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25/09/2016

WiederStehe doch der Sünden

Une cantate de jeunesse qui enchanta ma célébration bachique de 2013 et 2014 (on hésite entre 1713 ou 1714 pour sa première exécution à Weimar). BWV 54, un bijou incroyable, pur diamant et qui fait et fera l'admiration de tous, en tout temps. 

On passera sur l'enregistrement du premier couplet par Marcon, Guil et Angelika Kirchschlager

http://www.qobuz.com/fr-fr/album/bach-arias-various/5099708992422

24/09/2016

Allein zu dir, Herr Jesu Christ

Pourquoi est on fasciné par tel ou tel de ces moments musicaux que constituent tour à tour les éléments de ce monument musical total que constitue les cantates dans leur ensemble ?  

https://youtu.be/8lxnaw2GbS8 Pour l'exemple.

Il s'agit de BWV 33.  Une cantate incroyablement brillante et dynamique entre un choeur d'entrée et un duetto alignés en miroir. Le choeur de fin, comme d'habitude n'est là que pour arroser d'eau froide les esprits échauffés par les merveilles présentées. Au milieu un incroyable méditation voix/violon avec un pic, un ascenseur vers le ciel. 

L'ouverture est un tube. Fantaisie chorale, comme on dit. En vingt cinq secondes, tout est là, tous les étages, toute la puissance de la complexité et le choeur complètement construit entièrement à l'oeuvre, on dirait depuis toujours et les hautbois qui attaquent avec une vivacité qui vient d'ailleurs: qu'est ce qui leur prend ? 

Comme toujours/souvent le thème est doublement constitué avec une reprise de l'initial par en dessous et là blam, le choeur arrive introduit par un soprano céleste, en dessus bien sur et tout explose. L'alternance entre l'orchestre qui laboure encore et encore et le sublime mouvement choral est toute l'idée, la vivacité des hautbois soutenue par les violons qui eux aussi partent en avant étant le moteur de l'ensemble. 

Au moment ou l'orchestre conclut un peu, le choeur repart aérien et à nouveau l'orchestre tente de le calmer, avec une agitation qui se fait reprendre et cela trois fois, quatre fois. Un char céleste conduit par des dauphins ! 

Ich ruf dich an,
Je t'implore,
Zu dem ich mein Vertrauen hab.
Toi en qui je mets ma confiance.

bram. C'est tout. 

Le récitatif est celui de la culpabilité luthérienne mais sur la fin ça se met à chanter: une parole de rémission est possible, donc "freueueueueuen".

L'orchestre s'avance, les armes à la main, sans les archets.  Et hop c'est parti pizicatto de graves, le violon se met à chanter la grande mélodie. On la répète, profonde et elle est là pour durer. Double introduction. 

Puis l'alto s'avance. 

Wie furchtsam wankten meine Schritte,
Que mes pas étaient chancelants et craintifs !

Doch Jesus hört auf meine Bitte  (meine Bitte fera rire tout le monde, est ce pour ça que cela me fascine ?)
Jésus exauce pourtant ma prière

et le délicieux dialogue s'engage voix contre le violon sur le rythme des violoncelles ploum ploum ploum.

Le violon se répète dans une répétition redoublée, en fait inversée vers le haut et vers le bas comme en miroir, que dis je un diamant qui réfléchit la chose dans tous les sens. 

Mais la rhétorique se déploie: mes péchés m'accablent MAIS 

Dass er für mich genung getan.
Il a assumé mes péchés comme ceux du monde

Et puis le violon s'aligne avec la voix et l'accord au sommet de la montagne se produit. Tchac. 

Stop.

Et le violon repart impérieux, le ténor évanoui, git sur le coté, la machine non pas à coudre, mais à vapeur... On dirait le train de dumbo... 

On reprend la chanson au début, et le violon séparé entame la descente et porte la voix qui doit se calmer tout doucement. Elle ne va pas d'ailleurs jusqu'à la fin encore. Le violon se charge de terminer. 

Le récitatif d'attente est celui de la supplication de pouvoir continuer à recevoir la foi chrétienne pour obéir aux commandements, elle se traduira par "Und wird durch Liebe tätig sein",  de véritables actes d'amour.

Alors, on repart avec les hautbois en mélodie. Double introduction, comme il se doit. Et puis, le duetto ténor basse en compétition et évidemment une ultra complexe harmonie d'orchestre par derrière. L'accord ténor basse est particulier: la vérité contre la sincérité avec un brin de violence... 

Gott, der du die Liebe heißt,
Dieu, toi dont le nom est amour,
Ach, entzünde meinen Geist,
Ah, enflamme mon esprit,

Le retour de l'harmonie instrumentale tente de calmer les choses, et l'accord se construit peu à peu. 

Pour finir, la succession, ténor, basse, hautbois 1, hautbois 2 et tout qui s'enchevêtre et ça part en dissonance, "meine Ruh", dans un dérapage aérien puis le coup de basse et l'apaisement final... 

Avec la mélodie qui revient, qui revient à tous les unissons possibles. 

Triebe, Liebe ça rime. 

Et puis on conclut

Sende du mir Hülfe zu!
Envoie-moi ton secours !

Dans un unisson héhéhéhé mélangé ultra compliqué, cela s'apaise, finalement.  

Le choeur final sonne la fin du voyage... Libérateur comme toujours, il reprend la mélodie de l'entrée, mais pacifiée, comme si on s'excusait.

La fin est ambigüe: 

Hier in dieser Zeit
Sur cette terre
Und folgends in der Ewigkeit.
Et dans l'éternité.

 Et voilà, c'est tout. 

 

P.S. Je viens de me rendre compte que j'en suis à 100 notes, dans une confidentialité qui met Hautetfort à l'abri des ddos de mes fans, du moins jusqu'à présent. Vu le nombre de cantates à commenter, l'inspiration ne me manquera jamais. 

18/09/2016

Les théologies musulmanes

Désordre fait religion et réciproquement, l'islam (avec un petit "i") est un ensemble brouillon de préjugés, de malédictions, de conceptions bizarres et contradictoires. Sans dogme, sans autorité centrale, exclusivement prêché par des individus prétentieux qui se succèdent en s'anathémisant les uns les autres, il est multiple, bigarré, étrange et comme de juste consacre exclusivement la seule chose qui compte, l'unicité de quelque chose appelé Dieu qui semble correspondre à l'unicité fantasmée d'une vérité que tous se disputent.

C'est pour cela qu'on se doit parler des théologies, il y en a plein. Le terme propre est la modalité d'"Aqida" (croyance) dont on parle. Par exemple, l'aqida chiite impose de croire, en plus, en l'occultation de l'imam no 12, qui s'appelle Al mahdi, comme de juste. 

On va commencer par mentionner les 4 écoles juridiques qui sont d'accord entre elles pour être différentes, les diversités géographiques étant les premières raisons d'une omnipotence divine relative à l'endroit où on se trouve, ce qui ne lasse pas d'ailleurs de surprendre.

On avait traité cela en http://francoiscarmignola.hautetfort.com/archive/2015/11/11/les-ecoles-musulmanes-5714316.html, ces écoles là étant juridiques et non théologiques, ce sont les "madhab".

Allons donc voir les différentes théologies et la gagnante s'il n'y en a une. 

Vocabulaire

Les mots ont un sens il ne faut ni les traduire bêtement ni les porter tels des valises.

Islam signifie "soumission", musulman "celui qui se soumet", Coran (Qur an) "message donné par la parole".

Cette notion de "révélation" est très importante, car elle est nouvelle, et abroge les précédentes. 

Le tahwid "unicité", "monothéisme" désigne le dogme fondamental (et il n'y en qu'un héhé).

Le kalam "discussion", "dialectique", s'identifie parfois à la théologie, façon de traduire raisonnablement ce qu'on sait de Dieu. Mais ce terme générique désigne une manière de le faire, la théologie musulmane étant partiellement le refus, précisément de cette activité là. Il est interdit en Arabie Saoudite, tout comme la philosophie.

Le  Kharidjisme

En pointe sur la question de l'autorité, ils furent ceux qui refusèrent l'arbitrage (perdu par Ali) entre Ali et Muawiyah, ils furent les "sortants" ceux qui disent: "l'arbitrage n'appartient qu'à Dieu". Ni chiite ni sunnites. 

Il en reste les ibadites à Gardahia au Mzab et aussi des gens dans l'île de Jerba.

Le Jahmisme

C'est la déviance de Jham ibn Safwaan, ceux qui croient que le coran est un ensemble de significations. Il s'agit là de la question de la nature du Coran.

La question des attributs est là extrême: Dieu n'a ni nom, ni attributs. 

L'homme ici n'a aucune volonté, il est soumis à commettre ses actes. 

Jham fut exécuté pour ces déviances.

L'Atharisme

Fondée par Hanbal lui même, athar veut dire "texte". La partie du Hanbalisme qu'on ne peut soupçonner d'anthropomorphisme. Notons qu'un athariste peut très bien ne pas être juridiquement un Hanbalite. 

Les atharites privilégient le tafwid, méthode de lecture qui exclut l'interprétation pour se conformer au texte. Par opposition au tawil, méthode d'interprétation. 

Le Qadarisme

Hasan Al basri, dans le milieu Omeyyade, tenant de l'interprétation des successeurs de Dieu plutôt que des successeurs de l'envoyé de Dieu, et DONC d'une doctrine favorisant la prédestination. Les tenants du contraire, les qadarites furent donc persécutés... 

Les qadarites furent des précurseurs du mutazilisme.

Le Mutazilisme

Première grande école de l'islam, celle des maisons de sagesse du grand califat abbasside, celui de Al Mamun, le fils d'Haroun Al Rachid, celui qui envoya un éléphant à Charlemagne, le protecteur d'Al Khawarizmi, qui fit fouiller la pyramide de Chéops.  Il imposa ces conceptions là et mena une inquisition autoritaire contre les traditionalistes qui niaient la création du coran. Ceux ci se sont bien vengés par la suite. Al Mamun mourrut à Tarse en 835.

Ils croient les actes crées par l'homme, que le coran est crée, que les attributs de Dieu ne sont pas éternels (et donc liés à la création) et aussi qu'il faut toujours interpréter les allégories. 

Les mutazilites donnent ainsi des noms à Dieu, mais pas d'attributs. 

Mais il y a la question du bien et du mal définis par l'ordre et l'interdiction divine, question épineuse car comment savoir si c'est Dieu qui parle ? On a ici le célèbre motto: ordonner le licite et interdire l'illicite. Le bien et le mal sont indépendants de Dieu pour les mutazilites.

Une autre question est le libre arbitre et le rôle de la raison nécessaire pour se convaincre de la révélation.

Le plus grand des mutazilites fut Abel Jabbar, mort en 1025. Son fondateur fut Wasil ibn Ata, mort en 750, connu pour un défaut de prononciation qui le conduisit à produire discours qui n'utilisaient pas la lettre "r". 

Les mutazilites sont les "séparés" ceux qui ne prennent pas parti. 

L'asharisme

Pour ce qui concerne la théologie, on avait parlé de l'asharisme, école principale du sunnisme, et qui donne à l'islam sunnite son caractère fixe et relativement unifié intellectuellement et théologiquement. Néanmoins, on se doit aussi de mentionner le maturidisme, dérivé de l'asharisme mais adopté majoritairement par les hanafites (les turcs en gros).

On a donc pour les asharites, créations des actes par Dieu (et pas par l'homme, selon les mutazilites) et liberté de l'homme de les accomplir. 

On a aussi l'incréation du Coran (cela est partagé par les hanbalites), celui ci faisant partie de Dieu.

 L'asharisme fut propagé par les almohades et les ayyoubides (les kurdes d'où est venu Saladin). Al Gazhali fut bien sur un asharite.  

 

Ibn Taymiyya

Un point particulier à Hanbal: le plus fécond, celui qui règne sur ledésert Saoudien. Le plus réac aussi. De son école vint, bien plus tard, (1263-1328) mais avant Tamerlan (1336-1405) le fameux Ibn Taymiyyah, mentor du 5 ème monde, le salafisme véritable, ennemi de tout, et pourtant mystique et soufi, l'un d'entre eux donc.

Le dernier imprécateur (et oui même dans ce domaine, il arrive qu'on n'arrive pas à faire mieux), il fut ennemi de Ibn Arabi, d'Al Gazhali (faut le faire), et évidemment de tout ce qui ressemble à la philosophie, la "religion d'Aristote", Averroes occupant un rang enviable dans sa classification. Ennemi mortel des mongols qu'il assimilait aux chrétiens (c'est dire), il mourut emprisonné par les mamelouks, tant il les gonflait. Une perle. 

D'abord il était contre les asharites (la seule école théologique universelle de ce monde en morceaux). 

Quels sont les points discutés ? Toujours les mêmes et c'est cela LA théologie islamique: les positions des uns et des autres sur le statut des attributs de Dieu (en a-t-il et sont-ils différent de lui?) et sur la volonté divine (y-a-t-il une liberté possible quand Dieu veut tout et prévoit tout?). 

