidemment nécessaire, souhaitable, voire indispensable au reste de la réforme de la France immédiatement instaurée, bien sur après un référendum qui traitera aussi d'autres questions (voir le programme).

    Cette opposition frontale et définitive sur un point fondamental de la catastrophe gestionnaire des années 2012/2017 résumera tout cet article. En tête des sondages et de toutes les popularités, Alain Juppé est porteur d'une inactivité que ne compense pas la préparation toujours en cours de son programme économique par des experts. Pour l'instant, des périphrases en interview, la suppression de l'ISF, plus quelque chose sur les 35 heures et la dégressivité des allocations chômage. On verra donc sa popularité quand les propositions économiques seront publiées, ce sera au printemps, c'est bientôt. 

    Juppé est porteur de "la théorie de la goutte d'eau": il ne faut pas l'ajouter pour bloquer la France et il l'a vécu, il sait de quoi il parle. Malgré bien des efforts et d'ailleurs des réussites, il restera, avec Chirac qui l'ordonna, le réformateur de l'abandon devant la rue. L'occasion unique de briser la CGT et la gauche à la Noël 95 qui le tua fut ratée pour toujours: vingt ans de perdus, qui s'achèvent dans la rue d'ailleurs comme d'habitude, par un abandon à venir pour cent fois plus dérisoire.  

    Par contre, il ne cesse jamais de parler de réformes, au sens normal: des changements de fonctionnement par touches sur les différents sujets. Pourquoi exactement ? Parce que. Coordonné par Dominique Perben, avec Hervé Gaymard en charge de l'économie, ces charismatiques (tu parles) organisateurs peaufinent ce qui s'appelle un ragout. Décision par décision, tout ce qui est édicté depuis en haut est ce qu'il faut faire, voilà mes décisions.

    Un pacte avec l'islam ? Voilà où j'en suis. A prendre ou à laisser, alors que le sujet, qui n'est pas traité, c'est le moins qu'on puisse dire, va soulever bien des interrogations... Tout à l'avenant. Un catalogue, chaque ligne, réfléchie, et mesurée par le bon sens du bordelais (il a encore les capacités intellectuelles de tout lire) valant contrat au sens traditionnel de la manière dont le pays est gouverné depuis trente ans. A l'aveugle. 

    Pour fixer la sauce, un concept "l'identité heureuse", sensée (nous ne sommes pas des communicants) donner à l'ensemble la cohérence et la ligne de fuite qu'il n'a, désolé, aucunement. 

    Nous sommes à la veille de l'ouverture du débat. Il se déroulera bientôt, mais surtout à l'automne, bien sur, l'été 2016 devant être le dernier que la France passera à la plage, avant que la nécessité de la réforme brutale n'amène les violences à venir de 2017. Il y aura bien sur à régler son compte à Sarkozy, mais cela ne sera que broutilles, car la puissance de la nécessité de réagir va bientôt enflammer les esprits, du moins c'est ce que je crois. 

    L'élection met en jeu, bien plus que l'union nationale, tous les sentiments contradictoires et opposés que les français ont d'eux mêmes et de leur pays. Pour l'instant, ils se tâtent en bouffant, toujours ça qu'ils n'auront pas. Nous allons regretter la période en cours. 

    "Je ne suis pas le candidat de l'arrogance, je ne suis pas celui du consensus, je suis venu pour sérieusement casser la baraque pour la reconstruire  autrement". Ca, ce n'est pas du Juppé. 

      

  • Les déismes

    Dans un domaine où règne forcément l'indéterminé, il est surprenant de voir que finalement les choses tournent en rond, comme si elle n'arrivaient pas, justement à décoller vers le grand ciel promis. 

    Je voudrais donc ici considérer la possibilité d'une "manière de voir" qui donne un sens différent à quelque que bien des gens s'obstinent à ne considérer que d'une seule manière. La question des déismes s'applique particulièrement bien à la chose, voire en est la définition quasiment parfaite. En effet, et c'est là l'intuition, alors le cercle autour de ce sens là a (presque) toujours la forme d'un carré autour d'un inconnu qui existe d'autant plus qu'il ne se manifeste jamais, et que donc on peut caresser à loisir avec force paradoxes, finalement sans grand intérêt, on pourrait imaginer de solidifier ce mystère là, le considérer acquis et cesser de se torturer. A partir de là, le choix de l'activité la mieux à même de décrire la suite des opérations pourrait être fait tranquillement. 

    La compréhension de la créativité théologique, axée autour de la résolution de problèmes bien plus sensibles et concrets que la question d'une "existence" qui n'intéresse de fait personne, devrait être un axe de compréhension de notre histoire, voire une méthode d'accès aux mentalités du passé. Le discours "déiste" pseudo mystique, qui marqua le vingtième siècle après l'abandon complet de toute référence sociale et personnelle à la religion ancienne n'est qu'une mentalité parmi d'autres. Les déismes sont multiples, et accompagnent les époques et les situations.

    Caractérisent-t-ils l'"Homme" ? Et bien je ne le crois pas : les organisations psychologiques et sémantiques des systèmes collectifs informationnels sont trop diverses pour l'humain dépende d'un choix particulier dans cet espace là. L'humain est d'abord biologique et son espace cognitif est un lieu, un contenant, dans lequel tout est possible. 

    Bien sur il y a la question de l'occident et de sa capacité à mettre tout cela sous le microscope. Issue elle même d'une forme particulière de déisme, cette science là l'a par contre complètement détruit, comme quoi, on peut s'en passer, quoique. Mais avant d'étudier ce contenant, on pourrait d'abord regarder ce qu'il est capable de concevoir comme organisations "spirituelles"  et quel problèmes cela résoud. 

    Bien sur, c'est extrêmement présomptueux et beaucoup des thèses que ma forfanterie me suggère sont peut être totalement absurdes, mais comme je pourrais les prendre à mon compte, leurs absurdités au moins assises sur leurs possibilités, devrait les rendre au moins vraisemblables. 

    Je me souviens du refus méprisant qu'on m'adressa quand je suggérais que le rite répétitif a d'abord pour vocation de faire marcher le monde, d'en pousser la roue, comme si le soleil ne pouvait se lever sans qu'on l'y aide. La prière, la répétition de l'acte sacré n'est que la participation de l'être intelligent, ce qui en est la responsabilité, au maintien de la création en ordre de marche. L'idée, en fait extrêmement profonde, a des ramifications partout et se trouve à la base de la conscience de soi, de celle qui pousse à se lever le matin par exemple.

    Est elle totalement absurde ? Et bien pas du tout: elle est même trivialement  vraie, tout système vivant qui ne reconnait pas la répétition des actes volontaires ou involontaires qui président à sa vie, cesse ou peut cesser de vivre, ce qui pour lui, il faut le reconnaitre, arrête le monde... Celui ci trouve sa fin, on ne le redira jamais assez, à la fin de la vie de tout rameau vivant, jamais mort jusque là, et oui. 

    Le problème de donner et décorer le sens de cette répétition est ainsi trivialement l'un des buts légitimes de l'activité mentale humaine. Les solutions en sont multiples, et l'inventivité est dans ce domaine grande. Cette trivialité est  elle une explication ? Et bien l'identification au moins partielle du religieux au rite, à cette répétition là est ma théorie, la marche du monde étant identifiée à la relation au divin qui se trouve ainsi défini par l'extérieur, ce qui justifie, ordonne, permet et justifie cette répétition, qui est aussi relation: le dieu ordonne de faire, pour qu'on le fasse vivre et qu'il nous l'ordonne, ça y est ça a commencé.  

    Un autre point est la relation intellectuelle au référent ancien. Car il n'y a pas d'intellect sans croissance dans l'enfance au sein d'un monde constitué et impérieux qui, déjà là, impose ses significations, pratiques et textes sacrés eux mêmes proclamés anciens et véridiques. Les "problèmes" que l'on se trouve appelés à résoudre dans ces cadres sont concrets et dépendent des époques. Le cadre résolument moderne de la propagation de la "vraie foi" pour le salut de l'Eglise menacée par exemple, est parfaitement moderne et a remplacé complètement des questions plus anciennes qui avaient trait au salut des personnes elle mêmes, l'Eglise n'ayant à l'époque pas trop de souci à se faire. Le salut de cette église passa d'ailleurs par la question sociale enfin considérée quand on réalisa l'ampleur de la menace soviétique. Et les catholiques passèrent à gauche, et la bretagne socialiste subventionne maintenant des salafistes musulmans. 

    Cette question du salut individuel, très différente de l'image classique du simple besoin de survivre après la mort, comme d'ailleurs celui d'expliquer le monde par une puissance magique, fut très longtemps une motivation profonde des individus. L'image déformée et superstitieuse qu'on s'en fait aujourd'hui est globalement fausse (je reconnais habiller ici un épouvantail) et complètement accordée avec les besoins propres à notre époque, ou du moins à la rhétorique de défense des organisations spirituelles aujourd'hui en débandade complète.

    Dans un monde ou la "question" du surnaturel n'en était pas une, sa présence étant manifeste et admise, les questions étaient autres c'est cela le fond de l'affaire. Pourquoi tremblerais je avec Kierkegaard sur la dureté invisible du Dieu dont j'ai déjà visualisé l'absence évidente, alors que mystique, je ne cherche que la technique mentale qui me rapprochera de l'évidence, celle ci étant précisément ce qui me torture ? La question morale qui agite les existentialistes qui identifient péché originel et être là de l'humain en attente du percement du plafond du ciel, quel qu'il soit, est très différente de la présence ancienne de la mort, tellement inéluctable et fréquente, qu'elle donnait lieu à des vrais imaginaires de mondes ou elle serait abolie.

    La question de l'espérance, de la foi, du drame humain de l'homme sans Dieu et toute l'artillerie moderniste de la fin de la foi, de la mort par Auschwitz que sais je n'est que fait d'époque, tout simplement, image de l'obstination à refuser l'inéluctable qu'on invente de plus soi même au fur et à mesure de ses dénis successifs: il n'y a bien sur rien. Alors on s'invente des pauvres, comme source divine en lieu et place et il ne reste plus qu'eux, et donc que le socialisme pour régler leurs problèmes.  

    Services publics en ordre de marche, chargés de faire marcher le monde, justement, et aussi de réconforter les individus sur le sort qui les attend dans l'éternité, les Eglises et tout ce qui peut en tenir lieu étaient des organisations utiles et respectées, au service de préoccupations légitimes. Elles se sont longtemps d'ailleurs préoccupées du social, justement, mais bien sur avec les moyens techniques dont elles disposaient: sans antibiotiques ni pesticides. 

    Celles ci ont disparu sous cette forme et si d'autres thèmes, en apparence voisins, passionnent maintenant certains, et bien c'est leur problème: ils inventent quelque chose d'autres et dont on peut décrire aussi les mécanismes. 

    On pourrait dire qu'après tout, ils ne sont pas si différents des religieux, tout aussi humains, du passé. Il faudrait donc respecter, encourager, voire aider à sélectionner les différentes croyances à un religieux nécessaire qui reste vivant -sous une certaine forme- dans les coeurs des gens.

    Et bien c'est toute la question que je pose: ce qui fut détruit ne mérite pas d'être reconstruit, même autrement et surtout pas avec des idées utilitaristes au sujet de choses mues par le surnaturel, justement (qu'elle ironie que de vouloir recréer ce qui ne peut l'être doublement: du fait que c'est Dieu non humain qui le fit à l'origine, du fait qu'on n'y croit plus d'autre part). Pire, on organise les choses de manière moderne en mettant l'accent sans vergogne sur le pire de ce qui causa justement la chute des vieilles religions: l'utilité sociale et la répétition rituelle. 

    Car se manifeste aujourd'hui dans le monde un horrible mélange de morale et de rites ridicules, une infâme idéologie pseudo spirituelle dévoyée consacrée au "respect" de toutes les croyances, comme si le panthéisme greco romain était revenu, et que tout le religieux s'était dilué dans la nature à nouveau. 

    La chose est parfaitement établie: un déisme écologico-féministe à visée universaliste est présent sous nos yeux et traduit une volonté de substituer au débat démocratique l'organisation (l'expression est revendiquée) d'une "prise de conscience mondiale" rassemblant toutes les religions pour sauver une planète qui n'en peut mais. 

    De quoi devenir djihadiste, (l'idée vient spontanément à l'esprit), en fait d'en revenir à nouveau à un unique quelque chose. Bien sur on n'est alors que dans une variante kitsch du point précédent et les pouilleux barbus goinfrés de captagon qui se violent mutuellement leurs petites soeurs  restent ce qu'ils sont. 

    Non, la question c'est le passage à autre chose, et l'effort sera grand. 

    Cela veut il dire qu'il faille oublier ce qui fut pensé ou senti ? Cela au nom d'une foi qui se voudrait "nouvelle" alors qu'elle a disparu tout simplement, voilà la nouveauté. Je reconnais qu'il n'y a pas grand chose de nouveau à clamer la liberté de l'homme sans Dieu, mais justement, ceux qui le firent furent des hommes du XIXème siècle, (Dostoievski ou Nietzsche) parfaitement spiritualistes et qui crurent inventer, précisément une suite, dont on a vu les conséquences gravissimes pour le siècle d'après. Ouf c'est terminé. Alors cette fameuse liberté ? Et bien elle doit se purger de chaines qui n'ont pas disparues voilà le fond de l'affaire et ce qui justifie qu'il les faut mieux connaitre.

    Ces chaines là doivent être connues et appréciées pour ce qu'elles furent: d'abord l'arrière plan de la musique de Bach, on en reparlera, mais aussi celui de la manifestation de l'esprit du 11 janvier (jour de manif, la célébration a bien plus d'importance que les meurtres sans causes). Qu'est ce que le rituel et quels sont les problèmes intellectuels qu'il veut ou peut résoudre ? 

    Je reconnais tout à fait identifier ici pratique rituelle et réflexions solitaires sur son être spirituel. Est ce à tort ? Et bien je crois vraiment que non, c'est ma théorie: le déisme EST religieux et réciproquement: il n'y a pas de grand tout sans l'organisation de sa célébration et la défense de ses prêtres, et pas de danses sensuelles sans un oeil dans le ciel. 

