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10/09/2016

Ces transactions qu'on distribue

Un problème insoluble peut il avoir une solution simple? 

Le parangon de l'informatique distribuée, voire son aporie, est la transaction distribuée: on veut modifier deux entités indépendantes de manière coordonnée et faire en sorte que les deux modifications aient lieu ou aucune, une modification à un site sans que l'autre ne le soit détruisant un principe global de manière inacceptable. Une telle chose peut elle être programmée de manière à considérer tous les cas d'erreurs, chacun d'entre eux pouvant se manifester ? Et bien NON.

Considérons Alice et Bernard, les deux entités à modifier. L'exemple est bien sur celui de deux comptes bancaires dont l'un, celui d'Alice, doit être débité, celui de Bernard devant être crédité.  

Les pannes sont multiples, et concernent les coupures réseau et aussi les blocages des machines, différentes, qui supportent Alice et Bernard. Ces pannes peuvent être provisoires ou de longue durée. Bref, l'horreur.

On commencera par le demandeur, Denis, de la transaction. Il enverra donc un message à un "éxecuteur" (Emile) et le chargera de s'occuper de tout, suspectant une complexité qu'il ne peut pas assumer. Emile va donc procéder et retourner un peu plus tard un acquittement ou un aveu d'échec. 

Le premier problème est donc celui du "un peu plus tard". Peut on borner cette durée et si oui comment ? Emile peut exploser en vol (certains clouds montent en l'air) et ne jamais répondre. C'est le premier problème fondamental de l'informatique à distance: le correspondant distant peut ne pas exister ou pire détruire votre commande sans rien dire. Il vous faut donc, et cela au delà de tout problème de communication, vous assurer que le premier contrat qu'Emile est censé supporter, la prise en compte de la commande, est bien respecté. Denis arme donc un chronomètre pour 10 secondes (ou un mois) et attend. Si aucune réponse n'est reçue avant l'échéance, on passe à autre chose. La chose a échouée, c'est sur, ou bien Alice ou Bernard ou les deux sont détruits, ruinés ou pire. L'horreur. Mais au moins, on peut alors décider d'aller se plaindre. On peut décider. C'est ça le critère, et la durée fixée, convenue à l'avance avec Emile est la base rationnelle de cette décision. 

En tout cas, un acquittement reçu d'Emile après cette durée (positif ou négatif) devra être ignoré. Du moins en principe, on pourrait s'arranger dans ces cas, non ? On verra après, forget it for now. 

Emile va d'abord stocker les détails de la transaction et y procéder. Comment faire ? Le bon cas est celui il peut vérifier que tout c'est bien passé. Dans ce cas, il se contente de renvoyer l'acquittement "c'est fait". Naturellement, il arme lui aussi un chronomètre, et si le traitement dure trop longtemps, doit s'assurer que tout est remis dans l'ordre de son coté avant de renvoyer un "désolé, il y a eu un problème, recommencez" à Denis, ou pas, parce que Denis dans ce cas, est supposé considérer que rien n'a été fait.  

La simple gestion de cette petite délicatesse a ses problèmes fondamentaux et nous introduit au problème, au gras horrible de l'insolubilité complète du problème. Disons que si les "c'est fait" de Alice et Bernard sont finalement collectés trop tard (au delà d'un certain temps, qui rend certain que Denis s'est impatienté et considère la transaction en échec), Emile doit faire face à un cas troublant: il a fait ce qu'on lui demandait, mais trop tard. Que va faire Denis ? Que doit faire Emile?  Deux cas: Emile s'estime content tout de même et ne dit rien et attend. Denis de son coté, ne voyant rien venir, recommence sa demande, en termes identiques. Il a cru que Emile avait échoué.  

Cette fois Emile, Alice et Bernard, en forme, performent tels des bêtes. La transaction est faite deux fois, Alice deux fois plus pauvre, et Bernard deux fois plus riche que prévu. Il ne faut pas faire ça: Denis ne doit pas recommencer, sauf à dire à Emile: "ne fait ça que si tu ne l'a pas déjà fait". Cette commande modalisée s'exprime par le header HTTP "IfNoneMatch" accompagné d'une valeur unique, tirée au hasard, et utilisée une autre fois dans le cas ou Denis tente de recommencer l'ordre si absence de réponse. Cette valeur identifie la commande et lui confère une existence au delà de son simple envoi. Un évènement a généré un objet stable dans le temps. 

Ce principe, central et simple doit et peut être utilisée systématiquement dans les protocoles applicatifs basés sur des échanges asynchrones soumis au temps. Le rejeu est systématiquement possible et permet de pallier les défaillances provisoires du réseau et les pertes de temps assumées par les systèmes distants. 

Il couvre des cas multiples, y compris l'échec total d'Emile détecté trop tard: Emile peut lui même recommencer et même une transaction incomplète. Imaginons Alice  en forme, répondant immédiatement et Bernard languissant, mettant Emile hors des clous. Denis, lassé, réitère sa demande avant qu'Emile ait abandonné. Emile peut alors réarmer ses horloges et tout en gardant le succès d'Alice au chaud, et recommencer Bernard... 

Car bien sur, Emile se comporte comme client pour Alice et Bernard. Il gère un objet global, la transaction composite et ses horloges. Tant qu'il a une transaction en cours, toute demande de rejeu ne lui fait que réarmer ses horloges, l'objectif étant de ne faire l'affaire globale qu'une fois. 

Emile pourrait il ainsi se la jouer "éternel" et rejouer telle la bête jusqu'à la fin du monde, comptant sur l'obstination de Denis pour se maintenir vivant ?  Cela ne se peut pas, il faut des limites, et Emile doit considérer l'échec, manifesté par un temps trop long passé sans réactivation de Denis, celui ci s'étant fixé un paramètre supplémentaire, un nombre de tentatives maximal. Emile doit alors abandonner, tout nettoyer et détruire le contexte de la demande de Denis. 

Cet échec doit être proprement nettoyé: Alice et Bernard ne doivent pas avoir été modifiés. Si avant que l'échec final ne soit décidé, Alice ou Bernard ont acquitté leur tâche, et bien un mécanisme de "défaisance" doit être appelé et Alice et Bernard remis dans leur état initial. 

Pour se faire, on peut supposer que Alice et Bernard  exposent bien un service d'annulation d'une commande ou bien la possibilité d'ajouter négativement. Dans ce cas, Emile peut s'assurer que les commandes en question ont bien été exécutées, quitte à les rejouer autant de fois que nécessaire. En cas d'échec à ce niveau, Alice par exemple ayant été détruit ou bien le réseau aussi, le système dans son ensemble est compromis et on doit se reporter à une procédure globale de récupération laissée en exercice à l'utilisateur, celle ci se devant tout de même d'être signalée nécessaire par une alarme. Ce cas doit être considéré, il n'est pas une erreur, mais un cas de destruction.

Il y a d'autre possible malheurs. 

Le cas de la destruction d'Emile par exemple: Alice peut avoir été laissée modifiée et pas Bernard. Rien ne pourra rattraper la chose et le système est fondamentalement fragile. Notons que si Emile était localisé "dans" Alice, pour plus d'efficacité et de fiabilité peut très bien modifier Bernard et se suicider pour produire une catastrophe équivalente.

La sécurisation du fameux "contexte" est donc à considérer. Notons qu'il est en la possession de Denis qui le crée littéralement. Il peut et doit en cas de non réponse l'envoyer à qui de droit afin de tenter de récupérer l'éventuel désastre.  Denis peut aussi être détruit lui même, ce qui garantit l'oubli de la chose... 

Bon, il faut donc dupliquer le contexte, et s'assurer de sa permanence avant toute chose. Un Emile bis doit être prévenu, armer lui même ses horloges, et attendre qu'Emile le prévienne pour détruire son contexte de sauvegarde; il doit se préparer à prendre la main et à intervenir, l'identifiant de commande lui permettant de rejouer auprès d'Alice et Bernard sans problèmes, la commande d'annulation devant accepter une modalité pour ne pas additionner négativement de manière excessive. 

On passera sur la sécurisation d'Emile bis, le cas des fautes "doubles" étant négligé, ou bien, la resécurisation d'Emile bis étant prévue, celui ci se devant de prendre la main en même temps qu'une activation de sa duplication à lui, opération elle même soumise aux erreurs signalées. 

Y a t il régression à l'infini et impossibilité de se garantir ? C'est ce qu'un théorème fameux prétend, il s'agit du théorème FLP : Fisher, Lynch, Patterson (1985) : "Il n'y a pas de consensus possible avec un processus en erreur".  https://groups.csail.mit.edu/tds/papers/Lynch/jacm85.pdf

L'ai je démontré ?

Presque, car la preuve de FLP est bien basée sur une régression à l'infini, la sécurisation de la sécurisation n'étant pas dialectique.  En fait c'est bien sur plus compliqué que ça. On y va ? 

0) On modélise: il y a des agents qui peuvent être détruits, des messages qui s'échangent suivant des protocoles. Une configuration c'est un état global qui évolue suivant un protocole avec des messages dans des ordres variés et des agents qui disparaissent. "un" protocole: on va montrer que tous, absolument tous, même les plus astucieux, les plus hackés à mort, sont faux. Prenons en un au hasard. 

1) Il y a des configuration 'bivalentes', dont on ne peut savoir ce qu'elles vont décider du fait du protocole. 

2) Depuis une configuration bivalente, on peut toujours aboutir à une autre, tout aussi bivalente. (Ca pour le montrer, macache(1), je ne vous embêterais pas avec ça).

Donc, l'application du protocole peut indéfiniment passer d'une configuration non décidée à une autre... 

Une configuration bivalente semble mystérieuse. Elle se construit par une sorte de "triangulation".

Elle consiste donc en une configuration dont le résultat au bout d'un certain nombre de pas de protocole n'est pas fixé à l'avance mais dépend des évènement intermédiaires. Une telle chose existe ! En effet, supposons la valeur à décider étant 0 ou 1 et que TOUTES les configurations possible soient déterminées par leurs valeurs initiales. Toute configuration a de plus une valeur finale 0 ou 1. C'est ce qu'on suppose. 

On va les ranger l'une après l'autre, bernard après alice suivant que l'un des agents porte une valeur initiale différente dans les deux configurations. Si cet agent est détruit tout de suite, sa valeur ne peut être acquise et donc alice et bernard dans ce cas doivent avoir la même conclusion, car ils disposent de la même information, la seule chose qui les différenciait étant précisément la valeur portée par le fugace agent. 

Il existe deux configurations de valeur finales opposées qui sont rangées successivement dans l'ordre décrit. En effet, prenons deux configurations de résultats opposés et considérons les valeurs de leur agents initiaux qui sont des chaines de bits à 1 et 0 que l'on peut transformer un à un. Une chaine de valeurs initiales différente uniquement pour un seul agent les relie. Il y a donc forcément un de ces couples de "vecteurs" initiaux qui conduiront à des valeurs finales différentes. 

Cela n'est pas possible, car sinon, comme indiqué, la destruction immédiate de cet agent conduirait à des valeurs finales égales, ce qui est contradictoire... Il existe donc toujours des configurations dont la valeur finale dépend de l'état du monde changeant pendant l'exécution du protocole. Subtil et profond.

Comment prouver que mes arguties du début sont équivalentes à cet argument là ? 

 

(1) macache de l'arabe dialectal maghrébin makanch "rien"

06/09/2016

La dissonance cognitive

Un facteur essentiel agissant de la psychée est le besoin absolu universel et général de compenser les dissonances cognitives qui peuvent se produire à tout instant et en toute occasion. Quelque soit l'état psychique, le système intellectuel et affectif que l'on maintient, c'est la vie, doit rester stable à tout prix et en toutes circonstances.

