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14/05/2017

Les théories de la valeur.

Les valeurs

On va commencer par les fondamentaux. Un bref cours de base. 

On a d'abord les classiques et la théorie de la valeur dite "travail", qui attribue au travail la source de la valeur. Puis les "néo-classiques" qui introduisent la théorie de la valeur dite "utilité marginale" qui considère la valeur comme pur épiphénomène, une adaptation. Marx est un classique.

Smith inventa la valeur comme travail mais comme ce qui permet de commander le travail des autres tandis que Ricardo décrivit la valeur comme travail incorporé dans les biens reproductibles. Pour Smith, la richesse n'est donc ni physiocrate (avec la terre comme origine) ni mercantiliste (avec l'argent comme support). Il modélise le prix comme somme des 3 origines du bien: rente, profit et salaire. On a donc un prix "naturel", les prix effectifs "gravitant" autour au gré des circonstances. Cet étalon de valeur, le travail, se trouve en concurrence avec d'autres objets, l'or, ou le blé, mais c'est une autre histoire.  

Ricardo critique cette histoire d'étalon et introduit une valeur liée à tout ce qui a permis la fabrication de l'objet, il introduit de plus une échelle de valeurs permettant de comparer les valeurs sans étalon fixe. 

Il est à noter que pour Ricardo, la rente est un prélèvement indu: il prône dans l'Angleterre de la révolution industrielle l'étatisation des terres. Notons que le profit lui est légitime: il est un travail accumulé. 

Parmi les classiques, il y a pourtant Say qui attribue la source de la valeur à l'utilité du bien. Contrecarrée par Smith et son paradoxe de l'eau et du diamant, cette théorie devient acceptable avec la modification néo-classique de la valeur "marginale" du bien, l'unité supplémentaire d'eau (la goutte) ne valant vraiment rien... On arrive alors à la théorie de valeur dite symétrique, sans valeur intrinsèque, uniquement issue de l'équilibre offre/demande de Walras et Pareto. 

Faisant un petit aller retour chez Marx: pour lui, qui reprend Ricardo, le travail est bien incorporé dans la valeur, mais la valeur d'échange est socialisée par les hommes. C'est ce qui lui fait dénoncer le "fétichisme" de la marchandise pratiqué par ceux qui veulent mettre la valeur dans la chose... Il introduit aussi la notion de plus value qui est la différence injustifiée entre valeur d'échange et la valeur travail, l'équivalence entre profit et plus value étant son théorème fondamental.

Quelques compléments méritent alors d'être introduits.  

Le Marginalisme et les néo classiques

D'abord que la théorie de la valeur devient vite celle de la formation des prix. C'est l'approche moderne, la valeur n'étant que l'entité conceptuelle origine de la décision d'y mettre le prix. Pour Walras, elle est la "rareté", mélange de source de désir et de difficulté à obtenir qui motive l'allonge du bifton. De fait, la valeur s'exprime par un prix, qui varie continument.

Ces gens sont les "néo classiques": Walras et Pareto forment l'école de Lausanne, Jevons (puis Marshall) celle de Cambridge, et Menger l'école Autrichienne. Tout cela ira de 1870 jusqu'à la crise de 29. Marshall, mort en 24, considérait l'économie comme achevée par son livre, "Principes d'économie politique".

Il faudrait expliquer pourquoi on veut et on doit accoler le mot "politique" à "économie": en fait c'était l'expression originale, datant du XVIIème siècle,  et ce serait Jevons qui simplifia en parlant d'économie tout simplement ! 

Notons que Jevons est un disciple de Bentham, l'utilitariste inventeur du panopticon, il pense "utilité" ou plaisir marginal. Marshall est son successeur. 

L'identification de la valeur à l'"utilité marginale", c'est à dire au prix de la dernière unité acquise constitue ce que Schumpeter appelle la "révolution de la théorie de la valeur". De quoi s'agit-il? Voyons la demande: elle est fonction d'une utilité employée de chaque bien acquis. Quand un certain volume est acquis, on arrête d'acheter. Le dernier bien acquis est à un prix, dit marginal terme qui s'applique en fait à la dernière consommation faite. C'est le prix du bien. Cette assimilation de la valeur à celle de la marge suppose une forme de courbe particulière qui lie prix et quantité plongés tout deux dans le raisonnement utilitariste: si le prix monte, l'utilité marginale décroitra et DONC la quantité commandée diminuera d'autant... Cette introduction du troisième terme, l'utilité comme mesurée par un montant variable de valeur d'échange avec un maximum possible constitue l'essence du marginalisme, inventé par Jules Dupuit (1844) qui lui, identifie utilité avec valeur d'échange maximale. 

Citons Walras, le socialiste né en 37, d'ailleurs partisan lui aussi de l'étatisation des terres et théoricien de l'équilibre général.

Puis Marshall, le maître de Keynes: il réintroduit le coup de la valeur de travail en parlant prix de production, en fait en voulant calculer le prix des choses. Au delà de la valeur, il s'agit de trouver l'algorithme qui lit production et demande avec comme point fixe le croisement de deux courbes. On a ainsi une théorie de la valeur "symétrique", le marginalisme étant appliqué AUSSI à la production. Simplement cela est plus difficile à concevoir et suppose des considérations variées.

D'abord que le cout de production fait partie de la valeur, on revient un peu aux classiques mais en déclinant: c'est uniquement sur le long terme, à court terme, c'est la demande qui est prépondérante. Puis que l'on ne raisonne que par branches et non pas sur toute l'économie, c'est le fameux "ceteris partibus". Ensuite, qu'il faut que les rendements soient décroissants, en fait décroissants à terme: Marshall conjugue les lois de rendements croissants (les fameuses aiguilles de Smith) et de rendements décroissants (les terres moins fertiles de Ricardo), l'important étant que les rendements ne soient pas constants. 

Cette nécessité de la loi des rendements décroissants mérite le détour et là je me lance, car on ne la trouve pas vraiment bien expliquée. Elle est due à l'"algorithme" de marche vers l'équilibre qui ne fonctionne QUE si les deux courbes demande et offre sont convexes ! Dans le cas contraire il y a divergence dans au moins certains cas, suivant que la marche part d'une zone ou d'une autre de l'espace. Ces modélisations mathématiques variées font les délices des néo-classiques qui s'en amusent à un point extrême, mais le point est là.

C'est cette non complètement satisfaisante modélisation de l'offre qui fit l'objet d'une dénonciation destructrice de Piero Sraffa en 1925, celui ci remettant en cause la notion de concurrence parfaite pour introduire à l'étude de la concurrence monopolistique. Sraffa prônera le retour à Ricardo et cherchera à réinstaurer un étalon de valeur. 

Il parlera de compter dans le salaire, en plus de la subsistance, une part du profit réalisé et surtout caractérise le salaire comme "post factum". La décision est d'importance...

Sraffra, connu surtout pour son travail de réédition des oeuvres de Ricardo se fait remarquer aussi en 1960 lors de la querelle des 2 Cambridges, entre Robinson (UK) et Samuelson (US), sur la comptabilisation des machines et donc la valeur des biens de production. Les keynesiens voulaient la considérer nulle, et les néos classiques la conserver. Sraffra prit position en détruisant tout comme d'habitude et en réutilisant des concepts marxistes de comptabilisation. 

On pourra alors dire qu'il continue d'y avoir deux théories de la valeur, l'une de Ricardo à Marx et Sraffa, basée sur la répartition et une conception intrinsèque, classique de la valeur, et l'autre depuis Say, Walras, Samuelson, basée sur la rareté marginale, la répartition n'étant que secondaire. Le débat est toujours actuel, s'identifie au conflit droite gauche ou libéralisme contre "socialisme", celui ci se modulant suivant encore d'autres circonvolutions. 

...

 

L'équilibre général

On finira sur l'équilibre général de Debreu et Arrow, le prix Nobel de Debreu datant de 1983. Walras avait raison, donc. C'est le livre "Théorie de la valeur" de Debreu. 

En gros, en 1953, Arrow et Debreu démontrent mathématiquement l'existence d'un équilibre général possible des demandes et des offres basées sur les prix.

Mais il faut mentionner aussi, en 1973  le théorème de Sonnenschein-Mantel-Debreu qui montre qu'on peut en réalité obtenir n'importe quoi, les fonctions de demande nettes pouvant être quelconques. La main invisible existe, mais peut faire n'importe quoi... 

10/05/2017

Xylophagies Macronésiennes

Pardon pour le titre empoulé, mais il y a pire.  On aurait du parler de xyloglossie, ou de xylolalie. La « langue de chêne » (yazik dub?)  russe, qui date du tsarisme, d’ailleurs. Ce sont les langues de pouvoir, la « lingua tertii emperii » nazie en étant l’exemple le plus affreux (1). Macron en est un locuteur, permanent et insupportable.

Cette réthorique là est étudiée, connue et analysée. Toute une partie de la culture et de l’intelligence s’y consacre, pour notre plaisir, notre élévation et aussi notre clairvoyance.

Pour commencer, on se réfèrera à http://g-langue-de-bois.fr/ dont le générateur, du premier coup nous produit ça:

« la dynamique vertueuse fait ressortir le réel attrait d’un rassemblement des conditions de base pour construire sa vie et envisager son avenir. »

Au détour d’un raid sur le twitter de Macron, j’ai réalisé la profondeur de l’absurde langage de celui que les sondages annoncent gagnant. Comme en fait ils annoncent un état de l’opinion avec une bonne moitié d’indécis, il convient de tenter de dire à ceux là ce qu’on pense de leur hésitations… Car les commentaires des saillies du monsieur sont partiellement accablants: bien souvent tout passe inaperçu.

Bien sur pas pour tout le monde, la chaine Youtube ridiculeTV:  https://www.youtube.com/channel/UCIu1KhZAvIiujTIgNAz22sQ parait il faite par des fillonistes (des talentueux vidéastes fillonistes) offre un florilège incroyable de macronneries indicibles.

Il faut citer, et notamment les perles les plus belles. Elles sont constituées de fragments de discours en forme de slogan, que l’on peut reprendre dans sa tête ou retweeter, tout simplement. Toutes candidates à un passage par « ridiculeTV », avec des commentaires du Camelot d’Alexandre Astier pour en dénoncer le vide de sens, sous la critique de la grosse reine qui elle y est sensible, on peut les collectionner.

