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31/12/2016

Großer Herr, o starker König BWV 248/1

La première cantate rassemblée pour composer l'oratorio de Noël contient un aria de basse, suivi d'un choeur qui devrait faire justice de toute allusion à la crèche de Noël comme d'une innocente joyeuseté culturelle destinée à décorer les mairies en faisant foin d'une indispensable laïcité à s'infliger. Tout comme d'une célébration d'une quelconque pauvreté qui devrait nous associer aux migrants, aux pauvres, ou à tout ce qui  n'est pas ça:

https://www.youtube.com/watch?v=m7Vr__Nsnlg

Très puissante interprétation par une basse complètement désinhibée, pour moi le top de la sincérité et de l'énergie!

IL faut noter à ce sujet l'incroyable difficulté de cette proclamation, Fischer Diskau, Pray, et la basse de Gardiner y échouent selon moi. Le Harnoncourt, lent et majestueux reste rythmé, mais la basse quoique puissante, reste insuffisante pour marquer vraiment. Le Fasolis, endiablé bien sur, est particulièrement magnifique et la basse idéale à mon sens (il s'agit de Klaus Mertens): jamais l'effrayante dynamique de l'air ne la prend en défaut.  

 Texte en http://www.bach-cantatas.com/Texts/BWV248-1-Fre6.htm

Großer Herr, o starker König,
Grand Seigneur, ô roi tout puissant,
Liebster Heiland, o wie wenig
Très cher Sauveur, ô combien peu
Achtest du der Erden Pracht!
T'importe les gloires de la terre !
Der die ganze Welt erhält,
Celui qui entretient le monde entier,
Ihre Pracht und Zier erschaffen,
Qui a créé sa magnificence et sa beauté,
Muss in harten Krippen schlafen.
Doit dormir dans une crèche

 

Tout est dit là dedans. C'est bien le grand dieu tout puissant qui est à plaindre, et il n'y a de vraie religion que ce qui souffre pour lui, tout le reste étant bien fade et certainement hérétique, mais ça on verra l'année prochaine. 

Le choeur final qui commence par:

Ach mein herzliebes Jesulein,
Ah, mon petit Jésus bien-aimé,

Confirme bien évidemment l'attitude, c'est la musique qui doit indiquer l'état d'esprit à avoir au cas où il y aurait un doute. C'était un autre temps, certes, mais nom de Dieu, que ça avait de la gueule ! Le contraste entre la terrifiante entrée de trompettes et le "jesulein" est saisissant.  

Bon, on reprend depuis le début.

La cantate commence par une réjouissance, 

Jauchzet, frohlocket! auf, preiset die Tage,
Exultez, réjouissez-vous ! debout, louez ce jour,

Evidemment. Tonitruant avec choeur et tambours, il s'agit bien de se réjouir, et la mièvrerie n'est pas de mise, on y va à fond. Fasolis clairement y va à fond. 

http://www.qobuz.com/fr-fr/album/j-s-bach-weihnachtsoratorium-bwv-248-diego-fasolis/0829410848053

Après quelques récitatifs pour rappeler l'histoire, l'air d'Alto: 

Eile, den Bräutigam sehnlichst zu lieben!
Hâte-toi d'aimer ardemment le fiancé !

Du fait d'un texte de Picander lui même, l'arrivée du petit jésus est celui du fiancé de Sion ! Double étrangeté par rapport à notre noël à nous, consacré à la misère et aux cadeaux immérités: celui là se consacre à la célébration dansante de la puissance et du sexe ! 

Air de cantate, entièrement complexifiée et dansant dans son paradoxe: 

Den Schönsten, den Liebsten bald bei dir zu sehn!
À accueillir le plus beau, le plus aimé près de toi bientôt,

Il ne peut être chantée avec négligence et doit tourner et retourner avec obstination: l'époque est celle du baroque, et l'ouverture (on dirait une "ouverture") toujours reprise doit être hypnotisante, den lieeebsten, den schooensten. Landauer chez Fasolis champion, il se permet d'ornementer en plus... 

Après un choral et un récitatif, l'étonnant et jamais vu duo entre un choral soprano et un récitatif de basse. Le rythme profond avec flute se relance et la voix (céleste) affirme. La basse se prononce (Mertens sait y faire) et ça repart. On termine tout tranquillement. 

Et puis c'est la basse, ce qu'on voulais dire au début. C'était la cantate du 25 Décembre.

26/12/2016

La révélation de Paul Tillich

Au détour d'un exposé synthétique sur Paul Tillich, http://andregounelle.fr/tillich/presentation-de-tillich.php), mais aussi https://rsr.revues.org/449.

me voilà révélé le concept de "révélation". Comme beaucoup de mots ordinaires issu des pans oubliés des vieux et oubliés systèmes religieux, le mot me restait mystérieux, et en fait incompréhensible, comme enterré avec tout le surnaturel. Pourtant, avant que le monde ne s'opacifie définitivement, des hommes intelligents, en bute avec la modernité avait pris le temps de rationaliser la chose, même si ils sont restés derrière la barrière.  

Tillich est l'immense théologien protestant du XXème siècle, après Karl Barth, et c'est aussi un grand philosophe. Il théorise et soutient le "socialisme religieux". Depuis 1919, et sa fameuse conférence sur "la théologie de la culture", puis dans sa "philosophie de la religion" de 1925. Le socialisme religieux doit lutter contre le capitalisme démonique. On a donc chez le génial Tillich ce qui fait du christianisme moderne un compagnon de route du socialisme, même s'il théorisa aussi le démonique communiste et nazi. Tillich a fuit l'Europe des 1933.

Il est comme théologien protestant, l'auteur de "Dieu nous accepte, alors que nous sommes inacceptables".

Tillich fait de la philosophie de la religion, et la confronte avec la théologie et la religion. Il utilise donc un concept, celui de révélation, qui comme les mots doués de sens se met à rayonner et à convaincre, à faire comprendre et à réaliser. D'abord, il distingue la religion du révélé en considérant oxymore le terme "religion révélée". La révélation n'est pas religieuse, et c'est toute l'affaire... Admirable conception! Elle définit aussi ce qu'on appelle la théologie, qui est indissociable de la croyance issue de la révélation, et qui a pour objet de décrire la révélation en termes doctrinaux. 

La révélation est un évènement, qui n'est pas communication d'un savoir, dont un extérieur, Dieu en l'occurrence, a l'initiative. Elle est rencontre effective, affective et pourtant publique et universelle. Les religions expriment et s'arrangent avec la révélation, et pourtant la trahissent par nature et par définition, au point de ne se justifier que par les critiques qu'on lui porte et qui la font vivre. La religion est pas essence bipolaire: elle a besoin de son contraire pour exister... 

Cette définition de la religion comme expérience de l'"inconditionné", c'est à dire par celle d'un au delà du réel fait qu'on peut la positionner par rapport à la culture et donc penser une "théonomie", qui résout la contradiction entre absolu et culture en assujettissant la culture à ce qui la rend justement autonome, le fameux extérieur.   

Il y a 4 critiques de la religion: la mystique, l'éthique, la rationnelle et la théologique.  Et puis, il y a trois pôles dans le religieux: le sacramentel, l'éthique, et le mystique. Et puis, surtout, il y a la relations entre les religions. Tillich reste chrétien et pense la croix comme la crucifixion (le sacrifice?) du particulier devant l'universel, il reste religieux et renonce à la conversion de l'autre, classifiant et respectant les approches de la  religion, la révélation restant unique, et le "télos" commun, celui de Paul, l'esprit à venir, la fin de tout...

Pas mal non? Mécanisme proprement humain et moteur de l'histoire la chose conceptualisée a bien la sombre réalité décrite, et situe le divin par définition hors du monde, là encore on a du concept et pourquoi pas ? Définir ce qui hors du monde comme ce qui est hors du monde et qui se révèle est une position imprenable et la transcendance d'autrui symbolisée est pensable au moins en principe.

La question reste celle de la multiplicité. Je ne puis me convaincre par contre de l'unicité de cette chose. Tilich parle de l'islam, décrite comme la religion qui interrompit la théologie du "logos" qui su si bien subvertir respectueusement les paganismes: violente et agressive, la religion mahométane conduisit le christianisme à se replier sur lui même. Admirable débat: nous y sommes en plein et certains voudraient réappliquer les bonnes vieilles recettes, à moins que d'autres, plus lucides, ne veuillent retourner au moyen âge guerrier. Le mot "révélation" comme phénomène est bien au coeur de cette autre belle conception de paix et d'amour. Le sens en est sans doute celui de Tillich et il permet de le penser. La question reste celle de l'unicité: phénomène commun certes, mais qui injecte dans l'histoire des conceptions bien différentes, et si les religions peuvent être victimes des démons de l'histoire, pourquoi pas celle là ? Le nazisme aussi fit partie de l'histoire et en sortit, tout comme les démons assyriens.  Ainsi, il tente de penser un partage possible entre les religions monothéistes, qu'il décrit comme les trois branches de la famille d'Abraham. Pas de paix entre les peuples s'il n'y a pas de paix entre leurs religions disait Hans Kung. 

