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20/08/2016

Le conatus

L'interview

Encore tout émoustillé de l'interview de Lordon par Judith Bertrand dans "arrêt sur image",  je vais me consacrer à Spinoza. Après Hegel, mais cela est naturel, le célèbre "Spinoza encule Hegel" de Jean-Bernard Pouy ayant marqué une génération, il s'agit de savoir pourquoi.

Tout comme Hegel, Spinoza est idéaliste/matérialiste (on va en parler), moniste, ennemi de l'individu et de la liberté, adversaire de la vérité comme adéquation au réel. Contraire absolu de Descartes, il est un méchant homme, le seul que les juifs aient voulu assassiner, c'est dire. ll est avec Hegel le précurseur de Marx, un sale communiste donc. Mais cela reste à préciser. 

Lordon

On décrira rapidement l'émoustillement de/par Judith, ses grands gestes expressifs fascinants ca y est je replonge, Frédéric Lordon, celui qui fait du capitalisme un totalitarisme, (moyennant toutefois un travail conceptuel adéquat, concède t il), disciple d'Althusser relisant Marx, vous savez celui qui aimait l'expression "faire bouger les choses", qui différencia le jeune Marx, humaniste et rieur, du vieux, grincheux et tout entier dans sa (sinistre) théorie de l'histoire. Mort fou après avoir tué sa femme, il est l'auteur du célèbre "on ne perd rien à la lucidité". 

Le conatus c'est la persévérance de l'objet dans son être, une sorte d'essence, quoi, et qui caractérise la nature et donc aussi Dieu. "Nous sommes tou(te)s des conatus" dit Judith Bertrand. On revient ainsi décidément toujours sur l'émoustillage du très sexuel interview, l'ouverture l'angle alpha geste à l'appui étant ravissant. Il s'agissait d'évoquer la disjonction entre les désirs de l'employé et ceux du patron. Le passage à l'orthogonal signifiant la révolution loin loin dans le futur, mais Lordon reste là dessus pessimiste, comme à son habitude.

La question de la possibilité des luttes fut ainsi abordée, l'érection de la colère pouvant ou non accompagner la soumission, les deux états de l'affect joyeux ou triste, dominant tout, mais la révolte devant venir du triste, le communisme comme "passion triste" donc (héhé). Car le capitalisme néo libéral veut nous rendre content, c'est là tout le problème: c'est lui qui maintenant théorise l'homme nouveau. On retiendra un mot de Deleuze, terrifié par la notion que les entreprises puissent avoir une âme. Bref, on a besoin de Spinoza pour pallier la violence de Marx et tout péter quand même.

Au passage, Lordon se rattache lui même, comme économiste (il définit ainsi l'argent comme le médium de l'échange marchand), à l'école de la Régulation (Robert Boyer), un keynesianisme post marxiste qui décrit la configuration des régulations à l'oeuvre dans la stabilité du capitalisme. Bien sur il est impossible d'être neutre axiologiquement en science sociale contrairement à ce que dit Weber, et l'opinion politique doit être assumée, mais bien sur sans Lissenkisme (autant le dire, bref choucroute).

Il en profite pour définir la science entre la poésie et les mathématiques comme quand il y a du concept, et comme seul le philosophe en produit, vous voyez ce que je veux dire.  

La Substance

Marx est comme Spinoza, matérialiste. 

Bon, d'abord la substance. Alors que Descartes en concevait une infinité, elle est unique ici, ce qui fait de Spinoza un moniste: il n'y a pas de différence âme corps et Dieu EST le monde, en fait, la question demeure: Spinoza ne serait il pas plutôt pananthéiste, avec un Dieu incluant la nature, mais sur ensemble de, toutefois ? L'identification corps esprit est bien sur très moderne et on lui trouvera bien des adeptes, les conceptions moniques du monde étant légion (pardon j'ai pas pu me retenir) dans les milieux neuroniques des réseaux de l'émergence.

Il n'y a évidemment là dedans aucune différence corps esprit, ce qui en résout le problème, tout cela étant de la même et unique substance. Dieu est ainsi immanent à la nature, et évidemment pas transcendant, on a un matérialisme de l'immanence. 

On distingue la nature naturée de la nature naturante, (ce sont des concepts scholastiques en fait), Dieu étant naturant et la créature naturée... Pour Spinoza, le naturant ce sont les attributs de la substance, et le naturé ce sont les modes de ces attributs. Par exemple, le corps est un mode de l'étendue et l'esprit un mode de la pensée.

Il faut voir aussi que du fait de son conatus la nature naturante se produit(crée) elle même comme naturée.

Dieu

On doit décrire l'extraordinaire notion logique de Dieu conçu comme ce qui a pour essence d'exister et donc dont on ne peut, par définition, nier l'existence. Identité de l'être et de l'essence, abolition du temps, il est la substance en-soi. Dieu est ainsi un nom propre, mais celui d'une chose particulière qu'on ne peut penser unique car cela supposerait qu'on pourrait penser son essence différemment de son existence, or les deux choses sont ici identifiées... L'être est donc hors de la pensée de l'unicité. On trouve là l'idée du comptage honni par Heidegger (le juif Spinoza compte ses pièces de monnaie), qu'est ce qu'on rigole. 

Au passage il est bien sur infini, avec une infinité d'attributs. Deus sive Natura. 

Spinoza différencie évidemment divinité et religion. Juif hérétique, il ne s'est pas converti au christianisme pour autant, et recommande même de se délivrer de la passion triste qu'est la religion. 

La question de la vérité

Spinoza s'oppose aux interprétations des textes sacrés et veut lire le texte, rien que le texte.

Il récuserait la vérité comme correspondance au profit d'une vérité par cohérence.  Adequaetio versus Convenientia.

"Quant à ce qui constitue la forme du vrai, il est certain que la pensée vraie ne se distingue pas seulement de la fausse par une dénomination extrinsèque, mais surtout par une dénomination intrinsèque."

On pourrait dire ici qu'il cesse d'être réaliste, et donc se trouve avec une notion conceptuelle et donc affreusement idéaliste de la vérité. Inutile de dire que beaucoup en ont profité (Lordon ne se gêne pas par exemple).

La théorie des affects

On a donc le désir, la joie et la tristesse.

Spinoza est une sorte de stoïcien: il cherche la béatitude par l'acceptation libre de sa situation dans la nature, la connaissance de son infini. Car la vertu c'est vivre suivant l'entendement qui vise à comprendre la nature par les passions de la connaissance joyeuses et actives qui sont le contraire des passions tristes, passives, celles de l'imagination et des sens. 

A partir du concept non orienté de "conatus" (persévération dans l'être), on considère le conatus de l'entendement, conatus étant aussi désir, mais désir de connaissance et donc rationalité. C'est association raison/désir/joie/vérité qui fait notre Spinoza, la fusion raison/désir étant précisément ce qui a à son origine le fameux conatus.

Le conatus n'est pas volonté de puissance, mais y ressemble, il se réalise dans les actions joyeuses et se trouve meurtri par la tristesse passive. C'est le désir qui produit les valeurs et le bon. Le désir est de plus défini intellectuellement: le désir est un appétit dont on a conscience. 

La question de la liberté

Bien sur, il n'y a pas de liberté, tout étant causé dans la nature par une chaine indéfinie de causes.

C'est la partie la plus difficile à avaler, naturellement, mais il fallait s'y attendre, c'est la conséquence inévitable du monisme. Il faut bien en voir les cotés à la fois paradoxaux et profondément modernes, le rejet de la transcendance et l'acceptation du monde en étant les soutiens. 

Bien sur la liberté orgueilleuse des cartésiens est basée sur l'oubli du mécanisme des affects. Mieux, c'est la croyance en notre "liberté" qui nous fait souffrir, et l'illusion de notre libre arbitre qui nous pousse à ne pas mieux nous connaitre. La liberté est psychologiquement mauvaise, donc. De quoi ravir toutes les éducatrices du monde. 

Ainsi, pour Spinoza, la liberté n'est qu'en acte, elle est mouvement des corps, telle leurs chutes. Encore mieux: l'illusion du libre arbitre pourrait être bon, mais pour motiver le peuple. Le rêve total du théoricien des sciences sociales, tu parles comme Lordon a du être content quand il a trouvé tout ça. 

On a ainsi un maitre du soupçon en plein XVIIème siècle, avec la double caractéristique, typique, d'à la fois dénoncer et décrire l'illusion, et forger ainsi une belle épée qui ne demande qu'à être utilisée, et beaucoup ne s'en sont pas privés. 

Hegel et Spinoza

La question est posée par les marxistes bien sur et Lordon trempe là dedans, la volonté d'Althusser de couper Marx en morceaux (comme sa femme) étant le thème de la chose. 

"Omnis determinatio est negatio": pour Spinoza, il n'y a pas d'individu, la détermination particulière étant négation, donc non existence. Il n'y a ainsi pas de réel, et c'est ce qui caractérise Spinoza comme "oriental": la plongée dans l'unique substance étant le but ultime. 

Evidemment pour Hegel, la substance sans subjectivité ne convient pas, celle ci étant l'absolu, d'accord, mais sans l'auto réflexion qui construit l'Esprit. 

Mais d'abord Herder réhabilita Spinoza ! Jusque là considéré comme un athée et un destructeur de la religion et de l'état, il devient un organiciste qui nous libère du physico-mathématique, tiens tiens... Bref, Spinoza est à la mode à Iéna, il donne de quoi taper sur Kant, lui même son ennemi radical et qui voyait la substance comme "chimère", en tout cas tout sauf transcendantale ! 

Hegel considéra Spinoza comme un point de départ, qui ignora avec son dieu substance absolue la capacité de la négation à se nier elle même conduisant à ce qui dépasse la substance c'est à dire l'Esprit, porteur et ça c'est Hegel de la négativité dans l'Absolu, ce que les spinozistes n'ont pas. Hegel introduit la métaphysique de la subjectivité, celle de l'Esprit Absolu comme sujet. 

Pourtant, le grand vent panthéiste souffle: Hyperion de Hölderlin parait il, et Schelling fut ouvertement spinoziste.

Hegel va tout de même faire de l'absolue une totalité substantielle et aussi valoriser la spéculation par rapport à l'entendement, celle ci pouvant seule penser les contraires... En gros, le spinozisme l'aida, mais Hegel, c'est autre chose.

Pour conclure, il parait que  Spinoza était violemment misogyne, une sorte de Zemmour de l'époque. C'est pour cela que je ne peux l'approuver sans doute. 

14/08/2016

leichtgesinnte flattergeister

"Les esprits frivoles et écervelés" est le titre/premier vers de la cantate éponyme, BWV 181.


Elle condamne sans ambages et avec une grande précision les excès du monde médiatique moderne et de ses réseaux sociaux habités par le diable. Elle laisse tout de même un espoir au demeurant.

Cantate parfaite, entièrement écoutable avec attention, la totalité de l'oeuvre étant accessible, raisonnable dans tous ses aspects, appelant à la réflexion et remplie de trouvailles musicales magnifiques dont l'écho disparait, c'est le charme des cantates, après leurs exécutions: conçues pour un seul jour, elles ont la perfection de l'unique. 

http://www.bach-cantatas.com/Texts/BWV181-Fre6.htm

Le premier morceau est étonnant: les esprits faibles se volent la parole entre eux, se disputant la force du vrai. Et bien Belial (ach Belial) avec ses enfants (toute une troupe) cherche tout de même à l'empêcher... Même les écervelés peuvent être utile en somme, c'est la morale d'un air de basse soutenu par le sautillement traditionnel au violon du diable quand il est acteur, souligné par les basses qui approuvent. Il y faut de la gravité et de l'énergie.

En fait ce n'est pas tout à fait cela, c'est Bélial qui empêche toute utilité par son obstruction. Troupe contre troupe donc: les démons contre les écervelés. 