On a ainsi sur ce compte twitter là le plus remarquable amas d’exemples de la langue de bois la plus grasse, la plus construite, la plus dénuée du moindre sens autre que sa fonction: stupéfier, terrifier, perturber. Car l’acceptation de ces absurdités change l’auditeur et c’est le rôle de ce type de parole: dominer, essentiellement. C’est en cela que ce type de discours, inventé et mis en pratique par tous les socialismes et en fait, et oui, fasciste.

Le mot peut sembler fort pour désigner le successeur de Hollande, le timide freluquet qu’on pourrait croire efféminé, chienchien à sa mémère. Il ne l’est pas: ses fadaises centristes sont un refus profond de tout débat, de toute opposition, de toute politique en fait. Il ne veut rien faire et l’imposer à tous au nom d’un consensus sous son autorité qui est le propre du fascisme, lui seul pouvant donner sens à la destruction totale du sens, qu’il organise avec son langage truqué.

Il hérite ainsi de ses mentors dont Ségolène Royal, son soutien discret n’étant pas douteux en est un, la capacité d’émettre le  langage frelaté de la fausse connivence politiquement correcte. C’est la plus horrible chose qui soit au monde, la plus destructrice du lien social et symbolique qui unit le citoyen à l’Etat. On l’a vu cinq ans et cela veut continuer à tout prix, il est là pour ça et il fait le maximum.

Il faut noter que l’aspect absurde voire délirant de la démarche s’est accentué depuis le premier débat, on atteint ainsi maintenant (début avril 2017) régulièrement des sommets et cela se voit ici.

 

Voyons voir la collection.


Une constante, l’adjonction pour faire sens de plusieurs (au moins deux) significations distinctes juxtaposées qui semblent se renforcer l’une l’autre. Trois cas suivant que les deux significations se contredisent, se répètent ou tout simplement n’ont rien à voir.

Par exemple:

« Je défends l’ouverture et l’esprit de conquête. »  Rien à voir.

« Nous allons sortir du passé qui ne veut pas passer. » Se contredit.

« La société est formée à moitié de femmes et à moitié d’hommes ». Evidence

 

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Le multiple ne nuit pas. A partir d’un terme, ou d’un thème, on peut tripler la dose:

« l’emploi des autistes sera encouragé par une reconnaissance des entreprises inclusives. »

« Nous allons sortir des divisions, sortir de la Françafrique, sortir de tout ce qui nous a tués. »

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Parfois, l’articulation des qualificatifs les renvoient les uns aux autres, par exemple dans le très réussi:

« J’ai décidé de franchir une nouvelle étape pour aider la France à se transformer elle aussi. »

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Une constante, la nuance qualificative. Une affirmation doit être paradoxalement qualifiée par son contraire pour la nuancer et en établir la mesure. Bien sur cela en modifie substantiellement la portée et souvent prête à rire car précisément cela détruit le sens global, en montrant une volonté de dire « tout et son contraire » c’est à dire d’accorder à tout prix des contraires.

« Nous aurons une politique de tolérance zéro : à l’égard de la délinquance et à l’égard des abus des autorités policières ».

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Ici on l’introduction du quantitatif (le doublement) mais dans un domaine qu’on ne peut établir que qualitativement (le manque): une merveille:

« Protéger, c’est aussi soigner. Je veux doubler les maisons de santé partout où le soin manque. »

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Une constante: le « nous » qui alterne avec le « je » des exhortations, il  est descriptif et généralement transforme la foule en quelquechose:

« Nous sommes le projet qui protège les Français. »

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Une magnifique double adjonction en forme d’écho; le « rien à voir » est ici doublé:

« 50 milliards d’euros pour investir dans le numérique et l’écologie. Pour changer nos manières de produire, de consommer. »

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Une figure triple avec double don, qui plus est redoublé:

« Nous redonnerons de l’espoir par le pouvoir d’achat. »

Qui complète harmonieusement le:

« Nous redonnerons de l’espoir par la culture. Elle est ce qui nous fait peuple. »

et aussi :

« La France a besoin d’espoir et nous ramènerons l’espoir par l’école ! »

et aussi:

« Nous redonnerons de l’espoir par le sport. »

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Les allusions sexuelles. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il y a du sexe chez Macron, mais sous une forme cachée délicatement masturbatoire:

« Un lien pour recréer la sève de la République et ses principes. C’est la force des patriotes. »

« Nous sommes l’alternance profonde »

« Il faut créer un nouveau rapport à l’autorité et à la police. Je créerai une police de sécurité quotidienne. » (ici le rapport quotidien en plus à l’autorité, fait sens).

« Je mets mon énergie à faire plutôt qu’à durer ! »

« Nous allons porter l’alternance véritable qui rassemble des femmes et des hommes jusque-là divisés. »

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Parfois, on passe dans le néologisme, mais qui évoque un soupçon: ici par exemple, disposer de deux langues a un coté sexuel, ou mensonger, en tout cas, vaguement inquiétant, les « humanités » renforçant le coté bi… Notons bien que bilangue n’est pas bilingue.

« Je veux rétablir les classes bilangues, je veux rétablir l’enseignement des humanités. »

 

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Une belle répétition (le slogan est martelé régulièrement) qui avoue la responsabilité (il était au pouvoir les 5 dernières années) et aussi  l’irresponsabilité (il ne l’était pas avant):

« Nous allons tourner la page, non seulement des 5 dernières années, mais des 20 dernières années. »


Les allusions à ce que suscite un tel langage sont parfois fièrement provocatrices, quitte à être un peu douteux:

« Nous sommes l’alternance profonde : c’est pour cela qu’ils nous détestent autant, mais c’est pour cela que nous gagnerons ! ».


Le charme du ni droite ni gauche contradictoire atteint parfois des sommets:

« Cela fait 20 ans que nous sommes bloqués par le balancier permanent entre la droite et la gauche. »

Bloqué par un balancier ! Il fallait y penser.


En économie, le principe du rapprochement entre les deux directions du monde  s’applique aussi:

« Il faut réconcilier ceux qui investissent et ceux qui travaillent. »


Parfois le constat est sévère, voire paradoxal au point d’être gênant: faut il éviter d’aller à l’école, voire de fréquenter des professeurs ?

« Aujourd’hui l’école creuse les inégalités de départ ! »


Le pléonasme redoublé, il fallait y penser et ça marche, cela se renforce, même:

« Nous devons parler d’orientation plus, et plus tôt. Faire venir des professionnels à l’école, présenter leurs métiers. »


 

Délicate opposition entre des comparables, avec un soin laissé à la formation du sens qui force l’admiration:

« Le vrai clivage de cette campagne est entre les patriotes et les nationalistes. »

Car il faut vouer le nationalisme (« le nationalisme c’est la guerre ») au gémonies.


Il faut creuser davantage et vraiment. Sans craquer:

« Je recréerai un véritable creuset national. »


« Le service civique, l’apprentissage… il faut multiplier les voies qui permettent aux jeunes de sortir des sentiers battus ! »

Ainsi donc on va multiplier les sentiers battus pour en sortir!


Une  triple adjonction, le sel étant donné à tout ce qui ne compare pas:

« On doit redonner du sel à un engagement, à de l’ouverture. »


Certaines conclusions sont paradoxales et attirent l’attention:

« On a un paradoxe français : on n’aime ni la réussite ni l’échec ! Il faut dédramatiser l’échec. »

Cette priorité donnée à l’échec est un effet. Prémonitoire sans doute.


Là on a une figure en forme de double sens évident: qui mieux que les enfants des quartiers pour… ?

« Qui mieux que les enfants de la République comme ambassadeurs des quartiers ? »


On peut se trouver fasciné par les différentes modalités de l’action. Par exemple, ici, on peut compléter la mobilité ou bien l’entreprenariat mais l’assonance « mobi » domine:

« On facilite l’entreprenariat qui est un élément de mobilité économique et sociale. Il faut la compléter d’une mobilisation sur le terrain. »


Le baroque peut parfois mettre les voiles,  à la proue de la volonté, le présent confirmera le futur annoncé en lequel, il faut le noter, on croit:

« Je crois à la croissance bleue. Elle passera par une politique d’innovation très volontariste dont l’Ifremer est la tête de proue. »


Parfois on dissipe des doutes. Le soin à l’agriculture (on avait pensé à l’oublier) sera à la fois permanent et fort. Le coté sexuel est indéniable.

« Oui, dans mon gouvernement, il y aura bien un Ministère de l’Agriculture. Il sera fort et à plein temps ! »


En parlant d’agriculture, au cas où les paysans n’auraient pas à s’occuper avec l’argent qu’on leur donne:

« Mon plan d’investissement pour l’agriculture permettra aux paysans de garantir le bien-être animal »

Sans parler de la sécu pour les bêtes:

« Je ne connais pas un éleveur heureux avec des animaux malades »


 

On trouve une tendance à récupérer le sens à son avantage mais en même temps, il y a quelque chose de forcé:

« Marine Le Pen vous désigne aujourd’hui comme son adversaire principal. – Elle a raison. »


En tout cas, on trouve, dans le langage, une volonté de nuance; le ni ni est patent:

« Je veux être un président engagé : ni suractif, ni en retrait. »


Parfois les priorités se multiplient, au point d’égarer: (elle est pas bonne celle là?)

« C’est par l’accessibilité que nous garantirons la participation de tous à la vie sociale. J’en ferai l’une de nos priorités. »


L’utilisation de l’anglais pour lutter contre les discriminations n’est pas à négliger:

« Nous lutterons contre la discrimination à l’embauche des personnes en situation de handicap en généralisant le testing et le name and shame. »

Le software c’est le hardware: « Il y en a qui pensent que quand on fait des choses par le numérique, ça n’existe pas. Non : le numérique, c’est du matériel. »


Au delà du sexuel il y a un sommet de politiquement correct, en fait limite:

« Le Premier ministre sera choisi sur des critères d’expérience et de compétences. J’aimerais que ce soit une femme. »


Un doublement classique:

« Il n’y aura pas de vraie relance sans une politique de relance européenne »

Encore un doublement, celui là pléonasmique, mais associant passé et avenir:

« C’est à partir de notre histoire commune que nous écrivons un avenir commun. »


On a aussi des passages d’idées, voire des communications sur les convictions, mais on ne peut s’empêcher de les masquer quelque peu.