En gros, on fait référence à (1), la théorie de Festinger étant en fait décrite d'une autre manière, quand la source de la dissonance est un acte de la personne, celle ci adaptant ses croyances pour rétablir l'équilibre. Le "paradigme de la soumission forcée" est ainsi un cadre d'expérience dans lequel on rémunère (ou on oblige) le "sujet"  a produire cet acte (ou discours) dissonnant afin d'étudier comment il le compense.

Il peut bien sur évoluer avec le temps, voire se remettre en cause plus ou moins complètement en diverses occasions, mais cela ne se peut dans l'instant ou sous la contrainte. Dans ces cas là, et dans la plupart des cas, en fait, le système interne de la cognition se rend plastique pour réinterpréter la situation ou l'argument de manière à ce que l'intention et la conceptualisation courante demeure inchangée. Tout est mis en oeuvre pour cela, et c'est la force du mécanisme que d'être capable de créer alors à peu près n'importe quoi, depuis un système philosophique jusqu'aux théories les plus insensées, les mauvaises fois les plus abscontes, les délires moralistes les plus répugnants.

C'est bien évidemment les systèmes fragiles, les constructions insuffisamment étayées ou réfléchies qui sont le plus susceptibles d'évoluer en cas d'accidents cognitifs dans l'absurde et l'insensé. C'est d'ailleurs à cela qu'on les reconnait: poussé à leurs limites, certains hélas sont capables du pire.La contrainte peut être aussi sociétale ou étalée dans le temps et les victimes, des civilisations entières qui dégénèrent dans le n'importe quoi ou le ridicule au contact de l'étranger, ou de l'inattendu.

Non pas que je m'abstraie de tout cela: ne suis je pas moi aussi humain, soumis aux mécanismes de ma race? Raison de plus pour tout envisager, et se prémunir de cela si possible, tout en moquant et plaignant les autres.

Passons aux exemples et au premier d'entre eux, celui qui a mené Nicolas Sarkozy, président en exercice à laisser/commander un dépassement pharamineux des comptes de sa campagne présidentielle, à en signer frauduleusement/candidement une sous évaluation, puis à tenter de se faire reélire en considérant l'affaire comme sans importance.

Entouré par des hommes intelligents, qui furent des ministres de la république importants,  Luc Chatel, Eric Woerth, François Barouin plus récemment, ceux ci semblent considérer une chose possible (la reélection) et l'autre impossible (la responsabilité).

Des observateurs nombreux, intellectuels, journalistes, considèrent acceptable la campagne et la reélection, en commentent le contenu, supputent les chances de victoire, l'air de rien. Tout cela n'a pas d'importance, "tant qu'il n'y a pas d'enrichissement personnel".

Des militants, sympathisants, supporters investissent émotionnellement et intellectuellement dans le soutien à un homme qu'ils considèrent nécessaire au futur de leur pays et dont les accusations judiciaires à son encontre leur apparaissent injustes(...), voire inventées de toute pièces.

On a donc ici 6 dénis majeurs, 6 déséquilibres fondamentaux de l'entendement, 3 sont le fait d'un homme, les 3 autres de ses entourages, de ceux qu'il gagna dans son passé, celui d'un ex président de la république française, successeur du général De Gaulle.

On ne va pas ici se préoccuper des intentions et de la méchanceté ou du cynisme ou quoi que ce soit qui aurait rapport avec le bien, le mal ou même l'intérêt supérieur bien compris de la nation. On va jauger de ce qui peut amener à accepter, voire assumer en acte de telles décisions alors qu'elles sont contraires à ce point (et à mon avis extrêmement) à la légalité, au bon sens, à la respectabilité en gros.

Car une violation manifeste de la légalité, donc de la respectabilité d'un responsable de ce niveau génère mécaniquement des effets de décrédibilisation auprès de ce qu'il faut appeller le "public". La sanction de tels actes, ne serait ce que dans l'esprit et le vote d'électeurs, et cela avant tout jugement est forcément sévère, je dirais tout le monde s'y attendrait. Pourtant, il est négligé, nié. Ce déni là est celui des électeurs dans un pays démocratique, doté d'un état de droit: un président ne peut faire une chose pareille, donc il ne l'a  pas fait ou s'il l'a fait ce n'est pas grave.

En fait, la chose est subtilement différente: tant que la chose n'est pas jugée, l'aspect improbable d'une telle action suffit à la considérer comme inexistante ou pas grave, c'est à dire commise en quelque sorte dans les règles, par exemple pour une bonne raison. A toute remarque sur la question, le drapeau de la présomption d'innoncence peut être levé et on continue. Conscient du mécanisme, bien des chefs d'état en exercice en ont abusé jusqu'à plus soif: Silvio Berlusconi, Lulla puis Dilma Roussef, et bien sur Jacques Chirac. Reconnaitre sa responsabilité c'est reconnaitre l'indigne, il faut donc nier jusqu'au bout. En core un exemple du fameux combat contre la dissonnance, et il y en a d'autres.

Il me semble qu'il y a dans cela une mécanique de dénis successifs similaire à celui des réactions en chaines bien connues des atomistes: les neutrons émis d'abord fracassent avec un rendement supérieur à un les atomes en charge d'émettre les suivants. Chaque violation de l'impensable nécessite, pour compenser, de lui rajouter son contraire pour mieux persuader soi même et les autres que la chose n'a pas existé. On se retrouve alors avec une multiple fiction, celle que l'on décrit et qui semble depuis le début enchaîner ses prétentions malgré un contre pouvoir tout de même effectif et qu'il dénie pourtant de la même manière avec hauteur: les enquêtes en cours de la justice.

Peut on considérer ces enquêtes, ces questions, ces conclusions comme un déni à son tour ? Une sorte de déni du déni, quasi hégélien ? Cela serait indigne disent-t-ils tous!

Nous n'avions pas encore mentionné la chose: le ministère public enquête sur une violation caractérisée de la loi, précisément ce qui est  à l'origine des chaines successives d'évenements décrits plus haut. L'enquête, dont divers éléments ont été rendus publics de manièrest variées est maintenant terminée. Les réquisitions du parquet à poursuivre devant les tribunaux rédigées et rendues publiques. En gros, est considéré comme établie une violation de la loi au bénéfice de Nicolas Sarkozy, et là la phrase qui tue, qui plutôt nous fait tous mourir de rire: "les seuls élements à décharge sont les dénégations de l'intéressé". Comment caractériser mieux la dénégation ?

Elle est celle que pratique instinctivement le chef mafieux au tribunal, la petite racaille dans le commissariat, le pédophile devant les médecins.

Les dénégations de l'intéressé. Nous y sommes. La dissonance cognitive majeure: l'ex président est un tricheur et un menteur, deux fois menteur donc d'abord en consistuant le délit, ensuite en niant l'avoir fait, et cela est insupportable. Il est donc innocent, la réquisition du parquet obscène et doit être cachée, toute allusion à la chose condamnée, avec ceux qui osent s'y livrer, coupables de ce qu'il a y a de pire dans le monde politique: le coup en dessous de la ceinture, le viol avec violence de la présomption d'innocence. A part chier dans un église y a pas pire.

Sarkozy nia d'abord le nombre de meetings selon lui en 2012 autant qu'en 2007, en fait 44 contre 32. Ensuite il fit raconter que ses comptes majorés initialement de 1,5 million par la commission des comptes de campagne, et donc soumis au non remboursement par l'état et à l'amende avaient été validés définitivement (non bis in idem), et qu'il ne pouvait s'occuper de vérifier lui même 42 cartons de factures... 11 millions d'euros, d'après Jerome Lavrilleux, auraient été facturés à l'UMP plutôt qu'à la campagne, ce fut le début de l'affaire.

La fameux Sarkothon fut d'ailleurs de ce montant, équivalent à ce que rembourse l'état à une campagne validée et imposé à l'UMP par le non remboursement qu'imposa un premier dépassement détecté presque négligeable. Escroqué trois fois (on va le voir), le parti de l'alternance et ses militants vont voter pour leur voleur. Le déni de ces vols manifestes, entièrement prélevés sur leur cotisations est complet. Y faire allusion, c'est déchoir.

Bien loin de là on se retrouve en fait au final avec deux sommes passés par l'UMP: 13,5 M de dépenses de campagne attribuées à l'UMP, plus 18 M dont on ne sait pas ce qu'ils sont devenus. Les comptes de l'UMP de l'année 2012, avec Jean François Coppé comme président sont entre les mains de la justice.

Coppé n'est que "témoin assisté" de l'affaire, pour une raison mystérieuse qui m'échappe: il se considère donc innocent, (ce n'est pas tout à fait ce que dit le code de procédure pénale, mais cela est dénié), le proclame et se promène partout sourire aux lèvres, soumettant au gré de sa créativité diverses propositions. Il est candidat à la primaire de la droite et du centre.

On fera un rapide aller retour sur ce fils de réfugiés juifs roumains sauvé par des des "justes" français, familialement porté pour devenir président de la république, au centre du pire scandale politique de la Vème république, et qui recommande pour l'école primaire l'uniforme et la levée du drapeau au son de la marseillaise. Il glosa longuement sur la haine qu'il ressenti profondément chez ses adversaires qui injustement tentèrent de briser sa carrière, il invoca Girard et le concept de sacrifice, le coupable lynché par la foule étant bien sur innocent, la preuve. 

Il n'y a bien sur pas de limites à l'immense mépris que beaucoup portent au fripon infect qui insulte la république et ses partis politiques. Il faudrait le livrer séance tenante enduit de goudron à bouteldja, elle seule saurait quoi en faire. 

Revenons à l'autre balkanique, celui là venu de hongrie, quand il signa en son nom personnel, mais il ignorait tout des actions de ses proches, ceux que, président en exercice à l'immense carnet d'addresses, il avait nommé. C'est ce qu'il dit. Pourtant, le caractère personnel d'une signature de ce type est officiel, connu et c'était la deuxième fois qu'il y procédait. Cette deuxième campagne aurait couté 46M au lieu des 22.5 autorisés. Le double, pile.

Cela peut il obérer sa campagne, sa possible victoire à la primaire et à l'élection (beaucoup en restent persuadés) ? Non. Présomption d'innocence. L'ampleur et la puissance du déni est à la hauteur du scandale et se traduit par un grand silence à peine troublé par le frémissement des feuilles d'arbres en cette fin d'été. Les journalistes sont unanimes, un brin provocateurs: il peut concourir et même gagner. Mieux, la (relative, enfin quand même) faiblesse de la gauche confronté à son échec absolu, à l'infame ridicule qui accable tous ses dirigeants, ses divisions mortelles, le discrédit complet dont elle souffre dans l'opinion a enfin un excuse pour perdre: l'indignité de son adversaire. Pas mal comme possible dénégation de son état, et doublement vicieuse: car on pourrait avoir honte de perdre face à un tel ennemi, à moins que l'on ne soit à la recherche de la punition absolue, le mal ayant enfin gagné, je vous l'avais dit.

Pour accentuer les choses le déni est pris en charge par tout ce que l'on compte d'experts, par exemple le président du parti les républicains, son successeur, qui se plaint du calendrier, et avec indignation. Signifiée terminée le 6 juin, l'enquête donnait 3 mois, jusqu'au 6 septembre donc, pour que le parquet renvoie. Tout est normal, donc, en fait. Certains dénis sonnent faux.

Au fait, dès que les juges d'instruction prendront la décision de renvoi, Sarkozy deviendra "prévenu", c'est à dire "à juger en correctionnelle". Ca va faire bien sur son C.V. de candidat au poste de De Gaulle.

L'autre déni est celui de Jérome Cahuzac. Sportif, ultra intelligent, champion socialiste des finances, deux ans président de la commission des finances à l'assemblée, ministre du budget, omniscient. Un député se souvient d'une question de sa part sur les comptes à l'étranger, en commission, demandant sans ciller si on pouvait aussi détecter des comptes fictifs à singapour. Il nia au delà du possible, le déni ici allant au maximum du concevable, devant le président (soit disant), celui ci bien sur niant aussi, la totale. Le pire crime aurait il été de mentir à Bourdin ? Il le commit.