Mais il y a plus, Tillich est le théologien de la "culture", comme identifiée à l'histoire, à la religion et à l'histoire de la religion. Tout d'abord, le religieux est un actuel de tous les secteurs de l'esprit humain, un élément essentiel des cultures, donc. Là Tillich pense alors l'autonomie de la culture comme liée à sa "théonomie", c'est à dire son extérieur absolu reconnu, l'hétéronomie et donc le démoniaque de la soumission à la théocratie ou à l'absolutisme étant la seule alternative. La culture purement immanente ne peut devenir qu'idolâtre d'elle même et démoniaque. 

La théonomie, qui approfondit l'autonomie est le but du socialisme religieux. L'autonomie est cognitive, la théonomie saisit le monde inconditionné. Il y a unité forme substance et unité religion culture: la théonomie. 

Tout d'abord, et là le concept est roi, il étudie dans sa thèse Schelling, le pote et rival de Hegel (et d'Hölderlin), et qui en inspira plus d'un.

Puisqu'on est dans le concept, tentons de matérialiser ce qui le fait vivre quand la nature du monde devient "comme" ce qu'on en pense, quand l'essence des choses se décrit comme des mots articulés, sujets de la pensée... Révélation philosophique ? Il y a de ça, et cela s'impose.

Il y a donc 3 puissances, le subjectif, l'objectif et la liberté, image de l'esprit. J'avais déjà ici célébré la trinité comme aboutissant dans l'esprit avec la liberté, la belle invention chrétienne. Je faisais du Schellling... Le subjectif est potentiel, le divin indistinct, la nature, le mythe; l'objectif rationnel actuel et qui fait l'histoire, qui se résoud dans l'esprit, après l'histoire.

C'est l'histoire du rationnel séparé de Dieu lors de la chute qui la fait (l'histoire) et c'est le christ qui renonce à être Dieu qui se trouve être le christ à proprement parler, la croix de l'histoire, sa crux, qui crée la liberté, et qui fait pour Schelling l'originalité et la spécificité du christianisme, mais soyez en sur, il n'y a pas que pour lui...  Cette supra-histoire, qui fait l'histoire elle même est précisément ce qui permet de concevoir et de penser une signification globale à ces choses, êtres et croyances. Avec cette théologie du "kairos" (l'évènement divin, le moment) de jésus qui n'est "christ" que parce que crucifié... 

Cette distinction nom commun (le(un) christ) et nom propre (jésus) réaffirmée par Tillich, permet de transformer l'affirmation classique ("jésus est le christ") en un article de foi doté de sens. Cela n'est pas évident, et m'avait toujours apparu comme bizarre, voire absurde. En réalité, si on a une conception du sens du mot "christ" (le messie, en gros la personne envoyée pour réconcilier, pour résoudre les fameux problèmes de "sens", celui que "tout le monde" attend), l'affirmation, qui institue une caractérisation particulière de la présence du christ, fonde le christianisme comme religion.

On notera ainsi l'aspect double de la chose: d'une part on croit qu'il y a quelque chose qui ressemble à un "christ", d'autre part on pense que c'est bien jésus qui y correspond... Un troisième affirmation est naturellement que la mise en correspondance est elle même provoquée, ce qu'on appelle les "christologies" décrivant plus en détail comment cela se produit. Par exemple, pour Tillich, jésus est bien un humain mais d'un type nouveau, bref, en ces domaines, il y de quoi faire...

Réaliser la profondeur et la complexité de ces conceptions là est en soi toute une aventure. Simplement, on peut ne pas vouloir se laisser faire, un certain effet d'entrainement se manifestant assez vite, une pente quasiment glissante se manifestant assez vite, vers un discours autonome de répétions de significations plus ou moins profondes, en tout cas du genre qui suscitèrent l'ire des philosophes analytiques... 

Mais revenons à ce que Tillich explique magnifiquement et qui sont les natures croisées des religions et des symboliques. La religion n'est PAS divine mais relève du symbolique, qui manipule le symbole comme signe d'autre chose. C'est la confusion du symbole et du divin qui constitue l'idolâtrie, car et là c'est brillant, lorsque le symbole remplace le divin (au lieu de le montrer) il sépare du divin, ce qui est le sens même de "diabolus" (ce qui désunit, ce qui sépare). Toutes les critiques de la religion reposent sur cette dénonciation là.

Cette conception là des choses illustre ainsi parfaitement l'aspect essentiel de l'idée claire d'un religieux construit sur un extérieur, qui est propre au religieux au point d'en être la définition. Nier cet extérieur au point d'interpréter le religieux autrement (comme une forme de politique, par exemple) est doublement faux: au sens strict, c'est une mécompréhension de l'essence du religieux, au sens religieux, c'est précisément l'idolâtrie, l'incapacité à symboliser... 

Au passage c'est là que se fait pour Tillich la notion de révélation, rupture d'avec la nature et la mythologie. Intéressante idée, qui fait du vrai surnaturel la rupture d'avec le mythe, toujours associé au nécessaire, au naturel.  

C'est là que se noue la liaison avec Joachim de Flore, avec l'évocation du troisième âge, celui de l'esprit et qui fait qu'on suspecta Tillich d'être gnostique, et ainsi la conception de "religion philosophique", une théologie qui serait indépendante de toute religion, objet de la théologie systématique de la fin de la vie de Tillich, en voyage au Japon au début des années 60. 

On a donc une pensée incroyablement moderne et séduisante, pleine de sens et d'intelligence et bien sur d'un irréel complet, dans l'idéalisme au sens plein, le plus complet possible, ça tombe bien ça s'appelle comme ça. On goutera aux délices de ces concepts et de ces belles idées, donc, mais sans en être dupe ou bêtement adepte: cette réflexion là porte sur une partie du monde, en tout cas c'est comme cela que la comprends. Et ce n'est pas parce qu'il y a des idées dans le monde que le monde est entièrement formé d'idées... 

Au passage, Tillich (on dit Tilik) est l'auteur d'une théologie "systématique", où "sustema" signifie "choses liées ensemble"... 

On doit parler aussi du Kairos et du rapport au temps, le christianisme introduisant l'histoire c'est à dire la phase du temps séparée des autres par un moment passé ou à venir.  Là se situe le fameux socialisme. L'on se prend à rêver à ce théoricien qui vit dans les années 60 se lever une forme émancipée du socialisme qui avait tant déçu l'histoire pendant la première moitié du siècle, et dont avons à présent à nous débarrasser, l'histoire étant toute de phases successives... 

En résumé et avec tout le respect qu'on lui doit à lui et à son idéalisme, on restera baba devant cette histoire de théonomie, concept fort mais caractéristique de l'aspect théocentrique de la pensée de Tillich, son mélange des religions consacrant une unicité pour moi inacceptable. La théonomie est toutefois une admirable tentative pour rendre réel et donc pensable un religieux autrement incompréhensible. A l'heure où on cherche à vous dominer avec des super croyances, pouvoir les penser comme objectivement démoniaques et donc susceptibles de périr par le feu après avoir subi les tortures qu'imposent le salut d'âmes perdues dans les mains du diable et particulièrement réconfortant. On ne pourra plus nous apprendre la religion. 

25/12/2016

Christen, ätzet diesen Tag BWV 63

1ère en ancienneté sur ce thème, la cantate de Noël  "Christen, ätzet diesen Tag", BWV 63,  fut jouée en 1713 pour la fête éponyme. 

Je lui suis attaché d'une manière particulière, car elle initia ma (toute récente) passion pour les cantates de jiessebé, et fut un de mes points d'entrée dans ce qui constitue le plus gigantesque océan musical multiforme de l'histoire de l'humanité (on y ira carrément, sur ce sujet là, point de demi mesures), les 200 fameuses. 

Elle se récite ici: http://www.bach-cantatas.com/Texts/BWV63-Fre6.htm

Elle fit l'objet d'un documentaire montrant Gardiner la répétant:

https://www.youtube.com/watch?v=ere8CYfFq74

Cela donne l'occasion de voir des musiciens et personnes respectables et habiles se féliciter de partager mes gouts, et aussi d'approcher le type de passion que peut susciter la chose en question. Quand je considère les ravages qu'elle provoque chez mon humble personne, je n'ose imaginer ce que ça doit être chez les vrais fanatiques... 

Gardiner en parle aussi en:

http://www.bach-cantatas.com/Pic-Rec-BIG/Gardiner-P18c%5Bsdg174_gb%5D.pdf

et évoque le bicentenaire de la réforme de 1717 (mon fétichisme annuel aurait du reporter cette chronique à l'année prochaine, mais n'étant pas encore complètement Luthérien, je me permet de devancer l'appel).

On se doit d'évoquer Gardiner évoquant la musique de Bach comme matérialisation de la grâce divine, le concept en question, magnifique second degré particulièrement habile, aussi bien de la part des théologies chrétiennes que du magnifique musicien qui parle ici de Bach comme personne. 