    Le super athéisme que je revendique peut t il échapper aux fois et aux rites dont il reconnait l'existence ? C'est ce qu'il doit vouloir en tout cas. 

     

    P.S. La description du "convivialisme" et sa critique faite chez Finkielkraut par Jean Pierre Legoff
    est sur ce sujet particulièrement frappante.
    http://www.franceculture.fr/emissions/repliques/malaise-dans-la-democratie

    Michea et Dupuy convivialistes ? Tiens tiens...

     

  • L'intelligence artificielle

    On désigne comme telle la chose qui vient de battre un jeune champion talentueux, particulièrement agressif dit on, mais qui a tout de même battu la chose ce matin, comme quoi c'est possible. 

    Le machin (le terme "la machine" violant trop la récente journée de la femme) n'est donc pas tout à fait vainqueur. Mais après tout, est ce significatif qu'à un jeu ne nécessitant pas d'intelligence, la preuve, un dispositif automatique puisse gagner contre un humain entrainé (et dopé, je m'égare)?

    Là est la question, et pose bien des questions, quand à bien des activités auxquelles trop d'humains se sont consacrés et aliénés, le caractère d'humain ne pouvant être attribué qu'aux personnes passionnées, c'est leur droit, par ce qu'il leur paraissait, elles sont libres, digne d'intérêt ou de délassement. 

    L'intelligence artificielle, terme générique dont le sens, qui reste général et impersonnel, vient de glisser vers celui qu'on donne à un être mythique maintenant vaguement menaçant est donc en passe d'être considérée méchant(e). 

    Gare au reflux vers la dénonciation universelle des générations à venir, dégoutées par le pouvoir maléfique de ce qui les opprime déjà ! Ce que nous avons rêvé en frimant avant que l'arrobase se généralise, c'est à dire que l'on puisse s'envoyer par mail soi même, sert maintenant d'épouvantail à je ne sais quoi. Cette attitude de crainte panique, marque de l'inculture technique trop répandue est quelque chose de très bête, et qui va disparaitre sans doute du moins je l'espère, aurais je le temps de lui donner un coup de pied ? 

    La peur est celle de la grande "bifurcation" quand l'humain sera dépassé, contrôlé et remplacé, non pas par un musulman misérable et misogyne mais par un robot étincelant et pervers avec un chibre argenté comme ça. A moins que le grand remplacement ne célèbre la définitive grossesse pour autrui effectuée par d'autres, nos excitations étant conclues par des siliconées et non autonomes artefacts entièrement pilotés par la pensée de celui qui fixe leurs objectifs. 

    Ce qui fait peur est le "deep learning", un système de reconnaissance de "patterns" (formes) qui identifie des situations et les classe par ordre de valeurs suivant des échelles apprises dans des bases d'exemples très volumineuses. Dérivés des perceptrons des années cinquante, dont les inventeurs viennent à peine de mourir, ils archivent des réflexes et les retrouvent rapidement, en plusieurs couches, c'est ce qui les rend efficaces depuis peu, sans parler d'astuces supplémentaires qu'on ne peut révéler. 

    La chose fut reconnue par l'un des programmeurs d'Alpha Go: ils n'en sont "que à" ça. Une décision par classification de tout l'espace des parties, avec sans doute bien d'autres astuces et peut être une intervention humaine mais c'est de la rumeur complotiste, dont il faut s'écarter, la victoire obtenue ce matin étant inespérée.

    Il faut savoir que le geek du futur en était déjà à un "auto apprentissage", la victoire étant obtenue par autonomie complète, la machine gagnant quelque soit les règles, par simple consultation de son propre savoir. La bonne blague. 

    Le fond de l'affaire est que cette fameuse machine est d'une impitoyable, définitive et incomparable bêtise, le travail de l'humain, de plus en plus malin, de plus en plus tordu, étant de se magnifier en la programmant et je peux vous dire que c'est dur. Un point: on a longtemps glosé sur des circuit spéciaux émulant la matière biologique du cerveau.

    On en est en fait à du parallélisme strict à l'échelle (grande, voire très grande) d'algorithmes qu'il est possible de rendre assez malin pour éviter les embuches naïves à quoi porte l'incompétence des premiers regards.

    Il s'agit ainsi de programmation parfaitement symbolique, qui bien que particulièrement astucieuse et créative, exploitant au maximum les pressions osmotiques qui maintiennent rigide la boue responsable des formes de bien de paires de seins, restent toutefois dans le cadre de ce qui est convenablement castré par l'inconnaissable mathématique bien connu. 

    On pourrait parler du quantique, certes, mais pour l'instant, la vitesse de son espace de calcul multi dimensionnel n'est pas mise en oeuvre, ce sera pour la prochaine fois, le futur jeu à défier étant la composition de poèmes de rap, le dernier himalaya de la psyché. 

    Parlons du module moral que les féministes veulent rendre obligatoire dans nos futures voitures, et qui aura vocation à décider seul de foncer exclusivement sur les défilés anti femen reconnus à leur bombers mauves (n'importe quoi). Plus grave: comment empêcher un ordinateur de décider dans l'espace qu'on a bien voulu lui donner ? En édictant une constitution qui supprime le droit de vote aux être immatures ? 

    Car là est le dilemme : comment empêcher la femme de ménage d'aspirer ma carte mère ? 

     

     

    P.S. Une analyse du fonctionnement d'Alpha Go, le nouveau champion automatisé est faite ici:

    https://gogameguru.com/go-commentary-deepmind-alphago-vs-fan-hui-game-5/

  • Les théories de l'art

    Comme indiqué dans un article précédent, la discussion de au sujet de la religiosité de la musique de Bach est ouverte.

    Mais d'abord, il faut savoir que la question de la relation entre l'Art en général et la divinité est posée depuis longtemps et sous des formes distinctes qui se suivent dans l'histoire. On pourrait distinguer trois théories modernistes.

    D'abord celle du Dieu des religions qui inspire l'Art, celui ci étant une voie de communication vers celui là. On y inclut l'art romantique, dont l'objet et la représentation du réel, et donc du divin.

    Ensuite celle du modernisme qui tue ce dieu là et donc énonce l'impossibilité de la représentation, l'Art célébrant son impuissance glorieuse à voir au delà du réel brut immédiat.

    Une troisième forme, plus récente, entend maintenir un audelà, qui serait le lyrisme Heideggerien: celui d'un dieu qui "viendrait" ("der kommende Gott"  de Höderlin), au delà des dieux des religions, au delà du réel en tout cas, mais sans être surnaturel. Une sorte de dieu ultime des poètes. Son caractère "à venir" en ferait une future victime, car il faudrait le tuer lui aussi, mais autrement (intrigant non ?)

    Il y a bien sur des théories intermédiaires, la considération de l'imitation de la nature, et du plaisir qu'on en tire (Leopardi) quelque soit le caractère intrinsèque de beauté ou de laideur de l'objet vu ou représenté. L'Art serait alors un accès au vrai, une (re)production du vrai. Ce vrai étant celui du spectateur, du plaisir vrai qu'il éprouve, ou bien celui de la vérité que tous doivent éprouver, ou bien seulement certains.

    Cette vérité là se trouve furieusement romantique et subjective, à moins qu'on ne veuille accéder à une vérité non contestée, mais on se demande bien quelle équation pourrait devenir artistique, à moins que.

    Nous voilà donc revenu à Bach et au problème qu'on voulait poser. De fait, le vieux boche avait sans doute réfléchi à la question sous tous ces aspects car sa musique résume la totalité du débat: classer ses chansonnettes sous l'orbe d'une de ces théories est l'enjeu.

     Bach est qualifié de "baroque", et le fait est que ses airs n'ont pas grand chose à voir ni avec le classique, ni avec le renaissance, ni avec le romantique, ni bien sur avec le moderne, et naturellement pas avec l'ultra moderne qui n'est pas de la musique, mais c'est un autre débat.

    Un point important, il me semble est la question du rythme: issu de l'intérieur de la musique pour tout le baroque, la basse continue n'étant pas le rythme, mais son soutien, il est extérieur à la musique pour tous les airs battus de la modernité africanisée. Il faudra noter que cette africanité là est par contre post afrique bien sur, les vraies percussions traditionnelles n'ayant rien à voir, et ressortant plutôt du rythme intérieur, modulé, que nous sert en fait les dansantes antiennes recyclées par la période clé de l'histoire du monde (1600-1750).

    La suite de la musique occidentale fut de fait une longue marche vers le néant: elle disparut avec le XXème siècle, la contemplation de l'impossibilité de produire des sons harmonieux lui ayant été fatale.

    Car cette question de la danse est bien sur essentielle et se trouve justification symbolique du bruit qui la stimule, et cela dans tous les supports raisonnables de son activité. Non que la musique s'en trouve dévalorisée: son langage, réflexion suprême, est celui du mouvement, sa cause, sa justification, son origine. Car la musique est bien l'art suprême, le seul en fait, toutes les autres activités de distraction n'en étant que des formes abatardies, en tout cas secondes.

    Finissons en avec la danse: elle est évidemment causée par l'ivresse du sentiment musical, et il faut la vieillesse sommeilleuse et toussauteuse des audences des concerts de Bach pour ne pas se livrer à des débordements non classiques caractérisés. Pleurs et hurlements seraient de mise, mais la civilisation occidentale a réussi à les maitriser. Le désordre et la frénésie n'en sont que plus intérieurs, c'était le but.

    On en vient donc à la relation au divin. Il faut savoir qu'il y en a de multiples. On peut louer d'abord, et les paroles sacramentelles (le texte de la messe en si) peuvent suffire. Remarquons toutefois que quelque soit l'intensité de son approbation du credo, sa manifestation avec cette musicalité là n'est ni évidente, ni obligatoire, ni à proprement parler signifiante. On pourrait même dire (et c'est sur certains le disent) qu'elle pollue le message divin au point de le rendre secondaire, l'éclatante conviction qu'elle manifeste étant tellement liée à sa force, comme musique, qu'elle en devient autonome: "et resurrexit". A moins que. Mais quoi ? 

    De fait, il faut donc considérer qu'il y a autonomie. Impossible d'y échapper. Bach n'est PAS romantique. Qui oserait dire qu'il ne fabrique pas pourtant un mouvement irrépressible vers quelquechose qui n'est ni réel ni divin ?

    Une autre forme d'expression est l'injonction. Caractéristique de certaines cantates, elle ordonne et soumet. Une fin du monde peut se manifester, certaines punitions être exécutées, le diable dénoncé sous des appellations diverses (Ah, Bélial!), toutes plus exotiques les unes que les autres. Pourtant, ces paroles autoritaires se révèlent souvent incroyablement maniérées, et exprimées dans un langage musical dont le baroque, désolé  (sorry), en ruine le sérieux.

    Précisons l'aspect non religieux ou divin: si cela était le cas, tout le religieux y serait aspiré et Bach deviendrait Dieu: comment se contenter du grégorien dont la chiantitude, parfaitement voulue, et explicitement porteuse de ce que l'on veut dire ? Et bien parce que la musique, volontairement humiliée, est soumise à la parole du culte. Bach fait l'inverse, on devrait l'interdire.

    Pourrait on alors affirmer qu'il ressort d'une voie particulière vers l'au delà qui ne serait pas classifiée ?

    Examinons la voie moderne du nouveau dieu qui viendrait résoudre tous nos problèmes. Il serait une personne, donc et plus malin que la musique de Bach ? Ou bien ne serait-t-il qu'un audela de la personne et donc incapable de pleurer comme nous sur d'aussi magnifiques beautés ?

    Non, nous sommes dans l'humain. Cela est clair. Le divin ne peut se permettre de telles choses sans se ridiculiser. Ou bien alors il a dicté les partitions de jean sébastien (certains disent que c'est sa femme, en fait (laquelle ?)).  Dans ce cas, il faut déclarer hérétiques les gospels et bruler tous ces noirs. Non, non, nous sommes dans l'humain.

    On en vient alors aux superstitions mathématiques qu'on attache au vieux: il se serait piqué (sur le tard en  plus) de rosicrucianisme et de quadrature de cercles et ses succès mélodiques n'en serait que des retombées heureuses. Pourquoi pas, mais franchement, pourquoi diable cela est il aussi plaisant ?

    Quel homme !

     

    P.S. Johann Nikolaus Graf von La Fontaine und Harnoncourt-Unverzagt est mort ce week end.

  • Le non déisme

    Il faut bien parler du religieux en général, certains commentaires ici avaient abordé le sujet, et il est d'ampleur.

    D'abord je crois qu'il y a bien une attitude générale (celle de l'époque, de l'air du temps) qu'on pourrait trouver étrange: pour diverses raisons, liées à l'histoire, ou à la sédimentation des opinions exprimées, il semble que la question du surnaturel, cause et justification du religieux ne soit pas encore tranchée officiellement. Il resterait un doute, qui justifierait les "agnosticismes" et qui justifie les respects que l'on manifeste officiellement aux uns et aux autres: ptet ben qu'Dieu existe, on n'peut pas savoir.

    Autant le dire tout de suite, je crois qu'on peut, et c'est ce que je fais, trancher la question à la base et proclamer qu'évidemment il s'agit, non pas d'un compromis public que certains n'hésitent pas à appeler "laïcité", mais d'une position particulière inacceptable, à rebours de toutes les apparences et de tous les bons sens. Je dirais même plus, la question ne peut même pas/plus se poser.

    Y a il un complot à dénoncer?  Non, je veux simplement dire que la position en question n'est pas la bonne pour parler du religieux. Les complots sectaires sont bien sur variés et d'origines multiples, mais la question n'est pas là: on peut parler du divin et de sa considération hors de toute référence à sa possible manifestation, en se contentant simplement d'exprimer sans nuances l'évidence de sa non réalité. L'athéisme militant traditionnel dénonciateur n'est pas de mise, il n'est que complotisme et n'apporte rien. L'athéisme positif est un système de langage: si on le pratiquait bien des choses dans les appréciations changeraient de manière importante. 

    On doit et on peut ainsi affirmer plutôt un athéisme "ontologique" et en exposer les conséquences dans les représentations que l'on se fait des esprits et conceptions religieuses. Mieux, il doit être possible de comprendre et décrire le religieux en le qualifiant de manière rationnelle et en "pensant" Dieu, non pas comme une nécessité qui qualifierait de manière particulière une forme de surnaturel, mais comme une acception purement intellectuelle, une conception strictement humaine dont les effets ne sont jamais "magiques" mais toujours sociaux ou psychologiques.