Bon on passe au récitatif d'un Alto. Une parole lente au sujet des âmes perverties et ignorantes qui ne comprennent ni ne croient le mal. Celles que l'on vient de décrire, au prise avec le diable. Et là l'alto éclate en sanglots, ces âmes deviennent de pierre, elle gâchent leur salut et meurent ! Quand le récitatif devient mélodie puis cesse et que reprend le récitatif, on reçoit une sorte de coup de pied extraordinairement expressif: qu'elle belle idée!  Et la conclusion est d'ailleurs bien celle là: auriez vous un coeur de pierre ?

Ensuite la menace de l'Enfer. Le sautillant violon est presque incroyable (il faut l'accentuer au maximum) il termine sa partie par une dissonance saisissante présente dans ses premières et dernières instances et menace en permanence en arrière de l'extraordinaire et magnifique mélodie.

Celle ci s'achève avec une merveilleuse tournure de la langue allemande en deux vers: le début du premier est l'être futur (werden) et la fin du deuxième est le verbe (nähren, nourrir), avec entre les deux l'objet (le feu des tourments infernaux éternels). Un régal linguistique, accentué par la très baroque (qui prouve encore une fois que Bach est d'abord un musicien) ééééé ééééé ééééé éééé ren de cloture ensuite définitivement achevée par la deuxième et dernière apparition du redoutable air de violon. Il faut aussi noter que dans l'avant dernière apparition de ce vers, on avait eu droit au ahahahaha des Qual (tourments) suivi d'une näheren bref. Comme ça tout le monde est content sans doute.

Un récitatif du soprano, indulgent pour l'esprit et le coeur, et le final avec trompe s'il vous plait.

Un admirable choeur avec un duo soprano tenor enchassé en écho splendide. On reprend soprano/tenor puis alto/basse, toutes les combinaisons se manifestent avec la basse qui fait la main toute puissante (Allmachtshand)... 

En fin de compte, on a besoin dans nos coeurs, qui ne sont plus de pierre, d'une terre fructueuse (fruchtbar). En fait (pardon, je ne suis qu'un pauvre fransoze), d'une fruchtbar Land (d'abord), à l'intérieur de nos choeurs, ensuite. Pardon encore mais ce n'est toujours pas cela: dans nos coeurs, enfoncés (zubereiten).En fait c'est zu ber ahahahahahahahahahhah eiten, il faut être précis. Le rythme, endiablé, est à l'avenant... 

L'air de trompe est original: vraiment très joyeux au sens élévation du terme, il rattrape (écrase victorieusement)  toutes les diableries qui ont précédé. Un régal on peut maintenant aller boire un coup, merci J.S.

 

J'ai le gardiner, le suzuki et surtout le très supérieur (à mon avis) bachstiftung, plein d'énergie. Renate Steinman comprend magnifiquement la dissonance du violon du diable et nous la rend audible alors qu'elle n'existe pas chez gardiner ou suzuki par exemple, dont les violonistes nous la font mièvre. En fait il s'agit d'une pièce de violon diabolique, sans doute incroyablement difficile à maitriser émotionnellement. La cantate, art à part entière, permet à des musiciens de s'engager à fond, et il n'ont que quelques secondes... Par contre, pour comprendre, une bonne cinquantaine d'auditions dans tous les sens, dans toutes les interprétations disponibles est un minimum. Au boulot.

Voilà. L'immense plaisir que peut offrir ces très pieuses réflexions d'il y a trois cent ans reste intact, cela doit être la musique sans doute. 

 

11/08/2016

Les Républicains

Il ne s'agit pas du nom quasi ridicule que Nicolas Sarkozy a donné au parti politique qu'il a escroqué, mais de ce qui qualifie les tenants de la République, ceux qui se disent tels. Parmi eux Marc Bloch, qui explique en quelques pages ce que pour lui cela signifie. Il s'agit bien sur de l'auteur de l'"étrange défaite", le document historique fait par un historien, qui plus est acteur de l'histoire, et mort pour cela. 

En gros, il fait remonter le terme à la révolution, en fait avant, quand la royauté représentait la nation de deux manières aux yeux des différentes parties du peuple: pour les uns elle protégeait des privilégiés, pour les autres elle protégeait les privilégiés.

Cette ambiguité, propre au monde féodal, fut résolue lors de l'affaire de la révolution, quand la royauté pris le parti de l'étranger contre la souveraineté nationale pour défendre les privilégiés. Le roi le paya de sa vie, sa mort rendant tout retour en arrière impossible, toute restauration ayant vocation à échouer, et on le vit bien. 

A partir de là, malgré l'instauration de la république comme régime, subsista le camp de ceux qui ne l'acceptait pas, voulait garder l'autorité religieuse et politique, contre la liberté intérieure donc,  et qui donc pour régler les derniers comptes, allèrent encore chercher de quoi à l'étranger, c'est à dire renoncer à la souveraineté. 

La République devient donc, pour Marc Bloch et pour beaucoup, le garant des libertés extérieure et intérieure, l'une et l'autre confondue. Belle définition, il suffit de s'en souvenir. 

Au passage, on relèvera que le pire ennemi de l'Allemagne pendant un demi siècle fut condamné à l'indignité nationale pour intelligence avec l'ennemi (Maurras), et que le communiste Gayssot instaura après un demi siècle de soumission idéologique et financière avec la Russie soviétique une loi violant d'après les historiens réunis (VidalNaquet à leur tête) la liberté d'expression. 

Et ce fut le front populaire qui signa Munich et élu Pétain.

Au centre de tout cela, miraculeux, un soit disant maurassien, que l'on accusa d'être communiste, ramassa l'épée, et restaura les libertés. Trois fois. Quand même... 

P.S. La troisième fois, il alla inquiet vérifier chez Massu auprès des chefs soviétiques que ceux ci n'avaient pas de mauvaises intentions. Il put donc se satisfaire, sans morts, de rétablir la situation. 

On finira ce trop court éloge d'un type de personnage historique qui ne vient que tous les milles ans par la réaffirmation de l'identité de la nation et de la liberté, voire de la démocratie elle même qui forme ainsi avec la République un bel ensemble cohérent. Car il n'y a de Liberté que grâce à une Nation dont la République organise la défense par la Démocratie qui n'est valide que dans une nation dont ...  

06/08/2016

Phénoménal

Il faut donc maintenant revenir sur le phénomène. Hegel et tout le tintouin. 

D'abord il y a le jeune Hegel, et sa vie de Jésus puis l'esprit du christianisme. Tout part d'une interprétation du religieux, "la religion doit trouver refuge dans la philosophie". De fait la religion chrétienne se trouve radicalement différente du judaïsme (esprit du christianisme contre esprit du judaïsme), religion de la scission et de la loi, alors que le christianisme est celle de la réconciliation et de l'amour. La loi n'est pas abolie, mais accomplie. Par contre, pour Hegel, ce qui est produit, l'Eglise, se trouve hors du monde et pourtant liée à l'histoire. Elle ne peut qu'échouer comme politique ne s'accomplir que par la philosophie qui se trouve devoir abriter et contenir la religion. Ca commence bien... 

Dès ses débuts, le jeune Hegel distingue entendement et raison verstand et vernunft. Les préceptes de la raison sont subjectifs et les règles de l'entendement objectives. La raison est législatrice contre la loi objective, et porte la vraie compréhension du divin. Rien que ça: il existe une refondation par Hegel du concept de Raison, ancré dans la conscience de soi et dans la conscience de l'action. 

Et il y identification de la pensée au voyage, à l'accomplissement progressif d'une histoire. On est là au coeur de la "manière de penser" de celui qui introduit le processus, l'action plutôt que la substance. C'est l'idée de la processualité des choses. On est ainsi dans la nécessité de certaines transformations, les conceptualisations se situant dans des mouvements, dans des déplacements, dans des histoires... On croirait entendre de la musique, et le voyage musical romantique ne peut être à l'écart de telles formes de pensée. En tout cas, on peut accéder par le changement à la transformation des choses en leur contraire, et bien sur Hegel est le champion toute catégories de la violation du principe de non contradiction... Ces thèmes là sont multiples, par exemple que le monde est le produit de la réalisation de l'Esprit. 

Quitte à se plonger dans une époque, on doit aussi la mentionner: le romantisme allemand se déploie au début du XIXème siècle. Il est parapsychologique, et la révolution, c'est aussi le retour à la nature originelle ou l'esprit baignait dans la nature, sensation dont ne reste que le sommeil magnétique, le rêve...

Cette histoire d'Esprit est évidemment centrale chez Hegel. La polysémie magnifique du terme est exploitée à fond, et j'avoue partager ce désir d'exploration: un sujet quand on en a un doit être traité et le rat doit explorer toutes les pièces, toutes les plintes, tous les sens. 

Et puis il y a "l'esprit de ...". On peut l'identifier à la conscience collective, à ce qui se manifeste entre les hommes, comme existence de quelque chose qui finalement devient l'esprit absolu. Mais avant cela, il y a l'esprit objectif (objektiver Geist) (avec ses correspondants l'esprit subjectif et l'esprit absolu). On pourrait parler de "génie" tout aussi bien que d'un sujet collectif global, forme typique du raisonnement "holiste" qui reconnait une existence hors des hommes d'une objectivité autonome distincte d'ailleurs de l'art, religion ou philosophie humaine. 

Il s'agirait du troisième monde de Karl Popper, celui des idées indépendantes de leur perceptions ou de leur adoptions, conçues par Hegel dans l'esprit d'un sujet absolu.

Mais revenons en arrière, il y a d'abord la caverne de Platon et les ombres sur les murs, les "phénomènes" justement. Sont ils vains ? Non, car l'être n'est rien sans l'apparaitre (pas mal non). Hegel nie alors la différence noumène phénomène et abandonne le monde comme indépendant ou inaccessible pour passer à la conscience de soi, début de la considération de l'esprit comme phénomène et c'est parti. On a la "science de l'expérience de la conscience", c'est à dire une fusion entre réalisme et idéalisme, un système.

Parmi les processus il y a bien celui de la reconnaissance qui mène à la reconnaissance mutuelle complète, qui est l'esprit absolu. Ce processus est celui d'une "réconciliation", par exemple entre l'homme d'action et le philosophe, entre l'Etat et la philosophie. Cela illustre bien la fameuse dialectique, les concepts de "pour soi" (le subjectif, la parole individuelle, le fini), d'"en soi" (l'absolu, le religieux, l'universel, l'éternel) et le "pour et en soi" (la phllosophie, la réconciliation) sont les trois "moments" de l'esprit absolu. Mais c'est quoi cet "esprit absolu"? 

Il se pourrait que ce soit la seule chose qui existe, tout le reste y étant contenu par exemple Art, Religion,Philosophie, mais bon. 

Pour préciser, on est dans la distinction sujet objet la reconnaissance étant mutuelle, de fait objet d'une lutte "à mort", expliquée par la fameuse lutte entre maitre et esclave, et l'explication de la religion des esclaves comme la "conscience malheureuse" qui se tourne vers le transcendant. 

La connaissance de l'esprit absolu est possible, c'est celle des philosophes. Mais là Hegel dans l'élaboration de son système plonge dans vingt ans d'académisme et d'écrits monstrueux, contradictoires et boursouflés. Son magistère s'exerça à Berlin, dans la légèreté, la grâce (je rigole) et surtout le sérieux... 

 

Il eut ses apories et s'en débrouilla plus ou moins: le savoir absolu par exemple est évidemment négation mystique de toute vérité possible (déconstruction, tu as un père) et en même temps ce savoir là est absolu donc unique vérité absolue elle même tu parles etc.

Et puis il y a la fin de l'histoire. A ce point, une tentation à laquelle je vais céder et de dire bon sang mais c'est bien sur, et de tout résumer: la fin de l'histoire dure, tout le monde la pense comme telle et donc n'est pas une évènement mais un état indéfini pensable par un esprit qui est bien sur l'esprit absolu et le tour est joué.

On est là conceptuellement sans doute dans ce qu'on appelle le millénarisme, la fameuse période de mille ans intermédiaire qui attend la vraie fin du monde, dirigée par des prêtres, la période de la "première" résurrection. (Je me lance). Une fin qui n'en est pas une, d'où l'énergie qu'elle possède. Il y a aussi la semaine de l'histoire de Saint Agustin, le jour qui n'a pas de soir, à distinguer de l'apocalypse, et c'est elle qui fut reprise par Joachim de Flore. Deux millénarismes différents donc ? 