L'extrait de Bachstiftung, qui me séduisit horriblement voilà déjà quelques années est celui ci: 

https://www.youtube.com/watch?v=C4jsRQf8J4M

On pourra écouter le concert d'Arte à partir de 51:35

http://concert.arte.tv/fr/les-cantates-de-noel-de-bach-par-philippe-herrewegh-et-le-collegium-vocale-gent

Mais, comme tout ce que fait Herreweghe, (du moins à mon minable avis), il y a là manque de ferveur... 

On va en reparler. 

La chose commence par un choeur endiablé poussant à considérer ce jour là (Noël) comme exceptionnel, car un "rayon" (Strahl), la grâce (Gnaden), justement, fait irruption dans l'histoire. Ca commence bien. 

La gravure dans le métal et le marbre est magnifique, et la danse frénétique doit être d'une grande puissance comme des vagues qui claquent en faisant le tour. Je trouve que Harnoncourt l'a.  

Puis le récitatif de l'alto et le Schilo. Le Schilo ? Le mojo de Bach ? Il est synonyme de Paraclet, de Jésus bien sur, et aussi de ce qui fut annoncé (par la Genèse, en plus): le Messie Roi. Le mot est traduit par "celui qui doit être envoyé", bref celui dont la venue est prédie par Jacob lui même.

En plus, cela se manifeste finalement par l'"inconcevable":

O unbegreifliches, doch seliges Verfügen!
O inconcevable, mais béni aboutissement !

Le duetto soprano basse a alors lieu et une grande magie se déroule majestueusement, pure réjouissance entre les deux voix majuscules, toute allusion à la sexualité serait hors de propos, qui ferait l'amour comme ça?  

Was uns ewig nun vergnüget.
Ce qui maintenant nous réjouira pour toujours.

Surtout que le couple hautbois violoncelle (continuo) reste triste et grave, comme c'est étrange. 

 

Il est suivi par un récitatif étrange, le lion de David tout armé avec arc et épée, "rétablit la liberté": 

"Womit er uns in vor'ge Freiheit setzt"  (restaure la liberté d'avant).

 

Et puis l'incroyable duo alto tenor, l'appel dansant à danser et à se réjouir de ce qu'il faut remercier ! Il peut être joué de bien des manières, mais l'énergie est de mise, entre les deux autres voix, alto et ténor. 

Kommt, ihr Christen, kommt zum Reihen,
Venez, chrétiens, venez danser,

Reihahahahahahah-en. 

 

Après une brève injonction de basse, qui se permet tout de même d'évoquer des flammes qui montent jusqu'au ciel et les prie de remercier Dieu (ah baroque, tu nous tiens). 

Et le choeur à étages, à trompette et roulements de tambour et voix de dessus, digne des plus grandes assemblées de choristes avec une montée océanique, puis la répétition modeste de la répétition mutine.

Quand je dis "à étages", la chose est incroyablement complexe, en fait on dirait un diamant qui tourne et toutes les couleurs se manifestent. 

Pour finir le  bigrement mystérieux, complètement dissonant bien sur et tant commenté par Gardiner: 

Dass uns der Satan möge quälen.
Que Satan puisse nous harceler. 

qui succède à un immense soupir:

Aber niemals nicht geschehn,
Mais qu'il n'arrive jamais

Mais cela repart, un coup d'océan (tu parles) et la quadruple pirouette rigolote termine modestement et dignement le voyage. 

Comme toujours, cette musique est intrinsèquement porteuse d'une énergie interne très forte que les musiciens doivent assumer ou pas. Rien ne peut être négligé ou ignoré et ainsi, la montée océanique monumentale du choeur final est inqualifiable et semble ne jamais finir de se raffiner. Sa dernière occurrence apparait chez Herreweghe comme "enfin c'est fini, on peut partir", alors que Gardiner en fait une montée interminable, la pirouette étant un regret, un clin d'oeil un coup de pied de lapin qui s'éloigne, bien sur en dansant. 

ET l'approche de Harnoncourt, avec les voix d'enfants, très lente c'est encore autre chose... 

18/12/2016

Mozart au piano forte

Ronald Brautigam est un vieux de la vieille bien connu. 

Mais au détour d'un écoute distraite brutalement captivée, un son étrange, qui "parait" authentique, on se trouve captivé et renversé. Je n'aime pas Mozart, et ne l'aime toujours pas... Mais bon sang, qu'est ce qui m'a pris, ce concerto no 2 K 39, ultra bien connu des vieilles mémoires, vieille scie oubliée, avec ces violons et ces vieux cors mozartiens venus du passé, repris par des claquements étranges, et le vieux soupir triste, celui qu'on sait bien qu'il n'est pas vraiment superficiel, ou en tout cas qu'il ne l'a pas toujours été... Au piano qu'il jouait, un de 1792... 

http://www.qobuz.com/fr-fr/album/mozart-piano-concertos-nos-1-4-pasticcio-concertos-ronald-brautigam-michael-alexander-willens/7318599920948

Il y a dans le brillant juvénile du truc quelque chose d'étrange, du au son sans doute. Bref, une vivacité qui fait qu'on se dit que ça le fait... C'est pas grand chose, mais ça le fait...

L'immense mérite des musiciens, de ceux qui JOUENT, est de rendre vivant la portion de temps qu'ils lisent... A n'importe quel moment, l'un d'entre eux ou plusieurs d'entre eux, rassemblés font quelque chose qui change le temps, du moins pour ceux qui en "profitent" (vivent) brièvement. 

 

P.S.

Bon pour comparer, tous les catalogues étant disponibles, on peut voir ce que ça donne avec  un piano normal, 

http://www.qobuz.com/fr-fr/album/mozart-the-complete-piano-concertos-daniel-barenboim/5099998461653

ou 

http://www.qobuz.com/fr-fr/album/mozart-the-piano-concertos-vladimir-ashkenazy-philharmonia-orchestra-vladimir-ashkenazy/0002894437272

On a là le son différent normal, mais avec des ambiances différentes, plus subtiles, aériennes mais aussi plus négligentes, comme trop connues, la force de la musique s'éloignant un peu, comme si un tunnel nous séparait de la vraie musique, celle, bouleversante, qui provoqua mon flash décrit plus haut. 

Même impression avec le Brendel sur piano forte, tout y est bien plus fin, attentionné: 

http://www.qobuz.com/fr-fr/album/mozart-complete-edition-box-4-the-piano-concertos-alfred-brendel-ingrid-haebler-imogen-cooper-katia-labeque-marielle-labeque-ton-koopman-capella-academica-wien-the-amsterdam-baroque-orchestra-academy-of-st-martin-in-the-fields-semyon-bychkov-eduard-melkus-sir-neville-marriner/0002894648002

Serais je infecté de passéisme ? 

12/12/2016

Les libertés

Il y a dans la liberté quelque chose qui ressort de la psychologie, mais pas que. Car elle est à la fois possibilité de percevoir et de ressentir, et aussi reconnaissance publique de la possibilité de cela, chez soi et les autres. 

Allons au but,  il s'agit de morale et de la capacité, du droit, de la légitimité de se refuser à soi ce qu'on autorise aux autres. Une variante du principe libéral en communication électronique et qui consiste à être flexible dans ce que l'on accepte et exigeant dans ce que l'on envoie (le fameux principe de Postel, un fondateur de l'internet). Ce principe s'applique en de multiples occasions et en particulier dans l'élaboration des points de vues dans les choix sociétaux. Il peut s'appliquer à soi ou aux autres, l'exigence de la tolérance pouvant être retournée. 

Puisque nous en sommes à la campagne présidentielle champ clos où va se régler bien des comptes, et bien cela s'applique à l'avortement et à la filiation paritaire, et se trouve arbitre de conflits qui vont servir à la décision finale. 

L'avortement comme droit "fondamental" se veut expression de l'autonomie du possesseur du corps qui abrite la gestation, donc de LA femme. Naturellement, nul ne peut influer sur cette décision personnelle, et tenter de le faire est un délit, un délit d'entrave que l'on doit poursuivre, depuis les manifestations organisées devant les cliniques où se pratiquent les avortements, jusqu'à l'internet que l'on doit expurger des sites conseillant de toutes les manières possibles de ne pas avorter, quitte à mentir. Sanctionner la fausse information, car elle porte atteinte indirectement à un droit fondamental fut donc édicté la semaine dernière. Cette loi infâme, qui condamne ce qui n'est PAS une violation d'un droit fondamental, EST une violation d'un droit fondamental, celui de la liberté d'expression.

Mais la décision d'exercice du droit fondamental est bien sur souvent partagée. La décision d'avorter est prise dans un contexte, et la capacité de l'accueil de l'enfant à venir est bien sur un critère, du moins dans certains cas. Le comportement du conjoint ou des proches peut participer à la décision. Un sentiment moral, autoritaire ou non, généreux ou non, peut jouer et favoriser ou influer sur la décision. Celle ci n'est donc pas univoque, uniquement dictée par un choix personnel: d'autres êtres sont à prendre en compte. Le sentiment d'un conjoint peut jouer en principe et celui ci, se refusant ce qu'il accepterait d'autres, pourrait décider par référence à des idéaux autres, (tout mélange de respect de la vie ou d'engagements moraux variés), de supporter et d'encourager la poursuite de la grossesse, bien que cela n'ait pas été prévu, ou que cela soit difficile à assumer.