    Ce refus du surnaturel va jusqu'au législatif: le dieu des philosophes voulut s'y arrêter et se constituer dans la dernière des magies, celle qui fonderait le pouvoir. Cette position là du déisme se trouve être la position américaine par exemple: elle est construite et je la veux refuser donc explicitement pour dire ce que je dis.

    Est ce enfoncer une porte  ouverte que de se placer là? Sans doute un peu, voire beaucoup, mais je maintiens qu'il n'est pas explicité en général de soutenir un tel refus "méthodologique". En permanence, trop de discours sous entendent que la croyance religieuse est rationnellement possible du fait même de son absence de prouvabilité. C'est le contraire qui est vrai, et cela doit être sous entendu sans trêve. Car les croyances ne créent pas le surnaturel, et n'en font pas une nature, cela par définition: elles n'illustrent et justifient que des comportements particuliers, que l'on doit pouvoir décrire publiquement comme incompréhensible, voire ridicules.

    Pardon de m'acharner, mais cette longue suite d'affirmations, qu'on pourrait rattacher à l'insistance musulmane de dire le contraire a bien pour objet de se défier de tendances que je juge indulgentes, voire coupables et aussi parfaitement présentes.

    Présentes par le respect: la croyance en Dieu, partiellement de l'ordre du privé, touche à l'intime. Peut on piétiner l'intime ? Si l'on compare avec le sexe, dont les pratiques privées, inconnues à priori, peuvent être très diverses, on pourrait dire qu'on ne peut ni exhiber ni imposer des pratiques qui seraient complètement respectables, ni non plus d'ailleurs imposer des pratiques qui certains pourraient légitimement juger inacceptables. La conséquence de cette protection de l'intime est que le refus de l'obscénité doit jouer dans les deux sens.

    Disons que la proclamation de la possibilité de l'existence de Dieu me parait obscène, et que la protection trop longtemps accordée à ceux qui pourraient être choqués de l'effondrement de la justification de leur morale doit maintenant être renversée. Il nous faut protéger les psychismes de nos enfants de l'affirmation de fictions dont les rêves qui s'y rattachent sont gênants. Gênants comme réalité, pas comme discours. Car l'expression est libre, et elle doit l'être plus que les religions qui elles ne sont pas des individus, mais des organismes constitués, qui n'ont pas le statut de parti politique et qui donc n'ont droit à l'expression publique qu'à certaines conditions bien précises à définir avec prudence.

    Je crois qu'il faut ici faire des allusions précises. De la même manière qu'il faut s'inquiéter des prêches sectaires en général, il faut reconnaitres que ceux cis existent dans les religions traditionnelles. Les petits gris de Stanislas en sont, et les salafistes variés qui infectent certaines banlieues aussi. Absolument rien ne justifie que l'on respecte ou considère normales ou acceptables de telles pratiques, au contraire...

    On a ainsi deux types d'utilisation pour cet athéisme ontologique. D'une part la restauration d'une possible nouvellecompréhension des religions et de leur logique et d'autre part la proclamation de l'humiliation nécessaire de tous les corps constitués en charge de leur propagation à notre époque.
     

    Car cet athéisme là n'est pas destiné qu'à la croyance, mais aussi aux religieux. Mais d'abord, il doit être humble, car le religieux est en fait partout. Déjà soit disant ruiné par l'incroyance générale, il a en fait métastasé  et je pense réellement qu'il imprègne notre monde au sens du polythéisme gréco romain: partout règnent les rites absurdes, les respects et les cultes bizarres, avec une intensité et une multiplicité à la hauteur de l'abandon des systèmes traditionnels. Cela signifie qu'il (le religieux implicite) est nécessaire, voire preuve de la nécessité des croyances, voire des dieux surnuméraires ainsi adorés ? Et bien non et c'est ce que je veux dire, mon athéisme s'addresse aussi à ceux là et il faudra l'énergie d'un prophète pour les dénoncer et détruire leurs statues !

    On se retrouve donc avec un programme, que dis je avec un système: quelle attitude humaine échappera à ce grand retour de la théorie du polythéisme ? Et bien nous le verrons.

     

     

  • Les cantates de Bach

    L'ensemble d'oeuvres musicales similaires produites par Johann Sebastian Bach sous le nom de "cantates", sous leur forme "sacrées" et "profanes" est sans aucun doute la plus extraordinaire oeuvre composite globale de l'histoire de la musique. Formée d'au moins 200 pièces identifiées (il y en a en fait bien plus, dont beaucoup d'encore inconnues sans doute), elle manifeste la plus inconcevable variété formelle, tout en restant remarquablement homogène. Un océan dans lequel on peut nager à loisir, émerveillé par ce qui s'apparente à une nature supplémentaire, un complément de la création, ou son achèvement, là je m'égare, mais l'idée y est. 

    Les cantates sont connues sous leur forme "sacrées": oeuvres jouées lors de cultes luthériens à Weimar ou Leipzig elles mettent en musique des textes à connotation religieuses, dont on pourrait interpréter le ton, le style ou la profondeur spirituelle. Cela n'est pas le propos, car il faut bien admettre que la musique qui les accompagne est d'une nature radicalement différente. On  va essayer ici d'en expliciter quelques aspects, à défaut de les identifier tous, ce qui est naturellement complètement impossible, le caractère (sur) naturel de ce déferlement étant accablant.

    Accablant au sens qu'il parait impossible d'en saisir globalement l'unité, tout comme il est impossible d'embrasser un arbre, ou une montagne. On ne peut que les escalader et revenir épuisé pour dormir enfin, soustrait aux infinies variations d'un monde qui nous dépasse complètement. 

    On ne peut ainsi à leur propos qu'évoquer des souvenirs de voyage et bien sur rester pétrifié si on doit dire ce qu'on en pense ou pire choisir celle qu'on préfère parmi toutes les petites pièces brèves. Toutes ? Non pas toutes, certaines sont pénibles, on y pleure trop. Ce sera un aspect: les larmes qui viennent subitement, que l'on ne peut reprendre en main qu'à la faveur d'un écart musical bienvenu qui survient subitement, pour distraire, voire pour faire rire, ouf. 

    On peut souligner l'importance de ce qu'il faut bien appeler la "polyphonie" : la plupart des morceaux sont formés de musiques différentes superposées qui s'appareillent harmonieusement, enfin, en apparence: en fait elles sont la plupart du temps complètement indépendantes et se taisent subitement puis repartent sans qu'on ne puisse savoir vraiment comment. Très souvent, on voit bien pourquoi: pour le plaisir qu'elles causent, mais la raison est elle vraiment celle là ? Surtout que l'ensemble est contenu dans une hiérarchie de nécessités où règnent les mêmes types de variétés à la fois répétées et donc existantes mais aussi fugitives et parfois beaucoup trop ("quel gaspillage!" se dit on parfois). Non il y a quelque chose de plus: tout ceci est spontané et n'est pas issu d'un plan, ou bien alors de celui de quelque chose qui n'est pas humain. 

    Serait il possible que mon manque de culture musicale me soumette à la magie d'un enchanteur qui à partir de quelques trucs qui se font oublier après chacune de leur apparition endort toute réflexion, toute mémoire, toute analyse ? 

    Comment se souvenir d'un "air" de Bach au point de le fredonner ? Cela est impossible: chacune de ses mélodies est un amoncellement de dix airs différents tous accordés ensemble et qui changent en permanence. On ne peut mémoriser cela que structurellement je pense, et encore: d'un endroit à l'autre les choses sont retournées, similaires en écho, mais toujours "pas pareilles", ce qui produit sans soute ce sentiment éperdu de volume, de souvenir perpétuellement déformé de quelque chose qui vient de disparaitre et qui peut être, mais ce n'est pas sur va revenir, préparez vous ! 

    Et pourtant, les choses sont claires au demeurant: nulle véritable obscurité. Au point que toute "fausse" note se détecte immédiatement. Quand il s'y met lui même, c'est merveilleusement annoncé et délicatement introduit, comme en s'excusant, puis envoyé avec énergie, et en connaissance de cause, oh combien. 

    Parlons des voix. La tradition voulait que les femmes ne chantent  pas. On avait donc des enfants, mais avec le timbre légèrement mâle du gamin, un peu gênant. Alors que les terribles émotions qu'une puissante soprano femme adulte peut transmettre sont souvent effrayantes. Pourtant il est frappant de réaliser que la musique de Bach arrive souvent à se rendre indépendante de ces formes là, comme si les différentes variétés de sa restitution n'étaient que des variantes agréables. D'où l'importance, ou bien n'en est ce que la conséquence, de l'humilité des chanteurs: ceux ci ont en concert, du moins dans les bons, une allure humble et timide qui participe grandement au spectacle, comme si on ne faisait que redire encore une fois quelque chose qui existe de toute éternité. Tu parles: la chanson de ce dimanche là, rien de plus, à dimanche prochain. 

    Revenons aux paroles des cantates: même si leur interprétation est oiseuse, et leur sens profond obscur, il est très important de les considérer comme partie intégrale de la musique. Elles en font partie, tout simplement et doivent être considérées comme telles: leur sens premier EST dans la musique et c'est le propre de l'incroyable variété de celle ci que de découper leur mots pour en éclater les sons dans toutes les volutes baroques possibles. La relation entre les sens de ces mots et ce que Bach leur fait subir est une source d'enchantement en soi. Certains effets sont incroyablement hilarants, mais au sens ou un bébé (nous) peut trouver drôle quelque chose de subit qui le distrait ou le surprend agréablement. Des rires et des pleurs à l'extérieur, mais à l'intérieur? 

    Certaines de ces paroles sont par ailleurs incroyablement émouvantes et exprimées avec souvent une grande délicatesse. Par contre aucune mièvrerie: la sentimentalité est toute entière contenue dans le face à face avec un extérieur divin parfaitement puissant. L'émotion est humaine mais destinée à quelque chose de très différent de l'humain, ou bien alors c'est l'inverse strict: comme si on en venait à éprouver les émotions de Dieu ! 

    On en finirait plus d'évoquer ces souvenirs de voyage. Vers quelles références, vers quels plaisirs passés peut on se tourner sans avoir à en vexer d'autres ? La seule chose possible sans doute, est de se saisir de l'un d'entre eux et de le jouer. Ce plaisir immense est réservé aux musiciens qui s'y livrent, qu'ils en soient remerciés, sans parler de l'auteur dont personne ne peut dire s'il est mort ou vivant pour toujours.  

     

    P.S. Il faut entamer ici une discussion qui devra avoir lieu et qui porte sur la nature du religieux dans la musique de Bach. Considérée comme évidente dans le bouquin de Gardiner, entamé après la rédaction de mon éloge, et pour commencer, bien en phase (l'absolue admiration pour le sommet absolu de toute musique possible), il me parait problématique: Bach ne peut pas, à mon sens, être religieux, ou bien alors, et ce ne peut être que la seule hypothèse disponible, il est Dieu lui même...

    P.S. Gardiner donne bien des pistes et on pourrait les énumérer. La plus émouvante: l'émotion supérieure d'un choriste de  douze ans à l'enterrement de son père, rejeton de la lignée des musiciens du roi David. La plus immature: celle d'un musicien accompli virtuose doté de l'arme atomique aux funérailles d'une jeune femme de l'âge qu'avait sa mère quand elle le laissa seul, enfant ? La plus cruelle, celle de barbe bleue, l'assassin des enfants qu'il fait chanter et qu'il engendre  par paquets de dix pour les voir tous mourir avec leurs mères ? On en peut plus de voir toutes les facettes possibles de l'humanité se succéder dans la vie du vieux boche. Là encore, il laisse un gout âcre d'infini. 

  • La différence sexuelle

    Beau sujet: elle doit être pensée d'une manière particulière car elle n'existe pas, bien sur, sauf qu'en fait...

    On a bien là quelque chose de délicat qu'on ne peut, et oui, considérer que négativement: la différence sexuelle c'est ce qu'on ne peut pas nier. Point final. A partir de là, on peut se comporter dignement et c'est le seul moyen et aussi le but du jeu, dans tous les cas. 

    D'abord on ne peut l'affirmer inconditionnellement: cela signifierait renoncer à l'égalité symbolique absolue, qui empêcherait la mère de raconter à on petit mâle son histoire sans le rendre débile: il a besoin de l'intelligence et de la respectabilité de sa mère pour ne pas se mépriser lui même. Pas de complémentarité non plus: on ne complémente pas celle avec qui on fait l'amour, on la complimente (pas mal non ? ).

    Et puis la complémentarité, cela fleure bon l'idéologie des frères musulmans, celle qui voile son complément, pour le désigner ou le cacher on ne sait pas très bien. 

    Ensuite, on ne peut l'affirmer comme décrivant des êtres de natures différentes, d'abord à cause de l'interfécondité, ensuite à cause de l'imbrication génétique, les gênes communs étant trop nombreux. Mais aussi parce qu'elle est de nature précisément, et nécessaire à elle. Sans aller trop loin dans l'analyse sémantique par jeux de mots, dire qu'il y aurait des êtres différents (hors nature donc) sur un tel substrat commun alors que la coopération dans l'être des êtres en question est absolue, historique, constitutive, essentielle car naturelle me parait tellement évident qu'une différenciation fondamentale est manifestement une absurdité, qui elle, est fondamentale et essentielle, ça c'est sur.

    Et puis cela fleure bon le féminisme lesbien autonomisé trouvant la bite étrange: la femme, archétype du futur castré serait ainsi l'avenir pacifique du monde, après le grand massacre bien sur. 

    Ensuite, on ne peut préjuger de ses choix: dans un univers virtuel conduit par les raisons et le langage, comment associer des flux d'hormones à la couleur rose pour l'éternité et ne pas voir le conventionnel derrière l'essence du genre ? Car avant de se lancer dans l'ultra moderne, il faut bien considérer qu'on ne voit pas le rapport entre la promesse hormonale de la maternité et l'extraction à la main des racines de deux. Les préférences ou l'habileté (con)génitale ne semblent pas intervenir, en tout cas, leur raison de le faire sont obscures et sans doute futiles. 