Il y a dans certains choix politiques, par exemple l’abandon du paritarisme en matière d’assurance chômage, une franchise programmatique claire, pas si éloignée du revenu universel. Il n’en demeure pas moins que l’argument reste défaitiste:

« Le chômage est devenu un vrai risque social qui touche tout le monde et doit être financé par l’impôt. »

Mais il y a aussi, dans l’européisme forcené, de quoi faire peur si les allemands sont meilleurs que nous:

« L’excellence est tout sauf un gros mot. L’excellence dans l’école publique, c’est la vraie méritocratie européenne. »

Il y a aussi les aveux déguisés:

« Je suis contre la GPA. Je ne souhaite pas l’installer en France. »

Sa pratique encouragée hors de France satisfaisant les besoins, bien entendu.


L’adaptation est un thème important: quoi de mieux que les flexibilités pour s’adapter aux contraintes, tout cela est réuni.

« Les contraintes naturelles et géographiques de La Réunion supposent d’utiliser toutes les flexibilités. »


Il y a aussi les honneurs déjà rendus, mais qu’on renforce, quitte à innover:

« Je souhaite que soit rendu hommage à tous les anciens combattants. Pour eux, je recréerai le Mérite Combattant. »


Tout ce qui concerne le plus de mooooyens  doit être renforcé:

« Il faut donner à la France les moyens d’une autonomie stratégique accrue. »


Pour finir la dernière phrase de son discours de conclusion lors du deuxième débat:

il faut « renouer avec un optimisme volontaire ».

L’expression, déjà utilisée par Hollande en 2012, a une variante « je suis un optimiste de la volonté ».


Il y a pire, voir même inquiétant, à la limite de la folie, sur le thème de la réconciliation:

« Pensez printemps mes amis, c’est réconcilier l’ambition et le réel »

« La réconciliation cohérente que je propose et le projet progressiste assumé sont de nature à réveiller des initiatives très fortes au niveau de la société »


 Quadruple composition, l'expression "promesses non tenues", parce que venant spontanément à l'esprit, étant rejetée et imposée vicieusement en même temps: 

"Je veux que l’Europe soit digne des promesses d’hier pour porter les promesses de demain."

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Certains slogans sont répétés: « L’alternance profonde » est présent dans plusieurs discours et tweets variés. Le qualificatif de profond pour désigner la « ternance » figure répétée trois fois sans doute, a, on l’a vu, une connotation sexuelle enthousiasmante. Elle est aussi sans doute une allusion au « gouvernement profond », le complotiste directoire à qui sans doute on veut s’allier, ou dénoncer, c’est selon…

Pour conclure, l’horreur de ces abominations soulève un tel dégout (cette expression là me parait douteuse, mais je la garde) que nous en sommes maintenant à la haine, et au refus d’un résultat défavorable de l’élection. Les tenants de cette saloperie prennent un risque et un sort funeste pour les tenants de l’alternance profonde est à prévoir si ça se passe bien pour eux. Tout, absolument tout sauf Macron.

 


(1) Sur le livre de Klemperer, https://germanica.revues.org/2464

(2) Une couverture du thème: https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2010-3-page-33.htm

(3) Philippe Murray avait prévu Macron !  http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/04/05/31001-20170405ARTFIG00239-macron-fillon-debat-presidentiel-philippe-muray-avait-tout-vu.php

 

07/05/2017

Le carré de Nolan

On connait ce parangon de l'intellectualisme politique, la division des opinions en 4 par le croisement des deux subdivisions des intérêts humains, sociétaux (comme on dit) et économiques. Quatre cases et on se plait à dire que la récente élection française a mis au premier tour des représentants des quatre positions, le second tour actant le choix entre ce qui fut prétendu: la liberté totale contre l'autoritarisme total. 

En fait, les choses ne sont absolument pas celles là, et on va le démontrer. 

Tout d'abord, le fameux carré oppose conservatisme et libéralisme dans les deux domaines. Tout étant affaire de degré, on acceptera de dire que Fillon est conservateur et Macron libéral dans le domaine sociétal. Immigration, mariage gay, rapport à l'autorité, relation avec l'histoire, Fillon a beaucoup insisté dans ce domaine, et se trouvait en en désaccord radical sur ces points avec son adversaire. 

Notons toutefois deux étrangetés:d'abord que Marine Le Pen deux fois divorcée, vit en concubinage, est entourée d'homosexuels partisans du mariage gay, et a pris des libertés avec les lois sur le financement politique. Même si on pourrait considérer François Fillon féministe pour un ollé ollé financement limite de femmes au foyer, il n'y a pas vraiment à hésiter: le front national s'est dédiabolisé sur toutes ces questions, et à part l'appartenance de certains de ses fondateurs à la Waffen SS ou à l'OAS combattante, n'est plus vraiment différent, à part l'immigration, d'une France tout aussi insoumise, pardon, ils sont trotskystes, ou ex, et ce n'est pas pareil, comme dirait Renaud dans la chanson "Le HLM": 

Au quatrième, dans mon HLM
Y'a celui qu' les voisins
Appellent " le communiste "
Même que ça lui plaît pas bien
Y dit qu'il est trotskiste!
J'ai jamais bien pigé
La différence profonde
Y pourrait m'expliquer
Mais ça prendrait des plombes

Bref, le coté "conservateur" du FN, sur le plan des moeurs laisse à désirer. Ne pas en être persuadé depuis longtemps, connaissant la vie turbulente du père est un aveuglement. De plus, vouloir conserver l'Algérie et faire français dix millions, maintenant trente de maghrébins inassimilables, c'était faire preuve d'une grande ouverture d'esprit, au moins aussi grande que celle qui consista à vouloir faire l'Europe avec Hitler, mais là on se rapproche d'un autre paradoxe, on y reviendra. 

Tout cela pour dire que le conservatisme "réel" n'est pas celui là, et ses véritables partisans pourraient réfléchir, il n'y a pas, et c'était mon point, de conservatisme hors de la droite maintenant entièrement républicaine le reste n'étant que chimère vomitoire, je le sais, j'ai voté Le Pen ce matin. 

Le résultat du premier tour montra de plus qu'entre 2012 et 2017, le sociétal n'avait pas bougé: droite et gauche culturelle se partagent exactement à 50 pour cent. Mâtiné du fait que le FN compté ici à droite est en fait à gauche, on a bien un 70/30 en faveur du libertinage, le souci des traditions ne se matérialisant que par le rejet de l'immigration que les attentats n'ont ni entamé ni renforcé, donc. Ce paradoxe central est le coeur de la démonstration: le peuple content, baise sentimentalement à l'ombre de. 

A l'ombre de quoi? Et bien de l'autre clivage, l'économique, dont les années qui viennent de s'écouler ont renforcé la haine du libéralisme: 10 points de chaque coté passent l'arme à gauche depuis 2012 pour désirer la prébende, et les gaspillages insensés. 200 Milliards coté Mélenchon (le plus fou fou) et 100 Milliards seulement coté Le Pen (un souci louable de tempérance).

Si l'on veut se persuader d'un peuple adulte libre de ses choix, et de l'expression cohérente et à propos de ses volontés, il faut y aller: le signal est clair, nous avons décidé de devenir le Venezuela, il faut se soumettre à la volonté générale.

Ainsi donc indifférent à l'actualité, le peuple veut des subventions, voilà la leçon du premier tour que Macron va devoir gérer.

On passera ainsi rapidement sur la France dite insoumise. Perdue dans la folie d'un brave sénateur socialiste vieillissant devenue bolivarien, elle est aux fraises, simplement forte de quasiment 20% des voix, après un écrasement des frondeurs malgré tout insuffisant. 26% de socialisme déconneur, le PC de la grande époque. Macron fait 24, et voilà la gauche de la France. Si on compte 1,6 % de trotskistes , on a donc de quoi assurer, vive la sociale! Libéraux sociétalement, les insoumis ont tout de suite commencé à se disputer avec les communistes, qui il est vrai, ne comptent plus pour grand chose, malgré la lutte des Michéa et autres crypto clouscardiens en faveur du vrai brun rouge, le rouge brun. Cette étrange alliance, celle de la morale naturelle qui serait celle du prolétariat quand il n'est pas dans la vraie misère totale, dans ce cas, comme en chine, il se met brutalement à pratiquer le cannibalisme, conduit donc à mépriser le libéral sociétal, qui avec l'accueil illimité des migrants est pourtant la pierre de touche du vrai christianisme et pourtant le caractère fondamental de la vraie gauche. Les insoumis n'ont pas voté Le Pen au second tour, préférant de loin s'abstenir. Ils sont en fait trop attaché au "libertaire", bien sur, c'est à dire aux migrants en général... 

Il faut aborder les théories de la domination, le peuple opprimé économiquement et qui veut la fin de la lutte de tous contre tous, tu parles, aurait (l'idée est excellente) cette envie d'un politique qui serait d'abord de répondre à l'appel des victimes des révoltes passées qui échouèrent. Cette idée de Benjamin, base de réflexions indéfinies de toute une philosophie de la gauche éternelle, veut célébrer la question du peuple qui ne se révolte pas ou dont les révoltes échouent toujours...  Vieux sentiment fondateur de la gauche, sans doute. 

Parlons en de Macron. Clairement libéral sociétalement, (on ne saurait mieux dire), il serait libéral économique. Tu parles et c'est bien la deuxième illusion: il ne l'est pas du tout. D'abord sa relation à l'étatisme est caractérisé: suppression du paritarisme pour la gestion du chômage, suppression des mutuelles étudiantes, intégration du RSI dans le régime général, il nationalise le social et cela est le coeur de ses propositions: state is back. 

Comme de plus il "investit" en profitant (il a le culot de le dire) des bas taux d'intérêt, on a un état emprunteur de dernier ressort, en charge de tout, à sa guise. Le résultat est le maintien, et le renforcement de la politique de gaspillage assise sur l'emprunt que mène l'état français depuis trente six ans. C'est écrit, c'est prévu et les gentils trentenaires, dont la pratique très hypstérique des modes de vies branchés qui se veulent libéraux dans tous les sens du terme, vont devoir passer à la casserole que mérite leur attitude efféminée et se faire trombiner par un socialiste, mais cela les arrange, leurs parents ont encore un peu d'argent. 