Naturellement, dans un milieu poussant à garder à tout prix l'enfant, et tout en reconnaissant ce droit à vouloir à tout prix manifester des idéaux, une femme pourrait se refuser à elle même une exigence qu'elle reconnait à d'autres et pratiquer, avec ou sans l'aide de l'Etat, l'opération en question. Bien sur cet entourage peut ou non en accepter au moins le principe, quitte à devoir être déçu que ses encouragements ou son soutien n'ait pas été acceptés. 

Par conséquent, l'affirmation colérique haineuse et féministe que nul ne peut exprimer publiquement son désaccord personnel avec la pratique de l'avortement même s'il accepte que cela se pratique avec les lois et organisations publiques qui le rendent possible et inacceptable. Cela se traduit par deux choses étranges qui ressortent comme souvent d'un mélange de bêtise et de méchanceté. Bêtise car il y a incompréhension des sentiments et jugements exprimés plus haut, dont l'expression publique est la marque de la liberté de jugement comme possibilité de l'autonomie intérieure par rapport à l'environnement, méchanceté car cela sert à calomnier et à diffamer dans le cadre d'un combat politique. Le crétin est l'esclave du vicieux. 

Ce combat politique est un conflit d'ordres moraux en apparence entre le camp de la liberté et celui de l'oppression patriarcale, il est en fait entre  le camp de la liberté et celui de l'oppression communiste. J'utilise ici le mot "communiste" au sens le plus péjoratif du terme, le mot désigne à la fois le collectif uniforme et le camp politique oppresseur qui le domine et le manipule. En plus c'est bien la gauche, celle la plus proche de l'ancien communisme honni, qui s'identifie globalement à ce camp là. 

Il n'est pas le camp de la liberté en deux sens: d'abord il ignore la distinction entre le sentiment personnel et la réalité collective ou mondaine, ensuite il refuse la liberté de l'exposer publiquement. Cette unidimensionalité du monde est typique de tous les fanatismes, et se trouve précisément ce qui caractérise l'idéal dévoyé, l'incapacité de s'accorder au réel et de symboliser une maitrise possible du monde. Le refus chiite de la mort d'Hussein, la création gnostique du monde par le diable, l'accueil illimité des migrants, le remboursement de l'homéopathie par la sécurité sociale sont autant de marques de cette incapacité de faire la distinction, de penser la liberté, de rendre le monde social acceptable avec ses limitations et aussi la possibilité de ne pas y être entièrement assimilé. 

Cette marque de l'autre monde possible, au moins en principe, caractérise la liberté au sens moral, elle permet de considérer l'impossible et de ne pas se résoudre au réel tout en l'acceptant. La liberté, invention humaine, rationnelle et morale. Y a t il une instance de cette conception dans la philosophie morale traditionnelle ? 

Appliquons ce beau principe à la filiation paritaire. On l'appliquera bien sur au mariage entre personnes de même sexe, la liberté de ne pas le pratiquer tenant plus de l'acceptation de son hétérosexualité qu'autre chose, même si cette liberté pourrait s'appliquer à ceux qui seraient pressés de conclure des mariages blancs avec des migrants, on a bien le droit de rigoler. 

Non, nous considérons ici les droits de l'enfant avant que celui ci en dispose vraiment: on voudrait ainsi barrer à certains d'entre eux une filiation paritaire et les considérer de par la loi complètement, de manière plénière, enfants de personnes de même sexe. La chose est débattable mais le point intéressant est ici que l'on exigera que le principe de Postel s'applique. En effet, imposer à une opinion en retrait dans son autonomie morale que les lois communes puissent violer ce qu'ils considèrent important est un déni et une violence, mais pas seulement: par respect pour les enfants soumis pendant leur minorité aux lois de tous et aussi pour ceux qui refusent au nom de leur autonomie que les lois de tous s'appliquent de la sorte, c'est à dire envers de futures personnes protégées par les lois qu'ils décident, il faut suspendre la filiation non paritaire. 

Ce raisonnement se trouve donc être une sorte de principe de précaution moral. Y a t-il dans la littérature un autre exemple d'un tel raisonnement ? 

La dénonciation comme homophobe de cette volonté est bien sur décrite par l'alliance de bêtise et de méchanceté dont je parlais plus haut. 

Equipé de cette belle philosophie nous voila donc armé pour aller au combat. Bien sur, qualifier de bête et méchant et d'ennemi les concurrents adversaires à une élection qu'il faut bien accepter de perdre si l'on veut que les autres y participent, est impropre, mais c'est un argument de campagne, on voulait dire bien sur: ne soyez ni bêtes ni méchants. 

 

10/12/2016

Les justices

Les faits divers sont constitués aussi bien des évènements violents qui sont relatés peu de temps après leur arrivée, que des jugements prononcés par la justice à leur sujet bien des années après. Une fois l'émotion retombée, on peut en effet juger tranquillement des choses et prononcer à leur égard des jugements, prononcer des peines et commencer à les faire appliquer ou pas. On peut aussi se satisfaire des jugements et juger de leur pertinence ou pas.

Un critère pour cela, consiste, mais ce n'est pas ce que fait la justice, à comparer des situations sans points communs autre que les peines prononcées ou les mesures judiciaires prises. Il apparait que la fameuse balance, icône, symbole ou allégorie, se trouve, du moins à mon humble avis, un peu "déséquilibrée".  

3 affaires récentes, d'abord le buraliste du Tarn, condamné en appel à dix ans de prison ferme, trois de plus pour prix de son appel, on ne dérange pas les juges pour rien. Intention de tuer, et absence de légitime défense, il n'y a pas coupé. En pleurs, il demande pardon à la mère de sa victime, un enfant innocent de 17 ans qui avait scié les barreaux d'une fenêtre, déclenchant la panique meurtrière, l'ignoble assassin veillant fusil à la main l'arrivée nocturne des cambrioleurs. 

On évoquera la fameuse Catherine Sauvage, dont on refusa aussi la légitime défense. Elle tua son mari dans le dos, en tirant à deux reprises peu après 47 ans de sévices, qui plus est avec son propre fusil, elle était chasseuse. Dix ans de prison, qui suscitèrent un émoi considérable: grâce présidentielle et libération immédiate furent exigées, des centaines de femmes révoltées hurlèrent au féminicide. 

On évoquera pour finir Jawad Bendaoud, "chef de rue", (la rue  Corbillon, à Saint Denis), qui en 2006 tua à coup de hachoir un homme de 16 ans qui s'interposait pour un vol de téléphone portable. Condamné à 8 ans de prison, il fut libéré "pour bonne conduite" en 2013, le temps de reprendre sa rue, et de se voir condamné 13 fois pour diverses violences en réunion ou non. Pour finir par loger les terroristes de Novembre 2015, puis de se révolter pour des conditions de vie trop dures en prison, la requalification de sa culpabilité en recel de malfaiteur pouvant lui valoir une libération immédiate. Dura lex sed lex. 

Les raisons de ses comportements et de ces pathologies (je ne parle ici que ceux des juges en charge de se prononcer au nom des lois) sont complexes et peuvent s'apprécier. Deux critères fondamentaux président aux appréciations qu'il portent sur les faits qu'on leur soumet: l'intention de commettre l'acte répréhensible  et la capacité d'être à la hauteur de la sanction. Ces deux critères de jugement, peut être même essence du jugement sont les caractères essentiels qui doivent présider, c'est leur métier, à l'élaboration de leur jugement public, et exécutoire.

A priori, le jugement ne parle pas des réduction de peine, décidées indépendamment, (les moitiés des durées sont exécutées en fait ), sans doute n'en tient il pas compte (quoique la grille des réduction de peine, un jour de moins par semaine etc etc soit connue). Cela sert pourtant à consoler le prévenu, parfois abasourdi par le jugement que ce soit dans un sens ou dans l'autre. 

Prenons le cas du buraliste du Tarn. Habitant en zone dangereuse, pleinement conscient de son acte horrible, accessible à la sanction, les cinq ans (réels) de prison qu'il va faire sont indispensables à la société, du moins à ses lois. Ils seront les mêmes que celui que fit le caid de la rue Corbillon, à qui il pourra penser avec joie, rien ne l'empêchera (le buraliste) de recommencer à maintenir son emprise sur son village, une fois libéré.

On pourrait penser à réformer la justice au delà de ce que pourra faire Fillon (se décider à condamner à trente ans les retours de Syrie, construire des places de prison). On pourrait penser à interrompre enfin les frais de "déradicalisation", à rebours de beaucoup de jugements. On peut rêver. 

D'abord cette notion d'intention semble étrange, et la notion de légitime défense tout autant. Elle est d'ailleurs en discussion, et l'auto défense, prônée par des groupes d'assassins veillissants, sans doute racistes et donc responsables directs et uniques de la dangereuse dérive haineuse dont la recrudescence agite les villes et les campagnes, doit être combattue.