    Si on passe aux genres et à leur théories, la chose se renforce encore: même si les petites filles semblent bien différentes (tu parles) la nécessité de leur déguisement en prostituées dès l'âge de trois ans reste incertaine et on doit se rendre à l'évidence, l'essence est difficile à prendre par la taille tant le social, les affects, les imitations jouent un rôle. Il y a bien une conceptualisation difficile à mener. 

    Et puis il y a les "intersexuels": gonades déformées (parfois les hormones, il y en a trop de pas assez au mauvais moment, nous sommes chimiques) ou inverties, parfois les accoucheurs se méprennent. Qu'en dire ? Et bien évidemment tels les ornithorynques ils servent de témoins, de contre exemple et de preuves aux théories. On peut en effet en déduire qu'il n'y a pas de sexe du tout (la preuve) ou qu'il y en a de multiples (la preuve), ou même qu'on peut faire ce qu'on veut (si du moins on en donne le pouvoir au chirurgien accoucheur réparateur)... 

    Non pas que le génétique fasse tout: les déformations possibles des chromosomes, pourtant à la racine du problème, produisent des paradoxes similaires, qui n'empêchent rien, la preuve Sheila, qui reste un homme, put accoucher elle même, comme quoi tout est possible. 

    Pourtant, la méthode de reproduction qu'il faut bien pratiquer ou du moins laisser pratiquer à une certaine échelle, et cela ne lasse pas de se pratiquer, est assez ancienne, et précède dans la lente transformation des espèces toute espèce d'identification raisonnable à des ancêtres acceptables. Disons que le principe est acquis. Cela devrait suffire à en assoir le caractère inévitable; mais il y a plus que cela, il y a une question d'identité: en tant qu'être vivant on est dans la polarité et celle ci déborde toujours même si cela peut se faire de diverses manières . On ne peut la nier, c'est la thèse. 

    Dès ce moment, et comme le négatif protège, on peut renoncer à tout positivité: "la femme" peut être n'importe quoi depuis une belle pouliche aux fesses et attaches proéminentes et fines respectivement jusqu'à la vierge marie dans toute sa splendeur en passant par toutes les transverbérations qu'on veut. "L'homme" pourra se pavaner avec ses droits, la généralité de son genre et aussi la hauteur de sa musique et la bassesse de ses cochons d'appétits, bref on pourra faire ce qu'on veut et cela a bien des cotés plaisants, la liberté en cette demeure étant le fond de toutes ces affaires.

    Penser l'humanité à partir de cela peut donc se faire plus commodément, l'exclusion de toute essentialisation de la différence sexuelle permettant de se libérer de toutes les barbaries et de tous ces contraires oppressifs. 

    A t'on vraiment atteint le but fixé? L'impossibilité de nier permet à la fois de rejeter l'uniformité qu'on sait bien inadaptée, mais aussi de garder la nécessaire et digne égalité officielle tout en préservant ses petits fantasmes bien pratiques. Un point d'équilibre, si on veut mais il est vraiment unique. Ailleurs on voit pas. 

    Ainsi c'est le rejet de l'indentification d'un être à la chose qui caractérise la doctrine, et c'est bien cela que l'on affirme.

    Car il n'y a dans l'être rien de ce qui ressemble au Dieu qu'Heidegger voulait nous imposer pour nous sauver malgré nous: il n'est rien du tout et le vrai athéisme permet de faire justice de bien des nécessités. 

    A partir de là on peut aller au combat et défendre un patriarcat re-décrit convenablement qui pourrait bien ravager bien des points de vue. Car il y a dans le débat, au delà de personnes respectables, bien des connes qui prirent pour argent comptant ce qui n'était que dinette et poupées roses, hélas imposées et ingérées par ce que décrit la théorie du genre dans sa vraie acception: l'aliénation fut maintien d'une virginité trop longtemps. La fiancée enfin nue et sans voile doit être livrée à son équarisseur et la nature va parler !

    Mon langage est transparent dira-t-on, sans doute, mais c'est intentionnel, c'est pour rire. Car le culte de la défloration virile est bien opprimant aussi et tout aussi ridicule. Aujourd'hui au courant de l'inanité de bien des cultes, on peut finir le boulot et se déclarer aussi contre la parité par exemple, plus exactement contre ce culte là, celui de la femme essentielle, forme moderne et pitoyable du vieux respect barbare pour la pute vieillissante, rendez nous, pitié, notre dame ! 

    Pour faire court: on pollue l'esprit de nos filles par un féminisme de vieille ménopausée égoïste qui ne veut plus garder ses petits enfants. Et cela au nom d'un essentialisme qu'il faut combattre philosophiquement. En disant qu'on ne peut nier la différence des sexes, justement, voilà mon épée. Les femmes n'ont pas besoin de compenser leur trompeuse absence de quelque chose par une hystérie particulière: on ne peut rien leur refuser, en tout cas de ce qu'elles sont.

    Ensuite que l'homosexualité comme institution est un aspect de la chose: ce n'est pas pour rien que Taubira paya à ce point de sa personne. Le mariage, la filiation et son financement doit être coulé dans le marbre, seul moyen de continuer l'obligation de la subvention à la méchanceté, la corruption et l'égoïsme. Pour mieux renforcer la différence d'avec le reste de l'humanité d'un peuple de bourgeoises divorcées entretenues, on institutionnalisa par compensation l'abolition de la filiation paritaire. 

    Le lien parait tenu mais la chose est logique en fait: l'égalité suppose l'abolition du sexuel et donc son abolition "réelle": il faut compenser symboliquement le physique et réciproquement. D'où la subvention, le paritarisme, la garde des enfants systématique, les jetons de présence aux épouses, et le mariage homosexuel.

    L'être supérieur est donc désexué, artificiel et virtuel, du fait de son appartenance au sexe et à l'âge idéal (la femme de plus de cinquante ans). Il a deux acceptions suivant ses préférences sexuelles. Hétéro, il exige que les hommes s'occupent en groupe des enfants et du ménage que leurs fonctions directoriales les poussent à négliger, Homo, il envisage de s'en passer complètement, la sélection des embryons permettant de faire disparaitre enfin les très laides bites. 

    Et bien la doctrine s'oppose frontalement à ce déni et c'est son mérite. 

    Car l'enfant, si tant est qu'on souhaite continuer à en faire, a des droits qui sont ceux de celui qu'on a finalement renoncé à tuer,  tant son apparition est dérangeante. En particulier, il a le droit de se sentir, dans les nuits d'angoisse qui l'attendent, héritier au moins en principe des grenouilles et autres lémures qui l'on précédé. Il n'est pas symboliquement héritier d'un amour désincarné entre deux socialisations ratées, il est le produit naturel d'une aventure vivante qui le rattache au plus glaireux et au plus magnifique des efforts, celui qu'ont mené faute de technique suffisante tous les êtres vivants du dernier milliard d'années. Il n'est jamais mort grâce à cela au moment ou il entre en scène, et cela mérite le respect. Et bien attribuer cette filiation "symboliquement" à un couple qui fait semblant c'est nier ce que l'on ne peut nier: la différence sexuelle.

    Celle ci n'est pas accessoire, et subordonnée à je ne sais quel accord, amour, sauvetage, adoption qui nierait l'essentiel de l'histoire. Car il y a histoire et la réduire à une main éponge, une injection ou une vente à la découpe pour mieux en minorer l'importance est un oubli fâcheux. Oh bien sur cela est possible est ceux qui en sont issus gardent tous leur droits: raison de plus pour ne pas en rajouter, on ne peut vivre ni sans beurre ni sans argent. Il faut les plaindre et les dédommager et surtout leur permettre de revenir dans le tronc commun et d'y agir comme il sied de le faire.

    Cela inclut t il le dévoilement systématique de la vérité biologique quand on finit par apprendre que son père n'est pas son père ? Et bien non d'après moi et je pense le justifier. L'une des armes de la PMA est en effet que le secret de la vraie origine devrait être rendu public quelqu'il soit, ce qui répondrait au gout pour les grenouilles que je manifeste moi le vieux salaud et aussi permettrait, une fois remis de l'obscénité de sa conception, de continuer sa vie d'enfant de convention.

    Et bien cela est honteux et inacceptable.

    D'abord pour des raisons de pruderie, car on ne peut assimiler une pénétration éjaculatoire fertile obtenue après bien des danses sociales et sentimentales aux horribles masturbations dans des mains éponges qu'on achète à des clochards ou pire à des prostitution de clochardes qu'on va même jusqu'à obliger à pratiquer les mêmes rites obscènes. L'obscène a des limites, et l'argent du gant de toilette l'est. 

    Ensuite pour des raisons liées à la nature du lien que le compagnon de la femme qui accouche entretient avec l'enfant à naitre: il est son père -supposé-. Cette convention, et parfois cette erreur est une constante de la reproduction sexuée et structure déjà les sociétés animales. Vouloir rompre avec cela est à la fois une obscénité (on vient de le voir) mais aussi une négation de la différence sexuelle. La femelle est porteuse de l'histoire de la fécondation, à la fois socialement mais aussi du fait du rôle dissymétrique qu'elle joue  dans la chose, elle décide ou dissimule. Vouloir permettre à des coucous justifiés par de l'ADN de revendiquer leur rôle de père "biologique" et ainsi de briser des familles (il y a un fait divers récent absolument révoltant) est absolument scandaleux et infamant. Honte à la justice de mon pays qui n'en finit pas de se déshonorer à mépriser et piétiner ce qui est l'humanité.

    Au sujet des relations entre ces sexes dont on ne peut nier l'existence, il faut admettre que la différence est sujette à tout ce que le social produit quand il y a différence, d'état, de condition, de sexe: la différence des occupations. Car la polarisation des vies sur des rôles différents est alors suffisamment fréquente pour qu'on ne la trouve pas anormale. Spécialisation économique, affective, artistique, tout se différencie car on ne peut nier les différences, on l'a assez dit. Vouloir l'égalité des conditions au point d'instaurer l'interchangeabilité obligatoire est un déni: elle viole des choix personnels. Déni de ce à quoi je pense, encore et qu'il faut rappeler: on ne le peut nier.

    Qu'on me comprenne bien, c'est la polarisation qui a de la valeur, et pas l'essence de je ne sais quel male ou femelle, on l'a assez dit, l'essentiel est la différence, source d'énergie par ailleurs. Car la combinatoire des alternances et des spécialisations est assez riche pour permettre toutes les mixités. Cela s'applique à toutes les combinaisons des sexes virtuels ou réels: tous les rôles existent et doivent pouvoir s'investir à loisir: non à l'uniformité ! 

    Qu'on continue à bien me comprendre: il existe une conception dévoyée de l'égalité entre hommes et femmes, issue du siècle dernier encore marqué par la virilité symboliquement affirmée. Elle a théorisé les pires absurdités au point d'avoir introduit une inégalité supplémentaire injustifiée. Alors que la modernité et la nécessaire camaraderie due à la mixité généralisée, sans parler de la contraception, a rendu les hommes infiniment plus tolérants à l'égard de toutes les formes de l'être féminin, il existe toujours chez bien des femmes des points de vue "sexués" issus tout droit du moyen âge. Supériorité de l'être féminin, revendication permanente contre une "domination" qu'on identifie à celle du capitalisme, relativisation de la paternité, exigence absurde de la parité, féminisation des noms de fonctions contre les usages de la langue, etc etc. Produit de la différence sexuelle ces préjugés là? Certainement pas! Ils ne sont que les scories de l'histoire et celle ci passera. 

    Pourtant l'équivalent masculin a maintenant disparu et n'est remplacé que par une bienséance navrée qui se défoule au football:  le ridicule nous opprime ! Il est instrumentalisé par la démagogie politique, à droite comme à gauche, et n'est de fait qu'un culte tardif de la déesse mère, par ailleurs assumé par certains écologistes, de fait une barbarie dont tout le monde se moque. 

    On pourrait parler de la notion de "domination masculine" pont aux anes(esses) des légendes qui justifient l'oppression matriarcale. Elles s'appuient par exemple sur la petitesse des femmes, sélectionnées par les dominants qui leur volèrent leur biftecks pendant toute l'histoire. Cette stupidité est contredite par la réalité de l'évolution humaine (beaucoup d'africaines et de suédoises sont diablement (trop) grandes), qui de toutes façons n'a pas eu le temps d'agir dans la faible durée écoulée depuis l'invention de la culture, et surtout par la réalité présente: qui peut dire que l'ignoble patriarcat a sélectionné malignement la sottise des femmes qu'il affirme alors que la parfaite intelligence des femelles en démontre le contraire chaque minute?

    L'existence de l'homosexualité n'est pas un problème en soi: elle doit bien être supportée, la pauvre, depuis le temps qu'elle existe sous des formes d'ailleurs diverses, et là n'est pas la question. Même si elle a un rapport avec la sexualité et même avec les aspects de la différence entres les sexes, elle n'est pas en soi "sexuelle": qui n'a pas connu les affres de l'enfantement non voulu ou pas ne sait pas ce que c'est que le vrai sexe, celui qui produit, ou non. Le touche pipi est sexuel, mais n'a pas le gout du sang des couches, et ça lui manque. Je sais on peut entre lesbiennes jouer à cela et elles ne s'en privent pas, sans doute, mais le fait de ne pas avoir fait souffrir un véritable pauvre hétérosexuel masculin doit forcément gâter leur plaisir, du moins je me l'imagine. 

    Maintenant le sexe est aussi infertile ou malheureux et l'homosexualité n'a rien à voir là dedans: le bonheur n'est pas universel et les destins sont multiples. Il est légitime de vouloir s'accomplir en faisant des enfants. Mais cela est il un droit ? Je crois que non, un droit étant proche de la considération de la nécessité de son exercice pour tous. Or le droit de ne pas s'accomplir doit exister aussi et la liberté de ne pas avoir d'enfants sans en être diminué doit être préservé. Le droit à l'enfant médical et subventionné par la collectivité est inacceptable: la stérilité n'est pas une maladie est doit être considérée comme le poil au sein ou la couille molle: un défaut à compenser avec son propre argent et sa propre tristesse.