On pourrait parler de réduction de dépenses publiques, mais à part les économies qu'il chiffre comme Hollande chiffrait les siennes avec le succès que l'on sait, mais j'y pense, il était son ministre de l''Economie", et bien il n'y en a pas, et ce n'est pas le sujet, bien le sur. 

On pourrait parler de réduction de la fiscalité: charges sociales et impôts (au pluriel) sur les sociétés: ils ne s'aggraveront qu'un peu et celle des "entreprises" n'est réduite que de 12 GE (capital + IS), ce que proposait Fillon, qui lui ajoutait 30 GE d'autres réductions. Le bilan global du changement de l'imposition est quasi nul. 

http://www.ifrap.org/budget-et-fiscalite/depenses-et-recettes-ce-que-nous-proposent-le-quatuor-de-tete

On a donc la stricte continuité un peu énervée de la présidence Hollande. Rien à boire et rien à manger. Cette position dans le libéralisme économique est donc totalement  usurpée: Macron ne réforme pas et reste un socialiste gaspilleur, il sera élu pour cela et a globalement le soutien des autres, leurs murmures pro libéraux n'étant que ce qu'on a vu sous Hollande: de la folie mièvre, pour s'attirer les bonnes grâces des sociaux démocrates allemands, en charge de persuader l'Allemagne de donner de l'argent, sinon ce sera Le Pen... 

A droite, cela aura été l'explosion, mais bien pire: d'abord la défaite, imméritée, mais aussi les engueulades, qui ont des raisons profondes.  Dans les deux axes. 

D'abord le social: indifférentes à l'immigration, les classes supérieures françaises méprisent maintenant ouvertement ce qui n'est pas leur monde et qu'elle assimile non seulement à l'africain, mais au ringard sans dents: pour elle il n'y a qu'un seul tiers monde mondialisé, l'antiracisme c'est ça: que les pauvres s'aident entre eux, c'est leur destin. 

De l'autre coté, ceux qui savent bien que la nation souffre et pas seulement de sa pauvreté: de la disparition et de l'humiliation de ses habitudes anciennes et cela dans tous les domaines, au point que rien ne vient remplacer ce qu'on aimait bien et qui se trouve donc perdu, à quoi bon finalement ? Tristes et vaguement désespérés, ils savent que la révolte contre ce qu'on assimile au temps qui passe est impossible, et  ils prennent leur coup de vieux en patience, soit en se retirant du monde, c'est la fameuse habitude du vote FN que les médias exploitent, on va en reparler. Ils peuvent aussi confusément espérer que quelqu'un se lève et se mette à bien parler. Fillon fut une tentative, il n'y en aura peut être pas d'autres.

 

Ensuite l'économique: même principe mais dans l'autre sens, la peur de la révolte et de la rue oblige au maintien des subventions aux professions protégées fonctionnaires et salariés. Le centre droit est donc très prudent et se refuse à la brutalité que seuls les libéraux de droite, classé cruel donc radicaux veulent instaurer. Il n'y aurait parmi eux que des retraités, déjà tiré d'affaire, ou pire des cathos tradis adepte des macérations. Même mépris raciste pour ceux qui pourraient porter à raison un vrai souci portant sur le réel: celui d'une nation qui se refuse à l'effort, à la lucidité et donc à la réforme d'importance maintenant absolument nécessaire. 

Car on peut parler bien de certaines choses. Alors que la mièvrerie ou le cynisme affiché dégoute ou inquiète, on peut simplement et sérieusement rappeler les fondamentaux de l'humain et de la nation sans en faire un jeu vicieux ou un ridicule, simplement en respectant ce que croient ou ont cru bien des gens. Mais cette sentimentalité là est bien personnelle. J'ai cru entendre dans la parole de François Fillon ce qui me donnait une confiance simple en quelque chose de partageable et de commun. Et bien cela n'aura pas d'effets. A la prochaine fois, s'il y en a une, et cela n'est pas certain du tout. 

Décus et hostiles, un grand nombre des petites mains et d'humbles cultures ont rejoint le négatif d'un parti repoussoir attirant : ils ne savent qu'une chose, que les grands bourgeois qui devaient jouer leur rôle, assurer la prospérité, ont failli et que cette défaillance est humaine. Gros bataillons traditionnels des bourgeoisies conquérantes, ils ne servent plus à rien et rejoignent progressivement les cohortes de prolétaires qui n'ont plus que les prébendes à espérer. Et ils en souffrent.  Leur utilité se réduit au dégout qu'ils inspirent. 20% de l'électorat.

On doit y ajouter les absentionnistes structuraux, à qui ils s'assimilent, mais qui sont difficiles à compter et bien sur à mobiliser. Ils ont fui loin et ne reviendront que si on recommence à avoir besoin d'eux, physiquement. Quels nouveaux fromages vont-ils inventer dans leurs provinces entre temps ? 

C'est le moment de parler de l'immigration. Nous avons sur notre sol une population du tiers monde qui reproduit en Europe son mode de vie traditionnel, élites vérolées et prétentieuses comprises, avec une fuite, à ne pas négliger, vers une assimilation de certains qui a pour rôle de justifier les nouvelles arrivées et de renforcer l'indulgence envers la situation. Cette population n'est pas respectée, ni acceptée par la Nation dans son ensemble. Elle ne souhaite pas s'y insérer sinon sous forme de la fameuse "inclusion", qui allie, en même temps, le terme devient à la mode, l'inamovible avec la non appartenance, voire la haine cultivée. Tout le problème va consister à en contrôler (ou pas) le flux entrant avant que les premières violences et autre politiques évoquées ici et là de déportations de population ne soient mises sur la table. 

Et les libéraux dans tout ça? D'abord, inconscient de ce qui les divisent, ils allient comme tels revendiqués le mélange de toutes les libertés, y compris bien sur celle de vivre où ils veulent, rien de plus libéral qu'un migrant sub saharien: sa femme excisée, sa société rurale fétichiste détruite et son statut d'esclave dans le monde entier en fait un frère, enfin de loin: le libéral s'en fout en fait, de tous ces gens là, la première des libertés c'est l'indifférence.

Le "libéralisme" est donc une idéologie avec ses dogmes à qui il faut logiquement se soumettre, au point qu'un science existe du respect à ceux ci: on y pratique les très libérales onctions et autre anathèmes qu'on trouve dans toutes les églises, et celle là en est une. Ce bloc, composite au sens du carré de Nolan, est ainsi en fait parfaitement monolithique et se trouve caractériser le centre, celui que voudrait dans leurs rêves, Bayrou et Macron. Autoritarisme, unicité du point de vue (celui du chef, celui ci arbitre tout et surtout le contradictoire qu'il prône partout par ailleurs). De manière étonnante, le libéralisme total est l'autre pôle de l'autoritarisme intégral, et se trouve constitué des mêmes étendues glaciales et invivables. Il EST un fascisme, hystérique, faussement rassembleur, autoritaire et surtout abominablement faux cul (je me lâche).

Pourtant les libéraux se déclinent, et la pensée nord américaine, en passant par Rawls blacklisté sous Jospin car "libéral" justement. Il y a deux libertés qui s'opposent. La négative et la positive suivant Isaiah Berlin, mais aussi la perfectionniste et la neutraliste, tout comme la tolérance avec l'autonomie et le critique avec le volutionnel. Droite et gauche donc, l'intervention et l'autonomie se croisant. L'idée de liberté est complexe, et se prête à bien des visions, y compris la liberté des communautarismes, seuls capable d'assurer celle des individus obligés. Une riche réflexion s'y déroule, au moins aussi importante que celle de gauche et de plus en plus à la mode. Mais l'intellectualisme n'est pas le politique...

Et puis, il y a la Nation. Battue en brèche par le "patriote" Macron, qui sait ce qui est bon, et ne respecte pas ce qui est plus grand que lui, elle est, je l'ai déjà dit ici ce qui résoud bien des problèmes. Atome d'individualisme au delà de l'individu, elle est l'atome conventionnel et historique qui permet de décider de l'intérêt de tous, la justification de la volonté générale. Elle est conservatrice de son être qui plus ancien que nous, exige la liberté face aux autres nations, et encourage celle de ses soutiens. Elle décide de la prospérité et de l'assistance, elle justifie l'action publique. Elle est ce qui permet le libéralisme économique et aussi la  protection autoritaire des intérêts locaux. Elle est ce qui exporte sa culture et donc le gout libre pour le nouveau, mais aussi ce qui garde en bon état ses cathédrales. Elle est ce qui est pour moi la vraie liberté.

On pourrait la croire défendue par un front qui ne sera jamais pour moi un parti politique mais un repoussoir, faire valoir politisé d'un complot ancien. Tout vint de l'affreuse exploitation de la destruction européanisante de la France réalisée en 1940. Vexé de n'avoir pas été assez fasciste, la terrible idée d'union du peuple et du capitalisme dans l'état, inventée, comme le communisme, en France, fut reprise à l'occasion de la guerre perdue. "La patrie renaîtra": elle était bien morte, il s'agissait de révolutionner la Nation et de l'abandonner donc à un empire supranational. Idée brillante que l'héritier, au sens Macron, de Pétain, François Mitterand, se chargea de réaliser trente six ans après la fin de la guerre lors d'une cérémonie funèbre avec hymne à la joie. Il fit voter Maastricht et construire une pyramide, utilisée lors de la cérémonie refaite hier soir à l'identique avec le même ridicule, exactement trente six ans après. 

Car l'abominable enthousiasme qui séduisit brièvement les lumières allemandes lors des succès de la révolution avant qu'elles ne plongent dans le nationalisme qu'on vit durer cent trente cinq ans fut aussi celui de l'abolition des nations... Le nationalisme c'est la guerre, parait-il. 