Certes, mais être à la hauteur de la peine ? Le comportement "c'est pas moi" de Jawad Bendaoud, assez reconnaissable en fait pour avoir donné lieu à des milliers de détournement audio visuels sur les réseaux sociaux, semble fonctionner: il n'est pas à la hauteur de la peine, et sa libération s'impose: il ne la comprends pas, puisqu'il la refuse. Un jugement similaire devra être fait de Nicolas Sarkozy: inaccessible à la sanction, sa personne doit être soustraite à ce qui ne conduira pas à son édification.

Le buraliste du Tarn, lui est accessible à la sanction. Ses pleurs lors de la condamnation le montrent: sans doute le juge se trouva alors trop indulgent, il se mordit les lèvres. S'il avait condamné le méchant raciste au double, celui ci se serait peut être chié dessus, ce qui aurait fait davantage avancer la société.  

Il y a bien sur la notion de "dangerosité". Un caïd est il dangereux ? Non, pas la plupart du temps, la menace de l'acte barbare suffit, un de temps en temps suffisant à rendre possible l'indicible violence et donc l'absolue obéissance, c'est le principe. A mille lieux de ce qui motiva sans doute le principe de la réduction des peines appliquée en droit à ce type d'individu, cela serait raciste que d'évoquer une culture ultra marine entière dans des affaires d'incivilité.

Puisque la justice ne peut changer, on ne peut truquer les balances, même les déréglées, il faut donc changer les coupables. Du moins ceux qui sont manifestement trop mal traités. 

On ne pourra donc qu'adresser un conseil simple aux prévenus d'actes de légitime défense. D'abord nier. La négation du fait, quel qu'en soit l'évidence, ne pourra qu'ébranler le juge: comment accorder ne serait ce qu'un microgramme d'intention à un acte nié avec force: cet homme est fou, ou inaccessible à la réalité. Fou donc excusable, ou bien inaccessible à la sanction, donc libérable.

Ensuite accentuer la sauvagerie de l'acte, de manière à le rendre similaire à un acte divin, symbolique ou surtout, surtout "social". L'acte doit être du à autre chose que de l'intention, il doit être obligatoire, causé par une nécessité qui ne tient pas à l'individu. Il doit être religieux par exemple. La sanction sera alors une déradicalisation, des soins psychologiques, des sermons à écouter. Mais pas la prison, naturellement.

Les critères de la sauvagerie pourront être sexuels si possible, cela émoustille tout le monde, depuis le lecteur de journaux jusqu'aux jurés. Vous imaginez Catherine Sauvage manger les testicules de son tortionnaire de mari? Elle aurait sa statue en art contemporain au coin de bien des rues! Le buraliste du Tarn aurait du déshabiller sa victime et prétendre l'avoir abattu alors que celui ci se masturbait avec des cigares, pour mieux aiguiller l'enquête sur le fait que c'était lui en fait qui avait cette obsession: il aurait alors été libéré, puis médaillé pour homophobiephobie. 

J'arrête là mon délire, ne sachant comment équilibrer mes jugements, l'absurde de la vie sujette aux lois étant le sentiment que l'on éprouve quand mal symbolisée, sa castration refoule et que l'on se prend à souhaiter la violence comme exutoire. A moins qu'on ne la redoute, au contraire, car on prête aux braves gens innocents et pacifiques des pulsions cachées: les sujets au bon sens pourraient se voir contraint d'aller à ces extrêmes là quand toutes les issues auront été bouchées. C'est pour ces raisons là que les malheurs du monde s'accroissent quand des mauvais jugements sont prononcés. Les attendus de justice m'excitent. 

 

P.S. Je ne dispose, pour élaborer mes jugements tordus (...) que d'information publique. 

http://www.leparisien.fr/bobigny-93000/huit-ans-de-prison-pour-le-meurtrier-de-david-06-11-2008-301100.php

L'état de fureur dans lequel ce type d'article laisse certains de ses lecteurs se doit d'être apprécié...  

03/12/2016

Les visions du monde

Maintenant que l'horizon se dégage brièvement, laissant au débat quelques mois avant de nouvelles hystéries, du moins en France, car en Italie et en Autriche c'est Dimanche, considérons les points de vues sur l'état du monde et donc sur la fameuse mondialisation, obsession de tout le monde et responsable cachée de toutes les décisions, tous les complots et toutes les misères. 

On a en gros trois points de vue, correspondant aux trois attitudes classiques en économie. D'abord le souverainisme étroit, voulant la fermeture des frontières, la subvention aux boulangeries et en fait la réparation du sort injuste réservé aux perdants de la spécialisation économique décrite par Ricardo et due au libre échange généralisé. Les délocalisations, voilà l'ennemi, ce phénomène absurde et absolu, ruine les peuples. Cet amour pour le peuple qualifie souvent de "populiste" le tenant de cette position.

En face, il y a le libéralisme pur et dur, mondialisé et fou de prospérité, il va jusqu'à la suppression des peuples et le brassage par les migrations de tous ceux cis. Confiant dans les équilibres finaux, il ne se protège de rien et ne se refuse rien, depuis un revenu minimal accordé à tout plongeur arrivant à traverser les mers, jusqu'à la fabrication de la totalité de ses biens en morceaux de taille égales qui font trois fois le tour du monde pendant son montage avant d'être vendus dans le monde entier. Hors sol, vivant invisible et ne payant pas d'impôts, il assure à ses capitalistes des rendements insensés. Allié de la paix et des accords internationaux, il vivrait (cela n'est pas si sur en fait) de la globalisation totale et de l'unification du monde. 

Une fraction de la gauche a les pieds dans les deux camps, et tout en reconnaissant l'inéluctabilité de la position libérale, souhaite appliquer au monde ce qui a si bien marché à l'intérieur des nations: les impôts et la morale. Oeuvrant dans les organismes internationaux, justement, elle souhaite participer à l'extension de la mondialisation en encourageant à l'effacement des barrières qui la limite encore, tout en tentant d'obtenir en échange des petites compensations, permettant de limiter, ou de tenter de limiter les casses ici ou là, d'arracher des impôts ici ou là. Assis sur un opposition explicite au capitalisme en tant que tel, il ne supporte, en échange d'une vision globalisée de celui ci, qu'on ne massacre que la moitié des peuples qui lui sont soumis, il faut bien faire des compromis, on n'a rien sans rien. 

On reconnaitra ici ma grille de lecture distinguant les deux libéralismes, celui des nations et celui de l'économie globale. 

Je me dois donc ainsi de mettre en avant maintenant la quatrième conception, la mienne, à la fois populiste et libérale, et qui consiste à oeuvrer pour le libéralisme tant que celui ci est conforme non pas aux intérêts des nations en général mais à la mienne, les autres ne méritant de vivre qu'a condition de participer à ma puissance dans le cadre d'alliances bien comprises. Pas si éloignée du libéralisme absolu, cette conception a pour mérite de se soustraire à l'idéologie, c'est à dire à l'obligation de respecter les règles unidimensionnelles d'un domaine du discours. Le libéralisme économique n'est qu'une convention, pas une loi physique à respecter: on peut décider et donc pousser son avantage, la négociation entre puissances, évidemment cynique, devant permettre la revendication de son intérêt, il n'y a pas de morale mondialisée qui s'impose à tous et nul ne peut vouloir son propre malheur.

De plus, le libéralisme des nations, que je revendique, consiste bien à accepter que les nations se défendent, au nom de ce qui régule toutes les interactions libres: les buts et valeurs (et non pas l'utilité) des acteurs du monde. Ce que je revendique ici, c'est l'existence des acteurs que sont les nations, acteurs que le libéralisme idéologique qu'il soit libéral ou social, rejette au nom d'une conception dévoyée de l'humanité. Le capitalisme, même mondialisé, ne peut s'affirmer que dans les cadres des nations et employé à leur bonheur. C'est aux nations que de l'imposer et de le permettre. Ceci a naturellement un cout et qui est le développement de la puissance, c'est à dire de la nécessité de l'effort, de la grandeur et de la lucidité. 

Ce cout passe par l'acceptation du monde sous la forme de celle de ce qui est commun à tous les hommes et qui est l'inégalité des conditions à un instant donné. Car même si rien n'est inéluctable et que l'égalité symbolique des êtres est absolue, rien n'impose ou sinon dans des limites à déterminer, l'égalité de leur sort qui n'est pas due. Les individus libres le sont parce qu'ils peuvent vouloir être pauvres. Pire que cela: soumettre la conduite de la société au principe de la réduction des inégalités est une folie ruineuse et débile, et qui conduit au désastre de la pauvreté générale. Le bonheur des  hommes n'est qu'individuel est il faut d'abord assurer, avec des équilibres à discuter, la prospérité générale, celle de la nation. 

La voilà donc mon idéologie. Elle se présente comme un but de régulation de l'action, n'est pas donnée d'avance, peut échouer mais constitue le contraire de la soumission à des mécanismes implacables ou à des idéologies de la misère ou de l'égalitarisme.