    Quelles solitudes, quels malheurs, quelles espérances ratées ont vécu sur cette terre ?  Et bien les sexes se partagent ces choses à égalité, même si elles sont, forcément, différentes.

     P.S. La journée de la femme vient de passer: une action intelligente menée par une (une) grande âme collecte tampons et serviettes hygiéniques pour les 15000 femmes SDF de la région parisienne. Une goutte d'eau dans l'océan pour pallier les dégoutantes sécrétions dont on le rappelle, l'épongeage n'est plus taxée à 20%. L'utilisation des coupes menstruelles plastiques réutilisables n'est pas de mise pour les grandes âmes adeptes de choix de la datte des menstrues: faut que ça saigne !

  • L'épigénétique

    Un mot à la mode, "épigénétique" mais que désigne-t-il exactement ? 

    On va suivre par exemple Etienne Danchin et ses explications. 

    Et bien d'abord, que l'hérédité, ce qui est transmis entre ascendants et descendants n'est pas -que- génétique. 

    L'exemple fondateur

    Car les gênes transmis peuvent s'activer ou non, d'une part , et d'autre part que la capacité d'activation des gênes est transmise aussi. Allons plus loin dans les détails. Le mécanisme le plus connu est celui des souris femelles, des soins qu'elles donnent à leurs petits, soins qui activent des gênes producteurs d'une hormone, qui stimule les comportements de soins. 

    activation de gêne -> production d'hormone -> comportement de soin -> activation de gêne ... 

    Et bien si on désapprend le soin, le gêne ne sera pas activé, la production d'hormone pas faite, et les souris resteront peu soigneuses. Un caractère acquis se trouve ainsi non pas inscrit dans le gêne, mais transmis héréditairement. 

    L'autre exemple archétypique est la reine des abeilles, génétiquement identique aux ouvrières mais rendue obèse et productrice par une alimentation particulière, obtenue après une sélection sociale. 

    On observe des transmissions de cette sorte sur plusieurs générations, mais avec atténuation: des mécanismes de hasard peuvent rétablir des déséquilibres provisoires. C'est la longévité du fameux ver Caenorhabditis Elegans (n'oubliez pas son prénom) qui devient extraordinaire sur quelques générations seulement. 

    On généralise 

    Un autre exemple est celui du territoire avantageux: on le possède par hasard et les enfants qui y naissent sont mieux nourris et plus grands: l'avantage est il génétique ? Non, pourtant il est transmis, et nous y sommes : voilà qui explique la race des seigneurs. Laissons ce domaine de coté pour l'instant. 

    La théorie 

    Il faut bien voir qu'il n'y a que 2 théories de la genèse des individus: soit ils se constituent à partir de l'informe, soit ils existent pré formés. La théorie génétique est typique du préjugé de la "préformation", tandis que l'épigénèse aristotélicienne ne l'est pas. 

    Il se trouve que ces deux conceptions (en fait l'une ou l'autre) sont profondément ancrées dans les appréciations cognitives pré conscientes des individus. Remettre en cause cet essentiel, c'est à dire la croyance à la mécanique préformée ou la mécanique à former déclenche des bouleversement intérieurs générateurs d'agressivité. C'est la querelle de l'inné et de l'acquis, une occasion comme une autre de se déchirer, c'est ça qui en fait le prix. 

    Il y a d'autres aspects, et qui concerne les présupposés concernant l'évolution. Une partie de l'épigénétique attribue à des mécanisme évolutifs internes au vivant les fameuses querelles de l'activation des gênes. On se retrouve alors avec des évolutions enchassées, totalement non conscientes ni voulues, qui mettraient le hasard au coeur du fonctionnement des organismes. Ceux qui prétendent à ces conceptions hurlent bien sur à la révolution conceptuelle, un deuxième Darwin étant à naître...

    Les conséquences

    J'avoue être intéressé par l'épigénétique de par son rapport avec les GPA/PMA que projettent de généraliser certains. Or la mère porteuse transmet c'est ça qui est important: ainsi , une souris anxieuse génétiquement peut transmettre cette anxiété à un embryon issu d'une lignée saine et implanté. Activation d'une hérédité, voilà la clé du portage. 

    Un autre aspect est la contamination sur plusieurs générations par des substances nocives. Ce serait le cas de l'affreux Distilbène, aujourd'hui interdit, mais qui a activé des transmissions qui continuent... On peut aussi penser à l'obésité ou même à l'homosexualité... 

    Une théorie récente propose d'expliquer l'homosexualité par l'épigénétique. Magnifique tentative de résoudre le paradoxe de l'aspect ni inné ni acquis, mais naturel de l'homosexualité, source de bien des interrogations. 

    Les dérives

    Les dérives du jeu avec ce concept sont bien sur légions, et orientées dans le sens auquel je pense, c'est à dire le bien évident, je le savais, principe de l'influence du psychisme sur le physique, c'est à dire la bonne vieille magie, la noire bien sur,  la plus fascinante. Les progrès de l'épigénétique sont ainsi bien sur suivis par toutes les bandes de lascars bien connues. Tout comme la mécanique quantique et les nombre réels en son temps, le mystique est toujours tapi dans l'ombre quand le conceptuel est trop compliqué. 

    Le point important est l'influence que l'on voudrait accorder aux comportements avant plutôt qu'aux remèdes après: le rituel en quelque sorte. 

     

     

  • Levy, Bernard Henri

    Un interview aujourd'hui d'une personne contestée de toutes parts, mais extraordinairement prétentieuse et intéressante.

    Il s'agit d'un richissime et mondain personnage, possesseur des édtions Grasset,  "nouveau" philosophe (certains disent pseudo), hagiographe de Sartre, Jean Paul, il revint au Judaïsme en même temps qu'un secrétaire de Sartre, Benny Levy. Toutes ses oeuvres artistiques furent des échecs moqués cruellement et à raison.

    Il se veut un Malraux du présent, à la fois aventurier et philosophe, mais aussi religieux, il parle maintenant directement de judaïsme et d'universel, en relisant Rosensweig. Il intervint dans l'histoire pour défendre la Bosnie attaquée et attaquer  la Libye mal défendue.

    Il est aussi extraordinairement superficiel. Piégé par un canular d'anthologie (la fameuse affaire Botul), il théorisa doctement l'identification de la pensée et la vie sexuelle d'Emmanuel Kant en citant une blague préparée de longue date.  

    Sous nos yeux aujourd'hui même, il évoque le concept d'"avertisseur d'incendie" de Walter Benjamin à propos de la Shoah. Ici le contresens absurde est double. Benjamin mort en 40 ne fut pas au courant de l'extermination des juifs d'une part, et d'autre part évoqua la chose au sujet de la nécessité de la révolution, seule capable d'arrêter l'utilisation des armes chimiques par les bourgeoisies.   

    Connu pour cela depuis un lustre, l'homme est ainsi d'une faiblesse totale et peut être éreinté, moqué et ridiculisé sans vergogne aucune, l'antisémitisme ne pouvant être évoqué pour défendre un pareil cuistre dont l'allusion à la "solidarité des ébranlés" est presque un aveu: comment être solidaire d'un pareil onaniste ? 

    A rebours de beaucoup j'avoue toutefois garder un peu d'estime pour les actions du malheureux, son soutien à la Libye en révolte contre Kadhafi me l'ayant rendu, malgré ses horribles manières, sympathique, et oui. La situation actuelle de la Libye n'est en rien du à ses actions, ou à celle de Sarkozy, l'abandon de la Libye datant de la fin 2012, et fut le fait de Obama et Hollande qui abandonnèrent le pays à son sort. Sa défense de l'interventionnisme se trouve de plus absolument justifié par l'immense succès du non interventionnisme en Syrie. Bref, il n'a pas toujours tort, et cela va muscler mes critiques. 

    On va commencer par son appréciation du judaïsme, dont le culte de l'autre serait anti communautariste. Et bien on peut dire le contraire, l'essence communautariste du judaïsme étant essentielle à ce qu'il est et ce d'autant plus que le caractère "autre", et je l'ai décrit ici, est constitutif de cela. L'"autre" juif est le message juif, et tout ce qui l'accompagne, et qui le protégea contre l'histoire, circoncision et kippa compris, est l'affirmation de cet autre là, et ce pour l'élévation de tous, en particulier pour les autres que juifs, à qui ils sont chargé d'enseigner cela: l'irréductibilité de la différence, et donc justement, le refus de l'universel au sens strict. 

    Parler d'universel au sens naïf pour ce qui concerne le judaïsme est donc bien dans cette veine du débat superficiel, et bien sur Levy là comme ailleurs plonge dans le dogmatisme religieux commun à tous les bigots: on va donc chercher dans la Thora des allusions aux 70 nations à qui elle s'adresserait ! Mieux, et encore pire, le judaïsme se trouve irreligieux et contre l'irrationalité, l'idée du Messie n'étant ni irrationnelle (bien sur), ni déiste (bien sur). 

    La comparaison entre kippa et niqab est la même veine: cela le révolte, le voile étant politique et la kippa symbole de l'humain, (mais ne s'addressant pas aux femmes, non symboliquement humaines sans doute). Bref, le refus de la classification de l'appartenance communautaire universelle, de la mauvaise foi donc. Sa révolte contre l'assimilation kippa/sionisme, qu'il juge "immonde" se trouve ainsi en dehors des rails, sans parler de sa comparaison morand/céline contre soral/dieudonné, les premiers (surtout céline) ayant tout de même "une autre allure". 

    Mauvaise foi? Connerie ? Bref, on peut être riche et aussi misérable. Sa souffrance exprimée ailleurs sur le web, de voir sa soeur convertie au christianisme ne sembla pas non plus très spirituelle, elle fit l'objet d'un buzz:  son manque de sportivité dans la compétition entre les religions y fut particulièrement apparent. 

    Un jugement sur l'internet qu'un journaliste à raison décrivait AUSSI comme le lieu du témoignage sincère (merci pour moi): il s'écrit : "c'est AUSSI le lieu de la haine, ne l'oubliez pas! "

    On pourrait donner du sens (à l'universalisme juif), et je le perçoit, et c'est ce que je dis d'ailleurs, mais il est clair que ce sens ne sera pas donné par notre homme, celui ci comme on a dit étant le contraire du juif qu'on aime: il n'est ni cryptique, ni profond, ni acharné à l'étude, mais superficiel, transparent et inculte. Bref, comment être antisémite envers son contraire ? (pas mal non?)

  • Walter Benjamin

    Benjamin est tout de même très connu, bien qu'on nous dise le contraire. Très branché aussi et sans doute l'un des plus véritablement profonds des philosophes du XXème siècle. Il aborde une grande variété de thèmes extraordinaires, parties vivantes des interrogations du début du XXI ème siècle.

    Il parle à la fois et successivement de Théologie, d'Art, et de Politique. 

    La sécularisation

     Pour partie il est un théologien de la sécularisation, mais dans un sens particulier, il est d'abord le théoricien du "capitalisme comme religion" et donc un propagandiste marxisant de la vilenie de la marchandise, du désespoir du pauvre etc etc. Il va plus loin: le christianisme, sur le modèle de Weber s'est transformé en capitalisme, la pensée de la fin du monde s'identifiant avec la révolution, voila donc pour la sécularisation... 

    Il est ainsi le théoricien de la sécularisation: tout est théologique en fait, bien plus que sexuel.

    On trouvera ici tous les thèmes sur la rencontre entre religion et marxismes, par exemple pour Jacob Taubes, la sécularisation de la gnose vers le marxisme: l'histoire de l'occident étant le combat autour de l'enjeu caché de l'eschatologique ("eschatologie occidentale"). Cette question de la gnose est la positivation de la Weltfremdheit (le sentiment d'être étranger au monde), détruite par le dieu bon du moyen age, le dieu chrétien qui vainquit la gnose. Mais le nominalisme rend à nouveau dieu indépendant de ses créature, la sécularisation de la gnose étant le grand récit interprétatif des années 30: Le gnostique est l'être jeté là de Heidegger. 

    Les autres "gnostiques" du XXème siècle sont bien sur Voegelin et Jonas. 

    Car L'eschaton est la fin de l'exil et le refus de la transcendance du dieu de l'ancien testament la marque de quelquechose: la sécularisation de tout. 

    L'Art

    Mais d'abord le baroque, car Benjamin est d'abord l'auteur d'un traité sur le drame baroque au XVIIème siècle: il y règne l'allégorie, alors que le romantisme invoque le symbolisme. Ca c'est une différence. Repris par  Adorno son ami, le thème est un élément important de la théorie de l'Art.

    Vient ensuite le très célèbre "l'oeuvre d'art à l'époque de la reproduction technique". 

    A partir d'une définition de l'Aura d'une oeuvre (l'unique apparition d'un lointain) qui fait son unicité et son authenticité, il décrit le déclin de l'Aura (Verfall der Aura), associé à la reproductibilité. On remarquera la distinction marxisto hégélienne entre usage/échange et culturel/exposition, fondement de la distinction entre les choses. 

    Au fait, une intéressante intuition au sujet de la photo : "Un cliché photographique, par exemple, permet le tirage de quantité d'épreuves : en demander l'épreuve authentique serait absurde." Comme quoi... 

    Et puis, les passages parisiens: l'Aura de Paris, magnifiquement évoqué, les passages sont un intérieur habité. 

    Benjamin est ainsi porteur d'une théorie de l'interprétation de l'oeuvre d'art, et donc du monde tout entier. En gros: le baroque croit en la répétition, en la fixité des représentations et mieux, ne questionne pas cette fixité: pas de d'eschaton (le dernier). Le contraire du romantisme, qui finit par théoriser avec le génie, la fin de l'art. Au passage, aviez vous compris que la remise en cause, la nouveauté perpétuelle, a pour point fixe la fin du monde, la fin de l'histoire ? Benjamin propose alors une théorie nouvelle, ou le critique a sa part: l'Art serait il construit par ceux qui le regardent ? 

    Benjamin a traduit Proust, mais considère à tort que sa description du snobisme est supérieure à sa théorie de l'Art, concurrence oblige, et c'est impardonnable:  le snob comme consommateur chimiquement pur: comment LUI peut il dire cela ? 

