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FrancoisCarmignola - Page 2

  • Les atomes

    Un très grand physicien, prof de philo en 1902, Einstein et Proust officiaient, créatifs en diable à l'époque, est Ludwig Boltzmann. Il introduisit le loup dans la bergerie, euh les probabilités dans la physique. 

    Il expliqua surtout l'irréversibilité et donc d'une certaine manière, la vraie nature du temps. Rien que ça... 

    Bon en gros, Bach avait sa Hauptsatz, Boltzmann eut sa  Stoßzahlansatz ou hypothèse sur le nombre de collisions, qui permet de supposer que après une collision, les deux particules ne sont pas plus corrélées qu'avant et que DONC, on peut faire le calcul qui...

    Les polémiques

    Cette supposition fut à l'origine d'une polémique qui marqua l'époque, puisque c'est précisément cette chose là qui rend les équations symétriques de la mécanique déraisonnables, car c'est là qu'est le paradoxe de la réversibilité, ou paradoxe de Loschmidt: comment exprimer une irréversibilité à partir de lois réversibles ? 

    Boltzmann, qui explique par là même l'irréversibilité macroscopique par un raisonnement mécaniste microscopique et c'est là son génie et sa contribution, formule l'hypothèse comme une hypothèse statistique, c'est à dire à proprement parler dans le monde de son modèle mathématique. Et bien il fut démontré plus tard, seulement plus tard, que cette hypothèse est valide: le libre parcours moyen est très supérieur aux écarts entre molécules et oui, après un choc, la corrélation s'évanouit: DONC, l'irréversible se produit bien. Cela fut démontré rigoureusement en 1973, par Lanford. 

    La nature des polémiques, qui avaient vocation à refuser le paradoxe, utilisèrent (1) le fameux principe de récurrence, marque de l'éternel retour (comme on se retrouve...) démontré par le très Nietzschéen Poincaré et mis en avant par le très vicelard Zermelo. Hélas, dans l'éternel retour toutes les infinités du temps ressemblent à un concept exclusivement destinés aux surhommes, voire aux dieux, et Boltzmann réussit à réfuter la chose en calculant cette infinité, et à la prouver assez grande pour être négligeable. Une variante de cette récurrence est obtenue avec deux chiens et leurs puces sautant au hasard pouvant un jour se situer toute sur le même chien (l'autre n'ayant qu'à partir très loin à toute vitesse). Là encore, l'irréversible domine par sa fréquence... 

    Il n'y eut pas que cela: l'époque refusait les atomes, qu'on ne voyait pas, et qui donc ne pouvaient rien expliquer. Du super réalisme naïf en quelque sorte. Boltzmann lui même ne croyait pas vraiment aux atomes: il développa une philosophie d'un "comme si" mathématique à qui il attribua le pouvoir d'expliquer. Il est un atomiste intellectuel et son anticipation de la "discrétisation" du monde, prémonitoire (il meurt une seconde avant sa victoire) allait jusqu'à, ses étudiants le disaient, utiliser des Sigma jusqu'au bout de ses démonstrations, l'intégrale n'étant que terminale. 

    De fait la définition même de la science et de ses facultés fut mise en question à cette époque. En gros Mach et consort voulaient "décrire" tandis que Boltzmann voulait "expliquer". Hertz, Helmholtz étaient du coté de Boltzmann.

    Les énergétistes avaient une conception de la science comme exclusivement descriptive: pas d'hypothèses disaient ils, et il n'y avait qu'une "hypothèse" atomiste. Au tournant du siècle, tout cela explose.

    Il s'agissait donc pour Boltzmann de déterminer une "image" du monde, cohérente, conforme aux lois de la pensée qui favorisent les explications mécanistes. Alors qu'il semble bien que cet atomisme explicatif soit bien philosophique, et non pas réaliste, mais par contre, il n'est pas "a priori"(à la Kant), mais construit, extrait du monde observé. 

    De ce point de vue, Boltzmann est un évolutionniste: les méthodes de pensées (le mécanisme par exemple) peuvent évoluer. Il anticipa ainsi Popper... 

    Boltzmann se suicida en 1906, alors que Jean Perrin démontra en 1908 le mouvement brownien, donc les atomes... Einstein en avait fait la théorie en 1905.

    Sur la tombe de Boltzmann, il y a "log" (au lieu de "ln").

    K est la constante de Boltzmann, une constante de la nature. 1.4 10^-23 (J K-1).  

    Physique

    Perrin mesura par la même occasion le nombre d'Avogadro, qui est il faut le dire: 6 10^23  nombre d'atomes de carbone dans 12 grammes de Carbone 12. Comme une mole c'est précisément 12 grammes de Carbone 12, nous y sommes: un nombre d'atomes par mole. L'omniprésence du nombre 12 est significatif, non je rigole.

    On se moquera jusqu'au bout de Mach qui restera jusqu'au bout un adversaire de la relativité et plus généralement de l'atomisme.

    On abordera alors le fond de ma fascination pour tout cela, sachant que je ne me lasse pas de contempler l'aller retour jouissif entre modèle et réel, sachant que c'est ici PARCEQUE le réel est comme ça (oublieux du choc) qu'il est comme ça (irréversible). Le tout étant contenu dans le mathématique, l'oubli du choc étant précisément ce qui conduit mathématiquement à l'irréversible macroscopique. 

    Continuons avec la décohérence, on la modélise de manière microscopique, exactement de la même manière finalement: des chocs successifs font changer la fonction d'onde, et on démontre qu'elle se diagonalise progressivement, arrivant assez vite à la décomposition dite réduite sur les vecteurs de l'observable... La fameuse réduction du paquet d'onde ne fait donc absolument pas intervenir ni l'observateur ni Dieu ni l'un en l'absence de l'autre: c'est un phénomène naturel et permanent. 

    Mais je continue toutefois à me poser la question de l'"observable" : pourquoi celle là et pas une autre ? (hein?...)

     Continuons avec Boltzmann: sa démonstration (il prouve que la fameuse entropie est issue d'un logarithme du nombre de combinaisons possibles d'un système) sera utilisée par Planck pour aboutir à E = H nu, avec nu la fréquence. 

    Au passage, kT avec T la température (tout ça est à température constante) est une énergie, et traduit les fluctuations moyennes autour de l'équilibre. 

     Bref, l'interprétation microscopique, qui décrit si bien la réalité a toujours de la pertinence: le hasard a une granularité. En plus, le granule à la taille de Planck et en plus le temps n'existe pas. Il n'est que ce qu'en avait trouvé Boltzmann: un oubli. 

     

    (1) http://www.cnrs.fr/publications/imagesdelaphysique/couv-PDF/IdP2007/03_Barberousse.pdf

    (2) https://www.college-de-france.fr/media/jacques-bouveresse/UPL54490_bouveresse9900.pdf

    (3) http://www.cnrs.fr/publications/imagesdelaphysique/couv-PDF/IdP2006/13_Constante_de_Boltmann.pdf

  • La République des deux Nations

    Mal connue, la première république d'Europe, et ancêtre d'après certains, de l'Union Européenne, fut établie par le traité de Lublin en 1569, et Henri III en fut le roi-président 4 mois (Rex regnat et non gubernat ) en 1574.

    D'abord un peu de géographie: 

    Au nord l'Estonie (est-nord, je m'en rappelle comme ça), (capitale actuelle Tallin). Des finno ougriens, barbares et en permanence dans leur sauna. Ils sont en pointe en Informatique et leur système X Road de gestion des identités font que l'intelligence artificielle leur font payer leurs impôts sans qu'ils s'en rendent compte. 

    Au sud la Lithuanie (qui a maintenant perdu son "h"). Son grand duché s'allia avec la Pologne pour faire ce dont on parle. 

    Au milieu la Courlande et la Livonie plus ce qui constitue l'Estonie actuelle, capitale Riga sur le golfe du même nom. L'Estonie aurait perdu un quart de sa population sous nos yeux entre 80 et 2010... 

    Elle fut le lieu de la guerre des Frei Korps allemands en 1919 contre les bolcheviques, mais aussi une forme de tentative de colonisation germanique pirate: la ruée vers l'Est. Finalement vaincus, ils firent de bon nazis... 

    Le Lac Peipus est un lac immense à l'est du golfe, qui gelé, supporta la défaite des chevaliers teutoniques (les batisseurs de Königsberg, catholique) contre Alexandre Nevski, orthodoxe (et ses alliés mongols) en 1242. 

    Les chevaliers Teutoniques dominèrent la région longtemps, et fondèrent Marienbourg (rien à voir avec Marienbad) en Poméranie (la Pomérélie avec Dantzig est encore plus à l'ouest). On ne se lasse pas des noms de ces chevaliers, (Ordo Domus Sanctæ Mariæ Teutonicorum, Deutscher Ritterorden), tous allemands. 

    L'alliance polonaise dominait vers 1640 la Biélorussie et l'Ukraine et disparut complètement en 1795, la Russie s'étant construite contre elle...

    Elle fut en pointe dans la lutte contre l'Ottoman et Jean Sobieski Roi de Pologne et Grand Duc de Lithuanie charge avec ses hussards à la bataille de Kahlenberg en 1683, date qui marque l'éviction d'Europe des turcs. 

     

    Qu'y a-t-il de plus dramatique que l'histoire nationale de cette partie de l'Europe ? Là est le centre des pires violences de toute l'histoire. 

    P.S.  Il y a mieux: tout cela c'est la Pologne, la nation malheureuse par excellence, celle qui accueillit le mieux les juifs du temps de sa splendeur, celle qui se fit dépecer dix fois et toujours par les mêmes: autriche, allemagne, russie, tous se liguèrent ou non pour dévorer et morceler, décaler vers l'ouest ou imposer des corridors, et tout cela au nom d'autres nations, jugées plus importantes. L'anti nation, Zemmour la dit "soeur malheureuse de la France" et c'est sans doute bien vu. 

    Le dépeçage de 1772 fut d'abord celui entre Frédéric II, Marie Thérèse et Catherine et tout se termina ensuite en pleine révolution française, en 1793 et 1795 par la disparition complète de ce qui à défaut d'avoir deux nations n'en eu plus aucune. Les nouvelles allant vite, inutile de dire que ce malheur national là stimula le nôtre et au combien. L'impitoyable appétit des puissances centrales nous fit peur et nous le combattime vingt ans, avec quelques succès il faut le dire. 

    Fréderic mourut en 86, Marie Thérèse en 80 et Catherine en 96.

  • Le mâle alpha

    ... un clébard efféminé léchait le cul d'un gorille... 

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  • Ecouter Bach

    Bon, il faut en parler et on en aura jamais fini, Bach s'écoute et tous les sujets de l'esthétique pourront être abordés à l'occasion, cela n'a pas de fin. 

    Branche particulière, l'esthétique se charge du beau, de sa possible définition et des différences entre les domaines. On dira tout de suite que l'art suprême, la musique, doit être considéré prédominant: on ne me fera jamais croire qu'on puisse se satisfaire d'un coup d'oeil vers 3 taches sur un mur. Il n'y a que la durée et la consommation symbolique ne peut se situer que dans un temps imposé, marqué par auteur et interprète. Bref, il y a sans doute d'autres arguments, mais le sujet est le plus grand musicien de tous les temps, l'inventeur d'icelle, difficile de dire mieux, passons.

    D'abord une définition théorique de la beauté telle que produite par l'homme, hors bien sur des idées et photos de coucher de soleil ou de vols d'oies migratrices. Il y a des rapports de formes juxtaposées ou successifs et ce sont ces relations là qu'on peut qualifier. On apprécie des choses différentes en rapport. Tout est là.

    Parmi ces choses différentes, il y a bien sur l'auteur et l'écoutant (comme on dit en pédagogie, pour désigner l'auditeur distrait qui pense à autre chose) et le rapport joue, il est celui que pilote l'auteur ou l'interprète en le regardant du coin de l'oeil. Il y a bien sur les besoins fantasmes ou obsessions de l'écoutant et cela d'autant plus qu'il est temporellement éloigné, et pas de 3 mesures, mais bien de 3 siècles... 

    Bach et la technique

    D'abord, un musicien n'est pas un prêtre, mais un comparse du prêtre, sans droits et sans classe à une époque où il n'y en a que trois. Le musicien bien sur distinct du populo n'est pas un vilain mais pas non plus un héros. Il est ce qui n'existe qu'à peine à l'époque, un technicien. Mieux, un ingénieur au plein sens du terme. Au XVII ème siècle, la musique reste une technique majeure, sans doute la plus complexe de toutes et un orgue est la machine la plus complexe qu'on puisse voir. On ne peut objectivement lui comparer qu'un bateau à voile ou une galère, et encore. Le domaine le plus formalisé, le plus mathématique de toute l'activité humaine est bien la musique et toute l'intelligence toute l'habileté y est concentrée. Le pic de la concentration est bien l'année 1685, celle de la naissance de Handel, Bach et Scarlatti. Cette année là ne cède qu'à 1678 (naissance de Vivaldi) et à 1683 (naissance de Rameau, de Heinichen et de Graupner). Que diable ces années là devaient elles avoir pour satisfaire autant mes gouts? 

    Nous sommes à l'époque de l'éveil caractérisé de la modernité effective, celle qui fit exploser la puissance de l'occident. En 1683 fut définitivement expulsée l'invasion ottomane d'Europe continentale et les lumières pouvaient commencer. La grande période baroque peut alors se terminer et tout est en place pour que s'achève, au sens d'un accomplissement, la première période de l'histoire de l'humanité. (tatatata, va y avoir de la musique pour fêter ça).  

    Bach et la religion

    Le débat est bien sur pendant, et doit être tranché. Débat incontournable et pas si facile, car dire que Bach n'a aucun rapport avec le religieux n'est pas soutenable. Dire qu'il instrumente le religieux pour mieux décorer sa musique tout autant, mais tentant: nul sentiment religieux antérieur ou postérieur ne peut être comparé à ce déferlement d'affects organisés en graphes noués de toutes les manières possibles. Si Bach est religieux, alors on se demande quel est le rôle exact de Jésus Christ ou de Dieu lui même, complètement eclipsés et mis minables pour cause d'insuffisance expressive et de silence permanent trop marqué... 

    Non, on doit élaborer un point de vue plus compliqué. D'abord les faits. Né dans une famille de musiciens dans une société qui consomme la musique comme nulle part en occident, et surtout dans une ambiance religieuse, le luthérianisme, qui n'en finit pas de vivre sa grande révolution, la réforme, dont un caractère essentiel est la refondation de la religiosité sur l'expression collective harmonisée. C'est bien sur la fin de la grande tempête qui détruisit l'Europe centrale et la vaccina pour 3 siècles (mais pas plus) contre les grands massacres.

    Aux chants collectifs enthousiasmants on substitue progressivement un art plus délicat que l'on emprunte sans vergogne (les voyages ont commencé) à toute l'Europe. Cela s'appelle le baroque, cela fut inventé pour lutter contre le protestantisme et cela plait en fait à tout le monde. Pourtant, on est fier de son monde propre: les allemands (du moins quelque uns d'entre eux) l'interprètent sérieusement et en font CA.

    A l'écart, au moins en principe, du vrai opéra dégénéré à l'italienne qui ravage le sud et le nord de l'Europe, on maitrise, en grand technicien de l'art suprême, la totalité du métier. Mieux, on fait mieux, beaucoup mieux. Bien plus sérieux, bien plus profond, bien plus génial. 

    Le sérieux est donc un caractère hérité: la religiosité du petit Bach n'est pas frivole, mais d'abord empreinte de la simultanéité d'un ensemble (et en musique c'est important, la simultanéité) de choses. Orphelin de père et de mère, il chante à leur enterrements et hyper doué membre fier d'une famille de musiciens qui le prend en charge en ayant détecté immédiatement (qu'est ce qu'il a le petit, à se souvenir aussi bien de tous ces airs?) ses incroyables dons, il va développer immédiatement une ambition monstrueuse, à la hauteur de ce qu'il nous a laissé. 

    On est très loin de la conversion neu neu au petit jésus: les musiciens du temple, au temps du roi David font marcher le monde et il y a bien plus, au temps de la technique débutante, que la simple populace disant amen qui fait se lever le soleil: la musique, moteur du culte, expression même de sa nécessité, mais technicisée: moyen de l'édification, elle est bien sur pour ses concepteurs une chose, un savoir, mais directement extrait d'une nature abstraite à laquelle on participe, dont on est un instrument. C'est l'humilité du musicien, cette invraisemblable et toujours surprenante humilité (je parle en non musicien) qui fait la fierté de n'être que l'instrument du message, du son, de la musique, et donc en même temps le messager muet (la musique parlant d'elle même) de ce que précisément, on veut dire... 

    Hors du langage, mais langage lui même, hors de la motivation consciente exprimée, mais souci et discours assumé, en second plan mais au nom du plaisir infini des esprits qui se savent supérieurs, le musical fait marcher le monde sans le dire. C'est lui le religieux. Le reste est subordonné, et donc, ce qu'on appelle le religieux, lui même. Ainsi donc, tout le religieux symbolique, les textes, rites et croyances, significations et théologies seraient subordonnées au culte rythmiquement organisé musicalement ? 

    Cela ne veut pas dire que Bach n'avait pas la foi, ou même une foi spéciale. Spéciale bien sur, mais au sens où un pareil génie devait bien avoir des manifestations cervicales et spirituelles particulières dans bien des domaines qu'on ne peut pas approcher. On veut dire qu'il croyait en Dieu, bien sur, et très sérieusement, mais à sa manière, et sa musique est l'invraisemblable et surhumaine façon qu'il avait de l'exprimer. Le vieux boche avait simplement une nature généreuse et avait en tant qu'humain, musicalisé ses sentiments intérieurs. Pour notre plus grand plaisir...

    La thèse est dangereuse: la musique de Bach serait donc la foi de Bach et par conséquent en serait issue. Un projet divin en quelque sorte, l'ultime tentative du Dieu luthérien d'interdire les indulgences, ou bien l'arrêt définitif de la conquête musulmane, ou mieux, l'inscription définitive en lettres sonores de la trinité dans l'histoire humaine. Un projet divin et Bach n'est qu'un second Jésus. Au pire, le "cinquième évangéliste" comme dirait le bigot moyen. Tu parles. 

    Reprenons depuis le début. Persuadé de la vérité du christianisme et porteur d'une foi puissante enracinée, celle du charbonnier supérieurement intelligent convaincu et au delà par ce qui est loin d'être bête, au centre d'une civilisation supérieure et héritier de toutes les techniques également supérieures, il les parfait une fois pour toutes en codifiant une fois pour toute le tempérament égal avec les meilleures raisons.  Absolument sur de lui, il s'avance vers le grand projet, l'alliance du beau et du bien. L'art suprême vous dis-je et la foi chrétienne accomplie, vérité suprême en fait partie, je dirais bien évidemment. Le sublime ne se limite pas aux petits émois, et ceux là sont particulièrement gratinés. Du courage pour assumer ça? Il en faut, il l'a. Ca donne ça. 

     Ecouter ça

    Se pose alors la question de l'attitude à avoir en écoutant "ça". Tout d'abord, il ne faut pas se laisser intimider: la musique de Bach ne "prie" pas: rien à voir avec l'abandon pieux à une relation incestueuse piétiste ou même rationnelle avec une vérité religieuse ou avec une présence mystérieuse. Bien au contraire, on est en présence d'un humain en proie à la véritable émotion religieuse, la seule qui compte, la vraie: une relation profonde avec un sens évident et indiscutable, et cela d'autant plus qu'il n'est pas "réel". Cet humain là est représenté par la musique et se met en scène. C'est lui qui est réel et dont il faut admettre la sincérité. Sont ainsi représentés l'âme, mais aussi le sentiment extérieur, la fille de Sion, le pêcheur, bref tous les acteurs des drames liés à cet affect là. Le christ n'est pas le personnage le plus bavard des passions, mais bien l'évangéliste, celui qui prêche, qui guide et qui fait raisonner l'"histoire", ce qui doit régler l'injonction: vous rendez vous compte que ... ? 

    Et bien ces sentiments sont en fait hors de la religion proprement dit, tout en n'étant exprimable que par ses lettres et ses thèmes, qui finissent donc par se faire submerger par la musique: que dit elle, elle ? De décorative, elle devient première parce que géniale, et n'exprime sa complexité et son incomparable richesse que hors du langage, comme il se doit: c'est cela qu'il faut écouter, et entendre. 

    L'émotion que cela génère et la désespérante envie d'être comme lui fait la puissance du sentiment éprouvé. Etre comme lui? Etre capable d'exprimer cela? Emporté par la musique, les interprètes de ce genre de chose ne le font pas: ils ne sont, et ne se vivent que comme des participants à une expression collective dans laquelle ils ne jouent qu'un rôle partiel. Alors, les auditeurs doivent jouer leur partie est écouter le résultat, ils sont là pour ça, car c'est bien pour eux qu'on joue. 

    Ecoutons donc

    Bach c'est immense. Généraliser est difficile mais il y a des similarités entre ses musiques. Il faut bien sur séparer les oeuvres instrumentales, celles pour clavier, pour orgue, les cantates et les passions. On met la messe en si à part. 

  • La consommation de pif

    Une bouteille de vin c'est 75 centilitres.

    Cela fait donc 6 "verres" de 12.5 centilitres. 

    Un demi rouge, c'est donc 3 verres de vin, pour 37,5 centilitres

    La consommation journalière maximale recommandée est de 3 unités d'alcool soit 3 verres de vin. 

    Une unité d'alcool c'est un verre de vin, un demi de bière, ou un pastis (avec ou sans eau) ou un "whisky".

    Une unité d'alcool c'est environ 10g d'alcool par litre ingéré. 

    En fait, des études statistiques indiquent que l'espérance de vie diminue à partir de 10 à 20 unités d'alcool par semaine, soit 7 demis de rouge par semaine. Je vais bientôt mourir.

    L'alcool "fort" (45 degré) est 3 fois plus "fort" (teneur en alcool) que le vin rouge (12 degrés). Un whisky c'est donc 4 centilitres de gnôle. 

    Il y a un désaccord quand à la contenance d'une bouteille de vin entre 6 ou 7 unités d'alcool. Cela permet à la limite de donc se manifester plus tôt. Disons que le lobby anti pif voudrait passer à 2 unités d'alcool par jour autorisés.

    Une unité est éliminée par le foie en une heure. Il faut donc 18 heures pour éliminer une bouteille de whisky... 

    L'alcoolémie au volant interdite est de 0.5 mg d'alcool par litre de sang. Elle s'obtient après 3 unités d'alcool pour un homme pesant 100 kg, et 1,5 unités d'alcool pour une femme pesant 50 kg. 

    Du point de vue global, l'équivalence entre dose maximale autorisée pour conduire et dose maximale autorisée pour vivre est un peu symptomatique du fait qu'un maximum est atteint pour ce qui est de la règlementation, somme toute en l'état assez logique.

     

    La densité de l'alcool est de 0.8, donc 1 litre d'alcool c'est 800 g (1 kg si c'était de l'eau, mais cela ne veut rien dire). 

    La consommation annuelle d'alcool en France était en 1960 de 26 litres par an, et de 12 litres en 2016, ce qui faisait donc  6 verres de vin par jour en 1960 et  3 en 2016... Pas de quoi s'affoler, il est vrai qu'on compte les bébés et les enfants beaucoup plus nombreux en 1960 (qu'est ce qu'on se marre). 

     

     

  • Les Franc-maçons

    A l'occasion de la mort héroïque d'une mystérieuse double obédience, on va classifier. 

    Il y en a une quarantaine en France, d'obédiences maçonniques. On se réfère à (1) 

    D'abord le Grand Orient de France, GODF : 50 000, la plus ancienne et la plus grande. 

    Ensuite la Grande Loge de France, GLDF : 35 000,

    Puis la très controversée Grande Loge Nationale de France, 15 000, qui fit l'objet d'une polémique destructrice en 2011. 

    Pour finir par la Grande Loge Unie, avec ses cent membres. 

    Ca fait 150 000 maçons en tout. 

    Le déisme

    La grande histoire, c'est le déisme. Depuis la polémique sur le Grand Architecte de l'Univers, en 1877, le Grand Orient a progressivement et totalement supprimé toute référence à la religion. C'est la rupture avec le déisme anglo saxon et avec le reste de la maçonnerie d'ailleurs: toutes les autres loges ont des rites et des croyances variées. Les franc-maçons français sont spéciaux

    La Grande Loge Nationale de France, majoritairement formée d'anglophones, fut fondée en 1913 à partir du grand orient. Elle fit l'objet sous nos yeux dans les années 2000 de tous les soupçons que l'on peut avoir envers les maçons, soupçons justifiés d'ailleurs. 

    Cependant le vrai concurrent du GODF c'est l'écosse et son rite, le Rite Ecossais ancien et adapté (REAA), l'"autre obédience", gérée par un Suprême Conseil de France qui créa la Grande Loge de France en 1894. 

    La GLDF était l'obédience du héros, par ailleurs catholique. Cela permit à Macron d'attribuer à égalité le mérite du sacrifice aux deux spiritualités, sachant qu'on ne peut mourir qu'en martyr, le risque assumé d'un homme courageux ne pouvant se passer d'idéal déiste, et sachant aussi que le coté républicain du maçon est généralement plutôt assumé par le GODF, la loge des athées, celle de Valls ou de Bauer, mais aussi de Baroin père, par exemple. L'incroyable inculture de ce petit intellectuel cynique ne lasse pas d'étonner, de quoi se faire entarter. 

    Le Socialisme

    Totalement lié au parti Socialiste et à ses politiques séculaires, le GODF doit mal vivre la période actuelle, mais cela est difficile à savoir, et le contraire pourrait se concevoir, la franc maçonnerie n'étant pas communiste en général et au combien. La dérive gauchiste en serait une maladie, plus qu'un trope: les radicaux ne furent jamais extrémistes, c'est le moins qu'on puisse dire, et puis Sarkozy en était entouré. 

    La spiritualité

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    On en vient à la "vraie" FM. Il y a bien sur les rites secrets et ainsi donc V.I.T.R.I.O.L. » (Visita Interiorem Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem : Visite l’intérieur de la terre, et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée).

    La connaissance, pont aux ânes du premier cercle du spirituel pour les incroyants est donc la grande fonction du rite: décrasser l'esprit pour qu'il accède à la lumière. On est au delà d'un déisme, on est dans le purificateur, dans l'intéressé qui doit profiter: l'alchimie rose croix infecta tout cela à l'origine et l'homme doit progresser, c'est la fonction de la chose. Le cabinet de réflexion, la perpendiculaire, le sablier, la règle à 24 divisions sont les "outils" dont nous devons nous servir. Le cabinet, on y reste un certain temps: c'est pour réfléchir. Au fait, on dit "chambre de réflexion", "cabinet de méditation", suivant les obédiences ou les traditions diverses. C'est une pièce du temple.

    La connaissance est technique et nous concerne: la pierre est à l'intérieur de nous et nous devons manier le maillet et le ciseau pour y accéder. Que dis je la pierre: le Grand Architecte de l'Univers est là. 

    Ainsi donc, le symbole socialiste de l'effort sur les masses (serp i molot) est bien dans l'imaginaire maçonnique. Le symbole communiste, choisi par Lénine en 1918 n'est pas explicitement ni historiquement maçonnique, mais a bien plu comme tel... 

    Le "GADLU" est le nom du dieu des frères, à part qu'il n'est pas un Dieu mais un principe. Il y a un oeucuménisme de bon aloi dans tout cela: on peut se trouver compatible avec un catholicisme évolué, au sens vers lequel pouvait évoluer un catholicisme d'un certain type au siècle des lumières et après. 

    Au fait la franc maçonnerie a bien pour devise celle que la République a finalement adopté (Liberté Egalité Fraternité). A tout seigneur tout honneur. 

    Et puis les écossais, et la lumière dont on se méfie quand on est bon et vrai chrétien... Mais il ne faut pas mélanger, ce qui n'est qu'obscurantisme provincial pour le vrai athée a bien de vieilles racines. Elles se situent dans un univers dont l'athéisme est quasiment impensable. Même les libertins français tournaient autour du pot, et les condamnations au bucher qui marquèrent le début du XVIIème siècle étaient là. Donc il faut quelque chose et tous les philosophes cherchèrent à conceptualiser l'évidence.

    Et puis il y a l'évidente défaillance cognitive qui fut longtemps indispensable aux femmes (et donc que l'on se devait de manifester en public): l'on ne pouvait expliquer le monde et l'état des choses à la fois aimable et injuste, que par un principe supérieur. Cela était convaincant, et il suffisait de le rendre le moins bigot possible pour qu'il soit socialement acceptable. Cela marche encore et même les philosophes de l'athéisme on leurs anguilles pour se nourrir spirituellement.   

     

    (1) http://www.ledifice.net/1025-0.html 

  • Les comms

    Un très remarquable et très long entretien (1) montre plusieurs choses. 

    D'abord qu'une femme finalement assez "normale" (un peu vieillissante, mais mettable, avec un charme un peu froid mais un petit air fifille pas si déplaisant, on arrête là) peut parler normalement sans ridicule des choses importantes de la vie. Autant le dire, très peu de femmes de gauche passent l'examen. Ségolène Royal, compagne du précédent président, Brigitte Macron, femme de l'actuel, ont un zéro pointé. Pénicaud, Buzin sont au niveau, pas Chiappa. Bref, je me comprends. 

    Ensuite qu'on peut avoir un avis sur le canard enchaîné. Il est maintenant, pour ce qui me concerne fixé. L'interview des auteurs gênés du brulot anti Hollande cité par Fillon m'avait fait découvrir la chose: l'évidence ne peut se publier et il n'y a que le ton médiatique de la page 2: le soupçon graveleux manipulé et manipulateur non vérifié contrairement à ce qu'on dit: il est exclusivement la "seconde vérité" celle qui plait et qui pèse. On ne peut, face à ce genre de choses, qu'éprouver le mépris légitime que toujours on doit porter aux résultat des défécations nécessaires. Rien de plus, et considérer, comme le pensent vraiment certains, que cela est la "vérité" ou la "démocratie" est pitoyable. Rien qui ne mérite qu'on ne suspende la démocratie, tout qu'on la considère comme ce qu'elle est: le gaz qui accompagne les tuyaux de vidange. Tout le bonheur du monde aux gaziers, à qui je me permet de dire maintenant, après les avoir lu trente ans: je vous emmerde et conchie, je vous tuerai, mais en enfer. 

    Vexée et blessée par un racontar rapporté par un proche de Juppé qui lui a démenti (c'était vrai, mais en fait non, et la vérité de la chose a donc son état final, voir plus haut), Calmels, qui n'est pas de ce monde là, l'explique très bien c'est en 43:00. Rien n'a changé quand à l'état du monde, et de la presse et de la lutte pour le pouvoir en démocratie dans un monde qui décline, tout comme déclinait le monde libéral dans les années 30 du XIXème siècle, celui de Balzac. On a finit par voir le monde changer encore, puis encore, c'est la vie messieurs, et c'est la leçon de la chose. 

    L'exemple décrit du "nouveau monde" auquel a cru la totalité infiniment méprisable qui a élu ce tas misérable de parlementaires dont nous voyons qui ils sont et qu'on devrait respecter, mon dieu, c'est le parlement. 

    Quelques personnes remarquables saisi par l'occasion et déjà découragés, comme godillots méprisés guidés par des aigrefins, et surtout, le tas de merde de socialistes récupérés traitres et n'y croyant pas: la récompense de la lâcheté, de la connerie et de l'hypocrisie, trop heureux, en plus d'avoir été reélus, d'être classifiés de droite par les sondages. Quelle horreur... De quoi mériter un fascisme, c'était ça (et rien d'autre) qui a conduit aux renversements italiens et allemands de années 20 et 30 du XXème siècle et c'est cela qui a transformé la révolution sociale de 36 en Pétain. 

    Calmels vexée et moquée pour supporter l'immonde Vauquiez, et Philippe le traitre dégoutant considéré comme membre du nouveau monde, alors qu'il n'est que le dépensier sous maire d'une ville perdue, débauché et piloté comme un mouton après avoir, sans doute dés avant la bataille, conduit son mentor dans les choux. Son mentor: un vieux trompé, on verra l'année prochaine si il maintient sa dignité, ce n'est pas encore sur.

    En attendant, le premier ministre actuel, qui met en oeuvre aujourd'hui le non programme qu'il a défendu pendant la campagne (fonctionnaires, 35heures, heures supplémentaires, tout ce qu'il ne FAITPAS) se trouve être l'image même de la saloperie programmatique que l'honneur et la décence la plus élémentaire condamne absolument. Une pareille saloperie, de la part d'un personnage public est infiniment méprisable et mon mépris dégouté est infini. 

    Il faut en revenir à Juppé lui même, tout c'est fait pendant la primaire, et le drame est là, du moins pour Calmels, et cela hélas est à son discrédit (elle s'est tout de même gourée grave, la pauvre dans un instant essentiel, et avec pour mec le conseiller de Fillon, le mystère reste entier). Juppé a voulu se la faire synthèse, et il n'avait, lui, rien compris du tout. 

    Il faut le dire, la mince (au sens gymnique) raideur de la carrière ratée du meilleur d'entre nous fait un peu pitié. A l'écart des drames de l'histoire, il ne fut central que de l'échec terrible de la droite, et cela depuis le début de son chef Chirac, qu'il égale par l'échec: total et absolu. Et cela sans mort d'homme. Un destin "gaulliste". 

    Après la mort de Fillon et l'ascension d'une fille de pied noir, le vieux français n'a donc plus qu'à se taire: ça tombe bien il est mort, enterré et maintenant complètement hors de tout souvenir. Comme ce qu'il défendait d'ailleurs, ça tombe bien ce n'est plus à la mode. 

    Au vu et au su de tout le monde, le groupe LREM de l'Orne seul autorisé à serrer la main du président de passage dans la France rurale, fait la com assumée et évidente d'un petit pédé baiseur de vieilles qui cyniquement vient se foutre de la gueule de ceux qu'il encule: CSG, 80km/h tout cela se gère, la preuve. Que disent les sondages? On va le voir. Le prince héritier saoudien à ses cotés, celui la même qui l'avait fait changer son voyage à l'été, la gouape à l'aile de pigeon visible nous informe de la politique étrangère de la France, c'est le moment: la ligne rouge est franchie, "nous" en avons la preuve, et nous ne ferons rien en Syrie. 