Les asharites, comme musulmans "modérés", récusent les attributs de Dieu (il n'y a que de l'essence), et considèrent comme mystérieuse la liberté humaine alors que  Dieu peut tout. Un point d'équilibre. Un point très important  est la notion d'anthropomorphisme, crime redouté par les asharites, et qu'on reproche aux extrémistes. 

Taymiyyah lui ne croit pas en la raison, dote Dieu de tous les attributs de la puissance infinie, et ignore, le contraire aurait surpris, la liberté de quoi que ce soit.  

 

Le Wahhabisme 

Fondé par Mohammed Abelwahhab (1703 1792), c'est une théologie d'origine Hanbalite, inspirée par Ibn Taymiyya. 

Abdelwahhab Meddeb, le charmant chroniqueur de France Culture s'en désolait mais assumait fièrement son prénom, il a disparu trop tôt (en 2014).

Les Saoud, à l'origine plutôt karidjites, embrassèrent la doctrine, d'abord pour leur malheur un seoud fut décapité par les turcs en 1818 puis plus récemment avec le succès qu'on a vu. C'est bien les wahhabites qui apostasient à tour de bras (le fameux tafkir, ou excommunication).

Al Farabi

Le joueur de luth perse, mort en 905 à Damas. Il fut le premier à considérer Aristote au point d'être le "second maitre". Il commenta la république de Platon. Il est porteur d'une angéologie faite de mondes sphériques emboités, mais n'est pas un théologien.  

Ibn Arabi

Le grand maitre, un andalou qui rencontra tout jeune Averroes et qui se lança dans le grand ésotérisme poétique de la consécration du "tawhid", le culte quasi idolâtrique (héhé) de l'unicité du divin. Il est à la base de la grande "philosophie" mystique qui recouvrit l'islam pour toujours. Après avoir vécu à Séville, il mourut en 1240 à Damas.

On peut noter une attention particulière aux multiples noms de Dieu et la présence d'une femme mystérieuse, Nizhâm, qui l'inspira. 

Un point important sur le tawhid: son contraire est le Shirk, l'associationnisme (gare à toi si tu en es).

Al Gazhali

Avant Averroes il y eut le grand soufi (mort en 1111), partisan exclusif de la révélation, critique de l'aristotélisme d'Avicenne, et auteur d'une réfutation de la philosophie (tahafut al falasifa) (déjà) qu'Averroes eut le tort (d'après certain) de réfuter (tahafut al tahafut)... Malgré Averroes il fut l'auteur de l'inexorable interdiction et rejet de la philosophie en Islam. 

Averroes

Il n'est pas un théologien, mais mérite le détour, il n'est que le "dernier" philosophe, voir 

 

Les hadiths

Il n'y a pas que le Coran (dans la vie). Il y a aussi les "hadiths", communications privées du prophète, rapportées, classifiées et authentifiée par tout un système de traditions variées. Responsables, par leur diversité et leurs origines variées de tout le désordre intellectuel islamique ils sont immensément nombreux. 

Ils ne sont PAS divins, mais vrais car reliés au prophète ou à ses compagnons. Avec le coran, ils forment la Sunna.

Ils sont caractérisés par leur chaine de transmission qui les relient à leur origine depuis ceux qui les rapportent.Leurs origines sont elles aussi classées par proximité avec l'origine (mahomet dit que dieu lui a dit, j'ai entendu le prophète dire que, on nous a ordonné que, le compagnon nous a dit que). De manière générale, il y a une multitude de vérités de différentes sortes, dont l'autorité de la tradition établit l'autorité par une sorte de redondance multiple d'actes d'autorités établissant les vérités, toutes se rapportant in fine à une unicité divine, contraire parfait de tout le système qui semble l'établir et la révérer... 

Malik et Hanbal furent de ceux qui recueillirent les premières grosses compilations de Hadiths, mais le principal auteur des hadiths originaux est le méconnu Abou Hourayra, compagnon du prophète. Son célèbre hadith est:"Allah possède quatre vingt dix-neuf noms, cent moins un, celui qui les apprend entrera au paradis" 

 

Le Soufisme

Compris comme original en islam alors qu'il en partage toutes les diverses orthodoxies, le soufisme se caractérise surtout par la croyance qu'il y eut en plus du Coran d'autres révélations, secrètes celle là. Tous reliés familialement au prophète, et donc rattachés à Ali et Fatima, les maitres soufis sont toujours suspects de chiisme. Les séfévides, qui succédèrent aux timourides en Iran et qui y introduisirent  le chiisme (1500) sont issus d'une dynastie Soufie. 

Les Bektachis et Alévis sont des soufis rattachés au chiisme duodécimain. Il y a une multitude d'ordres, tous fondés par des personnalités (les "saints") qui se rattachent à Ali.

Chaque fondateur fonde son xxxx iyya. Par exemple, le grand Suhrawardi (+ 1168) fonda la suhrawardiyya. 

Forme presque exclusive de l'islam en Afrique noire, le soufisme s'y mâtine de bien des choses. Citons Amadou Bamba, mort en 1927, fondateur du mouridisme au Sénégal. 

Conduit, de par leur relation personnelle avec le divin, à exprimer des opinions variées pouvant choquer, les maitres soufis furent souvent persécutés et dénoncés de manière diverses. 

Ils sont la cible et les bêtes noires des tenants du littéralisme en islam et en général. 

L'apocalypse musulmane

Certains hadiths transmettent une apocalypse reprise par l'état islamique en irak et au sham (le pays de la main gauche en regardant vers l'Est, c'est à dire tout le moyen orient, palestine comprise). Tout se termine à Dabiq à la frontière entre syrie et irak, Dabiq étant le nom d'un magazine bien informé issu de la région (comment, vous n'êtes pas "encore" abonné ?). Comme toute les apocalypes, elle parlent d'un combat contre les romains qui eut lieu contre les byzantins. Elles sont bien inspirantes pourtant, pour pas mal de gens. 

On y parle (y compris chez les sunnites) d'un mahdi suscité par Dieu qui doit instaurer le règne millénariste qui précédera comme de juste la fin du monde. Il y eut de multiples auto proclamés mahdi dans l'histoire. Curieusement, on n'en a pas cette fois ci, Al Bagdadi n'ayant pas pu percer (sa rolex sans doute).  Il faut citer le Mahdi soudanais qui tua Gordon, et rasa Khartoum. Son successeur fut défait à Omdurman, la dernière charge de cavalerie de l'histoire, et Churchill y participa. 

La fin de l'ijtihad

La fin de l'âge de l'interprétation, c'est après la terrible démoralisation qui suivit la destruction totale de Bagdad en 1258 par Hulagu Kahn, petit fils de Gengis. L'encre de tous les manuscrits détruits noircit les eaux du Tigre. 

L'art de l'interprétation ijtihad se voit alors condamné: ses portes se seraient refermées... Bon comme on date de tout cela d'Al Gazhali (bien avant donc) il y a discussion. Conceptuellement on dit aussi que le djihad remplace l'ijtihad, et aussi que seuls les grands savants y ont droit, comme quoi rien n'est jamais vraiment fini. 

La grande théorie

Une manière de voir et qui pourrait être la grande synthèse est que le sunnisme lui même eut ses "fitna" (grande discorde) au delà de la querelle avec les chiites.

D'abord la querelle Omeyyade, d'abord à l'origine du chiisme, c'est Muhawiyyah qui combattit Ali, mais qui se termina mal, tous étant assassinés après la bataille du grand Zab en 750 par les Abbassides, le seul survivant créant l'état Andalou de Cordoue. 

Les guerres civiles entre califes posent donc en permanence le problème de l'autorité et cela ne finit jamais...  

Les Abbassides prétendaient descendre de l'oncle de Mahomet. Jamais la stérilité d'un homme, en l'occurence Mahomet (infoutu de concevoir un fils) n'a eu autant de conséquences...

Car il y a aussi guerre civile entre les deux fils de Haroun Al Rachid, Mamun et Amine. Profondément déstabilisante elle fixa les 3 pouvoirs, ceux du peuple, des oulémas qui construisait le système juridique musulmans avec les hadiths et le calife lui même. Al Mamun voulut imposer au nom de la raison une sorte de théocratie qui fut en fait refusée par l'islam! Les oulémas voulurent être les interprètes d'un texte immuable et la théologie du coran crée/incrée a ce point là comme pivot historique et intellectuel. Cela échoua et l'échec des abbassides fut complet: l'islam ne put se constituer que sur le refus de la prétention du calife à être celui qui "ordonne le bien et interdit le mal", car génératrice de la guerre entre frères.  

De fait l'islam se constitue ainsi CONTRE les califes...  

La réforme

La question de la "réforme" de l'islam, si on ne retient pas sa forme "traditionnelle" qui est bien évidemment le retour aux bien guidés, et qui a animé la totalité des réformes qu'on a pu connaitre depuis les almoravides jusqu'au mollah Omar et celle du retour à la seule variante intellectuellement véritablement distincte, et je ne parle pas du chiisme: le mutazilisme. 

Et oui, il y aurait une "réforme" avec le gout sucré de ce qui rend le café vraiment différent: peut on changer cela? En tout cas, si elle est concevable elle pourrait aller vers la seule alternative là.

 

 

13/09/2016

Le Dernier Philosophe

Averroes le maudit est le dernier philosophe musulman. Exilé à Lucena, lieu d'exil des juifs, au point qu'on a dit de lui qu'il l'était, il n'eut pas de postérité en Islam. Il mourut en 1199, peu après le calife Almohade Al Mansur (le victorieux d'Alarcos en 1195), celui qui avait interdit la philosophie, la falasifa, en 1188, ainsi que le vin, les livres et bien sur la musique. Al Andalous, l'islam des lumières d'après Luc Ferry. 

Les Almohades ne l'emportèrent pas en paradis, vaincus en 1212 (les écoliers espagnols ne peuvent pas la rater celle là) à Las Navas de Tololsa, ils furent progressivement évincés d'Espagne, la reconquista étant pratiquement achevée à la moitié du 13ème siècle (prise de Séville en 1248). 

La philosophie musulmane interdite donc chez les sunnites ne vécut que grâce aux iraniens, ce sont les traités mystiques chiites, ceux décrits par Henri Corbin. Mais la philo normale, walou (1).

Ainsi la philosophie pour Ibn Taymiyyah c'est la "religion d'Aristote".

Les théologies musulmanes

En parlant de philosophie il faut parler du mutazilisme. Première grande théologie de l'islam, celle des abbassides (Aroun al Rachid en était), elle fut progressivement évincée en particulier par l'école asharite. Réputée rationaliste et discoureuse, car en charge des grandes polémiques avec les chrétiens et aussi avec les gnostiques dualistes iraniens, elle introduit une conception de la raison distincte de la révélation et une doctrine de la liberté, Dieu ne pouvant pas tout prévoir, c'est un problème récurrent; et aussi la question du coran crée, si il était incrée, cela remettrait en question l'unicité de Dieu à laquelle il tient beaucoup. 

Il faut parler de l'asharisme, l'école du kalam, élaborée contre les mutazilites, ce sont les muttakallimins. Al Ashari était un mutalizite qui vira sa cutie dans un rêve. 

Le mot "kalam" terme générique désigne en fait tout une pratique théologique, celle qui mène à l'argument cosmologique du kalam qui fait des premiers musulmans des atomistes au sens de Démocrite: tout ce qui est a une cause, l'univers existe, l'univers a donc une cause, big bang. L'argument fait encore flores, l'américain Lane Craig nous le ressortant dans les années 80! Cette pratique est le fait des asharites et aussi des chiites. 

L'asharisme est toujours la théologie officielle sunnite. Il faut parler des théories des attributs divins, ceux-ci étant intégrés mais ni identiques ni différents (la raison ne peut le savoir) de l'essence divine; de la résistance à l'anthropomorphisme qui dit bien que rien ne ressemble à Dieu, et la doctrine de la liberté contre le désordre mutazilite qui faisait Dieu ignorant du futur: Dieu sait tout, sa "science" est complète, et il crée les actions bonnes mauvaises choisies par l'homme. 

Le traité décisif

 Le fameux traité "décisif", décisif car c'était une fatwa, c'est à dire la réponse autoritative à une consultation juridique qu'il se faisait à lui même pose la question de la compatibilité, concordance, conciliation de la falsafa avec la loi religieuse (sharia).

La réponse fut considéré par Luc Ferry, le ministre de l'éducation dont les professeurs déchiraient le livre devant les élèves, comme issue de l'islam des lumières et aussi introductive de la raison en occident. Bien sur il n'en est absolument rien et cela donna lieu à une polémique video intense où il se fit traiter de crétin. C'est la polémique Remi Brague/Luc Ferry, avec Alan de Libera en arbitre, avec le gentil/méchant Averroes comme prétexte.

Le traité est décisif car devant trancher et il tranche. La réponse dépend des gens et il y en a de trois sortes: le peuple, les théologiens et les philosophes. La philosophie se trouve obligatoire (ou recommandée) pour les philosophes et interdite aux autres. C'est ça le point. Le peuple ne peut avoir accès qu'à la révélation comme source de vérité. Cette interdiction, et cette recommandation est juridique: le traité est ainsi bien plus juridique que philosophique. 