Pour ce qui concerne l'histoire, il faut savoir qu'elle est mue par les relations de reconnaissance et qu'elle s'arrête quand tout est unifié et que l'universel a reconnu le particulier et réciproquement. D'autre part, pour Hegel l'histoire c'est celle de l'Etat, et que donc quand la forme supérieure de l'Etat est atteinte, l'histoire qui était le chemin vers cela s'arrête. L'intérêt de l'esprit est donc autre à partir de là, et le post historique Hegelien a son sens. Au passage, on fera du français la langue de la philosophie en faisant de la fin de l'histoire son but... 

 Et puis il y a Dieu. D'abord, Dieu n'ESTPAS l'esprit absolu. De fait, Hegel est interprété de manières multiples sur cette question en allant de la gnose à la théologie spéculative. On en fait même l'inventeur du vrai athéisme contemporain, à la foi créateur et destructeur de l'absolu... 

Elaborons sur les principes: pour Hegel le premier principe n'est pas l'être, mais l'idée, le concept. C'est le fond de l'affaire, le concept est dans l'esprit, et le premier concept c'est l'esprit, l'être conscient de soi qui se constitue face à son contraire (une belle moulinette, avec beaucoup d'allant). Tout cela est évidemment ce qui apparait du réel, dans la pensée donc rationnel, et c'est ainsi que s'affirme l'égalité du réel et du rationnel (et réciproquement). 

La pensée des contraires va même s'enrichir d'un troisième larron, avec identification de l'un, de sa  négation (le christ) et surtout de son retour, l'esprit bien sur, la négation de la négation. Le concept de "retour à Dieu" est central: Dieu devient esprit en même temps que l'homme, le tout fusionne, c'est le christianisme en somme, à part qu'il a absorbé la philosophie, identifiée donc avec la religion. En fait la chose est discutée car pas si claire, tu parles. 

Le concept de réconciliation doit encore être mentionné: réconciliation avec Dieu, et aussi avec le Monde, dans l'autre direction, voilà l'affaire de l'homme. 

Mais il y a aussi, pour compléter le sujet bien d'autres trucs qui sont "hégéliens": 

1) En gros, la conscience c'est l'esprit comme phénomène, et là saut dans le vide, on passe à  l'Esprit absolu...

Car l'idée absolue est le seul objet de la philosophie véritable. 

3) La conception des relations sujet objet dans l'expérience, radicalement différente de la pensée. C'est ça l'amour, il ne se réduit pas à  l'idée qu'on s'en fait... Par contre, c'est l'aporie de Hegel: comment générer un absolu d'une expérience ? 

4) Husserl méprise et conspue Hegel, comme tous les mathématiciens de son époque. Au point que Weirstrass, maitre de Husserl et qui avait épousé une fille du vieux avait un écriteau dans son bureau: 

"Hier soll man Hegel nicht berschimpfen"

5) les relations avec Marx, qui évidemment dézingua le maître, remis sa dialectique à l'endroit et en exploita à fond les avantages, la fin de l'histoire se consumant dans le walhallah de la dictature absolue on a vu ce que cela a donné. 

6) Popper batailla beaucoup contre Hegel et en gros prouva par a+b son  absurde holisme, mais sans rien lui enlever, hélas... 

D'autres considérations, plus générales: Parménide utilisa le principe de contradiction pour découvrir l'être, mais en cela ne fut que mythique (la déesse, la déesse). Hegel inclut la contradiction dans le discours vrai et donc se trouverait le seul vrai "rationnel", au delà donc du principe. Le point est intéressant et qualifie l'"acte de foi" poperrien, tout comme d'ailleurs celui du christianisme: comme si la vérité n'était ni réelle ni rationnelle. 

30/07/2016

La réduction

Il me faut éclaircir ce qui se laisse dire sans que l'on n'y comprenne goutte. La réduction phénoménologique, éidétique et gnoséologique en est. 

D'abord, le transcendant et le transcendantal. 

Transcendantal s'applique à une connaissance, une idée, une chose de l'esprit si (et c'est Kant que le dit) si cette chose, (idée, connaissance) concerne non pas un objet, mais la manière de le connaitre. De fait, c'est bien Kant qui introduit la question: non pas de la chose, mais de la façon, de la manière dont les connaissons. 

Transcendant, c'est ce qui simplement dépasse, va au delà, par exemple, bien sur le divin, mais en fait, le mot désigne ce qui a son principe "vers le haut", au delà de lui. Par opposition "immanent" caractérise ce qui a son principe "vers le bas" en lui même, en son origine. 

A part l'idée de "montée" (dépassement qui induit une verticalité du mouvement de pensée (...)) les deux termes n'ont donc pas grand chose à voir, ou bien dans un espace de significations, le monde de l'esprit, celui des délices qu'offre un certain état de conscience, on y reviendra, monde donc dans lequel on change de sujet en englobant, en dépassant, en abstrayant etc. Le philosophique, quoi; tout un monde. 

Ensuite, l'apodictique, l'absolument vrai partout et nécessairement, bref le contraire du dialectique. Les grands principes (identité, non contradiction, tiers exclu) sont évidemment apodictiques. 

Maintenant l'intention. Au départ il y a Brentano, le maitre de Husserl: l'intentionnalité. Ce qui est "à propos" de quelque chose. Issue d'Aristote, puis des scolastiques en passant par les arabes, elle est une représentation non sensible (Avicenne). 

Duns Scot classifiera l'intentio en distinguant la volonté, la forme, le concept et la motivation... 

Brentano parla d'"objectivité immanente", le concept fondamental de la philosophie du XXème siècle, ce qu'il voulut en faire un critère du mental, l'essence de l'activité de penser. Cela fut critiqué et on va en reparler, car la crise d'angoisse n'est pas intentionnelle et donc il y a autre chose dans le mental, en particulier les fameuses qualia, il faudra tirer cela au clair. 

Passons à Husserl, armé des concepts d'intention et de transcendantal, on est bien dans le sujet. 

D'abord Husserl est contre le psychologisme: un mode de pensée et d'explication qui ramène le monde à des états affectifs ou sensoriels aggrégés dans le cerveau humain. Quand les choses sont ainsi réduites à ces sensations élémentaires,on a le réductionnisme. Notons que le niveau psychologique a une réalité pour les psychologistes: il ne réduisent pas au quantique ! Il est celui des affects, des sentiments relatifs au plaisir, au sexuel, bref ce qui est intermédiaire entre le conceptuel et le biologique, je dirais bien sur. Husserl déteste ça... Les neuro sciences, les variantes des psychologies évolutionnistes, les différents mémétisme en sont. 

Husserl veut ainsi fonder une philosophie (à l'Allemande) du certain et du vrai en dehors du réductionnisme, c'est bien l'objet de la fameuse réduction, radicalement contraire dans les termes, de ce qu'on pourrait croire en ignorant le sens des mots. Il repart donc en gros de Descartes et de Kant, en revisitant, comme on dit, le transcendantal... Telle est son intention, c'est un philosophe allemand: regardez ses photos. 

Husserl commence par Descartes et de ce que le malheureux probateur de l'existence de Dieu injecta dans la frénésie baroque qui saisit le XVIIème siècle: l'idée qu'on puisse être certain de quelque chose en pensant seul.

Car Descartes, et là je me lâche, ne fut l'auteur que de l'un des l'effet pervers philosophique fondamentaux qui justifient mon théorème dit de la transcendantalité de la contradiction théorique qui veut que tout philosophe introducteur de concepts suscite mécaniquement dans la génération d'après une conceptualisation qui a les effets contraires exacts de son intention originale. Par exemple, Aristote nia Platon qui nia Parménide. 3 générations de jeunes gens brillants acharnés à faire passer leur père pour un con. Parménide lui s'en prit à Homère, et comme Homère n'a pas existé... 

Voulant prouver l'existence de Dieu, Descartes le transforma (Dieu) en raison pensable et donc le détruisit: il inventa l'athéisme et la pensée claire, mais il nous faut d'abord revenir en arrière. Descartes commence par douter, il va pour cela jusqu'à l'hyperbolique (le doute de l'intelligible lui même, presque dans le niveau "intentionnel" non?).

On passera sur sa détestation du scolastique, l'ennemi qu'il persécuta étant peut être Duns Scot, mais c'est un autre sujet. En gros Descartes est un sensoriel et se prête à des expériences de pensée, qui sont des expériences... Husserl qui a le même but que Descartes, vouloir être sur, procède de la même manière.

Par contre, et là il s'oppose à Descartes dont il dénonce le "réalisme transcendantal": le sujet de Descartes fait partie du monde et pas celui de Husserl. 

Bon, il y 3 mouvements: suspension, réduction, constitution. Cela fait une méthode, une sorte de processus, d'expérience personnelle, de voyage. Une oeuvre de musique et c'est cela que je voudrais exprimer: la réflexion sur les choses se fait dans le temps, dans un voyage qui est le voyage musical, mais je ne suis qu'un mélomane et le monde de l'esprit est celui des abstractions musicales. On en reparlera. 

D'abord l'épokhé, la suspension du jugement, l'équivalent du doute, mais c'est pas pareil. Il s'agit d'aller vers le savoir, là où il n'y a pas de croyance, et donc pas de jugement imposé, évident ou spontané. 

Ensuite la réduction, qui est phénoménologique, transcendantale, gnoséologique: il s'agit de supprimer tout lien entre connaissance et perception, et identifier la vision et soi même en train de voir. Dans les termes opposé moi/monde, on réduit l'opposition, on se colle au réel, on le colle à soi, bref, on ne fait qu'un. 

Puis ensuite la constitution, le retour à la normale après l'extase qui vous a changé pour toujours: le monde est maintenant vu autrement, et cela pour toujours. En quel sens? Et bien le savoir s'étant perçu lui même il accède à la connaissance véritable (ou l'inverse). C'est cela l'ambition de Husserl: rendre intelligible l'évidence du monde, comprendre le monde. La leçon du terme "constitution" est que c'est la subjectivité qui est "constitutante" du monde. Husserl introduit alors à une praxis de cette critique permanente et radicale de soi dans le monde, et donc d'une super responsabilité philosophique et éthique. 

Cette conjonction entre représentation et pensée de la représentation s'applique bien sur à elle même, et c'est pour cela que cette philosophie qui est une critique (une super critique) introduit au soupçon généralisé, toute attitude et réflexion devenant un percu, donc un construit, donc une chose et ainsi de suite à l'infini. C'est bien Husserl qui a lancé cette mode là, la remise en cause de toutes les ontologies scientifiques et autres devenant possible, à pratiquer et à théoriser. 

Le théorème de la transcendantalité de la contradiction s'applique évidemment à Husserl avec une force incroyable: le cartésien absolu qui voulait le savoir absolu de par la certitude de la réduction du dilemme soi/monde, qui plus est juif, se trouve dénoncé à la gestapo par son assistant le nazi Heidegger qui fonde l'irrationalité du XXème siècle, le culte de la mort et de la négation de la science et de la technique !   

Car bien sur Heidegger nie absolument cette approche de la vérité: l'être apparait (le dieu germanique dans la clairière) et il faut aller à sa rencontre (en chantant le horst wessel lied sans doute). Néanmoins, l'idée y est, le XXème siècle fut horriblement hippie. Pauvre Husserl. Il est donc le grand introducteur du relativisme moderne, comme Kant, d'ailleurs qui lui même introduisit l'idéalisme ! 

Voilà, j'ai compris Husserl. Voyons maintenant la valeur de ces choses...

Au fait, il y a une question de dénomination: il faut parler de "phénoménologie transcendantale" et non simplement de "phénoménologie": les phénomènes qui sont ce les parties du monde qui se manifestent à notre esprit se succèdent, certes, mais la question est de savoir comment cela est possible et quelle est la nature, l'être de toutes ces choses dans l'esprit. C'est cette activité là qui est le sujet: la subjectivité de cette action (héhé).