    Un point au sujet de Calmels: elle a cru que Juppé serait un plan B, que Fillon allait voir sa campagne menée par les "maurassiens" et la "fachosphère" et que Lepen battrait Macron au débat et serait élue... Elle a cru aussi et là elle avait raison (à part le réel, et c'est tout l'histoire), que toute la droite avait un projet en commun en fait, et qu'il était en principe possible de la faire gagner. 

    Fidèle mais sans aucun sens politique, elle est "nouvelle" et rafraichissante, finalement... Assez sympathique, finalement mais hors du réel en fait. Ah qu'il est pénible: Clément Rosset est mort. 

    (1) http://www.valeursactuelles.com/politique/valeurs-ajoutees-fachosphere-erreurs-de-juppe-trahison-de-philippe-virginie-calmels-repond-valeurs-actuelles-et-la-france-libre-94682

     

  • Nietzsche

    Nietzsche, le grand inspirateur de tous les zozos est essentiellement un futur fou qui se contredit en permanence. Il convient cependant de remarquer à quel point il est "intéressant" et de le signaler à chaque fois. Car la contradiction a toujours plusieurs formes et vient de partout, se renforce et finalement plait. C'est à ça qu'on la reconnait.

     La volonté de puissance (Wille zur Macht)

    On peut parler de la volonté de puissance, qui n'est pas une volonté, et qui ne veut pas la puissance. Esprit du monde, moteur énergétique des animaux et donc de la spiritualité véritable, elle se décline de plusieurs manières. Contradictoires, bien sur. D'abord bien sur comme la volonté de Schopenhauer mais aussi de plein de façons différentes. 

    D'abord comme un "déterminisme": la volonté est donc esclave... "oh toi ma volonté ... ma nécessité". Ca commence bien. Il y a mieux: l'apparence, seule forme de la réalité EST la VDP. Plus exactement, c'est le réel qui est la VDP, et qui s'identifie à l'apparence donnée. 

    La contradiction, redoublée est donc fondatrice: c'est l'absolue soumission à un principe d'arbitraire qui rend l'apparence souveraine et donc irréelle, c'est à dire seule réalité... De fait, le message devient logique et la double négation s'anéantit: même l'explication devient immanente, et c'est sans doute le but. Pas mal non? 

    Mieux, la "volonté" n'a pas de finalité: le déterminisme est sans but: qu'est ce qui corrigera cette autre contradiction dans les termes ? Facile: l'action est son propre but, c'est cela la volonté, on revient à l'équilibre, donc... 

    VDP devient le "fait ultime", et donc la base de la vie ("la vie est VDP"), mais aussi des pulsions et des désirs. Le voilà l'inconscient qui a tant plus au monde moderne, le clinamen quoi: Epicure et Lucrèce, le fondement matérialiste des choses, déviation créatrice de l'équilibre de tout. Il n'y a pas que là qu'Epicure et Nietzsche se retrouvent, c'est le même esprit global... La puissance d'agir de Spinoza est évidemment du même acabit, le groupe des dissidents se constitue et on se retrouve. 

    Par contre, on se déchire entre soi: Nietzsche reproche à Spinoza son conatus, trop dirigé vers l'intérieur: la VDP elle est sortante, et on ne peut "vouloir la vie": la vie EST la VDP ! 

    Et puis la VDP s'adresse à l'homme et révolutionne (philosophiquement) la psychologie: celle ci est mu par les profondeurs de la VDP. L'inconscient vous dis-je: on sort de l'examen de la pensée comme forcément rationnelle pour la faire mouvoir par autre chose. Et donc, la psychologie devient reine: l'expression rationnelle de l'irrationalité de la pensée. Un vrai régal. Au passage, on note l'identification du psychologique au biologique tout cela est sur la VDP. On distingue dans cette opposition dépassée une double négation féconde... Et puis, et c'est aussi un aspect déterministe de la chose, la grande explication reste la "causalité" impériale et immédiate, qui commande tout, et donc, qui permet de tout ramener à la VDP... 

     Les valeurs

    Bien, mal tout est relatif et ça c'est Nietzsche: gut, gott, goth (N. adore les jeux de mots) tout ça fut défini par la race supérieure, bonne, et opposée à la race inférieure mauvaise. C'est tout. A la fois inflexible et indécidable et donc immuable, on reconnait là l'inéluctable d'un divin arbitraire. Au passage, les aryens sont bien la race des maitres, on y est, par contre, la race est bien "canine": on sélectionne, on améliore, on travaille: tout cela est acquis et donc "on n'est pas raciste", mieux la race vient de la culture et vice et versa. 

    En parlant de race, les juifs sont tout de même les inventeurs de l'inversion des valeurs, précisément. Peuple d'esclaves, esclaves longtemps, essentiellement esclaves d'ailleurs, ils en inventent la révolte, précisément. Les valeurs de l'esclave deviennent premières: effort plutôt qu'aptitude, maitrise des pulsions, amour des pauvres, ascétisme, toutes les valeurs hostiles à la vie. 

    La caractéristique de cette inversion est bien sur le sentiment de culpabilité suscité pour retourner le ressentiment contre soi même: c'est ta faute si tu souffres.

    Tout le pouvoir aux prêtres, et le juif Jésus n'est que l'un d'entre eux. Et c'est alors que l'on inverse encore une fois: il faut être terriblement amoral pour maitriser cela et exercer ce pouvoir inhumain sur les esclaves: 

    "Il faut être très immoral pour faire de la morale en action...". Les prêtres sont des dompteurs immoraux et pervers, car il enseignent et imposent la dégénérescence pour mieux assoir la domination des faux maitres. C'est donc au nom de la liberté qu'il faut combattre la démocratie, instrument de la domination des prêtres. Redoublement de négation, le pattern marche bien. 

     

    Le besoin de la cruauté

    Depuis les jeux du cirque, l'extase devant la croix ou la corrida, le besoin de la cruauté "cette grande Circé", est universel. 

    C'est là que Adorno et Horkeimer (5) situent la grande vertu de Nietzsche dont ils inversent carrément les valeurs: la jouissance cruelle du maitre est l'expression de la révolte contre l'oppression. Tout simplement. Le XXème siècle sera contradictoire ou ne sera pas et il l'a été. La cruauté n'est pas au nom d'une idole mais personnelle, elle exprimer en ruinant l'hypocrisie la jouissance de la domination et puis, philosophe des lumières, Nietzsche: tout comme Sade. Cruauté de la domination arbitraire: loi et nature, bien sur... 

    Contre Platon

    Bien sur Platon est très critiqué...  Mieux: identifié au spiritualisme, à la notion de sujet et bien sur au christianisme, il est considéré comme un théoricien de la faiblesse et un précurseur (en plus des juifs) du christianisme.

     Contre Marx

    Contemporain est lecteur de Marx, N. a bien sur un avis: l'"exploitation" est bien sur une conséquence inéluctable de la volonté de puissance, et Marx n'est qu'un chien, d'après Zarathoustra, un chien de feu. 

    Le soupçon

    Par définition philosophe du soupçon, N. a en fait inventé l'expression, qui acquiert donc bien son coté ambivalent entre les mains du maitre: 

    "soupçon implacable, radical, extrême envers nous-mêmes, qui s'empare de plus en plus, de plus en plus durement de nous, Européens", "Supprimez ou bien vos vénérations, ou bien - vous-mêmes !". Le nihilisme, donc. 

    La Généalogie

    En parlant de soupçon, introduisons ce qu'il y a de "relativiste" chez N. Généalogie, soupçon, perspectivisme, tout est là pour mettre en situation. Les choses sont devenues et depuis le croisement néfaste des races et l'entrainement à  l'esclavage, tous les déterminismes historiques et généalogiques, transhistoriques bien sur sont là. 

    Et puis, au delà des généalogies, une autre contraction: "il n'y a pas de faits, que des interprétations"... 

    Le nihilisme

    On en vient à la grande question. Nietzsche combat le nihilisme et en accuse tout le rationalisme et tout l'idéalisme... Car il y a le nihilisme destructeur suicidaire et le nihilisme chrétien de l'au delà, finalement de même nature car mettant le souhaitable hors du monde. 

    Et puis, il y a le nihilisme héroïque de celui qui refuse le monde pour mieux l'accepter. La pensée la plus négatrice qui soit (tu parles): par delà le bien et le mal. La figure de la double négation, particulièrement présente est bien fondatrice ici: Nietzsche est bien sur nihiliste, comprenne qui peut... 

    L'essentiel est tout de même l'annonce de la mort de Dieu, charmante contradiction (c'est le fond de la foi chrétienne) qui se trouve retournée deux fois, donc. Annonce de la culpabilité nihiliste, elle est AUSSI gaité, tout en étant une ombre qui se répand sur l'Europe: la fin du dieu chrétien annonçant le nihilisme, le vrai... Bref, une charmante choucroute energophore.

    Il faut rattacher tout cela aussi au sentiment de culpabilité, celui d'avoir mis à mort le Christ, précisément et qu'on retrouve bien sur dans la deuxième mort du Dieu, sentiment bien sur à dépasser etc. 

    La musique

    La musique nous donne ce qui précède toute forme, le noyau intime[Kern], le cœur des choses [das Herz der Dinge].

    Là on est bien d'accord, la frénésie dyonisiaque de N. envers Wagner qu'il se mit ensuite à dénoncer pour médiocrité. 

    Pourtant, N. fut le philosophe de la musique et musicien lui même, peut être n'a t il été qu'un musicien, auteur d'une musique devenue philosophie (2). Et c'est ainsi que la pensée de l'éternel retour ne serait en fait qu'une pensée musicale. Il le dit lui même d'ailleurs "la pensée même de l’éternel retour est manifestement indissociable de la sensibilité à la musique". Et puis: "Sans la musique, la vie serait une erreur": "Ohne Musik wäre das Leben ein Irrtum". Et puis: 

    "La jubilation, l’excitation à vivre qu’elle provoque ou accroît traduisent une acceptation pleine et entière de la réalité, au point d’en faire souhaiter la permanence ou le retour ". Bien dit... Et d'ailleurs cette question est liée à la notion de rythme, essentielle à la musique. La musique, d'abord dyonisiaque devient alors, décidément la danse est rythmée de partout, à la fois ivresse et conscience de l'ivresse, le rythme étant déchainement et aussi contrainte. C'est ainsi qu'on a une définition de l'état de la perception musicale: un de ces rêves où l'on sait que l'on rêve. Il n'y a que les contradictions dans les termes pour exprimer cela... 

    Par contre la trahison de Wagner, et pour Carmen en plus, fait de Nietzsche, comme on l'a dit un grand négateur de lui même. Ah Carmen, loin des brumes, "Sa gaîté est africaine" ! Le fait est que N. s'est déchainé contre le culte wagnérien: spectacle grand public, mais aussi porteur de modernité musicale destructrice (on reconnait bien là le contradicteur contradictoire), il haïra aussi chez Wagner l'allemand antisémite de l'époque, méprisable homme du ressentiment... Une jalousie de créateur musical allemand fin de siècle? "il a rendu la musique malade". Il faut aussi dire que si la tétralogie c'est 1876, Parsifal c'est 1882, N. n'aime pas le christianisme moyen âgeux, il faut le dire.

    Par contre, nulle trace de Bruckner dans ce qu'on dit de N.. L'a-t-il connu?

    Pourtant en 1873, Wagner accepte de Bruckner la dédicace de sa 3ème symphonie...  

    L'éternel Retour

     "amor fati": ah la belle philosophie, fait comme et réalise que, tout se répète indéfiniment à l'identique. Doctrine historique, religieuse, moral, scientifique? C'est à coup sur une excellente idée, et apparemment similaire à la métempsychose et à la réminiscence platonicienne, comme quoi qui aime bien châtie bien.  

    "la question, posée à propos de tout et de chaque chose, « veux-tu ceci encore une fois et encore d'innombrables fois ? » ferait peser sur ton agir le poids le plus lourd ! Ou combien te faudrait-il aimer et toi-même et la vie pour ne plus aspirer à rien d'autre". Une certaine grandeur de la part du maître, il faut le dire. 

    Le caractère scientifique de la doctrine est pourtant patent pour le moustachu: il se permet de critiquer la science de son temps à cause de cela et son enthousiasme pour le très original jésuite astronome des lumières Boscovich est assez saisissant: de quoi unifier, en vrai philosophie pré socratique les forces mentales et naturelles. Boscovich (1) théorisa des points de forces non matériels pour expliquer toutes les forces. De la pré gravitation à boucles en  quelque sorte, en tout cas et c'est ce qui séduit N., il est "avant" la matière, la substance, le "dur". La notion de force, d'énergie est donc première, et l'atome est non matériel. Mieux: l'espace est une apparence, il n'y a que de l'énergie partout.

    Energie (ou force) infinie étant contradictoire selon N. (sinon, il n'y aurait rien...), tout se conserve donc et donc aussi le nombre d'états et l'éternel retour est donc confirmé. Mieux, sa théorie de l'énergie est ainsi la base de tout, de VDP et aussi de ER.

    Au fait, le déclenchement de l'énergie (Energie), de la puissance (Macht), de la force (Kraft) c'est l'"Auslösung". 

    Et puis, on a l'échange de puissance, bien sur à la base des relations humaines, et cela dans tous les domaines. On soupirera sur ces généralisation scientistes, très XIXème siècle, et qui eurent des conséquences. Savoir que le XXème siècle développa toutes les clarifications possibles sur ces questions ne devrait pas lasser d'inspirer. De ce point de vue, le pauvre N. fait pitié, mais aussi tous ceux qui embrayent directement sur le coté figuré en laissant de coté le coté figurant, pourtant base de la métaphore, et profondément datée, je dirais, elle aussi. Toutes ces identifications avec l'énergie, avec pour finir la détestation métaphysique de l'énergie nucléaire me répugnent profondément.  

     Heidegger

    On l'avait déjà remarqué, H. est bien sur anti N., la VDP étant essentia, l'ER existentia, donc métaphysique de l'être théologique classique, un platonicien vous dis-je. En tout cas, cela ressemble à de la jalousie mal placée: le poète envieux de l'être rejette son initiateur en négation du principe de la contradiction dans les ténèbres du rationalisme. Il en fallait du culot, et H. n'en manque pas. Il évoque, lui aussi est un génie et aussi un généalogiste (et au combien) le nihilisme de N. comme épuisant, après la disparition du supra sensible, les valeurs qui en restent dans la volonté de puissance, devenu le nouvel être. Et oui, on a là un objet G, et c'est H. qui le dit. (3).

     Le surhomme Übermensch

    Au delà de la "brute blonde" "en quête de proie et de carnage", le surhomme c'est d'abord l'abolition de l'homme soumis à la raison et le sujet par excellence de la VDP. Il est donc ce que l'homme est au singe: le "sursinge" (Maurice G. Dantec).

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     Le surhomme a évidemment un pendant le "dernier homme". "Sa race est indestructible comme celle du puceron".

    Sans parle du sublime (Zarathoustra dixit) "Je vous apporte un nouvel amour et un nouveau mépris : le surhomme et le dernier des hommes." On continue, "L'homme est quelque chose qui doit être surmonté." "…ce que doit être l'homme pour le surhomme : une dérision ou une honte douloureuse." Bref, ça fait envie. 

     Foucault

     On doit à Jacques Bouveresse un dézinguage de Foucault au nom de Nietzsche qui vaut le détour (4).

    Car pour N. et pour B., c'est la vérité au sujet de la vérité que l'on cherche, et elle n'est pas ce que l'on croit. Voilà le sens (contradictoire, mais puissant) que les meilleurs peuvent attribuer à N. et là est sans doute le fond du génie, toutes les apories étant, au moins en principe, porteuses de sens. 

    Foucault n'a pas cette subtilité, ou du moins pas d'après B. Il affirmerait bien que la notion même de vérité est au sens anthropologique issue de la volonté de connaître. Rien de tout cela dans le contradictoire véhément de N. 

    Le Gai Savoir, La gaya scienza

    On y trouve des choses variées et aussi l'utilisation des paradoxes logiques pour prouver l'absence de la vérité... 

    Sinon, l'esprit fort de N. m'a toujours paru comme une recette secrète pour gauchiste manipulateur: le plus grand mépris pour toute espèce de sous homme et un grand discours de haine pour toute autorité, comme si on cherchait à convaincre des femmes en se faisant passer pour un révolutionnaire: un discours et une conscience d'adolescent frustré, et cela a d'ailleurs service à cela à un point invraisemblable pendant tout le XXème siècle... Et puis, aussi une doctrine secrète: il faut prendre le temps de lire, et cela n'est pas donné à tout le monde. On se fait à bon compte une motivation d'initié en silence, pour mieux extérioriser l'essentiel: le refus des valeurs, certes, mais au prix du bétonnage intérieur sataniste. On a rien sans rien: le gai savoir est celui du chien qui voudrait être un loup (pas mal celle là, non?).

     

    N. meurt en 1900, végétatif depuis prés de dix ans. Le début de sa grande déchéance en 1889, correspond à un cheval battu par son cocher qu'il embrasse mystérieusement à Turin. 

    (1) Boscovich https://www.persee.fr/doc/rhs_0151-4105_1996_num_49_4_1262 

    Il fut parait-il fasificationniste ou du moins mentionne l'approche, en critiquant le réalisme naïf. Il n'en reste pas moins un inductiviste et se doit d'être cité en ces domaines.

    (2) https://www.cairn.info/revue-archives-de-philosophie-2001-2-page-343.htm

    (3) H.etN. https://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_1968_num_66_91_5445

    (4) http://www.actu-philosophia.com/Jacques-Bouveresse-Nietzsche-contre-Foucault

    (5) Horkeimer et Adorno http://journals.openedition.org/asterion/1585 

  • Les fonctions

    Après les catégories, les fonctions. 

    Les fonctions

    Une fonction c'est... 

    1) Un être potentiel, défini par sa capacité à transformer n'importe quel élément issu d'un tas d'objets. 

    Un tas d'objet, c'est un "type" d'objet, et une fonction transforme tout élément d'un tas en un élément d'un autre tas.

    f: A -> B         après le ":" , la "signature" de la fonction, qui associe deux types identifiés. 

    Un point important: une fonction "marche" pour TOUS les éléments du type de départ. Elle est "totale". 

    2) La définition de la fonction, c'est autre chose, elle s'exprime en général avec une "chose" supposée être mise à la place d'un élément quelconque de A lors de l'application de la fonction. 

    f = lambda a  EXPRESSION(a) 

    Ici, EXPRESSION (a) désigne une formule avec a en variable libre et qui produit un B (bien sur).

    3) Bon on attaque direct, on veut définir des fonctions en fonction d'autres fonctions, avec l'aide d'"opérateurs": 

    f then g = lambda x g(f(x)) 

    Une fonction, c'est une abstraction pour un "calcul", qui transforme une donnée. C'est un "pas" élémentaire dans une marche globale, mais abstrait: il faut appliquer la fonction pour qu'un travail soit fait. En attendant, c'est juste un plan, un ordre, une recette. 

    On notera "id" la fonction identité. 

    Au fait,

    f then id == f 

    id then f == f

    Bien sur le "==" est assertif: il dénote l'égalité entre deux expressions définissant des fonctions. 

    Le rêve, et fantasme assumé ici, est de ne jamais parler des fonctions à partir de leur définitions, la lambda pue. On veut parler de tout ça de haut, on n'est pas des programmeurs, nous, berk. 

    La curryfication. 

    Les fonctions de plusieurs arguments sont en fait des fonctions de un argument composées, qui se passent des fonctions. 

    f: A , B -> C   se note en fait f: A -> B -> C

    Haskell Curry a inventé tout ça. Au fait c'est le Curry de Curry Howard et le Haskell du langage de programmation... 

     

    HaskellBCurry.jpg

     

    Les foncteurs 

    Les types d'objets peuvent être transformés. Par des "foncteurs". 

    Les foncteurs les plus connus sont les "monades". On va bien sur considérer ici exclusivement les monades... 

    En gros, un foncteur c'est une monade qui n'a que l'opérateur "map". Les monades ont des opérateurs supplémentaires.

    Par exemple, Option (ou Maybe), OP. 

    OP(A) est un nouveau type construit à partir de A, avec un élément en plus, NONE. Cela permet d'exprimer des raisonnements en supposant (indument) que tout type possède une valeur supplémentaire "null", "none", "rien", "zéro pointé", qui exprime l'absence, la non présentabilité, l'impossible. Par exemple, lorsqu'une opération de recherche d'un objet de type "Personne" ne trouve rien, que doit retourner l'opération? Elle pourrait retourner une Personne particulière, la personne vide, mais cela serait paradoxal: s'il n'y a personne, il n'y a pas quelqu'un. On convient donc, trop souvent, de retourner une valeur unique, le fameux, l'infâme "null". C'est pour cela qu'une opération qui retourne soit disant une Personne et qui ose à son gré retourner parfois "null" ne peut prétendre être "typée". Elle est plutôt, et à strictement parler, "vérolée": tremble utilisateur ! On te ment.

    C'est ainsi donc, finalement, pour cela que OP, comme type suprême, permet de rétablir l'honnête: tu recevra dans tous les cas un élément du type "OP[Personne]" et parfois, NONE, c'est à ça qu'on le reconnait. Voilà qui est propre. 

    Mieux! OP permet d'appliquer à ce qu'il cache toute opération spécifique du scellé objet: avec une fonction.

    p: OP[Personne]

    p.map( x -> x.désignetoi())  

    La fonction "cachée" désignera toujours une personne, à moins qu'on lui donne NONE. Dans ce cas, map retournera DIRECTEMENT NONE, et donc évitera la confrontation de l'absence et de l'opération qui ne la supporterait pas. 

    Bon on arrête là. OP, Option, Maybe est le truc du fonctionnel pour en terminer avec les pointeurs nuls. Simple, efficace et qui aurait du être adopté bien plus tôt dans l'histoire, cela nous aurait fait perdre moins de temps... Pour en finir vraiment, il bien comprendre en plus que NONE ne remplace par "null" lui même, ce qui ne changerait pas grand chose, mais bien la honteuse erreur du "pointeur nul" déclenchée immédiatement par toute opération sur la honteuse valeur non typée.  

    Plus exactement, la notion de "monade" est entièrement contenue dans l'exemple de OP. Disons de plus, pour adopter un vocabulaire plus "fonctionnel" qu'une expression de calcul, utilisée pour définir une fonction peut décider de considérer OP(X) plutôt que X comme type de destination, et donc décider de produire un "effet" en plus du calcul. Disons que cet "effet" va consister dans certains cas, à produire la fameuse valeur NONE, porteuse d'une signification particulière, qui est précisément l'absence de calcul. 

    En fait, tout ce qu'on va dire s'applique ici à X mais en fait à n'importe quel autre "foncteur", dont OP. Imaginer qu'un foncteur est un truc aussi stupide que "Option", qui permet de représenter n'importe quel objet de type X, y compris son absence, qui plus est typée, m'a toujours ravi. Représenter l'absence par un élément supplémentaire est jouissif, désolé. Que la quintessence de la monade soit précisément cette construction est une bénédiction. Profitons en. 

    L'opérateur "return"

    Considérons la fonction "X.r". Par définition, elle construit un objet de type X(A) à partir d'un objet de A. Elle ne produit jamais "NONE", dans le cas de OP. Un foncteur c'est pas bijectif, et au combien.

    X.r: A -> X(A), et cela "pour tout" A. Dans le cas de OP, OP.r est bien sur l'identité. 

    En fait, X.r marche pour n'importe quel objet, de n'importe quel type. Une fonction générique, en quelque sorte. 

    Il s'agit du constructeur élémentaire, de l'application primale. On l'appelle "return", ou "point".  

    Le "map"

    Maintenant, prenons X(A), et une fonction de A vers B. Et bien, 

    X.m: X(A) -> (A->B) -> X(B) 

    X.m la fonction "supérieure" de "mapping", qui va transformer X(A) en X(B). Ce qui caractérise la functoritude. 

    On reconnaitra ici la célèbre "commutabilité" de la théorie des catégories: 

    A partir d'un a dans A, je peux: 

    - appliquer une fonction de type A->B, puis construire un X(B) avec X.r

    - construire un X(A) grâce à X.r, puis appliquer X.m à la fonction et obtenir un X(B)

    Il va sans dire que les deux X(B) que l'on va obtenir sont égaux, par définition. 

    Si f: A->B, 

    f then X.r == X.r then X.m(f)  

     Quand je dis "sont" je veux dire "doivent être". Ces choses sont soumises à des lois qui caractérisent leur existence, et c'est (encore) à cela qu'on les reconnait. 

     

    Le "flatmap" et la monade 

    Il y a un autre "opérateur" de foncteur, "flatmap", "bind" ou ">>="

    X.fm : X(A)   -> (   A->X(B)   )  -> X(B)

    On commence tout de suite à bétonner en reliant fm et m:

    X.fm(f then X.r) == X.m(f) 

    C'est assez logique en fait: fm porte sur une fonction qui produit un OP(B), lui même construit par "r". Ce type d'assertions est assez naturel, et typique des catégories: tout ce qui est naturel se manifeste, c'est fait pour, c'est la nature... Il s'agit d'un raisonnement "aux dimensions": les lois de la nature c'est pareil, E = m * v^2, c'est pas dur à trouver. 

    Commentons avec la sémantique de Option.

    Soit un calcul qui donne une OP(A) et un calcul qui donne une OP(B). On veut séquencer les deux calculs, sachant que le deuxième s'exprime en fonction d'un "A" (bien sur, c'est ça un "chainage"). Le "then" ne marche pas: en effet, le deuxième calcul ne peut avoir lieu si le premier retourne NONE: un pointeur null ça fait planter. Il faut donc, pour séquencer correctement, tester le pointeur null, ici le NONE. Et  bien, imaginons un séquenceur intelligent, dépendant de OP, qui le fasse, bingo, c'est "fm". Et oui.

    OP.fm( résultat du calcul1, fonction définissant le calcul2) = résultat du chainage du calcul1 et du calcul2

    C'est cette expression qui fait dire que la monade est l'"essence du séquencement" en programmation: la présence du NONE, qui peut survenir dans n'importe quel calcul intermédiaire implique bien sur alors la valeur finale du calcul (NONE, bien sur). 

    Mais c'est grâce au fait que OP est une monade, et donc en fait à sa fonction flatmap, qu'on "peut" enchainer des blocs fonctionnels construits indépendamment. 

    Pour enfoncer le clou, il faut comprendre que ce qu'on veut composer, ce n'est pas simplement des fonctions, par exemple f: A-> B et g : B->C, cela on sait le faire, mais des fonctions qui ont "de l'effet", c'est à dire f: A ->X(B) et B->X(C). Pour ce faire, il faut un truc qui dépende de X et qui encapsule le transfert de l'effet à travers la deuxième fonction. Ce truc est bien sur "flatmap". 

    La notation ">>=" permet d'avoir un "flatMap" exprimé en notation infixe. C'est le nouveau "then", le then avec effet. 

    flatMap est une fonction de fonction étrange, qui connait intimement sa monade: elle plonge dedans, trouve l'objet encapsulé, et lui applique une fonction de création d'une autre monade. C'est pour cela que si la fonction de création est le "return", fonction de création de base, on obtient l'identité: 

    X.fm(X.r) == id, ce qui est bien sur une "loi".  

    La séquence 

    On en vient à la séquence "monadique", qui permet de chainer des calculs en se ramenant, cela m'avait perturbé au début, tant je trouvais cela ridicule: quoi ? Tous ces efforts pour se ramener à de l'impératif ? 

    En gros, on peut archiver dans un contexte (un "for" scala, typiquement, ou un "do" haskell), plusieurs objets d'un type de monade donné (une seule, pas de mélange), les nommer, appeler des fonctions avec ces noms, puis finalement générer une expression de sortie avec ces noms. Et bien le résultat sera une instance de ce type monadique, construite avec l'expression de sortie. 

    La construction fonctionnelle est une suite de flatMap emboités (c'est pour cela qu'on l'appelle "bind") représentant chaque extraction monadique nommée, finalisée par un map.

    Toute les utilisations des monades mettent en valeur cette construction. Par exemple, si des "get" dans des hashtables retournent des OP, on peut faire avec profit: 

    for ( x<- OP(1) ; y <- OP("foo")) yield x + y.length 

    retourne OP(4)

     Cette "reductio at imperativo" (...) est précisément l'objet, intérêt et but de la monade. Au delà de l'identification du monadique au calculatoire, retenons plutôt qu'il s'agit d'une astuce permettant de garder les avantages de l'impératif tout en restant fonctionnel. Ainsi, flatmap, en gardant de coté NONE dans un séquencement où la chose apparait, permet d'éviter la bébête exception ou les méchants return emboités que nécessiterait la prise en compte du NONE. La gestion de l'"effet" est fournie par le type de donnée et son flatmap, qui en assure le transfert dans un chainage fonctionnel.   

    Le Kleisli 

    Un autre opérateur c'est K: 

    f K g = f then OP.fm(g) 

    K est une manière de faire des flatmaps dans l'ordre, et donc permet d'exprimer "naturellement" (au fur et à mesure qu'on le fait) des calculs. 

    Ici, la notation fait que "K" trouve tout seul le bon fm à appliquer suivant les types des valeurs de retour des fonctions. 

    K est l'opérateur "fish" noté ">=>"

    f : A -> OP(B) 

    g: B -> OP(C) 

    et donc f >=> g : A -> OP(C)

     

    Le Kleisli a bien sur de super bonnes propriétés, par exemple: 

    f K OP.r == f      (bien sur ici,  la deuxième fonction a pour domaine le type d'option...

    OP.r K f == f

    f K g K h == (f K g) K h == f K (g K h)

     

    La monade STATE

    On va se permettre (après coup) un petit ride sur la monade STATE. Là l'idée est que l'effet du calcul emboité va consister à chaque appel à modifier une valeur, et donc à mettre à jour un "état" qu'on va transmettre à l'appel suivant. C'est ça l'"effet". Pour éviter de 

    Pour commencer, le type de la monade STATE est un type FONCTIONNEL, un type de fonction. Perturbant, mais une fonction est une valeur comme un autre. Pour en rajouter à l'abstraction perturbante, il faut considérer un type en plus, celui de la donnée stockée, ici S. A est le type monadisé, mais pour pouvoir le lier à l'état, il faut une fonction... 

    STATE(S,A) = S =>(S, A) 

    A partir de là, on va pouvoir élaborer... S est le type de stockage du "state", et A son expression. Le type de A peut être quelconque pour un STATE donné, et c'est là une première source d'obscurité, ou de compréhension profonde. Disons que A est le type normal résultat du calcul, et que S est le type de la donnée qu'on veut modifier par effet de bord. 

     

    Prenons un "state" qui serait une pile (par exemple). Une liste d'entiers. 

    STATE n'exprime pas une structure de données, mais ce qu'on peut faire avec, en fait TOUTES les opérations possibles sur le type de stockage qu'il/elle encapsule. 

    pop = s == Nil => (Nil, None) , s == h::t => (h, t) 

    push a =  s => (a::s, Unit) 

    Les deux opérations expriment des opérations possibles et retournent des STATES (des objets de type STATE, c'est à dire des fonctions). Ainsi, pop() (  List(1,2) )  retournera  (List(2), 1)  comme de bien entendu.

     

    On a donc bien ici un principe de construction de programme, et non pas de la simple programmation... 

    Mieux que ça, 

    SI on convient de noter que

    a) dans le tuple t = (S, A), S s'obtient en écrivant "t.S" et A en écrivant "t.A"; 

    b) 

    map  state: STATE ,  f: A => B               =         s => (         state(s).S       ,        f ( state(s).A )                ) 

    flatMap state: STATE  ,  f: A => STATE(S,B)    =         s =>   (        state(s).S     ,      f (     state(s).A    ).B      ) 

     

    On va utiliser Kleisli et donc construire un programme, complètement abstrait: 

    pop() >=> x => if (x.isempty) push(1) else push(2) ) >=> x => push(33) 

    Dans ces chaines d'instructions, le "state" est passé magiquement de manière invisible, chaque fonction

    intermédiaire prenant en paramètre la valeur calculée précédemment. 

     

    Types algébriques

    Il nous faut parler des types dits "algébriques" car défini suivant les cas... Il faut bien pouvoir aussi définir les types en les composant, et ici on exprime qu'un élément est d'une type donné quand il est "ça" ou (|) "ça". "ça" cela peut être une suite fini de cas. 

    L'arbre "ou/et" de définition fait ainsi toute l'algèbre de la définition des types. Ah que c'est bon que de calculer sur autre chose que des nombres...

    List(A) = NIL | A  List (A)

    en gros une liste de "A" (on a bien un foncteur pour commencer) et bien c'est soit NIL , soit  la concaténation d'un objet de type A et d'une liste de A... La définition est "récursive", y a pas que les fonctions. 

    Un point: y a pas non plus que Haskell dans la vie et ma syntaxe c'est celle qu'est à moi.

    De plus, deux listes se concatènent avec l'opérateur (de liste) "++". 

    Il faut comprendre que List est un "foncteur", et que le type algébrique est un constructeur de type paramétré par un type. Nous voilà avec un langage de programmation qu'est déjà bien puissant... 

    Folding

    Les fonctions récursives, c'est bien et les schémas de récursion encore mieux. Ce sont des fonctionnelles, des fonctions de fonctions et l'incontournable "foldr" (ou "reduce") se doit d'être décrit. 

    Soit une fonction à deux arguments, qui donne un résultat, par exemple l'addition des entiers: 

    f: A -> A -> B

    "foldr" se définit sur une liste comme donnant ce résultat, à partir d'une fonction comme ça, et d'une valeur initiale du résultat. Il s'agit de se déplacer sur la liste, et d'accumuler.  

    foldr : fonction  valeur_initiale_de_type_B    List A  -> B 

    foldr f b NIL = b   // b est bien une valeur initiale, fin de récursion, la valeur initiale est le résultat. 

    fold f b (h:t) =   f   h     (foldr f b t )    // on extrait la tête de liste et on récurse... 