Pour ce qui concerne Cahuzac, il faut savoir qu'une équipe de communication lui fut affectée Stéphane Fouks pour organiser sa dénégation avant la révélation finale, puis après, pour en atténuer le choc. Anne Hommel, communiquante agrégée, (le jeu de mot n'est pas digne) déjà en charge des époux Strauss Kahn, grands contemplateurs des réalités qui ne les fachaient pas sont ses amis, tout ce monde là se fête ses anniversaires. 

Après avoir gagné six mois pour des raisons procédurières, après donc tout de même trois ans d'enquête, il a tout avoué, tout dit (et son contraire), les yeux dans les yeux à tout le monde. Son procès  commence aujourd'hui par une révélation "zero day": c'est la faute à Rocard. S'ouvre alors (toute la journée d'aujourd'hui) un déferlement de plaintes, de nausées, de pleurs et de grincements de dents: comment cela peut il être possible ? etc . Un flot de dénis, un déferlement.

Premier ministre pendant la durée de l'affaire Urba, c'est à dire des tentatives du gouvernement pour l'étouffer, il est remplacé par la maitresse homophobe du président complice du veld'hiv, puis mis en minorité au PS en 94 par Henri Emmanuelli, le banquier gauchiste condamné en 97 pour cela. Ses ministres célèbres furent Henri Nallet garde des sceaux, à temps plein sur Urba,  et aussi Claude Evin, celui qui interdit la clope et qui donc fut obligé, on n'est pas de bois, à reporter sur l'industrie pharmaceutique tout le poids de la corruption que l'industrie du tabac n'était plus motivée à financer. C'est que voulut dire Cahuzac, conseiller d'Evin, expert en médicaments bien après le départ de la gauche, et dont la fortune vient évidemment de là, alors que certains croient qu'il la fit avec ses 10% sur le salaire du coiffeur de Hollande...

A chaque fois, l'incompatibilité entre le caractère sacré, voire divin, de la personne de Rocard, pourtant pourri socialiste bragard et amateur, vaincu et humilié par plus vicieux que lui, et la possible corruption de ses gouvernements génère la dissonance de la mort de l'âme, le gong affreux du pourrissement intérieur: quelle honte ! Cahuzac est donc encore pire qu'on l'imaginait, et sa vilenie, manifestement extrême, ne pouvait donc pas être détectée, à l'impossible nul n'est tenu, vingt cinq ans de magouilles au vu et au su de tout le monde, parceque devenant impossible à nier, doit l'être encore plus. On le chargera donc, mais moralement: il est indigne de s'en prendre à un mort !

Chirac, élu en 95, fut accusé de tout jusqu'en 2002, mais président en exercice ne put être jugé, ni examiné par la justice, respect de son statut oblige. Bénéficiaire de truquages électoraux dans plusieurs arrondissements de la capitale lors des élections municipales des années 80. Tous les électeurs, y compris à gauche, furent obligés de voter pour lui malgré sa corruption, par peur du nazisme. Bruno Jeudy rédacteur en chef à Paris Match affirme à C dans l'air: il a gagné malgré les affaires: le brillant journaliste exprimerait il un avis trop rapide, ou un déni caractérisé ?

Chirac fit condamner à sa place Alain Juppé en Michel Roussin en 2005. Rattrappé, mais gateux, il fut tout de même condamné mais après avoir pendant douze ans (moins cinq ans de cohabitation) maintenu la France dans une inaction coupable, paralysie due, c'est bien possible, à tout ce qu'il devait aux uns et aux autres.

Faut il interdire à un mis en examen de se présenter à l'élection présidentielle ? "C'est ce que proposa Fillon" dit Bruno Jeudy. Là encore un déni, issu de la dissonance cognitive qui anime la presse, l'opinion et tout ce qui caractérise l'effroyable abaissement du sens commun et moral de notre époque. Fillon ne proposa pas cela. Jamais condamné ni inquiété, maire, député, conseil général, président de région, ex premier ministre estimé des parlementaires, il évoque l'abaissement en question et se contente de dire que lui, ne serait pas candidat si il était mis en examen. Ah oui, il mentionne aussi, l'indigne "Imaginez vous De Gaulle mis en examen?". Quelle horreur, quel crime.

Pour toutes les raisons exposées dans le reste de ce texte, un grand nombre de gens considèrent indigne un tel coup en dessous de la ceinture, une telle ignominie, une telle violation de la présomption d'innocence. Certains réclament sa démission, d'autres la tête dans le cul, se lèchent l'anus en grognant. Je les conchie, les déteste les méprise et veut leur mort. Bientôt, si bien sur Fillon gagne inch'Allah.

P.S. Dernière minute, l'allié de Juppé, François Bayrou enfonce le clou et proclame (le 7 Septembre) la gravité du truquage des comptes de campagne. Quelle horreur, là on n'est pas en dessous de la ceinture, on est dans le pantalon ! Il sera candidat si Sarkozy passe, et tout Juppé votera pour lui bien sur, un troisième tour des primaires et qui pourrait bien lui profiter, à lui ou un autre...

P.S. Un certain Franck Attal, qui prétend connaitre Nicolas Sarkozy, ce que celui ci nie, parle de comptes dépassés avec l'assentiment de l'entourage du candidat. Il propose un "yeux dans le yeux", une sorte de "débat". Cela nous changera des "idées" qu'un nain hongrois déjanté devenu fou veut "proposer" à ce qu'il pense être son pays. 

(1) Festinger 1957

P.S. L'argument du  "non bis in idem" continue d'être mise en avant par Nicolas Sarkozy (Septembre 2016). Il considère que l'affaire du dépassement a déja été tranchée après l'amende infligée en 2012. Aussi simple que cela.

02/09/2016

Hourra ! Une bouteille de Jaja

La "rencontre discussion" entre Isabelle Stengers et Houria Bouteldja https://www.youtube.com/watch?v=RN3dDXOcnXE est diablement intéressante.

A partir de l'affreux brulot qui déchire la gauche radicale française (le fameux "pamphlet" c'est le moins qu'on puisse en dire, du porte parole du PIR, "Les blancs les juifs et nous, vers une politique de l'amour révolutionnaire"), on assiste là à un cours de décolonisation, qui bien que n'en couvrant pas tous les aspects, forcément, en est tout aussi forcément représentatif quelquepart.

On commencera par réaliser que la liberté d'expression c'est aussi la liberté de parole. Il y a donc, il ne faut pas se cacher les yeux, c'est le Parti des indigènes de la république qui nous l'annonce, les blancs, les juifs, les indigènes, les arabes/berbères (c'est pareil), chacun dans son role et dans sa race. Le juif se blanchit vicelardement, tous les autres sont racisés, le blanc doit morphler. On n'ose se lacher, cela voudrait il dire qu'on pourrait aussi parler de beurgeoise, de demi crouille, de melonne, de youyoutre ?  Non bien sur, n'est pas Céline qui veut, mon défoulement dans le néologisme s'arrêtera donc là.

Le blanc (l'homme blanc) est ainsi pris en tenaille, (je n'ose dire en sandwitch) par le haut (la vieille soixante huitarde qui évoque gouattari) ou par le bas (la vindicative indigénatrice de sa race). Brrr.

Paradoxalement, la folie nazie de la fifille du père humilié (c'est évident, elle nous fait là le plus hystérique, le plus dévorant retour affecteux vers le pénis en plusieurs morceaux de son papa chéri, et je le prend pour moi avec satisfaction en trouvant tout de même qu'elle exagère) n'est pas le plus intéressant dans l'histoire.

On se contentera donc de constater que le racisme n'est pas symétrique, et que tous (sauf les blancs) ont tous les droits plus ceux qu'ils peuvent s'inventer à loisir, au grès de leur apocalyptiques ressentiments. Au passage, le caractère dangereux et aggressif est revendiqué, c'est meindjihad, y a qu'à lire.

Le concept d'"Amour révolutionnaire", mystérieux, mérite le détour: il s'agit de ce qu'on offre au blanc en échange de la paix seule solution à la guerre qui s'annonce, amour qui se trouve un prix à payer, la reédition immédiate  nécessaire pour éviter la guerre à outrance. En gros l'adhésion sans condition au thèses exposées baties sur une conception claire du déclin du blanc. "Révolutionnaire" car comme le vote du même nom il profite à son adversaire, pour mieux vaincre. Passons sur le rôle du juif, pire que le blanc en tant qu'envoyé par lui pour polluer de sa race maudite le sol arabe et d'ailleurs, la greffe ne prendra jamais.

Ainsi, malgré le titre, le contenu dément des annonces de guerre des races de la fofolle est trop provocateur pour que l'on s'y intéresse autrement qu'avec un fouet et son manche. On verra quand il faudra vraiment s'y livrer, Inch'Allah, c'est elle qui l'aura voulu.

Non, la vraie découverte c'est Stengers: la sorcière était une colonisée et représente le vrai peuple, la vraie race, celle que l'universalisme baroque a humilé au nom de la raison. Et oui, je découvre. D'abord c'est vrai, le moyen âge ne brula que des juifs, et les sorcières furent modernes en fait ou plutôt anti modernes, donc féministes tout ça c'est pareil. On a donc la conceptualisation des trois ravages dus à l'homme blanc: de l'environnement, des mentalités, de la société (gout à tari). Mieux, le concept de décolonial se trouve ainsi fondé en philosophie (une vieille lune donc) ! La modernité est ainsi ancrée dans l'humiliation infligée, crée par elle donc ? (je m'égare). En tout cas, et là la pensée (ultra complexe, tu parles) peut se déployer comme invaginée: vous devons vivre dans des ruines, rabaissés et cela est maintenant notre essence: nous nous devons de rendre ces ruines vivables ou bien alors c'est la barbarie (ah bon?).

Au passage, on apprend la différence (Deleuze) entre la droite (qui soumet)  et la gauche (qui pense). Une vraie dualité rentre dedans, témoin vivant du crépuscule du féminisme ancien, elle le dénonce justement la garce, maintenant qu'il est devenu respectable, nos orgies lesbiennes étaient bien plus rock que les vôtres (je délire). En fait, le féminisme, et c'est une catastrophe, est devenu, tenez vous bien, universaliste. Alors que de fait il est vivant et non universel, et je vais vous expliquer comment, depuis la Belgique, la France étant un pays de cons, j'exagère à peine son propos.

Quand on pense que hourra la belle promeut par effet de style sans doute (comment l'expliquer autrement?), la nécessaire soumission à la virilité bien de chez nous, c'est ça ou rien, on voit les con.verge.nces. J'arrête. Non je continue, youyoutre est très homophobe, à la Genet (son idole) c'est tout dire. 

Car il y a chez la pensée proprement et délibérement "femme", la même connerie visqueuse qui anima jusqu'à y a pas si longtemps la pensée de la nécessaire virilité masculine: la dualité nécessaire du monde pensée avec ses organes génitaux. Je sais de quoi je parle, je suis un révolté du thymos, et l'ai expliqué en détails hier, j'ai horreur de ça et le voit partout. Et il faut réaliser la nature "viriliste" de mémère, qui à la grande horreur de toute la jaquette libertaire, abomine la tapette arabe, honte de sa race. Une horreur, on y est en plein.