    Et puis il y a l'"Angelus novus" de Paul Klee: L'ange est poussé par une tempête qui s'appelle le progrès vers un avenir à qui il tourne le dos. C'est l'Ange de l'histoire. 

    Benjamin et le judaïsme

    Mais il y a aussi ses amis, Rosenzweig, Scholem, Buber... Stéphane Moses fut un magnifique "vulgarisateur" de ces hommes, les grands intellectuels juifs d'avant la catastrophe... 

    Pour Rosenzweig, le judaïsme est hors de l'histoire. Entre assimilation et sionisme, il fait du juif la preuve que l'histoire n'est pas première et que Hegel a tort. Pour lui le judaïsme c'est un rapport fondamental, intime à l'histoire, à la terre,  à la langue et aussi l'intersection des deux triangles (monde, homme, dieu et aussi création, révélation, rédemption) : Der Stern der Erlösung". La rédemption ? Elle est à la fois passée (il y a bien eu rachat par Dieu lors de la libération de l'esclavage en Egypte) et à venir, le Messie étant l'horizon permanent du futur, celui ci pouvant advenir à chaque seconde. "chaque seconde est la porte étroite par où peut passer le messie"

    Politiquement Rosenzweig est à la fois contre le sionisme et contre l'assimilation, et mourut en 29.

    Scholem alla en Israël dès 1923. C'est un kabbaliste, figure de la passion pour le langage de tous ces intellectuels. 

    Benjamin et Kafka: l'homme a violé une loi qu'il ne connaissait pas et se tourne vers son origine pour savoir de quoi il en retourne. C'est cela qu'il(Kafka) veut dire...  

    Ah ces juifs là ! Quels tourments ! Et on nous les a décrit comme des pourris acharnés à détruire un monde que manifestement ils aiment au delà de tout... 

     

    La politique et l'histoire

    Le dossier Schmitt/Benjamin est un thème parfaitement actuel porté par Giorgio Agamben qui décrit  l'emprunt que fait Benjamin à Schmitt. L'âge baroque a lu la théologie politique, et la discussion porte sur le statut de l'état d'exception, de sa relation avec la loi, qui l'abolit (Benjamin) ou la confirme (Schmitt).

    Pour Schmitt, il n'y a que l'état qui puisse mettre fin à la guerre civile. Qu'est ce alors que la "guerre civile mondiale"?  Et bien on est bien dans le débat, qui se situe à une grande hauteur: dans la mesure ou seul l'Etat peut mettre fin à la guerre civile d'après Schmitt, et que l'on considère certains états comme radicalement ennemis, et bien nous sommes en guerre civile et le droit est suspendu, de fait. C'est évidemment (d'après moi) la thèse du nazi qui refuse toujours d'admettre sa défaite et qui renvoie à son ennemi victorieux le soin de gérer une situation qu'il aurait pu gérer lui même... 

    Benjamin lui est toujours dans le refus/promotion de la disparition complète du droit(loi) derrière le concept (messianique) de révolution, qui rend l'exception permanente, dans les deux sens du terme. Apocalyptique, en effet.

    On pourrait au passage réfléchir sur le concept de république et de démocratie libérale, comme entité qui ne soit pas TOUJOURS le cloaque corrompu et désespérant qu'il est actuellement et qui le fut dans les années qui précédèrent la catastrophe allemande... Pour ces deux auteurs, en tout cas, ce concept n'existe pas...

    Pour finir l'apocatastase (le rétablissement de toute chose, représenté par la chanson "nous irons tous au paradis")

    "Sur le concept d'histoire" est la dernière oeuvre de Benjamin. 

     

     

     

  • Les Catégories

    La théorie des catégories est le sommet de la représentation des choses et encore, il y a mieux, vous allez voir.

    Définition

    Bon, une avancée dans ma compréhension: une catégorie est formée de deux ensembles d'objets : des objets et des flèches qui relient les objets. Une sorte de graphe avec en plus  que les flèches composent: si ya a vers b et de b vers c et bien y a de a vers c; et que ya une flèche de chaque objet vers lui même et que aussi la composition des flèches est associative. 

    Il faut bien comprendre que chaque flèche (arrow) a autant d'existence qu'un objet et n'ESTPAS une fonction, mais UNE ligne entre deux points, un tuple d'objets la représente: son domaine et son codomaine. 

    L'assimilation d'une flèche à une fonction (à un être multiple, donc) est possible mais n'est pas obligée. Par exemple, un arbre de classes dans un langage de programmation est exemple de connexion par des flèches (la relation "extends") d'un ensemble d'objets, et c'est une catégorie. 

    On peut aussi interpréter les flèches entre deux objets qui sont des types comme une fonction entre les deux types, sachant qu'il y a autant de flèches entre deux types qu'il y a de fonctions possibles entre les deux types. C'est pour cela qu'on parle de "morphisme" au sujet des flèches, mais c'est un abus de langage destiné à perdre les andouilles.  

    Bien sur le fait de parler tout de suite de "type" est en soi un peu abstrait, comme si la notion était évidente. De fait elle l'est, je(nous) suis(sommes) des programmeurs n'est ce pas? Quoi de plus naturel qu'un type ? 

    Mais il y a plein de types de catégories, et toute la difficulté tient au interprétations de la notion, au modèles qu'on lui donne et ils sont infiniment variés, et c'est tout le problème. 

    On monte

    La catégorie des catégories avec comme flèches les foncteurs entre les catégories s'appelle Cat. Ca c'est de la belle abstraction (mal à l'estomac ?).

    Un foncteur entre deux catégories associe les objets et aussi les flèches, mais en préservant les compositions. Il y a autant de foncteurs qu'on veut bien sur, et deux catégories peuvent être fonctorisées de plusieurs manières. Un foncteur est ainsi un homomorphisme. Quand il relie une catégorie à elle même, c'est un endomorphisme, un endofoncteur donc. Loin de se contenter des misérables catégories elle même, nous voilà donc à les brasser par paquets, les seuls objets dotés de sens étant les façons de les associer... 

    Et bien cette manière de tirer des choses de conventions de relations entre d'autres choses est une façon de créer le monde, celui surgissant littéralement du langage, pour notre plus grand plaisir: c'est le concept du feu d'artifice, moteur de magnifiques spéculations fantasmatiques. Comme si le monde pouvait se définir lui même. Toutes ses caractéristiques sortent ainsi de ses repliements sur lui même comme des assertions dans le parler, assertions sujettes aux contraintes du monde, celles qui sont démontrables dans ce même langage, et donc absolument vraies. 

    Accrochez vous, il y a mieux.

    Car il y a les topos. Inventés par Alexander(re) Grothendieck le génial fou mort récemment après avoir fasciné deux générations de semi-fous,  ils sont une sorte de catégorie, et la catégorie des ensembles en est un.

    Cet objet est particulièrement intéressant car il se substitue à l'ensemble de tous les ensembles qui n'existe pas lui; il s'appelle Set. Qu'une tel machin ne soit qu'une instance me réjouit particulièrement : quel homme cet alexandre ! 

    Notons que les axiomes des topos furent donnés par Jean Giraud, qui n'a rien à voir avec le célèbre dessinateur de bandes dessinées Moebius (ou Gir). 

    Une théorie particulière peut être encodée dans un topos, qui peut ou non avoir l'axiome du choix, par exemple. Mais on peut faire mieux, la chose permettant la matérialisation ex nihilo de concepts particuliers, la notion de groupe par exemple pouvant être tordue au point de dire que les groupes "sont" les endofoncteurs qui préservent la structure d'un topos particulier. 

    Au sujet de Grothendieck, il faut savoir que ses univers (les univers de Grothendieck) fournissent des modèles de la théorie des ensembles. Ils sont des ensembles particuliers qui contiennent certaines de leurs parties de manière tordue. Ils permettraient ainsi de faire "mieux" que les autres théories des ensembles. 

    Rappellons qu'aprés Zemerlo Franckel  Axiome du choix (ZFC) (Axiome du choix n'est ni fou, ni mort, il n'est pas le nom d'un humain), la théorie des ensembles la plus connue, il existe aussi von Neumann-Bernays-Gödel (NBG), la magnifique théorie des classes, qui avec un nombre fini d'axiomes permet de tout faire: on a ainsi des classes et des ensembles, les ensembles étant les classes appartenant à au moins une classe. La notion de classe ne serait, dit on, pas bien décrite dans ZFC.  

    Au passage, les considérations sur l'infini induites par toutes ces belles théories amènent à une conception de celui ci qui a un intérêt peu connu: il n'est aucunement borné, c'est à dire ne cesse jamais de susciter plus grand que lui et ce à l'infini, ce qui est une manière élégante de dire qu'il n'existe pas en fait. 

     

    Et finalement

     

    Et donc pour finir, une encore plus splendide considération sur l'infini: si un cardinal inaccessible se définit comme étant plus grand que la puissance de 2 (l'ensemble des parties) de tout cardinal qui lui est inférieur, et bien il est indécidable (dans ZFC) de dire que tout cardinal est majoré par un cardinal inaccessible. De plus, et là je me marre, cela est équivalent (et donc tout autant indécidable) à dire que tout ensemble appartient à un univers de Grothendieck.

    Il y a alors une théorie des ensembles de Tarski Grothendieck, qui autorise cet indécidable là. Je ne vous raconterais pas ce qu'elle doit s'autoriser par ailleurs... 

     

     

  • Les Théologies

    La théologie est un domaine de l'activité et de la pensée humaine au niveau de la philosophie, voire supérieure à celle ci car s'occupant aussi, et c'est Duns Scot qui le dit, de l'homme d'avant la chute et aussi d'après le jugement dernier.  Mais aussi, pour Philon d'Alexandrie, Moise est "ho theologos" celui qui interprète la parole de Dieu.

    Cela signifie que la science de Dieu c'est une science de l'homme qui inclut les caractères divins de l'homme, tandis que la simple philosophie se trouve réduite à ses cotés terrestres, historiques, dépendant de sa déchéance provisoire. 

    Comprendre une telle conception illustre que ce domaine du savoir, complètement ignoré dans une France qui ne donne pas de cours de cette belle discipline (alors que c'est le cas en Allemagne) hors des centres catholiques spécialisés ou des officines protestantes ou juives, et exclusivement réservés à la formation des prêtres et apparentés. 

    Et bien alors que Dieu et tout surnaturel n'ont aucune réalité, je l'affirme et c'est mon avis, les conceptions du divin exprimées dans le langage avec la cohérence qu'exige la raison on droit de cité : elles expriment des conceptions et des réalités qui sont d'ailleurs les seules qu'on puisse effectivement rattacher aux différents sentiments religieux.

    Alors que l'on a que faire des traditions, des superstitions,  et des respects divers aux lamentables pratiques régressives qui ridiculisent tous les religieux, on se doit de comprendre et de considérer comme parties fondamentales de la culture les dogmes et concepts qui constituent les grands systèmes religieux. Ils ne sont pas ridicules, eux: ils sont le produit de réflexions profondes, d'inventions magnifiques, de conceptions grandioses ! Ils sont ce qu'expliquent, expriment, rationalisent les théologies.

    Ils sont ce qui intéresse LA théologie, je ne sais pas si on peut passer à ce point à la limite, la discipline ne se partageant évidemment pas, et c'est un aspect important de la question. S'il y a du "théologique" c'est pour rationaliser l'expression non pas de ce qu'on appelle la "croyance", et qui n'a pas d'intérêt en soi tant elle peut être diverse, désordonnée, superstitieuse ou fanatique, mais de ce qu'il faut bien appeler Dieu, le "théos" objet de science, et oui. Car cette chose là existe figurez vous: la preuve on peut en parler de la sorte, raisonnablement.

    Je ne parle pas d'un dieu particulier, par exemple l'entité prouvable de Descartes ou même de Thomas d'Aquin. Je parle des Dieu des traditions, qui n'a d'autre existence manifeste que celle, équilibrée et rationalisée par les théologies sous la contrainte des Eglises. Cette existence là a deux caractéristiques: elle n'est pas réelle (point de surnaturel en théologie, ou bien par l'intermédiaire du concept de miracle), et elle est cohérente, contrainte par la nécessité de la raison qui la décrit dans l'histoire. Elle peut évoluer, mais pas trop et le contrôle de cette évolution, qui ressemble à une danse, est tout l'objet de la discipline. 

    Commençant d'abord par la chrétienne: on doit passer par dessus le catholicisme, car le XXème siècle fut d'abord celui des grands théologiens protestants allemands: Adolf von Harnack, Ernst Troeltsch, Rudolf Bultmann, Paul Tilich sont de très importants auteurs. 

    Mais parlons de la juive: Martin Buber, Gershom Scholem, Franz Rosenzweig sont tout aussi importants. Walter Benjamin les connut tous.

    Que dire de l'islam ? N'en parlons pas ici, le théologique en islam est sans doute autre chose, en tout cas à traiter séparément. 

    Quel est le contenu de ces discours ? Et bien, il me faut bien reconnaitre que je suis loin de pouvoir l'estimer véritablement. Qui le peut vraiment et qui en connait vraiment tous les complexes contenus ? 

    Ce qu'on sait, c'est que coté chrétien, la question du Christ lui même est un problème: est il Dieu lui même ou autre chose, et si oui quoi ?  Et peut on parler de tout cela sans s'exposer à la rupture avec ce qu'affirment les dogmes ? Car toute la complexité de la chose est que ces hommes n'ont pas les coudées franches pour inventer une nouvelle religion; il décrivent quelque chose qui a une cohérence, en laquelle ils croient ou non mais qui ne s'invente pas, ne se crée pas, quelque chose qui existe et dont on ne peut que découvrir les propriétés, le théologien étant ce découvreur là, c'est ce que je disais plus haut. 

    La situation fut déjà difficile à l'aube de ce christianisme, que dis je à l'aube, au matin: à partir du moment ou existait cette reconnaissance du contact avec cette identité humaine là, et qu'il était une expression d'un projet divin à expliquer, il fallut mettre en musique un discours (...) qui exprimait rationnellement la chose. Il fallut conceptualiser un divin d'une manière proprement inconcevable: avec un homme qui s'identifiait à lui, et qui se trouvait devoir trouver son origine dans un projet hors du temps, tout cela après avoir disparu, remplacé par un esprit sensé remplacer tout le monde...