Les théologiens, les adeptes du Kalam sont spécialement méprisés. Ce sont bien sur les adversaires d'Averroes, ceux qui finirent par avoir sa peau d'ailleurs: les théologiens du kalam asharite, les juriste malékites, les dialecticiens. 

Par contre, les philosophes sont bien traités. Contrairement à ce qu'on dit, Averroes ne théorise pas les "deux vérités": il n'y en a bien qu'une seule et la raison ne peut être incompatible avec la religion. 

Mentionnons la classification qui est en fait platonicienne: les trois voies sont la sagesse (la philosophie), la dialectique et la rhétorique qu'il applique sur le verset 16.25 du coran (la sagesse, la belle exhortation et la dispute). 

Le traité ne fut pas vraiment connu du moyen âge chrétien et n'eut aucune influence en occident ou très tardivement. Ce sont d'abord les commentaires d'Aristote qui firent d'Averroes le philosophe connu des latins. 

Le traité est constamment cité par Luc Ferry et tous les épigones de ceux qui veulent donner droit de cité à la fierté musulmane d'avoir participé à la philosophie mondiale. C'est bien sur le cas, Avicenne et Averroes et bien d'autres étant, cela ne fait pas de doute des philosophes au sens occidental du terme, même si ce fut bien sur comme repoussoir à contredire, mais cela ne fait aucun doute non plus, il ne s'agit en aucun cas d'un apport global du religieux "islamique", sachant que l'Islam par ailleurs totalement ignorant des activités des chrétiens sur ces questions, se détourne complètement des activités philosophiques dès cette époque.

C'est l'articulation de ces deux faits là qui fait la polémique, assez ridicule au demeurant; c'est bien pour cela qu'il faut revendiquer Avicenne (pourtant chiite) et Averroes (pourtant cadi almohade) comme parties prenantes à part entière de la vie intellectuelle du nord de la méditérranée avec une postérité tout à fait considérable. 

Le grand mystère de l'"occultation de la part juive et arabe de l'histoire occidentale (Alan de Libera) restant entier.

Le monopsychisme

Mais en fait, Averroes non seulement a une postérité en occident, mais en plus y est maudit: il est le maudit Averroes, le diable, l'athée et le repoussoir complet de la scholastique au point d'en être, négativement, le fondateur, l'anti - averrorisme latin étant une discpline à part entière, la condamnation de 1277 en étant bien sur l'apogée... Ses écrits (les fameux commentaires du maitre absolu de la vérité) arrivent à Paris en 1225, date de d'arrivée de tous les grands: Albert (né en 1200), Aquin(né en 1225), les scholastiques les lisent avec passion. 

La psychologie d'Aristote c'est le traité de l'âme. Les 3 thèses rejetées par les latins au sujet de l'intellect ou de l'âme: il est séparé, unique et éternel. C'est le monopsychisme d'Averroes, qui malgré toutes les critiques et toutes les interdictions, n'a jamais cessé de reparaitre, et comme anti-thèse absolue. 

La figure de la séparation âme corps c'est Averroes le père de Descartes, Spinoza, Kant suivant leurs adversaires. Averroes est ainsi le fantôme inquiétant de l'occident (2).

Car il est aussi l'anti cogito (ça pense et je ne pense pas) et donc le méchant absolu, contre tout ce qui est pour. Il ruine la rationalité en affirmant: "l'homme ne pense pas", en fait qu'il n'est pas intrinsèquement penseur ou rationnel ou défini par la rationalité, il n'est qu'un corps imaginatif utilisé par l'intellect. On a alors la séparation sujet objet, l'homme cessant d'être sujet. 

La thèse serait alors que l'Averroisme -comme repoussoir- fait advenir la notion de sujet dans un monde qui l'ignorait ! Le moi peut alors être victime d'un démon qui le possède et c'est parti, on a le deuxième axe de développement. Ainsi, l'histoire de l'anti averroisme devient celle de l'angoisse au sens large, jusqu'à Freud. 

L'Europe s'est construite contre Averroes, c'est le sens des tableaux dit "triomphes de Thomas d'Aquin" qu'on trouve un peu partout: Averroes y apparait mélancolique, vaincu... 

Un peu de théorie

L'individuation serait dues aux images, et pas à l'intellect (ou à autre chose), qui est "agent". Or Aristote parle de l'intellect (en fait il y en a un autre), comme "en puissance", notion utilisée par les latins pour tuer Averroes, le sujet chrétien ne pouvant évidemment être qu'en acte...

Il y a donc bien une discussion sur le traité de l'âme (reste à le lire en détails).

Un autre aspect est ainsi l'éternité de cet intellect: comment tout aurait été -déjà- pensé ? Quelle horreur ! 

 Pourquoi pas un intellect agent séparé qui soit Dieu ? Ou n'importe quel autre interprétation, dont le sujet ou le symbolique lacanien ? Cela plus le traité décisif fait de l'arabe la fin de la philosophie avec la ruine de l'affreux sujet blanc, hétérosexuel masculin. Averroes est donc le signe de la destruction de la raison occidentale, le poison absolu qui va tout ruiner ! De fait, on ne peut que se délecter de ces amers poisons, l'horreur philosophique étant partout: il ne tient qu'aux esprit forts, au palais solide que de gouter les bordures du pensable et les bords de l'univers connu, dans le temps et dans l'espace. Les autres, les dialecticiens, et pire les gens du peuple, doivent être interdit de ces substances et opprimés pour bêtise, ils ne sont pas humains. Me voilà donc Averroiste, par dégout d'icelui... 

Le nom de l'infortuné cadi exilé par Mansour fut donné à un lycée privé musulman que l'on soupçonna d'intégrisme: les filles y sont voilées et l'on y parla en termes négatifs de l'état d'Israël: en voulaient ils tant que ça à l'occident ou bien veulent ils interdire la philosophie au peuple ? 

 

(1) walou ( mot tamazigh) rien.

 (2) Jean Baptiste Brenet, le successeur de Rémi Brague à la Sorbonne l'associe à Freud et son inquiétante étrangeté. Ses vidéos et son charisme sont un must total. 

10/09/2016

Ces transactions qu'on distribue

Un problème insoluble peut il avoir une solution simple? 

Le parangon de l'informatique distribuée, voire son aporie, est la transaction distribuée: on veut modifier deux entités indépendantes de manière coordonnée et faire en sorte que les deux modifications aient lieu ou aucune, une modification à un site sans que l'autre ne le soit détruisant un principe global de manière inacceptable. Une telle chose peut elle être programmée de manière à considérer tous les cas d'erreurs, chacun d'entre eux pouvant se manifester ? Et bien NON.

Considérons Alice et Bernard, les deux entités à modifier. L'exemple est bien sur celui de deux comptes bancaires dont l'un, celui d'Alice, doit être débité, celui de Bernard devant être crédité.  

Les pannes sont multiples, et concernent les coupures réseau et aussi les blocages des machines, différentes, qui supportent Alice et Bernard. Ces pannes peuvent être provisoires ou de longue durée. Bref, l'horreur.

On commencera par le demandeur, Denis, de la transaction. Il enverra donc un message à un "éxecuteur" (Emile) et le chargera de s'occuper de tout, suspectant une complexité qu'il ne peut pas assumer. Emile va donc procéder et retourner un peu plus tard un acquittement ou un aveu d'échec. 

Le premier problème est donc celui du "un peu plus tard". Peut on borner cette durée et si oui comment ? Emile peut exploser en vol (certains clouds montent en l'air) et ne jamais répondre. C'est le premier problème fondamental de l'informatique à distance: le correspondant distant peut ne pas exister ou pire détruire votre commande sans rien dire. Il vous faut donc, et cela au delà de tout problème de communication, vous assurer que le premier contrat qu'Emile est censé supporter, la prise en compte de la commande, est bien respecté. Denis arme donc un chronomètre pour 10 secondes (ou un mois) et attend. Si aucune réponse n'est reçue avant l'échéance, on passe à autre chose. La chose a échouée, c'est sur, ou bien Alice ou Bernard ou les deux sont détruits, ruinés ou pire. L'horreur. Mais au moins, on peut alors décider d'aller se plaindre. On peut décider. C'est ça le critère, et la durée fixée, convenue à l'avance avec Emile est la base rationnelle de cette décision. 

En tout cas, un acquittement reçu d'Emile après cette durée (positif ou négatif) devra être ignoré. Du moins en principe, on pourrait s'arranger dans ces cas, non ? On verra après, forget it for now. 

Emile va d'abord stocker les détails de la transaction et y procéder. Comment faire ? Le bon cas est celui il peut vérifier que tout c'est bien passé. Dans ce cas, il se contente de renvoyer l'acquittement "c'est fait". Naturellement, il arme lui aussi un chronomètre, et si le traitement dure trop longtemps, doit s'assurer que tout est remis dans l'ordre de son coté avant de renvoyer un "désolé, il y a eu un problème, recommencez" à Denis, ou pas, parce que Denis dans ce cas, est supposé considérer que rien n'a été fait.  

La simple gestion de cette petite délicatesse a ses problèmes fondamentaux et nous introduit au problème, au gras horrible de l'insolubilité complète du problème. Disons que si les "c'est fait" de Alice et Bernard sont finalement collectés trop tard (au delà d'un certain temps, qui rend certain que Denis s'est impatienté et considère la transaction en échec), Emile doit faire face à un cas troublant: il a fait ce qu'on lui demandait, mais trop tard. Que va faire Denis ? Que doit faire Emile?  Deux cas: Emile s'estime content tout de même et ne dit rien et attend. Denis de son coté, ne voyant rien venir, recommence sa demande, en termes identiques. Il a cru que Emile avait échoué.  

Cette fois Emile, Alice et Bernard, en forme, performent tels des bêtes. La transaction est faite deux fois, Alice deux fois plus pauvre, et Bernard deux fois plus riche que prévu. Il ne faut pas faire ça: Denis ne doit pas recommencer, sauf à dire à Emile: "ne fait ça que si tu ne l'a pas déjà fait". Cette commande modalisée s'exprime par le header HTTP "IfNoneMatch" accompagné d'une valeur unique, tirée au hasard, et utilisée une autre fois dans le cas ou Denis tente de recommencer l'ordre si absence de réponse. Cette valeur identifie la commande et lui confère une existence au delà de son simple envoi. Un évènement a généré un objet stable dans le temps. 

Ce principe, central et simple doit et peut être utilisée systématiquement dans les protocoles applicatifs basés sur des échanges asynchrones soumis au temps. Le rejeu est systématiquement possible et permet de pallier les défaillances provisoires du réseau et les pertes de temps assumées par les systèmes distants. 

Il couvre des cas multiples, y compris l'échec total d'Emile détecté trop tard: Emile peut lui même recommencer et même une transaction incomplète. Imaginons Alice  en forme, répondant immédiatement et Bernard languissant, mettant Emile hors des clous. Denis, lassé, réitère sa demande avant qu'Emile ait abandonné. Emile peut alors réarmer ses horloges et tout en gardant le succès d'Alice au chaud, et recommencer Bernard... 

Car bien sur, Emile se comporte comme client pour Alice et Bernard. Il gère un objet global, la transaction composite et ses horloges. Tant qu'il a une transaction en cours, toute demande de rejeu ne lui fait que réarmer ses horloges, l'objectif étant de ne faire l'affaire globale qu'une fois. 

Emile pourrait il ainsi se la jouer "éternel" et rejouer telle la bête jusqu'à la fin du monde, comptant sur l'obstination de Denis pour se maintenir vivant ?  Cela ne se peut pas, il faut des limites, et Emile doit considérer l'échec, manifesté par un temps trop long passé sans réactivation de Denis, celui ci s'étant fixé un paramètre supplémentaire, un nombre de tentatives maximal. Emile doit alors abandonner, tout nettoyer et détruire le contexte de la demande de Denis. 

Cet échec doit être proprement nettoyé: Alice et Bernard ne doivent pas avoir été modifiés. Si avant que l'échec final ne soit décidé, Alice ou Bernard ont acquitté leur tâche, et bien un mécanisme de "défaisance" doit être appelé et Alice et Bernard remis dans leur état initial. 

Pour se faire, on peut supposer que Alice et Bernard  exposent bien un service d'annulation d'une commande ou bien la possibilité d'ajouter négativement. Dans ce cas, Emile peut s'assurer que les commandes en question ont bien été exécutées, quitte à les rejouer autant de fois que nécessaire. En cas d'échec à ce niveau, Alice par exemple ayant été détruit ou bien le réseau aussi, le système dans son ensemble est compromis et on doit se reporter à une procédure globale de récupération laissée en exercice à l'utilisateur, celle ci se devant tout de même d'être signalée nécessaire par une alarme. Ce cas doit être considéré, il n'est pas une erreur, mais un cas de destruction.

Il y a d'autre possible malheurs. 

Le cas de la destruction d'Emile par exemple: Alice peut avoir été laissée modifiée et pas Bernard. Rien ne pourra rattraper la chose et le système est fondamentalement fragile. Notons que si Emile était localisé "dans" Alice, pour plus d'efficacité et de fiabilité peut très bien modifier Bernard et se suicider pour produire une catastrophe équivalente.