Au service de l'imposteur le fameux parti fondé par des complices, waffen ss, collaborateurs et oas avec l'aide des médias des années 80. Avec un seul raté en 2002, qui fut en fait un remerciement à la fois à Le Pen et Chirac, il servit magnifiquement lors de toutes les triangulaires et de toutes les cérémonies de motivation du peuple de gauche; dédiabolisé par des "gaullistes" il fait élire bébé dans un fauteuil, on vient de le voir. Cela s'appelle le FNPS est quoique parfaitement clair et évident, le concept est évidemment refusé par tout le monde... Que prouve l'élection d'hier? Que le FN est le seul opposant du PS, non? Pour convaincre davantage de la chose, on doit réaliser que l'argumentaire de Macron à destination de l'Allemagne qu'il veut séduire c'est on l'a dit: donnez moi l'argent, sinon il y aura Le Pen... Le repoussoir marche aussi à l'export.

La Nation, pour les raisons exposée plus haut existe pourtant malgré tout, au delà de toutes les idéologies universalistes ou impérialistes, par définition. Elle résume l'aspect conservateur et porteur de toutes les libertés de toute les assemblées de peuples construits par l'histoire. Ne pouvant être généralisée, elle est forcément jalousée, ou imitée. Chronologiquement la première d'entre elle, la nation juive a bien ses rois sur le portail de nos cathédrales. Evidemment insoluble dans une quelconque Europe, même si elle doit bien sur commercer avec, elle est le contraire exact du pétainisme, de l'algérie française et du retour au franc prôné par les Le Lepen. 

Et bien, il faut s'en débarrasser pour accéder à l'universel qu'impose les guerres perdues, et aussi la généralisation de l'arrivée dans notre histoire et notre géographie de nouveaux peuples. Cette disparition est possible, et elle est souhaitée, nous y sommes. 

Pour faire quoi exactement ? On a vu plus haut que ce n'est pas pour réformer, mais pour justifier le maintien d'une politique trans-séculaire d'accroissement de la dette au bénéfice d'un secteur public en expansion. Ce n'est pourtant pas l'avis d'une autre quadrant du carré de Nolan, celui des communistes, qui y voit au contraire ce dont je dénonce l'illusion: l'ultra libéralisme. L'Europe est donc accusée deux fois, et de deux choses contraires: par moi de provoquer à l'endettement étatisé, par lui de provoquer au licenciement du social, à l'instauration de l'individualisme destructeur de tout social et de toute solidarité. Le discours de folie anti capitaliste anti macron de Michel Onfray d'aujourd'hui en est un exemple effarant. Pour mettre les points sur les "i", oser dénoncer comme ultra libéral un pays dont les dépenses publiques sont à 57% du PIB est évidemment la marque de la plus infâme, de la plus affreuse, et de la plus définitive connerie. 

On a donc, selon moi dispute dans le quadrant maudit du socialisme, ultime masturbation désespérée de la ruine de l'idéal de Baboeuf ou bien, comme je le sous entend aussi, lutte du peuple contre l'illuminati inventeur de la révolution française? Cela nous fait tourner d'un cran, vers le carré rouge brun, on a dit ce qu'on en pense. Il faut noter que ce sous-carré là est maintenant un point de fuite de l'intelligentsia anti Macron qui se trouve donc le meilleur allié de celui qu'elle dénonce. L'usurpation du mot "intelligence" est patent. 

Plus que jamais, il me semble avoir montré non seulement la vraie place de chacun mais aussi que le carré politologique n'a qu'une seule position saine. Elle fut scandaleusement évincée du débat politique ces derniers temps et ma tristesse est comme mon inquiétude, non pas infinie, mais très grande. 

Pour conclure de manière plus intellectuelle, il faut noter que le carré rompt avec l'opposition binaire, trop simple, et trop efficace pour faire accepter les choix imposés. En possession d'un quart de l'adhésion totale, tout vainqueur ne peut qu'avoir beaucoup trop d'ennemis et les critères de choix trop nombreux génèrent bien trop de confusions. 

Le désordre est là. 

 

 

 

 

30/04/2017

Les nuages

Les noms des nuages sont composites et organisés à partir de préfixes et suffixes latins. 

On distingue:

- "nimb" (us, o) porteurs de pluie

- "strat"   étendus

- "alt"  élevés. 

- "cumul"  moutonneux

- "cirr"  en formes de filaments

On a donc: 

les nimbostratus, altonimbus, cumulonimbus   aucun cirrus n'est nimbique...

les stratocumulus, altostratus, stratocirrus, altocumulus

les status, cumulus, cirrus

 

Pour plus de précisions:

http://zebulon1er.free.fr/clas%20nuages.htm

 

On a donc les 3 genres: cirrus, stratus, cumulus

Les 3 genres intermédiaires:  cirrostratus, cirrocumulus, stratocumulus

Les 4 genres dérivés:  cumulonimbus et nimbostratus qui donnent de la pluie

et altocirrus et altostratus pour les nuages d'altitude... 

 

15/04/2017

La messe en si

Bon, c'est un texte infaisable. Mais Bachstiftung vient de sortir sa messe en si mineur, (en H moll), BWV 232.

On rappelle que BWV veut dire Bach-Werke-Verzeichnis, un catalogue établi en 1950 par Wolfgang Schmieder. 

Les impressions que je donne ici n'engagent que moi, et qui suis je pour oser penser quoique ce soit à l'égard d'un truc pareil. Cependant, mon admiration totale va au moins à un jeu particulier de la chose, on le trouve sur YouTube c'est ça: 

https://www.youtube.com/watch?v=7F7TVM8m95Y

Harry Bicket est le chef, l'Alto, particulièrement remarquable, est Iestyn Davies

Pour une raison mystérieuse, je suis en adhésion quasi totale avec la manière dont c'est amené ici et mon autre référence, une messe (en si)  entendue il y a des années au premier rang dans une église à Montparnasse me semble avoir déclenché chez moi la même stupeur. 

D'abord, une source essentielle de l'emprise qu'exerce ce genre de chose, entièrement liée à ce qui est propre à la musique de Bach, est l'absolue importance de l'"humilité" des musiciens. Ce que j'entend par "humilité" est une attitude générale d'accord humble, dégagée, confiante et obéissante envers la musique. Cela s'applique au chef, qui n'est pas un "interprète", mais le reconstructeur forcément malhabile d'un monde provisoire, et bien sur aux chanteurs et musiciens qui doivent chacun à leur tour, jouer leur partie de quelque chose qui nous dépasse tous. Cela se voit quand on a affaire à des musiciens qui ne font que leur métier, cela se voit quand des humains assez chanceux pour tenir raisonnablement leur rôles dans de telles aventures le font bien, tout simplement. Car pour faire bien ce genre de choses, il faut y croire, et cela se voit, d'une manière spéciale: le calme intérieur assuré de participer à quelque chose de vraiment nécessaire, de vraiment bien. Le choeur des fidèles ?  

Pardon pour une telle idolâtrie, mais "musicien du roi David" (c'est Gardiner qui dit ça), projet idéal du plus grand auteur de musique de l'histoire de l'humanité, ça se mérite.

Ensuite, il faut dire aussi que les enchaînements jouent un grand rôle et que le découpage en morceaux des disques les gâche horriblement. Le cor qui soutient  le "Quoniam tu solus sanctus" (Car toi seul est saint) qui reste en se tortillant jusqu'au "Jesu Christé" (hé hé hé) en accompagnant majestueusement la basse dans un entrelas mélodieux, termine l'air pom pom pom et puis ça explose ! "Cum Sancto Spiritu" il fallait pas l'oublier celui là. Tout le choeur, toutes les trompettes, à fond les caissons avec la grande aspiration des "trombas" et tout le coeur ! 

On s'arrête avec l'effet du redépart en sous régime qui reprend une ascension irrésistible en se passant la main, en se permettant même de le refaire encore une fois alors qu'on est déjà en vue du sommet, le voilà: "in Gloria dei Patris" ! 

La transition sur le "Credo in unum Deum", immédiate, est aussi un effet et c'est ce que je voulais dire. L'oeuvre composite est ainsi totalement unifiée et la tempête déchaînée, océanique se poursuit du "Kyrie" au "Gloria" puis au "Credo". Les ruptures se produisent pourtant, la fin du "Kyrie" par exemple, et le frémissement du choeur qui s'éclaircit la gorge entre deux folies à plusieurs est lourd de promesses à satisfaire... 

 

Mais revenons au début. L'intro au clavecin "de voleur" de Bachstiftung est assez bien trouvée. Puis c'est le vrai début.

Tout le choeur tout de suite: "Kyrie eleison", ça commence direct, mais brièvement. Une immense introduction symphonique se déroule alors longuement en ré-explorant toute la base de la chose. On brode, on répète, on se fait attendre et puis une profondeur incroyable se met à rouler en hésitant: les voix arrivent et c'est vraiment parti. Les trois ensembles se superposent et les femmes se mettent de la partie, ça y est nous sommes en pleine mer. 

Et puis à la moitié, on se repose un peu, tout s'apaise. On marque le coup. Mais ce n'était que partie remise, les basses reprennent et tout recommence: on repart dans une mélodie en médium différente dans un mélange incroyable de graves et puis tout le choeur s'y remet avec les femmes au maximum, qui s'éloignent progressivement, quoique. La majesté s'achève enfin, vous pouvez tousser, y a de quoi. 

Passons sur le chef d'oeuvre du duetto "Kriste Eleison" entre deux sopranos plus mélodie accompagnée: on se permet d'opposer des duos de violons, de violoncelles et de tout successivement, avec des accompagnements quasi sentimentaux, presque nostalgiques, du Bach tout craché, période baroque. Et l'accompagnement conclut. 

Parce que ça repart tout de suite dans le grand Kyrie sérieux, profond et océanique. Kyrie les 4 successifs, et la majestueuse polyphonie se déroule dans toute sa gravité, avec la poussée des femmes, deux fois, trois fois, puis la fin. Repos. 

Bon. "Gloria" vite, puissant, timbales, trombas, tout de suite au maximum de toutes les voix. On croierait qu'on y est depuis toujours. "Gloria In excelsis deo".

Et alors on se calme. "Et in terra pax". L'océan de nouveau, mais on repart de zéro: les sopranos déclenchent la course à l'échalotte sur le dos de la grosse, très grosse vague qui se met à monter, je vous dis pas. L'affirmation de la paix sur la terre se termine alors en apothéose guerrière. Puis Repos. 

"Laudemus te" est un charmant aria de décontraction avec reprise et violon virtuose, le meilleur des trente ans de cantates  dont vient tout ce bazar.  Le charmand "moussedé" est répété encore et encore avec les violoncelles qui supportent le tout.  