    La légende chrétienne solution du problème est certes absurde, contradictoire voire inimaginable: elle reste cohérente et rationnelle même si basée finalement sur un mystère que l'on peut refuser d'admettre, la question du messie advenu et disparu, ce problème magnifique qui hante la civilisation occidentale: celui de Dieu dans l'histoire. Et bien les théologies qui en exprimèrent, découvrirent et décrirent les solutions font partie de la culture à un point que peu réalisent vraiment. Ils s'inscrivent dans la trame de l'histoire, dans le tissu de la civilisation et de la culture. 

    Les juifs eurent le même problème: Dieu dans l'histoire, à l'origine de la loi, fondation de l'identité, et cette fois dans un avenir mystérieux mais catastrophique dont le sens est le sujet de la réflexion. Je m'arrête là, car le judaïsme a un problème avec l'universel, celui ci étant l'objet de sa réflexion pour son malheur: son identité, son particuliarisme étant précisément cette réflexion, alimentée par le concept du messianique.  

    Quand Walter Benjamin philosophe, questionne la sécularisation du religieux, il inscrit dans les conceptions du monde les éléments du malheur juif, personnel et collectif: est il un créateur d'universel à partir du seul sentiment possible ou le vulgarisateur d'un religieux identitaire particulier ? Mieux,  n'est il pas un théologien en fait ? 

    Bref, comme le caractère irréfutable, ni physique, ni même métaphysique, de la chose ne peut être clos, le grand vent du divin surnaturel en arrière plan garantit que ces discours là continueront, quoiqu'on en dise... Car tout autant que le religieux le théologique est une passion. Bien que plus cérébrale. 

    Qu'est ce que le christianisme ? Qu'elle est son "essence" ? Harnack, Troeltsch en parlèrent...

    Un autre problème chrétien : le salut, la grâce, la rédemption. Absurde, incompréhensible et totalement en dehors de toutes les préoccupations modernes. Totalement doté de sens et puissamment ancré dans toute l'histoire pourtant. Comment le qualifier et s'en débarrasser ou vérifier sa désactivation ? A moins qu'il ne soit toujours figé dans l'inconscient (dans ce qu'on se refuse de parler explicitement) actif et prêt à surgir sous une forme ou une autre. 

    Car la religion, tout comme le sexe, ne se dit pas vraiment: d'abord c'est gênant, en plus ce n'est pas si facile. Expliciter le sensoriel pur reste toute une affaire. Dans cette époque de multi tout (identité, culture, religion) encore plus. Ca refoule comme on dit, et quand cela ressort, le désordre est grand, forcément. Le théologien connaisseur des problèmes, et donc de leur réalité, à la fois logique et sensorielle sera t il le grand médecin de l'époque moderne? En tout cas sa science doit être rendue publique et sa culture aussi: sur la table les grandes idées. 

    Reprenons les deux questions sur le christianisme, en commençant par la première.

    La solution (l'ensemble du discours trinitaire) finalement retenue reste inexprimée dans des termes dotés de sens pour nous (je veux dire qu'elle est totalement dénué de sens  pour un occidental moyen d'aujourd'hui, chrétien ou non); pourtant elle le fut longtemps. Ce sens là est il tout entier contenu dans un discours autoritaire qui imposait finalement l'acceptation d'un mystère ou bien cela pouvait il être ressenti et intériorisé depuis une réalité collective, donc une réalité ? Et bien c'est ce dont la théologie peut parler, c'est précisément son sujet. 

    Le second problème (toute l'histoire de la grâce et de la justification) est sans doute encore plus grave, en ce qu'il peut entrainer le refus de conceptions bizarres que l'on peut vouloir refuser: par exemple le caractère sacrificiel de la mort du Christ, c'est à dire  le rôle salvateur de sa mort ignominieuse. Le religieux tout entier doit il être refusé au nom du refus moderne de cette rédemption là ou bien n'est il qu'une erreur intellectuelle tardive ? Cette réflexion là demande des ressources énormes, et se trouve loin d'être finie, la encore les théologiens doivent oeuvrer.

    Surtout que les deux problèmes du christianisme pourraient bien ne faire qu'un et là encore Duns Scot à son avantage serait le meilleur des théo-riciens: qu'importe la déchéance, qu'importe la faute, et le plan de Dieu d'envoyer son fils serait donc, c'est lui qui le dit, indépendant des petits péchés de l'histoire, et réalisé dans tous les cas, dont celui ci. On pourrait donc, et cette théologie-là est super-créative, se réjouir de sa venue sans en ressentir aucune tristesse, la violence pouvant être rejetée dans tous les cas, dont celui-ci. Sommes nous là dans le possible théologique ? 

    Nous avions évoqué Karl Barth et ses ennemis. Parlons de Paul Troeltsch : un protestant qui va jusqu'à rejeter la révélation historique de Dieu, celui se faisant connaitre de manière immanente et naturelle. On peut ainsi aller, tout en maintenant la supériorité du christianisme, jusqu'à un Dieu révélé de manières multiples. 

    Et bien le spectacle de la bête qui tourne et se retourne, entaillée par ces questions là est magnifique. Olé ! 

     

  • De Gaulle, Vichy le libéralisme et la liberté.

    Voici rassemblés ici un ensemble de commentaires fait à un texte (la monnaie) dont le sujet n'avait rien à voir avec le propos. Le sujet en est tout de même extrèmement intéressant. 

    Je me permet de les re-publier ici sans modifications aucune, que son auteur n'y voit nulle offense, juste une commodité.

     

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    Bonjour,

    Je suis tombé par le plus grand des hasards sur votre blog qui me paraît, sinon à nul autre pareil, en tout cas fort original; à la fois dans la forme (on trouve rarement accolées des démonstrations mathématiques et des considérations philosophiques) et dans le fond (vous vous proclamez libéral mais vénérez le Général et refusez la libre circulation des hommes; réactionnaire mais amoureux de le science; opposé aux Le Pen tout en étant favorables aux identitaires; contre les religions mais admirateur de René Girard).

    Bref, vous représentez une forme de chatoiement du monde (excusez ma pédanterie) qui m'intrigue et me laisse penser que j'aurai peut-être beaucoup de choses à apprendre de conversations avec vous (étant entendu que je suis bien moins porté vers l'abstraction que vous ne l'êtes).

    Seriez-vous disposez à engager le débat avec moi?

    Écrit par : odp | 07/01/2016

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    Je vous remercie de votre gentillesse.
    Simplement, De Gaulle fut libéral en 58 et présenta lui des budgets en équilibre.
    D'autre part, la libre circulation des hommes (celle des autres) s'oppose à la libre détermination de ses frontières (des siennes). L'idéologie dite libérale et qui effectivement inclut le refus des nations n'est qu'une domination par une idéologie justement et aussi par les prédateurs.
    Le pragmatisme politique consiste à utiliser le libéralisme pour ce qu'il est: une nature des choses dont la considération convient à l'instauration de sa puissance. C'est une définition du gaullisme.

    Réactionnaire certes, mais je m'en explique, l'autonomie du jugement étant nécessaire pour reconnaitre soi même le nouveau ou le vrai (autant qu'il est possible), ce qui est la marque du scientifique.

    Favorable aux identitaires ? Franchement je ne crois pas, ou secondairement, car ce qu'on veut appeler "identité" est parfaitement mal défini, l'expression "identité nationale" étant quasiment un oxymore pour moi.
    C'est peut être ça le débat: l'identité est par définition multiple, et privée. Elle ne peut se manifester que comme abdication et humiliation devant le sentiment national. Que cette attitude soit considérée comme marquant une identité particulière, je veux bien, mais là on parle d'autre chose.
    En tout cas ma détestation de la famille Lepen et de tout ce qu'elle représente est totale, ça c'est vrai. De plus ma détestation pour les communautarismes est à la hauteur: je ne respecte en rien les identités religieuses catholique ou musulmane, et veut les humilier pour les raisons dites. Pour moi, le spirituel et le religieux s'assimilent au sexuel: liberté absolue pour toutes les turpitudes, mais dans l'espace privé, s'il vous plait, cela pourrait gêner ceux qui ont la tête ailleurs momentanément.

    René Girard n'est pas un religieux, et vous devriez savoir pourquoi, vu son explication de la chose. Ma haine des religions, en fait un dégout profond pour toute référence à toute espèce de sacré vient de lui.

    Bien à vous, et cela n'a rien à voir avec la monnaie.

    Écrit par : François Carmignola | 09/01/2016

     

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    Bonjour,

    Commençons par le plus simple: mon interrogation quant à l'adéquation entre Gaullisme et libéralisme. Sauf erreur de ma part, le libéralisme est fondé sur un postulat dont découle tous les autres: la primauté de l'individu sur la communauté. Or s'il est un homme politique qui a constamment placé la communauté (la France) au dessus des individus, c'est bien de Gaulle, n'hésitant jamais à sacrifier des individus (Darlan, Pucheu, Salan) ou des groupes d'individus (les marins de Mers-El-Kebir, les français d'Algérie, les Harkis) aux besoins de l'Etat. A ce titre, il me semble que le budget en équilibre de 1958 est un épiphénomène qui reflète plutôt le traditionalisme du Général en matière économique qu'un quelconque "libéralisme".

    De la même manière, vous vouez aux gémonies le "sacré"; mais là encore, s'il fut un homme politique qui eût le sens du sacré, c'est bien de Gaulle. Sans sens du sacré, il n'y a pas de 18 juin 40 ; et il n'est pas innocent que la Résistance fut peuplée d'homme du sacré (grosso le PCF et l'Action Française) et la collaboration d'agnostiques (libéraux et radical-socialistes).

    Écrit par : odp | 10/01/2016

     

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    Il est tout à fait certain que De Gaulle ne fut pas un idéologue libéral. Simplement il utilisa le libéralisme économique d'un Rueff pour restaurer pragmatiquement la puissance française.
    Votre définition du libéralisme est un peu étroite, je mentionnerais plutôt le primat de la liberté comme source d'efficience sociale, économique et morale. De ce point de vue De Gaulle, tout militaire catholique qu'il fut, ne fut jamais un ennemi de cela. Démocrate convaincu, sauveur de la république contre tous les fascismes, tous les communismes, figure fondatrice de l'Europe, il est pour moi un héros de la liberté, et donc, à mon sens je vous l'accorde, un libéral.

    Si je puis me permettre, De Gaulle n'a aucunement "sacrifié" ceux que vous dites.
    - Darlan fut assassiné par un activiste gaulliste, mais pas sur l'ordre de De Gaulle.
    - la grâce de Pucheu fut refusé par De Gaulle intentionnellement et avec raison: Pucheu était un traitre
    - Salan fut un glorieux militaire, puis intenta un coup d'Etat contre la république. Il fut gracié en 68.
    - les marins de mers el kebir furent victimes du refus de leurs chefs de participer à la lutte contre
    l'Allemagne. Churchill a eu raison de couler leur bateaux; De Gaulle ne fut pas consulté mais approuva la chose.

    L'affaire d'Algérie, c'est autre chose. D'abord, il n'était pas prévu que les français d'Algérie quittent aussi vite leur "pays". Et les harkis n'avaient pas vocation non plus à venir tous en France, pour les mêmes raisons. Mais on pourra en reparler si vous voulez.

    Au sujet du sacré, je ne vois absolument pas ce que le 18 Juin a de "sacré": un général appelle à la lutte contre l'ennemi, voilà qui est parfaitement laïc.
    En 40, l'action française et les communistes n'ont pas vraiment suivi ce chemin et pour des raisons différentes (les uns car Maurras soutenait Pétain, les autres car Staline soutenait Hitler).
    A Londres, en 40, il n'y avait personne, à part De Gaulle et "quelques juifs". Ceux qui suivirent De Gaulle le firent pour des raisons personnelles et rien, absolument rien des partis ou des corps constitués français, y compris l'armée et l'église ne le suivit.
    Le reste ne fut que la victoire militaire américaine, la sauvegarde inespérée de la souveraineté française grâce à lui, et une immense ingratitude.

    De Gaulle n'a rien sacrifié du tout: il a agit dans l'intérêt de son pays en toute occasion, et c'est bien ce qu'on retient de lui.
    Bien à vous et au plaisir de la conversation.

     

     

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    Je vais commencer par réfuter votre postulat selon lequel la liberté est en toutes circonstances une source d'efficience sociale, économique et morale. Dans ce cas, en effet, pourquoi vouloir restreindre la liberté de circulation des hommes? Et ne me dites pas que la liberté c'est aussi celle d'interdire...

    Par la suite, que de Gaulle ait été, après guerre, un défenseur de la démocratie contre le totalitarisme, c'est tout à fait vrai; mais ça ne fait pas de lui, dans l'acception actuelle, un libéral. De fait, à part quelques extrémistes isolés, les anti-libéraux actuels, de droite comme de gauche, sont favorables à la démocratie ; et c'est d'ailleurs parce qu'ils estiment que le libéralisme, tel qu'il se déploie actuellement via la liberté absolue (ou presque) de circulation des capitaux, des marchandises et des hommes, sape la démocratie qu'ils s'y opposent. Vu le merdier que ledit système a créé au cours des 40 dernières années, il est difficile de réfuter leur analyse d'un revers de main.

    De fait, ce sur quoi s'affrontent libéraux et anti-libéraux actuellement c'est sur le thème de la frontière, pour les hommes, les capitaux et les marchandises. Et de Gaulle, étant entendu qu'il était d'abord et avant tout un défenseur de la Nation et qu'il n'existe pas de Nation sans frontières, me semble très clairement devoir être rangé, à cette aune, dans le camp des anti-libéraux. Une autre façon de voir les choses, est que les libéraux postulent le primat de l'économie sur le politique tandis que les anti-libéraux postulent l'inverse. Point n'est besoin d'être très versé en exégèse Gaulliste pour estimer que de Gaulle appartient également, sur ce point, au camp anti-libéral.

    Écrit par : odp | 11/01/2016

     

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    Sinon, quelques précisions historiques et de mon point de vue.

    Pour Juin 40, vous avez tronqué la fameuse citation: il n'y avait pas personne à part de Gaulle et "quelques juifs"; mais personne, à part de Gaulle, "des aristocrates (i.e. des membres de l'Action Française) et quelques juifs". L'essentiel de l'Etat-Major Gaulliste en 40 est Action Française; à commencer par le Général Leclerc, le Colonel Passy, le Général de Larminat ou le Colonel de Boislambert.