Et puis il y a les divergences d'interprétations, et ce à quoi cela a fait penser et peut faire penser. L'ampleur de ces pensées, leurs variétés et leur richesses ne s'épuise pas comme cela. Disons que forcément ceux qui s'intéressent à ces choses ont des idées derrière la tête, des intentions en quelque sorte, et celle ci sont d'une grande variété, avec des constantes.

On pourra parler des théories du management, domaine en soi for vaste, et qui forme les employés du service du personnel (les "relations humaines" comme on dit, attachées à ne jamais avoir de relations avec les autres employés sinon sous la forme de processus déshumanisés). Toutes les hypnoses, changement de paradigmes et autre révolutions de soi en font partie. Les douloureux tourments de la fin des religions aussi, et les croyances réfléchies plusieurs fois sont bien aidées par ces types de pensée, disons que cela parle de la même chose: du subjectif qui crée le monde. 

Husserl est mort en 38. 

 

On peut continuer à bouquiner sur la question, pour éviter, même si on a compris, de dire trop de bêtises (si j'en ai dit de véritables, il y aura peut être un contradicteur, mais je n'y crois pas trop). L'idée est de ne parler que d'Husserl, et de ce qu'il voulait dire -lui-. 

D'abord, il y eut plusieurs époques, et un Husserl deuxième période. Il parla d'intersubjectivité transcendantale par exemple, pour pallier le mande de considération de l'objectivité du monde extérieur.

Il ne cessa jamais par contre de se vouloir scientifique, prétendant fournir la version scientifique de l'idéalisme transcendantal. Réaliste au sens strict, il ne met pas en cause l'existence du monde, mais veut élucider son intelligibilité. De fait, il veut dissoudre l'opposition entre réalisme et idéalisme.

Dissoudre ou faire exploser ? Car une interprétation de la constitution est bien celle de la production de l'objet (et non pas de sa vraie restitution). On se rattrape alors sur le fait que le sujet lui même fait partie du processus et le noeud reformé continue à émettre sa radioactivité, sans doute pour encore pas mal de temps.

 

En fait la discussion n'est ainsi pas terminée, la distinction réalisme/idéalisme n'étant pas tranchée pour ses successeurs qui continuèrent à s'écharper. 

 

 

Ces considérations sont aussi celles de Merleau Ponty, dont la phénoménologie de la perception qui accompagna sans être lue tous mes déménagements se résume en natures naturée et naturante, en naturalisme du naturé et idéalisme du naturant. L'objectif est pour lui aussi de rendre intelligible la dichotomie vérité/facticité, qui est le problème fondamental de tout ce dont on discute ici. La perception est ce lieu: il n'y a de sens que si un sujet perçoit et en même temps le sens vient de la nature.

 

24/07/2016

Vive les libertés publiques !

J'ai un nouveau gourou, un vieillissant professeur d'histoire du droit, sémillant et courtois, avec qui je suis à ma grande surprise en accord sur presque tout ! Jean-Louis Harouel est cette personne, par ailleurs un merveilleux représentant de la véritable élite, courtoise et pleine d'humour, et aussi porteur en plus de noeuds papillons. 

Il fut plagié par l'ignoble Patrick Buisson, qui eut du mal à l'admettre, parlant d'un illustre inconnu, tu parles un prof renommé, auteur de dizaines de livres, enseignant à l'institut Michel Villey comme de juste, le grand historien en référence sur les questions des droits de l'homme entre autres.  

Pour l'humour on se souviendra de son rappel du changement de l'orthographe du mot "imam" dans les années 70, mot autrefois noté "iman" (avec un "n") depuis Voltaire, et que San Antonio dans "Berrurier au sérail" utilisait, ce qui lui permettait de nommer un de ses personnage l'iman komyrespir, qui officiait au Kelsaltan.... 

Polygraphe, professeur, présent sur radio courtoisie (...) https://www.youtube.com/watch?v=ssvjPNIqPFE, et dans un très bel exposé http://cerclearistote.com/video-de-la-conference-de-jean-louis-harouel-les-droits-de-lhomme-contre-le-peuple/ conclu par le titre avec une belle prestance. 

On trouve aussi un compte rendu détaillé dans: http://www.francisrichard.net/article-le-vrai-genie-du-christianisme-de-jean-louis-harouel-118324375.html

Auteur de mutiples écrits, il exprime tout un ensemble d'opinions dans la classe de celles dont je suis persuadé malgré lui (je veux dire avant de l'avoir connu), un accord véritable, donc et bien mieux exprimé que je ne le fais, je ne suis ainsi plus seul.

En gros tous mes thèmes y sont: la religion sécularisée moderne qui a succédé au communisme et au nazisme comme religions. La nouvelle religion est celle des droits de l'homme sécularisés, opposés aux droits de l'homme traditionnels, ceux des libertés publiques. Cette religion post chrétienne infecte le droit qui se sature de valeurs chrétiennes, ce qui n'était pas du tout le cas dans les époques de foi. Mieux, Marx fut celui qui sécularisa le millénarisme de Weitling. L'église catholique aujourd'hui abrite partiellement cette religion humanitaire, sécularisée et distincte de la religion chrétienne orientée vers le salut. 

Derrière l'honni socialisme, on trouve donc la gnose, d'abord négation du judaïsme (Marcion) et surtout de celui du Dieu créateur identifié au Dieu juif. 

La description très intéressante du christianisme (il parle de son génie) comme alliance de l'amour total christique ET du décalogue comme la première forme d'affirmation des droits humains (de ne pas être tué, de ne pas se faire voler sa femme etc). Ce qui en fit ainsi la première affirmation nationale, en plus, avec la proclamation du droit à la sécurité, premier de tous les droits de l'homme. Le christianisme c'est donc l'alliance du dieu bon et du dieu juste, l'amour total PLUS le réalisme de la loi. Cette alliance là fonde la liberté, comme affranchissement de la loi, ou plutôt son acceptation libre, les deux choses restant distinctes, l'amour anarchiste chrétien lui étant incommensurable. 

Cette alliance improbable, magnifiquement conceptualisée vaut le détour: il célèbre précisément ce que je cherchais confusément, liberté, amour et nationalisme, le collectif national ne pouvant qu'être partie du jeu. Que ce nationalisme porté par la bible le soit en plus porté par son héritier chrétien me semble nouveau et original, même si bien sur, c'était ce que je pensais. Qu'il soit biblique en plus dans la dernière nation que le monde accepte (ou refuse) en l'occurrence l'immonde état israélien lieu de toutes les détestations (sauf de la mienne) me réjouit encore plus. Comme si les rois d'Israël sur le portail de Notre Dame en étaient les symboles, du concept de nation, justement ! Et puis Mirabeau disant au sujet du projet d'une déclaration des droits de l'homme: c'est le décalogue ! 

On y explique ainsi que le christianisme (véritable) s'oppose au millénarisme tout comme la volonté de se changer soi s'oppose à celle de changer les autres. Et puis aussi, la suprême distinction entre les royaumes, l'état catholique n'ayant jamais voulu instaurer le règne de l'amour sur terre, du fait de la conservation de la loi toujours distinguée de l'amour divin. 

Il explique la distinction "rights of man" d'envers les "human rights" qui font toute la différence, image de la distinction fondamentale entre le politique et le religieux, marque du christianisme comme  origine de la liberté d'une part, de la civilisation d'autre part. Mieux, c'est cela qui est à l'origine de sa puissance et de son savoir, celui ci ne pouvant être que fondé sur la liberté de penser et de créer. 

Il évoque avec bonheur l'horreur gnostique de la distinction sexuelle origine de la procréation, idée commune au même degré des partouseurs et des castrés, les deux composantes de la gnose. 

Il explique avec autant de bonheur que l'islam n'EST PAS une religion mais un système politique et juridique, et que le millénarisme en vient à souhaiter la mort nécessaire des peuples coupables de l'Europe destinés à être remplacés par de nouveaux arrivants. 

Il va ainsi jusqu'à prendre Israël comme le modèle de l'état nation auprès des europes en manque de particuliarisme.

C'est alors qu'il se révèle par ailleurs (hélas) comme anti européen et anti euro, il fallait bien que nous ne soyons pas d'accord sur tout. Europe qu'il définit par ailleurs comme étant ce qui a refusé d'être musulman pendant des siècles, on peut dire là qu'il s'égare... Il fait ainsi hélas le chantage au fédéralisme, origine de l'anti européisme paradoxal qui demande à ce que l'on refuse la pauvreté des pays pauvres d'Europe. Comme si il fallait des frontières pour ignorer les pauvres... 

Il est ainsi dommage (mais après tout ce n'est pas si grave) que tant de belles intuitions ne s'accompagnent pas de celle d'un monde économique ou tout serait possible, le passé industriel et libéral de la France ne la condamnant pas, et au contraire, d'être toujours à la remorque de l'Allemagne. La liberté, mon cher, la liberté. 

 Bon en tous cas, il me faut lire l'auteur de: 

"Née de la distinction chrétienne du spirituel et du temporel, la liberté absolue de la pensée inventée par l'Occident est sans doute le plus précieux patrimoine de l'humanité."

 

 

 

 P.S. Quelques éléments sous forme d'arguments, et qu'il met  en avant avec faconde dans son "vrai génie du Christianisme". 

La castration des hommes  africains noirs emmenés au moyen orient: cela explique la faiblesse du peuplement noir pour une traite qui fut équivalente à celle vers l'amérique, elle bien plus marquée par ce peuplement là. 

Il y a un débat sur la séparation politique religieux en Islam, Olivier Roy en relativisant la portée, pourtant au centres des thèses de Bernard Lewis,  de Harouel et aussi de Fustel de Coulanges. 

L'ambassadeur mongol en 1287 fut frappé de la spécificité de Paris: son université. 

Jean XXII refusa de couronner Louis IV et la bulle d'or consacra en 1355  l'élection de l'empereur par les princes. 

Le conflit entre Philippe le Bel et Boniface VIII portait sur le "rendez à César ce qui est à César". Jacques de Viterbe tenta au service du pape de le réinterpréter.

Guillaume d'Occam consacra la séparation entre les deux ordres. 

Harouel insiste aussi sur l'importance de l'histoire des hébreux sur la genèse DES états nations européens.  Pour Hobbes, l'état hébreux est le prototype de l'état souverain. 

Néanmoins, à sa décharge, Harouel rappelle la notion du "juge prêtre" sous l'ancien régime. C'est ainsi l'introduction du droit romain qui sépara justice religieuse et justice d'état. 

La genève de Calvin est gérée par un "consistoire" qui peut déclancher l'autorité publique: les protestants et Luther aussi furent eux bien plus césaro papistes que les catholiques... 

Aux US, c'est le 1er amendement de la constitution qui interdit de faire aucune loi interdisant l'exercice d'une religion ou instituant une religion d'état. 

Le Syllabus de Pie IX en 1864 condamnait explicitement le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. 

Les deux saluts chrétiens et millénaristes: l'un est céleste, l'autre est terrestre. Pourtant dans l'apocalypse de Jean, il y a bien le "viens, Seigneur Jésus", avec l'annonce du règne heureux de mille ans qui précèdera la fin du monde. C'est cela le millénarisme ! C'est Augustin qui décrète que le règne millénaire a commencé  avec le Christ dans l'Eglise. 

Joachim de Flore introduit la théorie des trois ages, qui se termine par le règne de l'Esprit. 

Müntzer, lui aussi moine augustin, horrifie Luther en prêchant le massacre. Il fut célébré par Engels qui vit en lui un héros prolétarien. Il fut suivi par Jean Hut, à Münster puis par Jean de Leyde et les anabaptistes. Münster fut Jerusalem en 1534.

Pour finir la thèse de l'injection dans le droit des valeurs chrétiennes après l'effondrement de la religion et qui transforme les juges en juges-prêtres est extrêmement séduisante. Employés à la rédemption des coupables (un frère Kouachi avait un bracelet électronique) et à la punition du blasphème (dire casse toi pauv con à Macron vaut comparution pour outrage) les juges ont un rôle maintenant particulier qui tourne à l'absurde: celui de l'instauration par la contrainte du respect d'une religion, celle que dénonce Harouel.