La sécurisation du fameux "contexte" est donc à considérer. Notons qu'il est en la possession de Denis qui le crée littéralement. Il peut et doit en cas de non réponse l'envoyer à qui de droit afin de tenter de récupérer l'éventuel désastre.  Denis peut aussi être détruit lui même, ce qui garantit l'oubli de la chose... 

Bon, il faut donc dupliquer le contexte, et s'assurer de sa permanence avant toute chose. Un Emile bis doit être prévenu, armer lui même ses horloges, et attendre qu'Emile le prévienne pour détruire son contexte de sauvegarde; il doit se préparer à prendre la main et à intervenir, l'identifiant de commande lui permettant de rejouer auprès d'Alice et Bernard sans problèmes, la commande d'annulation devant accepter une modalité pour ne pas additionner négativement de manière excessive. 

On passera sur la sécurisation d'Emile bis, le cas des fautes "doubles" étant négligé, ou bien, la resécurisation d'Emile bis étant prévue, celui ci se devant de prendre la main en même temps qu'une activation de sa duplication à lui, opération elle même soumise aux erreurs signalées. 

Y a t il régression à l'infini et impossibilité de se garantir ? C'est ce qu'un théorème fameux prétend, il s'agit du théorème FLP : Fisher, Lynch, Patterson (1985) : "Il n'y a pas de consensus possible avec un processus en erreur".  https://groups.csail.mit.edu/tds/papers/Lynch/jacm85.pdf

L'ai je démontré ?

Presque, car la preuve de FLP est bien basée sur une régression à l'infini, la sécurisation de la sécurisation n'étant pas dialectique.  En fait c'est bien sur plus compliqué que ça. On y va ? 

0) On modélise: il y a des agents qui peuvent être détruits, des messages qui s'échangent suivant des protocoles. Une configuration c'est un état global qui évolue suivant un protocole avec des messages dans des ordres variés et des agents qui disparaissent. "un" protocole: on va montrer que tous, absolument tous, même les plus astucieux, les plus hackés à mort, sont faux. Prenons en un au hasard. 

1) Il y a des configuration 'bivalentes', dont on ne peut savoir ce qu'elles vont décider du fait du protocole. 

2) Depuis une configuration bivalente, on peut toujours aboutir à une autre, tout aussi bivalente. (Ca pour le montrer, macache(1), je ne vous embêterais pas avec ça).

Donc, l'application du protocole peut indéfiniment passer d'une configuration non décidée à une autre... 

Une configuration bivalente semble mystérieuse. Elle se construit par une sorte de "triangulation".

Elle consiste donc en une configuration dont le résultat au bout d'un certain nombre de pas de protocole n'est pas fixé à l'avance mais dépend des évènement intermédiaires. Une telle chose existe ! En effet, supposons la valeur à décider étant 0 ou 1 et que TOUTES les configurations possible soient déterminées par leurs valeurs initiales. Toute configuration a de plus une valeur finale 0 ou 1. C'est ce qu'on suppose. 

On va les ranger l'une après l'autre, bernard après alice suivant que l'un des agents porte une valeur initiale différente dans les deux configurations. Si cet agent est détruit tout de suite, sa valeur ne peut être acquise et donc alice et bernard dans ce cas doivent avoir la même conclusion, car ils disposent de la même information, la seule chose qui les différenciait étant précisément la valeur portée par le fugace agent. 

Il existe deux configurations de valeur finales opposées qui sont rangées successivement dans l'ordre décrit. En effet, prenons deux configurations de résultats opposés et considérons les valeurs de leur agents initiaux qui sont des chaines de bits à 1 et 0 que l'on peut transformer un à un. Une chaine de valeurs initiales différente uniquement pour un seul agent les relie. Il y a donc forcément un de ces couples de "vecteurs" initiaux qui conduiront à des valeurs finales différentes. 

Cela n'est pas possible, car sinon, comme indiqué, la destruction immédiate de cet agent conduirait à des valeurs finales égales, ce qui est contradictoire... Il existe donc toujours des configurations dont la valeur finale dépend de l'état du monde changeant pendant l'exécution du protocole. Subtil et profond.

Comment prouver que mes arguties du début sont équivalentes à cet argument là ? 

 

(1) macache de l'arabe dialectal maghrébin makanch "rien"

06/09/2016

La dissonance cognitive

Un facteur essentiel agissant de la psychée est le besoin absolu universel et général de compenser les dissonances cognitives qui peuvent se produire à tout instant et en toute occasion. Quelque soit l'état psychique, le système intellectuel et affectif que l'on maintient, c'est la vie, doit rester stable à tout prix et en toutes circonstances.

En gros, on fait référence à (1), la théorie de Festinger étant en fait décrite d'une autre manière, quand la source de la dissonance est un acte de la personne, celle ci adaptant ses croyances pour rétablir l'équilibre. Le "paradigme de la soumission forcée" est ainsi un cadre d'expérience dans lequel on rémunère (ou on oblige) le "sujet"  a produire cet acte (ou discours) dissonnant afin d'étudier comment il le compense.

Il peut bien sur évoluer avec le temps, voire se remettre en cause plus ou moins complètement en diverses occasions, mais cela ne se peut dans l'instant ou sous la contrainte. Dans ces cas là, et dans la plupart des cas, en fait, le système interne de la cognition se rend plastique pour réinterpréter la situation ou l'argument de manière à ce que l'intention et la conceptualisation courante demeure inchangée. Tout est mis en oeuvre pour cela, et c'est la force du mécanisme que d'être capable de créer alors à peu près n'importe quoi, depuis un système philosophique jusqu'aux théories les plus insensées, les mauvaises fois les plus abscontes, les délires moralistes les plus répugnants.

C'est bien évidemment les systèmes fragiles, les constructions insuffisamment étayées ou réfléchies qui sont le plus susceptibles d'évoluer en cas d'accidents cognitifs dans l'absurde et l'insensé. C'est d'ailleurs à cela qu'on les reconnait: poussé à leurs limites, certains hélas sont capables du pire.La contrainte peut être aussi sociétale ou étalée dans le temps et les victimes, des civilisations entières qui dégénèrent dans le n'importe quoi ou le ridicule au contact de l'étranger, ou de l'inattendu.

Non pas que je m'abstraie de tout cela: ne suis je pas moi aussi humain, soumis aux mécanismes de ma race? Raison de plus pour tout envisager, et se prémunir de cela si possible, tout en moquant et plaignant les autres.

Passons aux exemples et au premier d'entre eux, celui qui a mené Nicolas Sarkozy, président en exercice à laisser/commander un dépassement pharamineux des comptes de sa campagne présidentielle, à en signer frauduleusement/candidement une sous évaluation, puis à tenter de se faire reélire en considérant l'affaire comme sans importance.

Entouré par des hommes intelligents, qui furent des ministres de la république importants,  Luc Chatel, Eric Woerth, François Barouin plus récemment, ceux ci semblent considérer une chose possible (la reélection) et l'autre impossible (la responsabilité).

Des observateurs nombreux, intellectuels, journalistes, considèrent acceptable la campagne et la reélection, en commentent le contenu, supputent les chances de victoire, l'air de rien. Tout cela n'a pas d'importance, "tant qu'il n'y a pas d'enrichissement personnel".

Des militants, sympathisants, supporters investissent émotionnellement et intellectuellement dans le soutien à un homme qu'ils considèrent nécessaire au futur de leur pays et dont les accusations judiciaires à son encontre leur apparaissent injustes(...), voire inventées de toute pièces.

On a donc ici 6 dénis majeurs, 6 déséquilibres fondamentaux de l'entendement, 3 sont le fait d'un homme, les 3 autres de ses entourages, de ceux qu'il gagna dans son passé, celui d'un ex président de la république française, successeur du général De Gaulle.

On ne va pas ici se préoccuper des intentions et de la méchanceté ou du cynisme ou quoi que ce soit qui aurait rapport avec le bien, le mal ou même l'intérêt supérieur bien compris de la nation. On va jauger de ce qui peut amener à accepter, voire assumer en acte de telles décisions alors qu'elles sont contraires à ce point (et à mon avis extrêmement) à la légalité, au bon sens, à la respectabilité en gros.

Car une violation manifeste de la légalité, donc de la respectabilité d'un responsable de ce niveau génère mécaniquement des effets de décrédibilisation auprès de ce qu'il faut appeller le "public". La sanction de tels actes, ne serait ce que dans l'esprit et le vote d'électeurs, et cela avant tout jugement est forcément sévère, je dirais tout le monde s'y attendrait. Pourtant, il est négligé, nié. Ce déni là est celui des électeurs dans un pays démocratique, doté d'un état de droit: un président ne peut faire une chose pareille, donc il ne l'a  pas fait ou s'il l'a fait ce n'est pas grave.

En fait, la chose est subtilement différente: tant que la chose n'est pas jugée, l'aspect improbable d'une telle action suffit à la considérer comme inexistante ou pas grave, c'est à dire commise en quelque sorte dans les règles, par exemple pour une bonne raison. A toute remarque sur la question, le drapeau de la présomption d'innoncence peut être levé et on continue. Conscient du mécanisme, bien des chefs d'état en exercice en ont abusé jusqu'à plus soif: Silvio Berlusconi, Lulla puis Dilma Roussef, et bien sur Jacques Chirac. Reconnaitre sa responsabilité c'est reconnaitre l'indigne, il faut donc nier jusqu'au bout. En core un exemple du fameux combat contre la dissonnance, et il y en a d'autres.

Il me semble qu'il y a dans cela une mécanique de dénis successifs similaire à celui des réactions en chaines bien connues des atomistes: les neutrons émis d'abord fracassent avec un rendement supérieur à un les atomes en charge d'émettre les suivants. Chaque violation de l'impensable nécessite, pour compenser, de lui rajouter son contraire pour mieux persuader soi même et les autres que la chose n'a pas existé. On se retrouve alors avec une multiple fiction, celle que l'on décrit et qui semble depuis le début enchaîner ses prétentions malgré un contre pouvoir tout de même effectif et qu'il dénie pourtant de la même manière avec hauteur: les enquêtes en cours de la justice.

Peut on considérer ces enquêtes, ces questions, ces conclusions comme un déni à son tour ? Une sorte de déni du déni, quasi hégélien ? Cela serait indigne disent-t-ils tous!

Nous n'avions pas encore mentionné la chose: le ministère public enquête sur une violation caractérisée de la loi, précisément ce qui est  à l'origine des chaines successives d'évenements décrits plus haut. L'enquête, dont divers éléments ont été rendus publics de manièrest variées est maintenant terminée. Les réquisitions du parquet à poursuivre devant les tribunaux rédigées et rendues publiques. En gros, est considéré comme établie une violation de la loi au bénéfice de Nicolas Sarkozy, et là la phrase qui tue, qui plutôt nous fait tous mourir de rire: "les seuls élements à décharge sont les dénégations de l'intéressé". Comment caractériser mieux la dénégation ?

Elle est celle que pratique instinctivement le chef mafieux au tribunal, la petite racaille dans le commissariat, le pédophile devant les médecins.

Les dénégations de l'intéressé. Nous y sommes. La dissonance cognitive majeure: l'ex président est un tricheur et un menteur, deux fois menteur donc d'abord en consistuant le délit, ensuite en niant l'avoir fait, et cela est insupportable. Il est donc innocent, la réquisition du parquet obscène et doit être cachée, toute allusion à la chose condamnée, avec ceux qui osent s'y livrer, coupables de ce qu'il a y a de pire dans le monde politique: le coup en dessous de la ceinture, le viol avec violence de la présomption d'innocence. A part chier dans un église y a pas pire.

Sarkozy nia d'abord le nombre de meetings selon lui en 2012 autant qu'en 2007, en fait 44 contre 32. Ensuite il fit raconter que ses comptes majorés initialement de 1,5 million par la commission des comptes de campagne, et donc soumis au non remboursement par l'état et à l'amende avaient été validés définitivement (non bis in idem), et qu'il ne pouvait s'occuper de vérifier lui même 42 cartons de factures... 11 millions d'euros, d'après Jerome Lavrilleux, auraient été facturés à l'UMP plutôt qu'à la campagne, ce fut le début de l'affaire.

La fameux Sarkothon fut d'ailleurs de ce montant, équivalent à ce que rembourse l'état à une campagne validée et imposé à l'UMP par le non remboursement qu'imposa un premier dépassement détecté presque négligeable. Escroqué trois fois (on va le voir), le parti de l'alternance et ses militants vont voter pour leur voleur. Le déni de ces vols manifestes, entièrement prélevés sur leur cotisations est complet. Y faire allusion, c'est déchoir.

Bien loin de là on se retrouve en fait au final avec deux sommes passés par l'UMP: 13,5 M de dépenses de campagne attribuées à l'UMP, plus 18 M dont on ne sait pas ce qu'ils sont devenus. Les comptes de l'UMP de l'année 2012, avec Jean François Coppé comme président sont entre les mains de la justice.

Coppé n'est que "témoin assisté" de l'affaire, pour une raison mystérieuse qui m'échappe: il se considère donc innocent, (ce n'est pas tout à fait ce que dit le code de procédure pénale, mais cela est dénié), le proclame et se promène partout sourire aux lèvres, soumettant au gré de sa créativité diverses propositions. Il est candidat à la primaire de la droite et du centre.