Quoique naturelle, et au combien, cette (forcément divine) complexion ne peut résumer à elle seule toutes les conceptions philosophiques, mesdames. Bien sur, cette idée là (celle que je dis là), au demeurant assez primaire, fut inventé par les hommes, tout comme l'idée géniale de la divine virginité, conçue pour libérer les femmes, réfléchissez y bien. Mais la nécessaire possibilité de l'abstraction de la merde, du sang et des larmes au profit d'idées générales qui ne soient pas la conceptualisation d'y tout ramener est à mon avis la marque de la vraie humanité. Non pas celle racisée, d'abruties victimes de l'histoire encore incapables (mais cela n'aura qu'un temps) de se prendre en charge elles mêmes, mais celle libre de toutes les dualités organiques, d'évoquer le vent sur une peau, nous avons les mêmes chairs. Non pas que je sois complètement hégélien, mais l'esprit a du bon de temps en temps, buvez en un coup.

En parlant de dualité, le débat droite/gauche abordé ici du coté du poil ne doit pas faire oublier que oui, il y a du bipolaire là dedans. Non pas celui qui nécessiterait d'arroser de lithium la tribune de la vidéo, mais bien de la fondamentale nécessité d'admettre que tout n'est pas unique. Je ne suis pas monique, euh moniste et tiens à le faire savoir. Non pas qu'il y a ait un bien et un mal (quoique quand je me contemple, il me semble avoir raison) mais bien que rien ne peut unilatéralement se faire cataloguer de la sorte par une nécessaire autorité. Il y aura donc toujours de la liberté et le chiffre deux en est le premier et seul exemple: oui s'opposent nécessairement les camps et cela doit être réglé, non pas par un combat à mort ou une fin de l'histoire, mais par l'amour et l'esprit, et par l'altérité des corps et des esprits.

Rien ne me fera jamais vivre dans les ruines d'un amour révolutionnaire, dans les psychoses des chartbées ou dans les glaires des excisées qui s'en ventent. Mort aux connes !

 

 

 

31/08/2016

Les pratiques religieuses

On connait l'histoire de ces installateurs d'un ordinateur livré à un monastère tibétain, qui leur tâche accomplie, repartent furtivement et voient que "au-dessus d’eux, dans la paix des hauteurs, une à une, les étoiles s’éteignaient…".

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Neuf_Milliards_de_noms_de_Dieu

Même si cela n'a rien à voir, j'ai toujours caressé l'idée que le rituel religieux était partiellement la croyance que le monde était une mécanique à laquelle on pouvait/devait participer en effectuant des gestes répétitifs, comme si l'homme dans sa relation à Dieu "coopérait", le danger de ne pas le faire étant extrême puisque supposant précisément la fin possible de ce monde.

En forme de mécanique, l'idée même est prodigieusement stable et vivante. Le monde est comme cela, et arrêter de le concevoir de la sorte l'arrête, d'où la nécessité, que dis je le désir/besoin de continuer. Participer ne serait ce qu'un peu à cette machine, c'est se faire happer et disparaitre dans le tourbillon d'un sacré nécessaire.

La nouvelle de Clarke est un merveilleux décalage en forme de contraposée de cette idée, avec l'ordinateur comme pierre de touche, comme si l'automatisation du rituel pouvait en libérer l'homme, ce qui est manifestement une intuition géniale, étrange avec l'aspect séduisant de ce qui évidemment, mais on ne sait pas trop pourquoi, ne convient pas...

Car le rituel semble non automatisable. Que signifierait de robotiser les prêtres ? Mais au fait ce rituel là, qui fait marcher le monde, quel est il?

On pense immédiatement aux moulins à prières bouddhistes. Il s'agit en fait d'après les traditions, d'un moyen habile d'obtenir l'éveil. Contenant des mantras particuliers, tourner le moulin a le même effet spirituel que de réciter le mantra. On a donc bien une sorte d'automatisation astucieuse de la prière, et il existe même des moulins mus par le vent, et bien sur, dégenerescence finale oblige, par l'électricité. Cachée par la tradition, l'aspect "participatif" à la marche du monde est bien présent, il me semble, dans tout cela.

On passera bien sur sur les sacrifices humains nécessaires au lever du soleil dans l'ancien mexique, mieux, ce sont en fait les dieux eux mêmes qui se sacrifient pour faire bouger le soleil et la lune, les sacrifices humains en étant l'imitation.

Chaque exemple oblige à plonger et sans aller jusqu'à Girard, on se doit d'admettre que le rituel, marque du religieux, a bien une fonction répétitive de participation à la marche du monde, ce qu'on appelle le culte en étant la manifestation. Le culte rien que le culte ? C'est toute la question, et se pose alors celle de la proportion de sa durée d'avec toute la vie, c'est à dire de savoir s'il n'y aurait pas des cultes qui occuperaient la vie entière de certains humains.

C'est le cas de certains moines, dont la règle de vie entièrement dictée à l'avance, en fait des sortes d'automates dont toutes les pratiques sont consacrées ou marquées par une sorte de culte perpétuel. Même si ce n'est pas tout à fait le cas (les moines catholiques continuent d'"aller" spécifiquement à la messe, même si c'est plusieurs fois par jour), on a bien mécanisation de la vie selon des règles religieuses. Il n'y a plus de vie "laïque", on est en permanence dans le respect des règles religieuses.

Le mode de vie monastique dans le monde chrétien imposant la chasteté, les communautés en question ne sont pas des modes de vie "populaires" que l'on pourrait imposer à des populations. Elles sont spécifiques, ne concernent qu'un nombre limité de volontaires. Les habits, régimes alimentaires ou rythmes des pratiques religieuses sont particulières et en plus dépendent des "règles" adoptées, il y en a plusieurs.

Le peuple ordinaire, quelque soit son niveau social n'est pas concerné par ces rythmes là, les obligations qui les concernent étant bien plus légères, une messe par dimanche, un mariage pour toute la vie, et le conseil de faire maigre le vendredi, la période du carême étant simplement l'occasion de réduire les rations.

A partir de là on peut voir la vie (chrétienne) ordinaire comme soigneusement divisée entre part profane et part sacrée, cette division n'étant véritablement réduite que pour peu de gens, les travailleurs du sacré, moines ou prêtres, spécialisés dans le culte. Les autres ne sont astreint au mécanique que spirituellement, la vie profane n'éxonérant pas bien sur de faire le bien au nom du bon dieu, mais sans le marquer symboliquement de manière systématique.

Il faut comprendre qu'il existe d'autres systèmes, bien plus exigeants. Nous y voilà donc, et la question du cultuel permanent qui semble marquer la religion musulmane se trouve alors posée. Prières multiples journalières, toilettes rituelles en regard, ports de vêtements spéciaux, régimes alimentaires imposés, des pratiques que l'on pourrait assimiler à celles des vies monastiques sont imposées, recommandées, affirmées comme nécessaires et cela pour tous, tout le temps. Le jeune est véritable, l'interdiction de boire, même déshydraté, effective.

Dans son principe, on serait dans ce que l'occident a catégorisé comme le "religieux", protégé à l'instar du protestantisme, du méthodisme, de l'évangélisme par la liberté de religion. On passera sur le judaïsme qui fut à la fois extrêmement minoritaire et invisible (sauf à la télévision, non je déconnne) et outrageusement persécuté pendant des siècles, en raison précisément de sa dissimulation fantasmée. On est en fait dans une conception particulière de l'organisation sociale, parfaitement politique, parfaitement autoritaire et dans lequel le religieux proprement dit, lui même réduit à très peu de choses (une unique autorité à révérer sans cesse), tout le reste étant un fatras incroyable de commandements et d'injonctions toutes destinées à soumettre l'individu à une organisation totalitaire.

Voilà donc la réalité de ce religieux là, des pratiques en nombre infini, soumises à des lois qui réglementent tout, depuis la main (gauche ou droite) en charge des organes dans les rites de purifications, jusqu'à la notion même de pudeur, définie par un texte sacré issu du divin comme ce qui est permis de voir aux esclaves castrés.

Débarrassé à jamais d'une religion bien plus souple, bien plus généreuse et bien plus respectueuse des manières de vivre au point qu'elle généra l'athéisme qui nous régit maintenant, nous devrions donc nous soumettre et mieux que ça, "respecter" ces usages que nous méprisons ? Cela ne se peut !

Revenons à ces pratiques là.

On comprends bien sur qu'elles supposent bien des arrangements et  bien des aménagements "intelligents" avec les prescriptions religieuses, l'absence de clergé, et de couvents laissant la part belle à tout un ensemble culturel (l'Islam avec un grand i) le soin de composer les complexités de l'établissement et de l'imposition de toutes ces règles, très variées, et allant du plus absurde au plus ridicule en passant bien sur par l'absolu non respect d'aucune, le passage de l'un à l'autre des modes de vie étant laissé à la liberté de "chacun".

A ce point, force est de constater l'extrême instabilité de la cohabitation avec ces types de pratiques. Après avoir embauché une pimpante jeune fille ou un dynamique jeune homme, vous pouvez vous faire refuser le sandwitch au jambon que vous faites monter ou voir arriver un matin un fantôme tout en noir. Rejet navré d'une nourriture à partager qui pourrait contenir des viandes impies, refus de tout ce qui ressemble à l'alcool convivial ou de raffinement, absence des repas de midi pendant un mois entier, port permanent de costumes étranges requis par de mystérieuses, étranges et changeantes autoritées. Disparition des cheveux, des regards, des mains.

Le pire: des cris étranges en provenance de locaux syndicaux aux sols tapissés et à l'odeur étrange (là je dérape). Voilà notre avenir, c'est écrit.

Défaut d'adaptation ? Refus de s'adapter aux moeurs mondialisés nécessaires ? A tout moment, le religieux le plus gras, le plus sectaire, le plus sinistre, le plus imbécile peut vous tomber dessus.Votre voisinage infecté, vos yeux en permanence levés au ciel, de peur de contempler la laideur, la misère abrutie, la bigoterie la plus sinistre, la soumission la plus abjecte avec le bizarre, l'autoritaire ranci, les perpétuelles malédictions de l'antiquité tardive.

Et bien on pourrait considérer/imaginer/souhaiter que partager la vie publique avec ce genre de choses soit rendu plus difficile  par quelquechose qui ne nuirait pas à l'exercice des libertés publiques, je dirais au contraire. Non pas qu'il faille obliger tous les hommes à boire de l'alcool ou à manger d'infects sandwitchs bios, non pas qu'il faille réglementer le port du col sans cravate, ou du string de bonne compagnie.

Simplement qu'il soit permis de s'y soustraire et donc de favoriser la liberté que l'on devrait pouvoir prendre à se séparer de ces coutumes là et je ne parle pas du string, bien entendu.

Cela commence par la libre appréciation des maires à réglementer les costumes sur leur plages. Rien de bien riant ni de touristique à voir la misère spirituelle du tiers monde s'étaler sur des rivages qu'on veut typiques. Le costume de scaphandrier SS doit être réglementé avec l'accord des monuments historiques, et l'esprit de Belphégor ne doit pas flotter dans le sillage de celui de Brigitte Bardot. J'insiste: pour mes vacances, c'est elles ou moi. Que les ghettos frères musulmans se consacrent au tourisme des plages abandonnées: non à toutes les crottes de chien, à vous d'entretenir vos plages! On parle d'ordre public, il faut aussi parler d'économie, d'encouragement aux vacances, d'hygiène publique, de fréquentation touristique.

Je passe évidemment sur la possibilité d'inclure dans les contrats de travail des "dress codes" excluants ces fameux voiles, l'excitation que pourraient en ressentir leurs collègues masculins étant, dans notre orbe culturelle, à rebours du leur. De manière générale, d'ailleurs il semblerait bien que ce que je propose soit en fait un renforcement des libertés d'entreprendre, de cohabiter, en tout cas de choisir avec qui, on veut bénéficier de ces nouvelles règles.

Mentionnons l'exclusion du culte perpétuel des locaux financés par les impôts locaux et nationaux, universités et crèches comprises, la liberté de choix des menus, les cantiniers impécunieux originaires de Mortau cessant d'être traités de racistes, le jeune rituel incapacitant décompté en proportion des salaires percus hors des congés payés.