 

Mais il y a une conclusion et entièrement constituée à défendre l'"immigrationnisme" (Taguieff), but de la nouvelle religion et volonté caractérisée d'extinction de la civilisation européenne et chrétienne... Le sanglot long n'est pas mâtiné ni réduit par quoi que ce soit et semble s'achever dans un bien grand pessimisme.  

Au point que la thèse elle même mériterait peut être d'être reconsidérée. Le "vrai" christianisme est il vraiment innocent de tout cela ? Fut il vraiment si dualiste ? Après tout, le royaume de Dieu imminent du Christ fut bien millénariste, et l'apocalypse chrétienne aussi, c'était son règne propre, celui qui devait durer mille ans. 

Il y eut donc l'Eglise pour rattraper cela: ce qui remplaça au pied levé le royaume qui ne venait pas était donc la fameuse disjonction qui commença mal: elle détruisit l'empire (les barbares étaient chrétiens) et ce qui dura mille ans à l'est était parfaitement césaro papiste... Bref, les rapports de l'Eglise et du politique furent complexes, et ce fut bien une lutte contre cette église là qui fut la civilisation occidentale, non son accomplissement...  Bref, même si l'accumulation de sentiments est patente et intéressante; ce qui justifie l'ire, la thèse parait finalement fragile et peut être secondaire voire fausse. 

Car il y a bien des moyens de rendre responsable le christianisme de l'essor occidental: le thème de la liberté en est sans doute un aspect, mais il se battit contre l'histoire chrétienne et au combien, au nom du millénarisme ? Non et c'est cela le problème de la thèse d'Harouel et de sa tentative très réactionnaire de récupérer la situation. Celle ci est plus complexe et on ne peut échapper à la nécessité d'élaborer du positif, bête noire des conservateurs pessimistes. 

10/07/2016

Smith&Rousseau

Belle forfanterie que de parler des deux ! 

Simplement Smith (Adam, pas Eve) n'est pas contractualiste, et c'est le problème. Sinon, on s'y retrouve. 

Je me permet de citer l'extraordinaire article de Raymond Boudon http://www.fondapol.org/etude/boudon-la-competence-morale-du-peuple/ et de le pomper à mort. Tout autant d'ailleurs que http://www.revueithaque.org/fichiers/Ithaque5/08Guedon.pdf ; mes sources d'excitation sont ainsi données. 

En gros, Boudon y explique que la France souffre de la tyrannie des minorités, car sa scène politique oppose un état trop fort à des groupes d'influences trop forts, ce qui explique tous les retards français, dont les absurdes 35h, Impôts sur la fortune et retraites comme remède au chômage. Il parle de l'"effet Olson" qui décrit ainsi le phénomène mécanique de la majorité silencieuse, quand une majorité désapprouve le réel silencieusement, vaincue par les minorités agissantes. Boudon recommande l'expression libre sur l'Internet, comme possible efficace contre poison. 

Il parle aussi de la volonté générale, et du fameux "spectateur impartial" de Smith, qui est son exact pendant: Smith et Rousseau sont deux acteurs des lumières, et symbolisent pour comprendre et agir sur le monde, deux fictions égales, qui permettent à la démocratie d'exister: contre toute attente, il existe une rationalité collective non individualisée, ni par un Dieu, ni par un tyran.

Dans le cas du spectateur impartial, il faut ajouter que cet être rationnel qui choisit telle ou telle décision en évaluant des arguments sur un marché des opinions, ce qui suppose que la structure du pouvoir soit basée sur un séparation entre corps indépendants qui s'équilibrent. Exécutif, Législatif, Judiciaire se contrôlent mutuellement: ils ne sont pas des personnes mais des forces qu'on commente. 

Car le spectateur impartial est issu de la "sympathie", mécanisme naturel fondamental, les vertus (prudence, bienveillance et justice) conduisant à la belle nation de l'individu rationnel, image et membre de la collectivité. Les vertus sont donc nécessaires au lien social. L'homme "bon" de l'état de nature lui correspond: le contrat social ne peut être passé entre des démons, et la vertu originelle est bien sur la condition expresse de la possibilité de l'organisation de l'humanité. 

Pour Smith, suivant un principe de classification que Marx copia, on a les états de l'humanité: chasseur, berger, agriculteur, et commerçant pour finir. On notera le pastoral état de berger, très XVIII siècle, comme intermédiaire, bien sur, entre le chasseur cueilleur préhistorique et l'agriculteur. 

On continuera avec l'Etat, en charge de protéger contre les ennemis extérieurs, de lutter contre l'injustice en interne, et aussi de gérer les monopoles naturels communs.

A part cela, l'Etat ne doit pas intervenir, car "Quelle institution du gouvernement pourrait tendre autant à promouvoir le bonheur du genre humain que la prédominance générale de la sagesse et de la vertu ? Tout gouvernement n’est qu’un remède imparfait à leur absence". Ici encore, l'ignoble Smith, réputé pour son égoïsme et sa cruauté ultra libérale s'appuie en fait, et au contraire, sur l'indispensable vertu humaine pour se passer des excès de l'Etat. 

Nous avons donc là Smith, avec une auto institution du marché, et c'est la thèse, la formation de l'équivalent strict de la volonté générale, c'est à dire de l'institution collective non personnalisée, le spectateur impartial étant le souverain, rationnel, objectif, et... collectif.

L'identification est d'autant plus forte que les deux concepts sont géographiquement limités et décrivent une nation, c'est à dire un être collectif d'ampleur géographique limité, et dont les limites sont celles où s'appliquent le contrat et ou la sympathie. On a donc bien dans les deux cas, une pensée non tyrannique de l'être collectif qui préserve ses intérêts collectifs par la vertu. 

 

On en viendra alors à l'esthétique. Sa relation à la politique est évidente, et importante, voire fondamentale. D'abord, le beau est associé à la simplicité de la nature, et ce qui fascine c'est l'authentique pour Rousseau mais aussi le fonctionnel pour Smith, qui associe sentiment esthétique et plaisir de voir les moyens consacrés au plaisir, plus que le plaisir. On a l'amour des systèmes celui de la nature étant le plus beau, bien sur. 

Nous avons donc ici un identique ancrage dans le réel pour le gout et en même temps la conception d'un gout varié suivant les hommes et les nations, les choses plaisantes restant différentes et soumises aux conventions. Admirable distinction entre unicité du mécanisme et diversité des aspects, les modalités de l'identique pouvant être différentes. 

Rousseau va même jusqu'à comparer et assimiler la corruption de la volonté générale et celle du gout, quand on parle non pas ce dont on est persuadé, mais de ce que pense ou goute un autre. Ici on pense l'imitation et la foule pervertie, le sentiment individuel romantique de Rousseau permettant la sortie de sa condition au nom de sa liberté, concept fondamentalement chrétien et dieu sait s'il l'était. 

 

On arrivera alors au personnage corrompu, au vicieux, au vaniteux, celui qui commande le jugement. Nos deux héros se réfèrent à Mandeville, l'auteur de "vices privés, vertus publiques", le centre du débat. Mandeville est le troisième larron: à la poursuite du luxe que réclame sa dépravation, le riche corrompu fait travailler les pauvres et donc enrichit la société. Mieux ! La "fable des abeilles" révèle que le retour à la Vertu appauvrit. Plus généralement, il introduit le désir comme moteur de l'économie, plutôt que le besoin. 

Ce n'est pourtant pas ce que pensait Montesquieu, pour qui le luxe avait ruiné l'Empire romain. Le débat fit rage.

Rousseau dénonce évidemment cette mode et cette vanité corrompue, qui constitue l'antithèse de sa notion d'homme de gout, mais à qui il reconnait cependant la nécessité de vivre au voisinage de la richesse indispensable. Adam Smith lui est plus "économique" et ne voit chez le pauvre que l'admiration pour la munificence du riche, car il profite de ses grandeurs là. Nous avons bien chez les deux la proximité avec le concept de la nécessité des relations entre toutes les parties du monde, et surtout de penser le monde comme un système. 

D'abord Smith dénonce le principe du luxe et du gaspillage: il faut épargner pour faire les machines qui président à la division du travail, seule source de la productivité. Puis il affirme la nécessité de la poursuite de l'intérêt individuel et on vient alors au fameux "égoïsme":

"Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger, que
nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs
intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme."

Preuve absolue de la vilenie du capitalisme, le honteux discours est régulièrement cité: il est la ligne de démarcation qui sépare la droite de la gauche, le bien du mal, l'idéal qui fait le vrai humain mieux que la bête. 

Pourtant, l'évidence de la chose est patente: des individus règlent leur comportement mutuellement et procèdent à des échanges. C'est le principe de l'échange confiant, marchandise contre marchandise qui nécessite la vertu humaine et ce qu'elle a de positif, et pas bien sur le contraire de l'"égoïsme" du marchand, qui ne va pas être assez fou pour "donner" (se faire voler) la marchandise dont il vit. Bref, la propriété du bien qu'on vend est du vol, pour les c...

Que faudra-t-il de hurlements pour dénoncer les ineptes stupidités qui contestent l'évidence de ma lecture du démon? 

Surtout qu'on va en rajouter, et asséner le coup de grâce: 

"En préférant le succès de l’industrie nationale à celui de l’industrie
étrangère, il ne pense qu’à se donner personnellement une plus grande
sûreté ; et en dirigeant cette industrie de manière que son produit ait
le plus de valeur possible, il ne pense qu’à son propre gain ; en cela,
comme dans beaucoup d’autres cas, il est conduit par une main invisible
à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions ; et ce n’est
pas toujours ce qu’il y a de plus mal pour la société, que cette fin n’entre
pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt
personnel, il travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour
l’intérêt de la société, que s’il avait réellement pour but d’y travailler."

On a ici les 3 concepts: la nation à qui l'on se donne dans son intérêt ce qui la constitue comme naturelle et organique, l'agrégation des efforts qui forme la fameuse main invisible, deux fois non intentionnelle et la positivité de cette non intention qui la rend optimale.  

 

Revenons à Rousseau et à sa société de paysans vivant dans l'abondance. Rousseau n'est certes pas un capitaliste; on le décrit (Yves Fargas le redoutable se consulte à https://www.youtube.com/watch?v=fRV-yo5Ii9E) comme son "avorteur" (il vécut son origine) en des termes d'actualité: le "système financier" doit être combattu par la taxe du luxe afin de rendre les riches pauvres. Plus communiste que moi tu meurs: Rousseau vida Phnom Phen, donc. brrr.

Cette image de Rousseau là, toute pleine des insultes de la droite et de la gauche, en fait le plus grand philosophe du monde. Je crois qu'il fut d'abord un homme des lumières, innocent de la vendée et du cambodge, mais coupable de la pensée abstraite de la nation et de la libération des moeurs. 

Rousseau exprime contre le capitalisme toutes les désillusions romantiques dont ce qui est en fait un individualisme forcené est l'écho: le mal existe, il est du à la corruption du social et surtout, JE en suis victime. Mais cela n'est qu'un paradoxe: Rousseau ne dénonce que la non réalisation de ce qui devrait marcher et n'affirme de fait que le malheur du monde, et non pas la pensée de la possibilité de l'idéal. 

Subordonner l'économie au politique n'est pas une pensée de l'économie (il n'y compris rien), mais une fin de roman désabusée. Quand à l'affirmation inévitable, et non voulue du malheur du monde, elle n'est qu'un "pied invisible" que le destin réserve aux faquins dont il fait partie, et donc n'est qu'un ressentiment. 

C'est bien cette lecture là de Rousseau dont il faut se souvenir: un désespoir romantique, celui du perdant à qui on s'identifie, par le délicat plaisir de l'opprimé qui accède aux romans de gare dans l'explosion d'opulence dont il est le personnage secondaire et aussi l'acteur premier... C'est bien pour cela que Rousseau eut tant de succès, et qu'il plut aux dames car il libéra le sentiment. On ne s'identifie pas à une main invisible.