    On a bien le "schéma" général de calcul qui consiste à prendre le premier élément de liste, et l'additionner au "reste", qui une application récursive sur le reste de la liste...

    Grâce à foldr, on a bien des expression purement fonctionnelle de calculs récursifs variés: 

    sum = foldr + 0 

    filter g = foldr ((lambda x if (g x) (List x ) else NIL )  then ++ )  NIL 

    En effet,

        filter (lambda x x == 1) NIL == NIL 

        filter (lambda x x == 1) List(1) == 1  (...)  foldr (...) NIL NIL == List 1 ++ NIL 

    Bien évidemment, ces schémas de récursion, sortes de méta programme, se trouvent à faire pour tous les types qu'on peut définir. Faut abstraire dans la vie.

     

    LES folds

    Il y a en fait plusieurs folds... 

    La définition de "sum" faite ici avec foldr est consommatrice de "pile": 

    sum (1 2) = 1 + (foldr '+  0 (2)) = 1 + 2 + (foldr '+ 0 ()) = 1 + 2 + 0

    Il faut attendre la toute fin de l'exploration récursive pour enfin pouvoir additionner quelquechose...

    C'est pour ça qu'on a fait foldl (fold left):

    foldl f b nil = b        // comme pour foldr

    foldl f b (h:t) =  foldl f ( f b h) t        // on calcule DABORD  une operation binaire) 

    Ainsi donc   foldl + 0 (1,2) = foldl f (0 + 1=1) (2) = foldl  f  3 () = 3

    Pas de mémorisation inutile en apparence, pourtant, la fonction est bien récursive et consomme de la pile aussi...

    Folding généralisé

    On peut folder n'importe quoi. Par exemple des arbres. 

    On reprend. 

    Tree(A) = NIL | Tree(A)     A      Tree(A)

    tfold : B -> f -> Tree(A) -> B       (avec f : B -> A -> B -> B)

    tfold b _ NIL = b ; tfold b f  (l x r) = f ( tfold b f l ) x (tfold b f r) 

    Alors, on peut lister les valeurs des noeuds d'un arbre: 

    flatten (NIL) = NIL ; flatten l x r = flatten (l) ++ List(x) ++ flatten (r)

    Autrement dit: 

    flatten = tfold NIL (lambda ( l x r )  l ++ List(x) ++ r)

     

    Au fait, on peut folder Option... 

    OP

     

     

    Les schémas de récursion sont importants, tu parles. Revenons sur le plus simple d'entre eux

     

    Super Types

    Un type a un type, on dit une "sorte" (kind). Integer a pour sorte "*", et OP, "* -> *". 

    Un Functor, c'est donc un "* -> *", mais avec une methode, dite "fmap" en fait ici "m".

    F.m : (A -> B) -> F(A)  ->  F(B) presque comme on avait dit... 

    Les "classifications"

    List est bien sur une monade. List(A) un type intéressant, vraiment pas en bijection avec A puisqu'exprimant n'importe quelle multiplicité de A... On avait parlé de "++". Il vient d'autre chose qu'un type algébrique, qui n'a pas d'opérateurs à priori. Et bien pour introduire des opérateurs, on va appliquer des foncteurs, les différents types de foncteurs portant des opérateurs particuliers. 

    On a vu les opérateurs m et fm, spécialisés selon les foncteurs et notés comme tels plus haut, par exemple "OP.m".

    Avant de nous lancer dans l'apprentissage des syntaxes diverses de Haskell ou Scala (ce qu'on ne veut pas faire), disons qu'on peut regrouper les opérateurs et les "projeter" sur un type algébrique avec un foncteur.

    Par exemple, il existe un foncteur super utile qui s'appelle le "monoïde", noté ici MON. Il a pour opérateurs 0 et + avec bien sur les signatures suivantes: 

    MON(m) = 0 : m      ,    + : m -> m -> m

    C'est un foncteur avec ses lois, et donc sa fonction MON.m ou fmap... 

    La "freeness" ou "libertitude"

    Prenons la liste, est bien on peut lui appiquer le foncteur Monoïde sur les types, et cette application est dite "libre" ("free") dans la mesure où elle est triviale, évidente. La liste est le "free monoïd" sur les types... Le "plus" monoïdal est bien sur le "++" des listes. Le Monoïde engendre la multiplicité. Notons ici que le free monoïde a pour caractéristique de NEPAS modifier ce qu'il transforme: les listes concaténées restent là. Cette interprétation de l'addition est distinguée (c'est ça la libertitude) de l'addition arithmétique, qui elle "détruit" ses entrées... 

    Cette notion de libertitude (freeness) est la source d'un concept de haute volée en fonctionnel: la "free monad", parangon de la modernité en programmation.

    En gros, la monade libre, c'est la libertitude que donne un foncteur spécial, nommé Free, et appliqué, c'est ça le truc, à un foncteur particulier.  Le résultat est une monade spéciale, tout comme la liste est un ensemble spécial... Etant "free" la transformation ne va pas perdre ou détruire les données d'entrée. Celles ci étant des instructions, on ne va pas "exécuter" le programme, mais en garder la représentation intacte.  

    Il faut bien comprendre que Free est la concaténation d'un foncteur et d'un type. C'est sur ce type là que l'on a une monade... 

    Free F A = A |   F (   Free F A   ) 

    charmant emboitement, quasiment naturel, on dirait (tu parles comme c'est un hasard) une expression du point fixe (comme en (3), pardon de me citer moi même). On a une structure récursive d'application du foncteur, se terminant sur un type donné. 

    Pour illustrer les propriétés de la bête, prenons OP.m définie sur OP(A). Trivialement: 

    OP(A) = NONE | OP(a)  // on le rappelle

    Voyons voir une expression de la fonction m dans mon langage à moi, on distingue les cas plus haut: 

    OP.m f NONE  = NONE   |   OP.m f OP(a)  = OP (  f( a))      // f est bien sur une fonction de A vers B

     

    Pour List c'est pareil: 

    List(A) = NIL  | A List(A) 

    List.m NIL f = NIL

    List.m f (A LIST (A))   = List.m f ( List(a) ++ s )  = List(f(a))  ++  List.m f s   

     

    Pour Free, c'est pareil:

    Free F A = A | F ( Free F A )

    Free.m  f  A =  Free.m  f  a = f(a)  ;    Free.m  f  F(x)   =  F ( F.m ( Free.m f) F(x)  )  

      

    On continue avec les opérateurs de monade: 

    Free.r  Free F(a) = a 

    Free.fm  f  a = f(a)

    Free.fm f Free F(X) = Free( F(X).m (Free.fm f) F(X) ) 

    On a donc bien une monade, avec la flatmap définie de manière récursive... 

    Pour finir, on a un operateur spécial supplémentaire pour Free, dit "lift", pour "pousser vers le haut" un bête foncteur et le transformer en monade. 

    Free.lift: F(A) -> Free F A

     

    Definir un DSL à partir d'un type algébrique

    On en vient alors à ce qu'on fait de tout ça. 

    Soit le type "Move" paramétré par "Position". On a: 

    Move [Position] = Forward [Position] | Backward [Position]

    L'idée est de travailler dans le monde "Free", qui va nous faire une monade de tout cela (c'est l'intérêt). 

    Les fonctions forward et backward prenant Position en paramètre, au lieu de bêtement changer de position, vont retourner une monade libre en liftant l'instruction correspondante paramétrée par leur paramètre: 

    def forward: Position -> Free Move Position = p -> Free.lift ( Forward (p) ) 

    A partir de là, on peut appliquer le langage des monades, et enchainer les opérations: 

    forward (p1) >=> backward(p2) ...

    Le résultat sera l'accumulation non destructive de toutes les opérations faites, c'est à dire le programme prêt à être exécuté, complètement représenté. Le langage de programmation est donc ici utilisé d'une manière spéciale avec un "cran en plus": les structure de données sont utilisées pour représenter non pas le monde qu'on souhaite modifier, mais la machinerie qui sera utilisée pour changer le monde... Et bien ce type de programmation là, il est "post von neumann" (je me lance), quasiment gödelien, auto codé. 

    Programmer avec les monades libres.

    La programmation avec les monades libres se fait donc en deux temps. Typiquement en codant d'abord avec l'image par Free des types algébriques qu'on pourrait définir, et qui sont, comme de juste des foncteurs. Le résultat sera une structure de données qu'on pourra introspecter en la matchant avec les transformés par Free des différents types, laissés intacts. On peut alors soit les afficher au mur, soit les exécuter, avec l'efficacité que l'on veut... 

    Une telle programmation est dite "interprétative": on code la sémantique de son programme, charge ensuite à un exécuteur d'en faire ce qu'il veut. Cette disjonction coordonnée entre les deux phases du plus beau métier du monde a peut être un avenir, mais reste suspendue à la qualité des exécuteurs. Ah la belle sémantique qui rendrait évidente les parallélismes vrais, ceux qui seraient quantisables... L'histoire n'est donc pas finie, tiens tiens... 

    Le pattern "interpréteur"

    Tout ça est en fait une manière convoluée et un peu prétentieuse d'appliquer le patter "interpréteur", comme expliqué avec enthousiasme au paragraphe précédent. Un autre exemple est la monade "Reader". Elle prend en paramètre une fonction dite "run" (tiens, tiens) qui à un objet configuration indéterminé associe une donnée à lire...

    Reader.m (f) = run then f   // mapper c'est transformer

    Reader.fm (f)  = lambda c (run then f)(c).run (c)    

    2 choses ici.

    - Un Reader "calculé", comme par exemple ici '(run then f)(c)'    (f ayant pour domaine un Reader), contient une fonction. On l'obtient conventionnellement ici en appliquant la méthode "run", qui retourne une fonction. Fonction que l'on peut appliquer.

    On peut alors utiliser les Reader pour configurer un programme, celui n'étant exécuté QUE quand la configuration sera disponible, typiquement en appelant la méthode "run" et en lui passant en paramètre, (on dit aussi "injecter") une configuration particulière...

    On commence par construire une abstraction du programme.

    monprogramme = for ( x<- Reader(c-> c.get) ) yield program(x)

    Cela utilise le "for" monadique, qui permet de chainer tout ce qu'on veut, le résultat est une monade Reader, qu'il n'y a plus qu'à exécuter dans le contexte de son choix. 

    Par exemple

    maconfig = anykindofconfig

    puis

    monprogramme.run(maconfig)

     

    C'est pas fini !  

    En fait, tout ça est loin d'être fini, et ça généralise à fond la caisse. Histoire d'avoir une vision un peu stratosphérique de tout ça, voir (5): le langage de programmation SCALA pourrait bien être champion du monde... 

    Mieux que Free, mais avec le principe de la programmation "interprétative", on a le maintenant fameux "tagless final"... Uberalles.

     

    Allez Encore ! 

    Le concept de fonction abordé ici est cependant honteusement sous défini. Il néglige ce qui caractérise le fonctionnel c'est à dire les vraies propriétés de ce qu'on appelle les "fonctions" en programmation dite fonctionnelle à cause de cela. Une fonction DOIT :

    - être totale entre ses deux types d'origine et de destination. Un type c'est un type et comme null n'a pas de type, il est donc interdit de l'utiliser. Ca tombe bien, les notions exposées ci dessus permettent de s'en passer.  

    - être déterministe et donner toujours le même résultat pour la même entrée. Cela a un gros inconvénient et qui est qu'une fonction fonctionnelle ne peut pas lire son environnement et procéder à ce qu'on appelle des "entrées", par exemple lire un fichier, dont le contenu est variable. 

    - être sans effets de bord, c'est à dire ne produire aucune donnée qui ne soit contenue dans la sortie. Cela a un gros inconvénient et qui est qu'une fonction fonctionnelle ne peut pas modifier son environnement et procéder à ce qu'on appelle des "sorties", par exemple imprimer sur la console, ou écrire dans un fichier. 

    La conséquence des deux dernières  définitions est simple: une fonction fonctionnelle n'a pas droit aux entrées sorties... Du tout. 

    Vexés par la contrainte, les hackeurs de l'avenir décidèrent alors que la programmation fonctionnelle serait châtrée de toute expression extérieure et condamnée donc pour toujours à l'abstraite noirceur de l'intériorité absolue capable exclusivement de retourner à la fin UN SEUL objet: un programme. Ce programme impur et impropre au bien, serait la seule chose laissée au monde ignoble du réel, construit par application du pattern "interpréteur", et en charge de faire toutes les saletés nécessaires à ce monde. 

    Le fonctionnel pur a donc pour rôle de construire l'impur programmatique, en charge de dévider, d'un coup à la fin, toutes les communications avec toutes les entités extérieures. On remarquera que c'est là et seulement là que se situe l'effectif, et l'action véritable. Le "calcul" fonctionnel, exclusivement pur, reste un calcul soumis au temps, mais à un temps qui n'est que préparation, mise en ordre d'une structure, optimisée et optimisable pour mieux se dévider "à la fin".  

    (1) https://wiki.haskell.org/Monad

    (2) http://www.cis.upenn.edu/~cis194/spring13/lectures.html

    (3) http://francoiscarmignola.hautetfort.com/archive/2017/08/26/les-types-5974046.html

    (4) https://markkarpov.com/post/free-monad-considered-harmful.html

    (5) https://infoscience.epfl.ch/record/229878/files/simplicitly_1.pdf

  • Les modes d'existence

    J'avais commencé par faire mon Derrida et écrire "existance"... 

    Un magnifique écrit de Latour lui même (1), cet immortel génie qui arrive à s'approcher et à donner du corps à mon intuition de l'objet G, voire à parler d'ontologie comme il faut, enfin, on est tout de même en plein dans le délire constructiviste, une sorte de chewing gum à la fois addictif et repoussant, en tout cas qu'on se doit de cracher si on veut boire ensuite un verre de vin, un mode d'existence donc.  

    Bruno-Latour-1.jpg

     

     

    le vla, le génie.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    C'est à propos d'un inconnu, Etienne Souriau, amateur de peinture et d'esthétique, en fait un métaphysicien de première bourre qui publia en 1943 un truc sur les modes d'existence, commenté par son disciple Latour. Il fut tout de même le directeur de thèse d'Eric Rohmer et classa 7 arts, dont le Cinéma (en dernier). 

    AVT_Etienne-Souriau_8399.jpeg

     

     Le vla, le vieux philosophe.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je maintiens par contre que Latour est un génie, sa définition du politique(2) étant très exactement ce qu'on peut en dire, et son ontologie si elle mène là, doit avoir des cotés positifs. 

    Le politique

    On rappellera ici que le rond qui oppose (diamétralement) "un" et "multiple" reliés en montant par la représentation et en descendant par l'obéissance, toutes deux matérialisées conceptuellement par des arcs (de cercle). 

    Description géniale qui illustre un l'irréductibilité du politique, deux sa nécessaire absence de transparence.

    L'irréductible est patent, et depuis Schmitt montre qu'il y a bien une ontologie à contempler, c'est à dire que les mots ont plus que des sens, ils sont des existences propres, en tant qu'exprimant du réel fictif, enfin bref, je suis constructiviste quelquepart... 

    D'autre part, au coeur de mes désespoirs sur la bêtise et la laideur du monde, il y a bien sur ce fantasme type walt dysney d'une raison qui s'exprimerait sans partage. Latour devrait donc soigner mes maux, mais j'ai bien l'intention de me défendre. Disons que, bien au contraire, je crois que c'est la perte du symbolique, c'est à dire précisément l'illusion de la transparence dont nous souffrons, nous dont moi. Car la raison, et c'est ce que je reconnais à Latour n'a pas de bornes: on peut dire et penser ce qu'on veut. 

     

    Les modes

    Ces modes là constituent une ontologie, c'est à dire un classement des entités existantes. On y va tout de suite, il y a le phénomène, la chose, l'âme, l'être de fiction, dieu. A chaque fois, on a une sorte d'être et le grand nombre de ceux ci veut, c'est Latour qui le dit construire un monde dit "multi-réaliste" qui s'analyserait suivant ces modalités là.

    Bien sur le poison constructif veut changer le rationnel et prendre pour argent comptant tout cela, le but étant le grand retour aux thérapies qui marchent (on s'agite en dansant autour d'un cochon mort). Une fois cela dit et maintenu en arrière plan, on ne peut que respecter cet élargissement de la représentation: plus qu'un régression de la civilisation, certes projetée, on veut surtout parler directement dans le langage qu'il faut: comment reprocher cela à un enquêteur (le sociologue, antropologue des blancs, c'est le projet de jeune homme de Latour) qui veut noter rapidement ce qu'on lui dit?

    La description de la modalité "dieu" correspond exactement à ce que je pense de la chose: bien loin de revenir à la preuve dit "ontologique" qui terrifie les faux athées, il s'agit de faire du divin quelque chose de parfaitement réel, et de parfaitement fictif donc réel. Mon objet G est pourtant bien supérieur en puissance, puisqu'il englobe et noie dans sa bave la frénésie idolâtre du constructiviste, attaché à la fois à sa carrière et au dézingage de l'autorité du blanc, c'est ce que lui disaient les blacks des années 70 qu'il interviewait, enfant.   

    Je pense qu'il est parfaitement possible de comprendre mais pas d'intégrer des conceptualisations du monde particulières et d'accorder droit de cité à des entités dans des contextes en faisant abstraction des soit disant "présupposés" qui, il faut bien comprendre que c'est la thèse fondamentale de tous ces idéalistes, gouverneraient nos pensées. Les fameux "schemes conceptuels" éreintés par Davidson sont bien là et je leur dis merde au passage, la liberté n'est question que d'occasion, il suffit de chercher, si on le peut. C'est donc au nom de la liberté que je me passionne pour ces bijoux là, surtout n'emprisonnez pas Latour, il est utile ! 

    Bien sur, ce qu'on appelle le constructivisme et que je conchie est formé de thèses métaphysiques issues de généralisations abusives faites à partir de ces explorations. Même si on les a encouragé, le statut méphitique du chef de bande seyant aux sexualités modernes, elles sont surtout assumées par les abrutis, la connerie étant aussi un mode d'existence; connerie assumée aussi, il faut le dire par les tenants fanatiques de l'autre bord, ceux qui par excessive rigidité, se refusent à tout escapade au nom du bien, ayant chosifié leurs principes et procédant en permanence aux très longues et très chiantes formulations dans les systèmes axiomatiques anciens.

    A ce propos, deux éléments, l'un lié aux simagrées formelles de Russel que la déduction naturelle de Gentzen réduisit à néant comme gymnastique, la "rigueur" qu'imposait l'axiomatique 1905 étant incluse de manière transparente dans la grande barre en 1935. Faut il s'inquiéter de cet abandon d'une musculation mentale qui sans doute a fait dégénérer la race ? Non, et c'est un nazi qui vous le dit. 

    L'autre, c'est l'aspect "constructiviste" qu'imposait les maths "modernes" jusqu'à la généralisation en pédagogie des analyses non standard: le passage par des raccourcis conceptuels simplifie beaucoup les démonstrations qu'on se devait autrefois d'asséner aux chtis étudiants. Là encore la race s'affesse, et saveur suprême, c'est la construction qu'on rembarre. 

    Bien qu'il soit sur qu'au passage, c'est bien des pans de la première modernité qu'on abandonne, faut il sans plaindre vraiment ? Et bien c'est la question et il faudra y revenir. Un élément de plus en passant est bien sur Averroes, qui ne laissait qu'aux philosophes le soin de divaguer, les étudiants de première année, trop prompts à se répandre dans la presse après l'abandon prématuré de leurs études devant être punis. Notons la solution islamique finalement retenue: il faut aussi interdire les philosophes. Mille ans d'immobilisme bigot qui se termine avec des drapeaux noirs. 

    Les ontologies rapides me semblent par contre donc un progrès, et leur pratiques à accepter, faut suivre sa civilisation, tout en conspuant de la même manière les vieux et les jeunes cons. Par contre, il faut rester XVIIème siècle et lire Racine, refuser qu'on vous sonne par SMS telle la soubrette, et donc rester Gaulliste. Na.

    Les réalités

    Pour rassurer leurs ennemis, les constructivistes se déclarent "réalistes". En fait ils sont hyper réalistes: il y a plusieurs demeures dans le pays de la réalité, et les démons des cérémonies vaudoues sont bien "réels", dans l'expérience terrifiante de conversion à la samba de l'ethnologue gavé d'atahuasca. C'est leur tropisme, il ne faut pas l'oublier. 

    L'Etre

    Latour décrit Suriau comme philosophe de l'être "en tant qu'autre", par opposition aux philosophes de l'être en tant qu'être (Latour déteste Heidegger et sa technique). 

    Héritage

    "Nous avons vraiment affaire à un problème d’héritage. Comment avoir confiance dans une tradition académique capable d’enfouir aussi profondément des philosophies d’une telle force ?"

    La remarque est perfide et il est vrai que goinfré de Heidegger et de Foucault, nous n'avons ni Suriau ni Simondon. Enfin si, en fait, il suffit de lire... 

    Au passage, on n'a pas lu non plus Whitehead, le théoricien de la bifurcation (au XVIIème siècle, l'horrible mécanicisme, les qualités premières et secondes de Locke, la distinction sujet objet) qui veut après avoir bien combattu en faveur du logicisme avec son copain Russel, nous la fait organique, process et écologique... Il est aussi l'auteur de la théorie du process (ah ces foutus consultants). Ah l'écologie et son réenchantemement du monde tristounet. On a là le deuxième "anti" du monde monderne: non pas l'anti technique bêtement Heideggerien, mais l'anti rationalisme complexe des tenants de l'enjoyment... Au passage, on a un thème voisin: la "science" ne jouit pas. Déjà qu'elle ne pensait pas... 

    Ah quelle est belle pourtant la science, et celle du XXème siècle, faite précisément sous les yeux de Whitehead et de Heidegger!  Créative et au combien, source de joie et de hahahah permanente et surtout dans l'axe de la visée de la compréhension du monde, quel qu'en soit les aspects. Qu'un vieux con de british veuille nous faire trembler en comparant le sec photon et l'humide coucher de soleil me navre...  On dirait un pouilleux de berger boche dans sa clairière... 

     

    (1) Etienne Souriau http://www.bruno-latour.fr/sites/default/files/98-SOURIAU-FR.pdf

    (2) la definition du politique par Latour http://www.persee.fr/doc/polix_0295-2319_2002_num_15_58_1003

  • La démonstration de l'incomplétude

    Il me la faut... 

    Donc on pompe (1) et (2) et aussi (3).

    Au préalable, rappelons que toutes ces démonstrations ne sont que des variantes de la "diagonalisation", l'archétype étant la démonstration de la grandeur du monde, la diagonale des entiers. Rangeons les réels par leur infinité de décimales en les numérotant. Chaque rangée de la matrice infinie est un réel. Soit alors le réel défini avec une infinité de décimales comme étant celui qui a pour chaque chiffre la valeur de la case diagonale de la matrice plus 1 modulo 10. Ce nombre n'est pas dans la matrice par définition et donc est hors du monde: où qu'il est ? 

    Gödel utilise une astuce de ce genre mais avec 3 degrés d'indirections. Au dessus du lot, Kurt, il est.

     POINT UN : Un système formel 

    On a donc un système formel, ses objets, ses constantes et ses axiomes et formules. Les objets sont les entiers, de zéro à N, avec N aussi grand qu'on veut. Il faudra préciser cela un peu, on verra après. 

    Voyons tout de suite: un système du premier ordre, c'est quand on ne peut quantifier QUE sur les variables, pas sur les "relations", c'est à dire les objets paramétrés par des variables. 

    Les formules sont celles obtenues des axiomes par application des formules à une variable libre (fauvl) aux objets existants (seulement les entiers, pas les formules)  et bien sur par le modus ponens qui utilise la constante d'implication. 

    POINT DEUX : on encode le système dans N

    On encode alors tout dans N, les formules à n signes en multipliant les n premiers nombres premiers à l'exposant p, p étant le numéro d'ordre de la constance considérée... Toute formule f a donc un nombre de Gödel g(f). Il faut noter que toute formule a un nombre de Gödel calculable et que à partir de tout nombre de Gödel, on peut trouver la formule qui l'a. Soit la fonction g' inverse de g. Tout nombre de Gödel n a ainsi une formule associée g'(n). 

    POINT TROIS : on exprime le fait d'être démontrable 

    Soit une formule de cette sorte mais démontrable dans le système. On va coder par son nombre de Gödel la formule qui exprime la phrase "est démontrable". Dem(n) signifie ainsi: "la formule de nombre de Gödel "n" est démontrable".  Dem(n) est une formule et donc a un nombre de Gödel. Well done.

    Pour préciser un peu, comme on a les quantificateurs, la formule "la formule f est démontrable" est formée de la suite de formules déduites les unes des autres par ce qu'on a dit, et se terminant par la formule f elle même. Une démonstration, donc. On ajoute un "il existe g, nombre de Gödel tel que" et le tour est joué: on a tous les entiers qui sont nombres de Gödel des fauvl démontrables. 

    Pour préciser davantage, on va considérer la formule suivante, notée PP(y) :

    Existe(x) Dem (g'(y)) = g'(x) 

    qui exprime précisément que la formule y, démontrable, a bien pour sa démonstration une formule dont le nombre de Gödel est x, dans N.

    On prend sa respiration. 

    POINT QUATRE : on numérote les expressions pour avoir un espace de diagonalisation

    On va alors numéroter les fauvl (quelles soient démontrables ou non) en partant de zéro. Il suffit de les classer en additionnant les valeurs de leurs constantes avec un truc en plus astucieux à préciser, bref. fauvl(i)(x) sont ces formules, en quelquesorte des "lambda": lambda x, fauvl(i)(x).

    Attention ! Ca va diagonaliser...

    fauvl(n) (n) est l'application à l'entier n de la fauvl de numéro n. Cette formule a un nombre de Gödel x.

    On notera alors NOT PP (x)  l'affirmation : "la formule fauvl(n)(n) n'est pas démontrable". C'est une AUTRE formule. On progresse, mais ce n'est pas fini.

    Car mieux que ça, elle a une variable libre, donc elle est numérotée dans la liste du point QUATRE et donc, tatatata IL EXISTE un numéro de fauvl k tel que:

    fauvl(k)(n) = NOT PP(x)  avec x = g(fauvl(n)(n)) 

    Cette égalité sur la variable n est valide pour tout n, donc aussi pour n = k et donc on a une formule vraie: 

    fauvl(k)(k) = NOT Dem ( fauvl(k)(k) 

    Cette formule EST le monstre de Gödel. On peut l'écrire A = NOT Dem(A)

    Il faut bien voir que sa véracité est liée au fait qu'on l'a trouvé, c'est à dire sortie du néant, grâce à un IL EXISTE DONC qui tire une formule avec variable libre de la liste indéfine où elle se trouve ! C'est cela qui fait qu'elle n'est pas, en fait démontrable, même si elle existe... 

    POINT CINQ

    D'abord elle dit bien, et c'est la LA chose à comprendre ""JE" ne suis pas démontrable". Cette réflexivité, que je ne voyais pas comment exprimer avant ce jour, est ici parfaitement caractérisée: une formule A se trouve égale à l'assertion de sa non démontrabilité. Non seulement elle EST (existe, a une identité) mais EST aussi non démontrable. Elle arrive donc à parler d'elle même. C'est possible et c'est une formule du système formel contenant l'arithmétique etc. 

    A) Le monstre comme formule est indémontrable, elle et son contraire, d'ailleurs. 

    En fait c'est A qui est indémontrable bien sur. Si elle l'était, elle serait "vraie" (car notre système est consistant) et elle ne serait DONC pas démontrable d'après la formule qui la définit. Au passage, si on peut dire, comme A est indémontrable et affirme qu'elle (par la magie de l'autoréférence) l'est, elle est DONC, vraie. 

    Si c'est son contraire qui ne l'est pas (démontrable), alors il faut une hypothèse supplémentaire, il faut que la théorie soit omega consistante, car cela entraine qu'elle ne le serait pas (oméga consistante). En effet, et là on se lance, 

    POINT SIX : l'oméga consistance

    Cette histoire d'omega consistance est tout à fait intéressante... D'abord elle fut introduite par Kurt lui même et n'est pas nécessaire. Rosser avec un autre type de monstre, arrive au même résultat sans elle. Bon. Elle a quand même comme caractéristique, pour ce monstre là (celui qu'on préfère) de parler de l'infini. En gros dans une théorie contenant l'arithmétique, il peut y avoir d'autres objets que les nombres entiers, enfin les objets qu'on identifie aux nombres entiers.

    Et bien si la théorie est omega consistante, et bien si une propriété est vraie pour tous les entiers, et bien on ne peut pas démontrer la négation de l'extension du quelque soit à tout l'espace. 

    Dans le cas de la démonstration qui nous occupe, si le contraire de A est démontrable, alors la démontrabilité de A est démontrée, et donc il existerait un "x" nombre de Gödel de la démonstration, ce qui nie le fait que quelquesoit n, il n'y a pas de démonstration. Attention tour de magie: comme il y a une démonstration (on a dit "la démontrabilité de A est démontrée" juste avant), cela crée une oméga inconsistance, refusée à l'avance donc bang. 

    B) Le monstre comme formule est indécidable. 

    C'est ce qu'on vient de voir, et tous les arguments "rigoureux" reviennent à un raisonnement paradoxal à l'emporte pièce qui serait celui ci: d'abord elle est vraie. Si elle était fausse, elle serait démontrable (c'est ce qu'elle dit) et donc ne le serait pas, bang. Ensuite si elle était démontrable, elle serait vraie, et donc non démontrable donc bang. Bref, tout ce qu'on a dit précédemment plus le second théorème et l'irréfragabilité. Bref, la totale. L'essentiel est qu'on a (enfin presque) exprimé la magie de la chose. 

    La magie de la "vérité" de la chose est apparente et c'est ce que je voulais obtenir. Ce qui est "vrai" c'est qu'il existe un nombre de Gödel pour une formule qui est la démonstration d'une autre formule. C'est cela qui affirme la "vérité", comme distincte de la prouvabilité et c'est ce qu'on voulait démontrer et comprendre. 

     

    (1) http://www.dirk-k-lange.de/documents/Goedel-simple.pdf

    (2) https://mat.iitm.ac.in/home/asingh/public_html/papers/goedel.pdf

    (3) http://www.math.mcgill.ca/rags/JAC/124/theorems.html

     

  • Logique et catégories

    Les catégories ont un rapport avec la logique (1).

    Le refus de Bourbaki des catégories

    Mais d'abord, le fait que Bourbaki, le groupe de matheux qui voulaient unifier les maths et qui inspirèrent mon cher programme de sixième au sujet des ensembles (ah que j'aimais ces petits points et ces flèches, en plus j'étais super fort là dedans...), refusèrent les catégories !!! Grothendieck en désaccord avec André Weil à ce sujet, quitta le groupe(2). La notion de "catégorie" clashait avec celle de "structure", voilà toute l'histoire... 

    Il est très intéressant que le point de vue de Grothendieck  consiste à refuser de laisser le foncteur rester dans la méta mathématique, et à vouloir ajouter un axiome à la théorie des ensembles, l'axiome des univers ! 

    "Ad majorem fonctori gloriam" annonce la démission de Grothendieck et l'ignorance par Bourbaki des catégories...

    On parle aussi du "foncteur qui sonne deux fois".

    Au passage, la question des "métamathématiques" est posée. Qu'est ce que cette chose? 

    Au départ, il s'agissait pour Hilbert de donner un cadre à la démonstration de la consistance de l'arithmétique. 

    C'est cela qu'il nous faut comprendre. 

    D'abord il y a un problème ontologique: les catégories introduisent d'autres objets que les ensembles (les fonctions) et les font passer de l'un à l'autre. Grothendieck était un spécialiste du battage de cartes à l'infini et on peut s'y perdre tu parles. Piaget s'était intéressé à la chose car manipulant la dualité objet opération dans l'apprentissage... Et puis le pragmatisme de Pierce (quand la connaissance ne se distingue pas des moyens de la connaissance, quand ontologie égale épistémologie) serait aussi un moyen de comprendre. 

    On s'amusera de la vision des catégories par Badiou (8), les catégories étant la vision de Dieu de tous les mondes possibles, et les ensembles la vision Leibnitzienne du monde le meilleur réalisé... Le Maoïsme rend généralisateur. 

    Mais surtout, on sautera directement à l'expression d'un système déductif comme une catégorie comme les autres, les flèches composant telles le modus ponens, structure, structure. Mieux: une logique comme on la connait, c'est une "catégorie cartésienne fermée", un objet intéressant et utile. En gros, le calcul propositionnel intuitionniste s'obtient si on a une adjonction (voir détails en 9). L'intéressant avec ces structures là, c'est qu'on peu calculer et hop, curry howard pour donner un sens à tout cela... 

     

    Philosophie des mathématiques

    Et puis il y a la question des maths, et aussi de la logique et de leur philosophie, et bien sur la question du réalisme. 

    Commençons par caractériser la connaissance scientifique comme classiquement: "vraie et aussi justifiée".

    Bennaceraf

    On doit évoquer le dilemne de Bennaceraf. En gros, s'il y a des entités mathématiques extérieures, elles ne peuvent être connues, et si elles peuvent être connues, elles sont à portée de l'humain et donc dépendantes de lui. Une variante de l'exposé consiste à différencier les objets (mathématiques ou physiques) et la vérité à leur sujet. On doit choisir entre ontologie et épistémologie, l'objet et l'accès à l'objet. 

    SOAP il me semblait avoir compris avec Kant, qu'il y avait une solution: des objets existants extérieurs inconnaissables et une perception possible de leurs effets à travers des théories soumises à l'expérience. En tout cas, les neurologues (cette variante du pédagogisme qui fait fureur en ce moment) nous expliquent que les maths sont issus de l'activité humaine et ne SONTPAS des entités extérieures à découvrir. Nous avons des organes numériques.  

    Gödel était un réaliste forcené: son incomplétude était pour lui une propriété du réel, et l'"objet" de l'indécidabilité parfaitement palpable, la preuve il l'avait palpée... 