Exclues de bien des lieux, les pratiques en question, dont aucune n'a d'intérêt, d'esthétique ou d'attirant, pourraient alors disparaitre et un monde moyen âgeux, sinistre et autoritaire s'évanouir aussi à jamais dans l'oubli que l'histoire réserve aux pratiques inutiles que l'humanité abandonne progressivement en avançant vers son avenir radieux.

Tout cela est il irrespectueux des hommes ou des femmes ? Je ne le crois pas, on ne vomit ici que des pratiques, ce dont il est facile et souvent heureux de faire le génocide. Nous avons bien arrêté de fumer, nous pouvons vivre sans ces pratiques religieuses qui nous gênent tout autant. Nous voulons la liberté de vivre hors du spectacle de l'esclavage, et cette demande est légitime.

Il y a bien sur les tenants de la liberté et on doit les entendre: nous serions prisonniers de la liberté des personnes à se conduire et à s'habiller comme elles le désirent dans les limites du droit. Quelles limites ?

On peut mettre en avant la liberté religieuse, et donc ses impératifs, parties intégrantes de croyances que l'on doit respecter en tant que telles. Je pense avoir traité le problème: le culte ne peut être permanent, et la liberté du culte est limitée à des cérémonies, pour ne pas justement offenser les autres cultes et notamment celui qui n'en a cure d'aucun.

On peut mettre en avant la pure liberté de se vêtir, l'état ne devant reconnaitre et donc critiquer aucun culte ni vêtement. On traitera le problème par l'usage et l'ordre public, les torses nus en ville et les uniformes SS bien que théoriquement libres en période de carnaval peuvent ne pas être tolérées localement, même sous forme de plaisanterie. Ou bien la provocation haineuse permanente au nom de la liberté, les tatouages et les cornes de bison deviendraient la norme du coté des extrémistes majoritaires.

On peut mettre en avant la charité envers des personnes de coutumes rigides, qui si on les empêche de se manifester publiquement pourraient se cantonner à leur espace privé et donc être privé justement, qui de plage, qui d'école. L'argument, particulièrement stupide, laisse ainsi toute liberté à des oppresseurs religieux bornés et cruels de tyranniser leurs proches. De quoi suggérer des mises en tutelles ou des poursuites pour quasi inceste, quitte à violenter ce qui n'est pas du religieux mais de la barbarie. Ou bien le mépris raciste inter communautaire, avec à la marge pogromes récurrents entre ghettos ennemis.

On peut mettre en avant le respect du à des populations exploitées minoritaires et dominées qui ne font de mal à personne et à qui on accroit injustement les souffrances en les moquant ou en les insultant. Cette attitude à la fois paternaliste et raciste instaure le colonial dans la métropole: nous aurions donc des zones primitives dans lesquelles il faudrait tolérer excision et polygamie pour favoriser l'intégration progressive d'impétrants qu'il ne faut pas brusquer: remettre aux calendes grecques, pourquoi pas à l'inéluctable "indépendance" l'impossible fusion des nations ?

Car il s'agit bien de cela. L'immigration africaine en France a vocation à s'y dissoudre, les humains en question doivent le savoir, il s'engagent à terme dans l'ensemble national français sans merci ni pardon et doivent considérer les manières qu'ils ont souvent, et que nous déapprouvons par principe, comme d'innocentes et involontaires gênes que nous ne pouvons supporter qu'à la marge. Il ne se peut pas que des cessions de territoires aient lieu, pour permettre à des populations de faire souche en Europe en y maintenant des moeurs du tiers monde.

Ceux qui souhaiteraient autre chose doivent le savoir, et il faudra le leur dire, il se pourrait qu'ils aient à réaliser qu'ils doivent partir. Car le fait est là: conduites pour des raisons variées à quitter leur zones géographiques d'origine, les populations migrantes en provenance d'Afrique expérimentent ou vivent des histoires personnelles qui furent très peu vécues par les plus anciennes populations de France, elle mêmes stabilisées depuis plusieurs siècles.

Les migrations portugaises et italiennes des années 50 et 60, par ailleurs européennes furent trop récentes pour marquer vraiment l'histoire de France, pays de destination et structurellement, et cela contrairement à l'Angleterre ou même à l'Allemagne, réluctant à l'émigration.

Et bien les peuples trop marqués par l'émigration sont destinés, si ils le souhaitent, à la continuer. Ce souhait peut se manifester par une inadaptation à la zone d'arrivée. Manifestement étrangers à la vie en Afrique du nord, un million d'européens et de méditerranéens y compris des natifs africains juifs durent quitter la rive sud de la mer antique il y a cinquante ans. Tous les peuples juifs de ces rivages durent aussi quitter les pays arabes de ce pourtour; un grand nombre se rassemblèrent en Israël. Les mouvements de population internes à la zone sub saharienne sont très importants: rien n'oblige les peuples africains mal installés en Europe à y rester à jamais et l'histoire n'est pas finie.

Cela signifie t il que tous doivent partir ou qu'une inexpiable guerre des peuples doit avoir lieu ? Certainement pas. Mais l'attitude envers les pratiques de la vie courante doit changer: le respect et l'amitié entre les gens dans l'espace public commun de la vie ne peut se construire entre des idéologies ou des moeurs qui se provoquent et se méprisent mutuellement. On parle beaucoup d'islamophobie c'est à dire de rejet de ce qui le droit à pratiquer une religion, on a en fait, à part l'injuste insulte en forme de néologisme de bois manipulée par les frères musulmans le rejet du tiers monde, de la vie méprisable des esclaves fatalistes dont on sent qu'elle pourrait être la nôtre. Il leur faut abandonner cette vie, là et donc toutes les suggestions à la continuer. Ces moeurs là doivent disparaitre.

C'est une question d'ordre public, et l'argument là a un bel avenir.

 

 

28/08/2016

La traduction

Accusé/suspecté/considéré pour avoir francisé son nom exagérément, celui qui intervient régulièrement dans C dans l'air sous le nom de Mathieu Guidère est l'auteur d'une thèse en linguistique décrite ici:

http://www.theses.fr/1998PA040113

et dont le thème est le titre. La théorie du complot dont je vais me faire l'écho ici est issue de la phrase suivante, tirée de la présentation de la thèse:

"La traduction apparait, de ce fait, comme un facteur cle de ces stratégies d'internationalisation."

Nous y sommes et le super agrégé d'Arabe est un maitre, il alla jusqu'à traduire son nom, on prétend (une discussion houleuse sur Wikipedia n'ayant pas tranché) qu'il s'appellerait en fait "Kouider", le patronyme "Guidère" étant inconnu des sites qui prétendent lister les patronymes français connus au XXème siècle.

Le fripon est d'autre part l'auteur d'un ouvrage "Introduction à la traductologie" qui justifie encore mieux le titre.

La question de la traduction est une question profonde, avec de multiples aspects dont le premier est celui de sa possibilité même. On pourrait imaginer à première vue qu'elle est impossible, les différentes neiges des esquimaux manifestant des activités mentales impossibles aux autres peuples et donc définitivement hors de leurs portées. Qui écouterait les cantates de Bach traduites ? Que ne se moque t on (ou pas) des traductions en français de l'Orphée de Gluck, ou même des doublages des films américains ?

Car on confond là l'équivalence des sens et l'enchassement d'un fait linguistique dans une pratique ou une culture. Mon allusion au sens de paroles destinées à être chantées était bien sur une forme d'extrêmisme, mais en fait, TOUTE parole a vocation à être chantée: dans la vie, dans l'action, dans ce qui lui donne sens, efficacité et donc vraie signification.

Toute langue porte un chant, ou une poétique propre et qui se traduit, là c'est moi qui me lance, par la plaisir (j'insiste sur ce mot là) que l'on éprouve à la "chanter" (j'insiste aussi sur ce mot là) c'est à dire à prononcer avec sensualité les mots forcément magiques qu'elle autorise. Chaque variante de ces langues porte aussi des plaisirs variés dont l'abandon est impossible, ou sans cesse différé par ceux qui les ont éprouvés, comme enfant ou adulte. Car les mots ont d'abord une saveur et procurent partout dans toute l'humanité des sensations profondes de plaisir c'est à dire du mélange de joies et de peines qui caractérise l'activité de toutes les psychées de tous les humains.

Mon allusion à la musique est indirecte, autant le préciser: bien qu'il y ait dans le language quelquechose de musical, ce que je voulais dire,  la musique à  proprement parler reste quelquechose de distinct.

A partir de là, on pourrait prétendre que ces émois là, directement liés à ces chants particuliers ne sont pas traduisibles et que donc, les langues humaines ne seraient pas traduisibles entre elles, point final.

Ce paradoxal là est d'ailleurs exprimé par les linguistes eux mêmes, Georges Mounier lui même disait que "l'existence de la traduction est un scandale", mais bien sur pas pour les raisons que j'avance ici... 

Bien sur, on fait là fi de la signification des mots employés et du sens global de leurs assemblages, que l'on peut discerner, toutes les expériences humaines le prouvent. Mieux: il semble bien qu'il soit possible de se comprendre, et même si cela se fait de multiples manières, et même si il n'y a pas de langue commune implicite (le fameux "mentalais"), on PEUT mettre des équivalents aux mots d'une langue étrangère et partager le haha, l'éclair de compréhension qui se manifeste d'ailleurs chez l'enfant nouvel arrivé quand il s'y met, à comprendre...

Par ailleurs, et cela est affirmé par le projet (presque incroyable) du "dictionnaire des intraduisibles" de Barbara Cassin, la "normalienne française qui, jeune, servit le café à Heidegger " (je rigole), la philosophie est traduisible dans TOUTES les langues, et elle le prouve, même si bien sur on philosophe dans une langue, et que de toute façons, à l'intérieur même d'une langue (définie par Lacan comme la "somme de ses équivoques"), on traduit aussi...

Car il y a quelquechose dont on ne se départira pas et qui est que TOUT est traduisible, l'impossibilité de la chose étant à la hauteur de sa nécessité, c'est à dire que la négation de cette chose ne pouvant s'appuyer que sur la négation de la possibilité même de la langue, il faut choisir.

Et puis la traduction c'est aussi substituter plusieurs mots d'une langue à un seul d'une autre et réciproquement, on le fait DEJA dans une même langue, alors... Quand au plaisir, et bien on peut l'expliquer  aussi, même si on ne peut pas le traduire, simplement faire des allusions. Quand on pense au fameux "Shadenfreude", peut on vraiment affirmer que les innocents français sont vraiment totalement ignorants d'un tel sentiment ?

Et bien la langue Arabe, puisque c'est de cela qu'il s'agit, est une langue porteuse à un haut degré de cette poétique là et de cette complexité là. Elle a de plus une originalité, qui la rend particulière et qui la prétention de l'ensemble culturel qui la manie, d'être le réceptacle unique d'une parole divine, suivez mon regard.A ce propos, il faut bien admettre que l'Islam (avec un grand I, l'ensemble culturel) semble considérer qu'il y a là quelquechose d'intraduisible. Naturellement le caractère "intraduisible" du coran n'est pas "essentiel", ni affirmé par celui ci (du moins je ne le crois pas), mais son intraduisibilité fondamentale, même si sans doute on peut en accepter des traductions de convenance, d'ailleurs prises en charge ou asummées par les différents propagateurs du texte sacré.

On notera au passage que c'est la traduction de Mohammed Hamidullah qui serait la traduction française utilisée de préférence par les musulmans francophones.

Un exemple mis en avant, mais qui conforterait plutot mes thèses est le mot "attaqwa" qui peut se traduire par "crainte" ou "piété". Quelle admirable langue ! Quelle richesse de significations ! On voit bien laquelle d'ailleurs et la double expression éclaire en fait le vrai sens de ce religieux là, je dirais bien sur.