On fera un rapide aller retour sur ce fils de réfugiés juifs roumains sauvé par des des "justes" français, familialement porté pour devenir président de la république, au centre du pire scandale politique de la Vème république, et qui recommande pour l'école primaire l'uniforme et la levée du drapeau au son de la marseillaise. Il glosa longuement sur la haine qu'il ressenti profondément chez ses adversaires qui injustement tentèrent de briser sa carrière, il invoca Girard et le concept de sacrifice, le coupable lynché par la foule étant bien sur innocent, la preuve. 

Il n'y a bien sur pas de limites à l'immense mépris que beaucoup portent au fripon infect qui insulte la république et ses partis politiques. Il faudrait le livrer séance tenante enduit de goudron à bouteldja, elle seule saurait quoi en faire. 

Revenons à l'autre balkanique, celui là venu de hongrie, quand il signa en son nom personnel, mais il ignorait tout des actions de ses proches, ceux que, président en exercice à l'immense carnet d'addresses, il avait nommé. C'est ce qu'il dit. Pourtant, le caractère personnel d'une signature de ce type est officiel, connu et c'était la deuxième fois qu'il y procédait. Cette deuxième campagne aurait couté 46M au lieu des 22.5 autorisés. Le double, pile.

Cela peut il obérer sa campagne, sa possible victoire à la primaire et à l'élection (beaucoup en restent persuadés) ? Non. Présomption d'innocence. L'ampleur et la puissance du déni est à la hauteur du scandale et se traduit par un grand silence à peine troublé par le frémissement des feuilles d'arbres en cette fin d'été. Les journalistes sont unanimes, un brin provocateurs: il peut concourir et même gagner. Mieux, la (relative, enfin quand même) faiblesse de la gauche confronté à son échec absolu, à l'infame ridicule qui accable tous ses dirigeants, ses divisions mortelles, le discrédit complet dont elle souffre dans l'opinion a enfin un excuse pour perdre: l'indignité de son adversaire. Pas mal comme possible dénégation de son état, et doublement vicieuse: car on pourrait avoir honte de perdre face à un tel ennemi, à moins que l'on ne soit à la recherche de la punition absolue, le mal ayant enfin gagné, je vous l'avais dit.

Pour accentuer les choses le déni est pris en charge par tout ce que l'on compte d'experts, par exemple le président du parti les républicains, son successeur, qui se plaint du calendrier, et avec indignation. Signifiée terminée le 6 juin, l'enquête donnait 3 mois, jusqu'au 6 septembre donc, pour que le parquet renvoie. Tout est normal, donc, en fait. Certains dénis sonnent faux.

Au fait, dès que les juges d'instruction prendront la décision de renvoi, Sarkozy deviendra "prévenu", c'est à dire "à juger en correctionnelle". Ca va faire bien sur son C.V. de candidat au poste de De Gaulle.

L'autre déni est celui de Jérome Cahuzac. Sportif, ultra intelligent, champion socialiste des finances, deux ans président de la commission des finances à l'assemblée, ministre du budget, omniscient. Un député se souvient d'une question de sa part sur les comptes à l'étranger, en commission, demandant sans ciller si on pouvait aussi détecter des comptes fictifs à singapour. Il nia au delà du possible, le déni ici allant au maximum du concevable, devant le président (soit disant), celui ci bien sur niant aussi, la totale. Le pire crime aurait il été de mentir à Bourdin ? Il le commit.

Pour ce qui concerne Cahuzac, il faut savoir qu'une équipe de communication lui fut affectée Stéphane Fouks pour organiser sa dénégation avant la révélation finale, puis après, pour en atténuer le choc. Anne Hommel, communiquante agrégée, (le jeu de mot n'est pas digne) déjà en charge des époux Strauss Kahn, grands contemplateurs des réalités qui ne les fachaient pas sont ses amis, tout ce monde là se fête ses anniversaires. 

Après avoir gagné six mois pour des raisons procédurières, après donc tout de même trois ans d'enquête, il a tout avoué, tout dit (et son contraire), les yeux dans les yeux à tout le monde. Son procès  commence aujourd'hui par une révélation "zero day": c'est la faute à Rocard. S'ouvre alors (toute la journée d'aujourd'hui) un déferlement de plaintes, de nausées, de pleurs et de grincements de dents: comment cela peut il être possible ? etc . Un flot de dénis, un déferlement.

Premier ministre pendant la durée de l'affaire Urba, c'est à dire des tentatives du gouvernement pour l'étouffer, il est remplacé par la maitresse homophobe du président complice du veld'hiv, puis mis en minorité au PS en 94 par Henri Emmanuelli, le banquier gauchiste condamné en 97 pour cela. Ses ministres célèbres furent Henri Nallet garde des sceaux, à temps plein sur Urba,  et aussi Claude Evin, celui qui interdit la clope et qui donc fut obligé, on n'est pas de bois, à reporter sur l'industrie pharmaceutique tout le poids de la corruption que l'industrie du tabac n'était plus motivée à financer. C'est que voulut dire Cahuzac, conseiller d'Evin, expert en médicaments bien après le départ de la gauche, et dont la fortune vient évidemment de là, alors que certains croient qu'il la fit avec ses 10% sur le salaire du coiffeur de Hollande...

A chaque fois, l'incompatibilité entre le caractère sacré, voire divin, de la personne de Rocard, pourtant pourri socialiste bragard et amateur, vaincu et humilié par plus vicieux que lui, et la possible corruption de ses gouvernements génère la dissonance de la mort de l'âme, le gong affreux du pourrissement intérieur: quelle honte ! Cahuzac est donc encore pire qu'on l'imaginait, et sa vilenie, manifestement extrême, ne pouvait donc pas être détectée, à l'impossible nul n'est tenu, vingt cinq ans de magouilles au vu et au su de tout le monde, parceque devenant impossible à nier, doit l'être encore plus. On le chargera donc, mais moralement: il est indigne de s'en prendre à un mort !

Chirac, élu en 95, fut accusé de tout jusqu'en 2002, mais président en exercice ne put être jugé, ni examiné par la justice, respect de son statut oblige. Bénéficiaire de truquages électoraux dans plusieurs arrondissements de la capitale lors des élections municipales des années 80. Tous les électeurs, y compris à gauche, furent obligés de voter pour lui malgré sa corruption, par peur du nazisme. Bruno Jeudy rédacteur en chef à Paris Match affirme à C dans l'air: il a gagné malgré les affaires: le brillant journaliste exprimerait il un avis trop rapide, ou un déni caractérisé ?

Chirac fit condamner à sa place Alain Juppé en Michel Roussin en 2005. Rattrappé, mais gateux, il fut tout de même condamné mais après avoir pendant douze ans (moins cinq ans de cohabitation) maintenu la France dans une inaction coupable, paralysie due, c'est bien possible, à tout ce qu'il devait aux uns et aux autres.

Faut il interdire à un mis en examen de se présenter à l'élection présidentielle ? "C'est ce que proposa Fillon" dit Bruno Jeudy. Là encore un déni, issu de la dissonance cognitive qui anime la presse, l'opinion et tout ce qui caractérise l'effroyable abaissement du sens commun et moral de notre époque. Fillon ne proposa pas cela. Jamais condamné ni inquiété, maire, député, conseil général, président de région, ex premier ministre estimé des parlementaires, il évoque l'abaissement en question et se contente de dire que lui, ne serait pas candidat si il était mis en examen. Ah oui, il mentionne aussi, l'indigne "Imaginez vous De Gaulle mis en examen?". Quelle horreur, quel crime.

Pour toutes les raisons exposées dans le reste de ce texte, un grand nombre de gens considèrent indigne un tel coup en dessous de la ceinture, une telle ignominie, une telle violation de la présomption d'innocence. Certains réclament sa démission, d'autres la tête dans le cul, se lèchent l'anus en grognant. Je les conchie, les déteste les méprise et veut leur mort. Bientôt, si bien sur Fillon gagne inch'Allah.

P.S. Dernière minute, l'allié de Juppé, François Bayrou enfonce le clou et proclame (le 7 Septembre) la gravité du truquage des comptes de campagne. Quelle horreur, là on n'est pas en dessous de la ceinture, on est dans le pantalon ! Il sera candidat si Sarkozy passe, et tout Juppé votera pour lui bien sur, un troisième tour des primaires et qui pourrait bien lui profiter, à lui ou un autre...

P.S. Un certain Franck Attal, qui prétend connaitre Nicolas Sarkozy, ce que celui ci nie, parle de comptes dépassés avec l'assentiment de l'entourage du candidat. Il propose un "yeux dans le yeux", une sorte de "débat". Cela nous changera des "idées" qu'un nain hongrois déjanté devenu fou veut "proposer" à ce qu'il pense être son pays. 

(1) Festinger 1957

P.S. L'argument du  "non bis in idem" continue d'être mise en avant par Nicolas Sarkozy (Septembre 2016). Il considère que l'affaire du dépassement a déja été tranchée après l'amende infligée en 2012. Aussi simple que cela.

02/09/2016

Hourra ! Une bouteille de Jaja

La "rencontre discussion" entre Isabelle Stengers et Houria Bouteldja https://www.youtube.com/watch?v=RN3dDXOcnXE est diablement intéressante.

A partir de l'affreux brulot qui déchire la gauche radicale française (le fameux "pamphlet" c'est le moins qu'on puisse en dire, du porte parole du PIR, "Les blancs les juifs et nous, vers une politique de l'amour révolutionnaire"), on assiste là à un cours de décolonisation, qui bien que n'en couvrant pas tous les aspects, forcément, en est tout aussi forcément représentatif quelquepart.

On commencera par réaliser que la liberté d'expression c'est aussi la liberté de parole. Il y a donc, il ne faut pas se cacher les yeux, c'est le Parti des indigènes de la république qui nous l'annonce, les blancs, les juifs, les indigènes, les arabes/berbères (c'est pareil), chacun dans son role et dans sa race. Le juif se blanchit vicelardement, tous les autres sont racisés, le blanc doit morphler. On n'ose se lacher, cela voudrait il dire qu'on pourrait aussi parler de beurgeoise, de demi crouille, de melonne, de youyoutre ?  Non bien sur, n'est pas Céline qui veut, mon défoulement dans le néologisme s'arrêtera donc là.

Le blanc (l'homme blanc) est ainsi pris en tenaille, (je n'ose dire en sandwitch) par le haut (la vieille soixante huitarde qui évoque gouattari) ou par le bas (la vindicative indigénatrice de sa race). Brrr.

Paradoxalement, la folie nazie de la fifille du père humilié (c'est évident, elle nous fait là le plus hystérique, le plus dévorant retour affecteux vers le pénis en plusieurs morceaux de son papa chéri, et je le prend pour moi avec satisfaction en trouvant tout de même qu'elle exagère) n'est pas le plus intéressant dans l'histoire.

On se contentera donc de constater que le racisme n'est pas symétrique, et que tous (sauf les blancs) ont tous les droits plus ceux qu'ils peuvent s'inventer à loisir, au grès de leur apocalyptiques ressentiments. Au passage, le caractère dangereux et aggressif est revendiqué, c'est meindjihad, y a qu'à lire.

Le concept d'"Amour révolutionnaire", mystérieux, mérite le détour: il s'agit de ce qu'on offre au blanc en échange de la paix seule solution à la guerre qui s'annonce, amour qui se trouve un prix à payer, la reédition immédiate  nécessaire pour éviter la guerre à outrance. En gros l'adhésion sans condition au thèses exposées baties sur une conception claire du déclin du blanc. "Révolutionnaire" car comme le vote du même nom il profite à son adversaire, pour mieux vaincre. Passons sur le rôle du juif, pire que le blanc en tant qu'envoyé par lui pour polluer de sa race maudite le sol arabe et d'ailleurs, la greffe ne prendra jamais.

Ainsi, malgré le titre, le contenu dément des annonces de guerre des races de la fofolle est trop provocateur pour que l'on s'y intéresse autrement qu'avec un fouet et son manche. On verra quand il faudra vraiment s'y livrer, Inch'Allah, c'est elle qui l'aura voulu.

Non, la vraie découverte c'est Stengers: la sorcière était une colonisée et représente le vrai peuple, la vraie race, celle que l'universalisme baroque a humilé au nom de la raison. Et oui, je découvre. D'abord c'est vrai, le moyen âge ne brula que des juifs, et les sorcières furent modernes en fait ou plutôt anti modernes, donc féministes tout ça c'est pareil. On a donc la conceptualisation des trois ravages dus à l'homme blanc: de l'environnement, des mentalités, de la société (gout à tari). Mieux, le concept de décolonial se trouve ainsi fondé en philosophie (une vieille lune donc) ! La modernité est ainsi ancrée dans l'humiliation infligée, crée par elle donc ? (je m'égare). En tout cas, et là la pensée (ultra complexe, tu parles) peut se déployer comme invaginée: vous devons vivre dans des ruines, rabaissés et cela est maintenant notre essence: nous nous devons de rendre ces ruines vivables ou bien alors c'est la barbarie (ah bon?).