    Frege était un anti empiriste: le mathématique était pour lui analytique a priori, et le reste des sciences synthétique a postériori, totalement dépendant lui de l'expérience.  Même après l'abandon du logicisme, Carnap continuait à être de ce bord là.

    L'argument, un peu spécieux, s'exprime en un dilemne, et se trouve assez irritant. Il me semble que le fait d'être à portée de l'humain "épistémologiquement" semble un peu trop mis en équivalence avec "être dépendant de l'humain". Et les noumènes là  dedans? Ils pourraient très bien être la condition même de leur représentations et donc seules choses existantes, l'être individualisé y compris, les personnes et les sujets n'étant que des flots de pensées, des exemples, des applications...

     

    Philosophie de la Logique 

    Les syllogismes

    D'abord d'après Aristote, il y a 24 syllogismes concluants sur un total de 256 possibles. Ils sont nommés tels les insectes en 4 groupes de 6.

    Barbara, Barbari, Celaront, Celarent, Cesaro, Cesare, Camestres, Camestros, Darapti, Datisi, Felapton, Ferison, Camenes, Calemos, Fesapo, Fresison, Bamalip, Dimatis, Datisis, Disamis, Darapti, Festino, Ferio, Darii.

    Il s'agit en fait de combinatoire pure suivant les modes donnés aux deux prémisses, quantificateur, négateur etc. 

    Dans l'organon, il y a aussi les catégories. On en avait parlé, je ne sais plus où. Ce sont les "chefs d'accusations" de l'être, et elles sont dix: la substance, la quantité, la qualité, la relation, le lieu, le temps, la position, la possession, l'action, la passion. On notera que l'action c'est "bruler" et la passion c'est "brulé". On notera aussi que la substance, c'est aussi l'essence. 

    En philosophie de la logique on distinguera (avec 6) 3 points de vue, suivant qu'on est atomiste comme Frege, sentencieux comme le second stein et Carnap, ou Holiste comme Quine. 

    Les logiques 

    Alors que Kant ne voyait qu'une seule logique, définitive et assurée, il semble bien qu'il y en ait en fait plusieurs, et cela au delà de LK et LI. Conçues comme des structures, euh, comme des catégories, elles sont des objets mathématiques comme les autres... Toute la question est alors celle du statut de l'analytique lui même, que la modernité remet en question, avec le concept de vrai lui même d'ailleurs.

    Au passage ce sont bien les 3 sciences et les 3 principes qui sont ainsi démontées, le vrai de la logique, le beau de l'esthétique et le bien de l'éthique. Les 3 sciences normatives, donc. Prenons les toutes d'un coup: elles agissent dans un même espace immense, sans obliger à quoique ce soit pourtant: pas plus que le vrai, le bon et le beau n'imposent pas d'agir et là est sans doute la clé des refus et des scepticismes

    Signification et Logique

    On poursuit ici ce qu'on disait dans "Les significations" 

    http://francoiscarmignola.hautetfort.com/archive/2018/03/04/la-signification-6031363.html

    C'est bien la règle de déduction qui devient porteuse exclusive de la signification de la logique. Exit la vérité comme condition de la signification... Voilà l'anti-réalisme de Girard ! Et bien, si à mon avis il n'enlève rien au réalisme de la structure "réelle" de tout ça, il lève, et cela est courant dans l'histoire de la philosophie, un beau perdreau. 

    En fait c'est Prawitz qui fut en pointe dans tout ça (4). Prawitz et Dummet. En gros, le "dilemne" de Prawitz condamne le "platonisme" (défini comme identifiant signification et relation à la vérité) comme inutile si on se ramène à la provabilité et sans fondements si le vrai n'a pas de conséquences empiriques. 

    C'est Dummet qui dit: "on ne peut communiquer que ce qu'on peut observer qu'on communique". 

    Mais tout vient de Curry Howard en fait: que la preuve soit programme, et que la signification du programme soit bien évidemment son exécution (le fromage, ça se mange) montre que la signification c'est la preuve bien sur ! 

    Bien sur, la non identification définitive entre prouvabilité et signification (je n'ose dire "vérité") étant démontrée, la distinction absolue entre Logique et Mathématiques, malgré les belles tentatives de Leibnitz et des des logicistes du XXème siècle est maintenant consommée. 

    Et voilà pourquoi Girard hurle... 

    Histoire

    Mais il n'y a pas que. Inventé par Eilenberg et McLane en 1945, les catégories furent utilisées par William Lawvere en 63 pour refaire la logique, sémantique et syntaxe, dans une "categorical logic", il parlait de "functorial semantics". Il identifia à une catégorie particulière une théorie algébrique et à un foncteur vers la catégorie des ensembles son modèle, et les quantificateurs avec les foncteurs adjoints à gauche et à droite. Il introduisit une notion de "truth object" bien mystérieux. Et puis il y eut les topos, des catégories tordues, qui permirent bien des spéculations. 

    Les recherches sur les topos furent nombreuses, et y a pas que Grothendieck dans la vie. On trouva par exemple une relation entre axiome du choix et loi du tiers exclu... On en reparlera. Au passage, il y a bien une équivalence entre le théorème de Gödel (celui de complétude, complété et simplifié par Henkin ) et un certain théorème de Deligne sur certains topos particuliers...  

     

    (1) LES logiques: https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/6066/Poirier_Sebastien_2011_memoire.pdf

    (2) http://smf4.emath.fr/Publications/RevueHistoireMath/12/pdf/smf_rhm_12_119-162.pdf

    (3) https://www.unige.ch/lettres/philo/enseignants/pe/Engel%202000%20Peut-on%20naturaliser%20le%20platonisme%20mathematique.pdf

    (4) http://books.openedition.org/psorbonne/315?lang=fr

    (5) https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00617305/file/bonnay_dubucs_philosophie_des_mathematiques.pdf

    (6) Engel: les paradoxes logiques https://www.unige.ch/lettres/philo/enseignants/pe/Engel%202007%20La%20logique%20-%20trois%20paradoxes.pdf

    (7) Pierce et les catégories http://journals.openedition.org/philosophiascientiae/524

    (8) Badiou les categories http://www.entretemps.asso.fr/Badiou/93-94.3.htm

    (9) Catégories en détail http://lecomte.al.free.fr/ressources/PARIS8_LSL/SML-CatNewPlus.pdf

  • Les éducations

    La frénésie éducative bat son plein. 

    De partout des initiatives étatiques ou à visée étatique pour prendre en charge, organiser et imposer des comportements jugés pour l'heure insuffisants et qu'on souhaite améliorer par force, euh par "éducation". 

    Tous les domaines sont concernés. 

    Une "agence nationale d'éducation à l'information" est projetée par un ex journaliste. Un peu lèche cul, à l'heure où le gouvernement donne l'argent pour lutter contre les fake news... On commence donc par du lourd: la volonté de l'état de décider du vrai. Le ponpon.

    La logique de tout cela? (héhé). Devinez. 

    Une soirée devant le journal de 20 heures. Pub sur comment conduire, puis comment ne pas fumer. Les reportages du journal ? Comment cultiver son champ (de gauche à droite), puis comment (et quand: toujours!) manger des légumes. Comment ne pas insulter les femmes dans la rue? On va vous le dire. Au fait, la fessée est interdite, et coucher avec une prostituée aussi. C'est la vie, et cela s'allonge, tous les jours un peu d'éducation, c'est la journée de l'interdiction de quelque chose. N'importe quoi tout est bon: vous devez faire comme cela et pas autrement, on va vous l'apprendre et ou vous y obliger. 

    Unique sujet, unique préoccupation: décider pour vous de faire ce que vous devez faire pour des raisons évidentes, comment résister au bien ? Il n'y a que cela à faire. 

    Mes petites prétentions à faire du Philippe Murray avec ce désespoir, que dire ce cauchemar médiatique qu'est le post socialisme français sont ridicules: tout est bien pire, bien plus insupportable et abject que l'on pouvait imaginer. Ségolène Royal sortie de scène et envoyée au pôle nord ne déplace qu'un acteur de la catastrophe vomitive. Le sourire à visage humain est partout. 

    ON parlait de prostitution, vous ne rêvez pas, on veut aussi interdire la location de poupées gonflables (2) ! Cela "donnerait envie" et "banaliserait" parait il ! 

    Je parlais du bio: savez vous que TOUT est comme cela? Inutile et communicationnel, exclusivement destiné à boucher les trous de l'insupportable oppression de la terrible et totale connerie de ce monde là.

    En relation avec cette frénésie, on doit placer le judiciaire. Parlons de Bertrand Cantat, un poète connu pour sa sanctification de l'amour dans ce qu'il a de profond: sa femme s'est suicidé, il a tué sa maitresse à coup de poings et se trouve connu pour sa violence en privé, je le passerais lui et son rock viril à la batte de baseball. Trois ans de prison et une libération conditionnelle assumée par le taré sentimental judiciaire qui l'assume toujours (1); il fut persuadé et n'en démord pas, surtout après de légitimes protestations contre la présence sur scène du cynique assassin qui parait il en rajoute en montrant ses poings pour mieux exciter son public.

    "Depuis une certaine nuit de juillet 2003, je le crois plongé dans une culpabilité profonde, une souffrance inextinguible, une prison intérieure dont aucun juge ne pourra le libérer." (si, moi)

    Encore une attitude indigne à interdire: s'opposer aux jugements laxistes est un crime à punir, sévèrement bien sur. 

    Quel rapport ? La société en plein décadence dans laquelle nous vivons substitue l'éducation au judiciaire et la justice à l'éducation. Confusion totale et liquéfaction de tout sentiment réfléchi, au nom des sentiments puérils d'une génération d'abrutis, et de corrompus: le juge, il a touché combien pour sa méprisable pitié ? 

    Il n'y a pas de rapport à faire entre crime et peine: le crime comme possibilité est irréparable et donc ne doit pas et ne peut pas être réparé: son auteur ne peut qu'être libéré et sa durée de détention est indexée sur l'efficacité de ses mensonges devant un "juge". Tout est crime, car  il peut y contribuer et y contribue, principe de précaution oblige, il faut prévenir, et non punir.

    A la punition doit se substituer un aveu et une demande de pardon, dont l'humiliation constitutive se mesure à la gravité du crime et à la durée de la peine. Autant c'est s'humilier abominablement que d'assister par force à une séance de sensibilisation aux différences de genre pour un "sale gouine", autant c'est jouir intensément que d'assister à la promotion de la douceur de caresser des hamsters quand on a violé et éventré des jeunes yézidies... 

    La justice ne s'exerce que comme "éducation" c'est à dire avant l'acte. Du moment qu'une peine, disons 3 ans est la menace qui s'exerce contre TOUS les crimes, on est sur d'éviter la plupart des meurtres, et aussi mais là on jubile, les accusations de "salope" proférées dans le métro. Tout étant judiciarisé à ce niveau de pénitence, on a le contrôle éducatif total de la population et cela dans tous les domaines de la vie.

    Pour faire cette bascule il faut oublier et changer deux traditions. D'abord premier point, celle de la vengeance: conçue pour éviter la vendetta, la vengeance judiciarisée publique et étatique raisonne dans les termes de la vengeance: le rétablissement de l'équilibre "naturel" des actes et des préjudices. Vieux sentiment, vieil affect, source des détestables et destructrices vendettas, la vengeance étant aussi crime et reconnue par tout le monde qui plus est. L'interruption de ce flux ne peut avoir lieu que par un crime assumé qui n'en est pas un. Voilà la leçon et voilà ce qui nécessite l'invention du concept de "justice", chose distinguée du sentiment enfantin qui anime les victimes d'un partage de bonbons inégal: la justice est d'abord une expression du "symbolique" cette chose qui est et qui n'est pas à la fois. On a déjà eu l'occasion d'en parler: le "symbolique" est devenu inconcevable, voire immoral.

    La vengeance personnelle étant devenue interdite, la conclusion logique, après un certain temps, est que la notion même de vengeance sous tous ses aspects y compris ceux assumés par la justice, devient immorale. Le crime ne peut plus être compensé et d'ailleurs il ne l'est plus. La peine c'est que la tape pédagogique sur les doigts du "symbolique" de l'interdiction. Comment peut on menacer de souffrance celui qui ne sera jamais meurtrier ? On ne le fera donc pas non plus à celui qui le sera, et qui le sera de toute façons, la seule manière de résoudre le problème, l'égalité sociale absolue, étant impossible, c'est l'époque qui pense cela. 

    Ensuite, deuxième point, l'éducation à la liberté. Conçu comme enseignement, c'est à dire distribution de savoir et donc de puissance d'agir, et donc de liberté, l'éducation est dans son principe positive: elle donne l'épée et la science de s'en servir. Pour cela, elle nécessite de la discipline et de l'ordre. Avec la disparition, à cause de la mollesse sentimentale des mères énamourées qui refusent absolument toute critique adressée à leur fils chéri, de toute discipline positive, on substitue alors à la totalité de l'éducation un dressage démagogique maternisant, civique et moral, qui ne consiste qu'à interdire ce qui peut déranger le boudoir parfumé de la même mère. L'éducation est devenue entièrement négative et ne forme plus que des esclaves, le seul savoir étant celui de la précaution. 

    Trois ans de prison pour négligence dans le tri des ordures est sans doute bien plus éducatif que les 50 ans de gnouf que l'enculé de Cantat méritait. Voilà ce que pense, projette et réalise le monde moderne, sous nos yeux. 

    Et bien ce système là je le refuse, le méprise et le déteste. Sa réforme me semble impossible, c'est son contraire qui s'installe, et sa destruction inéluctable m'est maintenant indifférente, quel qu'en soit le moyen.  

    Y a t-il un peu de pneuma laissé dans les âmes écrasées par cette gluante et visqueuse saloperie? Y a t-il au moins un humain dans ce désert sinistre qui comprenne ce que je dis? 

     

    (1) le juge s'explique: http://www.leparisien.fr/faits-divers/bertrand-cantat-les-verites-du-juge-qui-l-a-libere-13-10-2017-7329999.php

    (2) https://www.lci.fr/societe/paris-une-maison-close-de-poupees-sexuelles-irrite-des-elus-communistes-2081960.html

  • Les A prioris

    On avait déjà défini le "transcendA/Ental", mais il faut nous le faire définir par Kant.

    Définition

    Le vieux branleur de Königsberg avait des idées précises sur la question. On a lu (1).

    D'abord, ce n'est pas tout à fait ce qu'on croyait. Kant pose bien SA manière de voir: est transcendental

    (le "a" vient de transcendAnt tandis que le "e" vient de transcendEntal, semble-t-il...)

    est transcendental, donc, ce qui concerne les modes de connaissances (et non pas les objets de la connaissance) en tant qu'ils sont "a priori", c'est à dire qu'il ne sont pas issus de  l'expérience, du transcendant ou de la spéculation métaphysique. Les intuitions pures, celles du temps, de l'espace ou du nombre sont transcendentales, mais y a pas que. 

    La philosophie dite transcendentale (la seule qui vaille) est donc celle de la recherche de la seule connaissance sure possible, celle des concepts a priori et des intuitions pures de toute expérience ou spéculation. 

    Pour préciser encore davantage, est transcendantal(e) la fonction, le processus, le concept dont l'origine n'est ni métaphysique, ni physique. 

    Contre Descartes

    Il faut mentionner que Kant est contre, complètement contre Descartes. Le criticisme est d'abord un rejet et une critique de la métaphysique "traditionnelle" et Descartes, le sale fransoze en est porteur. 

    La critique du cogito est multiple. En gros, il y a: 

    - mélange indu entre pensée et existence.

    - séparation indue entre sujet et objet.

    D'abord, La déduction de l'existence à partir de la pensée, est une erreur logique: le concept n'existe pas comme objet et la pensée ne peut accéder à l'en soi, à l'être non représenté. Ensuite, le sujet ne peut s'abstraire de la représentation et donc de l'objet. Si une psychologie est possible, sujet et objet sont en interaction et l'ego, le sujet, devient transcendental, c'est à dire condition de l'objet. 

    Plus largement, Kant se veut au delà des deux métaphysiques possibles, le dogmatisme (Descartes, Wolf) et le scepticisme (Hume). Il décrit d'ailleurs lui même l'état des choses à son époque concernant l'attribution des sources de la connaissance dans l'expérience ou dans la raison. Aristote serait un empiriste, et Platon un noologiste, Locke et Leibnitz suivant leurs traces respectives. 

    Le synthétique a priori

    On en vient à la grande question: quid du synthétique a priori ? C'est LA question Kantienne par excellence et toutes ses réflexions ont pour objet d'expliquer la possibilité de jugements synthétiques à priori. 

    On sait la différence entre analytique, qui se déduit naturellement du contexte: 2 + 2 = 4 et du synthétique qui vient de nulle part (un synthèse, quoi) par exemple "le bonheur existe". Tout l'analytique est a priori bien sur: (enfin bien sur, pas pour tout le monde). Il déduit, il analyse, il descend à partir du connu a priori. Le synthétique, lui apporte de l'information, il "monte", il synthétise... 

    Notons ici que l'exemple 2+2=4 est particulièrement débile car polémique. Kant prenait l'exemple 12=5+7 pour illustrer le synthétique en ce que faire la somme (par exemple en comptant sur ses doigts) suppose utiliser l'intuition. Cette conception est bien sur le contraire du logicisme, qui identifie les deux termes, je dirais par définition...   

    Plus précisément, le synthétique est typique de l'utilisation de l'expérience, alors que l'analytique est linguistique. Le synthétique est naturellement a posteriori, et l'analytique naturellement a priori. L'analytique n'est JAMAIS a posteriori. Alors, le synthétique? 

    Kant donne lui même des exemples: 

    "tous les corps sont étendus". Typique de l'intuition pure de l'espace a priori, qui permet d'affirmer la présence des objets dans l'espace. Nul besoin d'expérimenter quoique ce soit, cela est, on en est sur. 

    "tous les corps sont pesants". Typique du synthétique: il s'agit d'une affirmation théorique basée sur l'expérience, avec une généralisation. 

    La question est donc posée, mais pour y répondre, et c'est l'objet de la critique de la raison pure, on doit travailler. Allez Kador, chausse tes lunettes. 

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    Le vocabulaire

    Les données de départ sont la sensation et la pensée, dans lesquelles on trouve respectivement les intuitions et les concepts. On regarde le transcendantal, on a donc une "esthétique transcendentale" et une "logique transcendentale".

    Naturellement et pour être bien sur que les points sont sur les "i", le caractère transcendantal (et non pas empirique ou intellectuel) de tout cela est réaffirmé en caractérisant l'intuition et la pensée en question comme "pures".  

    Par opposition, l'intuition empirique a pour objets les "phénomènes", tandis que les concepts à priori sont les "catégories". Les catégories sont quatre: qualité, quantité, relation et modalité. 

     

    Analytique et Synthétique

    L'esthétique transcendantale consacre l'espace et le temps comme des supra réalités, formes de l'intuition pure, conditions de la perception des phénomènes. Ce sont eux qui sont responsables et origines des jugements synthétiques a priori, ceux qui sont d'autant plus importants qu'ils sont ceux que le positivisme logique a voulu faire disparaitre. Car pour Kant, les mathématiques sont synthétiques a priori, cela à rebours de la logique, purement analytique. Mieux: l'analytique se définit par l'application du logique: "tous les hommes sont mortels...".

    Alors que le synthétique est créatif: 2 + 2 = 4 est une révélation, une création, une innovation! On est loin de l'absence de sens de l'égalité entre deux références et de l'affirmation logiciste que les seules vérités non démontrables de l'arithmétique sont les axiomes: on n'avait pas anticipé Gödel (3). 

    Pour Poincaré, le raisonnement par récurrence est synthétique a priori, par exemple: il était possible d'anticiper, justement. En gros, Gödel démarque maths et logique, analytique et synthétique, et donne raison à Kant. 

    Pour Kant, donc, l'arithmétique est basée sur l'intuition pure du temps, et la géométrie sur l'intuition pure de l'espace. Les mathématiques sont le synthétique a priori, conception que le programme logiciste de Frege veut réfuter en en démontrant l'analycité. Après l'échec de Frege, Brouwer se réclame de Kant et de sa succession temporelle des entiers, intuition pure. 

    Dans "Recherche sur l'évidence des principes de la théologie naturelle et de la morale" Kant dénonce l'identité construite par Wolf sur la base de l'indiscernable... 

    Les concepts 

    On lit (4). Kant opère la déduction transcendantale des catégories, concepts purs de l'entendement, trouvés à partir des fonctions de l'entendement. Qu'est ce que l'entendement ? Et bien ce qui met en oeuvre la faculté de juger urteilkraft, les actes de l'entendement sont les jugements urteil. Les fonctions sont à trouver et s'identifient à la mise en oeuvre des catégories. 

    C'est ainsi qu'on synthétise, en formant et combinant des concepts, et en subsumant des individus sous les concepts.

    Alors se manifeste le tour de magie: l'intuition fondamentale de l'espace et du temps s'identifie à l'intuition pure de l'application des concepts. Ce qui explique le mystère de la correspondance entre des concepts à priori et des objets extérieurs: les fameux schémas d'application. 

    Quine

    Oui mais il y a Quine... 

    Quine refuse, de manière notoire et célèbre, la différence analytique/synthétique, en la rendant équivalente à la distinction entre synonymes (non marié = célibataire)...  C'est aussi la question du calcul: est il analytique ou synthétique? Quine considère la différence comme floue, et la démarcation douteuse. Néanmoins cela se situe dans le cadre de la dénonciation de l'empirisme logique, Girard s'y livrant aussi, il faut le dire, et on le redira. 

    Il ne faut pas trop se formaliser de la critique de Quine: elle a pour objet surtout de dézinguer l'analytique positiviste. Et puis Quine est aussi un naturaliste, un behaviouriste. 

    ET puis Schlick

    Le positivisme logique et le cercle de Vienne et Schlick acharné contre la métaphysique refuse aussi le synthétique a priori, il n'y a que l'analytique d'a priori. Et c'est Carnap et l'identification entre énoncé significatif synthétique et réalité observable, état des choses concevable. Un énoncé a une signification si il a des conditions de "vérification", de capacité à être rendu vrai. 

    Même si elle fut amendée (en fait affaiblie, c'est la question de la réfutabilitéà par Popper, Quine et les autres cette position a pour objet de tuer la vieille métaphysique, c'était bien le programme. 

    Et puis les post kantiens 

    Le pont aux ânes de l'anti kantisme (on passera sur Onfray obsédé par cette histoire de dénonciation à la Gestapo) est bien sur que la relativité et le quantique on détruit les fameuses intuitions sur l'espace et le temps et sur tout le reste d'ailleurs, et que donc Kant n'est au mieux qu'un philosophe expliquant Newton du point de vue historique: un relativiste en quelque sorte, et de la science de son temps. Un prétentieux dépassé. 

    On fera remarquer pourtant que la structure de ses explications est remarquablement explicite et honnête. Son objet G (la chose en soi) est bien circonscrite, et surtout il a raison: quoiqu'on en dise, les intuitions relativistes ou quantiques n'existent aucunement et nous restons des singes dont le cerveau et les intuitions fondamentales, forgés dans un monde 3D euclidien et temporellement orienté normalement a bien les intuitions pures dont parle Kant.

    Avec en plus la capacité de modéliser dans ce cadre là des entités "réelles" adaptées à d'autres contextes. Les graphes ce concepts utilisés restent dans l'espace et le temps traditionnel et c'est cela qui compte. 

    Cette position, très post kantienne, suppose bien qu'on peut continuer à considérer une métaphysique extérieure au monde comme on a toujours dit, et pleine d'objets très utiles. Vive la philosophie ! Vive Kant !  

    (1) http://www.danielmartin.eu/Philo/Transcendantal.pdf

    (2) https://www.les-philosophes.fr/kant-critique-de-la-raison-pure/Page-10.html

    (3) https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00014609/document

    (4) https://www.cairn.info/revue-de-metaphysique-et-de-morale-2004-4-page-485.htm

  • Le Bio

    La malbouffe est ultra rebattue et on doit prendre position. Y a t il des bons et des mauvais produits ? OUI. Le Bio est il bon ? NON !!!!

    On commence d'abord par les résidus de pesticides dans les aliments, dont la quantité mesurée est plus faible dans le cas des produits bios. Les résidus présents dans les produits traditionnels sont contrôlés, et sont en doses faibles, voire très faibles. La quantité de pesticide dans les produits bio est donc encore plus faible, moins que zéro donc...

    On mesure à 3% les productions de fruits et légumes non bios présentant des résidus de pesticides supérieurs aux limites autorisées. On rappelle donc que les pesticides sont des produits chimiques et que l'on contrôle ainsi DEJA leur résidus sur les produits destinés à la consommation... Et de mieux en mieux.

    Les normes

    On commence par la DSE, la dose sans effet. Elle correspond à la dose qu'un animal ingère toute sa vie sans que cela ne lui occasionne aucune espèce de trouble. Elle s'exprime en mg par kg, en fonction du poids de l'animal.

    On continue avec la DJA, la dose journalière admissible par un humain. Elle concerne toutes les substances pesticides, conservateurs, colorants. Elle est égale à la DSE divisée par 100 et s'il  a le moindre doute que la substance puisse être nocive à faible dose, on divise par 1000. Inventée en 1956 par le docteur Mengele (euh Truhaut), elle garantit la vitesse et l'efficacité de l'extermination de toute population humaine de la surface de la terre en le minimum de temps. On ne parle pas de dose, mais de "murge" tant ses effets nocifs et immédiatement mortels sont reconnus.  Diviser par 1000 ? Faut vraiment être con pour croire que c'est assez.  

    Il y a la LMR Limite Maximale de Résidus. Elle est calculée pour que l'AJMT (apport journalier maximal théorique) d'un pesticide soit inférieur à sa DJA. Il y a un LMR par produit et par pesticide. Les LMR diminuent encore les quantités possibles, typiquement d'un ou plus ordre de grandeur (on divise donc au moins par 10 encore). 

    Notons que le "bio" astreint à une obligation de moyens n'est pas justifiable des vérifications LMR. Ce qui fait, qu'on a trouvé des produits bio avec pesticides! (sur 1% des produits, mais bon). Des fongicides, en trace réduites. 

    On rappellera que quand une substance, par exemple du zyklon B, de la mort au rats ou de la crotte de nez de carmignola est présente dans le potage à une dose inférieure à 100 000 fois moins que le minimum admissible par les chtis rats sans qu'ils ne s'en rendent compte, et bien c'est trois fois rien et cela peut être NEGLIGé ! Capito? 

    La culture dans pesticide n'a donc au niveau des produits vendus aucune espèce intérêt, sinon d'en augmenter le prix sans aucune raison notable ou mesurable pour le consommateur. Capito?

    Les risques

    On continue au sujet des risques globaux. Le rapport 2014 sur la sécurité alimentaire considère qu'il n'y a pas de danger à consommer les produits actuels non bios et que les normes en vigueur sont suffisantes. Autrement dit et pour être clair: le bio ne sert strictement à rien. 

    Le dernier rapport dythirambique (2) prouve par a+b que la différence par rapport à des produits déjà sains est minime, la différence du niveau de cadmium étant à se tordre de rire (comment? Il y a du cadmium dans le bio?). 

    Les risques pris par les agriculteurs sont eux aussi minimes: des corrélations vagues, chez certains esclaves mal nourris des plantations intensives brésiliennes qui s'aspergent de produits chimiques à haute dose toute la journée pendant toute leur vie: une mortalité supérieure certes, mais ne serait elle pas due à la cigarette plutôt? 

    En europe, une fois les précautions prises, l'utilisation des pesticides n'est pas dangereuse, si ça l'était on le saurait, déjà que ce n'est pas dangereux et qu'on nous le répète déjà toute la journée... 

    Le glyphosate

    Pesticide ultra connu, le glyphosate est le nom générique du Roundup de Monsanto. 71 % des français abrutis de chez mes deux couilles, d'ailleurs on les appelle les cons et les veaux depuis qu'ils ont voté Macron récemment, sont pour l'interdiction du produit. Reportée à 5 ans par la commission européenne, le dangereux poison mortel, dont  Macron et Hulot ont courageusement porté l'interdiction à dans 3 ans (3 ans de fonctionnement supplémentaire pour les fours crématoires en sortie d'exploitations de l'extermination de masse, on ne pouvait s'en priver, ça nourrissait trop de migrants inemployés) a été mesuré: les agriculteurs américains qui en déversent des tonnes et des tonnes sur leurs plantations depuis trente ans n'ont pas plus de cancers. Ah non, pardon: il semblerait qu'une corrélation infra positive quelque part fasse qu'on ne puisse pas écarter complètement dans absolument tous les cas qu'une liaison puisse éventuellement être faite avec un cas de cancer tous les dix mille ans pour un type de nains globicéphale, on ne peut DONC pas prendre le risque, vous comprenez.

    N'importe quoi, son contraire et le reste: le ridicule, le nauséabond, et surtout, surtout: le mensonger foutage de gueule(3). Mes sources? Les journaux: je ne suis qu'un fasciste désinformé, un monstre. Et bien je vous encule et conchie messieurs et mesdames les cons. Que faire d'autre de logique?

    La nutrition

    On continue par les qualités nutritives. 

    Les différences entre produits bios et non bios du point de vue de la nutrition sont très faibles. Un peu moins de vitamine C sur les pêches non bios (10 à 20%) et un peu plus d'anti oxydants (10 à 20%) dans les produits bios.

    Les anti oxydants sont les substances qui luttent contre les radicaux libres ou "oxydants". Il existe une balance oxydative qui équilibre ces deux forces naturelles fondamentales (...). Manger des fruits et des légumes, ce qui est tout à fait recommandé, même par le carnassier Carmignola, accroit les anti oxydants ingérés. Manger bio pourrait donc diminuer cette consommation, en toute rigueur héhé: ne le faites pas (manger bio), et mangez des pommes et des noix c'est bon en plus. 

    Jusqu'à un seuil de 15 mmol par jour, la consommation d'anti oxydants, dans le chocolat noir, café, myrtille etc, diminue le risque de diabète de type 2 de 25%. C'est bon pour plein d'autres trucs aussi. Et ça se mesure.

    En gros, et pour comprendre, l'indice ORAC des aliments mesure pour chaque aliment son pouvoir antioxydant. Dans les noix c'est 15 mmol pour 100g de l'aliment. Une noix pèse 10g (4).

    De manière générale, on considère ainsi qu'il n'YAPAS d'avantages décisifs à manger des produits bios. Achetez et mangez normalement, il n'y a pas de différence. Bien sur mangez des fruits et des légumes, c'est bon en plus. Voilà.

    Au fait, au cas ou vous n'auriez pas compris: n'achetez pas des produits périmés, rongés par l'acide et qui ont gout d'eau de javel: ils ne sont pas bios, certes, mais surtout non consommables. Si vous ne faites pas la différence, achetez bio et faites vous tatouer "je suis un con" sur le front. Voir le paragraphe suivant. 

    Les cons et les connes

    Un sondage récent (2015) annonce que 67% des acheteurs de produits bio considèrent qu'ils sont meilleurs pour leur santé. Comme il s'agit d'une erreur factuelle, ces 67% de personnes sont donc dans l'erreur. Ce sont des cons et des connes. Dot barre. 

    Le prix

    Toute cette mascarade absurde a un cout. 

    Les produits bios doivent être emballés car sinon il pourrait y avoir des fraudes. Absurdité de l'augmentation du prix des produits, dus à l'emballage en plus bien sur des surcouts liés au respect des procédures de purification. Disons que l'emballage n'est qu'une marque supplémentaire de la pureté. Du papier crépon blanc sans doute, pour indiquer la viriginité, le caractère intouché (sauf par les mouches), la validité rituelle. 

    Une supposition: la connerie publique liée à ces mensonges aurait un but semi avoué: justifier les couts supplémentaires liés à l'achat à nos paupérisés agriculteurs. La pureté a un cout et il faut donner à la quête, les prêtres doivent vivre. Comme si les paysans EUX MEMES n'avaient pas à subir les cout des procédures de certifications et autres normes cacher et hallal absurdes et inutiles qu'on veut leur infliger. 

    Qu'ils se consacrent à la vraie qualité, pas aux respect des doses homéopathiques des tarés en mitre, des prêtres de la pureté imbécile !  Mort aux cons et aux tartuffes ! 

    En conclusion

    Pour finir avec une note intellectuelle cette explosion de haine colérique hargneuse, il faut ajouter que le bio représente en France 5% du marché alimentaire, même si il est en forte croissance (on part de zéro), le label n'étant que prétexte ridicule pour valoriser les couches ou les vernis à ongle. 

    Les éclatantes et permanentes déclaration d'intention au sujet de son avenir et de sa généralisation ne sont que des leurres bavards, expressions permanentes de la volonté d'"éducation" de la population par un discours cynique et sans objet à rebours de toutes les vérités et de tous les bons sens. La motivation de cette chienlit est parfaitement religieuse, obscurantiste et fausse, digne effet de la dégénérescence de notre monde médiatique et intellectuel. 

    De ce fait, nous cessons progressivement d'être occidentaux. C'est à dire rationnels et libres. A quand l'interdiction de cet écrit là même? Après tout je ne suis qu'un incroyant et un mal disant et mal pensant. En Egypte cela est condamné. Je le redis: mort aux cons et aux tartuffes ! 

     

    (1) http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2590

    (2) http://www.fibl.org/fr/medias/archives-medias/archives-medias14/communique-medias14/article/signifikante-unterschiede-zwischen-biologischen-und-konventionellen-lebensmitteln.html

    (3) https://www.ouest-france.fr/economie/agriculture/le-glyphosate-innofensif-une-etude-americaine-relance-la-controverse-5398642

    (4) http://www.thierrysouccar.com/nutrition/info/lindice-orac-quest-ce-que-cest-932

  • La signification

    Il est assez rare de trouver des exposés simples de la difficile théorie de la signification, over populée (qu'est ce que cette expression alambiquée peut bien vouloir dire?) dans tous les sens. On a lu (1).