Je saute le "Gratias". Euh non. Un round d'observation du choeur qui se passe la main avec un avant gout de ce qui nous attend plus tard, quelques brefs coups de timbale et puis c'est tout. 

Le duetto ténor soprano "Dominus deus" avec une introduction à la flute d'une étonnante mélodie détachée est bien sur une pure merveille. La flute tatatiti en descente et en montée est omniprésente, ah que c'est bien, quand sur fond de grattes grave, les violons l'imitent brièvement. Pour finir, le choeur s'en mêle, "Qui tollis", comme quoi c'était important tout ça. La puissance du choeur submerge la scène mais la flute continue malgré tout. Les vagues se succèdent puis se calment. 

"Qui Sedes" voix d'alto, désespoir baroque. miserere nobis. Il faut noter le hautbois, c'est important, obsédant: un travail important de l'époque se déroule. deeheeheeheeh xtram patris. L'arrêt brusque, souligné par les cordes est une merveille en fait. noo oo oobis. 

On en vient alors à la fin du gloria déjà décrite. Le cor ! Et le "Sancto Spiritu". 

On reprend donc au "Credo", le symbole de Nicée, commun aux catholiques et aux protestants. Petit à petit, en route vers le centre de l'occident, dit chrétien (on se demande bien pourquoi). La marche est audible, les graves le disent, pom pom pom. "Credo!"... "omnipotem" avec la trompette suraigue,  et "et invisibiliououm". Repos.

Le duetto "Et in unum Dominum" est une parfaite cantate baroque issue des trente ans de maitrise totale du sujet par un compositeur génial. Parfaitement accompli, une pure merveille, comme cela est il possible?

C'est alors que les choses se corsent: un drame inouï se déroule alors en quelques phrases: "est incarnatus est", d'une gravité incroyable au delà de tous les noëls et puis le centre de la messe, le terrifiant "Crucifixus", toutes les passions, toutes les histoires, en trois vers. Il souffre et il est enterré. 

Au delà de toute dramaturgie au sujet de la personne en question, on a là toute une tristesse résumée de manière incomparable. C'est ça Bach: tout sauf de l'Opéra et je n'arrive toujours pas à suivre et à comprendre les passions.

Vient alors l'explosion de joie: Resurrexit ! De quoi s'y mettre à y croire... 

Après une douce répétition du thème: 

et ascendit in caelum, il faut le dire, on repart tromba et timbales.

Et puis après une brève pause, le coeur des basses (des chanoines): 

et iterum venturus est
et il reviendra avec gloire
cum gloria judicare vivos et mortuos,
pour juger les vivants et les morts, 

Pour finir, tout le monde se joint finalement dans la plus bel enthousiasme qu'on puisse imaginer:

cuius regni non erit finis.
et son royaume n'aura pas de fin. 

Répété plusieurs fois, par tout le monde. 

La symphonie finale semble modeste, tromba et tout, elle ne l'est pas, elle se permet même d'ajouter un motif.

Le crédo se poursuit, avec la description détaillée des relations de l'esprit saint avec Dieu. Pour mettre les points sur les "i" aux grecs, "qui ex patre filioque procedit" (répété deux fois). Avec l'affirmation de l'église unique et sainte (il a du se mordre un peu les lèvres, le luthérien). 

Le "confiteor" est du choeur pur entremélé à plusieurs voix, rythmé. Distinct et enchanteur: les parties basses et sopranes s'opposent magnifiquement et on se permet des dissonances virtuoses. Et puis tout en soupir descendant on espère la rémission des péchés, celle là infiniment triste et peu sure d'elle même.

On continue sur un expecto languissant une seconde, puis là boum ! Ca explose encore, toujours pour cette histoire de résurrection. Trompettes ça y va, avec le grand cri de joie "de dessus". Amen.

C'en est au point que certains commencent à applaudir... Mais c'est pas la fin ! 

Car c'est alors le Sanctus. Grandiose comme il se doit, avec les voix en harmonie et les timbales. 

"Osanna in excelsis" avec la célèbre montée, est purement extraordinaire. Osanna quoi. 

Mais tout s'arrête, et sur le bord de l'histoire, il nous faut un étrange intermède. 

Le "Bénedictus" rend à la flute le soin d'assister le ténor, avec une mélodie "orphique" qui retourne plusieurs fois le gant baroque du "in nomine domini". Une merveille d'aria en plus. Combien de cantates en seraient fières? 

Osanna encore (repetitus). Energique et rythmé, les violons et le choeur qui se passent la main, ou plutôt des lames étincelantes qui se recouvrent et la montée encore pour un triomphe retardé et son motif encore.

Vient alors l'"Agnus Dei". Profond et déchirant avec l'Alto dans une longue plainte, le contraste avec l'océanique laminage des violons (empoulée mon émotion, non?). Le blam blam de fond de caisse des violoncelles rythme l'ensemble, du Bach, quoi. Le dédoublement de l'exploration surprend bien sur: au milieu de la chose, un violon se détache pour un dernier sanglot et continue brièvement, puis c'est la fin. 

En conclusion, l'apaisement du "Da nobis pacem", céleste (pour le moins) pour trois minutes de collage au plafond. Mais bien sur il faut que ça frappe, et on conclut tout en majesté. 

Bien sur il ne faut pas applaudir, tout de suite. Le silence qui suit la chose est écrasant. 

25/03/2017

Le Mésozoïque

L'ère "intermédiaire" ou secondaire est le Mésozoïque s'étend entre -250 et -65 millions d'années donc environ pendant 200 millions d'années. Elle vit le développement des dinosaures avant de se finir tragiquement. 

On distingue 3 périodes géologiques: trias, jurassique, et crétacé d'environ 60 millions d'années chacune.

Les dinosaures  (de "deinos, effroyablement grand et sauros, lézard) se divisent en deux ordres: les saurischiens et les ornithischiens suivant leur os pubis vers l'avant ou vers l'arrière, comme les oiseaux. Ils forment un clade, et ou un taxon identifié et nommé en 1842 par Sir Richard Owen. 

Les ornithischiens donnent des quadrupèdes herbivores; les saurischiens les autres dinosaures. 

Les saurischiens se divisent en clades: les théropodes, qui donnent le tyrannosaure et les oiseaux et les sauropodomorphes, qui donnent les brontosaures et autres diplodocus, mais d'abord divisés en sauropodes et en prosoraupodes plus anciens. 

Les sauropodes ce sont les gros quadrupèdes à longue queues. Au fait Brontosaurus et Apatosaurus un temps identifiés par le grand découvreur Charles Marsh(en 1877) sont aujourd'hui séparés (depuis 2015 par Tschopp). 

Les théropodes ont donné les oiseaux, et non les ornithopodes, qui sont en fait des ornithoschiens. 

Il faut de plus être clair: les ptérosaures ou reptiles marins ne sont pas dinosaures, pas plus que les reptiles marins les plesiosaures. Pas plus que Dimétrodon, qui non non non, n'est pas un dinosaure. 

 

Les ornithisciens forment un ordre qui a 3 sous ordres: ornithopodes, thyréophores, marginocéphales.

Les ornithopodes ont 6 familles dont les hadrosaures et les iguanodons.

Les thyréophores ont 6 familles dont les stégosaures et les ankylosores

Les marginocéphales ont 8 familles dont les cératopsidés et les psittacosauridés. 

 

Les saurischiens forment un ordre qui a 2 sous ordres: théropodes et sauropodomorphes

Les théropodes ont 3 super familles coelurosauriens, les deïnonychosauriens, les carnosauriens

Les coelurosauriens, dont les oviraptors, 

Les deïnonychosauriens, dont les Dromaeosauridés et donc les vélociraptors 

Les carnosauriens dont les tyrannosaures

 

Les sauropodomorphes ont deux super familles : les prosoraupodes et les sauropodes

Les proposoraupodes ont 5 familles dont les mélanosauridés 

Les sauropodes ont 8 familles dont les brachiosoridés, les diplodocidés, les titanosoridés

 

 

05/03/2017

Les musiques électriques

Au risque de me ridiculiser, mais le temps est aux juvéniles enthousiasmes, voici ma révérence à certains des sons électriques, mon instrument de jeu, un ordinateur connecté à un dac et à un casque correct est trop bon à m'enchanter les oreilles et ce qu'il y a entre (comme disait france inter dans le temps). 

D'abord il y a la guitare électrique, invention somme toute récente (un transfuge de la firme Gibson, Loyd Loar en breveta une en 1934), et dont le son est "original". Ce point est important. Il s'agit bien d'un son particulier, fait de quelque chose que les lutheries antérieures n'avaient jamais produit. Au delà du style de son utilisation qui est une chose différente, le son mélodique, source de la perception auditive avait une nouvelle forme possible, et produisait une impression jamais entendue. Charlie Christian, chez Benny Goodman fut l'un des premiers guitaristes électriques avant sa mort en 1942.

La suite est qualifiée par une explosion cambrienne inouïe qui chamboula le reste du XXème siècle, on la décrit par exemple ici:

 http://techno.org/electronic-music-guide/

Mais ce qui m'amène à la chose est un truc relativement récent dans le genre: Superpoze.

Je ne voudrais pas, par mes hurlements, le faire passer pour l'idole de la fachosphère et je le supplie de me pardonner de l'apprécier. Mais il y a dans le ton de cette musique quelque chose qui me fait être sur que c'en est. 

Son copain Fakear est du même style, et les deux gars ont quelque chose. 

A moins que ce ne soit l'ambiance lounge que j'avais beaucoup pratiqué il y a longtemps, cela réactive des zones profondes de ma mémoire, peut être bébé avais je été séduit par le bruit des vagues... 

Bon, foin de fascination, c'est le son sans doute. Le mélange de ceux ci. Il y a une complexité de superposition supérieure à deux ou trois et les plages qui se superposent, tiens tiens, font appel à quelque chose qui n'est pas seulement le plaisir romantique ou la répétition du boum boum. Il y a domination des répétitions et j'adore ça. 

Dans le cas de Fakear, l'entrée de la guitare au milieu des sons de nulle part avec le bruit de bout de bois dans le fond, tel qu'on l'entends dans "Morning in Japan" est vraiment étonnant. La Lune Rousse (Animal de Fakear) est aussi une belle scie, et me voilà victime de tubes, pourtant c'est super bien trouvé. En plus, il y en a plein d'autres.