Au passage, on apprend la différence (Deleuze) entre la droite (qui soumet)  et la gauche (qui pense). Une vraie dualité rentre dedans, témoin vivant du crépuscule du féminisme ancien, elle le dénonce justement la garce, maintenant qu'il est devenu respectable, nos orgies lesbiennes étaient bien plus rock que les vôtres (je délire). En fait, le féminisme, et c'est une catastrophe, est devenu, tenez vous bien, universaliste. Alors que de fait il est vivant et non universel, et je vais vous expliquer comment, depuis la Belgique, la France étant un pays de cons, j'exagère à peine son propos.

Quand on pense que hourra la belle promeut par effet de style sans doute (comment l'expliquer autrement?), la nécessaire soumission à la virilité bien de chez nous, c'est ça ou rien, on voit les con.verge.nces. J'arrête. Non je continue, youyoutre est très homophobe, à la Genet (son idole) c'est tout dire. 

Car il y a chez la pensée proprement et délibérement "femme", la même connerie visqueuse qui anima jusqu'à y a pas si longtemps la pensée de la nécessaire virilité masculine: la dualité nécessaire du monde pensée avec ses organes génitaux. Je sais de quoi je parle, je suis un révolté du thymos, et l'ai expliqué en détails hier, j'ai horreur de ça et le voit partout. Et il faut réaliser la nature "viriliste" de mémère, qui à la grande horreur de toute la jaquette libertaire, abomine la tapette arabe, honte de sa race. Une horreur, on y est en plein.

Quoique naturelle, et au combien, cette (forcément divine) complexion ne peut résumer à elle seule toutes les conceptions philosophiques, mesdames. Bien sur, cette idée là (celle que je dis là), au demeurant assez primaire, fut inventé par les hommes, tout comme l'idée géniale de la divine virginité, conçue pour libérer les femmes, réfléchissez y bien. Mais la nécessaire possibilité de l'abstraction de la merde, du sang et des larmes au profit d'idées générales qui ne soient pas la conceptualisation d'y tout ramener est à mon avis la marque de la vraie humanité. Non pas celle racisée, d'abruties victimes de l'histoire encore incapables (mais cela n'aura qu'un temps) de se prendre en charge elles mêmes, mais celle libre de toutes les dualités organiques, d'évoquer le vent sur une peau, nous avons les mêmes chairs. Non pas que je sois complètement hégélien, mais l'esprit a du bon de temps en temps, buvez en un coup.

En parlant de dualité, le débat droite/gauche abordé ici du coté du poil ne doit pas faire oublier que oui, il y a du bipolaire là dedans. Non pas celui qui nécessiterait d'arroser de lithium la tribune de la vidéo, mais bien de la fondamentale nécessité d'admettre que tout n'est pas unique. Je ne suis pas monique, euh moniste et tiens à le faire savoir. Non pas qu'il y a ait un bien et un mal (quoique quand je me contemple, il me semble avoir raison) mais bien que rien ne peut unilatéralement se faire cataloguer de la sorte par une nécessaire autorité. Il y aura donc toujours de la liberté et le chiffre deux en est le premier et seul exemple: oui s'opposent nécessairement les camps et cela doit être réglé, non pas par un combat à mort ou une fin de l'histoire, mais par l'amour et l'esprit, et par l'altérité des corps et des esprits.

Rien ne me fera jamais vivre dans les ruines d'un amour révolutionnaire, dans les psychoses des chartbées ou dans les glaires des excisées qui s'en ventent. Mort aux connes !

 

 

 

31/08/2016

Les pratiques religieuses

On connait l'histoire de ces installateurs d'un ordinateur livré à un monastère tibétain, qui leur tâche accomplie, repartent furtivement et voient que "au-dessus d’eux, dans la paix des hauteurs, une à une, les étoiles s’éteignaient…".

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Neuf_Milliards_de_noms_de_Dieu

Même si cela n'a rien à voir, j'ai toujours caressé l'idée que le rituel religieux était partiellement la croyance que le monde était une mécanique à laquelle on pouvait/devait participer en effectuant des gestes répétitifs, comme si l'homme dans sa relation à Dieu "coopérait", le danger de ne pas le faire étant extrême puisque supposant précisément la fin possible de ce monde.

En forme de mécanique, l'idée même est prodigieusement stable et vivante. Le monde est comme cela, et arrêter de le concevoir de la sorte l'arrête, d'où la nécessité, que dis je le désir/besoin de continuer. Participer ne serait ce qu'un peu à cette machine, c'est se faire happer et disparaitre dans le tourbillon d'un sacré nécessaire.

La nouvelle de Clarke est un merveilleux décalage en forme de contraposée de cette idée, avec l'ordinateur comme pierre de touche, comme si l'automatisation du rituel pouvait en libérer l'homme, ce qui est manifestement une intuition géniale, étrange avec l'aspect séduisant de ce qui évidemment, mais on ne sait pas trop pourquoi, ne convient pas...

Car le rituel semble non automatisable. Que signifierait de robotiser les prêtres ? Mais au fait ce rituel là, qui fait marcher le monde, quel est il?

On pense immédiatement aux moulins à prières bouddhistes. Il s'agit en fait d'après les traditions, d'un moyen habile d'obtenir l'éveil. Contenant des mantras particuliers, tourner le moulin a le même effet spirituel que de réciter le mantra. On a donc bien une sorte d'automatisation astucieuse de la prière, et il existe même des moulins mus par le vent, et bien sur, dégenerescence finale oblige, par l'électricité. Cachée par la tradition, l'aspect "participatif" à la marche du monde est bien présent, il me semble, dans tout cela.

On passera bien sur sur les sacrifices humains nécessaires au lever du soleil dans l'ancien mexique, mieux, ce sont en fait les dieux eux mêmes qui se sacrifient pour faire bouger le soleil et la lune, les sacrifices humains en étant l'imitation.

Chaque exemple oblige à plonger et sans aller jusqu'à Girard, on se doit d'admettre que le rituel, marque du religieux, a bien une fonction répétitive de participation à la marche du monde, ce qu'on appelle le culte en étant la manifestation. Le culte rien que le culte ? C'est toute la question, et se pose alors celle de la proportion de sa durée d'avec toute la vie, c'est à dire de savoir s'il n'y aurait pas des cultes qui occuperaient la vie entière de certains humains.

C'est le cas de certains moines, dont la règle de vie entièrement dictée à l'avance, en fait des sortes d'automates dont toutes les pratiques sont consacrées ou marquées par une sorte de culte perpétuel. Même si ce n'est pas tout à fait le cas (les moines catholiques continuent d'"aller" spécifiquement à la messe, même si c'est plusieurs fois par jour), on a bien mécanisation de la vie selon des règles religieuses. Il n'y a plus de vie "laïque", on est en permanence dans le respect des règles religieuses.

Le mode de vie monastique dans le monde chrétien imposant la chasteté, les communautés en question ne sont pas des modes de vie "populaires" que l'on pourrait imposer à des populations. Elles sont spécifiques, ne concernent qu'un nombre limité de volontaires. Les habits, régimes alimentaires ou rythmes des pratiques religieuses sont particulières et en plus dépendent des "règles" adoptées, il y en a plusieurs.

Le peuple ordinaire, quelque soit son niveau social n'est pas concerné par ces rythmes là, les obligations qui les concernent étant bien plus légères, une messe par dimanche, un mariage pour toute la vie, et le conseil de faire maigre le vendredi, la période du carême étant simplement l'occasion de réduire les rations.

A partir de là on peut voir la vie (chrétienne) ordinaire comme soigneusement divisée entre part profane et part sacrée, cette division n'étant véritablement réduite que pour peu de gens, les travailleurs du sacré, moines ou prêtres, spécialisés dans le culte. Les autres ne sont astreint au mécanique que spirituellement, la vie profane n'éxonérant pas bien sur de faire le bien au nom du bon dieu, mais sans le marquer symboliquement de manière systématique.

Il faut comprendre qu'il existe d'autres systèmes, bien plus exigeants. Nous y voilà donc, et la question du cultuel permanent qui semble marquer la religion musulmane se trouve alors posée. Prières multiples journalières, toilettes rituelles en regard, ports de vêtements spéciaux, régimes alimentaires imposés, des pratiques que l'on pourrait assimiler à celles des vies monastiques sont imposées, recommandées, affirmées comme nécessaires et cela pour tous, tout le temps. Le jeune est véritable, l'interdiction de boire, même déshydraté, effective.

Dans son principe, on serait dans ce que l'occident a catégorisé comme le "religieux", protégé à l'instar du protestantisme, du méthodisme, de l'évangélisme par la liberté de religion. On passera sur le judaïsme qui fut à la fois extrêmement minoritaire et invisible (sauf à la télévision, non je déconnne) et outrageusement persécuté pendant des siècles, en raison précisément de sa dissimulation fantasmée. On est en fait dans une conception particulière de l'organisation sociale, parfaitement politique, parfaitement autoritaire et dans lequel le religieux proprement dit, lui même réduit à très peu de choses (une unique autorité à révérer sans cesse), tout le reste étant un fatras incroyable de commandements et d'injonctions toutes destinées à soumettre l'individu à une organisation totalitaire.

Voilà donc la réalité de ce religieux là, des pratiques en nombre infini, soumises à des lois qui réglementent tout, depuis la main (gauche ou droite) en charge des organes dans les rites de purifications, jusqu'à la notion même de pudeur, définie par un texte sacré issu du divin comme ce qui est permis de voir aux esclaves castrés.

Débarrassé à jamais d'une religion bien plus souple, bien plus généreuse et bien plus respectueuse des manières de vivre au point qu'elle généra l'athéisme qui nous régit maintenant, nous devrions donc nous soumettre et mieux que ça, "respecter" ces usages que nous méprisons ? Cela ne se peut !

Revenons à ces pratiques là.

On comprends bien sur qu'elles supposent bien des arrangements et  bien des aménagements "intelligents" avec les prescriptions religieuses, l'absence de clergé, et de couvents laissant la part belle à tout un ensemble culturel (l'Islam avec un grand i) le soin de composer les complexités de l'établissement et de l'imposition de toutes ces règles, très variées, et allant du plus absurde au plus ridicule en passant bien sur par l'absolu non respect d'aucune, le passage de l'un à l'autre des modes de vie étant laissé à la liberté de "chacun".

A ce point, force est de constater l'extrême instabilité de la cohabitation avec ces types de pratiques. Après avoir embauché une pimpante jeune fille ou un dynamique jeune homme, vous pouvez vous faire refuser le sandwitch au jambon que vous faites monter ou voir arriver un matin un fantôme tout en noir. Rejet navré d'une nourriture à partager qui pourrait contenir des viandes impies, refus de tout ce qui ressemble à l'alcool convivial ou de raffinement, absence des repas de midi pendant un mois entier, port permanent de costumes étranges requis par de mystérieuses, étranges et changeantes autoritées. Disparition des cheveux, des regards, des mains.

Le pire: des cris étranges en provenance de locaux syndicaux aux sols tapissés et à l'odeur étrange (là je dérape). Voilà notre avenir, c'est écrit.

Défaut d'adaptation ? Refus de s'adapter aux moeurs mondialisés nécessaires ? A tout moment, le religieux le plus gras, le plus sectaire, le plus sinistre, le plus imbécile peut vous tomber dessus.Votre voisinage infecté, vos yeux en permanence levés au ciel, de peur de contempler la laideur, la misère abrutie, la bigoterie la plus sinistre, la soumission la plus abjecte avec le bizarre, l'autoritaire ranci, les perpétuelles malédictions de l'antiquité tardive.

Et bien on pourrait considérer/imaginer/souhaiter que partager la vie publique avec ce genre de choses soit rendu plus difficile  par quelquechose qui ne nuirait pas à l'exercice des libertés publiques, je dirais au contraire. Non pas qu'il faille obliger tous les hommes à boire de l'alcool ou à manger d'infects sandwitchs bios, non pas qu'il faille réglementer le port du col sans cravate, ou du string de bonne compagnie.

Simplement qu'il soit permis de s'y soustraire et donc de favoriser la liberté que l'on devrait pouvoir prendre à se séparer de ces coutumes là et je ne parle pas du string, bien entendu.

Cela commence par la libre appréciation des maires à réglementer les costumes sur leur plages. Rien de bien riant ni de touristique à voir la misère spirituelle du tiers monde s'étaler sur des rivages qu'on veut typiques. Le costume de scaphandrier SS doit être réglementé avec l'accord des monuments historiques, et l'esprit de Belphégor ne doit pas flotter dans le sillage de celui de Brigitte Bardot. J'insiste: pour mes vacances, c'est elles ou moi. Que les ghettos frères musulmans se consacrent au tourisme des plages abandonnées: non à toutes les crottes de chien, à vous d'entretenir vos plages! On parle d'ordre public, il faut aussi parler d'économie, d'encouragement aux vacances, d'hygiène publique, de fréquentation touristique.

Je passe évidemment sur la possibilité d'inclure dans les contrats de travail des "dress codes" excluants ces fameux voiles, l'excitation que pourraient en ressentir leurs collègues masculins étant, dans notre orbe culturelle, à rebours du leur. De manière générale, d'ailleurs il semblerait bien que ce que je propose soit en fait un renforcement des libertés d'entreprendre, de cohabiter, en tout cas de choisir avec qui, on veut bénéficier de ces nouvelles règles.