Maintenant on a aussi la théorie de la Nation, du coté des "illuminati", je veux dire Herder  et Fichte. Dénoncés tout comme Rousseau d'ailleurs d'avoir fait partie du complot qui renversa la royauté française, ils sont les mauvaises lumières, que d'ailleurs dénonce Zev Sternhell (de façon contradictoire, il faut bien le dire, en tout cas à rebours du bon sens complotiste, à moins que). Nul ne peut ignorer que la franc maçonnerie fut religieuse, et que c'est bien la gauche qui naquit alors, celle du nationalisme non libéral (après tout, il faut bien une théorie). 

Pour finir, on notera que Rousseau décrivit une nécessaire "religion civile", et que cela le rangerait donc parmi les "illuminati" (à mon grand désarroi). Notons toutefois qu'il ne la décrivit pas comme exclusive, le souverain se moquant des natures de l'au delà. N'aurait il pas plutôt inventé la laïcité ? 

 

29/06/2016

l'Europe l'Europe l'Europe

Ainsi donc ça discute sur l'Europe, l'occasion est bonne, son périmètre évolue, si tant est que la présence de la Grande Bretagne dans ou hors de l'Europe change grand chose aux principes fondamentaux que nous devons réfléchir. 

La Grande Bretagne fut toujours en faveur des mouvements migratoires intra européens. Du moins son gouvernement, la réaction anti immigration qui partiellement produisit le brexit fut populaire… En fait la réaction anti libérale qu'on nous décrit fut d'abord contre ce libéralisme là. On voit donc que l'attribution de l'anti européanisme est complexe et source de bien des affirmation péremptoires: les ouvriers anglais se révoltèrent donc non contre la finance mais contre l'immigration. Bien sur Mélanchon pense le contraire. 

Au fil des discussions et des lectures un ensemble de thèmes apparait et la complexité de la chose est tout à fait ravissante, tant les points de vue sont variés et les chocs d'arguments divers. 

On parlera d'abord des trois Europes possibles. On a en effet trois projets, et il faut savoir de quoi on parle. D'abord le libre échangisme pur: laissons les entreprises commercer et les politiques nationales se déployer dans le plus vaste espace possible, en supprimant toute politique de contrôles des échanges. 

Ensuite, l'Europe fédérale: non pas simplement le triste commerce (les lumières parlaient du "doux", mais le marxisme est passé par là), mais aussi la fusion des peuples, la disparition des inutiles et guerrières nations et la reconstitution de l'Empire Romain (germanique ou austro hongrois, c'est à dire prussien, voire polonais). 

Il y a une alternative ! Une troisième Europe, dite politique, considéra que les nations pouvaient discuter et mettre en commun ce qu'elles pourraient décider ensemble, pour le plus grand bien de la prospérité générale, basée bien sur l'abaissement contrôlé des barrières douanières, pourvu, on le vérifie à chaque niveau, qu'elles soient acceptées par les acteurs (le camembert au lait cru reste recherché dans certains milieux français) et profitables effectivement à tous. Au passage, on se définit une monnaie commune, pour échapper aux puissances des autres monnaies, et des frontières communes pour filtrer les migrants envahisseurs, légaux ou illégaux. Le bon sens. 

Au passage, on s'assurera que les impôts sur les sociétés sont les mêmes partout, pour éviter de trop pénaliser les pays de débiles dont tous les efforts productifs sont consacrés à maintenir des fonctionnaires inutiles chargés à tort de dépenser pour le bien des producteurs d'écrans plats tout l'argent qu'on leur consacre. 

La question fut depuis le début, le projet fédéral. Il faut savoir qu'une partie des "élites" européennes sont hors sol: métissées entre riches blancs, ils ont toujours fait la civilisation européenne et eurent bien des mérites dans toute l'histoire, mais là voulurent généraliser leur condition: erasmus, les plombiers, les ouvriers de l'automobile en roumanie, tout ça c'est pareil, foin des nations. Cette espérance fut aussi poussée par ceux qui attribuèrent aux nations les malheurs du début du XXème siècle, comme par hasard, ils furent partiellement les nostalgiques de l'empire austro hongrois, première victime du premier épisode.

Le fameux Coudenhove-Kalergi, cauchemar des souverainistes est l'image de cette vision (…).  Malgré tout il est un fondateur de l'Union Européenne actuelle, il faut de tout pour faire un monde. Il faut toutefois noter qu'il ne vit de l'Europe que celle, purement politique, qu'un De Gaulle imposa pour continuer d'y participer. C'est bien lui par contre, qui eut l'idée de faire de l'hymne à la joie de Beethoven l'hymne européen.

On pourrait aussi parler de Walter Hallstein, envoyé par Hitler pour fonder l'Europe, et qui fut le premier président de la commission européenne. Comme Von Braun il fut récupéré par les américains, ce qui est bien sur le fond de l'affaire: car cette europe fédéraliste, se voulant confusément porter le projet des états unis d'Europe, à l'image des USA, et donc c'est ce que disent les souverainistes, un projet secret entièrement comploté depuis les US. 

On pourrait alors parler d'une quatrième Europe, celle des souverainistes, et se poser la question de savoir en quoi elle diffère de mon Europe "politique".  Et bien d'abord elle n'est pas libérale et donc ne veut aucune politique économique commune depuis le libre échange jusqu'à la monnaie commune. Cette vision là, aussi ambiguë que la fédéraliste, d'ailleurs, ne veut tout simplement pas d'Europe, du moins pas sous une forme différente d'une suite d'accords d'état à état, ce qui n'est pas très innovant, étant le système qui prévaut depuis le moyen âge. 

Nous sommes donc entre nous: même si une partie des souverainistes, du moins les libéraux, peuvent continuer de râler contre l'Europe sans s'en séparer tout à fait, il y a bien une vision libérale non fédéraliste de l'Europe, qui est précisément ce que défendent implicitement bien des europhobes et qui, réaffirmée, devrait sauver l'Union, dont les institutions, mais pas la pratique actuelle, est parfaitement compatible avec le point de vue de l'évidence et du bon sens.

En parlant de bon sens, on a évoqué l'économique, et la fédération a bien des avantages, dont le principal, celui de pallier la bien connue disparités entre les cultures, celle qui fait de certains peuples des cigales corrompues et d'autres des fourmis généreuses (à moins que cela ne soit l'inverse, si l'égoïste fourmi se refuse à donner). Devoir de tous les empires, du moins des modernes, il faut donc compenser les niveaux d'emprunts et de corruption (absence de réformes) des pays, généralement du sud, la proportion de sang méditerranéen étant bien sur la cause du mal, passage de l'empire Ottoman sur l'ascendance oblige.

Problème bien connu des allemands, qui venant de le voir à l'oeuvre en soignant leurs frères et soeurs simplement violés pendant cinquante ans, il fut traité de manière stricte, par une monnaie indépendante qui se refuse rituellement à toutes les demandes toutes aussi rituelles d'"investissement d'avenir" dans les pays qui soit ne recouvrent pas l'impôt, soit en en recouvrent tant qu'ils ne peuvent s'investir eux mêmes, toutes leurs ressources étant consacrées à financer les jours de carence de leurs fonctionnaires. 

Nous avons là d'ailleurs une cause d'europhobie: la terrible politique d'austérité européenne qui abat sa main de fer sur les populations misérables sans défense (bien que défendues par tout ce qui reste au monde de communisme et de syndicalisme révolutionnaire).

En réalité, laissés à eux mêmes avec une capacité à emprunter dans une monnaie forte qui dispose de prêteurs en dernier ressort puissants, les pays "nègres" se sont horriblement goinfrés, ont tous formé une caste de super riches, quasiment d'oligarques, mais assez malins pour constituer aussi leur sous caste de fonctionnaires prébendiers, chargés de maintenir vivante l'originalité des traditions populaires mais cette fois sans travailler. C'est évidemment cette caste là, entièrement caractérisée par l'expression "toujours plus" qui hurle à l'austérité en permanence, tant elle est frustrée de réaliser sans la diagnostiquer, l'extraordinaire abaissement de sa condition qui la rend progressivement non européenne… 

Là fut l'abjection française, qui s'éloigna, en ne faisant rien depuis quinze ans, de l'Allemagne qui se réformait… La pauvre germaine mit en place sa politique nationale et tira ce qu'elle devait tirer de son action. On le lui reproche à tort. Elle finança un "ost" retrouvé qui bien que champion du pacte de Varsovie, était (et se trouve toujours) dans un état  pitoyable. S'agit t-il de pauvres à bon compte que les ignobles patrons germains exploitèrent sans vergogne ? Et bien si c'est le cas, la patrie de Karl Mark attend toujours sa révolution, les réformes sociales de cette partie là de l'Europe ayant été faites par des viols de conscience, et quand je parle de conscience…  

On doit aborder la question de la politique étrangère: tiraillée entre les demandes d'élargissement (on pense à la Turquie), les demandes fantasmatiques de protection (on pense aux pays de l'est traumatisés par la Russie), les volontés de faire la paix au moyen orient (l'Union est le principal financier de la bande de gaza, un comble), l'Europe fait n'importe quoi, aux grès des fantasmes de nouveaux occidentaux variés hésitants et confus, sans parler des démagogies variées, voir plus haut.  

Une constante: la fameuse défense européenne qui doit se soustraire à l'OTAN d'une part (la Turquie en fait partie), et d'autre part du piège du partage de l'arme atomique française avec les allemands. Bref, on préfère l'OTAN, malgré tout, en fait une politique d'alliances, tout simplement, en particulier avec la Grande Bretagne brexit ou non, et surtout, c'est ce que l'on demande à raison, que l'on finance ces fameuses opérations extérieures, qui surveillant tout de même milles kilomètres d'Afrique, finissent par nous couter cher. 

Mais l'abjection française pays fondateur, eut un autre rôle. Rappelé par François Fillon et cela suscita des protestations à l'assemblée, elle fut le cynisme avec lequel les gouvernements socialistes accusèrent l'Europe de tous les maux, jusqu'à l'"austérité" qu'on dénonce encore, jusqu'aux traités qu'on veut "renégocier" encore et toujours pour plus d'"investissement". Conçue pour servir de repoussoir à l'échec du changement de la vie, et par le ministre des finances de la relance puis de la pause dans les "réformes" (Delors engendra Aubry, faut il le rappeler? ) cette Europe là est l'épouvantail de la démagogie du collabo complice du vel d'hiv. Et il fallut que le cancéreux lamentable dont on souhaitait qu'il souffre le plus possible fasse pitié à son principal opposant pour que l'on vota son sinistre traité…

Traité que l'on se doit de porter aujourd'hui, en le faisant vivre au mieux, car sinon, on ne serait qu'un souverainiste… Bien sur le traité de Lisbonne, accepté par un parlement fraichement élu, après l'annonce de sa ratification fut un déni de démocratie: n'est il pas? Pourtant, le service rendu par son acception est sans doute immense, il permis de résister à une belle crise et de mettre à la raison une Grèce récalcitrante. Il y a bien sur l'argument que ce qu'un référendum instaure, seul un référendum pourrait l'abolir. Règle non écrite, portée par les tenants d'une démocratie implicite, mais non fondée en droit, et par aucune constitution: comment caractériser constitutionnellement un thème soumis à consultation ? De fait le référendum est possible, mais reste optionnel. Quand à son issue, ne s'en plaignent que ceux qui la critiquent... 

Car un principe fondamental de la démocratie, justement est de ne pouvoir s'abolir elle même: qu'est ce qu'un référendum qui abolirait la république ? Un acte démocratique ? Et bien non. Le principe des élections, qui suppose toujours un mandat limité dans le temps permet de changer toutes les lois selon l'humeur du peuple, à condition que l'on puisse changer d'avis plus tard. C'est cela la démocratie, et l'instauration du brexit peut très bien être contredite démocratiquement. On ne sait jamais.