Elle a d'autre part le mérite d'être soutenue par le niveau réel et incontournable de manifestation de la volonté de l'acteur national: l'élection démocratique, issue de l'histoire du monde occidental et possibilité à saisir (ou pas) d'expression puissante de cette volonté. Notons bien que c'est la seule. L'individu isolé, repoussoir fantomatique de l'aporie libérale, conduit à migrer ou à subir les migrations ou pire son contraire, la délocalisation de son salaire ne peut conduire, ou alors à la marge (en devenant lui même capitaliste ou entrepreneur, ce qui doit toujours rester possible), le capitalisme global... Seule les nations organisées, dotées d'un marché régulé par des lois et des consommateurs critiques peut soutenir son développement, qui ne peut, encore une fois n'exister que créé, soutenu et assis sur (...) les nations. Le peuple par ses lois peut donc décider. 

Le problème est qu'il peut décider de plusieurs choses, et d'abord du niveau d'activité capitaliste, justement, sur son sol. Il lui suffit pour cela de décider du niveau des impôts, déficits, et autre principes d'organisation de la vie édictés dans sa zone géographique. Il le fait en demandant de temps à autre lors d'élections et de référendums l'application de programmes politiques variés soumis par des équipes candidates.

Il peut le faire en désordre, en se soumettant aux points de vue décrits plus haut, en y ajoutant le degré de ressentiment, de volonté de mépris ou de vengeance qu'il souhaite manifester par dessus tout. Il peut se plonger dans la misère populiste souffrante, exprimant la vilenie éternelle d'un monde injuste soumis au diable. Il peut se chier dessus et nommer des démagogues, il peut accentuer son malheur en exigeant au nom de la morale des lois absurdes. Bref, tout est possible. 

Mais il peut aussi avoir de la chance et majoritairement s'entraîner par contagion a accepter une bonne organisation, celle qui patiente mais dans un temps limité produit un mieux par des paris sur l'optimalité de certains entrainements sociaux. Plus prospère et plus confiante en elle, une société peut alors progresser et donc mécaniquement s'occuper mieux des plus désespérés, qui lucides et apportant leur soutien, réduisant les risques que détachés de leur nation, des composantes entières de celle ci ne partent à la dérive.

A ce point pourrait s'exprimer une conception du monde en quelque sorte à cheval entre libéralisme des nations et libéralisme des individus: celui entre les classes sociales et culturelles, à l'intérieur des nations. Peut on voir une main invisible contrôler les composantes politiques de la nation, régulant leurs intérêts conflictuels ? Je ne le crois pas, ces groupes d'individus au même comportement ne sont que des aggrégats issus des interactions individuelles et les classes sociales s'opposent bien à la nation, considérer leur existence n'aboutissant qu'au fétichisme du prolétariat et Staline a tort. Non, il y a bien de la Nation et donc le sentiment d'être issu des classes qui forment la nation et la considération d'y retourner si ça se passe mal, l'essentiel étant préservé. Il n'y a pas d'"être riche", alors qu'il y a un être national et historique. 

C'est pour cela que les dérives démagogues et les folies fascistes sont NOTRE problème et ne peuvent être considérées comme des forces extérieures à combattre, mais comme des concitoyens à convaincre et à nourrir physiquement et spirituellement. Oui, ll faut respecter la xénophobie de ceux qui se  refusent à avoir des voisins noirs ou trop bruyants, oui, il faut respecter l'hypocondriaque smicard qui exige que son mal de tête soit soigné sans que cela ne le ruine. Ces gens sont le peuple, ceux qui participent à l'élection que l'on accepte de perdre. 

Il y a dimanche en Italie un choix qui va être fait. Que des ensemble nationaux de cette importance (la troisième économie de la zone Euro, tout de même) se livrent à de tels paris foldingues au nom de la liberté pour maintenir le principe même du choix libre du peuple montre l'importance de ce principe, et peut être son aspect dérisoire. Mais le résultat du pari, si il est gagné sera l'occasion d'une joie intense pour bien des gens en Europe. L'Italie a l'occasion de se grandir. C'est un allié et sa prospérité nous profite, je la souhaite donc. Le désastre de la mauvaise conduite de son peuple, alors qu'elle a tout de même pu produire un dirigeant courageux (quoiqu'un peu vicieux, et un peu suicidaire), serait cependant un signe pour le nôtre et un encouragement à se mieux conduire. Mais rien n'est écrit.  

 

P.S. Ricardo Muti à Milan fit chanter les spectateurs pour protester contre Berlusconi: 

https://www.youtube.com/watch?v=the9_fs1Za0

Nabuco fut utilisé pour protester contre l'Autriche, il y a un siècle, faut il protester contre l'Europe aujourd'hui ? Faut il tirer prétexte de son mal être européen ou autre, pour ne pas vouloir se réformer comme il faut ? La grandeur des peuples consiste à en décider. Viva Italia ! 

P.S. 2 En parlant d'Autriche, le pays de Sissi et d'Hitler va donc choisir son président Dimanche entre un vieil écolo sympa et un facho. Ses frontières enfin fermées, le peuple va peut être exprimer le souhait d'avoir à éviter d'exterminer encore une fois l'un de ses ennemis héréditaires, ou pas. 

P.S.3  Les peuples ont choisi: l'écolo en Autriche et No en Italie. Le contraire de mes prévisions. Comme quoi...  

29/11/2016

Les économies

On se contentera de quelques chiffres pour soutenir une argumentation subtile, presque impossible à saisir, tant sa complexité et surtout son évanescence épithéliale est arachnéenne. 

Les dépenses publiques, au coeur des politiques à mettre en oeuvre ont deux aspects, les sociales et les étatiques, et se matérialisent en pourcentage du PIB, c'est à dire de la richesse annuelle produite.

La France est en tête de peloton dans l'ensemble des pays industrialisés : 57/32 (57% de dépenses publiques, 32 de sociales). La Finlande c'est 58/31.

Il faut bien comprendre qu'aux US, on a 38/19, champion du monde avec la Pologne, 38/20

Donc deux extrêmes entre 60/30 et 40/20.

L'Allemagne: 44/26 et L'Angleterre, 43/21 sont  au milieu, mais plutôt (tu parles) dans la fourchette basse.

L'Espagne 45/27 et l'Italie 50/29 sont la fourchette haute. 

L'endettement de la France, à 100% du PIB, est en croissance continue, et se trouve employé au paiement des dépenses courantes non financées de la fonction publique et bien sur des "assurances" sociales. Une réduction de ces dépenses est souhaitable, avec une ampleur à déterminer. 

Fillon, le célèbre écorcheur de bébé, le tueur de femmes enceintes, le dracula de la mayenne, veut aller à 50/30 en cinq ans. Le défi est immense, et la difficulté de la tache gigantesque, toute la société française va devoir s'opposer à cette destruction de l'état et de l'assistance sociale, nous renvoyant au moyen âge, à Vichy, et à Auschwitz.

Il y a donc deux absurdités insupportables qui vont nous être présentés dans cette campagne qui commence: d'une part que la situation française est acceptable et possible et qu'il n'y a pas lieu de la changer, d'autre part que l'objectif visé est insupportable, indigne de la civilisation et impossible à atteindre.

Je conchie et méprise les salauds et les cons qui vont se prêter à cette mascarade et les prévient: nous gagnerons et la France sera sauvée. Nous trainerons les cadavres mutilés de leur famille derrière nos chars et nous donnerons à nos porcs leurs coeurs, arrachés palpitants. Mort aux cons ! 

 

 

11/11/2016

Les lignes de fracture

Une ligne de fracture traverse tout l'occident, de la Russie aux US en passant par l'Europe. On peut la suivre aussi au moyen orient, mais sous une autre forme, cette fois incarnée et au combien, le sang en coule. 

Il s'agit une montagne, ou plutôt d'une cicatrice: au sommet de la ligne, un fossé infranchissable qui fait que même après avoir escaladé la fronce, on ne peut sauter le ravin et passer de l'autre coté. 

Car il y a deux camps dans le monde, celui du bien et celui du vrai, et ceux-ci n'ont plus rien à voir. Du coté du bien, toute la satisfaction du monde récemment moderne, qui persuadé de la fin des vieux clivages, veut se consacrer à la négation du mal, de l'égoïsme et de la pauvreté. De l'autre, l'humanité normale, que dis je celle qui émergea un peu moins récemment et qui inventa ce qu'on appelle encore l'occident, situé aujourd'hui à l'ouest mais d'abord une idée, c'est à dire une invention et donc parfaitement transmissible et aussi destructible. 