Mentionnons l'exclusion du culte perpétuel des locaux financés par les impôts locaux et nationaux, universités et crèches comprises, la liberté de choix des menus, les cantiniers impécunieux originaires de Mortau cessant d'être traités de racistes, le jeune rituel incapacitant décompté en proportion des salaires percus hors des congés payés.

Exclues de bien des lieux, les pratiques en question, dont aucune n'a d'intérêt, d'esthétique ou d'attirant, pourraient alors disparaitre et un monde moyen âgeux, sinistre et autoritaire s'évanouir aussi à jamais dans l'oubli que l'histoire réserve aux pratiques inutiles que l'humanité abandonne progressivement en avançant vers son avenir radieux.

Tout cela est il irrespectueux des hommes ou des femmes ? Je ne le crois pas, on ne vomit ici que des pratiques, ce dont il est facile et souvent heureux de faire le génocide. Nous avons bien arrêté de fumer, nous pouvons vivre sans ces pratiques religieuses qui nous gênent tout autant. Nous voulons la liberté de vivre hors du spectacle de l'esclavage, et cette demande est légitime.

Il y a bien sur les tenants de la liberté et on doit les entendre: nous serions prisonniers de la liberté des personnes à se conduire et à s'habiller comme elles le désirent dans les limites du droit. Quelles limites ?

On peut mettre en avant la liberté religieuse, et donc ses impératifs, parties intégrantes de croyances que l'on doit respecter en tant que telles. Je pense avoir traité le problème: le culte ne peut être permanent, et la liberté du culte est limitée à des cérémonies, pour ne pas justement offenser les autres cultes et notamment celui qui n'en a cure d'aucun.

On peut mettre en avant la pure liberté de se vêtir, l'état ne devant reconnaitre et donc critiquer aucun culte ni vêtement. On traitera le problème par l'usage et l'ordre public, les torses nus en ville et les uniformes SS bien que théoriquement libres en période de carnaval peuvent ne pas être tolérées localement, même sous forme de plaisanterie. Ou bien la provocation haineuse permanente au nom de la liberté, les tatouages et les cornes de bison deviendraient la norme du coté des extrémistes majoritaires.

On peut mettre en avant la charité envers des personnes de coutumes rigides, qui si on les empêche de se manifester publiquement pourraient se cantonner à leur espace privé et donc être privé justement, qui de plage, qui d'école. L'argument, particulièrement stupide, laisse ainsi toute liberté à des oppresseurs religieux bornés et cruels de tyranniser leurs proches. De quoi suggérer des mises en tutelles ou des poursuites pour quasi inceste, quitte à violenter ce qui n'est pas du religieux mais de la barbarie. Ou bien le mépris raciste inter communautaire, avec à la marge pogromes récurrents entre ghettos ennemis.

On peut mettre en avant le respect du à des populations exploitées minoritaires et dominées qui ne font de mal à personne et à qui on accroit injustement les souffrances en les moquant ou en les insultant. Cette attitude à la fois paternaliste et raciste instaure le colonial dans la métropole: nous aurions donc des zones primitives dans lesquelles il faudrait tolérer excision et polygamie pour favoriser l'intégration progressive d'impétrants qu'il ne faut pas brusquer: remettre aux calendes grecques, pourquoi pas à l'inéluctable "indépendance" l'impossible fusion des nations ?

Car il s'agit bien de cela. L'immigration africaine en France a vocation à s'y dissoudre, les humains en question doivent le savoir, il s'engagent à terme dans l'ensemble national français sans merci ni pardon et doivent considérer les manières qu'ils ont souvent, et que nous déapprouvons par principe, comme d'innocentes et involontaires gênes que nous ne pouvons supporter qu'à la marge. Il ne se peut pas que des cessions de territoires aient lieu, pour permettre à des populations de faire souche en Europe en y maintenant des moeurs du tiers monde.

Ceux qui souhaiteraient autre chose doivent le savoir, et il faudra le leur dire, il se pourrait qu'ils aient à réaliser qu'ils doivent partir. Car le fait est là: conduites pour des raisons variées à quitter leur zones géographiques d'origine, les populations migrantes en provenance d'Afrique expérimentent ou vivent des histoires personnelles qui furent très peu vécues par les plus anciennes populations de France, elle mêmes stabilisées depuis plusieurs siècles.

Les migrations portugaises et italiennes des années 50 et 60, par ailleurs européennes furent trop récentes pour marquer vraiment l'histoire de France, pays de destination et structurellement, et cela contrairement à l'Angleterre ou même à l'Allemagne, réluctant à l'émigration.

Et bien les peuples trop marqués par l'émigration sont destinés, si ils le souhaitent, à la continuer. Ce souhait peut se manifester par une inadaptation à la zone d'arrivée. Manifestement étrangers à la vie en Afrique du nord, un million d'européens et de méditerranéens y compris des natifs africains juifs durent quitter la rive sud de la mer antique il y a cinquante ans. Tous les peuples juifs de ces rivages durent aussi quitter les pays arabes de ce pourtour; un grand nombre se rassemblèrent en Israël. Les mouvements de population internes à la zone sub saharienne sont très importants: rien n'oblige les peuples africains mal installés en Europe à y rester à jamais et l'histoire n'est pas finie.

Cela signifie t il que tous doivent partir ou qu'une inexpiable guerre des peuples doit avoir lieu ? Certainement pas. Mais l'attitude envers les pratiques de la vie courante doit changer: le respect et l'amitié entre les gens dans l'espace public commun de la vie ne peut se construire entre des idéologies ou des moeurs qui se provoquent et se méprisent mutuellement. On parle beaucoup d'islamophobie c'est à dire de rejet de ce qui le droit à pratiquer une religion, on a en fait, à part l'injuste insulte en forme de néologisme de bois manipulée par les frères musulmans le rejet du tiers monde, de la vie méprisable des esclaves fatalistes dont on sent qu'elle pourrait être la nôtre. Il leur faut abandonner cette vie, là et donc toutes les suggestions à la continuer. Ces moeurs là doivent disparaitre.

C'est une question d'ordre public, et l'argument là a un bel avenir.

 

 

28/08/2016

La traduction

Accusé/suspecté/considéré pour avoir francisé son nom exagérément, celui qui intervient régulièrement dans C dans l'air sous le nom de Mathieu Guidère est l'auteur d'une thèse en linguistique décrite ici:

http://www.theses.fr/1998PA040113

et dont le thème est le titre. La théorie du complot dont je vais me faire l'écho ici est issue de la phrase suivante, tirée de la présentation de la thèse:

"La traduction apparait, de ce fait, comme un facteur cle de ces stratégies d'internationalisation."

Nous y sommes et le super agrégé d'Arabe est un maitre, il alla jusqu'à traduire son nom, on prétend (une discussion houleuse sur Wikipedia n'ayant pas tranché) qu'il s'appellerait en fait "Kouider", le patronyme "Guidère" étant inconnu des sites qui prétendent lister les patronymes français connus au XXème siècle.

Le fripon est d'autre part l'auteur d'un ouvrage "Introduction à la traductologie" qui justifie encore mieux le titre.

La question de la traduction est une question profonde, avec de multiples aspects dont le premier est celui de sa possibilité même. On pourrait imaginer à première vue qu'elle est impossible, les différentes neiges des esquimaux manifestant des activités mentales impossibles aux autres peuples et donc définitivement hors de leurs portées. Qui écouterait les cantates de Bach traduites ? Que ne se moque t on (ou pas) des traductions en français de l'Orphée de Gluck, ou même des doublages des films américains ?

Car on confond là l'équivalence des sens et l'enchassement d'un fait linguistique dans une pratique ou une culture. Mon allusion au sens de paroles destinées à être chantées était bien sur une forme d'extrêmisme, mais en fait, TOUTE parole a vocation à être chantée: dans la vie, dans l'action, dans ce qui lui donne sens, efficacité et donc vraie signification.

Toute langue porte un chant, ou une poétique propre et qui se traduit, là c'est moi qui me lance, par la plaisir (j'insiste sur ce mot là) que l'on éprouve à la "chanter" (j'insiste aussi sur ce mot là) c'est à dire à prononcer avec sensualité les mots forcément magiques qu'elle autorise. Chaque variante de ces langues porte aussi des plaisirs variés dont l'abandon est impossible, ou sans cesse différé par ceux qui les ont éprouvés, comme enfant ou adulte. Car les mots ont d'abord une saveur et procurent partout dans toute l'humanité des sensations profondes de plaisir c'est à dire du mélange de joies et de peines qui caractérise l'activité de toutes les psychées de tous les humains.

Mon allusion à la musique est indirecte, autant le préciser: bien qu'il y ait dans le language quelquechose de musical, ce que je voulais dire,  la musique à  proprement parler reste quelquechose de distinct.

A partir de là, on pourrait prétendre que ces émois là, directement liés à ces chants particuliers ne sont pas traduisibles et que donc, les langues humaines ne seraient pas traduisibles entre elles, point final.

Ce paradoxal là est d'ailleurs exprimé par les linguistes eux mêmes, Georges Mounier lui même disait que "l'existence de la traduction est un scandale", mais bien sur pas pour les raisons que j'avance ici... 

Bien sur, on fait là fi de la signification des mots employés et du sens global de leurs assemblages, que l'on peut discerner, toutes les expériences humaines le prouvent. Mieux: il semble bien qu'il soit possible de se comprendre, et même si cela se fait de multiples manières, et même si il n'y a pas de langue commune implicite (le fameux "mentalais"), on PEUT mettre des équivalents aux mots d'une langue étrangère et partager le haha, l'éclair de compréhension qui se manifeste d'ailleurs chez l'enfant nouvel arrivé quand il s'y met, à comprendre...

Par ailleurs, et cela est affirmé par le projet (presque incroyable) du "dictionnaire des intraduisibles" de Barbara Cassin, la "normalienne française qui, jeune, servit le café à Heidegger " (je rigole), la philosophie est traduisible dans TOUTES les langues, et elle le prouve, même si bien sur on philosophe dans une langue, et que de toute façons, à l'intérieur même d'une langue (définie par Lacan comme la "somme de ses équivoques"), on traduit aussi...

Car il y a quelquechose dont on ne se départira pas et qui est que TOUT est traduisible, l'impossibilité de la chose étant à la hauteur de sa nécessité, c'est à dire que la négation de cette chose ne pouvant s'appuyer que sur la négation de la possibilité même de la langue, il faut choisir.

Et puis la traduction c'est aussi substituter plusieurs mots d'une langue à un seul d'une autre et réciproquement, on le fait DEJA dans une même langue, alors... Quand au plaisir, et bien on peut l'expliquer  aussi, même si on ne peut pas le traduire, simplement faire des allusions. Quand on pense au fameux "Shadenfreude", peut on vraiment affirmer que les innocents français sont vraiment totalement ignorants d'un tel sentiment ?

Et bien la langue Arabe, puisque c'est de cela qu'il s'agit, est une langue porteuse à un haut degré de cette poétique là et de cette complexité là. Elle a de plus une originalité, qui la rend particulière et qui la prétention de l'ensemble culturel qui la manie, d'être le réceptacle unique d'une parole divine, suivez mon regard.A ce propos, il faut bien admettre que l'Islam (avec un grand I, l'ensemble culturel) semble considérer qu'il y a là quelquechose d'intraduisible. Naturellement le caractère "intraduisible" du coran n'est pas "essentiel", ni affirmé par celui ci (du moins je ne le crois pas), mais son intraduisibilité fondamentale, même si sans doute on peut en accepter des traductions de convenance, d'ailleurs prises en charge ou asummées par les différents propagateurs du texte sacré.

On notera au passage que c'est la traduction de Mohammed Hamidullah qui serait la traduction française utilisée de préférence par les musulmans francophones.

Un exemple mis en avant, mais qui conforterait plutot mes thèses est le mot "attaqwa" qui peut se traduire par "crainte" ou "piété". Quelle admirable langue ! Quelle richesse de significations ! On voit bien laquelle d'ailleurs et la double expression éclaire en fait le vrai sens de ce religieux là, je dirais bien sur.

 A partir de là on en vient à la fameuse traduction. Avant d'accuser Guidère, pour l'instant je ne sais ce qu'il prétendit spécifiquement sur ce point, mais il nous faut considérer non pas ce qui est intraduisible, mais ce qui précisément l'est. Car on a affaire à une double affirmation, exprimable suivant deux modalités.

D'abord celle de la traduction "à équivalence": le hijab par exemple est l'équivalent, la -traduction- du foulard que mettait la mère de Juppé pour aller à l'église. C'est comme cela qu'il (Alain Juppé) "comprend" le phénomène. Dans ce cadre, on peut mettre en correspondance les choses et donc les "comprendre", c'est à dire les accepter, elles sont les mêmes.