Théo Le Vigoureux et Gabriel Legeleux bravo et merci ! 

https://www.youtube.com/watch?v=-xtUzPaRfhE est un interview de G.L. Il le dit lui même: il fait de la musique  pour la musique, y a pas d'images, il y a le son et l'harmonie et aussi les mélodies, et d'ailleurs plus que le "beat", exclusif. 

Ce style de musique, qualifié par le site http://www.trip-hop.net/ comme "electro-xxx" a sans doute un grand ancêtre, Massive Attack dont j'avoue avoir été très fan il y a bien des années. Comme si je n'étais qu'une mémoire imprégnée qui décompense, mais la magie de ce type d'impression A une réalité: une attente et puis les petits tap taps comme récompense, c'est entrainant et fascinant. La variété infinie des sons électroniques qui viennent de partout et de tout le possible, il est vrai en succession rapide, mais bon... 

Et puis ces effets, ces arrêts subits, ces formes indéfinies qui se superposent: ces gens là cherchent quelque chose... Au delà du triste et du gai, il y a un optimisme du mécanique qui n'est pas naïf et c'est ça l'étrange, on cherche la variation, c'est à dire le toujours différent qui caractérise le gout "ancien". Paradoxal de dire cela pour la musique la plus automatisée qui soit (soit disant) ? Et bien c'est l'enjeu, et on y va, les plus belles histoires qui se peuvent raconter dans le monde étrange de la musique sont bien là. 

Toutes les musiques suggérées par triphop.net ne sont pas de cet acabit. Par exemple, Six de Doctor Flake. Le gout du genre, certes mais une richesse bien moindre, une répétition ennuyeuse, celle de la triste lounge. On pourrait parler de Terranova Restless, par exemple rituel mais chiant: c'est toujours pareil là c'est clair et j'y reviens, il y a une sorte d'abandon au rythme, une sorte de fétichisme qui refuse la variation. Superpoze ou Fakear n'ont pas cela: on voyage, on évolue dans un son qui change. 

Et puis l'obsédant, qui est légitime peut se glisser mais en catimini. 

Y a aussi Thylacine, Clement Bazin et tout une petite bande. Faut se brancher... Parfois, on prend peur et on pense se retrouver dans une imitation par les inconnus des chansons des années quatre vingt. "Et vice versa" pour se moquer de Macron...  

Note: un E.P. est un "extended play", entre 45 tours et un album... Une chanson longue, quoi. 

26/02/2017

L'art suprême

Arthur Schopenhauer, l'anti Hegel (comme on dit l'Anti Christ) est l'auteur de "Le monde comme volonté et comme représentation", somme philosophique totale décrivant tout du monde, dont les premières et dernières éditions sont séparées de quarante ans (entre 1819 et 1859). 

D'abord le monde EST volonté: aveugle, unique, globale, orientale, implacable et d'arrière plan, reconnue comme l'origine conceptuelle de l'inconscient de Freud, de Jung et aussi de la vie acharnée derrière l'évolution de Darwin. Comme il le pensait d'ailleurs lui même, il est donc l'unique philosophe et il a entièrement raison. Il est bien sur opposé à la vivisection et auteur de la dialectique eristique (l'art d'avoir toujours raison) il est le seul maitre de Nietzsche. 

Admirateur du Védanta, l'une des 6 philosophies Hindoues dites astika (soumises aux Véda et aux Uspanishad). On distingue les astikas des nastikas (qui ignorent les Védas), et à qui appartiennent le Bouddhisme et aussi le Jaïnisme. On rappellera qu'un hôpital Jaïniste pour oiseaux, qui soigne les pigeons, se trouve à Delhi, en face du fort rouge.

Le monde est représentation, issu de l'unique réel indifférencié, le Brahman, tout le reste n'étant qu'illusion, le voile de Maya. Héritier de Kant et donc de l'inventeur de la chose en soi que l'on ne peut connaitre, le noumène, il le rejette comme n'étant ni représentation ni volonté et donc que chimère... La seule chose en soi est la volonté.

La perception haute est donc, celle possible de la forme derrière l'illusion, et donc voilà la base de l'esthétique: la vision du vrai. 

Revenons au cercle d'Iéna, creuset du vrai romantisme, l'allemand. La fin du XVIIIème siècle y fut mémorable... 

Les deux frères de lait, Tieck et Wackenroder sont connus pour leur idolâtrie intellectuelle de la musique, conçue comme ce qui exprime de manière abstraite les émotions: les mouvements de l'âme sont désincarnés. 

Il y eut d'autres frères, les Schlegel, Auguste le philosophe théoricien du romantique, frère de Friedrich, qui lui fut le philosophe, le "grand" Schlegel, celui qui vécut à Paris. Avec Novalis, et Schleirmacher, le cercle d'Iéna, et la revue Athenäum, toute une époque. 

August Schlegel sur la musique: "Elle purifie pour ainsi dire les passions de leur souillure matérielle en les représentant dans leur forme même, sans aucun rapport à des objets,". On dévalorise les livrets d'Opera, et considère la symphonie comme forme suprême.

E.T.A (Ernst Theodor Amadeus) Hoffmann, celui des contes, parle de Beethoven:

"La musique ouvre à l’homme un royaume inconnu ; un monde qui n’a rien en commun avec le monde extérieur des sens qui nous entoure, et dans lequel il va abandonner tous les sentiments qui se définissent en des concepts afin de s’adonner à l’indicible"

 

 

19/02/2017

La partita no 1 en Si bémol majeur BWV 825

La partita est en B flat major , ou B dur. 

Les partitas sont les suites "allemandes", l'opus 1 du klavierübung. 

BWV 825 la première d'entre elle est parfaite, ça commençait bien. J'avoue ne pas pouvoir me détacher de l'impression de perfection totale ressentie à entendre jouer ça: rien qui ne soit incroyablement à propos, merveilleux et délicieux. 

http://www.qobuz.com/fr-fr/album/johann-sebastian-bach-rafal-blechacz/0002894795539

en est un jeu particulièrement brillant, rapide et percutant, d'une virtuosité incroyable, en tout cas à la hauteur du morceau. 

Le prélude est une sorte de choral un peu triste, une vieille chanson et hop ça part le rideau de perles en arrière plan qui parle, de plus en plus grave. Imité par la main droite, puis on recommence la tristesse. Le dialogue s'amorce pourtant, la main droite accepte puis refuse. Elle a le dernier mot. 

L'Allemande est plus vive, joyeuse et chantante et on ornemente. On repart une deuxième fois encore sur la si belle phrase. Une troisième fois un peu en retrait, et tap et tap, on insiste, ornemente, quitte à dissoner un tout petit peu, que c'est virtuose tout ça. La fin est juste un peu étrange. 

La Courante est la plus fade des danses. Mais bien joué ça balance comme une toile un peu lourde qu'on décore du bout des doigts. 2 phrases, et la 3ème est plus en retrait, mais continue l'exploration et hop ça part par en dessus et en grave en plus, la conclusion se répète. On repart une 4ème fois, le passage par en dessus est moins net mais bien enlevé. 

La Sarabande est le centre de la partita, incroyablement nonchalente et douce. La main gauche arrive tout doucement sur le travail qui s'est bien développé. Chaque fin de séquence a ce terrible tadada conclusif. On repart alors dans la méditation dansante, il s'agit bien d'un corps qui tourne lentement sur lui même à la recherche d'une montée sans effort et puis dans la troisième séquence la terrible montée de la main gauche qui se replie mais qui en fait parle. La quatrième séquence est profonde et colorée de la main droite. Et puis les perles, qui s'achèvent encore, et encore. Et c'est le dernier tadada. 

Le premier menuet est une machine magnifique, avec en fait un rythme puissant et doux dans toutes les sonorités qui tournent autour de l'obsédante marche. Court pourtant. Le deuxième menuet est statique, étrange, méditatif. On retrouve le tadada de la sarabande. 

Et puis la marche folle reprend en sur aigu. On se lance alors avec énergie, et c'est tout.  

La Gigue est un monument de complexité. Ca part dans tous les sens. Des pointes de partout. La fin de chaque phrase endiablée et un tadada inversé. On se permet même de faire des perles descendantes qui n'en finissent plus, et la main gauche qui rattrape avec agilité. tadada. 

 

Mei est très bien aussi, en fait avec tout la subtilité de la dame... 

http://play.qobuz.com/album/3760127221562

 

18/02/2017

Les nombres de couches

Vers 2012, il n'y a pas si longtemps, une méthode d'apprentissage dite "multi couches" ou "profonde" fut enfin considérée, preuves à l'appui, comme très efficace. Toute l'Intelligence artificielle sorti alors de son long hiver (30 ans) et se mit à exulter de joie: l'homme va être remplacé, enfin.

Entre temps, Marvin Minsky et Seymour Papert avaient en 1969 démontré les limites intrinsèques du perceptron ce qui avait drainé tout l'argent destiné aux neurones vers les approches symboliques, elles même ruinées avec l'effondrement du marché de la LISP machine en 1987. L'hiver de AI commençait. 

Evidemment, il s'agit en fait pour l'instant de reconnaître automatiquement les amis d'un utilisateur de facebook qui publie bêtement les photos de ses "soirées", même si cela sert aussi à conduire les voitures de Google. Yann Le Cun, éminent chercheur français, honneur des universités américaines dans lesquelles il a mené toute sa carrière, vient de s'y faire embaucher ciao (chief intelligence artificielle officer, pardon, aucune machine ne pourra jamais faire ça). Il nous explique tout cela depuis le collège de france. 

 https://www.college-de-france.fr/site/yann-lecun/course-2016-02-12-14h30.htm

D'abord, il s'agit de reconnaitre, tout est là et la reconnaissance des formes, d'abord une théorie de l'analyse des images, est la préoccupation première. Notons que cette reconnaissance, qui porte d'abord sur des champs de bits à 1 et à zéro (plus les couleurs), est aussi celle que l'on cherche à faire dans n'importe quel ensemble de données: les formes sont aussi des regroupements dans des résultats d'élections selon les catégories socio professionnelles par exemple. On distingue ainsi les régressions (sur les nombres) des classifications (sur les objets) mais cela revient au même: on veut reconnaitre et cela plus vite qu'en énumérant les fameuses bases de données de cas déjà résolus constituées par des professeurs humains. 