On peut aussi traiter le désir des peuples en faisant des exceptions. On en fit en nombre infini pour l'Angleterre depuis Thatcher et tous les autres. On en fit une belle peu avant le référendum. Hélas, elle ne fut pas en mesure de traiter les demandes populaires anglaises, et oui les réticences de Hollande (il a réussi tout de même à nuire) aux demandes britanniques en février dernier ont peut être un peu joué, même si le niveau d'imprécations pro brexit était sans doute déjà trop important.  

Non, ce fut Merkel et ses "réfugiés" (des afghans, des somaliens et des érythréens plutôt que des syriens dont le malheur ne fut que prétexte) qui paniquèrent, sans  doute plus (à moins que cela ne soit moins) que les plombiers polonais. Ceux-ci entendaient déclarer à la sécu britannique leur enfants restés en Pologne, alors que les autres se contentaient de piller des camions avant d'aller faire les vaisselles dix ans. Quelle différence pour un anglais ? Et pourtant, ils regrettent un peu, que ce soit l'ex maire de Londres, ou le chroniqueur du SUN. Ah qu'ils sont européens !

25/06/2016

Les démocraties

Alors que l'on qualifie le Brexit de "leçon de démocratie", on se demande bien pourquoi, le thème mérite d'être évoqué et la réflexion sur plusieurs de ses tenants et aboutissants de se faire sereinement. 

On va donc tenter d'énumérer les différents sous entendus associés à l'emploi du terme, en évitant bien sur d'être trop docte, le pouvoir "du peuple" désignant d'abord le "démos", c'est à dire les citoyens, et non pas tout le monde, comme on pourrait le croire un peu vite. Pour mettre les points sur les "i" les tenants français du brexit peuvent le commenter, mais ce n'est pas leurs oignons, en fait.

Ensuite, on évoquera le vote. Procédure préférée au tirage au sort, et donc permettant à bulletins secrets de condamner un innocent à une fonction, on s'arrangera pour que celui ci soit mis au courant de l'éventualité auparavant, voire soit obligé à se présenter au préalable. Pour une décision à prendre, même procédure: on s'arrange pour que la question soit claire. Le "peuple" acquiert il une voix grâce à cette magie est deviendrait il une personne à l'occasion, par-delà les électeurs dont les voix doivent elles s'incliner ? 

Tout dépend du score d'abord. Sans exiger l'unanimité en tout, on peut imaginer qu'un quota acceptable de votants en faveur de la décision à prendre soit nécessaire pour qu'un changement important soit validé. A 2% prés, la Grande Bretagne saute dans l'inconnu, se ruine peut être: est bien démocrate ? 48% de la population, effrayée et stupéfaite, se trouve plongée dans le noir, éberluée. Une leçon ? Pour les perdants ?

Bref, on aurait pu être plus "démocratique" et plus respectueux du "demos" en ne décidant vraiment qu'à partir disons, des trois cinquièmes. 60% aurait nécessaire pour partir, et le vote de jeudi considéré comme un aléa.  

Le manque d'empressement du vaincu, premier ministre qui ne démissionnera qu'après l'été, signe d'ailleurs la chose: il joua un peu gros, et il doit se trouver honteux. Qu'ils lui soient hostiles politiquement, ou simplement moins euro sceptiques que lui, ceux qu'il obligea à voter pour le rendre populaire doivent lui en vouloir, ils sont la moitié du peuple dont il avait la charge, et il a finalement fouarré sa tâche à un point inimaginable, quand on y pense. On ne peut donc qu'accepter sa peine, et donner un peu de temps à une opinion surprise de réaliser l'énorme connerie qu'elle vient de faire.

Car le résultat est peut être du au hasard: un assassinat dont les obsèques ont énervé au lieu de rassembler; une affiche de migrants en marche, terrifiante, qui fut moquée maladroitement par le maire musulman de la capitale, que sais je. Voilà qui se voulait décisif et qui repoussa. La démocratie c'est aussi la formation des opinions, avec tout le caractère impulsif, irraisonné, et instinctif qui se rattache aux décisions individuelles.   

On parle ici d'instinct: le Royaume Uni est une vieille nation, dont la volonté de puissance a laissé son empreinte dans les consciences, et le nouveau maire de Londres ne signifie pas sa complète éviction, la preuve. Des mécanismes profonds et anciens, que certains nient à tort, sont souvent à l'oeuvre, la preuve. 

Le respect de ces tropismes collectifs, qu'il est difficile de formaliser hors consultations officielles est sans doute une partie de ce qu'on appelle la démocratie. Il est paradoxal de remarquer que lorsqu'ils gagnent, on se prend à les dévaloriser parce que n'atteignant pas 60%, alors qu'ils sont tout de même importants, car dépassant les 40%… 

Nous voilà donc dans ce qu'il conviendrait de respecter, quand on est un homme politique: ne pas jouer aux dés une décision, tout en acceptant d'y jouer ce qui est moins grave, quelques années de pouvoir dont les erreurs pourront toujours être corrigées peu après. Nous sommes ici dans du long terme, et qui concernera sans doute des dizaines d'années. On aurait du faire attention: d'abord à mieux respecter le vieux fond national, ensuite à ne pas jouer avec lui, au point de le mettre en position de vexer trop profondément son opposant, somme toute tout aussi respectable. 

Et bien le pouvoir du peuple ne se manie pas sans égards, et nous remarquerons que dans toute cette histoire, la génération des années cinquante au pouvoir, de Cameron à Hollande en passant par Sarkozy se montrèrent insuffisamment soucieux de leur opinion, au point de se faire désarçonner. 

On passera sur les référendums ratés de De Gaulle et Chirac, et sur celui réussi de Mitterand, c'était une autre époque, et les pathologies étaient différentes. On notera tout de même que les 2 derniers, le réussi et le raté portaient sur l'Europe...

Le raisonnement s'applique à la situation européenne, maintenant privée de la Grande Bretagne. Un grand souffle, jusque-là bloqué par la présence du british va t il se lever en faveur de la fusion des peuples et des nations ?

Ou bien le pot aux roses découverts, tout le monde va vouloir partir ? Ce type de décision est il simplement une histoire de manoeuvre politique à l'intérieur des partis, comme tous ses dirigeants le pensent ? 

La règle de la majorité qualifiée, pourtant votée à Lisbonne doit s'appliquer aux nations, voilà la morale de l'histoire, et les majorités trop étriquées ne devraient pas décider de n'importe quoi. Evoqué déjà ici, une règle de consensus minimal doit présider aux choix importants, et c'est respecter la démocratie que de ne pas trop violer les minorités à l'intérieur des peuples.

Comment évaluer les choix et leur équilibrage en faveur du consensus ou non? Et bien voilà un débat apaisé moderne, à tenir en mettant tous les points sur la table.  

Dernière minute: après avoir sucé mon crayon toute la matinée, voilà t il pas que j'apprends en ouvrant les journaux qu'une pétition est lancée en Angleterre pour revoter: il faut d'après certains 60% des voix pour qu'on ne revote pas ! La voilà qu'elle est bonne l'idée en fait. 

Nous voilà donc à la seconde partie du beau problème: ignorer les référendums solennels ne serait il pas anti démocratique ? Faire voter Lisbonne deux ans après le référendum, par un parlement fraichement élu n'est il pas anti démocratique ? Cette plainte lancinante, agitée par tout ce qu'on l'on compte comme anti européen (le contraire eut été étonnant) n'est elle pas fondatrice de la demande pour le référendum, pour ne pas dire  pour la démocratie?

Il y a bien sur l'argument que ce qu'un référendum instaure, seul un référendum pourrait l'abolir. Règle non écrite, portée par les tenants d'une démocratie implicite, mais non fondée en droit, et par aucune constitution: comment caractériser constitutionnellement un sujet ? Par une éthique du politique, par une relation directe entre le peuple et le réel, par une angélisation du politique à son niveau le plus direct: foin des représentations, des élections, en tout demandons au peuple, faisons de la démocratie "directe". 

Cette idée, ancienne au demeurant, oublie le caractère nécessairement provisoire et encadré de ce qu'on appelle justement le "cratos" du "démos": il ne peut y avoir de décision commune que sur la base d'une limitation dans le temps de son autorité et un méta principe doit guider tous les principes: la régularité des consultations et la confiance que l'on doit accorder régulièrement à un groupe limité d'individus considérés responsables et en charge de la direction de l'Etat. 

De fait le référendum est possible, mais reste optionnel, à la discrétion des dirigeants provisoires de l'Etat: il ne peut pas fonder le pouvoir du peuple. 

Et puis un principe fondamental de la démocratie, justement est de ne pouvoir s'abolir elle même: qu'est ce qu'un référendum qui abolirait la république ? Un acte démocratique ? Et bien non. Le principe des élections, qui suppose toujours un mandat limité permet de changer toutes les lois selon l'humeur du peuple. C'est cela la démocratie, et l'instauration du brexit peut très bien être contredite démocratiquement. On ne sait jamais.

Car ces référendums considérés comme démocratiques, on l'a assez dit sont aussi l'objet d'une méfiance que je viens de décrire: sur un coup de tête, un peuple d'abrutis, négligeant et insultant votent comme leur voisin sans rien comprendre. Seul la représentation intermédiaire responsabilisée est vraiment "démocratique" d'après pas mal de gens. De Gaulle lui même, fut mordu par ce fait là et détruit par les représentations intermédiaires qu'il voulait d'ailleurs supprimer, lors d'un référendum, justement. 

Et puis il y a le local: le référendum anti zadiste vient de tomber c'est oui pour le nouvel aéroport… La démocratie, celle du peuple soulevé va t elle se dresser contre une consultation à la portée seulement consultative, du fait qu'elle permettra à un état et à une région d'appliquer des décisions de justice édictées depuis vingt ans ?

Bref, là comme ailleurs ce qui semble démocratique et respectueux du peuple est en fait pathologiquement le signe d'un dysfonctionnement manifeste de cette fameuse démocratie, quand des désaccords absolus et irréductibles se manifestent, et en fait n'arrivent pas à être tranchés autrement qu'en une sorte de sacrifice public, quand on demande au Dieu de décider, le peuple souverain se devant enfin de se manifester, et les pouvoirs de lui obéir: le contraire de la discussion en commun avec le souci du bien public, c'est à dire que tout le monde soit respecté et content à la fin. 

Car le référendum, c'est aussi et surtout la marque symbolique de l'accord discuté: on veut sceller comme cela les constitutions (ce fut l'objet de 1962 et de 2005), les attachement permanents (ce fut le but de Cameron). Par quel malheur faut il que ce soit l'occasion de détester et de détruire ? 

Car il y eut des réussites à la manipulation politique. Alors que François Mitterand réussit à littéralement pourrir le référendum de 1972 organisé par Pompidou pour accepter la Grande Bretagne, justement, il réussit, d'ailleurs contre toute attente à nous faire entrer à Maastricht, ce qui inaugura vingt ans d'euroscepticisme… Comme si qu'il soit réussi ou raté, le sacrifice ne faisait que faire retomber sur nos têtes le sang qu'il verse. 

On se prépare l'année prochaine à sceller par référendum un certain nombre de questions. Une suite de propositions brutales sont sur la table: de grandes décisions sur l'économie, l'organisation territoriale, l'immigration, en suspens depuis trente ans pourraient être tranchées d'un coup. Cela se fera-t-il ?

C'est pourtant un moyen de traiter un autre type de problèmes qui est celui justement de l'exagération du pouvoir des minorités. Car l'actualité de ces derniers mois consacrée à la loi travail, loi de l'année 2016 (et on se plaint du trop grand nombre de lois, merci à Valls et Hollande), a consacré deux ignominies anti démocratiques: un gouvernement et une présidence privés de toute légitimité (85% de défiance et d'impopularité dans tous les sondages, sur tous les sujets) veut absolument faire passer une loi dont une minorité syndicale agissante exige le retrait quitte à ravager des boulevards entiers de la capitale 3 fois par mois pendant toute une saison. On fait mieux comme démocratie représentative, avec un parlement chargé d'examiner en commission pendant des mois des lois dont une phrase suscite le rejet de tout le monde, y compris, d'après les sondages d'une majorité de la population. 