Ensuite celle de la non-traduction admise: les occidentaux ont perdu le sens des valeurs et ne peuvent plus comprendre ce qu'est la foi. Il leur faut donc admettre l'impensable: que des hommes et des femmes en ont besoin, eux, et il se doivent d'autoriser leur culte, sans le comprendre. C'est l'interprétation "ignorante" de la laïcité. Suivant le principe qu'on ne peut que tolérer ce qu'on ne comprends pas, il faut accepter les manies de certains, aveuglément.

On passera sur la traduction "savante", qui réalise par la compréhension des mots l'incroyablement primitif socle des croyances musulmanes, entièrement basées sur le respect absolu d'une autorité divinisée, et donc d'un totalitarisme parfait, image moyen-âgeuse de ce que l'occident mis des siècles à inventer pour finalement y exceller et au combien.

On passera aussi sur l'intraduisible effectif (assez similaire à la traduction savante, au demeurant) et qui consacre la radicale fracture qui oppose les spirituels occidentaux et d'ailleurs asiatiques et l'islam strict, le culte obsessionnel de l'unique autorité étant de fait, incompréhensible et incommunicable, voire insupportable.

 

On concluera sur les actions de communication effective de Matthieu Guidère, dont le rôle dans les médias français est d'expliquer, de traduire la complexité des moyens orients. Force est d'admettre qu'il pratiqua des silences coupables, minimisant de manière systématique la dangerosité, quand il ne la soutint pas, de l'organisation des frères musulmans lors des affaires tunisiennes et égyptiennes

. En ces matières, le compte rendu de son livre "l'état du monde Arabe" publié en 2015 par la revue "Oumma.com" (1) est un modèle du genre. Alors qu'il ne mentionne pour ce qui concerne les frères ni le Soudan ni le Hamas palestinien, il y annonce que la Qatar a laché la confrèrie, l'assistance de la femme de l'émir aux conférences de Karadawi cette année ne valant pas preuve, sans doute, selon lui.

Bref, un expert aux avis suspects, mais dont l'aspect lisse et globalement peu "informatif" a plutôt pour fonction de tranquilliser les esprits troublés. N'a t il pas nié la volonté de l'etat islamique de s'en prendre à l'occident ?

Le fait est qu'à part quelques critiques savoureuses ici ou là (2), rien n'en fait un dangereux personnage. Pourtant il semble bien que comme beaucoup il différencie exagérement le salafisme des frères de celui des autres.

On avait accusé Tariq Ramadan de pratiquer un "double" language. Peut on en dire autant de l'islamologue de Cdansl'air? Et bien non: Guidère n'a pas d'autre roles que celui d'universitaire polygraphe. Par contre il aurait manifestement minimisé l'importance et le rôles des organisations issues des frères musulmans et il reste à estimer comment cela s'est traduit exactement.

(1) http://oumma.com/220170/leclatement-presque-systematique-freres-musulmans

(2) assez marrant : http://parlons-islam.fr/lislamologie-sexcite-vie-privee-musulmanes-470

20/08/2016

Le conatus

L'interview

Encore tout émoustillé de l'interview de Lordon par Judith Bertrand dans "arrêt sur image",  je vais me consacrer à Spinoza. Après Hegel, mais cela est naturel, le célèbre "Spinoza encule Hegel" de Jean-Bernard Pouy ayant marqué une génération, il s'agit de savoir pourquoi.

Tout comme Hegel, Spinoza est idéaliste/matérialiste (on va en parler), moniste, ennemi de l'individu et de la liberté, adversaire de la vérité comme adéquation au réel. Contraire absolu de Descartes, il est un méchant homme, le seul que les juifs aient voulu assassiner, c'est dire. ll est avec Hegel le précurseur de Marx, un sale communiste donc. Mais cela reste à préciser. 

Lordon

On décrira rapidement l'émoustillement de/par Judith, ses grands gestes expressifs fascinants ca y est je replonge, Frédéric Lordon, celui qui fait du capitalisme un totalitarisme, (moyennant toutefois un travail conceptuel adéquat, concède t il), disciple d'Althusser relisant Marx, vous savez celui qui aimait l'expression "faire bouger les choses", qui différencia le jeune Marx, humaniste et rieur, du vieux, grincheux et tout entier dans sa (sinistre) théorie de l'histoire. Mort fou après avoir tué sa femme, il est l'auteur du célèbre "on ne perd rien à la lucidité". 

Le conatus c'est la persévérance de l'objet dans son être, une sorte d'essence, quoi, et qui caractérise la nature et donc aussi Dieu. "Nous sommes tou(te)s des conatus" dit Judith Bertrand. On revient ainsi décidément toujours sur l'émoustillage du très sexuel interview, l'ouverture l'angle alpha geste à l'appui étant ravissant. Il s'agissait d'évoquer la disjonction entre les désirs de l'employé et ceux du patron. Le passage à l'orthogonal signifiant la révolution loin loin dans le futur, mais Lordon reste là dessus pessimiste, comme à son habitude.

La question de la possibilité des luttes fut ainsi abordée, l'érection de la colère pouvant ou non accompagner la soumission, les deux états de l'affect joyeux ou triste, dominant tout, mais la révolte devant venir du triste, le communisme comme "passion triste" donc (héhé). Car le capitalisme néo libéral veut nous rendre content, c'est là tout le problème: c'est lui qui maintenant théorise l'homme nouveau. On retiendra un mot de Deleuze, terrifié par la notion que les entreprises puissent avoir une âme. Bref, on a besoin de Spinoza pour pallier la violence de Marx et tout péter quand même.

Au passage, Lordon se rattache lui même, comme économiste (il définit ainsi l'argent comme le médium de l'échange marchand), à l'école de la Régulation (Robert Boyer), un keynesianisme post marxiste qui décrit la configuration des régulations à l'oeuvre dans la stabilité du capitalisme. Bien sur il est impossible d'être neutre axiologiquement en science sociale contrairement à ce que dit Weber, et l'opinion politique doit être assumée, mais bien sur sans Lissenkisme (autant le dire, bref choucroute).

Il en profite pour définir la science entre la poésie et les mathématiques comme quand il y a du concept, et comme seul le philosophe en produit, vous voyez ce que je veux dire.  

La Substance

Marx est comme Spinoza, matérialiste. 

Bon, d'abord la substance. Alors que Descartes en concevait une infinité, elle est unique ici, ce qui fait de Spinoza un moniste: il n'y a pas de différence âme corps et Dieu EST le monde, en fait, la question demeure: Spinoza ne serait il pas plutôt "pananthéiste", avec un Dieu incluant la nature, mais sur ensemble de, toutefois ? L'identification corps esprit est bien sur très moderne et on lui trouvera bien des adeptes, les conceptions moniques du monde étant légion (pardon j'ai pas pu me retenir) dans les milieux neuroniques des réseaux de l'émergence.

Il n'y a évidemment là dedans aucune différence corps esprit, ce qui en résout le problème, tout cela étant de la même et unique substance. Dieu est ainsi immanent à la nature, et évidemment pas transcendant, on a bien un matérialisme de l'immanence. 

On distingue la nature naturée de la nature naturante, (ce sont des concepts scholastiques en fait), Dieu étant naturant et la créature naturée... Pour Spinoza, le naturant ce sont les attributs de la substance, et le naturé ce sont les modes de ces attributs. Par exemple, le corps est un mode de l'étendue et l'esprit un mode de la pensée.

Il faut voir aussi que du fait de son conatus la nature naturante se produit(crée) elle même comme naturée.

Dieu

On doit décrire l'extraordinaire notion logique de Dieu conçu comme ce qui a pour essence d'exister et donc dont on ne peut, par définition, nier l'existence. Identité de l'être et de l'essence, abolition du temps, il est la substance en-soi. Dieu est ainsi un nom propre, mais celui d'une chose particulière qu'on ne peut penser unique car cela supposerait qu'on pourrait penser son essence différemment de son existence, or les deux choses sont ici identifiées... L'être est donc hors de la pensée de l'unicité. On trouve là l'idée du "comptage" honni par Heidegger (le juif Spinoza compte ses pièces de monnaie), qu'est ce qu'on rigole. 

Au passage il est bien sur infini, avec une infinité d'attributs. Deus sive Natura. 

Spinoza différencie évidemment divinité et religion. Juif hérétique, il ne s'est pas converti au christianisme pour autant, et recommande même de se délivrer de la passion triste qu'est la religion. 

La question de la vérité

Spinoza s'oppose aux interprétations des textes sacrés et veut lire le texte, rien que le texte.

Il récuserait la vérité comme correspondance au profit d'une vérité par cohérence.  Adequaetio versus Convenientia.

"Quant à ce qui constitue la forme du vrai, il est certain que la pensée vraie ne se distingue pas seulement de la fausse par une dénomination extrinsèque, mais surtout par une dénomination intrinsèque."

On pourrait dire ici qu'il cesse d'être réaliste, et donc se trouve avec une notion conceptuelle et donc affreusement idéaliste de la vérité. Inutile de dire que beaucoup en ont profité (Lordon ne se gêne pas par exemple).

La théorie des affects

On a donc le désir, la joie et la tristesse.

Spinoza est une sorte de stoïcien: il cherche la béatitude par l'acceptation libre de sa situation dans la nature, la connaissance de son infini. Car la vertu c'est vivre suivant l'entendement qui vise à comprendre la nature par les passions de la connaissance, joyeuses et actives qui sont le contraire des passions tristes, passives, celles de l'imagination et des sens. 

A partir du concept non orienté de conatus on considère le conatus de l'entendement, conatus étant aussi désir, mais désir de connaissance et donc rationalité. C'est l'association raison/désir/joie/vérité qui fait notre Spinoza, la fusion raison/désir étant précisément ce qui a à son origine le fameux conatus.

Le conatus n'est pas volonté de puissance, mais y ressemble, il se réalise dans les actions joyeuses et se trouve meurtri par la tristesse passive. C'est le désir qui produit les valeurs et le bon. Le désir est de plus défini intellectuellement: le désir est un appétit dont on a conscience. 

La question de la liberté

Bien sur, il n'y a pas de liberté, tout étant causé dans la nature par une chaine indéfinie de causes.

C'est la partie la plus difficile à avaler, naturellement, mais il fallait s'y attendre, c'est la conséquence inévitable du monisme. Il faut bien en voir les cotés à la fois paradoxaux et profondément modernes, le rejet de la transcendance et l'acceptation du monde en étant les soutiens. 

Bien sur la liberté orgueilleuse des cartésiens est basée sur l'oubli du mécanisme des affects. Mieux, c'est la croyance en notre "liberté" qui nous fait souffrir, et l'illusion de notre libre arbitre qui nous pousse à ne pas mieux nous connaitre. La liberté est psychologiquement mauvaise, donc. De quoi ravir toutes les éducatrices du monde. 

Ainsi, pour Spinoza, la liberté n'est qu'en acte, elle est mouvement des corps, telle leurs chutes. Encore mieux: l'illusion du libre arbitre pourrait être bon, mais pour motiver le peuple. Le rêve total du théoricien des sciences sociales, tu parles comme Lordon a du être content quand il a trouvé tout ça. 

On a ainsi un maitre du soupçon en plein XVIIème siècle, avec la double caractéristique, typique, d'à la fois dénoncer et décrire l'illusion, et forger ainsi une belle épée qui ne demande qu'à être utilisée, et beaucoup ne s'en sont pas privés. 

Hegel et Spinoza

La question est posée par les marxistes bien sur et Lordon trempe là dedans, la volonté d'Althusser de couper Marx en morceaux (comme sa femme) étant le thème de la chose. 

"Omnis determinatio est negatio": pour Spinoza, il n'y a pas d'individu, la détermination particulière étant négation, donc non existence. Il n'y a ainsi pas de réel, et c'est ce qui caractérise Spinoza comme "oriental": la plongée dans l'unique substance étant le but ultime. 

Evidemment pour Hegel, la substance sans subjectivité ne convient pas, celle ci étant l'absolu, d'accord, mais sans l'auto réflexion qui construit l'Esprit. 

Mais d'abord Herder réhabilita Spinoza ! Jusque là considéré comme un athée et un destructeur de la religion et de l'état, il devient un organiciste qui nous libère du physico-mathématique, tiens tiens... Bref, Spinoza est à la mode à Iéna, il donne de quoi taper sur Kant, lui même son ennemi radical et qui voyait la substance comme "chimère", en tout cas tout sauf transcendantale ! 

Hegel considéra Spinoza comme un point de départ, qui ignora avec son dieu substance absolue la capacité de la négation à se nier elle même conduisant à ce qui dépasse la substance c'est à dire l'Esprit, porteur et ça c'est Hegel de la négativité dans l'Absolu, ce que les spinozistes n'ont pas. Hegel introduit la métaphysique de la subjectivité, celle de l'Esprit Absolu comme sujet. 

Pourtant, le grand vent panthéiste souffle: Hyperion de Hölderlin parait il, et Schelling fut ouvertement spinoziste.

Hegel va tout de même faire de l'absolue une totalité substantielle et aussi valoriser la spéculation par rapport à l'entendement, celle ci pouvant seule penser les contraires... En gros, le spinozisme l'aida, mais Hegel, c'est autre chose.

Pour conclure, il parait que  Spinoza était violemment misogyne, une sorte de Zemmour de l'époque. C'est pour cela que je ne peux l'approuver sans doute.