On en vient donc à la différence entre apprentissage supervisé et non supervisé.L'apprentissage non supervisé consiste à classifier la base d'entrée en en exploitant les différences présentes tout seul comme un grand. C'est évidemment l'avenir, mais dans un premier temps c'est plutôt difficile et il sembla dans un premier temps que cela ne servait pas à grande chose, l'apprentissage supervisé étant tout à fait suffisant.  

La supervision consiste ainsi à tenter d'établir une machine, un programme, une boite,  qui résout tout de suite par calcul une collection de cas déjà traités et qui peut AUSSI répondre à des questions portant sur les cas intermédiaires. Comme si dans l'ensemble des cas possibles, on avait trouvé l'équation d'une surface qui séparait exactement les différents regroupements d'objets similaires. Est ce une femme nue ? 

C'est la grande affirmation de Le Cun: il ne pourra pas y avoir d'intelligence, au moins au niveau d'un animal, sans apprentissage non supervisé. Et il se trouve qu'on en est très loin. Au passage, on considérera aussi l'apprentissage "par renforcement" qui se contente d'utiliser une récompense attribué de temps en temps. La rétro propagation ne fonctionne pas dans ce cas et ce type d'apprentissage est terriblement lent. Par contre, ça marche dans certains cas, en particulier dans les jeux et Deep Mind, qui joue au GO a été entrainé de cette manière. Quand la récompense est un click sur une pub, cela marche aussi et c'est mis en oeuvre dans les régies publicitaires: le nombre de récompenses devenant très grand. 

Mais revenons au problème. 

Quelques précisions d'abord. Il n'y a de classification que sur des objets déjà identifiés. La chaine de traitement est donc formée de 2 modules au moins: un extracteur de caractéristiques et un classifieur. Ce principe est totalement général: on n'élabore rien sur du sable, ou de l'eau. Il faut d'abord faire des tas, ou des tasses et après on commence à comparer ou a choisir. Toutes les techniques d'apprentissages ne concernent que les extracteurs, et il importe de comprendre pourquoi. D'abord, une classification ne peut être que linéaire, c'est à dire qu'elle consiste à diviser un espace d'objets en zones distinctes séparées par des plans. De part et d'autre on trouve des zones qui ne contiennent QUE des points identiques du point de vue de la classification, du moins c'est ce qu'on a calculé en "apprenant" à partir d'un nombre fini d'exemples.  Un nouveau point, le "truc" à reconnaitre se positionne dans l'espace au dessus ou au dessus du fameux plan et se trouve donc "reconnu". 

Quand le problème impose des surfaces de séparations convoluées et non linéaires, on ne peut presque rien faire. Pour obtenir des séparations linéaires, il faut ajouter des dimensions et chercher des projections dans d'autres espaces, plus commodes à découper. 

Le Cun n'en fait pas mystère: on a des espaces de grande dimensions, et la surface en question est un un espace de dimension inférieure inclus dans le premier. Car il y a autant de dimensions que de variations possibles, par exemple une image de 1 méga pixels donne bien un ensemble de 1 million de dimensions, chacun de ses axes ayant 24 degrés. Un autre exemple, saisissant est celui des ensembles de visages soumis à Facebook: le nombre de dimensions serait le nombre de muscles du visage humain (on oublie les cheveux et les orientations de la tête). Environ 50, avec des variations continues de leur contractions. Reconnaitre c'est isoler les régions qui se ressemblent. Un voile tortillé partage cet espace là, une surface impossible mais calculable. LA surface, si on savait la construire, permettrait de tout faire... 

Pour parvenir à tout ça, on commence par le perceptron. Inventé en 1957 par Franck Rosenblatt, il est une sorte de rétine artificielle qui répond oui ou non après qu'on ait agencé ses bits de vision répartis sur une surface. Plus exactement la machine fait une somme pondérée des valeurs de ses bits, un jeu de poids particuliers qualifiant un état donné du perceptron. 

Les systèmes à deux couches sont prouvés, et suffisent à tout modéliser. C'est un théorème, qui prouvant (existentiellement bien sur, et seulement) qu'on a -toujours- une solution se permet de considérer acceptable celles qui sont vraiment compliquées: des centaines voire des centaines de milliards de dimensions et de paramètres à introduire, bref, en général c'est l'horreur. Ces espaces gigantesques furent à l'origine d'un long mépris: le perceptron, comme énumération fastidieuse n'était qu'un immense réseau de "if", inintéressant et stérile et surtout totalement impuissant.

On passa alors au multicouches, en fait à plusieurs modules en série qui chacun transforment leur entrées avec leurs propres "poids". Chaque niveau a donc sa matrice de coefficients de transformation. Ce sont ces coefficients qu'on sélectionne et qu'on ajuste lors de la comparaison du résultat global avec ce qu'on veut voir deviner. Ce qu'on appelle la "rétropropagation du gradient" consiste à modifier les poids d'un module d'autant plus qu'ils contribuent à l'erreur. L'algorithme est itératif, bien sur, on corrige progressivement, exemple par exemple en supervisant donc l'évolution des différents modules et au bout d'un certain temps, le système se stabilise, le réseau multicouches a "appris". Un point intéressant est que le test du système "global", bien sur capable de reconnaitre les exemples qu'on lui a soumis pendant l'entrainement (c'est bien le moins) doit aussi être capable de reconnaitre des ensembles de tests particulier, mais ceux "nouveaux" pour lui... Pour le reste: inch Allah ! La voiture se débrouillera... 

Mis au point en 85/86 et en particulier par Le Cun lui même la méthode fonctionne bien, voire même très bien. Elle fut d'autant plus utilisée que vers 2012, on se mit à utiliser les processeurs graphiques des PC "gamers" indispensables aux jeux vidéos, pour accélérer la chose. Les fameux GPU se mirent à calculer autre chose que les lapins crétins: hardware dédiés au calcul parallèle de multiplications entre matrices, ils permirent des facteurs mille d'augmentation des performances. Par contre, un point intéressant: il n'y a pas de résultats mathématiques qui expliquent ou justifient le fait que les systèmes "profonds" soient aussi efficaces. Seul un robot supérieur à l'homme pourra prouver la chose, sans doute, en tout cas bien des gens sont sur sur le coup en ce moment. 

Mais il y a encore mieux ou plus ! Les réseaux convolutifs. Il s'agit d'une application aux plans de neurones de la technique de convolution, qui consiste à isoler des petites portions d'espace et de leur appliquer un traitement particulier, toujours le même. De proche en proche, on recouvre finalement tout le plan. Tout se passe comme si chaque tuile était un réseau particulier avec son ensemble de poids. Tous les ensembles de poids sont identiques (c'est ça la convolution) et chaque tuile produit un résultat (elle a un neurone associé). Cette technique, inventée par Le Cun s'est trouvé très efficace, par exemple pour lire des chèques (on ne se lassera pourtant jamais de trouver qu'écrire un chèque à la main est particulièrement idiot). La chaine de traitement multicouches de 1987 fut reprise à l'identique vingt cinq ans après, et après améliorations se mit à faire des merveilles. 

Allez, on en rajoute une ? 

Il y a une célèbre maxime qui permet de comparer toute pratique innovante au "teenage sex": tout le monde en parle, personne ne sait ce que sait, tout le monde croit que tout le monde le fait, et tout le monde prétend en faire.

On y est en plein, l'excitation généralisée étant à son comble, Facebook (là où travaille Le Cun) ou Google devenant tellement forts que leurs robots pourraient être plus puissant que ceux de l'armée, raison de plus pour nationaliser les GAFA, il fallait y penser. 

Toutes ces belles techniques sont donc en plein progrès. Une application intéressante de cet apprentissage est la "boterie" ou l'élevage de "bot", un bot étant une machine apte à dialoguer sur des messageries instantanées. Participant aux discussions collectives, capables d'exécuter certaines tâches tout comme tout un chacun, on s'acheminerait donc vers des équipes de travail mixtes comprenant un ou plusieurs robots, dont on ne saurait pas très bien le niveau de conscience, et d'ailleurs c'est déjà le cas avec les humains eux mêmes, tout le monde le sait bien.

L'important est que le degré de complexité de la conversation serait lissé, les jargons d'adolescent étant particulièrement bien adaptés à la commande de machines: un seul milieu de travail et de commande et pourquoi pas organiser des communautés de production autour de tels processus ? En charge de démarrer sur ordre des chaines de taches plus ou moins formalisées, capable d'en saisir le paramètrage dans des contextes bien connus, les fameux "agents" ont bien une réalité, il suffit que le fameux contexte, bien verrouillé soit en place et surveillé de loin en loin... 

On se retrouverait là non pas dans l'intelligent, mais dans ce qui a toujours vexé et humilié la vraie intelligence, je veux dire la bureaucratie, fonction exclusive des secrétaires, femmes enceintes récemment revenues de couches et des pré retraités. Ce cadre là est aussi celui des fameux "jobs de merde" dont l'apparition aurait mécaniquement générée l'ambition de leur disparition, vous verrez, les chtis bouseux  se révolteront quand même... 

Les considérations sur le thèmes sont évidemment multi couches encore, et on pourrait parler des techniques d'apprentissage utilisant des jeux d'exemples erronés pour plus d'efficacité: en présence de bruit, et pour des raisons bien évidemment inconnues, l'apprentissage est meilleur !

On doit aussi mentionner une théorie expliquant au moins en principe l'efficacité du multicouches: il encoderait une hiérarchie des structures à reconnaitre, le qualificatif de "profondeur" désignant le nombre de niveaux (layer, couche) que possède le problème de reconnaissance à traiter, c'est à dire le nombre de plans indépendants emboités qui constituent le problème. Une telle figuration, d'ailleurs proprement logicielle au sens classique, désignerait ainsi les espaces conceptuels indépendants, quasiment "idéaux" qui constituent -réellement- le réel de ce qu'on veut classifier. Comme si l'approche neuronale, fourmillière, n'était qu'un moyen détourné, salement biologique, d'en revenir aux sphères et dodécaèdres de la grande science, la seule, la vraie.