 A partir de là on en vient à la fameuse traduction. Avant d'accuser Guidère, pour l'instant je ne sais ce qu'il prétendit spécifiquement sur ce point, mais il nous faut considérer non pas ce qui est intraduisible, mais ce qui précisément l'est. Car on a affaire à une double affirmation, exprimable suivant deux modalités.

D'abord celle de la traduction "à équivalence": le hijab par exemple est l'équivalent, la -traduction- du foulard que mettait la mère de Juppé pour aller à l'église. C'est comme cela qu'il (Alain Juppé) "comprend" le phénomène. Dans ce cadre, on peut mettre en correspondance les choses et donc les "comprendre", c'est à dire les accepter, elles sont les mêmes.

Ensuite celle de la non-traduction admise: les occidentaux ont perdu le sens des valeurs et ne peuvent plus comprendre ce qu'est la foi. Il leur faut donc admettre l'impensable: que des hommes et des femmes en ont besoin, eux, et il se doivent d'autoriser leur culte, sans le comprendre. C'est l'interprétation "ignorante" de la laïcité. Suivant le principe qu'on ne peut que tolérer ce qu'on ne comprends pas, il faut accepter les manies de certains, aveuglément.

On passera sur la traduction "savante", qui réalise par la compréhension des mots l'incroyablement primitif socle des croyances musulmanes, entièrement basées sur le respect absolu d'une autorité divinisée, et donc d'un totalitarisme parfait, image moyen-âgeuse de ce que l'occident mis des siècles à inventer pour finalement y exceller et au combien.

On passera aussi sur l'intraduisible effectif (assez similaire à la traduction savante, au demeurant) et qui consacre la radicale fracture qui oppose les spirituels occidentaux et d'ailleurs asiatiques et l'islam strict, le culte obsessionnel de l'unique autorité étant de fait, incompréhensible et incommunicable, voire insupportable.

 

On concluera sur les actions de communication effective de Matthieu Guidère, dont le rôle dans les médias français est d'expliquer, de traduire la complexité des moyens orients. Force est d'admettre qu'il pratiqua des silences coupables, minimisant de manière systématique la dangerosité, quand il ne la soutint pas, de l'organisation des frères musulmans lors des affaires tunisiennes et égyptiennes

. En ces matières, le compte rendu de son livre "l'état du monde Arabe" publié en 2015 par la revue "Oumma.com" (1) est un modèle du genre. Alors qu'il ne mentionne pour ce qui concerne les frères ni le Soudan ni le Hamas palestinien, il y annonce que la Qatar a laché la confrèrie, l'assistance de la femme de l'émir aux conférences de Karadawi cette année ne valant pas preuve, sans doute, selon lui.

Bref, un expert aux avis suspects, mais dont l'aspect lisse et globalement peu "informatif" a plutôt pour fonction de tranquilliser les esprits troublés. N'a t il pas nié la volonté de l'etat islamique de s'en prendre à l'occident ?

Le fait est qu'à part quelques critiques savoureuses ici ou là (2), rien n'en fait un dangereux personnage. Pourtant il semble bien que comme beaucoup il différencie exagérement le salafisme des frères de celui des autres.

On avait accusé Tariq Ramadan de pratiquer un "double" language. Peut on en dire autant de l'islamologue de Cdansl'air? Et bien non: Guidère n'a pas d'autre roles que celui d'universitaire polygraphe. Par contre il aurait manifestement minimisé l'importance et le rôles des organisations issues des frères musulmans et il reste à estimer comment cela s'est traduit exactement.

(1) http://oumma.com/220170/leclatement-presque-systematique-freres-musulmans

(2) assez marrant : http://parlons-islam.fr/lislamologie-sexcite-vie-privee-musulmanes-470

20/08/2016

Le conatus

L'interview

Encore tout émoustillé de l'interview de Lordon par Judith Bertrand dans "arrêt sur image",  je vais me consacrer à Spinoza. Après Hegel, mais cela est naturel, le célèbre "Spinoza encule Hegel" de Jean-Bernard Pouy ayant marqué une génération, il s'agit de savoir pourquoi.

Tout comme Hegel, Spinoza est idéaliste/matérialiste (on va en parler), moniste, ennemi de l'individu et de la liberté, adversaire de la vérité comme adéquation au réel. Contraire absolu de Descartes, il est un méchant homme, le seul que les juifs aient voulu assassiner, c'est dire. ll est avec Hegel le précurseur de Marx, un sale communiste donc. Mais cela reste à préciser. 

Lordon

On décrira rapidement l'émoustillement de/par Judith, ses grands gestes expressifs fascinants ca y est je replonge, Frédéric Lordon, celui qui fait du capitalisme un totalitarisme, (moyennant toutefois un travail conceptuel adéquat, concède t il), disciple d'Althusser relisant Marx, vous savez celui qui aimait l'expression "faire bouger les choses", qui différencia le jeune Marx, humaniste et rieur, du vieux, grincheux et tout entier dans sa (sinistre) théorie de l'histoire. Mort fou après avoir tué sa femme, il est l'auteur du célèbre "on ne perd rien à la lucidité". 

Le conatus c'est la persévérance de l'objet dans son être, une sorte d'essence, quoi, et qui caractérise la nature et donc aussi Dieu. "Nous sommes tou(te)s des conatus" dit Judith Bertrand. On revient ainsi décidément toujours sur l'émoustillage du très sexuel interview, l'ouverture l'angle alpha geste à l'appui étant ravissant. Il s'agissait d'évoquer la disjonction entre les désirs de l'employé et ceux du patron. Le passage à l'orthogonal signifiant la révolution loin loin dans le futur, mais Lordon reste là dessus pessimiste, comme à son habitude.

La question de la possibilité des luttes fut ainsi abordée, l'érection de la colère pouvant ou non accompagner la soumission, les deux états de l'affect joyeux ou triste, dominant tout, mais la révolte devant venir du triste, le communisme comme "passion triste" donc (héhé). Car le capitalisme néo libéral veut nous rendre content, c'est là tout le problème: c'est lui qui maintenant théorise l'homme nouveau. On retiendra un mot de Deleuze, terrifié par la notion que les entreprises puissent avoir une âme. Bref, on a besoin de Spinoza pour pallier la violence de Marx et tout péter quand même.

Au passage, Lordon se rattache lui même, comme économiste (il définit ainsi l'argent comme le médium de l'échange marchand), à l'école de la Régulation (Robert Boyer), un keynesianisme post marxiste qui décrit la configuration des régulations à l'oeuvre dans la stabilité du capitalisme. Bien sur il est impossible d'être neutre axiologiquement en science sociale contrairement à ce que dit Weber, et l'opinion politique doit être assumée, mais bien sur sans Lissenkisme (autant le dire, bref choucroute).

Il en profite pour définir la science entre la poésie et les mathématiques comme quand il y a du concept, et comme seul le philosophe en produit, vous voyez ce que je veux dire.  

La Substance

Marx est comme Spinoza, matérialiste. 

Bon, d'abord la substance. Alors que Descartes en concevait une infinité, elle est unique ici, ce qui fait de Spinoza un moniste: il n'y a pas de différence âme corps et Dieu EST le monde, en fait, la question demeure: Spinoza ne serait il pas plutôt "pananthéiste", avec un Dieu incluant la nature, mais sur ensemble de, toutefois ? L'identification corps esprit est bien sur très moderne et on lui trouvera bien des adeptes, les conceptions moniques du monde étant légion (pardon j'ai pas pu me retenir) dans les milieux neuroniques des réseaux de l'émergence.

Il n'y a évidemment là dedans aucune différence corps esprit, ce qui en résout le problème, tout cela étant de la même et unique substance. Dieu est ainsi immanent à la nature, et évidemment pas transcendant, on a bien un matérialisme de l'immanence. 

On distingue la nature naturée de la nature naturante, (ce sont des concepts scholastiques en fait), Dieu étant naturant et la créature naturée... Pour Spinoza, le naturant ce sont les attributs de la substance, et le naturé ce sont les modes de ces attributs. Par exemple, le corps est un mode de l'étendue et l'esprit un mode de la pensée.

Il faut voir aussi que du fait de son conatus la nature naturante se produit(crée) elle même comme naturée.

Dieu

On doit décrire l'extraordinaire notion logique de Dieu conçu comme ce qui a pour essence d'exister et donc dont on ne peut, par définition, nier l'existence. Identité de l'être et de l'essence, abolition du temps, il est la substance en-soi. Dieu est ainsi un nom propre, mais celui d'une chose particulière qu'on ne peut penser unique car cela supposerait qu'on pourrait penser son essence différemment de son existence, or les deux choses sont ici identifiées... L'être est donc hors de la pensée de l'unicité. On trouve là l'idée du "comptage" honni par Heidegger (le juif Spinoza compte ses pièces de monnaie), qu'est ce qu'on rigole. 

Au passage il est bien sur infini, avec une infinité d'attributs. Deus sive Natura. 

Spinoza différencie évidemment divinité et religion. Juif hérétique, il ne s'est pas converti au christianisme pour autant, et recommande même de se délivrer de la passion triste qu'est la religion. 

La question de la vérité

Spinoza s'oppose aux interprétations des textes sacrés et veut lire le texte, rien que le texte.

Il récuserait la vérité comme correspondance au profit d'une vérité par cohérence.  Adequaetio versus Convenientia.

"Quant à ce qui constitue la forme du vrai, il est certain que la pensée vraie ne se distingue pas seulement de la fausse par une dénomination extrinsèque, mais surtout par une dénomination intrinsèque."

On pourrait dire ici qu'il cesse d'être réaliste, et donc se trouve avec une notion conceptuelle et donc affreusement idéaliste de la vérité. Inutile de dire que beaucoup en ont profité (Lordon ne se gêne pas par exemple).

La théorie des affects

On a donc le désir, la joie et la tristesse.

Spinoza est une sorte de stoïcien: il cherche la béatitude par l'acceptation libre de sa situation dans la nature, la connaissance de son infini. Car la vertu c'est vivre suivant l'entendement qui vise à comprendre la nature par les passions de la connaissance, joyeuses et actives qui sont le contraire des passions tristes, passives, celles de l'imagination et des sens. 

A partir du concept non orienté de conatus on considère le conatus de l'entendement, conatus étant aussi désir, mais désir de connaissance et donc rationalité. C'est l'association raison/désir/joie/vérité qui fait notre Spinoza, la fusion raison/désir étant précisément ce qui a à son origine le fameux conatus.

Le conatus n'est pas volonté de puissance, mais y ressemble, il se réalise dans les actions joyeuses et se trouve meurtri par la tristesse passive. C'est le désir qui produit les valeurs et le bon. Le désir est de plus défini intellectuellement: le désir est un appétit dont on a conscience. 

La question de la liberté

Bien sur, il n'y a pas de liberté, tout étant causé dans la nature par une chaine indéfinie de causes.

C'est la partie la plus difficile à avaler, naturellement, mais il fallait s'y attendre, c'est la conséquence inévitable du monisme. Il faut bien en voir les cotés à la fois paradoxaux et profondément modernes, le rejet de la transcendance et l'acceptation du monde en étant les soutiens. 

Bien sur la liberté orgueilleuse des cartésiens est basée sur l'oubli du mécanisme des affects. Mieux, c'est la croyance en notre "liberté" qui nous fait souffrir, et l'illusion de notre libre arbitre qui nous pousse à ne pas mieux nous connaitre. La liberté est psychologiquement mauvaise, donc. De quoi ravir toutes les éducatrices du monde. 

Ainsi, pour Spinoza, la liberté n'est qu'en acte, elle est mouvement des corps, telle leurs chutes. Encore mieux: l'illusion du libre arbitre pourrait être bon, mais pour motiver le peuple. Le rêve total du théoricien des sciences sociales, tu parles comme Lordon a du être content quand il a trouvé tout ça. 