    De Gaulle lui-même a été très longtemps (jusqu'en 40) un admirateur de Maurras qui le lui a très longtemps rendu. On connaît la fameuse citation: "Maurras est devenu fou à force d'avoir raison". Je vous engage à lire la notice wikipédia de Maurras à la section "Maurras et de Gaulle", c'est sans équivoque:https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Maurras#Maurras_et_De_Gaulle

    Enfin, sur le terrain (i.e. en France), une très large part des mouvements de la Résistance non-communiste était d'obédience Action Française, à commencer par le plus important d'entre eux, Combat, d'Henri Frenay; mais j'aurai pu également citer Alliance de Loustanau-Lacau, Ceux de La Libération de Ripoche, l'Organisation Civile et Miliaire de Jacques Arthuys ou l'Organisation de Résistance de l'Armée.

    Quant aux communistes, ils attendirent certes l'invasion de l'URSS par les nazis pour entrer réellement en résistance, mais il est difficile de contester qu'ils y jouèrent un rôle capital.

    Bref, je réitère mon premier point : la Résistance, ce fut d'abord et avant tout l’Action Française et les Communistes, anti-libéraux s’il en fût ; de libéraux on ne vit point, trop occupés qu’ils étaient à « dîner en ville » comme disait de Gaulle parlant de la bourgeoisie. En la matière,

    Ce qui m’amène à préciser en quoi j’estime que le 18 juin 40 reposa sur les ressorts du sacré.

    Pour partir, comme vous l’avez dit, seul contre tous les corps constitués, institutions et partis, il a fallu à de Gaulle des ressources morales qu’il ne pût trouver que dans le caractère pour lui « sacré » de la France telle qu’il la concevait. De Gaulle avait clairement la religion de la France (bien plus que celle de la liberté). D’autres qui partageaient cette foi firent d’autres choix (je pense notamment aux vichysso-résistants) ; mais il est sûr que seuls ceux qui étaient animé d’un « feu sacré » (national ou communiste) se retrouvèrent dans la résistance. Les agnostiques choisirent soit la collaboration, soit le retrait du monde.

    Sur Pucheu, qualifier de traitre un homme qui, après avoir tenté d’administrer la zone libre dans ce qu’il pensait être l’intérêt de la France, décide, après le débarquement allié en Afrique du Nord, de rejoindre Alger pour combattre les allemands est un peu étrange. Pucheu fût « sacrifié » parce que les communistes l’exigeaient (suite à l’affaire des otages Chateaubriant) et que de Gaulle avait besoin d’eux pour unifier la Résistance intérieure. Si Pucheu était un traitre qui méritait d’être passé par les armes alors il aurait fallu faire subir le même sort à Michel Debré, Maurice Couve de Murville ou Maurice Clavel qui tous servirent d’abord l’« Etat français » avant de perdre leurs illusions.

    Écrit par : odp | 11/01/2016

     

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    Le ton va vite monter, nous ne sommes pas du même bord...
    D'abord la citation exacte (de De Gaulle) est "une poignée d'aristocrates, quelques juifs éclairés, et les pêcheurs de l'Ile de Sein". Les aristocrates en question n'étaient certes pas des envoyés de l'Action Française, et si vous le supposez, ou vous laissez vous même le croire et bien vous vous fourvoyez gravement.
    Boislambert était plutôt cagoulard à l'origine (la cagoule fut toujours détestée par l'Action française)
    Dewavrin (Passy) fut accusé d'être cagoulard, mais ne fut pas action française. Vous confondez avec un autre colonel, Rémy, le gaullo pétainiste des années 50...
    De Larminat n'était certainement pas action française. Lisez l"'Esprit des français libres"
    http://www.france-libre.net/lesprit-des-francais-libres-par-le-general-de-larminat/
    On en vient à la liberté: c'est le maitre mot de l'épopée de ces aristocrates et de ces juifs là, et elle ne doit rien à l'action française, qui s'est ralliée toute entière à la révolution nationale et à la collaboration.

    Au fait pour ce que je pense. Selon moi, toute citoyen qui a pendant l'année 1940 pensé qu'il était nécessaire de cesser le combat et de suivre le maréchal Pétain est un traitre, un lâche et un mauvais patriote. Il a perdu le droit d'émettre un avis et en particulier de reprocher quoique ce soit au seul homme qui se soit dressé contre l'ignominie de l'armistice.

    J'y inclus naturellement la "résistance de l'intérieur", Frenay, et les autres, qui se permirent d'en remonter à De Gaulle, ce qui est méprisable et désolant.
    Sans parler d'un mitterand, ami très cher et très indulgent de René Bousquet, un autre perdant des paris géo-politiques risqués, assis sur ses ordres à la police française de préparer l'assassinat de 13 000 juifs.

    J'en exclus bien sur Arthuys et Ripoche qui furent des combattants de la première heure et des morts glorieux.

    Clavel avait vingt ans quand il échappa à Boutang et fut un résistant valeureux, vous déraillez. Debré et Couve de Murville furent des fonctionnaires, aux ordres. Debré n'était pas sensé réfléchir, quand il le fit, à propos de l'Algérie, ce fut hors de propos.

    Pucheu reste un traitre, responsable d'avoir guillotiné des otages, un comble. Condamné par la justice française, il ne fut pas gracié et avec raison.

    En résumé, vos "name dropping" sont hasardeux et mal venus, désolé. 

    Après avoir traité l'AF, traitons les communistes, les glorieux 75 000 fusillées, disons 2000 plutôt, et qui passèrent les saisons 39/41 à soutenir leur allié Hitler.

    AF et Communistes dites vous ? Tous adeptes selon vous du "feu sacré"? Au fait, vos jeux de mots là dessus sont impropres: êtes vous francophone ?

    De Gaulle fut le seul dépositaire de la lutte contre un occupant à qui on avait livré le pays.
    Il ne fut pas le chef d'une résistance dont le rôle militaire fut à part quelques torturés, bien réduit. Il permit par contre à une armée française dotée d'armes lourdes de participer à la victoire. Ainsi il représenta la France, la seule qui vaille, celle qui se bat vraiment. Ce ne sont pas résistants qui prirent le nid d'aigle, mais des soldats français. Cette chose a une importance capitale: c'est l'armée qui se bat et qui défend le pays, pas les civils indisciplinés qui veulent discuter de leurs idées.

    La nation française a-t-elle disparue pendant cette période ? Les anglo-saxons, les russes et les allemands le pensent. Ils se sont battus jusqu'au bout, eux. Il n'y eut que De Gaulle pour le savoir, et ne pas le vouloir. On fit grâce à sa lucidité et à son arrogance, car elles forçaient le respect.

    Il n'y a rien de religieux dans cette attitude: elle est celle d'un patriote qui voulait se battre. La France ne le voulut pas, et la douleur n'est pas celle d'un quelconque sacrifice, simplement celle d'un homme d'état qui pleure sur une flotte magnifique qui se saborde et qui retrouve quatre ans après son bureau: aucun crayon n'y avait été taillé dans l'intervalle. Ce drame est un drame historique, et Dieu n'a rien à y voir.

    Vous parlez de libéralisme. Je vous concède sa définition "idéologique" qui inclut des principes que je refuse (liberté de circulation des hommes, voir même refus de l'Etat dans ses formes extrêmes).
    Mais je maintiens mon appartenance au camp de la liberté tel que je l'ai définie.
    Car il n'y a pas de liberté sans liberté ontologique, au sens de Duns Scot (j'en parle sur ce blog): celle-ci inclut celle de Dieu, égale à celle de l'homme et celle du souverain.
    Pour la définition du souverain, voyez Rousseau: c'est le peuple rassemblé, et c'est la liberté de l'homme que d'y participer et donc de l'être, souverain.
    On ne peut être libre si on se soumet à quoique ce soit, par exemple à un principe qu'on ne choisit pas explicitement. C'est pour cela que -comme idéologie prescriptive- le libéralisme au sens défini plus haut est un esclavage. La liberté absolue est suppression de toute nécessité: j'ai raison parce que je suis libre et réciproquement.

    De ce point de vue, vous avez donc raison dans les termes: votre "libéralisme" n'est pas le défenseur de la liberté.

    Par exemple la "liberté de circulation des hommes": elle est la justification par des envahisseurs de leurs migrations de masse à motivations économiques. Ce qui revient à une invasion tout court, son but étant de s'approprier ce qu'on ne peut créer ou construire soi même sur sa zone géographique d'origine.

    Et bien la liberté de créer des états a précisément pour objet de développer collectivement la puissance qui permet de s'opposer à ce type de phénomène. Etats, migrations, guerres et victoires, voilà qui est somme toute bien connu et bien normal, le conflit faisant partie du réel, l'envie de se battre, nous l'avons vu plus haut, étant célébrée par certains et parfois avec succès.
    Car il ne vous pas oublier que la liberté n'a pas de limites idéologiques ou religieuses, elle est volonté pure et ne craint pas d'utiliser la violence quand on nuit à ses intérêts.
    Non pas la violence du sacré, celle qui réconcilie, mais la violence des armes, celle des peuples libres qui détruisent la force de leurs ennemis.

    De Gaulle est le porteur de ce nationalisme là, qui est liberté des nations, construite sur la liberté des hommes et donc de la liberté tout court.

    Au sujet de la liberté économique, que vous opposez à la liberté politique. Dans la mesure ou le peuple le décide, et il est souverain, il peut considérer que l'organisation sociale qui consiste à laisser aux acteurs économiques le libre choix de l'allocation de leur ressources est la meilleure. Et avec raison, c'est ce qu'il faut faire.
    Je sais, vous allez me dire que De Gaulle instaura un commissariat au plan et vous avez raison, il fut au moins partiellement autoritaire dans ces matières.

    Mais la France ne cessa jamais d'être une économie de marché en tout cas bien plus sous son règne qu'elle ne l'est aujourd'hui: impôts, subventions, budgets en déficit, dette; tous ses attributs de la souveraineté et de la liberté nous ne les avons plus et on peut souhaiter en disposer à nouveau.

    Et bien il va nous falloir un gaulliste pour très énergiquement restaurer la grandeur du pays. Et oui cela passera par la restauration de la liberté en matière sociale, économique et morale.

    C'est le programme de François Fillon. L'histoire continue, nous aurons cette année à en décider, et je vous la souhaite bonne.

    Écrit par : François Carmignola | 12/01/2016

     

     

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    Pour enfoncer le clou au sujet de l'Action française et de la thèse ridicule qui fait de De Gaulle son assujetti.
    L'AF fut d'abord le creuset intellectuel et littéraire de de la jeunesse de droite du début du siècle,
    une passion, un snobisme, la marque de la réaction et cela pendant une vie d'homme, Maurras,
    né en 1868, est une personnalité chatoyante, un polygraphe talentueux et séduisant qui
    fascina deux générations entières.
    Ce fut aussi une personnalité faible et fantasque (voyez ce qu'en dit Rebatet qui le décrit magnifiquement)
    et à 70 ans en 38, quand le germanophobe guerrier se fit pacifiste,
    il entraina ses fascinés vers l'abime.
    De Hautecloque et De Gaulle n'en furent pas, quoique leurs sentiments aient du à cette littérature là.
    De Gaulle était républicain, et cela n'est pas maurassien, pas du tout.

    Maurras était une personnage très moderne mais très complexe et fragile, à la française.
    Il fut le fasciste français, et Nolte le décrit dans toute sa complexité, qui est celle d'un
    déracinement dégénéré qui se pare de l'anachronisme royalisant construit sur le volkich français,
    les félibriges et autre danses avec pipeau de son midi natal.
    Cela pour mieux cacher son incapacité à vivre le modernité.
    Il fut ainsi essentiellement un intellectuel fragile, chéri de ses dames, et spirituellement dégénéré.
    Ajoutez à ça le sinistre antisémitisme de l'anti dreyfusard borné, incapable de comprendre
    ce qui s'était passé à ce moment.
    La France en guerre contre les juifs ! Il faut vraiment être un plouc méridional
    pour en rester là. La "revanche de Dreyfus" dit-il à la toute fin pour mieux sceller son indignité,
    sanctionnée par la dégradation nationale.

    On met au crédit de Maurras d'avoir intellectuellement réussi à fusionner réaction royaliste et nationalisme,
    et donc d'avoir modernisé le sentiment français.
    On pourrait dire pourtant que ce sentiment était déjà là sous Napoléon, sauf bien sur pour les
    traitres allés se battre avec les rois. 
    Et puis, on ne voit pas ce que la France de De Gaulle doit vraiment à Maurras:
    à part "les 40 rois qui en mille ans firent la France", la belle formule d'un journal longtemps for lu.
    Culte provincial, antisémitisme, refus de la démocratie, du libéralisme économique, de la science moderne,
    Maurras sera pour toujours associé au retour de la nation à l'état d'avant cette royauté,
    quand Paris n'est plus la capitale et que tout l'Etat a disparu, déguisé en bien pire et bien plus
    indigne que la royauté de Bourges. De Gaulle fut Jeanne d'Arc. C'est à dire le contraire.

    Que des royalistes, qui plus est maurassiens, ne le comprennent pas est leur problème. Voir plus bas.

    Car Maurras fut l'un des instigateurs de ce drame absolu dont la France ne s'est sans doute pas vraiment relevée,
    et ce malgré De Gaulle... Car la déchéance fut totale, et le dévoiement complet, comme jamais cela n'arriva dans
    toute l'histoire.
    Les Céline, Pétain et Maurras ne voyaient que les juifs et il n'eurent même pas le courage de se battre en fascistes
    car il ne le furent même pas vraiment. Trop français: il est désolant de voir que l'abaissement de ces misérables
    donna raison au racisme nazi qui les méprisait pour cela.

    Il n'y a de patriotes que de gens prêts à se faire tuer, et ces méprisables lâches en étaient incapables. Qu'ils soient maudits, ils sont notre honte. 

    Écrit par : François Carmignola | 12/01/2016

     

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    Au plaisir de la suite de la conversation, et j'assume ma détestation absolue de l'Action française.