On en vient donc à vouloir décider que une fois décidée une décision soit telle qu'on ne puisse décider de son contraire. Cela serait il une définition de l'autorité ? 

P.S. Kelvin McKenzie, un éditorialiste du SUN qui supporta (tu parles) le Brexit avec sa verve bien connue, regrette maintenant de l'avoir voté. C'est ça la démocratie: il n'y a pas que les imbéciles qui changent d'avis.  

07/06/2016

La morale de l'histoire

Après bien des invectives et des provocations, ne faut il pas finalement suivre la piste de Dieudonné et se calmer un peu ? 

Car le qualificatif de "libéral", quand on y pense, se trouve bien galvaudé et attribué à des choses bien différentes et d'ailleurs à son détriment. Il n'est pas "moral" d'après certains qui suscitent, de par ce mauvais procès, une détestation exagérée, en tout cas excessive, et je suis bien placé pour le savoir.

Car comment ne pas exploser de colère et de rage quand on entend pour la millième fois l'histoire du poulailler libre, celle de l'argent qui corrompt tout, celle de la finance qui ruine les pauvres, celle des riches de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus pauvres ? Comment ne pas se répandre en insultes obscènes, en sarcasmes nazis féroces quand on entend encore et encore les absurdes préventions contre le concept d'assurance, l'affirmation que le progrès social fut arraché de haute lutte ou que le communisme fut bien intentionné ?

Publique et décisive, cette détestation confine à la folie et justifie toutes les préventions, c'est le piège de toujours dans lequel on tombe. Car l'injustice est flagrante, et les lieux communs haineux que je décris ne peuvent susciter de ma part que ce qui me semble lui correspondre et qui n'est perçu par eux que comme une immoralisme profond et insupportable. Tu parles. 

Je ne parle pas seulement que de moi, tout le discours "libéral", alors qu'il n'est qu'honnête réflexion libre et autonome sur le monde, tombe dans le terrible travers de ne paraître que comme égoïsme et immoral, ALORS qu'il n'est précisément que ce qui se soustrait à l'atroce convention immorale de la soumission au tyrannique. 

Nous avons donc deux immoralismes face à face et la guerre de religion s'allume: pourtant les faillis immoraux peuvent être retournés et l'exigence morale changer de camp, au bénéfice de la liberté. 

Comment changer de discours au point de renverser la malédiction et de faire à nouveau de ce pays ce qu'il a toujours réussi à être à chaque fois suffisamment longtemps pour continuer à exister ? 

Car la situation est dangereuse et ce n'est pas que la France qui est touchée: tout l'occident est face à ce qu'il a suscité de par sa force: une libération économique et sociale qui pousse le monde entier, lui compris à rompre avec toutes les traditions, toutes les prudences et tous les bon sens. Pire: des forces souterraines font que à nouveau, les gens ne sont plus maitres de leur destin et se confient au hasard de l'histoire, sans réfléchir ni même concevoir ce qui peut les attendre.

On ne peut se contenter d'exprimer ses opinions dans le petit théâtre convenu des mondes stables: elles suscitent au hasard des rencontres des exaspérations terribles et dans tous les sens. Comment supporter une vieille dame qui plie des vêtements pour les réfugiés ? Un jeune qui écoute Lordon à nuit debout en pensant refonder la démocratie ? Un conducteur de la SNCF en grève pendant les inondations ? De partout, une impression catastrophique de fin du monde nous saisit et nous pousserait à la violence si on pouvait.

La police en charge de au moins contenir les bris de vitrine se fait alors agresser par des migrants en colère, des jeunes révoltés qui leur lancent des bouteilles d'acide, et insulter par des manifestants en délire contre une loi qui ne n'a pas d'effets. Comment l'aider ? En faisant en sorte, par des attentats à la bombe multiples contre tous ses ennemis, que submergée par le nombre de morts et le regain de popularité (ou pas) qu'elle en tirera, elle soit encore plus impuissante ? Rêves funestes et inutiles, propres à horrifier la vieille dame, conforter le jeune rêveur de la nécessité d'une autre monde, sans parler du ricanement du cheminot, immédiatement en grève contre ma provocation.  

Provocation contre provocation et absurde contre absurde. Pourtant, au demeurant, n'y a t il pas asymétrie ? Car qu'est ce qui motive les 3 revendications objets de ma détestation ? L'ignorance par la petite vieille des problèmes qui frappent ses compatriotes pauvres et très pauvres, désormais en compétition avec des étrangers arrivés d'hier, l'ignorance crasse des principes économiques de base des jeunes idéalistes, et la rapacité cynique des militants de la SNCF. Qu'est ce qui motive les sale fascistes en éruption déclarés ennemis ? La perception d'un pays à la dérive, de l'abandon de la nation à des étrangers, du cynisme ou de la folie de leur dirigeants. Quels sont alors les sentiments les plus humains dans ce débat? Les plus responsables ? Les plus moraux ? 

Et bien la claire conscience de sa responsabilité d'électeur, de citoyen, d'humain rationnel soucieux du bien ne peuvent que refuser, pour des raisons morales, une telle situation. Il ne s'agit pas de fascisme mais d'une révolte du bon sens, qui doit être comprise, et aussi être maitrisée, du moins par ceux qui bien qu'ils partagent l'exaspération, ont autre chose dans l'esprit que l'abandon et le pire inéluctable. 

Les "fascistes" viennent de loin. Ils sont les basses classes françaises, communistes pendant tout le XXème siècle et résolument étatistes. Privés de direction par l'effondrement du communisme comme carrière (sans l'URSS pour subventionner on peut plus se forcer à mentir) ils sont à la dérive, aujourd'hui la proie du FN mais pas que.

Alors que traditionnellement on associe à la gauche l'humanisme respectueux envers les pauvres, quitte à exagérer en matière de ressources collectives à leur accorder, et bien il semble que cette considération du réel du malheur se trouve avoir cessé: le parti du progrès se tourne maintenant vers l'irréel, voire le surnaturel, décrit ici par le souci du lointain, la considération d'une politique sans politiciens, et bien sur le plus abject cynisme des syndiqués employés de la CGT, qui confine actuellement au satanisme. On en est à assister passif à la destruction des vitres d'un hôpital: après s'être plaint par voie d'affiche des violences policières, on encourage ceux qui n'aiment pas la police à empêcher de dormir le fils d'un couple de policiers assassinés.

Qu'est ce qui peut motiver une telle rage ? Et bien la même chose que ce qui me révolte, et pour des raisons qui sont à la fois similaires et opposées. De fait la révolte contre ce qui me sidère est prise en charge par mes pires ennemis, ceux de l'autre coté et pour des raisons contraires. La même rage et des raisons autres contre le même ennemi. Quel est cet ennemi là, quel est ce mal qui conjugue toutes les oppositions ? 

Car c'est le parti du bien qui est devenu immoral, voilà le fond de l'affaire. A partir de là la contre offensive idéologique et communicationnelle contre ce qui avait vaincu peut se dérouler et anéantir dans l'esprit d'une opinion fragile les derniers aspects positifs de l'impossible fusion entre le social et le démocrate, le seul conflit qui vaille étant maintenant celui avec le gauchisme, celui qui assume l'extrême autoritarisme économique, le seul ennemi qui vaille maintenant étant le regroupement avec le Front National de tout ce qui reste de la connerie nazie et communiste du XXème siècle: ils sont le mal et il faut le leur dire en mettant en avant les vraies souffrances: chômage, pauvreté des français, la souffrance nationale redevient le critère de formation des opinions, et pour résoudre ces problèmes, il faut maintenant créer des richesses, et au nom du bien.  

On doit gloser sur le fameux diagramme de Nolan, un classique des sciences politiques, qui met le libéralisme sur deux axes, culturel et économique, quand la liberté est à la fois, mais dans deux directions différentes, recherchée pour les individus ou pour les entreprises (ça c'est Nolan), quand on partisan de l'autorité en matière individuelle ou collective, bref, tous les débats du monde, avec leur qualifications montantes ou descendantes s'entremêlent pour le plaisir (ou la fureur) de nos disputes.

Assis sur le libéralisme culturel, la domination de l'assistance économique généralisée, a ruiné le pays et il faut s'en débarrasser. L'association de l'extrême droite à ce mouvement, marqué par son passage intentionnel au libéralisme culturel le plus moderne (homosexualité, rejet du père antisémite, et pratiquement une lutte anti raciste). L'alliance des gauches est imminente, et il n'y a guère que l'immigration pour séparer encore ces partis amalgamés de fait du fait de leur cynisme, et encore, son arrêt serait la fin d'un fromage.

On peut alors gloser maintenant sur l'alliance de fait entre les socialismes et l'extrême droite, commode épouvantail à qui on identifiait l'ennemi avec hypocrisie: en dénonçant son racisme on dénonçait indirectement le libéralisme de la véritable alternance qu'on faisait tomber à coup de triangulaires au second tour des élections. Suscité précisément pour réaliser cela, l'épouvantail est devenu maintenant tellement puissant qu'il se prend à rêver de pouvoir: et bien il va s'allier non pas à la droite traditionnelle, avec qui il ne pourra jamais partager son autoritarisme économique, mais bien avec son créateur avec qui il a maintenant tout en commun. 

On avait évoqué le fait que l'immigration, ni culturelle (elle pourrait être libertaire, s'il n'y avait l'islam) , ni économique (elle pourrait être libérale s'il n'y avait les allocations) séparait encore la formation des opinions. Non classifiée par Nolan, elle fera donc la différence, et en faveur de la droite libérale traditionnelle, qui doit bien sur se maintenir ferme sur son conservatisme culturel et exiger assimilation, statistiques ethniques et contrôle aux frontières. Elle doit donc se montrer impitoyable sur ce sujet et ramasser la mise, la gauche rassemblée derrières ses pratiques sexuelles dégradantes et son assistance sociale corrompue ne pouvant que quitter l'histoire. 

Un autre point est bien sur l'autoritarisme moral, ennemi du libéralisme culturel d'après Nolan, et qui me piège horriblement: dois je pour me soustraire à la GPA et à l'imam de Bordeaux me faire catho tradi, et communier tous les jours? Et bien le libéralisme pur (économique et culturel, fédéraliste et islamo naïf) n'est pas plus mon fait que le capitalisme du vatican: la liberté c'est se soustraire aux idéologies, et le communautarisme libertarien, sans nation, sans volonté générale, en est une, tout comme l'infaillibilité du pape de 1870 qui ruina en fait toute prétention à une autorité morale personnalisée, prend ça pape François ! 

Au nom de la liberté, donc, je me dois de me soustraire aux injonctions de me plier à quoi que ce soit, y compris de respecter absolument un principe, y compris celui de l'anarchie, dont je me crois libéré ! Conservateur libéral, certes, mais ennemi du libre échange absolu et du moralisme autoritaire.

Ma morale est celle de l'autonomie et donc de la capacité d'exercer un jugement sur absolument tout, sans obéir à aucun ordre: la seule qui vaille, celle de la liberté ! 

Nous sommes à un an d'une élection importante, et la situation économique n'est pas fameuse. La situation morale non plus, et il semblerait: il nous faut y remédier ! 

P.S. Au sujet de la rapacité des syndiqués de la SNCF. Confrontée à sa mise en concurrence future, et en cours de réforme pour cela, elle bloque partiellement le pays après avoir court-circuité sa direction pour discuter directement avec un état failli qui par ailleurs est prêt à tout pour faire passer un loi croupion refusée pour cela. Les milliards s'allongent et les revendications absurdes (les avancées sociales arrachées sur la base d'un existant déjà farce tournent à la pornographie) s'obtiennent sans relâche, la grève ne s'arrêtant pas pour autant, un fer se bat jusqu'au bout. 

Un homme prend alors la parole sur France Culture et sur la base de la "question de la solidarité" oppose concurrence et service public. Le reflux gastrique éprouvé tourne à la crise de folie furieuse: l'homme est syndicaliste, à la SNCF.   

P.S. Il n'est pas sur j'aie réussi à me remettre en paix, comme prévu au début du texte: la chose est complexe et n'est pas débrouillée. Il nous faudra reprendre tout cela.