    Disons d'abord que tout tient au nombre d'entités explicatives. Saussure en voyait deux (signifié et signifiant) comme deux faces de la même pièce de monnaie, la chose étant reprise par les structuralistes. 

    Les deux choses ont des sens et des positions différentes suivant les théories et tout cela est bien embrouillé. Cependant, on doit donner au couple l'aspect dualiste classique, quoique chez grolle, entremélé. Les deux choses sont mentales, concernent le signe, ou mieux le processus de signification, et puis on a bien sur le référent du signe, son objet final. 

    La structure globale est donc en fait ternaire, et cela depuis Platon puis les stoïciens (et enfin les scholastiques qui distinguent "vox", "conceptus" et "res" bien sur. 

    Le Cratyle

    Bien sur Platon s'illustre sur la question. Dans le dialogue socratique appellé le "Cratyle". Il renvoie dos à dos Protagoras (Hermogène) et Héraclite (Cratyle) en niant que le signe soit pure convention ou bien pure nature. Il est (le signe) porteur de "sens", et se trouve être une image (eikon) (et donc non conventionnelle) mais imparfaite (et donc non naturelle) des choses. On a bien une structure ternaire... 

    Au passage on apprendra que l'étymologie de théos (Dieu) est le mot "theein" (courir). Les anciens voyaient les étoiles courir dans le ciel. Les dieux du stade... Il faut considérer que pour Saint Grégoire c'est "flamber" (aithein) et pour Jean Damascène "contempler" (theaomai). Je prends Platon.

     

    La structure

    Restons on en à la structure. D'abord, elle est pour Saussure le "système" (c'est Jakobson avec ses amis russes qui imposera le mot "structure") et ensuite elle concerne la langue, un système fermé autonome indépendant des cerveaux et qui fait jouer les signes toute seule, entre signifié et signifiant. 

    Le mot "structure" s'est trouvé employé bien plus largement dans les sciences sociales et ce n'est pas la même chose. 

    Frege et Meinong

    Frege introduit bien l'essentielle différence entre Sinn et Bedeutung (sens et référence), mais n'oublie pas la Gedanke, la pensée et aussi la représentation (Vorstellung). 

    D'une certaine manière, c'est Frege qui insiste sur un caractère important et qui fit tout exploser au XXème siècle: le sens n'est pas la référence et Vénus qui identifie deux sens différent (l'étoile du soir et l'étoile du matin) est une référence unique qui n'égale pas les deux ipséités. Un nom propre désigne quelque chose et aussi, c'est toute la beauté de la chose, exprime un sens particulier. 

    Cette histoire de référence se trouve critiquée et c'est tout le problème: elle peut désigner des objets fictifs ou des objets réels et c'est tout le problème. C'est pour cela que Meinong différencie existence et subsistance.  C'est pour cela aussi qu'il promeut une notion de la référence à l'intérieur de la représentation: la négation d'une référence, la non existence, a du sens aussi... 

     

    La grande confusion

    On se retrouve alors avec la grande confusion qui m'avait toujours embrouillé: on a en fait 4 termes voire plus, en fait un continuum triangulaire. La meilleure,  et qui me ravit, est que l'on se trouve à citer les 4 activités de l'esprit selon Jung, à l'origine du test de personnalité Meyer Briggs. La pensée, l'intuition, le sentiment et la sensation. On peut alors ranger signifié, concept, représentation et référent. 

    Saussure identifiait signifié et concept, et on peut confondre concept et représentation. Il les identifiait ou plutôt les associait dans le signe, "signe psychique à deux faces".

    Peirce

    Peirce (pèrseuh) (4) mort en 1914, génie patenté mais américain, est bien sur trinitariste fanatique: tout va par trois chez lui et dans sa sémiotique (séméiotique dit il) depuis la tripartition du signe lui même (icone, symbole, indice), les trois catégories fondamentales de l'être (priméité, secondarité et tertiarité), et bien sur la tripartition du signe ou "representamen" en "fondement",(ou "premier"), "objet" et "interprétant".

    Il y a donc bien sur 3 sciences dérivées, grammaire, logique et réthorique et les 3 formes du raisonnement hypothèse, induction déduction. Pour finir, la linguistique c'est syntaxe, sémantique et pragmatique. 

    En gros, la signification est une interaction entre les trois catégories, valable et active partout, et source de toutes les considérations. Les 3 catégories se divisent et au final tout signe peut être classé dans l'une des 10 classes fondamentales. 

    Un signe c'est quelque chose qui tient lieu pour quelqu'un de quelque chose sous un certain rapport. 

    La proposition

    On va au cran d'après, au coeur des considérations Frege Russel: la proposition. D'abord, elle se compare au simple nom (et la chose est d'importance) en ce que sa référence, selon Frege, a une valeur de vérité alors que le simple nom a une référence objectivée. Cette distinction est un fondamental et classifie les philosophies de la signification.

    Pour W., par contre, la signification d'une proposition est une image du réel et donc W. introduit et cela serait son apport fondamental, la dualité de la nature de la proposition porteuse de deux notions différentes: vérité et réalité.

    On en vient à  son fameux slogan: "la signification c'est l'usage", c'est à dire que c'est l'activité, l'application des règles, l'interaction qui fait la signification. Le point intéressant, à rappeler encore et encore est qu'on a ici une approche "vérificationniste" de la signification, de ce qui fait sens: Popper lui affirmera encore et toujours qu'il n'y a de sens (scientifique) qu'à partir de l'exhibition des possible falsifications ! 

    Par contre, W. refuse bien le platonisme des objets mathématiques abstraits, désignés et rendus signifiants en même temps par Frege: c'est par un calcul que 2+2 fait 4, nul besoin d'un objet. "Tout est algorithme, rien n'est signification". De ce point de vue il semblerait bien donc que W. soit bien un précurseur, avec sa distinction entre calcul logique (celui de Russel Frege) et calcul fonctionnel, de la notion de "déduction sous hypothèses"

    Mieux, W. est un intuitionniste, en fait.

    SOAP: Alors que bien sur le positivisme de Frege méprise le calcul et assimile signification et pointage, ce que dénonce le constructivisme pour qui il n'y a que construction, et donc calcul, l'objet indépendant garde un sens: il est le réel derrière la nécessité du calcul et c'est bien cette nécessité là qui prouve le réel. Car l'objet abstrait qu'il suffirait de nommer est un peu trop dans notre esprit déjà. Atteint par un calcul qui pourrait ne pas converger, et bien il se trouve en dehors, et ses propriétés se découvrent hors du langage... 

     

    Linguistique

    On entre alors dans la linguistique à proprement parler.

    La classification des assertions propositionnelles entre jugement de vérité et jugements factuels est subtile et profonde. On peut l'introduire par les modalités qui sont caractéristiques des deux sortes de jugements: 

    -"vraiment","effectivement", "en fait", "réellement" concerne la réalité.

    -"être", "surement", "probablement", "sans doute" concerne la vérité.

    Lacan et le symbolique

    Lacan qui se voulait l'héritier et le ré interprétant de Freud, associe psychanalyse et sémiotique à partir du signifiant de Saussure qu'il met à toutes les sauces et en particulier dans l'inconscient en lui faisant organiser le symbolique. Les signifiant est le symbole, et le psychisme s'insère dans le symbolique. Le signifiant apparait comme très objectifié, il est un code, et le symbolique fonctionne comme un machine cybernétique.

    La fameuse structure de Levi Strauss, squelette de l'ordre symbolique qui préside au phallus est bien là. Un signifiant suprême, un objet G? 

    En passant, les expressions saillies de Lacan doivent être collectionnées: l'inconscient c'est le discours de l'autre, l'inconscient est structuré comme un langage, il n'y a pas de métalangage, le signifiant c'est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant.  

    J'y ajouterais une citation mille fois faite, et issue de son public, paradoxalement passionné: "mais bon sang de bon soir, qu'est ce qu'il veut dire? "

    Les actes de langage

    Et puis il y a aussi les "actes" de langage, qui donnent aux phrases des significations au delà de la simple assertions. On promet, on ordonne etc. Il n'y a pas que les assertions dans la vie...  

    L'avenir

    Au delà de ces remarques didactiques, il faut considérer Girard et ses projets tout à fait actuels de révolutionner la logique. Serait on à la limite d'un saut décisif dans un autre monde ? Le fait est que, et toutes ces lectures tournent autour de cela, que nous sommes bien dans le grand mystère dont parlait Wittgenstein: la négation et sa nature asymétrique.

    "Il y a là un grand mystère. C’est le mystère de la négation : les choses ne se passent pas ainsi et pourtant nous pouvons dire comment les choses ne se passent pas". 

    A ce propos, je me permettrais de rappeler que "aletheia", la vérité en Grec est un privatif ("a") du nécessaire oubli de la vérité éprouvé après un bain dans le léthé nécessaire pour revenir sur terre, l'oubli des vérités vraies étant nécessaire...  

    La négation serait donc dans le langage et pas dans la réalité? 

    Ce que je comprends à l'heure actuelle des hurlements girardiens est lié à la fameuse distinction usine/usage: on teste l'objet manufacturé sur quelques critères seulement, et on l'utilise pour tout et n'importe quoi en étant sur qu'il marche... Ce n'est pas pareil ne ne PAS échouer sur quelques points et de toujours réussir sur tout... 

     

    Tarksi et la vérité

    On vient de parler des hurlements de Girard, il faut dire qu'ils sont bien orientés en la défaveur du pauvre Tarski, qui se fait appeler Alfred avec régularité... On reproche à Tarski son obstination circulaire (en fait régressive à l'infini) à définir la vérité en fonction d'une autre vérité dans un soi disant métalangage bien sur, mais lui même indéfini ou plutôt trop facilement défini lui même, et de la même manière. 

    Cette question de la sémantique est bien entendu primordiale et Girard, comme anti réaliste soit faire de la structure de la règle logique (sans doute la règle de déduction, immortelle invention de Gentzen) le seul support de la signification véritable des règles et constantes logiques. 

    On peut donc se passer tout à fait de cette notion cul cul de vérité, voilà l'enjeu. 

     

    (1) http://journals.openedition.org/germanica/2472

    (2) https://www.cairn.info/revue-archives-de-philosophie-2003-3-page-481.htm

    (3) https://www.erudit.org/fr/revues/philoso/2012-v39-n1-philoso0186/1011612ar/

    (4) http://www.persee.fr/doc/lgge_0458-726x_1980_num_14_58_1844

    (5) https://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2003-2-page-131.htm

  • Les Foucaldiens

    Une pépite du net, un monument incontournable, est le débat Foucault Chomsky de 1971: 


     

    La personne, le visage et le corps de Foucault, peu présents sur les médias (il est mort en 1984 bien avant l'internet) crève littéralement l'écran. Le débat, animé commence dans le théorique et se termine dans un apothéose de bistrot avec un Foucault totalement déchaîné qui menace Chomsky de l'étrangler avec ses tripes de bourgeois au nom du prolétariat dont la violence sans limites n'a pas à être motivée par une éthique ou quoique ce soit d'autre que la guerre nécessaire, inéluctable et victorieuse... J'exagère à peine, jugez sur pièces.

    Nous sommes en 1971. Dans la fièvre de la discussion fut conçu sans doute ce soir là un ou deux des jeunes hommes de 18 ans qui allèrent danser sur le mur de Berlin récemment chu. Souvenirs souvenirs... 

    On va y aller direct: Foucault, connu pour son homosexualité agressive (on trouva après sa mort un grand sac ou il avait rangé ses jouets d'avant Sida, cagoules, fouets etc), profita de bien des bienfaits de la société américaine lors de ses voyages au pays des hippies à la grande époque. Il n'en revint pas persuadé des libertés bourgeoises au demeurant, ou du moins de pas toutes. La complexité de ses pensées est difficile à sonder et a sans doute des mérites dans bien des secteurs, mais on aimerait se glisser dans ce à quoi il refuse explicitement de répondre pendant le débat: le rôle de la vie personnelle de l'auteur dans l'élaboration des idées... 

    L'homme

    Car la chose est d'importance il me semble, contrairement à ce qu'il dit (que ce n'est pas important): les passionnés du discours acharnés à détecter derrière les pouvoirs les intentions perverses se doivent de se soumettre, chacun son tour, à l'exposé de leur postérieur. La mort par ignorance de l'immuno-déficience acquise, à l'époque on n'en avait aucune idée, n'excuse rien: le monsieur a eu au moins un temps, une vie personnelle intense, en relation avec l'exceptionnel de vies particulières non fantasmées mais réalisées, que ce soit la sienne ou celle de ses amis proches. 

    Bien sur on ne va accuser en plus son cher ami Hervé Guibert d'avoir VRAIMENT découpé des gamins en tranches, comme il l'a décrit, et puis nous avons tous lu Sade, et ce n'est pas Caroline de Haas (quel nom!) qui va dicter nos préférences esthétiques en les marquant par la pruderie #metoo de 2017, mais tout de même. Le siècle de Gödel n'avait pas encore procédé au massacre cambodgien, ni au rwandais, et on se masturbait encore de crimes tordus, au nom de la connaissance.

    Pour un humble hétérosexuel semi impuissant, la ritualisation de la sexualité reste énigmatique. Absent lors du mariage de mes parents, navré de celui de mes soeurs et de mes amis, j'ai échappé à tous les déguisements et n'ai jamais baisé que nu, et sans accessoires autres que mon imagination. Imaginer les princes du savoir en costume, au nom d'une liberté un peu oxymorique, qui plus est alors qu'en public on proclame la guerre du prolétariat contre tous me fait me tordre de rire. 

    Tout cela est bien dans le passé, et le passé adorait le costume, justement. A ce propos on notera l'ambiguité extrême du rôle de celui ci: est il la marque de l'autorité, l'uniforme ayant un pouvoir intrinsèque sur les spectateurs? Ou bien n'est il qu'une source d'excitation, un moteur indispensable pour procéder à la cérémonie ? 

    Les deux aspects sont au coeur de la réflexion sur le sadisme et le masochisme, le cultissimo intellectuel texte de Deleuze sur la vénus à la fourrure (1967) revenant à la mémoire. 

    En gros, le sadomasochisme est il: un sado content de son maso, un double sadisme (le maso n'existe pas), ou deux pratiques séparées sans rapport ? De quoi s'écharper longtemps. 

    Pourtant, Deleuze semble moderne: il veut rompre avec l'emboitement des deux pulsions, qu'il juge daté, l'opposition mâle femelle, actif passif étant à dépasser, avec le freudisme, d'ailleurs, tout en gardant l'inconscient, bien sur, on ne tuera le père (le pré-père, l'objet G, quoi) que bien longtemps plus tard. 

    Pour ce qui concerne les pratiques et ce qu'on peut en dire, on commence par l'interprétation pure "pouvoir": le rapport à la loi. Le sadique s'identifie à la Loi et en la rendant absolument mauvaise et injuste et prend en main donc la totalité du manche pour sa jouissance à lui, tandis que le masochiste joue à fond le rôle du coupable et se soumet complètement à sa punition qu'il accepte le plus totalement possible, à la Loi donc, pour sa jouissance à lui, délibérément moqueuse. 

    Dissymétrique et sans rapport, c'est clair. Freud, lui, le vieux taré, voyait 3 masochismes, dont un féminin identifié apparemment à la sexualité féminine traditionnellement conceptualisée. Il conçoit même un masochisme moral, hors du sexuel. On peut naturellement continuer à explorer le thème, les perversions se classifient avec perversité, et la combinatoire, ah si j'avais le temps, assez volumineuse. 

    Le terme d'algolagnie se doit d'être mentionné: algo c'est la douleur. On la décrit comme une "paraphilie", j'aime bien, les mots sont les choses, comme dirait Foucault. 

    Le(s) mot(s) et la(es) chose(s)

    Au fait "le mot et la chose" c'est d'abord un poème galant un peu tordu de l'abbé Lattaignant:

    "Que, pour vous, la chose et le mot, doivent être la même chose...Et, vous n'avez pas dit le mot, qu'on est déjà prêt à la chose."

    Mais c'est aussi le maitre livre de Willard van Orman Quine (publié en 1960), qui marque la philosophie analytique moderne. En gros, mais on y reviendra, c'est l'indétermination de la traduction: l'expérience (de pensée)  du linguiste face à un aborigène. On ne pourra pas décider entre "lapin", "gavagai" et "expression de la lapinité": la référence est toujours indéterminée ou du moins nécessite un contexte. 

    En gros, on ne peut pas prouver l'existence d'un lien rigoureux entre un mot et une chose. A partir de là on rejette le vérificationnisme (on suivra Popper, d'ailleurs) du positivisme logique. 

    Le best seller de Foucault "Les mots et les choses", parlait d'une chose similaire. Il décrivait "l'archéologie du savoir", des conditions de la connaissance à chaque époque, de l'"épistémé" de chacune d'entre elles. Une introduction perverse au relativisme, et qui se termine par la possible disparition de l'homme des sciences humaines, "comme à la limite de la mer un visage de sable"... 

    Pourtant, il y a le coté sulfureux du nouveau dans tout cela, et surtout: "l’éventuelle récompense d’un certain plaisir, c’est-à-dire d’un accès à une autre figure de la vérité".

    Les deux livres veulent dire la même chose en quelque sorte, même si Quine semble être d'un autre bord... En tout cas, Kuhn et Quine sont proches, et la notion de paradigme ressemble à celle d'épistémé, bien que celle ci soit bien sur totalement inconsciente et masquée de tous...

    L'Iran

    Foucault tout visionnaire des années soixante qu'il était, eut l'oeil tout de même un peu bouché par les voiles noirs de la connerie révolutionnaire. C'était il y a quarante ans, en Iran. 

    Un monument que cet article qui nous rappelle la fin des années 70: 

    https://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20180216.OBS2318/foucault-en-iran-il-ne-voyait-pas-les-femmes.html

    "le formidable espoir de refaire de l'islam une grande civilisation vivante"... On voyait donc ce qu'il voulait dire par "prolétariat", "guerre", "prise de pouvoir". En fait un gros con de bourgeois français communiste. 

    Au fait, l'article, tout plein de la rancoeur indulgente typique du féminisme envers ses amants de gauche qu'on éreinte après coup mentionne hypocritement que Foucault "s'intéressait peu au désir féminin". Qu'est ce qu'on se marre.

  • La Gnose

    On lira ici (1). La GNOSE!!

    On a aussi comme référence (2)

    D'abord, Jonas semble ici vraiment scientifico philosophe, intéressé, et passionnant. Il cherche le mythe, l'idée fondamentale, le contenu, le fond... 

    Promenons nous. 

    Les sources

    On doit en faire la liste: 

    - Pistis Sophia, Livre de Iéou (en copte)

    - Evangile de Vérité (Valentin) 

    - Apocrypkon de Jean, Sophia de Jésus (barbelognostiques) 

    - Hypostase des archontes, Origine du monde

    - Les écrits manichéens

    - Les écrits Mandéens

    - Poïmandres (Hermes Trismegiste) 

    - Actes de Thomas, Odes de Salomon

    - Extraits de Théodote

    Et bien sur les oeuvres des pères, Irénée, Tertullien, mais légèrement critiques, hélas. 

     

    On doit mentionner Plotin qui dénonce longuement les gnostiques dans les Ennéades.

     

    Les gnostiques

    - Valentin (165), puis ses disciples Ptolémée et Marcus. La gnose syro egyptienne.

    - Basilide un disciple de Simon le Magicien, l'homme des 365 cieux.

    - Carpocrate, le libertin, dénoncé par Irénée

    - Marcion

    - Mani l'inventeur du manichéisme, la première religion d'Augustin.

    Les Thèmes

    D'abord, cette question de la lumière disséminée dans le monde: elle est un fondamental, et une figure magnifique. Ces gouttes mélangées dans les ténèbres et qu'il faut recueillir partout. La raison du mélange reste obscure, et apparait de toutes façons comme une dégradation des ténèbres. Comme si on pouvait faire plus mauvais encore, par une contamination. 

    Il faut noter cette logique de l'infime et définitive présence: le principe du bien ne souffre pas la dilution, par définition. N'est ce pas? 

     

    Les gnostiques eux mêmes

    Citons Irénée, au sujet des inventions successives des gnostiques, incroyablement imaginatifs et prolixes:

    "Chaque jour l'un d'eux invente quelque chose de nouveau, et nul n'est tenu pour parfait s'il n'a cette manière de fécondité". Les gnostiques sont des spéculateurs, libérés de tout, ils généralisent, inventent et signifient à tout va. 

    Tout cela va très loin, en fait, et se trouve être radicalement nouveau. C'est ce qu'il faut retenir. 

     

    La gnose

    Ensuite le mot lui même, la "connaissance": elle est celle de toute l'histoire, celle d'un monde mauvais, conçu et crée justement par l'ignorance et la bêtise. Elle est connaissance de la sortie du monde, de la traversée des sphères, des ciels mauvais vers la lumière, vers le haut. L'homme pneumatique se sauve par la connaissance de tout cela qui est de manière ultime la connaissance du Dieu. 

    La question de l'ignorance est fondamentale: elle n'est pas privation mais force active, élément ontologique primordial. Elle est un trouble qui saisit le divin, élément de l'histoire du divin, elle est de plus ce qui "fait" le monde, ce qui le constitue. Par opposition, la gnose, connaissance pneumatique humaine est l'inverse de l'ignorance divine...  

    Les Archontes

    Le monde c'est celui des archontes ou éons, au nombre de 7. C'est bien cette histoire des sept "vêtements" superposés, au nom des différents noms qu'on donne au dieu Juif: Sabaoth, Adonai, Elohim, Iadalbaoth, Astaphaï, Iaoh, etc. Archontes, ceux qui règnent sur leur sphère. Iadalbaoth est le principal, c'est lui le démiurge. 

    En gros, on a aussi les 7 planètes: lune, mercure, venus, mars, saturne, jupiter, et le soleil qui leur correspondent, chacune a son archonte. Ce sont un peu les archanges chrétiens ou juifs. 

    Au fait, les Yézidis ont leur archontes. 

    Et puis il y a l'ogdoade, la 8ème chose. 

    En fait tout ça n'est pas clair et la plongée dans les délires de Valentin ne peut pas laisser intact. Au fait que le personnage soit considéré comme un saint et qu'on le fête pour une raison obscure de viol perpétré dans le passé m'a toujours hérissé... 

    Disons qu'il y a 4 couples d'entités, c'est l'ogdoade égyptienne: Heh, Kekou, Noun, Amon et la paire (ajouter "et" pour avoir la femelle). 

    Il faut mentionner les "douze" (les signes du zodiaques) autre expression du multiple mauvais. Au fait le zodiaque c'est la religion astrologique babylonienne, celle des mages... 

    En gros, il peut y avoir jusqu'à 365 mondes différents superposés, tous mauvais tous image de la terre et des empires en couches, en sphères (mais qui contiennent des fragments de lumière) et qu'il faut "traverser" pour monter vers la lumière.

    Ce monde est dirigé par le "heimarméné", le destin, et aussi le gouvernement des archontes. 

     

    Le Dieu inconnu

    Lieu de la théologie négative, la description du dieu inconnu (celui qui n'existe pas, selon Basilide) est forcément hors de tout existant qui l'associerait au monde. "Porteur de tous les noms, comment t'appellerais-je?".

    Il est au début en repos complet, il est abime,"pré père" (proarkhé), et coexiste avec Ennoia, la pensée, la grâce et le silence. Ils conçurent Nous (l'intellect) et Alétheia (la vérité). De là sont issus Logos et Zoé (la vie), puis pour compléter l'ogodade primitive "homme" et "église". On notera l'émission par paire male femelle, structure répétée partout. L'ensemble, c'est le plérôme, la communauté divine, complétée par la fécondité de Zoé et d'Eglise: 10  et 12 éons de plus et on se retrouve avec 15 couples en tout. Sophia est le dernier éon féminin. 

    Nous, le fils unique est seul issu de pépère, est le seul du plérôme à voir papa. C'est cette ignorance du père, commune aux éons, qui devient chez le dernier d'entre eux l'angoisse, et l'apparition de la "limite".

    On a alors création de la dualité primordiale, émise de l'un. 

     

    La chute de Sophia

    Il faut alors détailler l'histoire de la création.

    Sophia, la "sagesse", Pistis Sophia, tente de créer, elle aussi, par elle même, sans son conjoint. C'est l'erreur de Sophia, qui crée la limite, le voile, qui sépare lumière et ténèbres et crée l'ignorance. C'est cette faute qui crée le dual, le deux... 

    Sophia c'est aussi Sophia prouniko, la lascive, la prostituée. C'est Barbelo chez les barbelognostiques.

    Au fait, le 7ème ciel c'est celui qui est juste sous le voile qui sépare le haut du bas. 

    La projection de son désespoir, c'est l'être à face de Lion, Iadalbaoth, son fils le démiurge qui se prend pour Dieu. Il crée 6 Archontes mâles et femelles. Il est le premier archonte, né dans l'ignorance et la honte. 

    La création de l'homme par les archontes, à l'image d'un dieu qu'ils avaient vu dans l'eau. Et il y a 7 parties du corps/ame, une par archonte (nerfs, os etc).

    Cependant, l'oeuvre n'arrive pas à se lever. Il faut donc lui souffler un peu de pneuma pour qu'il s'anime. L'auteur du complot est le Dieu de lumière, et les archontes sont trompés: leur créature leur est devenue supérieure ! Ils l'enferment donc au fin fond de la matière. 

    C'est Sophia qui envoit le serpent pour tromper les créatures de Iadalbaoth et les pousser à manger le fruit de la connaissance (héhé). D'où les cultes ophiques, du serpent, pour célébrer le premier acte de la gnose. Ceux du serpent. Il y a la figure d'Asclepios, concurrent de Jésus, le dieux médecin avec le bâton aux serpents et la constellation. Le serpent d'airin des ophites a la  même forme et un succédané, le serpent Glykon eut un grand succès. 

    La suite

    Il faut mentionner la création des éons Christos et Esprit (qui se trouve donc femelle), destiné à communiquer aux autres éons la gnose qui doit les calmer. Valentin raconte même que Christos fut fils de Sophia, mais remonta au plérôme et laissan Sophia dans les ténèbres d'où elle suscita le démiurge. 

    Jésus est un éon, le seul a n'avoir pas de femelle... Il alla voir Sophia est la libérer des 4 passions (crainte, tristesse, angoisse et supplication). 

    Il faut mentionner qu'il y a en fait 2 Sophia, une d'en haut et une d'en bas, celle qui n'est plus dans le plérôme. 

    Une autre histoire, celle du viol d'Eve par Iadalbaoth, ce qui fit Cain et Abel, tandis que Adam eut Seth avec Eve...

     

     

    Les deux modèles: la Syrie et l'Iran

    Jonas distingue deux modèles, suivant que la dualité est intrinsèque (Mani, l'Iran) ou issue du drame divin (Valentin, la Syrie). Dans les deux cas, le salut est celui du Divin lui même, c'est l'idée "orientale" du Dieu à sauver... 

     

    Le libertinage 

    Il faut bien sur aborder l'épuisement du mal par sa réalisation totale. Il faut bien voir qu'on trouve ici le mélange de toutes les représentations du mal en occident, avec bien sur le fantasme du tueur en série, mais aussi le pacte faustien et la métempsychose: l'âme doit vivre la totalité de la vie avant de monter vers Dieu, et elle se doit d'accélérer son destin en hâtant l'épuisement des expériences nécessaires, condition de l'extase finale ! 

    On a là Pythagore, le Karma: tout ce qui permet d'échapper à la "roue des naissances", au monde quoi. 

     

     Le Cosmos et la thèse

    Il faut bien comprendre l'opposition frontale et drastique du kosmos grec, expression de l'ordre et de l'harmonie, et de l'heimarmene gnostique, l'ordre mauvais, étranger. Le gnostique a plus de solidarité avec l'homme, son semblable, qu'avec le monde globalement mauvais, et qui n'est plus porteur de l'harmonie globale. 

    Le corps appartient au monde, mais il contient l'étincelle, le "pneuma", l'esprit.  De ce point de vue, il n'y a pas de faute humaine, ou de culpabilité, bien au contraire: c'est le monde qui est coupable et mauvais. 

      

    Et il faut en venir à la thèse de Jonas, quand à l'héritage gnostique aujourd'hui. En gros, le gnosticisme et d'une certaine manière -avec- le christianisme (le reproche, et le constat, affleure) rompt avec l'équilibre vertu/nature du monde antique: c'est le reproche de Plotin. Car la vertu grecque, magnifiée par le stoïcisme, est acte de transformation naturelle de la nature: l'effort est mise en acte de la nature. L'"harmonie" stellaire est musicale. 

    Cette harmonie, est l'"arétê", l'"excellence", traduite par "vertu", caractère de l'accord avec le monde. La gnose promeut son contraire... 

    Le gnostique refuse et inverse tout cela: les "sept" planètes dont font partie Soleil et Lune assimilés à leur numéro et privés de toute vertu physique, ne sont que les parties mauvaises du cosmos méprisé.

    Le monde passe, c'est l'attitude "acosmique", "comme s'il n'existait pas"... 

    De ce fait l'homme gnostique se sent plus proche de l'humain quel qu'il soit, car portant potentiellement le pneuma, que du cosmos parfait: il a inversé le rapport de la vertu ! 

    C'est la raison du "libertinage", qui va jusqu'à nier la loi, manière pour le démiurge d'asservir les psychés méprisées. Bien et mal sont indifférents, purement mondains et radicalement différents du sentiment de la liberté pneumatique. Ce sentiment de liberté est lutte contre tout esclavage ou obligation, issu de la volonté démiurgique d'asservissement psychique: on redoute les démons intérieurs qui en sont la manifestation.

    Ainsi, le dieu inconnu ne porte aucune loi, aucun "nomos".

    Mieux: la liberté intérieure, pure lumière est valeur inconditionnelle absolument soustraite au monde: l'or dans la fange ne se transforme pas et le salut du pneumatique est inconditionnel. 

    Jonas alors évoque les vertus chrétiennes, elles aussi anti cosmiques et qui refusent l'arétê: l'homme est insuffisant, et doit être "sauvé". Sauvé de quoi? Nous sommes bien là dans la méconnaissance et le déni de cette histoire de "salut" qui reste pour moi une sorte de point aveugle...  

    En tout cas, la chose est claire, les gnostiques en veulent plus à l'antiquité classique qu'aux religions qu'il concurrence, et c'est là le fond de l'affaire: c'est la revanche des barbares. 

    (1) https://www.scribd.com/doc/229496792/Hans-Jonas-La-religion-gnostique-pdf

    (2) http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/gnosticisme.htm 

  • XGenstein

    Il nous faut parler de l'illustre viennois mort en 1951, qui fascina et continue de fasciner pour des raisons mystérieuses. On le pensait pré Gödel, et il devient l'égal de Derrida, de Foucault avec ses histoires de sujet, de vie intérieure et de paradoxe sceptique. On commence par là: comme il est obscur, on ne comprends pas toujours ce qu'il dit, et comme en plus ce dont on ne peut parler, il faut le taire, cela n'arrange rien et on l'interprète de manière variée. 

    "Wovon man nicht sprechen kann, darüber muß man schweigen"

     

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    Fascinant non? Un "ta gueule" philosophique en quelque sorte. D'après une lettre adressée à Russel, W. décrit lui même son problème philosophique essentiel comme la distinction entre ce qui est dicible (pensable) et seulement montrable (ou à taire). Un projet Kantien de limite, estimable, tout de même.

    Bon, d'abord les deux philosophies supposées différentes du maitre du Tractatus ultra logique jusqu'aux recherches philosophiques et ses "jeux de langage" sont en fait plus proches qu'on ne le croyait. En gros, au milieu de fulgurances, on dit que le sujet est limité par le langage et ne peut que décrire des "faits", des "états de choses". Le concept est bien d'origine W. et bien sur repris par David Armstrong: il n'existe que des individus, ses propriétés et les relations. Une image très informatique des choses... 

    Cette histoire d'"état de choses" est une garantie d'intelligibilité: l'état des choses c'est plus qu'une chose, et le réel c'est plus que les choses. 

    Quand aux jeux de langages, ils sont régis par les règles, les fameuses règles du jeu de W.: la signification c'est suivre la règle, l'usage, intermédiaire entre les humains. 

    Le point important est que cette "expression", ce qui ne peut que se faire montrer, ne peut être dit. Il existe pourtant et c'est un amateur de musique qui vous le dit. W. utilise le mot "mystiche". C'est dit.

    Kripkenstein

    Kripke interprète de W. en fait le plus vicieux des sceptiques avec le fameux paradoxe des règles mal fagottées qui régissent les jeux de langage: comment savoir si cette règle là est suivie plutôt qu'une règle similaire complétée à l'infini par un comportement quelconque imprévisible ? La notion même de signification, attachée à l'interprétation de la règle s'en trouve fragilisée, voire détruite. Bonjour le relativisme total !

    Bien sur c'est cette notion LA de la signification qui morfle, et on peut continuer le chemin. Il est celui d'un caractère proprement humain du langage, son caractère naturel, identifié au monde.

    C'est (ce serait) la solution au problème de l'adéquation: un naturalisme, un platonisme naturaliste...

    On se veut donc anti scientiste: parti de l'analytique pur et dur, Viennois, W. part ensuite dans l'humain pur débarrassé du sujet, en fait en remettant en cause les manières classiques de l'établir, et dieu sait s'il est contre tout dualisme et contre tous les Descartes; il veut, comme tout le monde, en faire finalement un sur homme mystique, au delà des conventions, et dieu sait s'il n'était pas conventionnel... 

    Psychanalyse

    Il faut rappeler que W. était violemment opposé à la psychanalyse, ("du sexe ordurier"). Pour toutes les bonnes raisons, l'inconscient est un concept non scientifique, que l'intériorité est inconnaissable et le thérapeute peut faire ce qu'il veut. On rappellera aussi que le sujet Freudien, celui de l'inconscient, doit être accepté pour que la cure fasse effet: de quoi éloigner, en effet... 

    Passeron

    Dans un traité vicelard(1), Passeron, vous savez le pote de Bourdieu, voulut à partir de W., établir la non réfutabilité de la sociologie. Un moyen d'être tranquille, ou mieux, de l'écarter pour toujours du savoir. L'important est que les discours du social ne s'expriment pas dans le même espace que celui de la logique... 