On a ainsi un maitre du soupçon en plein XVIIème siècle, avec la double caractéristique, typique, d'à la fois dénoncer et décrire l'illusion, et forger ainsi une belle épée qui ne demande qu'à être utilisée, et beaucoup ne s'en sont pas privés. 

Hegel et Spinoza

La question est posée par les marxistes bien sur et Lordon trempe là dedans, la volonté d'Althusser de couper Marx en morceaux (comme sa femme) étant le thème de la chose. 

"Omnis determinatio est negatio": pour Spinoza, il n'y a pas d'individu, la détermination particulière étant négation, donc non existence. Il n'y a ainsi pas de réel, et c'est ce qui caractérise Spinoza comme "oriental": la plongée dans l'unique substance étant le but ultime. 

Evidemment pour Hegel, la substance sans subjectivité ne convient pas, celle ci étant l'absolu, d'accord, mais sans l'auto réflexion qui construit l'Esprit. 

Mais d'abord Herder réhabilita Spinoza ! Jusque là considéré comme un athée et un destructeur de la religion et de l'état, il devient un organiciste qui nous libère du physico-mathématique, tiens tiens... Bref, Spinoza est à la mode à Iéna, il donne de quoi taper sur Kant, lui même son ennemi radical et qui voyait la substance comme "chimère", en tout cas tout sauf transcendantale ! 

Hegel considéra Spinoza comme un point de départ, qui ignora avec son dieu substance absolue la capacité de la négation à se nier elle même conduisant à ce qui dépasse la substance c'est à dire l'Esprit, porteur et ça c'est Hegel de la négativité dans l'Absolu, ce que les spinozistes n'ont pas. Hegel introduit la métaphysique de la subjectivité, celle de l'Esprit Absolu comme sujet. 

Pourtant, le grand vent panthéiste souffle: Hyperion de Hölderlin parait il, et Schelling fut ouvertement spinoziste.

Hegel va tout de même faire de l'absolue une totalité substantielle et aussi valoriser la spéculation par rapport à l'entendement, celle ci pouvant seule penser les contraires... En gros, le spinozisme l'aida, mais Hegel, c'est autre chose.

Pour conclure, il parait que  Spinoza était violemment misogyne, une sorte de Zemmour de l'époque. C'est pour cela que je ne peux l'approuver sans doute. 

14/08/2016

leichtgesinnte flattergeister

"Les esprits frivoles et écervelés" est le titre/premier vers de la cantate éponyme, BWV 181.


Elle condamne sans ambages et avec une grande précision les excès du monde médiatique moderne et de ses réseaux sociaux habités par le diable. Elle laisse tout de même un espoir au demeurant.

Cantate parfaite, entièrement écoutable avec attention, la totalité de l'oeuvre étant accessible, raisonnable dans tous ses aspects, appelant à la réflexion et remplie de trouvailles musicales magnifiques dont l'écho disparait, c'est le charme des cantates, après leurs exécutions: conçues pour un seul jour, elles ont la perfection de l'unique. 

http://www.bach-cantatas.com/Texts/BWV181-Fre6.htm

Le premier morceau est étonnant: les esprits faibles se volent la parole entre eux, se disputant la force du vrai. Et bien Belial (ach Belial) avec ses enfants (toute une troupe) cherche tout de même à l'empêcher... Même les écervelés peuvent être utile en somme, c'est la morale d'un air de basse soutenu par le sautillement traditionnel au violon du diable quand il est acteur, souligné par les basses qui approuvent. Il y faut de la gravité et de l'énergie.

En fait ce n'est pas tout à fait cela, c'est Bélial qui empêche toute utilité par son obstruction. Troupe contre troupe donc: les démons contre les écervelés. 

Bon on passe au récitatif d'un Alto. Une parole lente au sujet des âmes perverties et ignorantes qui ne comprennent ni ne croient au mal. Celles que l'on vient de décrire, au prise avec le diable. Et là l'alto éclate en sanglots, ces âmes deviennent de pierre, elle gâchent leur salut et meurent ! Quand le récitatif devient mélodie puis cesse et que reprend le récitatif, on reçoit une sorte de coup de pied extraordinairement expressif: qu'elle belle idée!  Et la conclusion est d'ailleurs bien celle là: auriez vous un coeur de pierre ?

Ensuite la menace de l'Enfer. Le sautillant violon est presque incroyable (il faut l'accentuer au maximum) il termine sa partie par une dissonance saisissante présente dans ses premières et dernières instances et menace en permanence en arrière de l'extraordinaire et magnifique mélodie.

Celle ci s'achève avec une merveilleuse tournure de la langue allemande en deux vers: le début du premier est l'être futur (werden) et la fin du deuxième est le verbe (nähren, nourrir), avec entre les deux l'objet (le feu des tourments infernaux éternels). Un régal linguistique, accentué par la très baroque (qui prouve encore une fois que Bach est d'abord un musicien) ééééé ééééé ééééé éééé ren de cloture ensuite définitivement achevée par la deuxième et dernière apparition du redoutable air de violon. Il faut aussi noter que dans l'avant dernière apparition de ce vers, on avait eu droit au ahahahaha des Qual (tourments) suivi d'une näheren bref. Comme ça tout le monde est content sans doute.

Un récitatif du soprano, indulgent pour l'esprit et le coeur, et le final avec trompe s'il vous plait.

Un admirable choeur avec un duo soprano tenor enchassé en écho splendide. On reprend soprano/tenor puis alto/basse, toutes les combinaisons se manifestent avec la basse qui fait la main toute puissante (Allmachtshand)... 

En fin de compte, on a besoin dans nos coeurs, qui ne sont plus de pierre, d'une terre fructueuse (fruchtbar). En fait (pardon, je ne suis qu'un pauvre fransoze), d'une fruchtbar Land (d'abord), à l'intérieur de nos choeurs, ensuite. Pardon encore mais ce n'est toujours pas cela: dans nos coeurs, enfoncés (zubereiten).En fait c'est zu ber ahahahahahahahahahhah eiten, il faut être précis. Le rythme, endiablé, est à l'avenant... 

L'air de trompe est original: vraiment très joyeux au sens élévation du terme, il rattrape (écrase victorieusement)  toutes les diableries qui ont précédé. Un régal on peut maintenant aller boire un coup, merci J.S.

 

J'ai le gardiner, le suzuki et surtout le très supérieur (à mon avis) bachstiftung, plein d'énergie. Renate Steinman comprend magnifiquement la dissonance du violon du diable et nous la rend audible alors qu'elle n'existe pas chez gardiner ou suzuki par exemple, dont les violonistes nous la font mièvre. En fait il s'agit d'une pièce de violon diabolique, sans doute incroyablement difficile à maitriser émotionnellement. La cantate, art à part entière, permet à des musiciens de s'engager à fond, et il n'ont que quelques secondes... Par contre, pour comprendre, une bonne cinquantaine d'auditions dans tous les sens, dans toutes les interprétations disponibles est un minimum. Au boulot.

Voilà. L'immense plaisir que peut offrir ces très pieuses réflexions d'il y a trois cent ans reste intact, cela doit être la musique sans doute. 

 

11/08/2016

Les Républicains

Il ne s'agit pas du nom quasi ridicule que Nicolas Sarkozy a donné au parti politique qu'il a escroqué, mais de ce qui qualifie les tenants de la République, ceux qui se disent tels. Parmi eux Marc Bloch, qui explique en quelques pages ce que pour lui cela signifie. Il s'agit bien sur de l'auteur de l'"étrange défaite", le document historique fait par un historien, qui plus est acteur de l'histoire, et mort pour cela. 

En gros, il fait remonter le terme à la révolution, en fait avant, quand la royauté représentait la nation de deux manières aux yeux des différentes parties du peuple: pour les uns elle protégeait des privilégiés, pour les autres elle protégeait les privilégiés.

Cette ambiguité, propre au monde féodal, fut résolue lors de l'affaire de la révolution, quand la royauté pris le parti de l'étranger contre la souveraineté nationale pour défendre les privilégiés. Le roi le paya de sa vie, sa mort rendant tout retour en arrière impossible, toute restauration ayant vocation à échouer, et on le vit bien. 

A partir de là, malgré l'instauration de la république comme régime, subsista le camp de ceux qui ne l'acceptait pas, voulait garder l'autorité religieuse et politique, contre la liberté intérieure donc,  et qui donc pour régler les derniers comptes, allèrent encore chercher de quoi à l'étranger, c'est à dire renoncer à la souveraineté. 

La République devient donc, pour Marc Bloch et pour beaucoup, le garant des libertés extérieures et intérieures, les une et les autres confondues. Belle définition, il suffit de s'en souvenir. 

Au passage, on relèvera que le pire ennemi de l'Allemagne pendant un demi siècle fut condamné à l'indignité nationale pour intelligence avec l'ennemi (Maurras), et que le communiste Gayssot instaura après un demi siècle de soumission idéologique et financière avec la Russie soviétique une loi violant d'après les historiens réunis (VidalNaquet à leur tête) la liberté d'expression. 

Et ce fut le front populaire qui signa Munich et élu Pétain.

Au centre de tout cela, miraculeux, un soit disant maurassien, que l'on accusa d'être communiste, ramassa l'épée, et restaura les libertés. Trois fois. Quand même... 

P.S. La troisième fois, il alla inquiet vérifier chez Massu auprès des chefs soviétiques que ceux ci n'avaient pas de mauvaises intentions. Il put donc se satisfaire, sans morts, de rétablir la situation. 

On finira ce trop court éloge d'un type de personnage historique qui ne vient que tous les milles ans par la réaffirmation de l'identité de la nation et de la liberté, voire de la démocratie elle même qui forme ainsi avec la République un bel ensemble cohérent. Car il n'y a de Liberté que grâce à une Nation dont la République organise la défense par la Démocratie qui n'est valide que dans une nation dont ...  

06/08/2016

Phénoménal

Il faut donc maintenant revenir sur le phénomène. Hegel et tout le tintouin. 

D'abord il y a le jeune Hegel, et sa vie de Jésus puis l'esprit du christianisme. Tout part d'une interprétation du religieux, "la religion doit trouver refuge dans la philosophie". De fait la religion chrétienne se trouve radicalement différente du judaïsme (esprit du christianisme contre esprit du judaïsme), religion de la scission et de la loi, alors que le christianisme est celle de la réconciliation et de l'amour. La loi n'est pas abolie, mais accomplie. Par contre, pour Hegel, ce qui est produit, l'Eglise, se trouve hors du monde et pourtant liée à l'histoire. Elle ne peut qu'échouer comme politique ne s'accomplir que par la philosophie qui se trouve devoir abriter et contenir la religion. Ca commence bien... 

Dès ses débuts, le jeune Hegel distingue entendement et raison verstand et vernunft. Les préceptes de la raison sont subjectifs et les règles de l'entendement objectives. La raison est législatrice contre la loi objective, et porte la vraie compréhension du divin. Rien que ça: il existe une refondation par Hegel du concept de Raison, ancré dans la conscience de soi et dans la conscience de l'action. 

Et il y identification de la pensée au voyage, à l'accomplissement progressif d'une histoire. On est là au coeur de la "manière de penser" de celui qui introduit le processus, l'action plutôt que la substance. C'est l'idée de la processualité des choses. On est ainsi dans la nécessité de certaines transformations, les conceptualisations se situant dans des mouvements, dans des déplacements, dans des histoires... On croirait entendre de la musique, et le voyage musical romantique ne peut être à l'écart de telles formes de pensée. En tout cas, on peut accéder par le changement à la transformation des choses en leur contraire, et bien sur Hegel est le champion toute catégories de la violation du principe de non contradiction... Ces thèmes là sont multiples, par exemple que le monde est le produit de la réalisation de l'Esprit. 