On va faire court: l'indistinct mélangeait tout dans le religieux initial, seul lieu de l'expression non guerrière et non agricole. On y trouvait le beau, le bien et le vrai, tous confondus dans l'adoration. L'antiquité grecque tenta la première sortie de la barbarie en extrayant le beau d'abord, puis le vrai; le bien, oublié, n'étant qu'une loi d'arrangement, une variante du vrai, le monde étant tout cela à la fois, et les hommes soumis aux dieux, leurs simple utilisateurs conscients, mais désespérés par leur cruauté. Le premier monothéisme inventa le bien, sous la forme d'une loi morale qui scellait une improbable et profondément innovante alliance avec un divin qui se trouvait contraint, pour la première fois. Mieux, lié par sa férocité à quelque chose de différent de son plaisir, le divin se trouvait en quelque sorte dépendant de ces hommes là. Le début de la fin.

Localisés par les hasards de l'histoire sur la toujours disputée terre de palestine, les mondes grecs et juifs entrèrent en fusion, et après quelques siècles d'entre embrassades, un prophète d'un autre type innova en sortant du néant quelque chose de prodigieux, et qui est l'articulation hors du religieux des trois principes, fondant ainsi une civilisation autour de la dynamique entrelacée de 3 concepts indépendants associés librement pour détruire le religieux, privé alors de son unique raison d'être. 

Naturellement la force de cette idée ne s'exprima pas tout de suite, et il fallut bien de l'histoire pour que le pot aux roses soit découvert, pour que l'hyper principe de liberté se manifeste et pour que Dieu finalement meure. Simultanément et comme un prix à payer, on tua le beau aussi, enfin on essaya et on y réussit presque, bien que le souvenir en demeure et que donc on puisse le recommencer un jour. Au même moment, la fin du religieux tenta aussi de détruire le vrai, sous la forme de variantes absurdes des sciences de l'histoire et des peuples que les deux plus grandes tyrannies de l'histoire tentèrent d'imposer avec des crimes inouïs. 

Récupéré du néant par des sciences juives qui elles surent utiliser la fission atomique à leur(notre) avantage, le vrai triompha avec un essor des sciences qui dépassa tout ce qu'on pouvait imaginer. Au point de renverser l'équilibre qui le fait lui aussi composite: il noya le sens commun au point qu'on voulut lui substituer le bien, le juste, comme garantie, soit disant, de l'évitement de la violence qui venait de se terminer, brutalement (c'est le moins que ce qu'on pouvait dire). En fait, les plus extrêmes violences continuèrent, à l'Est, et finirent par un rideau de fer qui s'abattit pour quarante années. Piloté par les tenants du bien et de leurs amis, soutiens et idiots utiles. Ils subvertirent toutes les philosophies, toutes les intelligences, toutes les morales et cela aussi à l'Ouest. Ils échouèrent comme nations, comme autorités, comme partis mais l'écume, l'odeur, que dis je la puanteur, la terrible puanteur de ces idéaux là resta imprégnée dans leur chair: celle de ce qui fut la gauche, des PSA aux PSU en passant par les PS et tout, tout ce qui se réclama, se réclame et se réclamera de cela jusqu'à la fin des temps. Qu'ils soient maudits et à jamais promis à l'enfer tous ces gens, tous ces "idéaux", tous ces socialismes. 

Que trouve-t-on chez ces gens? D'abord l'esclavage: la pensée des lumières, c'est à dire la force organisatrice de la liberté, hors de toute centralité divine ou étatique leur est inconnue. Ils la nient absolument et ne veulent qu'une tyrannie de fonctionnaires au service d'un parti, le parti du bien. Celui ci justifie ses pouvoirs, ses crimes et ses corruptions insensées au nom de la justice, de la paix et de la vertu qu'il ne possède que du fait de son adhésion proclamée à l'infecte divinité du nom de socialisme à qui l'on sacrifie le destin du peuple, c'est à dire sa prospérité, et sa liberté.

Pourtant à  jamais déconsidéré par les pires crimes, cette conception du monde sert pourtant de spiritualité à la moitié du monde occidental, mieux, elle se sent tellement sure qu'elle entreprend de ruiner la famille, de supprimer les nations, de mélanger les peuples de force. Sans assumer une tyrannie, elle se propose au contraire de tout subvertir, qui plus est au profit d'une nouvelle caste de super riches, des joueurs de football et des émirs qui reconvertissent leurs salaires et autres pétrodollars avant l'extinction de leur gisements. Cela sous les yeux gourmand d'un tiers monde asiate menaçant qui s'apprête à déferler. Ce qui déferle aussi ce sont les bons sentiments, les appels à toutes les spoliations au nom de la solidarité, à toutes les corruptions au nom de la défense des intérêts des fonctionnaires. Et tout cela se voit, et cela s'abomine.

 
La voilà la fracture au sommet du clivage:  une haine atroce et inextinguible, une volonté maintenant affirmée et que les coups de marteau contre un mur ne suffirent pas à apaiser: nous voulons le coeur arraché de la gauche rouler à bas de la pyramide et les cadavres pantelants des hétaïres paritarisées violées rouler dans les égouts de nos déjections ! Ahhrghhh ! 

Voici donc où en est le mâle blanc hétérosexuel: un brin furieux. 

En particulier contre certaines analyses de la victoire de Trump. Ainsi la quasi totalité d'entre elles évoquent la question sociale. 

D'un coté, la gauche éberluée, qui passa deux ans à traiter de raciste et de misogyne un milliardaire distingué qui dénonce à raison une cynique qui fut accusée de racisme en 2008 par un Obama en campagne et qui défendit son violeur de mari à coup de milliers de dollars pour acheter le silence des victimes. Le coup des propos "obscènes" vieux de dix ans révélés un mois avant l'élection fut particulièrement bien joué: absurde et convaincant les crétins, il ne marcha pas, au point qu'on puisse dire après coup: "well done Hillary, but not strong enough".

Des représentants distingués de l'élite intellectuelle, gagnants de la mondialisation, ne supportent tout simplement plus la vieille blonde hypocrite, et ce physiquement, au point de fantasmer presque ouvertement sa mort violente, ont voté Trump avec enthousiasme, tant il représente la fraicheur, la spontanéité et surtout, la sincérité, pour ne pas dire l'humanité, la seule que l'on respecte. On en est là. Cela n'a rien à avoir avec un vote de perdants déclassés au chômage dans la forêt qui réclameraient une sécurité sociale. Celle ci, dont le site buggé à mort ne fait qu'exiger des sommes supérieures à celles des assurances privées antérieures sera abolie par le vainqueur de l'élection. Un comble. Point de petits blancs en quête de prébendes là dedans: bien au contraire, la haine de la corruption a prévalu et le socialisme est une corruption, c'est comme cela que le peuple américain l'a toujours perçu. 

De l'autre coté, une droite centriste dont le discours, en gros similaire au précédent, est davantage inquiet, car plus près du manche, n'a pas pris la mesure de la situation et veut se la faire avec une autre tactique. Il s'agirait, non pas de lutter contre le racisme agressivement, mais de "rassembler" pour apaiser les furieux, les câliner et les rendre heureux. On met en avant de bons arabes gentils (le foutage de gueule mielleux de frères musulmans patenté n'est pas détecté) et on prédit l'union nationale de tous avec tous en la conduisant depuis Bordeaux, là où ça marche. On soignera le problème social avec une réduction des réformes indispensables, la maitrise de la goutte d'eau à ajouter étant millimétrique. Tout pour plaire: inefficacité, angélisme, exactement ce qu'il faut pour que ça pète à la fin. 

Pourtant la chose est évidente: malgré la boue médiatique et l'obscurité qu'elle induit dans les esprits vérolés par les paroles publiques hypocrites et dénuées de sens, l'électeur peut toujours faire ce qu'il veut et choisir non pas le pire, mais ce qu'il reconnait comme lui convenant et l'offre, encore libre, permet de faire émerger des choix qui peuvent convenir. C'est ce qui c'est passé avec Trump: un personnage à peine politisé, il n'est pas issu des républicains traditionnels d'Amérique, a émergé, il a plu, il a vaincu. 

Le vote pour lui n'est pas social. Il n'est pas non plus "raciste": bien que principalement orienté contre les peuples allogènes perçus comme envahissants, ce sentiment, contrairement à ce que croit la gauche, est naturel estimable, justifiable et respectable, il est celui de tous les peuples qui veulent maintenir leur intégrité. 

Ignorer ou détester ce sentiment est un crime. Que ce soit au nom de son propre intérêt (ah quelle est belle la générosité du maghrébin en voie d'inclusion pour les nouveaux arrivants sans papiers venus du moyen orient), ou bien de la stupide bêtise du petit blanc manipulé qui a renoncé par négligence culturelle à son histoire, ou pire, par culpabilité historique à sa fierté culturelle. Sans parler de l'infecte démagogie du chef de parti qui pour gonfler les chiffres du peuple qu'il veut défendre, a besoin de pauvres, qu'il doit importer (à grand frais) du tiers monde.

Quand est il des autres acteurs ? Nous avons bien sur le parti raciste historique, en fait faire valoir du premier sentiment et qui croit dur comme fer à la théorie nationale socialiste, comme il se doit. Il croit qu'il est en position de ramasser les billes, il n'est pas un parti en fait, juste un exutoire qui ne sera qu'un fauteur de désordre. Bien pire est possible, il n'y a qu'à voir ce que sa stratégie de dédiabolisation suscite comme mépris chez les vrais poilus, je pourrais en être et mon imagination est sans limites. 