    Girard contre W.

    On sait que Girard (Jean Yves) dénonce avec les analytiques en général et W. en particulier le fantôme de la "transparence", c'est à dire de la capacité à tout dire dans le langage et dans la logique, voire de la volonté d'identifier logique et langage, projet Wichgnaggnagien s'il en est. Comme d'habitude, le vilain Girard fait peut être un contre sens, et cela serait à voir, le fait est que W. n'est pas tout à fait un analyticien bêbête... 

    Cette haine contre W., c'est aussi bien sur celle de Deleuze (pour qui W. est un assassin de la philosophie). Mai 68 fait bloc... Au passage, pour Deleuze, la philosophie a pour rôle de créer des concepts, vous savez ces choses incompréhensibles de quiconque sauf de leur auteur, le chevelu dominant. W. lui est bien sur l'ennemi de la métaphysique de l'esbrouffe et dénonce explicitement la métaphysique du jeu de mot. H. le considérait comme on antagoniste exact. Un titre de gloire.

    Bouveresse, grand witegchien, parle du litérarisme (par opposé au scientisme) pour désigner ce mépris affiché et consitutif de la précision des concepts pour ces grands poètes que sont les philosophes branchés d'avant les nouveaux philosophes. 

    Au passage, il faut tout de même créditer W. de l'invention des tables de vérités, et d'avoir combattu Russel. 

    Et puis, il y a la célèbre phrase, qui devrait plaire à Girard: "la signification c'est l'usage". 

    Popper et Stein

    On fera ses délices de (5): le tisonnier brandi par Stein critiqué par une loi morale énoncée par Popper est un régal.

    On y décrit un Popper rejeté par (et non pas opposé au) Viener Kreis, mais tout cela n'est que du montanisme autrichien. Popper n'est PAS positiviste, pas plus que Stein, d'ailleurs.  

    On notera la position de Popper au sujet de la signification. Cible aussi de Girard, Popper est pourtant celui qui attribue la signification, non aux objets "vérifiant" l'énoncé, mais à la classe de ses falsificateurs possibles. Ce n'est pas la même chose. Popper est encore plus contre l'empirisme logique que Stein lui même ! 

     

     W. Contre Russel et Frege annonce Gentzen

    D'abord W. est logiquement (sur la logique) parfaitement opposé à la notion d'axiomatiser la logique sur la base d'une conception de la vérité. Il introduit philosophiquement (pas mathématiquement, c'est trop tôt) à la modernité de la logique, celle introduite par Genzen le nazi et toujours en vigueur: la formalisation de la déduction sous hypothèses, la présence de PLUSIEURS logiques étant la preuve (héhé) de la libération de la logique de cette "science de la vérité" qui n'a plus de sens. 

    Cette histoire de déduction est extrêmement importante, elle est en gros la notation avec la barre horizontale, qui formalise le raisonnement comme relation entre des théorèmes. La déduction "naturelle", bref tout ce qu'on a dit au sujet de Genzen le nazi. 

    Frege, puis Russel qui lui restait attaché tout en le combattant en étaient restés à un axiomatisation de la logique, depuis battue en brèche et ringardisée. La logique est devenue structurale (peut on dire ça?).  En fait et pour le dire crument, la logique de Freger était science de la vérité, celle de W. et de Gentzen, celle de l'inférence. (4)

    W. s'y oppose et malgré toute l'amitié de Russel, en reste très différent. Il s'oppose en tout cas explicitement à lui sur cette question de l'inférence (voir 4). Il n'y a pas de vérité qui se déduisent entre elles, il y a des règles d'inférence, qui contiennent toute la signification des choses. W. est bien un génie précurseur. 

     

    Pour reprendre les choses depuis le début, Frege publie en 1879 une incompréhensible formalisation de la logique et invente calculs des prédicats et des propositions. En 1900, Russel qui lui l'a lu, réinvente tout cela, mais reconnait son précurseur, se lie à lui et partage le grand programme mathématique du début du siècle: le logicisme. Au passage, il lui écrit, désespéré, en 1902 la ruine qu'entraine la notion des classes qui se contiennent elle même. 

    Car il y a le rejet de l'identité. D'abord c'est le "diable en personne" (lettre à Russel en 1913). Pour lui, il s'agit d'une relation entre signes et non pas entre choses. Ce rejet il le manifeste toute sa vie... 

    Echec du logicisme

    On rappellera de toute façons que le programme logiciste fut un échec, et que les mathématiques ne s'expriment PAS dans la logique. En fait, le système des types des Principia ne marche pas bien, et la belle théorie des ensembles de Zemerlo et de Franckel décrit elle convenablement les ensembles à la fois sans s'interdire les ensembles dotés de sens trouvés par Cantor et aussi sans avoir les paradoxes mortels. Disons qu'en gros, il y a un shéma d'axiomes dit "de remplacement", qui permet de déduire un ensemble d'un ensemble existant et d'une relation fonctionnelle. On peut alors obtenir tous les ordinaux utiles, un ordinal (transfini, c'est à dire non fini) étant un nombre obtenu en incrémentant un infini. Il y a aussi un axiome d'infini, dont on ne voit pas le caractère "logique": le rêve de Frege et Russel a vécu.

    La logique et le métalangage

    Bon en gros, et contrairement à Russel et au Viener Kreis, dont il se sépare radicalement, la logique est transcendantale, condition de possibilité, elle est ce qui est commun aux représentations et aux faits du monde, mais ne peut pas être décrite elle même, d'où la nécessité du silence: elle n'est pas une image du monde et ne peut être décrite.  Il n'y a pas de métalangage.

    Cette histoire de "logique transcendantale" est bien sur hautement hilarante et à propos: c'est l'expression de Girard, qui propose une "syntaxe transcendantale" pour fonder une approche existentielle des fondements de la logique, on va en reparler. Girard dénonce, conspue conchie et ridiculise tout le positivisme logique, et justement, on peut dire que W. n'en était pas, tout à fait. 

    Quine et Stein

    Opposés au mentalisme et à l'intériorité signifiante, Quine et Stein situent la signification hors du mental, W. dans l'usage, dans les règles, Quine dans le comportement, dans l'interaction naturelle. Quine est un naturaliste, un behaviouriste.

    Il se révèle donc assez différent de W. et sur trois plans, carrément non négligeables. D'abord Quine ne donne la signification qu'au tout, c'est un holiste, alors que W. est moléculariste, voire atomiste à ses débuts, comme Frege. Ensuite, W. est analytique en tout, alors que Quine nie l'analytique complètement. Pour finir, W. voit la logique comme fondamentale et constitutive du monde, alors que Quine ne la conçoit pratiquement que conventionnelle.

    Excusez du peu.  

    L'art 

    Contrairement à ce qu'on pourrait croire, Stein n'est pas un mystique de l'art, et ce qu'on ne peut exprimer n'en est pas... Il était mélomane par contre. Mieux il semblerait bien que pour lui la chose qu'on ne peut que montrer ce soit bien ce que véhicule la musique (6). Et c'est bien l'"expression" qui est le coeur de l'esthétique. 

     

    Divers

    Faut il ajouter que Paul Wittgenstein frère ainé de Ludwig fut l'amputé du bras gauche du concerto de Ravel éponyme. Philosophiquement il est piquant que Ravel, vexé des arrangements outrageant à l'initiative du cul de jatte du bras, quitta Vienne précipitamment.

    Au sujet de la famille du petit Ludwig, il faut savoir qu'elle fut celle du père, le maitre des forges austro hongrois, bien sur immensément riche. Après avoir commencé par étudier un moteur à réaction, bifurqué sur les maths, puis écrit le T. sur la Vistule en guerre, W. donna sa part d'héritage, se fit jardinier, instituteur, mais navré par la bêtise des culs terreux autrichiens, revient passer sa thèse à Cambridge en 29 avec le tractatus comme mémoire, devant Russel.

    Il construisit pour sa soeur une hideuse maison moderne, aujourd'hui utilisée par l'ambassade bulgare... 

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    Il fit même des recherches expérimentales sur la perception musicale, tiens, tiens...  

    Pour en rajouter dans le grotesque encyclopédique, il faut savoir que la division Girard, à la Bérézina, contint Wittgenstein, ce qui permit à l'armée de passer. 

    (1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Raisonnement_sociologique 

    (2) http://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_1973_num_71_12_5762 : La théorie des descriptions de Russel

    (3) http://journals.openedition.org/philosophique/244 stein et l'art

    (4) https://www.cairn.info/revue-archives-de-philosophie-2001-3-page-545.htm#re3no3

    (5) https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00281124/document

    (6) https://archipel.uqam.ca/2399/1/M11097.pdf

  • Les grammaires

    La question de la grammaire me revient après qu'avoir tenté de formaliser la langue naturelle, je tombe sur la description alternative (l'alternatif a ceci de plaisant qu'il décrit souvent de manière intéressante son alternatif à lui) dite structurale, de la syntaxe(1)(2). Ceci à propos de (3), sur le "sujet".

    Cela correspond et permet de classifier, l'analyse stemmatique des phrases consistant à en construire les stemmas, les diagrammes à branches, des arbres quoi. Elle est réalisée sous cette forme par Lucien Tesnière, un révolté contemporain de la linguistique, un transfuge, un disruptif. 

    Tout d'abord, les bases et on oublie avec le temps, en plus j'avais toujours considéré que la grammaire c'était chiant. Mais l'enjeu n'est pas là (...): la stemmatique ne donne pas prédominance au sujet dans l'assertion, et c'est là que c'est pratique pour les déconstructeurs. Subordonné au verbe, le sujet n'a qu'une place structurale, et il faut désintoxiquer la grammaire de la présence. Alfred et Bernard sont reliés à la frappe. Qui frappe? 

    Cette prédominance du sujet dans la prédication est la marque de la grammaire dite de "Port Royal". La voilà foutue en l'air, quel dommage que Nadia Vallaud Belkacem ne soit plus ministre. Le sujet n'est que "le complément actanciel" du verbe... 

    Revenons à la grammaire. 

    Les types de mots

    Il y a deux sortes de mots, les vides et les pleins.

    Les vides ne sont que des liaisons décoratives ou désambiguatives.

    Les "pleins" porteurs de sens sont de 4 types: verbes d'une part et les autres dont les substantifs, les adjectifs et les adverbes. Similaire à un adjectif, mais pour les verbes, l'adverbe est en fait super compliqué et contient toutes les complexités du monde. Il peut en fait modifier aussi un adjectif ou même un autre adverbe. Il peut concerner le temps, le lieu, la manière. Bref, il modifie ce qui modifie. 

    Le gérondif

    Au passage, "en même temps", on parlera du "gérondif" forme vicieuse à la fois verbe et adverbe qui convoie pour modifier un sens, l'expression d'une action: "en partant". 

    Les catégories

    On listera les catégories, "substantif" (l'actant), l'"adjectif" (épithète), l'"adverbe" (circonstant). 

    Les conjonctions de coordination

    mais, ou, et, donc, or, ni , car  

    Ni plus ni moins: et bien je l'avais oublié. 

    Il y a pourtant aussi: enfin, pourtant, ainsi. 

    Les conjonctions de subordination 

    que, quand, comme, quoique, alors que

    Elles introduisent un plus qui se trouve subordonné, d'où leur nom. Bon. 

     

    Lucien Tesnière

    On en vient à notre linguiste structural. D'abord il cherche à s'affranchir de la prédication, et se consacrer à la structure uniquement. Cela a du mérite: dévouée à l'informatique et aux assertions, ma méthode à moi était purement logique. Pour comprendre, il faut saisir une intention logique et l'assertion, le dire de ce qui est, me paraissait être la forme élémentaire du discours... S'en affranchir explicitement est donc méritoire, et a sans doute pour objet de couvrir la totalité des expressions possibles, il n'y a pas que la logique dans la vie...

    Tesnière semble se situer dans la syntaxe "pure", en parallèle de la grammaire traditionnelle, celle qu'on détesta devoir apprendre. 

    Voyons voir. Il n'y aurait que 3 formes de structure:

    a) La connexion ou subordination. Bref, la forme typique de l'"assertion"? Non! Le régissant est structural, pas sémantique et le "petit ruisseau" est régit par le ruisseau, même si c'est petit qu'on veut dire. On y est quand même, et la forme linguistique principale est bien là. 

    b) La translation. Là on a plus subtil mais nécessaire, les formes linguistiques s'enchâssent et on doit pouvoir considérer qu'une phrase se trouve être utilisée comme subordonnée d'une autre phrase. "J'espère que Jean viendra". La translation fait changer de catégorie: "le livre d'Alfred". 

    Le gérondif est bien sur une translation. 

    c) La jonction. IL s'agit de juxtaposer ou de coordonner, la conjonction de coordination étant ici la reine. On a ici toutes les formes de mise au points, quand à soi et atténuations possibles d'une affirmation ou d'une description, enchassées ou non. 

     

    Conclusion

    On a donc un doigt dans les tentatives de formalisation, l'intérêt de tout cela étant bien sur de classer le langage naturel, ce qui sera et se trouve être déjà ce qu'on veut faire pour communiquer entre nous, les ordinateurs. 

     

    (1) http://www.home.uni-osnabrueck.de/bschwisc/archives/tesniere.pdf 

    (2) http://www.home.uni-osnabrueck.de/bschwisc/archives/stemma.pdf

    (3) https://www.nonfiction.fr/article-9233-le-sujet-faux-probleme-ou-question-mal-posee.htm

  • Les dynasties chinoises

    On commence, juste après la fameuse période des royaumes combattants de 475  à 221 BC, avec les QIN qui se termine par une révolte en 206 BC.

    On a alors les HAN, jusqu'à 220 AC.

    Nom du peuple chinois lui même, l'époque des HAN est celle du Taoïsme, et du bouddhisme, l'âge d'or de la Chine impériale.

    Après des désordres de 220 à 280, réunification sous les JIN jusqu'en 420, avec des complexités. 

    C'est alors les SUI de 580 à 620 

    puis les TANG de 620 à 900. C'est l'époque de l'imprimerie ! 

    Jusqu'en 980, fractionnements multiples (jusqu'à 10 royaumes!)

    De 980 à 1280,  les SONG: les billets de banque et la poudre à canon. 

    En 1115 des Jurchens (des sortes de mongols) forment la dynastie JIN.

    1270 - 1370 Les YUAN: les mongols. C'est l'empire fondé par Koubilaï Khan. 

    1370-1645 Les MING: c'est la restauration HAN.

    1645-1912 Les QING, des mandchous, puis c'est le dernier empereur...  

     

     

     

     

     

  • Le Mal

    La question du mal, avant que nous ne lancions dans des invocations variées à Lucifer, doit d'abord avoir lieu à propos de la gnose, première idéologie moderne à considérer un Dieu vraiment double, un créateur mauvais responsable de toutes les imperfections du monde, et un Dieu inconnu origine d'une lumière dont nous possédons des fragments, malgré tout... 

    Car cette histoire d'ange déchu et de serpent, qui génère ces histoires de responsabilité individuelle, de péché personnalisé avec ses variantes pour enfants, pour femmes et pour vieillards sont très en deçà de ce qu'on attend du vrai mal, le gras, le gros, avec ses destructions aveugles et sa totale insensibilité aux destins individuels: le vrai mal s'abat sur tout le monde, et c'est bien de cela qu'il faut discuter. 

    Le modèle du mal que produisent les gnoses sont bien sur les plus convaincantes (et les plus fascinantes). Elles furent décrites par Hans Jonas en 1928 d'une manière particulière, un peu dans mon genre: il s'agissait de trouver l'"esprit" ou l'"idée" de la gnose, plus que de décrire scrupuleusement en détails l'insensé fatras de ces ontologies démentes toutes plus tordues les unes que les autres... 

    Jonas, fondateur (supposé, disons l'un d'entre eux) de la pensée écolo, passa de sa thèse qu'il fit sous la direction de H. lui même. Bien sur il mordit la main qui le nourrissait et entendit ainsi confondre H. comme nihiliste. Sioniste ultra, il débarque en palestine en 1935, se bat contre les nazis pendant la guerre, pour Israël en 48 et publie en 1979 le "principe responsabilité" qui le consacre. 

    Heidegger et Nietzsche

    D'abord clarifions les relations enter H. et N. (1). En gros, le nihilisme, décrit par N. comme celui des faibles (les chrétiens) et celui des forts (le surhomme) est considéré par H. comme du platonisme. "Nietzsche is der zügellozigste platoniker", c'est dire. Bien que méritoires, les efforts de N. pour rompre avec la métaphysique occidentale sont clairement insuffisants.

    Seule une rupture avec le transcendant ET le transcendental vaut. H. ne pouvant rompre avec le transcendant, s'inflige donc le diable (le transcendant non créateur) et le conceptualise: voilà donc ce qu'il y a dans la clairière, le pur évènement, celui qui toujours nie, même le principe de non contradiction!  

    Voilà donc la plus magnifique définition du mal qu'on puisse donner, et H. étant nazi cela accentue le coté sulfureux de la chose. 

    Jonas

    Mais il faut revenir à Jonas. Jonas considère H. comme un gnostique dégénéré et s'oppose à lui. C'est la première chose, mais il en garde bien des caractéristiques et c'est cela le rigolo du mal: il laisse des traces. Quel thésard de H. s'en est sorti indemne? 

    On doit bien sur parler de Ernst Bloch, resté en Allemagne de l'Est jusqu'en 61, qui publia le "Principe Espérance". Post marxiste en diable (comme on dit), le philosophe, qui se disait "degoch" nous apprends donc l'inéluctable et cosmique nécessité du mal euh de la rédemption des pauvres, objet G, au coeur de la spiritualité de bien des "penseurs" et autre vieux cons électeurs des partis socialistes variés, la sinistrogyralité leur étant chevillé à la glande pinéale.

    Je parle bien ici de tous ces vieux philosophes qui n'en finissent pas de mourir après avoir injecté dans trois générations d'abrutis mondains et suiveurs l'obligation à re-voter Mitterand... Mon dégout et mon mépris pour ces contempteurs du capitalisme, gnostiques de normale sup et honte de l'intelligence française, est infini; imaginez le niveau de mon respect pour les crétins (et les salopes) qu'ils ont séduit. 

    Pour ce qui concerne Jonas, on a clairement le cran du dessus: il tente de poser "le vivant" comme principe de l'être, et veut fonder, c'est ce qui en fait le penseur écolo qu'on révère, une nouvelle ontologie avec ça. L'homme, sommet du vivant devient alors responsable de la création... Au passage on a bien la conception de la technique autonome devenue dangereuse, la main de H. dans la culotte du zouave. 

    L'idée est parfaitement moderne et situe le monsieur après la 2ème guerre mondiale, il publia "le concept de Dieu après Auschwitz", en gros la récupération par l'homme du contrôle des opérations après le silence de Dieu pendant la Shoah. On dépasse donc le nihilisme suscité par la sécularisation, c'est ça l'idée... 

    Le principe est bien sur une tentative, partiellement la tentative postmoderne, de nous réenfiler un objet G car il le faut bien. Comme si cela était inéluctable... Il faut noter que le transfert de "responsabilité" est bien à ce niveau, Dieu étant soit incapable (ou bien alors simplement d'éclairer), soit délibérément opposé à notre bien être, nous devons nous substituer à sa capacité pourtant considérée autrefois comme grande, d'aimer tout le vivant, y compris sans doute les poux, très utiles, comme chacun sait. 

    En parlant des poux et de la polysémie que le mot suggère, on se livrera pieds et poings liés à la "tyrannie bienveillante" de Jonas, qui est bien ce que veut le petit monde écolo, que je conchie au passage. 

    La technique 

    La pensée de la technique comme "autonome" est sans doute l'une des pierres d'achoppement de notre époque. Le concept, issu bien sur de toutes les idées baroques des maitres en sociologie obsédés par le concept expliquant tout, par l'objet G que j'ai trouvé moi, le voilà, a un rapport avec les conceptions modernes de la vie (par exemple l'évolution) conçues comme des machines à information solitaires, et donc autonomes: ce qui arrive aux choses devrait arriver aux idées.  

    Bien sur la notion de robots bientôt supérieurs à l'homme se déduit immédiatement du concept premier: le danger est là et on ne sait plus très bien qui est qui, entre des machines qui deviennent des hommes ou des hommes qui deviennent des machines, comme sous hommes ou sur hommes, on ne sait pas non plus. Au fait les machines ont aussi le problème: vont elles remplacer/imiter les crétins ou les génies? 

     La conservation

    Dans cet univers menaçant, la responsabilité c'est conserver: l'image de l'homme (et de la femme?) doit être protégée, et toutes les précautions se valent: on aboutit à une sacralisation et Jonas ne s'en cache pas. Successeur de Dieu, l'homme se doit de respecter ce dont il a la charge. Et sa liberté est fragile, donc la voilà la belle éthique. Comme on est loin de la liberté totale de Dieu et de l'Homme que décrivait Scot ! 

    Bon, il faut dire que Jonas considère la gnose comme la tentation qui nous ferait échapper à notre responsabilité, c'est sa thèse. La gnose s'identifie au dualisme comme le représentant et la manifestant. De manière générale, Jonas condamne non seulement l'existentialisme mais aussi Descartes et tout ce qui fait que le monde est privé de substance spirituelle. C'est cela qu'il faut réfuter selon lui. 

    Ainsi les ressources sont limitées, et il faut les partager, voilà le fond de la nouvelle éthique.

    La mort

    Mais on peut aller encore plus loin: la vie animale sujette à la mort nous a fait développer une "ontologie de la mort" critiquable, moins en tout cas que chez végétaux, de ce point de vue bien plus proche de l'essence de la vie globalement. On en vient au végétarianisme, seul moyen de se nourrir, et donc de vivre, sans donner la mort. Comment en effet se reprocher de "tuer" une plante? Quoique. 

    Certains pourraient dire que coupée de ses racines (...) le pauvre brin continuerait de vivre et sa transformation dans mon estomac n'en fera que changer la forme de bactérie à bactérie. Je serais alors par symétrie, transformé en plante de l'intérieur. Un peu contourné comme délire, et tout est bon pour m'innocenter.

    De fait, et sans rire, on sait que les arbres et en fait tous les végétaux disposent de systèmes de communication globaux qui les maintiennent en équilibre dans leur environnement, voire entre eux (2). Toute ivresse solitaire face à une plante verte donne accès à son âme  (celle de la plante) et celle ci a une existence manifeste. Tuer cet être est un crime et il nous faut l'assumer, voilà mon point de vue. Et puis on peut tuer pour mieux que se nourrir, pour se protéger. Qui veut sauver la punaise de lit?

    Ainsi le mal n'est pas absolu dans l'acte de destruction ou l'acte d'oubli de l'être: TOUT a un être et refuser le mal en ce sens, c'est mourir soi même, de faim ou de gratouillis infectieux. Inclus dans une hiérarchie d'êtres et de choix, le meurtre est principal est n'est PAS le mal en soi, car le refuser c'est se tuer soi même, impossible d'en sortir. Structurellement et logiquement enchâssé dans le choix moral,  le mal assumé comme oubli, mépris ou instrumentalisation de l'autre est une responsabilité et la destruction de la nature doit être assumée. 

    Comment penser la régulation de ces destructions, de manière à éviter la destruction totale, ou l'égoïste extermination de ce que mon voisin de palier peut bien décider un jour qu'il est colère? 

    On peut interdire le suicide ou en faire une grande cause nationale, mais est ce là l'objet de l'écologie? Car la volonté de condamner le monde suicidaire qui produit l'effet de serre, ou bien de considérer le monde comme fini et à distribuer chichement, c'est le considérer comme mauvais en fait: seuls les pneumatiques inspirés par le GIEC ou l'organisme central de la redistribution auraient droit de cité, et l'humble fourneau à charbon ou la vache qui pète ignobles créatures du démiurge maudit. Autrement dit l'éthique de l'écologie EST dualiste. En son tréfond.

    Elle traduit une volonté désespérée de substituer un acteur central au désordre de la vie et à sa volonté anarchique de produire des effets à toute force. Car l'homme, l'acteur de l'anthropocène est un phénomène naturel, comme le nom de l'autocontradictoire expression le montre sans le dire: faut-il l'éradiquer lui, pour protéger le reste ? Il n'a pas de statut particulier dans le monde à moins que l'on ne le soit un peu, dualiste... 

    Revenons à cette idée des plantes qui pensent (2): on pourrait juger la nature responsable, ou bien la défendre comme un bébé immature incapable de se protéger, ou bien imaginer que sa fièvre a pour objet de se soigner elle même: qui a dit que seul le réchauffement climatique pourra empêcher cette monstrueuse poussée démographique produite par le sous développement sur-aidé (les fameux "petits chinois" des années trente) et vraie cause globale de nos problèmes d'environnement actuels ? 

     

     

     

    (1) H. et N. http://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_1968_num_66_91_5445

    (2) http://www.laviedesidees.fr/Les-arbres-et-les-signes.html#nh2

  • La fin de la préhistoire

    On estime à environ 10K ans BC (ou BCE)  l'invention de l'agriculture, au levant, pendant la période du néolithique dite du "Khiamien". Les pointes du type d'El Khiam se trouvent (on en trouve) en palestine, en gros.

    On note la différence entre sédentarité et agriculture, les débuts de la seconde consistant à moissonner des céréales sauvages.

    On rappelle que Avant JC, Before Christ, Before Common Era, Avant Ere Commune, AEC, sont synonymes. 

    Le Mésolithique entre paleo et néo lithique est la période intermédiaire, disons après 10K BC. 

    Göbekli Tepe

    Le site de Göbekli Tepe est particulièrement intéressant: situé en 11K BC, en gros le plus ancien sanctuaire connu.

    Des pierres étranges, sculptées avec des figures d'animaux sauvages.

    On rappelle que la pyramide de Khéops est daté de 2,5K BC, 7000 ans après, c'est dire. 

    Le site serait une manifestation illustrant une théorie donnant aux cultes chamaniques des chasseurs cueilleurs une tendance à faire des sanctuaires, donc des lieux stables, ce qui induit une sédentarisation et donc l'agriculture, pratique qui serait donc issue d'une pratique religieuse en évolution. 

    On en sait bien sur absolument rien, mais l'idée est intéressante: le social "serait" issu du religieux: tu parles on est au coeur de la polémique, les conceptions du religieux comme issues du social étant bien sur majoritaires... 

    Durkheim

    C'était d'ailleurs le point de vue de Durkheim, l'illustre sociologue français, partisan de l'éviction de la philosophie par la sociologie, et mort en 1917, inconnu de tous (je veux dire visuellement), sauf de son neveu Mauss et de tout ce qui suivit. Il est le théoricien des "faits moraux".

    Il est l'auteur de “Je ne vois dans la divinité que la société transfigurée et pensée symboliquement”. Par ailleurs, il prophétisa un retour du religieux, et se trouve considéré comme continuateur des néo religieux du siècle précédent, une sorte de socialiste, donc, on en a parlé.

    Il est traditionnellement opposé à Max (Weber) comme Holiste contre un individualiste méthodologique, mais il est comme le boche (mort en 1920) attaché à définir la sociologie comme une science. Weber est le théoricien du "désenchantement du monde" et de la "domination". 

    De plus, Boudon, pour des raisons à éclaircir, considérait les deux en fait, comme des individualistes. Ces raisons sont liées au relativisme, dont Boudon fait grâce à Durkheim de ne pas le soutenir complètement (2) en disant explicitement que l'individu n'est pas un produit de l'histoire. 

     

    Girard

    On pense aux conférences que faisaient à la fin de sa vie le vieux Girard, sur Catal Höyük, site datant de 8K BC, et donc déjà agricole: la situation est déjà différente, et là il y avait le sacrifice. On y trouve même le plus vieux plan de ville connu. 

    Au fait, je ne résiste pas au plaisir de vous faire part de mes obsessions: 

    450px-Museum_of_Anatolian_Civilizations_1320259_nevit.jpg?uselang=fr 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Au passage on peut noter au sujet de Catal Höyük plusieurs choses, liées aux théories de Descola: l'homme chasseur cueilleur animiste se transformerait en sédentaire puis agriculteur en changeant ses représentations, il deviendrait analogique, lors de l'"explosion symbolique" que constitue la mutation. 

    Un autre point est le léopard: l'identification animiste de l'homme au léopard fait de la chasse au léopard une sorte de lynchage, la chasse aux autres animaux introduisant le sacrifice par la la substitution. L'idée est particulièrement intéressante, la transition au sacrifice se faisant par une séparation entre humain et animal qui marque les civilisations agricoles: on y rejette la nature et le passage animiste vers analogisme (par introduction de la différence aussi entre les intériorités) illustrerait la chose. 

    Todd

    Il faut noter cette théorie, à laquelle je rattache Girard, et qui est de considérer cette idée d'ailleurs catholique, de la notion de dégénérescence dans l'histoire: au départ, on avait des chasseurs cueilleurs animistes sympa et bonhommes, vivant libres et nus dans des familles nucléaires. Ce n'est qu'au passage à l'agriculture qu'on invente les maladies (il parait qu'à Göbekil Tepe régnaient d'horribles infections) et les sacrifices humains nécessités par les cohabitations. On invente les familles communautaires et autoritaires, les oppressions et les empires. 

    Dans un premier temps victorieux et innovateurs, ces systèmes chassèrent les systèmes primitifs aux frontières du monde connu (en Europe, par exemple, ou prévalent les systèmes nucléaires, inventeurs de la liberté politique), et le centre du monde devint le pire du monde (Daech au moyen orient)... 

    De la même manière, les systèmes primitifs totémiques et cannibales, étaient (parait-il) considérés par les théories des religions comparées (spécialité des cathos)  d'avant Durkheim comme dégénérés: oubliés de Dieu et damnés, ils étaient le produit d'une décadence. 

    Il y a ainsi plusieurs manières de considérer notre monde comme déclinant, ce déclin ayant des origines et des formes multiples, mais l'âge d'or étant toujours derrière, comme dirait Henri Salvador, et d'autres. 

     



     

    La sociologie elle même, fondée par Durkheim et Weber, se définirait comme la science qui explique la validité effective des normes sociales, c'est à dire en gros, pourquoi on obéit(1). La question est bien sur de la relation entre la normativité et la religion. 

    Durkheim présente toute une série de concepts "différence sacré/profane", "conjonction obligation/désirabilité", et surtout similarité (le terme "structural" était il utilisé par Durkheim?) entre morale et sacré. Pour finir par définir le religieux comme issu du social...

    On ne peut qu'être déçu (au vu des découvertes archéologiques mentionnées ci-dessus) de la conclusion. On remarquera, et on ne se lassera pas de le faire, car cela explique cela, la totale absence de mention du nerf de la guerre, pourtant témoigné partout: les gens sont pourtant bien persuadés de la présence d'un monde au delà du monde, d'une transcendance, d'un être caché, d'un objet G. Cette évidence, Durkheim et tous ses successeurs, en gros le reste de ce qui veut toujours succéder à la philosophie, ne conçoit même pas qu'elle puisse avoir un pouvoir de conviction, ni pour les fidèles, ni pour leur analystes... Girard lui même, le grand chrétien, et cela en fait un français comme un autre en est tout aussi éloigné, et c'est ce qui ruine ses prétentions, y compris aux yeux des archéologues et aussi, justement, des philosophes.

    Car l'"autre monde" fait partie de l'ontologie humaine, et n'en considérer qu'une partie, c'est faire de la science dans un bac à sable. Vouloir simplement démasquer l'illusion que serait cette croyance c'est se fourvoyer et voilà ma théorie: Dieu existe, c'est les gens qui le disent. Ne pas les croire c'est les prendre pour des cons et cela n'est pas acceptable, c'est être con soi même, c'est à cela qu'on les reconnait. Respect pour les masques, please. 

    Revenons aux chasseurs cueilleurs, sans dieu ni maitres. Vraisemblablement animistes, ou au pire totemistes au sens de Descola, (Durkheim, parle bien de totem au sujet des religions australiennes), ils ne sont évidemment pas monothéistes, ni même théistes en fait: la notion de Dieu ne s'identifie pas au religieux, c'est l'évidence. Ils se voient pourtant en communication avec un autre monde, et cela est l'essentiel: et qu'on ne me dise pas qu'un athlète nu vivant dans un forêt avec sa famille dans un monde qui me tuerait en une demi heure n'a pas le sens des réalités. Il est tout sauf un ivrogne cannabisé qui compte les tâches des jaguars en pleurant: il sait parfaitement la différence entre les mondes, la preuve il est en fait ultra rationnel et vivant! Le religieux c'est autre chose, et c'est à définir.

    Revenons à Durkheim: les faits moraux selon lui se doivent d'être partagés de manière inconsciente dans une collectivité, c'est là leur nature.

    On a là tout ce qui fait la suite de cette absurdité métaphysique qu'est la sociologie: la porte ouverte à la réification de l'entité dominatrice non seulement invisible, mais inconsciente (elle n'est visible et consciente que pour les "scientifiques", seule la masturbation intellectuelle étant féconde et remède contre l'aveuglement, la surdité étant autre chose). 

    Weber

    On passe à Weber. Tout comme Durkheim, il s'appuie sur la distinction kantienne entre règles techniques et morales, mais la distinction faite est entre les buts: pour les unes il s'agit de modifier le réel, pour les autres de satisfaire à un principe. C'est la différence entre téléologique et éthique. Admirable expression de la nature de la discipline allemande: obéit, c'est pour LE bien! Durkheim, en français qu'il est, faisait la différence avec la sanction, qui caractériserait l'obligation morale pure... 

    Weber explique l'obéissance par des critères variés, c'est la tétralogie croyance, droit, coutume, intérêt. A partir de là le religieux émerge du social d'abord magique, tout comme chez Durkheim. Le résultat est l'aspect sacré des normes, validées par la relation avec l'au delà enfin symbolisé. 

    Weber ajoute l'explication de l'immuable social, associé au sacré: l'obéissance est permanente, cela en fait la force.

    Encore cette idée de la civilisation issue d'une dégénérescence et d'un aveuglement... 

      

    (1) http://journals.openedition.org/assr/1058 

     (2) https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-1-2006-4-page-877.htm

  • La Grande Théorie, deux

    La grande théorie n'est pas achevée. Elle est en quête d'un signifiant unique, dit le "transcendant transcendental", qui serait la classe d'équivalence de tous les ailleurs que cherchent  à décrire toutes les théories post religieuses. Car il faut bien remplacer Dieu, ou le représenter par quelque chose qui en tient lieu, et cela après sa mort... 

    Je commencerais par dénigrer toutes les tentatives ignorantes de trouver un concept qui le remplacerait sous la forme d'un veau (ou d'un con) doré sur tranches ou non, avec foi ou non (le concept de tranche de foie de veau étant ici allusivement cité). Domination, habitus, racisme, masculinisme, inconscient, classes sociales, races, toutes les entités invisibles qui guident les hommes et à qui on peut identifier un groupe de personnes à persécuter sont valides, présentes, et en usage partout. Les plus puissantes d'entre elles sont utilisées pour des théories grandioses qui marquent les esprits et les objets inutiles et volumineux qu'on appelle "livre", et dont mes étagères sont remplies.

    Car toute ces littératures, bourdieu, freud, hitler, marx et nabila agitent toutes un invisible, une raison suprême, source de la signification et motivation pour agir, dont le sommet est mon objet. Hors science, et existant parce que pensable pourquoi ne pas le nommer une bonne fois pour toute, comme si c'était si simple ? 

    Surtout que la chose a bien des avantages: ni dieu (on n'a pas une personne ou un être transcendant identifié à adorer), ni concept essentialiste (on a ce qui permet de penser, et pas une construction existentielle, un transcendantal et pas un objet). Il serait l'horizon de l'athéisme, le signifiant qui fait l'humanité, le point oméga. 

    On pourrait y ramener avec cynisme toute construction qui fait semblant ou qui essaye de sortir la main hors de la voute étoilée, comme sur la fameuse image. 

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    On aurait ainsi une voute étoilée et un nom pour ce qui entoure notre monde... 

    Bien sur la chose devrait et pourrait être décrite, mais comme un point (un gros point) dans l'espace des significations. On saurait de plus que tout ce qui voudrait la remplacer ne serait qu'une "idole", une idole moderne... On pourrait en faire la théologie, ou du moins lui appliquer tout ce que la théologie a très bien su faire avec le grand ancêtre de la notion, Dieu.

    La chose doit être non vide, bien sur. En gros, on pourrait expliquer, et c'est ce que les Girard et Gans proposent, qu'il s'agit d'un signifiant à l'origine de l'humanité elle même, c'est à dire qu'il s'agit de la première représentation possible, responsable de l'hominisation, conçue comme ponctuelle, évènementielle et soudaine. On a donc bien un facteur explicatif et une puissance agissante, même si elle est neutre axiologiquement (bien qu'on pourra trouver bien sur des soutiens pour la thèse, que je proclame déjà ridicule, que Dieu était de gauche à l'origine). 

    On a donc un programme psychologique et historique de recherche de la constitution du langage et de l'humain, qui permet, c'était l'objet du premier chapitre de la théorie, de remettre à sa place la lamentable sociologie (dans sa poubelle), fallacieuse tentative de décrire par des concepts extérieurs le produit d'un phénomène, la société étant issue de l'hominisation, tout le monde devant s'écrier "bien sur". 

     Transcendantal

    Le mot est connu pour s'étendre depuis le sens donné par Kant (ce qui est relatif à la possibilité de la connaissance) jusqu'à la source fictive de celle ci, typiquement le cogito cartésien tel que magnifié par les phénoménologues. 

    Bien sur le mot qualifie aussi les propriétés supérieures de l'être (vrai, beau, bien) et donc de tous les êtres, mais ce n'est pas le sujet...

    Le transcendantal n'est pas transcendant à priori, c'est pourquoi l'alliance des deux mots désigne un objet particulier, mon objet à moi ké ké. Notons que l'on veut ici éliminer deux concepts distincts et opposés, d'une part les divins et d'autre part les entités agissantes conceptualisées de la sociologie et de la psychologie. Les deux directions, que je pense équivalentes mais absolument distinctes, sont deux manières d'extérioriser un moteur pour nos petits problèmes. L'objet n'est pas un concept à proprement parler, car il n'agit pas ni ne représente: il marque l'horizon, c'est l'objet G, par référence au point du même nom, inatteignable et obscène quoique sympathique et aussi un peu futile. 

    On pourra se référer à la fameuse différance (originaire, antérieure à l'être, impensable etc). Evidemment subsumée par l'objet G, le concept ridicule et approprié (au sens de que c'est moi Derrida qui l'a) est un parfait exemple de transcendentalisme particulier. Tel un papillon, je le pique et le range dans mon objet G. 

    A partir de là on peut penser sous toutes ces formes possibles les représentations ou les compréhensions d'un au delà en lequel on donne un pouvoir: ce ne sera jamais que celui de l'objet G, parfaitement agissant et réel et condition de ce qu'on peut vouloir en dire. Néanmoins la chose est sérieuse: sa réalité et son existence ne font pas de doute et tout ce qui s'appuie dessus peut le faire, en tout cas cela l'a fait suffisamment. 

    Y a t-il inégalité, logo, phallo ou blancho centrisme derrière mon ptit objet ? Et bien pas du tout: il est libre de tout qualificatif, comme la boite blanche qu'il est, plein de tout ce qu'on met dedans. 

     

  • Le Ressentiment

    Max Scheler, le "Nietzsche catholique" d'après Troëltsch (il fallait la trouver celle là) publia "l'homme du ressentiment". On a lu(1). Mort en 1928, il eut le temps d'écouter tout de même Bach, Wagner et Bruckner (et cela me fascine toujours...). Jean Paul II fit sa thèse sur lui. Pas mal non plus. 

    Nous sommes à la toute fin du XIXème siècle, celui qui prépara le suivant déjà bien entamé et on s'en inquiète encore: qu'est ce qui a pu leur prendre à ces auditeurs cultivés de ces musiques là pour délirer autant? Le c'était mieux avant pour ce qui me concerne m'a toujours paru idiot et je ne suis animé que par la crainte que cela recommence, tant on reconnait les prémisses: les leçons ne sont pas mais alors pas du tout tirées... 

    Scheler 

    D'abord Scheler est un catholique et son concept de ressentiment, il ne l'attribue pas, comme Nietzsche, aux chrétiens. Ou du moins pas à tous: le corps sous surveillance, la méfiance capitaliste à l'égard de la vie, sont du aux protestants ! Et aux juifs: on a dénonciation du capitalisme racialisé bourgeois. Et oui, on anthropologise.

    Au passage, c'est l'époque de Haackt qui parla de l'origine humaine multiple: pas moins de 3 espèces de singes se se seraient ligués plus ou moins. D'où une conception de l'homme qui échappe tout de même au pire racisme: l'homme ne peut donc se définir que "par le haut", comme tentative de sortir du monde. On a donc bien un anti humanisme de toute façons, et l'idée des 3 singes fait penser que jusqu'il y a peu, la différence génétique avec le néanderthal, très suivie en terre germanique était considérée fondamentale... J'avais moi même suivi la polémique, inquiet, et finalement me suis résigné: ma forfanterie se veut néanderthalienne, et les cro-magnons ne sont pour moi que des fiottes semi-nègres.

    D'ailleurs le mot "humanitarisme" est de Scheler: il désigne le camp qu'il combat, celui du positivisme de l'humanité triomphante, qui se croit héritière des résultats récents des sciences naturelles et historiques et qui on tué le transcendant. Nous y sommes: le XIXème siècle technique et scientifique vit une terrible crise. Et nous qui croyons à l'âge de l'atome que ce sont nous qui sommes perdus ! C'était l'époque de la kulturkritik... 

    Pour faire court, par contre Scheler homme de son époque, défend une sorte de démocratie chrétienne, autoritaire mais non raciste et non eugéniste; en tout cas opposée au libéralisme anglo saxon. Un vieux réac politique de son époque, mais correct. Par contre, il représente la critique de l'homme capitaliste (Pascal Blaise serait le précurseur de cette critique là) enchaîné au divertissement. Spectateur de la république de Weimar, il vit mal le relativisme politique de son époque, et dénonça une future guerre européenne qui serait "un crépuscule des dieux pour la culture européenne"... Entre le marteau et l'enclume, il est un intellectuel préoccupé par la fin de l'homme, à la veille du nazisme.

    Ceci nous rappelle la prodigieuse dégénérescence médiatico culturelle qui remplissait les années vingt dans le monde allemand et pas que. Gardant un oeil sur les prodigieuses atrocités qui déchiraient la russie et tout ce qu'il y avait entre les deux, les germanophones de toute l'histoire des rhins et danubes vivaient littéralement la fin du monde à un point que les petits français ne peuvent imaginer et n'ont pas imaginé.

    Mein Kampf fut écrit assez tôt, on tenta de le traduire mais cela ne fut pas remarqué. Pendant la période, tous les pacifismes, tous les relativismes et tous les socialismes s'affrontèrent dans les pires aspects de la faiblesse intellectuelle et morale qui saisit les civilisations complexes qui se laissent aller. Avec en plus toutes les corruptions, tous les chômages, toutes les craintes de disparaitre et toutes les haines pour tout cela. La terrible tragédie, et cela ne concerna pas que les juifs, s'annonçait et elle eut lieu. 

    Considérer Scheler, c'est suivre et éclairer ce que je sens profondément: alors que nous avons eu après 2008 une monstrueuse injection de liquidités de la part d'un théoricien de la crise de 29 qui elle en manqua, il n'est pas sur que du point de vue politique, nous faisions ce qu'il faut, en regard. 

    Un vieux réac comme Scheler expose les dangers d'un "humanitarisme" qu'il conceptualise d'ailleurs et avant 28 (il meurt après le putsch d'Hitler tout de même). Il ne voit pas ce que le refus exaspéré de celui là pourra générer mais le refuse à l'avance et en intuitionne les conséquences tout en portant le désespoir et l'espoir d'un dépassement. 

    Mais passons au fond des affirmations: d'abord que l'amour chrétien n'ESTPAS ressentiment, justement. La conception est une tentative de ré-annexion dans le camp des acceptables de la pire critique qu'on peut légitimement faire à l'humanitarisme pur.  Celui ci expie les fautes du père en donnant "plus" au pauvre et à l'humain en général au lieu de vouloir l'amour de tous qui ne peut, c'est la thèse, exister qu'avec une référence au fidéisme chrétien.

    La distinction entre les deux humanitaires existe toujours, d'ailleurs: on trouve des bonnes soeurs qui vivent inconditionnellement (et silencieusement) au milieu des pauvres n'importe où, impossible à confondre avec les bobos chtarbés dégénérés en pointe des buzzs paradoxaux avec l'argent laissé par des publicitaires goulus.

    Au fait, on cherche à déconsidérer la revendication de Laurent Vauquiez d'avoir travaillé avec soeur Emmanuelle: comme quoi, l'humanitaire a ses références, convoitées...    

    Eric Gans 

     On doit aussi aborder une référence incontournable que je suis depuis mes premières connections internet, vers 1995:(2). Elève de Girard, Eric Gans est un maitre de la chose et elle est complexe. En gros, sur la base de la mimésie généralisée du désir, la violence se trouve évitée par l'apparition de la représentation et que toutes les interactions humaines voire l'humanité sont construites là dessus. Interdit d'enseignement pour une drague trop lourde dont se plaignit une étudiante en 2014, Gans est il totalement tricard?  Il est en tout cas méconnu, voire totalement ignoré. 

    D'abord son discours, répété 23 ans: le "Victimary Thinking" (VT) est ce que révèle Girard avec la mort du Christ. Cela déclenche en gros le ressentiment moderne et c'est le point de vue chrétien. Lui, Gans, avec l'"hypothèse originelle", révèle que c'est la représentation qui nait de la suspension de la violence. Dieu est transcendantal, il crée et se révèle dans la scène primitive, c'est le point de vue Juif. Cette belle dichotomie qui ferait de lui le Girard juif, et non pas le Tariq Ramadan juif (je rigole) va jusqu'à opposer un dualisme juif (distinction absolue dieu/homme) à un monisme chrétien (dieu est homme).(3)

    La distinction est particulièrement illustrative du désaccord juif chrétien, tout entier contenu dans le choc entre l'universalisme du dieu et le particuliarisme de la communauté qui reçoit la révélation: le chrétien veut que la révélation soit universelle tout de suite, et le juif ne peut concevoir la révélation que dans le groupe qui la reçoit.   

    La notion de ressentiment par contre devient théorisable. D'abord, s'est installé depuis la 2ème guerre mondiale une "victimocratie" sur la base de la mondialisation du procès de Nuremberg. Victimocratie inspirée et appliquée à tout, c'est la grande thèse de Gans, et d'autres. Cette victimocratie est le ressentiment, culpabilité et détestation permanente de ce qui n'est pas pardonnable et qui doit être compensé indéfiniment dans tous les domaines.

    Gans distingue plusieurs périodes dans l'histoire du ressentiment. D'abord, l'honneur ("Rome unique objet de mon r..."): la rage absolue due à la perte irrémédiable est un sentiment honorable, par définition. Ensuite la haine du noble que l'on admire et qui vous rejette par définition, et cela cause la révolution. Sentiment honorable tout autant, et on célèbre bien le 14 Juillet. Le siècle bourgeois qui suivit créa le ressentiment contre le capitalisme, générateur de tout aussi belles violences et notamment de splendides tyrannies autrices de magnifiques massacres massifs. Bien moins honorable à tout le moins, et la VT est là, en charge de l'honorer à sa manière, mais après le massacre. 

    Inutile de dire que ce hochet est présent en permanence: on fit dans le billet précédent concernant la justice une allusion à la justice mémorielle et à la justice tout court qui le devient. C'était à propos de pédophilie, le mémoriel c'est l'imprescriptible, bien sur.

    VT désigne donc la totalité de la société post moderne islamo féministo gauchiste, hanté parce qu'on pourrait penser limité à la connerie pure et simple, et qui est en fait la décadence dégénérée de notre monde. Au moins ça a un nom.

    Quelques aspects particulièrement bien vus par Gans avec le concept de "primarité" (firstness). Et "première" l'entité qui inaugure quelque chose destiné a être partagé par tous, mais qui dans un premier temps, en fait pour toujours, ne le peut pas, pour diverses raisons. Voilà l'objet du ressentiment. Ce fut le "juif" (avec ce que ça a donné, y compris le statut enviable de victime qui submerge tous les clitoris), c'est maintenant l'"occident", et pour le reste du monde, pour toujours. Nous voilà fixé sur le concept de ressentiment... 

    Particulièrement en verve, Gans nous explique le ressentiment musulman à l'égard des juifs et de l'occident, en une magnifique double pirouette: un ressentiment contre les premiers comme précurseurs des seconds chez eux !

    Sa lecture est inépuisable, comme le ressentiment. Pour une tournée exhaustive (5).

     

    (1) http://journals.openedition.org/rgi/331#bodyftn62

    (2) http://anthropoetics.ucla.edu/category/views/

    (3) http://anthropoetics.ucla.edu/views/vw436/  Christian monism Jewish dualism

     (4) http://anthropoetics.ucla.edu/views/vw480/ Victimary Theology

    (5) Un tour exhaustif du sujet https://enkidoublog.com/2015/08/30/philosophie-le-ressentiment/

  • La Justice

    Il est temps de passer à la justice et à une comparaison qui me tient à coeur, celle du hack judiciaire, de la programmation par les règles et du si tu me fais ça, je te ferais ça. 

    Hume

    D'abord David Hume est la notion de justice comme conventionnelle et/mais seule capable de réguler la passion de l'appropriation.

    La question de la distinction nature/artifice est évidemment central en ces matières, et sera bien sur l'objet de la réflexion. 

    Hume décrit ainsi la justice comme à la fois strictement conventionnelle ET générique: elle n'est pas utilitariste au sens strict en ce que ses principes, élaborés de par l'expérience de la construction sociale restent des conventions dont l'objet est d'abord la protection et l'expression d'un principe, le droit de propriété. 

    On a ici un anti utilitarisme raisonnable, par essence libéral comme Mieses le dit: "Les phénomènes sociaux sont les résultats inattendus des actions volontaires des individus. »

    La règle est le droit de propriété, et la convention a pour objet de le protéger sans visée utilitariste en dehors de celle ci. De ce point de vue Hume n'est pas contractualiste et fait les justiciables coopératifs, les concepts mêmes de propriété et de justice étant issus ensemble et progressivement des interactions bien comprises entre individus.

    Il ne s'agit pas d'un calcul dans l'absolu, notons le bien: cette confusion souvent faite, est celle entre le programme et le programmeur quand l'informatique n'existe pas. Je m'explique: même si une somme d'interactions que l'on peut assimiler à un calcul conduit à une émergence stable, elle n'est pas un calcul quand il n'y a ni espace de conventions, ni programmeur pour ce calcul. Bentham a tenté de confisquer Hume, mais cela n'est pas légitime: Hume n'est pas utilitariste. 

    Hayek

    Pour enfoncer le clou au sujet de Hume, que Hayek crédite de l'alliance conventionnelle/générique, il a dit: "peu de croyances ont autant sapé le respect envers les règles de droit et de morale, que l’idée qu’une règle n’est impérative que si l’effet bienfaisant de son application dans la situation spécifique concernée peut être constaté. […] [Or] un objectif spécifique, un résultat concret à obtenir, ne peuvent constituer une loi "

    L'importance décisive de cette conception méconnue est surprenante: la société moderne qui transforme la politique en lois et ne fait que "décider" par des lois utilitaristes, fait le contraire en permanence, pour notre honte et notre ruine... 

    Les juges

    Il faut dire que confiée à des hommes, les principes du droit se traduisent ici et là en des décisions concrètes absurdes. La friction due à la séparation des pouvoirs conduit à de telles évidentes abominations que progressivement une sorte de dégout s'empare de la société soumise à ces mécaniques. Progressivement, le rejet de la justice, ou du moins de la manière dont elle est fondée, s'installe dans nos mondes décadents. C'est de cela dont je voudrais parler et le thème de la justice utilitaire qui se détruit elle même est à l'ordre du jour, c'est un mécanisme fondamental de la ruine en cours de nos sociétés. 

    Les juges sont-ils fondés à agir comme ils le font? Dans une première approche, oui: fonctionnaires du droit et aveugles soldats d'un pouvoir en tant que tel, on ne peut les rendre responsables des lois qu'ils appliquent et la folie de leurs décisions ne doit être que celle du programme législatif qu'ils appliquent: aveuglément? Tels les machines de turing scotchées sur le ruban qui défile, le juge ne serait qu'une tête de lecture avec deux petits bras...

    Tu parles! Evidemment humain et doté de liberté que cela lui donne, le juge doit fonder ses décisions sur des principes supérieurs et exercer son pouvoir: on devrait, mais cela n'est qu'une proposition, l'écouter et considérer son discours de décision comme important et le considérer.

    Alors qu'inaudible, on ne retient que ses décisions, et surtout que n'est diffusé que le commentaire de ces décisions toujours consacré au dénigrement suicidaire: la justice est injuste, c'est ce que tout le monde dit tout le temps, sous plusieurs variantes: l'affirmation menaçante d'une révolte à venir contre l'intrinsèquement diabolique (le racisme d'Etat, la soumission au capitalisme), mais aussi la promesse d'une loi à venir spéciale, qui résoudra précisément de problème là. 

    La variante de la remise en cause de certains principes, comme l'imprescriptibilité est aussi dans l'air: déjà en vigueur avec les crimes "contre l'humanité", elle devra s'étendre à une foultitude d'autres cas, dont bien sur le crime "contre la féminité", le féminicide étant un génocide. 

    Il y a aussi évidemment le mémoriel, le crime jugeable s'étendant à l'intention de nuire à la mémoire, la récente volonté de punir la propagation de fausses nouvelles en étant une variante, le dire se devant d'être jugé autant que le faire, il y a des blessures symboliques. 

    Il y a l'absurde effectif: des criminels manifestes, honorés d'une libération ou d'un respect moral en vertu de l'application de principes dont on aurait pu penser qu'ils ne soient pas aussi fragiles, ou bien des innocents irresponsables manifestes punis au nom de l'égalité des derniers outrages du soupçon légal. Il y a bien sur l'inaction manifeste avec des récidivistes à qui la notion de sursis ne s'applique pas, des voies de fait barbares suivies de libération immédiate, et des permis de conduire non présentés qui remplissent des prisons.

    Sans parler des candidats à une élection soumis à la lenteur de la justice exclusivement quand cela ne profite pas à son concurrent direct, témoin des incroyables mensonges d'un ministre du budget, et organisateur pour cela de la juridiction spéciale en charge de l'éviction de son adversaire. 

    Il y a mieux! Il y a même des cours de justices internationalement en charge des droits de l'homme qui prononcent l'indemnisation de migrants illégaux injustement mal nourris. Les juges là sont azerbajianais et turcs, mais inflexibles. Ah qu'il me plairait que des barbares à cornes leur tirent la barbe et les fracassent à coup de pieds au premier murmure: on en est là, et le métier de juge devient de plus en plus difficile. 

    Les blessures symboliques

    Car il y a des blessures symboliques, cela est sur: et elles concernent ce qui fonde l'acceptation de ces systèmes. Rien moins que naturels et cela est la question, les tenants de ces décisions et de ces pratiques là pourraient être mis en cause et la manière dont ils fonctionnent réformée. Cela nous pend au nez et se trouve à la mesure de certaines pratiques qui pourraient être délétères, dissolvantes d'un monde en fait conventionnel. Ces pratiques sont celles dont je parle plus haut. Il y a plus qu'un consentement à l'impôt, il y a un  consentement à la justice, et ce pouvoir là mérite une révolution, c'est ce que je veux dire. 

    L'essence du point de vue "conservateur" se trouve là exprimé: prenez soin de vos principes, ils doivent fonctionner de manière à être non pas utiles, mais acceptables. Au delà de certaines pratiques, ils pourraient encourir le courroux des justiciables et par essence non réglés par ces conventions là, les courroux de ces remises en cause là pourraient être à la marge destructeurs et cela aveuglément on vous aura prévenu. 

    Car on voit que le refus de ces justices est universel et vient de partout: comme si la plainte humaine, animée de la volonté de justice, précisément, n'était pas écoutée: la volonté d'évidence vient de tous les azimuts on veut que son bon sens à soi soit reconnu à l'exclusion des autres. Mieux: on voudrait que certaines plaintes soient condamnées ! 

    Et bien il n'y a pas de fuite en avant qui compte: c'est bien le phénomène de la "prise en compte" qui est en cause et qui se trouve la racine du problème. 

    La justice comme application de règles ne peut pas et surtout NE DOIT PAS prendre en compte le cas particulier issu de la situation individuelle qui se trouve du fait d'un affaissement décadent à décrire, valorisée excessivement. Tous les cas cités plus haut se règlent à l'évidence par l'affirmation publique de la part d'un juge de la prudence nécessaire à l'exercice de la loi, contrainte par ce qui me semblerait des principes hiérarchiques à respecter dans leur ordre d'importance. 

    De fait, il ne peut y avoir des inversions de cet ordre: la plainte du migrant mal nourri me semble inférieure en importance à sa présence illégale sur notre sol qui doit DABORD être traitée par son renvoi, ce qui annule avec bonheur l'inférieure revendication seconde que le gredin prétendait mettre en avant, précisément pour rester... 

    La demande d'imprescriptibilité du crime de viol me semble être subordonnée à la remise en cause nécessaire des remises de peine de la totalité des crimes: décidée en cour par des juges assermentées, un nombre d'années de prison décidé n'a aucune espèce de raison d'être réduit pour quelque raisons que ce soit: bien au contraire, tout manquement à la discipline, tout "fils de pute" hasardeux dit trop fort devrait en entrainer l'augmentation automatique.

    Pour l'imprescriptibilité, on repassera: vouloir rendre la vengeance de la justice éternelle, c'est instaurer le mémoriel éternel, qui se propagerait heureusement sur les enfants, et qui aurait deux avantages: réinstaurer la vendetta, pour le bénéfice des vengeances corses et albanaises, chic, et aussi bien sur fonder en droit la tentative de Christiane Taubira, ex garde des sceaux, de punir pour l'éternité la mélano déficience en plus d'imposer la drépanocytose.  

    Sans parler des allusions à des relations sexuelles non voulues envers une mystérieuse "ta mère",  faite par habitude aux policiers chargés de respecter des droits. Ceux ci devraient à l'instant être suspendus, le nécessaire resserrement des liens étant de l'ordre du règlement de police ordinaire et l'individu meurtri jusqu'à ses excuses.  

    Pris sur le fait d'avoir paniqué en tirant au hasard sur un cambrioleur en fuite, le patron de bistrot cambriolé dix fois n'a pas à subir une seule minute de garde à vue, ni même à être sermonné aux assises. C'est plutôt le juge en charge apparemment de la protection de l'immigration criminelle qui devrait être puni !

    Car l'erreur judiciaire, insupportable et affreuse, n'est pas punie. Outreau fut à ce titre un chemin de croix insupportable et les auditions de la commission parlementaire un abominable crève coeur. Le juge criminel (ce que j'en dis, moi, bien que non pris en compte, peut être dit) qui instruisit cette horreur continue sa carrière, il ne se suicidera que plus tard, sans doute... Rien n'est, n'a été et ne sera fait pour prendre en compte cela, du moins jusqu'à une réforme méritée que même le pire que tout, les jugements produits pendant la seconde guerre mondiale, ne rendit pas possible. 

    L'hermine mérite d'être rebootée: je ne plaisante pas, le sujet est déjà là et devra être mis à l'ordre du jour. 

     

  • La chute de Rome

    Bon, Rome pillée en 410 a vu son trésor caché à Rennes le Château et tout part de là. 

    Sans rire, on a une histoire de barbares mal reconnus, les Wisigoths, disons les Thervingues, qui commence en traversant le Danube en 376 et finit par une défaite devant Tariq le borgne en 711, celui qui donna son nom à Gibraltar. Il faut aussi parler de leur défaite à Vouillé en 507, devant Clovis. 

    Les Thervingues furent arianisés par l'immonde Wulfila vers 340 (pas longtemps avant, donc).

    Valens laissa Fritigern passer au sud du Danube, soit disant pour mieux se protéger des huns. Une suite de mic macs conduisit à l'ignominieuse mort de Valens à Andrinople en 378. 

    A partir de là, c'est l'histoire d'Alaric... 

    Théodose 1er, mort en 395,  partage son empire. Espagnol, fils d'un grand général, nommé après la mort de Valens par Gratien en 379, ce fut lui qui imposa le christianisme nicéen avec l'Edit de Thessalonique en 380, et interdisit pour toujours les jeux olympiques. Il réunifia pour la dernière fois l'empire romain. 

    Hélas, il installa les wisigoths, contraint et forcé sans doute, au delà du danube. 

    Il charge le Vandale Stilicon de veiller sur deux enfants nommés en occident (Honorius) et en orient (Arcadius).

    Stilicon est semi barbare, mais valeureux et citoyen romain, il est à la fois barbare détesté par les vrais romains et dernier défenseur de l'empire.

    Allié des Wisigoths d'Alaric, il vainc avec Théodose le franc Arbogast et l'usurpateur Eugène à la bataille de Frigidus en 394. Mais les wisigoths se sont fait à l'occasion beaucoup tuer et en conçoivent du ressentiment...

    Après la mort de Théodose, Stilicon n'arrive pas à régner en Orient. Il est pourtant régent en 395 et fait même d'Honorius son gendre. 

    En 402 il bat Alaric à Pollentia et récupère du butin pris à Andrinople ! Il bat encore Alaric en 403, qui se retire d'Italie. Il défile à Rome dans le même char qu'Honorius et en 405, il est Consul; en 406 il écrase l'Ostrogoth Radagaise entré en Italie. Sauveur de Rome, on lui fait un arc de triomphe, et une statue en or. 

    Mais la contrainte barbare s'accentue: le 31 Décembre 406 une horde traverse le Rhin gelé et déferle sur la gaule, et puis un usurpateur, Constantin, depuis Trèves, prend la possession des gaules. Et puis il est victime d'intrigues: Olympus, un proche d'Honorius, parvient à le faire condamner. Il meurt dignement en Aout 408.

    Les réactions anti barbares sont ainsi  très fortes dans toute l'Italie, ceux ci s'enfuient et partent rejoindre Alaric. 

    Ainsi, le mal est fait: parvenu au sommet de l'administration et de l'armée, les non-romains ont fait venir les étrangers. Ceux ci leurs sont fidèles (les Francs par exemple, à peine romanisés, se battent admirablement contre les agresseurs Alains et Vandales) mais passent de l'autre coté quand confrontés au racisme décadent de la dernière heure, le chef semi-barbare est renvoyé. Stilicon était Vandale, mais Romain. Le dernier. 

    Dans un premier temps, le parti anti barbare est victorieux partout, en occident et aussi en orient.

    Mais dés la fin 408, Alaric entre en Italie, et Honorius et Olympus privé des hommes de Stilicon ne peuvent l'arrêter. Après force lamentables négociations, Alaric remet le siège devant Rome et la pille le 24 Aout 410. La dernière fois, c'était Brennus en -390... 

    Les vrais Vandales, les conquérants étaient alors déjà en Espagne. Ils s'installent en Afrique du nord en 430, et Saint Augustin meurt pendant le siège d'Hippone en 431.  

  • La Grâce

    Il y a dans cette histoire de grâce des siècles de débats, et des oppositions frontales entre des adversaires inexpiables, et il faut en parler. 

    Pélage et sa moitié

    On commencera par le semi-pélagianisme dont Benoit XVI accusa Vatican 2, et cette question du rôle du libre arbitre est fondamentale. Jean Jacques Rousseau lui même fut condamné pour pélagianisme.

    Pélage vivait à l'époque de la prise de Rome en 410... Augustin ne s'interessa à lui qu'après... 

    Successeurs de Pélage, et voulant arranger le coup d'une hérésie condamnée (celle de Pélage) qui niait péché originel et grâce, les moines de l'Erins avec Jean Cassien et d'autres, dont Vincent de l'Erins, rédacteur du Commonitorium sous le nom de Pérégrinus et condamné à Orange en 529. 

    Jean Cassien fut un moine célébré par l'orthodoxie et par la doctrine de la théosis, voie typiquement pélaginisante d'accéder à Dieu par ses propres efforts... Il fonda l'abbaye de Saint Victor à Marseille.

    Au passages, en 732, 500 moines furent massacrés dans l'île Saint Honorat, avec Saint Porcaire. On se demande par qui.

    En gros, la foi viendrait du libre arbitre, et ce serait la grâce qui la ferait se développer, la libre persévérance étant néanmoins nécessaire. On a ainsi liberté de l'"Initium fidei" et rôle divin dans l'"Augmentum fidei". La distinction est cruciale.

    Cette attitude, for stoïcienne, est celle des âmes d'élite, des aristocrates du spirituel, et des aristocrates tout court. 

    Augustin

    La doctrine de la grâce est complexe et infiniment astucieuse: elle consiste à concilier conceptuellement la puissance divine et la liberté humaine en résolvant le problème fondamental du religieux dans n'importe quel monde civilisé doté de réflexion: l'existence du mal, le rôle de la responsabilité humaine, la responsabilité de Dieu... 

    Augustin était au départ manichéen au sens strict: disciple de Mani, celui qui donne au mal un statut ontologique irréductible. Alors qu'on pourrait se croire enrôlé dans le camp du bien et donc conduit à se faire à 7 pour mieux combattre, la doctrine est en fait déresponsabilisante (ce n'est pas moi qui ait fait le mal). Augustin le converti théorise alors le mal autrement, comme défaillance, dans son cas, celle de la volonté, ce qui est platonicien, dans le cas de Plotin c'était l'ignorance. 

    Le péché originel, littéralement inventé par Augustin fait que l'homme auteur d'un acte libre, se trouve privé de la "justice originelle". Ici "justice" signifie "rectitude", c'est la question des théories de la "justification" que d'en parler. Pour en rajouter une couche, le terme "justice donnée par Dieu" dans Paul (Romain 1.17) s'associe à la foi, et à la grâce, en fait. ("justicia" est reçue comme "gratia").

    Alors vient la grâce, donc non pas du bien, mais de la possibilité de le faire. Dieu ne crée pas le mal, n'est pas concurrencé par le mal, mais donne le moyen de s'y soustraire: la grâce.

    La grâce de Dieu donne la foi, originellement, et donc la liberté complète de la poursuivre. Cela est le contraire du semi pélagisme, ce me semble. 

    Il faut noter que c'est la "théorie de la justification" qui sépare catholiques et protestants. Tout cela serait oublié, maintenant (2), mais bon. Disons que l'originalité chrétienne est d'attribuer la faute à un acte libre, commis dans un état de bonté naturelle, l'état initial. Dieu était rousseauiste en fait: l'homme original était parfaitement bon, et même après la chute, il lui reste un bon fond, qui le rend capable de redevenir égal aux dieux. Simplement, pour cela, il lui faut la grâce et c'est ça l'idée. 

    Saint Thomas introduisit la notion de "status" (état de la nature humaine), état historique qui a deux états, précisément: avant et après la chute... 

    Il faut voir que cette histoire de péché "originel" transmissible héréditairement est tout de même particulière, et largement discréditée. Peu pratiquée par les théoriciens juifs, elle n'est pas présente chez les pères avant Augustin, qui ne font tout simplement pas vraiment la liaison entre la faute d'Adam et la déchéance humaine, plutôt liée à la condition mortelle imparfaite... Pour Augustin donc et il innove, le péché se propage par la génération et DONC par le sexe (assez logique en fait...). 

    Dans la polémique avec les pélagiens, Augustin affirme donc que le statut de l'homme n'est pas imitation du péché d'Adam, mais celui de l'héritier d'une faute qui mérite condamnation, et qui nécessite d'être "sauvé". 