Nous avons aussi le petit corrompu de droite qui croit avoir du bon sens: on nous sort les gaulois, puis on s'excuse en y incluant les martiniquais susceptibles, bref, un mélange hongrois qui sent la soupe. En parlant de soupe la double ration de frites pour remplacer le jambon vaut son pesant de "c'est ça la république" répété trois fois.

On croirait du Trump ! En est ce ? A priori oui, mais il y manque quelque chose: la dénonciation de la vieille corruption politicienne, ancienne et connue, celle des moeurs, celle de l'argent des conférences présidentielles (Clinton y fit fortune). Comment cette dénonciation pourrait elle être utiliser pour séduire ? Elle serait suicidaire...

Ami des tapies, balkanys, et autres héros de la pureté raciale et financière, Sarkozy est évidemment un Clinton et sa tiédeur à faire suer le fonctionnaire et l'ouvrier aux 35 heures en est le témoin: un mou démagogique, qui voudrait, c'est une honte, baisser les impôts des pauvres au lieu de les mettre au boulot. Un communiste. 

Trump est donc incarné en France dans la personne de François Fillon! (Vous l'aviez pas vu venir, celle là?). Porteur de la première vraie tentative, à la Française, de rompre avec la langue de bois, il parle franchement et avec la reconnaissance de l'invasion c'est sans doute la seule chose que le peuple peut sentir et apprécier.

Cela n'est pas fait de manière vulgaire: l'homme est un bourgeois en apparence timide. Mais la franchise est entière, on ne peut lui reprocher que son silence d'homme politique qui a des règles à respecter: il accepte en principe la victoire électorale de personnages qu'il dénonce. Au moins n'en seront responsables que les électeurs. Au moins, il le dit, quoique et je le lui reproche,  sans grande clarté... 

Mieux que cela, il instaure et rend possible une manière de parler que nous avions perdu l'habitude d'entendre, au point de penser qu'elle soit devenue impossible. Au point d'identifier le politique au mensonge, à l'hypocrisie, au désespoir du pis aller. De fait, qu'il perde ou non, il aura montré qu'on peut exprimer des vérités simples sans une démagogie qui "serait" nécessaire. Que tous les gagne petits et les habiles, les humanistes et les lèches culs soient maudits: ils auront toujours tort, et nous les détestons. 

Sur l'économie, il met franchement et avec calme le peuple face à ses responsabilités: il faut bosser plus si on veut s'en sortir tous. Cela peut marcher et profiter à tous. Sur l'immigration il se contente de vouloir voter des lois qui en déciderait et puis, il y a une musique qui s'élève: on pourrait aussi les appliquer. Sur les folies islamistes, pareil: il se vante, et contre la principale organisation islamique de France, l'UOIF, de vouloir s'en prendre aux frères musulmans. Sur la politique étrangère, il fait comme Trump: il s'entend avec la Russie pour lutter contres les gens qui assassinent nos concitoyens.

Ainsi, il n'est pas un démagogue, il ne promet pas tout et son contraire, il semble mesuré, respectueux des lois. Il est pourtant le seul porteur d'une puissante réforme libérale et nationale, à la hauteur de celle de 1958 et pour le bien évident du pays, tous ceux qui ont abordé le sujet le savent et le disent. A t il la meilleure tactique ? Tel point peut il ne pas marcher ? Il essaye et propose et il est le seul sur le créneau. Plus que neuf jours. 

Alors ? Où est il, sur la fameuse ligne de crête ? Et bien il est une épée et il l'enfonce, il la tranche, il la pulvérise. 

Car le sujet sur la trinité mérite d'être complété. Le vrai est une épée, une arme, une technique. Il rompt avec les mensonges de la faiblesse, soumise à et instrument du bien laissé seul en charge des mensonges qu'on se fait à soi même. Car ce n'est pas beau que de se laisser aller au bien: la beauté reconnait l'éclat des épées et le courage, dans le domaine du bien c'est aussi celui de la vérité. Bref, la trinité fondamentale, seule capable d'exprimer les trois principes fondamentaux des attitudes humaines d'abord séparés et ensuite en dépendance, se doit d'être magnifiée. La reconnaissance de cette instabilité du spirituel s'appelle la liberté, le concept englobant qui laisse l'esprit vagabonder dans toutes ses expressions, librement et justement. 

Car il n'y a pas de haine qui tienne et la seule qui vaille, celle que l'on doit combattre, est celle de la liberté.  

Qui n'en veut ? 

(un peu abrupt,mais le sujet l'exige). 

P.S. Une très intéressante analyse à l'américaine http://www.laviedesidees.fr/Redneck-blues.html.

En gros, le "grand paradoxe" (les pauvres blancs des US, les "red necks" votent contre le social). Et bien, on a plusieurs interprétations: la pauvreté est la marque de la déchéance protestante que l'on mérite moralement, et aussi que le pauvre blanc ne pouvant que dominer le noir devient le raciste essentiel, contre la solidarité donc. Pour finir, c'est aussi l'élite blanche qui dénonce les racistes red necks depuis l'origine des US. Un grand pays, vraiment, et qui ne se réduit pas aux petites lois économico sociales des européens à peine sortis du communisme.

Vive la liberté ! 

 P.S.2 l'article prémonitoire de Michael Moore 

http://www.huffingtonpost.fr/michael-moore/cinq-raisons-pour-lesquelles-trump-va-gagner/ 

31/10/2016

Le truc de Schubert

Qu'est ce qui qualifie Franz Schubert ? Sa syphilis ? Son jeune âge ?  Son maitre, Saliéri ? 

En 1823, il compose "la belle meunière". En Mars 1827, il est porte flambeau à la mort de Beethoven, et meurt du typhus un an après à 31 ans, en Novembre 1828.

Je me voudrais critique de disque, en admirateur prosterné d'immenses compositeurs, d'immenses personnes, sans parler des héros qui osent -jouer- ces gens. 

Né et mort à Vienne, dans une ville qu'on visite à pensant à lui et à d'autres, il est porteur de souvenirs, car la musique est par essence ce qui s'attache au temps. Un lieu commun, certes mais avoir le culot de s'exprimer sentimentalement en musique alors que Beethoven est mort, c'est grandiose et il y arrive.

Naïvement, on dirait, dans un piano ultra célébré, et décrit comme ultra profond: il me semble pourtant transparent, comme naïf, comme si ses mélodies étaient "actuelles", évidentes. Ce sentiment d'évidence, de parfaite adéquation à l'esprit du temps (je parle du début du XXIème siècle), est patent. Quand on m'avait conseillé (il y a longtemps) les impromptus j'avais ri. Ah oui ! Frère Jacques... Or c'est manifeste. Ou bien alors c'est moi. 

De fait il avait atteint dès cette époque, un niveau de simplicité absolu (le niveau, pas la simplicité). C'est ça Schubert. Cela va au delà des "lieds", parfaitement émouvants par ailleurs et fondés à faire le fameux schubertianisme qu'il a vécu d'ailleurs: star du rock viennois, il fut adulé. Mais cela ne suffit pas à le caractériser...

Car il y a dans la transparence la soif d'une perfection juvénile absolue qui ne se satisfait jamais... Il arrive à nous prendre, le diable, pour des voyages qui ne sont pas les seuls, mais qui en sont. 

David Fray, Lars Vogt, Mitsuko Uchida soyez bénis et les autres, en direct car ils étaient moins cher aussi, ça a marché aussi. 

 

Il est pour finir l'auteur de l'une des choses les plus émouvantes qui soit: 

jeune fille https://www.youtube.com/watch?v=1x1Q7LO_UlU

belle basse https://www.youtube.com/watch?v=cSzQm6exrT4 

1957 https://www.youtube.com/watch?v=e-E7IicGOfQ

1941, https://www.youtube.com/watch?v=I1CJrIbJHE8

1911, très lent: https://www.youtube.com/watch?v=KftfpeISbIw

Le plus admirable éloge de l'art suprême, de ce qui est au delà de l'humain, et exprimable de toutes les manières possibles ! 

 

Juste pour parler des "impromptus". Oeuvre tardive, partiellement posthume, ils sont très expressifs, et très connus. 

Il y en a trois, en fait trois groupes de pièces D 899, D 935 et D 946.

D 935 est formé de 4 pièces. 

La première contient le fameux "ta ta ta" (ta ta ta ta)"

La deuxième est une mélodie schubertienne délicieuse.

La troisième est le fameux "Rosamunde", avec la petite mélodie, thème utilisé plusieurs fois. 

La quatrième est une très rapide et sautillante danse cristalline

 

D 947 ce sont les fameux "Klavierstücke", de 3 pièces. 

La première est la très fameuse attaque puissante, tagada tagada 

La deuxième est la douce mélodie si tendre, qui se transforme si bien. 

La troisième est primesautière et entrainante, mais devient le da tata tata cristallin ravissant super connu.

 

Une référence est le "Voyage magnifique, un disque de Mario Joao Pires".