    De plus la grâce du baptême,  nécessaire donc, aux petits enfants forcément coupables (le thème fit l'objet d'une discussion explicite),  ne supprime pas la concupiscence (très sexuelle chez le bandard augustin), en fait les 3 libido (amandi, dominandi, sciendi) humaines.

    Un point intéressant au sujet des cités (de Dieu, des hommes): ce n'est qu'à l'eschaton que la fusion se fera, et donc, que malgré tous les ascétismes, le péché demeurera. L'argument vaut donc contre les pélagiens... 

     Molina

    On considéra que Luis de Molina suivait cette hérésie là (le semi pélagianisme): il était dénoncé par les jansénistes et il est cité abondamment dans les longues discussions des provinciales de Pascal. C'est la fameuse discussion sur le droit de tuer pour défendre son bien ou son honneur, même si l'adversaire est désarmé. Molina est accusé de justifier de tuer si c'est pour défendre sa vie, même si c'est pour un écu. 

    En fait Molina le jésuite, comme Escobar, Sanchez, Martinez, Lopez et tous les rigolos espingouins dénoncés avec verve par Pascal, était engagé dans la lutte trentenaire (tridentine) contre la prédestination protestante. Toute les doctrines jésuites visaient donc à concilier liberté et omniscience divine. Des trésors de philosophie furent dépensés à l'occasion et l'illustre Suarez alla jusqu'à avance la simultanéité parfaite des décisions humaines et divines, gage de la liberté ! 

    Molina considérait que Dieu fixait les conditions et l'homme était libre de son salut, même si Dieu savait la décision à l'avance. Il élabora ainsi la "science moyenne"  celle des futurs conditionnels maitrisés par Dieu. 

    A l'aube de la modernité ces élaborations introduisent l'occident sur les voies de la liberté et de la science abstraite et cela pour des raisons bien prosaïques, vive la théologie ! 

    L'histoire du Jansénisme peut alors être rappelée, l'instrumentalisation étant reine en ces matières, et cela ne prouve rien, ni dans un sens ni dans l'autre... Disons aussi que Mazarin voulut se venger de quelque chose et que l'histoire dura longtemps, à moins qu'il n'y ait eu dans le mysticisme des tenants de l'absolu de bien belles conceptions, funestes mais bien intéressantes. 

    Jansenius

    Contemporain et concurrent de Molina, Jansenius, auteur de l'Augustinus, se réfère à Augustin. Issu de Louvain, là où on combattit Luther, il en rapproche son catholicisme. Hérétique, c'est ce qu'on a dit...

    D'abord il y a deux amours (héhé) celui de Dieu (de l'infini) et celui du monde (du fini), amours incompatibles, typique de l'état de chute, de nature déchue. Plongé dans la concupiscence, l'homme ne PEUTPAS vouloir le bien. Un point intéressant est que cette chute fut voulue librement dans le cadre de la liberté originelle. On en revient donc à un point intéressant: l'homme ne fut pas crée imparfait. 

    Les protestants

    Bien sur Luther et Calvin furent augustiniens en diable, surtout Calvin, la prédestination étant le fond de l'affaire et le sentiment pieux totalement expurgé de la considération des oeuvres. Sola Gratia.

    Le Donatisme

    Nous voilà alors dans un débat qui traverse les siècles, celui du mélange entre réel et idéel, entre pêcheurs et sauvés, et il nous faut parler du donatisme. 

    L'evêque Donat refusait le sacerdoce et l'autorité religieuse à ceux qui avaient abjuré leur foi lors de la persécution de Dioclétien au début du IVème siècle. L'hérésie, condamnée par Augustin dura longtemps puis fut balayée par l'histoire vandale. Elle est un puritanisme, une inflexibilité, un soutien aux martyrs. Religieusement, elle aurait voué une attention particulière à l'esprit saint. 

    La prédestination

    Qu'on le veuille ou non, il y a bien chez Augustin cette histoire de prédestination, avec une grâce accordée à certains et pas à tous, c'est ce qui caractérise la doctrine. On peut bien sur durcir ou adoucir la chose et c'est tout l'objet des controverses des siècles qui suivirent, mais le mal était fait... 

    Scot

    Duns Scot a bien sur un avis sur la question de la grâce, qui pour lui est nécessaire même sans le péché. Typique du prodigieux génie du franciscain, l'idée fait que la grâce est d'abord ce qui est nécessaire au dessin de Dieu. Car évidemment, celui ci ne peut vouloir créer des pêcheurs pour mieux les sauver ensuite ! La grâce est donc ce qui est utile à sa volonté, qui est de se faire aimer par des êtres libres... 

    Hayek

    Ce débat est repris sous une forme différente, mais peut être pas tant que ça, dans la reprise de la distinction entre naturel et artificiel faite par Friedrich Von Hayek(1) pour qualifier l'ignoble constructivisme. Les institutions humaines sont issues de la nature, comme résultat de l'interaction sans dessin supérieur entre les hommes, et pourtant entièrement artificielles car conventionnelles. La critique d'Hayek est ainsi que les règles de la société ne doivent ni ne peuvent être conçues (dans les deux sens actif et passif) comme finalisées, ou orientées en vue d'une fin. 

    Cette critique, proprement épistémologique, va jusqu'à dévaloriser les notions quantitatives de relations entre des agrégats mesurables et donc condamne dans son ensemble la macro économie, disons plutôt Keynes.

    Quel rapport me direz vous? Et bien il s'agit de la liberté essentielle, qu'il s'agit de concevoir hors des prévisions divines sur la prédestination de tout. Car la fameuse grâce, même si elle permet de ne pas être la cause directe de l'action humaine, peut être refusée à certains, ce qui conditionne le mal qui est fait. Adam avait il était prévu?

    Seule une conception absolutiste de la liberté, à la Scot, permet de se sortir de l'ornière, l'astuce de l'équivalence des êtres humains et divins permettant de rendre égales, et donc absolues, les deux libertés. De fait, c'est bien Scot qu'on rend responsable de l'idée funeste du protestantisme, celle qui justement utilise l'idée de la prédestination pour justifier sa prise de liberté face à l'absolutisme catholique qu'on jugeait en plus ollé ollé. 

    Sans rire: Hayek c'est l'ordre spontané, qui lui aussi résoud le dilemne et le paradoxe de liberté: non pas mécanisme par exemple sur le modèle de la fameuse "main invisible" dénoncée à juste titre comme instrument de l'oppression, mais exploration libre des possibles (le fameux essais erreurs), guidée par les signaux non coordonnés de l'environnement. Car l'information reçue n'est pas elle même voulue ou planifiée, elle n'a pas de buts. L'intuition moyen âgeuse est là: Dieu n'aime que les êtres libres et donc a fait le monde comme cela...  L'arbitraire divin, image de l'élection non fondée et non justifiée est donc aussi l'image paradoxale de cette liberté là.  

     

    (1) https://www.nonfiction.fr/article-2253-hayek-itineraire-dun-intellectuel-gate.htm

    (2) http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/chrstuni/documents/rc_pc_chrstuni_doc_31101999_cath-luth-joint-declaration_fr.html#_ftnref10

     

  • La Grande Théorie

    Ainsi donc certains se plaignent des présupposés sociologiques. Discipline universitaire, traversée par les doctrines, la science du social ne serait elle qu'un discours politisé motivé par une révélation d'un autre siècle et dont le contenu exact, à cheval entre philosophie et psychologie littéraire serait strictement nul ? 

    J'avoue caresser l'idée et vouloir refonder tout cela en un fantasme amateur de réduction absolue de tout ce fatras à un ensemble de points de vue individuels à collecter et à classer, la valeur explicative de tout cela ne se devant de buter que devant l'absolu individuel perçu par le même (l'individu). Le religieux redeviendrait l'explication du social, et le divin comme motivation, comme indéfinie variation des sentiments personnels des différentes sortes d'humain, l'horizon indépassable de toute motivation. 

    La théorie serait donc une analyse du langage face au divin, comme justification et "raison" du maintien du social, et cela dans tous les cas du social, à travers tous les peuples et toutes les histoires. Car le "social" est lui un concept bien établi: les organisations collectives existent bel et bien et se maintiennent pour des raisons qu'on a le droit d'interroger, mais dont on a pas le droit d'attribuer à des entités dormitives par définition agrégations de rien. 

    Le social est maintenu par l'adhésion rendue collective des individus à une relation personnelle complexe avec un extérieur variable à plusieurs dimensions. Le collectif n'existe pas comme chose extérieure dotée de propriétés et se trouve simplement agrégation pure, par imitation, des comportements individuels. Possiblement émergeant, bien sur, mais purement fictif, et en tout cas pas issu d'une volonté, d'un plan ou d'une rationalité autre que celle des phénomènes collectifs ramenés à des principes évidents d'utilité en contexte. 

    "utilité en contexte": pardon pour l'expression empoulée. La raison d'un phénomène ne peut se ramener à l'utilité pure du fait de sa contextualisation absolument nécessaire. Les mondes symboliques contraignent ce qui est utile et le prestige vaut la survie dans plein de cas. Ce qui fait émerger est le pratique acceptable, et cela se partage.  

    Cette divinisation est exclusive: seul peut être appelé "dieu" ce qu'en disent les gens, ce qui produit un seul être (fictif), celui qui manifestement influe: l'entité derrière le phénomène religieux, forcément existante, comme force sociale, et d'ailleurs la seule acceptable. Voilà la théorie: en gros deux principes fondamentaux: l'individuation de la raison ultime et la collectivisation des raisons par interaction. 

    L'origine physique et historique de l'individuation humaine face ou grâce au religieux est bien sur mystérieuse et se trouve le point "noir" de toute la construction. Notons que la question, scandaleusement sous traitée par toute l'histoire de la réflexion sociétale moderne, reste entière. Je pense que le phénomène religieux au sens large est partie prenante de l'hominisation, ce qui justifie mon approche: l'essentiel c'est l'originel, et le premier discours est celui là. 

    On pourrait parler des chasseurs cueilleurs originels, sans sacrifices et sans dieux, contre exemples systématiques de toute théorie du religieux essentiel. Allant jusqu'à la relativisation des attitudes mentales face à la nature, cela invalide-t-il toute construction individualiste ? Le débat est en cours bien sur, mais je dirais que non: il n'y a pas d'absolues visions du monde, mais des constructions globales en compétition et les humains ne sont pas distincts biologiquement. Voilà pour toi Descola, car on ne me fera pas croire que les animistes n'ont pas une certaine idée de la fiction que constitue cette histoire de plante qui pense...

    Pour être un peu humble, je me réfèrerai aux 3 théologies envisagées par Tilich:  zéro dieu, rien que dieu, et la relation sur base de péché... Zéro dieu, c'est le refus de mettre le religieux à la racine du social, un athéisme mal placé; rien que dieu c'est le déisme typique, trop content de mettre le grand tout au centre; la relation ou aliénation est une interaction avec son origine (on a été crée, bien sur). Pour tout dire, il me semble suivre Tilich: lui aussi pense que le religieux est constitutif de l'humain et de sa culture. Et pourquoi, pas? Il serait alors un sociologue génial en plus qu'un théologien génial. En tout cas, c'est bien à partir de lui que je me fais mes petites idées. Un théologien protestant multiculturaliste, génie fondateur de la nouvelle science du social ? Ah le beau rêve. 

    Tillich sera donc l'inspirateur et il faudra continuer de le lire. En parlant des 3 théologies, on en fera la base des 3 sociologies équivalentes, la vraie étant le seul type de représentation acceptable qui tienne et qui ce qui se passe dans la volition partagée des individus: une interaction avec l'invisible qui nous fait humains et depuis longtemps, et aussi le refus que j'assume de toute espèce de chose conceptuelle qui nous pousserait dans le dos, ou qui serait le nom arbitraire que l'on donne à ce qui nous est commun. Seul "dieu" par définition a droit à ce titre, et il est de l'autre coté de la barrière. 

    Non pas que je sois tombé mystique, mais tant qu'à faire, autant donner une définition "active": la chose est CEQUI agit comme tel dans les psychées humaines, il n'y a qu'à demander. Non pas une chose qui serait plongée dans un science, un concept quelconque, mais une chose "existante" et c'est la seule qui existe comme cela. Inutile d'en théoriser la scientificité ou la matérialité: elle se trouve indépendante, régulièrement décrite comme non matérielle et donc en quelque sorte objective. Plutôt que de prêter à je ne sais quel opium la vertu explicative, ce qui n'est jamais qu'une mythologie de plus, osons le dire: c'est bien au nom du dieu des communistes qu'on part pour le goulag et la raison profonde qui oriente les idéaux est bien l'ailleurs de l'homme, la chose qui fait de lui celui qui peut justifier l'invisible. 

    Notons que cette volonté de rattacher la "sociologie" à quelque chose d'autre que l'insupportable et incompréhensible pseudo science prétentieuse que l'on connait, ne date pas d'hier. Activité infondée, sinon sur les prétentions d'écrivains français talentueux spectateurs de l'avènement de l'immonde bourgeoisie, pourtant souhaitée ardemment un siècle entier par leur parents. Balzac se voyait en "docteur en sciences sociales", Flaubert autant et Zola pratiquait, en plus de la photo et de la bigamie, la "vraie science". Auguste Compte la prétention injustifiée faite homme inventa la mot et on se retrouva donc, c'est la thèse de Wolf Lepenies (1) (après Snow 1959, qui dénonçait la culture littéraire dévoyée dans le nazisme par ignorance des sciences), dans le mixe de deux cultures: on mixa socio (du latin) et logie (du grec) dans un mot insoutenable qui ne désigne rien...

    Et bien, moi, je remplace la littérature par la théologie: car ce n'est que fadaise que la littérature, crée par Molière pour mieux moquer les bourgeois qui voulaient se faire gentilhommes, et cela du point de la royauté (c'est à dire au delà de l'aristocratie) et dévoyée par les contempteurs de la bourgeoise, finalement surtout révoltés par les cocufiages dont ils sont victimes en permanence... La seule exception, Proust,  s'explique autrement, on en reparlera. 

    On peut parler de Bourdieu, brièvement: tout pour le plouc palois, crétin des pyrénées à accent, est à mettre dans la légitimation. Comme si on se préoccupait de la légitimité de Dieu...  

    On en rajoutera avec le célèbre "Les Héritiers" (Bourdieu,Passeron) fondateur de la génération de salopards qui ont détruit l'enseignement scolaire et universitaire en France: obsédé de bourgeoisies et d'inégalités mal placées, les pédagogistes formés aux meilleures sciences ont baissé le niveau jusqu'à mettre les petits africains non francophones à égalité du peuple d'un pays moderne, progressivement sous développé donc et ce n'est pas fini.

    Est il encore temps de foutre en l'air cette science là? Sans doute pas: le renouveau ne viendra qu'après la catastrophe. 

    La méditation sur la nature de la chose est de toutes façons à faire, et il faut attendre le grand âge des criminels pour qu'ils songent avec amertume à leurs crimes (2). Quoique: l'homme se finit avec Marx... Au passage les évocations bienvenues de Certeau (le peuple qui, comme moi, braconne et glane les scories informationnelles que les vrais intellos laissent trainer) , et même de Bourdieu, qui éperdu de sa politique de gauche ne peut que répondre au "que faire" qu'une sans doute future incubée: le clinamen... 

    Quand aux souvenirs des bigots de la bourdieuserie, (3), ils font pitié et ne peuvent être que source de railleries et de détestation. En gros, on consacre ici le mépris pour la philosophie, victime de déclassement face à l'alliance de la psychologie et de la sociologie "vers 1900", et aussi la sainte alliance de la triple vocation pour la "science" sociale, la théorie générale de tout et le nouvel humanisme, incroyable prétention absurde des posts communistes délirants qui croient dominer le monde. Foutre en l'air tout ça? Pas sans les battre de verges d'abord. 

    (1) https://www.exergue.com/h/2017-06/tt/lepenies-trois-cultures.html 

    (2) Passeron se confie: http://journals.openedition.org/traces/3983

    (3) http://zilsel.hypotheses.org/2954#comment-11561

  • Les Catégories, la théorie.

    Il est sans doute encore trop tôt pour aborder cette cote raide, mais après tout, on peut se mettre à comprendre à tout moment... Et puis je l'avais fait déjà un peu en (1)

    Ici on s'est tapé (rapidement) le très addictif cours de Bartosz Milewski (2), avec du texte en (3) et bien sur la référence absolue (4).

    Il est en Mathématique, et ailleurs d'ailleurs, un principe qui consiste à réexprimer un problème avec d'autres mots, en espérant que celui ci devienne plus simple. La résolution de conjectures serait ainsi une science du choix de la meilleure transformation, le voyage devenant l'essentiel, l'arrivée résolvant tout toute seule. Une citation de Poincaré: les maths c'est donner le même nom à des choses différentes... 

    Cette science des correspondances, de la structure de ces correspondances, est la théorie de catégories, science des sciences des sciences. On avait abordé la chose, et on y reviendra, la chose étant vaste. 

    Une autre manière de présenter la chose est que les catégories sont les structures, et qu'il n'y a guère que les structures qui caractérisent les choses qu'on veut comparer ou égaler. De part et d'autre, on projette sur la structure et on associe les structures enfin comparables... Bref, ces squelettes sont fait de multiples relations et il n'y a que les relations qui comptent. 

    Tout cela fut inventé par un certain Saunders Mac Lane, un américain. 

    Disons aujourd'hui pour commencer aussi que Curry et Howard n'étaient pas seuls, il y avait Lambek, qui ajouta à la correspondance entre propositions et types, celle, mutuelle, avec les catégories cartésiennes fermées.

    Cette identification des trois seules choses qui vaillent au monde s'appelle la "trinité computationnelle". Elle signifie que toute notion manifeste dans l'une des vues l'est aussi, sous forme transformée, dans les deux autres (5). Rien que ça. Wagnérien, c'est le moins qu'on puisse dire... Le mot catégorie est lourd de sens.

    Joachim Lambek introduisit aussi les grammaires catégoriques pour le langage naturel.

    Reste à s'enfoncer dans les catégories, donc.

    Les catégories

    En trois mots, on a dans une catégorie des objets ET des morphismes, les foncteurs relient les catégories, et les tranformations naturelles les foncteurs. Une 2 catégorie a en plus des morphismes sur les morphismes et ad infinitum. Après... On distingue les petites catégories (à zéro ou UN objet) et les grandes, les autres.

    Definition

    On commencera par définir ce qu'on appelle "catégorie", "tas" d'objets (il n'est évidemment pas question d'ensembles pour définir ce type de multiplicité), et de "flèches", avec quelques contraintes: tout objet a une flèche vers lui même; toute paire d'objets a zéro, une ou plusieurs flèches orientées; entre trois objets les flèches composent; et entre quatre objets, la composition est associative. 

    Juste un point au sujet de la composition: il s'agit d'un "il existe", la flèche qui compose (a-f->b-g->c implique il existe une flèche nommée gof telle que a-gof->c) étant l'une des flèches pré existantes entre a et c... Ce type de remarques n'a pas grand intérêt, mais illustre que ces propriétés sont statiques et non pas génératives: gof existe, un point c'est tout... 

    Un autre point concerne le fait que les morphismes entre deux objets d'une catégorie, le "hom-set" EST un ensemble... Et oui, les objets ne forment pas des ensembles, mais leurs morphismes entre deux d'entre eux, si. C'est comme ça. Ces morphismes sont des "hom" homomorphismes car internes à la catégorie. 

    De plus, et ça n'a rien à voir, la catégorie des ensembles, "Set" est une catégorie: voilà qui est inclusif. 

    Les ensembles et les fonctions

    Les "flèches" sont souvent nommées "morphismes". J'ai toujours été choqué par cette "over" interprétation de l'objet défini par deux points ordonnés: elle suppose que les objets sont des ensembles et les flèches des fonctions entre ces ensembles. Bien sur c'est l'interprétation lambda, la primaire la bébête: la catégorie "Set", celle des ensembles et des fonctions, précisément...  Cette interprétation a évidemment pour mérite qu'on s'intéresse à la chose, elle est celle qui rend les catégories signifiantes dans le monde enchanté de la programmation, du moins la programmation fonctionnelle. Il faut noter toutefois que l'interprétation catégorielle de la programmation c'est de l'après coup, et du récent.

    En fait, il s'agit pour comprendre quelque chose, de tenter donc de développer une sorte d'intuition de ces choses. Cela est possible, car précisément ces concepts là sont intuitifs et ne furent développés QUE pour des raisons intuitives. Au fait Alexandre Grothendick fut bien sur en pointe sur ce coup là, car il avait lui une intuition ça comme... 

    Les morphismes

    On commencera par là, car c'est un "haha". On m'avait expliqué en sixième les subtilités de l'injection et de la surjection entre ensembles, à partir de la notion d'application, dont l'ensemble de départ (on m'expliqua plus tard que c'était le "domaine") est peuplé d'origines exclusivement solitaires pour les flèches qui en partent.

    On a donc la surjection et l'injection et leur contraires. Et bien, l'intuition avec les flèches, ou avec les petits ronds, est inutile, on peut exprimer le concept de manière encore plus abstraite, en contraignant les compositions dans une notion purement catégorique. Je me comprends. 

    D'abord la non-surjection: c'est quand l'ensemble de départ se projette dans un sous ensemble strict de l'ensemble d'arrivée. La destination n'est pas couverte, il y a des éléments à l'arrivée qu'on adresse pas. 

    Ensuite la non-injection: c'est quand il y a deux éléments de départ qui ont la même destination. L'ensemble de départ est "trop grand"...

    De fait, cette explication négative est bien claire: elle repose hélas sur une vision du monde partielle, la notion est bien plus générale et peut, c'est ça le haha, se décrire avec une vision des ensembles comme des objets ponctuels sans structure interne, simplement reliés par des flèches composables... La catégorie est bien plus (grande, générale, expressive) que l'ensemble. Au lieu d'avoir des ensembles comme des tas de points, on a des catégories comme des tas de points, mais au niveau du dessus: les points sont les ensembles, et au lieu d'imaginer l'intérieur des ensembles, et d'en déduire quelque chose (berk), on se contentera de contraindre les flèches qui en sont issues.

    Une non-surjection, c'est quand il existe un objet et deux flèches différentes de l'ensemble d'arrivée vers cet objet, telles que les deux compositions avec l'application soient égales.

    Intuitivement, si on se ramène (comme vous y tenez) à l'"image" des ensembles et de leurs éléments, ici abstraits en des points dans une catégorie, les deux flèches sont égales sur le domaine de l'application et doivent donc, pour pouvoir être différentes, pouvoir partir d'éléments de l'ensemble d'arrivée non adressés: le codomaine est un sous ensemble strict de l'ensemble d'arrivée, ce qu'on se disait plus haut...

    L'intuition ensembliste est dégénérée, et on a grâce aux catégories, une intuition de plus haut niveau, qui couvre les objets infinis de tout l'univers: une intuition de l'inimaginable, donc.

    Une non-injection est du même type: c'est quand il existe un objet et deux flèches différentes issues de lui vers l'ensemble de départ, telles les compositions avec l'application soient égales. Si les flèches sont différentes, elles diffèrent sur au moins un point, en fait deux points, qui se trouvent donc avoir la même destination. Contre exemple, bingo. Ce qu'on disait s'applique: point besoin des petits points, sinon pour appréhender avec ses pieds. La définition, abstraite, structurelle, prévaut et c'est ça l'idée. 

    Pour finir, on ajoutera que les catégoriciens sont hellénistes et parlent de monomorphisme (injection) et d'épimorphisme (surjection). On ajoutera également que l'épimorphisme (surjection) permet surtout de simplifier à droite la malheureuse surjection: g1 o f = g2 o f  donc, g1=g2, tout comme d'ailleurs le monomorphisme (injection) qui lui est simplifiable à gauche. 

    Pour finir, on ajoutera aussi que ce n'est que dans la catégorie Set que la conjonction des deux fait d'un morphisme un isomorphisme. Dans la catégorie des Ring, ce n'est pas le cas, et Q et Z ne SONT PAS isomorphes... Alors là, mon prof de maths de 6ème est à la retraite. 

    Mais pour vraiment finir, on dira qu'épi et mono morphismes s'échangent si on inverse le sens des flèches, c'est à dire si on passe d'une catégorie à sa duale... 

    Trucs cartésiens

    Point besoin de beaucoup de laïus ici, et on devrait apprendre ça en 6ème: le produit c'est le produit cartésien et le coproduit l'union bien sur. Notons l'absence de l'intersection et le fait que l'union est représentée en notant bien pour chaque élément de l'union le nom de son ensemble de départ... Le produit, lui utilise la droite et la gauche du tuple pour noter la chose. Le grand truc de la notion, c'est qu'on la définit bien sur de manière structurale, la chose étant définie non pas par des accouplements impurs, des petits tuples extraits des catégories multipliées (berk), mais par de belles définitions de morphismes qui commutent, le retour aux catégories d'origine se faisant via des fonctions "first" et "second".  

    Au passage, et pour compléter encore le programme de 6ème, on ajoutera qu'un poset est "un ensemble partiellement ordonné" (un epo). 

    Un objet initial est tel qu'il a une flèche vers tous les objets de la catégorie. Son dual est le terminal, bien sur. 

    Une catégorie cartésienne fermée s'identifie à la structure qui SIMULTANEMENT a un produit et une exponentielle. La notion, spécialement complexe est sans doute ce qui est à l'origine de la complexité et de la puissance de la structure structurelle de la belle théorie. On y trouve par exemple, comme corolaire évident, la notion de foncteur adjoint. Par contre, on s'y retrouve assez bien, les ensembles avec leurs morphismes forment une catégorie cartésienne fermée, ouf... Un chapitre entier mérite cette chose, en tout cas.  

    Les  Foncteurs

    Les foncteurs sont des opérations de mise en correspondances de catégories, on dit endofoncteur quand les catégories sont les mêmes. Naturellement la "structure" est préservée, et c'est tout l'intérêt de la notion, centrale dans ce domaine des maths, on veut identifier partiellement des objets différents.

    Car le Foncteur projette les points mais aussi les blocs de flèches, les "hom-sets". Ce sont des ensembles, et le foncteur est donc défini aussi par les fonctions de projection de tous les hom-sets.  

    Naturellement, les notions d'injection, de surjection sont préservées mais peuvent s'appliquer à des projections de natures différentes et là on voit qu'on en a plein.

    Dans l'interprétation standard des catégories en programmation (on considère la catégorie des types comme points et des fonctions d'un type vers un autre comme les flèches), des Foncteurs apparaissent comme les "constructeurs de type", c'est à dire des endofoncteurs dans la catégorie. Là encore, un simple haha peut se manifester: la notion de "liste", "List", est un foncteur, qui transforme un type quelconque en un  type "liste" associé. On a bien la notation fonctionnelle (List[Int] en Scala). L'application fonctionnelle paramétrisée de niveau supérieur...  Le type "paramétrisé" n'est que le résultat de l'appel d'une sorte de "fonction", le foncteur. 

    Au passage on évoquera le terme "lift" (soulever) qui désigne l'opération de passage d'un type à son transformé, nécessairement "vers le haut" pour suivre la notation arbitraire:

    M a - fmap f -> M b

    ^                      ^

    |   F                   | F

    a    -  f    - >      b

    Ici, "fmap" (en fait la très classique opération "map") est une transformation de fonction, qui exprime la manière dont le foncteur, ici un endofoncteur, transforme les morphismes. "fmap" caractérise le foncteur, et il y en un par foncteur. Par exemple, le map de "List" est évidemment différent du map de "Option".

    Cet aspect "double" du foncteur (il transforme les objets ET les flèches) mérite d'être souligné. 

    Pour finir, la notion de Foncteur comme "container" d'un type, abondamment utilisée en Haskell ou Scala, s'applique assez bien.  

    Les transformations naturelles

    Une transformation entre deux foncteurs est dite "naturelle" intrinsèquement: c'est un morphisme entre foncteurs qui préserve la structure de la transformation. On a là un truc bien abstrait, les deux foncteurs préservant déjà une structure, mais avec une structuration qui leur était propre... Notons que la transformation transforme non seulement le mapping des points, mais aussi le mapping des morphismes. 

    On a donc un splendide diagramme, qui doit "commuter", pour préserver les structures: n étant un opérateur de transformation naturelle. 

    On voit que F transforme a et b, et aussi f (un foncteur transforme tout ce qui constitue une catégorie). G aussi , bien sur, et n transforme F en G. Bien sur ça commute, la transformation naturelle d'une functorisation étant égale à la functorisation d'une transformation naturelle... En fait cette "commutatibilité" est le sens même de la "naturalité": si c'est naturel, c'est que ça commute. 

     

        ---------------> Ga

                     -na>

    a  --> Fa               |Gf

              |                 |

    |f        |Ff              v

    v         |                Gb

               v       -nb>

    b -->  Fb      

     

    Quitte à généraliser un peu (mais ici, le terme "over" n'a pas lieu d'être), disons que si une 2-catégorie a aussi des morphismes sur les morphismes, et bien "Cat" (avec les objets formant un ensemble) sera la catégorie des catégories avec comme morphismes les foncteurs et comme 2-morphismes les transformations naturelles. Of course. De plus c'est une catégorie cartésienne fermée: boucle bouclée...

     

    Adjonction 

    L'adjonction est considérée comme un concept premier de la théorie des catégories. Il s'agit d'une forme d'égalité, et la notion d'égalité, ou de mise en correspondance étant ici première, on en a là une sorte de généralisation. 

    En gros, on considèrera deux catégories "équivalentes" si il y a deux foncteurs entre elles, dans chaque direction (les droite et gauche) dont les compositions (dans les deux sens)  sont isomorphiques aux identités respectives de chacune des deux catégories. 

    On considèrera les deux catégories comme "adjointes" si il n'y a que deux transformations naturelles unidirectionnelles entre identité et composition d'une part et entre composition duale et identité d'autre part... 

    L'adjonction est donc une forme affaiblie de d'équivalence, avec un symétrie inversée de la correspondance particulièrement tordue.

    En gros, on a les catégories A et B et deux foncteurs AB et BA adjoints, c'est à dire tels que il y ait deux transformations naturelles:  

    eta: IA -> BA o AB

    epsilon: AB o BA -> IB 

     

    Monoïdes

    Le mot est DABORD utilisé pour désigner des ensembles particuliers (parmi les structures algébriques), dotés de la structure d'associativité et d'élément neutre, l'ancêtre du monoïde étant le semi-groupe à qui il ajoute l'élément neutre. Le semi groupe est le fils du magma, à qui il ajoute l'associativité. Un groupe est un monoïde dont tout élément a un symétrique. Un groupe n'est pas forcément commutatif... 

    Les monoïdes algébriques peuvent être identifiés à la catégorie à un élément, à part que l'ensemble algébrique est identifié au hom-set de l'unique élément de la catégorie. C'est un ensemble... Les deux notions sont strictement équivalentes donc, mais visibles sous un autre angle, et encore... 

    En fait, la chose n'est pas exactement celle là et Bartosz rate complètement son coup. On a en fait d'abord les catégories dites "monoïdales", catégories pourvues ENPLUS d'un produit tensoriel et d'une élément neutre suivant la sémantique algébrique traditionnelle. Ce produit tensoriel est un "bifoncteur".

    L'associativité est demandée, mais sous la forme d'un isomorphisme (qui est donc une transformation "naturelle", car liant des foncteurs) entre formes duales des foncteurs associés. 

    La catégorie des ensembles avec le produit cartésien est ainsi une catégorie monoïdale. 

    On appelle "monoïde" sur une telle catégorie un objet de la catégorie monoïdale que l'on munit LUITOUTSEUL d'une multiplication définie avec le produit tensoriel de la catégorie englobante: MxM->M. Bien sur, on exige un élément neutre et les associativités qui s'imposent. 

    Il y a en plus une catégorie des monoïdes sur une catégorie monoïdale donnée, formée DES monoïdes avec comme flèches les morphismes qui (utilisant le MEME produit tensoriel global) préservent la structure monoïdale. 

    Les Monades

    Le parangon de la prétention fonctionnelle pour un programmeur et d'identifier sans sourciller les monades aux monoïdes sur la catégorie des endofoncteurs. Cela est donc maintenant à ma portée, même si il y a encore des petites choses qui m'échappent. 

    Catégorie monoïdale par excellence, la catégorie des endofoncteurs avec pour produit tensoriel la composition se trouve avoir pour monoïdes des entités nommées monades, il suffit de le savoir... 

    Notez les 3 catégories différentes, parfaitement comparables, mais qui n'ont rien à voir entre elles et qui me permette de faire le malin en les citant hors de propos: la catégorie des ensembles/morphismes (l'interprétation programmatique traditionnelle), la catégorie des endofoncteurs (des morphismes de la catégorie des ensembles citée avant vers eux mêmes)/composition, et la catégorie des monoïdes/morphismes ! Tout ça partage une structure, on s'y perd ou on s'y retrouve... 

    D'autant plus que les monades sont directement liées à l'adjonction, et que l'on ne peut pas sortir de la cage sans avoir réalisé certaines choses au sujet des relations entre la currification et les listes, et entre l'option et le pointage...  

    Yoneda

    On se permettra finalement, pour déconner, d'évoquer le très abstrait lemme de Yoneda. Car les foncteurs entre deux catégories forment une catégorie dont les flèches sont les transformations naturelles. On note C^D la catégorie des foncteurs de D vers C (en descendant, c'est l'exponentiation).

    A partir de là, Yoneda s'est déchainé... Qui l'aime le suive.

     

    (1) http://francoiscarmignola.hautetfort.com/archive/2015/09/30/les-categories-5692791.html

    (2) Les vidéos de Bartoscz: https://www.youtube.com/watch?v=I8LbkfSSR58&index=1&list=PLbgaMIhjbmEnaH_LTkxLI7FMa2HsnawM_

    (3) Le texte de Bartoscz: https://bartoszmilewski.com/2014/10/28/category-theory-for-programmers-the-preface/

    (4) La référence en maths: https://ncatlab.org/nlab/show/category+theory

    (5) La sainte trinité: https://existentialtype.wordpress.com/2011/03/27/the-holy-trinity/

    (6) Gérard Huet: https://pages.lip6.fr/Pierre-Evariste.Dagand/stuffs/notes/cats.pdf