Quitte à se plonger dans une époque, on doit aussi la mentionner: le romantisme allemand se déploie au début du XIXème siècle. Il est parapsychologique, et la révolution, c'est aussi le retour à la nature originelle ou l'esprit baignait dans la nature, sensation dont ne reste que le sommeil magnétique, le rêve...

Cette histoire d'Esprit est évidemment centrale chez Hegel. La polysémie magnifique du terme est exploitée à fond, et j'avoue partager ce désir d'exploration: un sujet quand on en a un doit être traité et le rat doit explorer toutes les pièces, toutes les plintes, tous les sens. 

Et puis il y a "l'esprit de ...". On peut l'identifier à la conscience collective, à ce qui se manifeste entre les hommes, comme existence de quelque chose qui finalement devient l'esprit absolu. Mais avant cela, il y a l'esprit objectif (objektiver Geist) (avec ses correspondants l'esprit subjectif et l'esprit absolu). On pourrait parler de "génie" tout aussi bien que d'un sujet collectif global, forme typique du raisonnement "holiste" qui reconnait une existence hors des hommes d'une objectivité autonome distincte d'ailleurs de l'art, religion ou philosophie humaine. 

Il s'agirait du troisième monde de Karl Popper, celui des idées indépendantes de leur perceptions ou de leur adoptions, conçues par Hegel dans l'esprit d'un sujet absolu. Ce concept hégélien se trouve ainsi repris, par Dilthey, Charles Taylor, ou même Raymond Aron.

Mais revenons en arrière, il y a d'abord la caverne de Platon et les ombres sur les murs, les "phénomènes" justement. Sont ils vains ? Non, car l'être n'est rien sans l'apparaitre (pas mal non). Hegel nie alors la différence noumène phénomène et abandonne le monde comme indépendant ou inaccessible pour passer à la conscience de soi, début de la considération de l'esprit comme phénomène et c'est parti. On a la "science de l'expérience de la conscience", c'est à dire une fusion entre réalisme et idéalisme, un système.

Parmi les processus il y a bien celui de la reconnaissance qui mène à la reconnaissance mutuelle complète, qui est l'esprit absolu. Ce processus est celui d'une "réconciliation", par exemple entre l'homme d'action et le philosophe, entre l'Etat et la philosophie. Cela illustre bien la fameuse dialectique, les concepts de "pour soi" (le subjectif, la parole individuelle, le fini), d'"en soi" (l'absolu, le religieux, l'universel, l'éternel) et le "pour et en soi" (la phllosophie, la réconciliation) sont les trois "moments" de l'esprit absolu. Mais c'est quoi cet "esprit absolu"? 

Il se pourrait que ce soit la seule chose qui existe, tout le reste y étant contenu par exemple Art, Religion,Philosophie, mais bon. 

Pour préciser, on est dans la distinction sujet objet la reconnaissance étant mutuelle, de fait objet d'une lutte "à mort", expliquée par la fameuse lutte entre maitre et esclave, et l'explication de la religion des esclaves comme la "conscience malheureuse" qui se tourne vers le transcendant. 

La connaissance de l'esprit absolu est possible, c'est celle des philosophes. Mais là Hegel dans l'élaboration de son système plonge dans vingt ans d'académisme et d'écrits monstrueux, contradictoires et boursouflés. Son magistère s'exerça à Berlin, dans la légèreté, la grâce (je rigole) et surtout le sérieux... 

 

Il eut ses apories et s'en débrouilla plus ou moins: le savoir absolu par exemple est évidemment négation mystique de toute vérité possible (déconstruction, tu as un père) et en même temps ce savoir là est absolu donc unique vérité absolue elle même tu parles etc.

Et puis il y a la fin de l'histoire. A ce point, une tentation à laquelle je vais céder et de dire bon sang mais c'est bien sur, et de tout résumer: la fin de l'histoire dure, tout le monde la pense comme telle et donc n'est pas une évènement mais un état indéfini pensable par un esprit qui est bien sur l'esprit absolu et le tour est joué.

On est là conceptuellement sans doute dans ce qu'on appelle le millénarisme, la fameuse période de mille ans intermédiaire qui attend la vraie fin du monde, dirigée par des prêtres, la période de la "première" résurrection. (Je me lance). Une fin qui n'en est pas une, d'où l'énergie qu'elle possède. Il y a aussi la semaine de l'histoire de Saint Agustin, le jour qui n'a pas de soir, à distinguer de l'apocalypse, et c'est elle qui fut reprise par Joachim de Flore. Deux millénarismes différents donc ? 

Pour ce qui concerne l'histoire, il faut savoir qu'elle est mue par les relations de reconnaissance et qu'elle s'arrête quand tout est unifié et que l'universel a reconnu le particulier et réciproquement. D'autre part, pour Hegel l'histoire c'est celle de l'Etat, et que donc quand la forme supérieure de l'Etat est atteinte, l'histoire qui était le chemin vers cela s'arrête. L'intérêt de l'esprit est donc autre à partir de là, et le post historique Hegelien a son sens. Au passage, on fera du français la langue de la philosophie en faisant de la fin de l'histoire son but... 

 Et puis il y a Dieu. D'abord, Dieu n'ESTPAS l'esprit absolu. De fait, Hegel est interprété de multiples manières sur cette question en allant de la gnose à la théologie spéculative. On en fait même l'inventeur du vrai athéisme contemporain, à la fois créateur et destructeur de l'absolu... 

Elaborons sur les principes: pour Hegel le premier principe n'est pas l'être, mais l'idée, le concept. C'est le fond de l'affaire, le concept est dans l'esprit, et le premier concept c'est l'esprit, l'être conscient de soi qui se constitue face à son contraire (une belle moulinette, avec beaucoup d'allant). Tout cela est évidemment ce qui apparait du réel, dans la pensée donc rationnel, et c'est ainsi que s'affirme l'égalité du réel et du rationnel (et réciproquement). 

La pensée des contraires va même s'enrichir d'un troisième larron, avec identification de l'un, de sa  négation (le christ) et surtout de son retour, l'esprit bien sur, la négation de la négation. Le concept de "retour à Dieu" est central: Dieu devient esprit en même temps que l'homme, le tout fusionne, c'est le christianisme en somme, à part qu'il a absorbé la philosophie, identifiée donc avec la religion. En fait la chose est discutée car pas si claire, tu parles. 

Le concept de réconciliation doit encore être mentionné: réconciliation avec Dieu, et aussi avec le Monde, dans l'autre direction, voilà l'affaire de l'homme. 

Mais il y a aussi, pour compléter le sujet bien d'autres trucs qui sont "hégéliens": 

1) En gros, la conscience c'est l'esprit comme phénomène, et là saut dans le vide, on passe à  l'Esprit absolu...

Car l'idée absolue est le seul objet de la philosophie véritable. 

3) La conception des relations sujet objet dans l'expérience, radicalement différente de la pensée. C'est ça l'amour, il ne se réduit pas à  l'idée qu'on s'en fait... Par contre, c'est l'aporie de Hegel: comment générer un absolu d'une expérience ? 

4) Husserl méprise et conspue Hegel, comme tous les mathématiciens de son époque. Au point que Weirstrass, maitre de Husserl et qui avait épousé une fille du vieux avait un écriteau dans son bureau: 

"Hier soll man Hegel nicht berschimpfen"

5) les relations avec Marx, qui évidemment dézingua le maître, remis sa dialectique à l'endroit et en exploita à fond les avantages, la fin de l'histoire se consumant dans le walhallah de la dictature absolue on a vu ce que cela a donné. 

6) Popper batailla beaucoup contre Hegel et en gros prouva par a+b son  absurde holisme, mais sans rien lui enlever, hélas... 

D'autres considérations, plus générales: Parménide utilisa le principe de contradiction pour découvrir l'être, mais en cela ne fut que mythique (la déesse, la déesse). Hegel inclut la contradiction dans le discours vrai et donc se trouverait le seul vrai "rationnel", au delà donc du principe. Le point est intéressant et qualifie l'"acte de foi" poperrien, tout comme d'ailleurs celui du christianisme: comme si la vérité n'était ni réelle ni rationnelle. 

30/07/2016

La réduction

Il me faut éclaircir ce qui se laisse dire sans que l'on n'y comprenne goutte. La réduction phénoménologique, éidétique et gnoséologique en est. 

D'abord, le transcendant et le transcendantal. 

Transcendantal s'applique à une connaissance, une idée, une chose de l'esprit si (et c'est Kant que le dit) si cette chose, (idée, connaissance) concerne non pas un objet, mais la manière de le connaitre. De fait, c'est bien Kant qui introduit la question: non pas de la chose, mais de la façon, de la manière dont nous les connaissons. 

Transcendant, c'est ce qui simplement dépasse, va au delà, par exemple, bien sur le divin, mais en fait, le mot désigne ce qui a son principe "vers le haut", au delà de lui. Par opposition "immanent" caractérise ce qui a son principe "vers le bas" en lui même, en son origine. 

A part l'idée de "montée" (dépassement qui induit une verticalité du mouvement de pensée (...)) les deux termes n'ont donc pas grand chose à voir, ou bien dans un espace de significations, le monde de l'esprit, celui des délices qu'offre un certain état de conscience, on y reviendra, monde donc dans lequel on change de sujet en englobant, en dépassant, en abstrayant etc. Le philosophique, quoi; tout un monde. 

Ensuite, l'apodictique, l'absolument vrai partout et nécessairement, bref le contraire du dialectique. Les grands principes (identité, non contradiction, tiers exclu) sont évidemment apodictiques. 

Maintenant l'intention. Au départ il y a Brentano, le maitre de Husserl: l'intentionnalité. Ce qui est "à propos" de quelque chose. Issue d'Aristote, puis des scolastiques en passant par les arabes, elle est une représentation non sensible (Avicenne). 

Duns Scot classifiera l'intentio en distinguant la volonté, la forme, le concept et la motivation... 

Brentano parla d'"objectivité immanente", le concept fondamental de la philosophie du XXème siècle, ce qu'il voulut en faire un critère du mental, l'essence de l'activité de penser. Cela fut critiqué et on va en reparler, car la crise d'angoisse n'est pas intentionnelle et donc il y a autre chose dans le mental, en particulier les fameuses qualia, il faudra tirer cela au clair. 

Passons à Husserl, armé des concepts d'intention et de transcendantal, on est bien dans le sujet. 

D'abord Husserl est contre le psychologisme: un mode de pensée et d'explication qui ramène le monde à des états affectifs ou sensoriels aggrégés dans le cerveau humain. Quand les choses sont ainsi réduites à ces sensations élémentaires,on a le réductionnisme. Notons que le niveau psychologique a une réalité pour les psychologistes: il ne réduisent pas au quantique ! Il est celui des affects, des sentiments relatifs au plaisir, au sexuel, bref ce qui est intermédiaire entre le conceptuel et le biologique, je dirais bien sur. Husserl déteste ça... Les neuro sciences, les variantes des psychologies évolutionnistes, les différents mémétisme en sont. 

Husserl veut ainsi fonder une philosophie (à l'Allemande) du certain et du vrai en dehors du réductionnisme, c'est bien l'objet de la fameuse réduction, radicalement contraire dans les termes, de ce qu'on pourrait croire en ignorant le sens des mots. Il repart donc en gros de Descartes et de Kant, en revisitant, comme on dit, le transcendantal... Telle est son intention, c'est un philosophe allemand: regardez ses photos. 

Husserl commence par Descartes et de ce que le malheureux probateur de l'existence de Dieu injecta dans la frénésie baroque qui saisit le XVIIème siècle: l'idée qu'on puisse être certain de quelque chose en pensant seul.

Car Descartes, et là je me lâche, ne fut l'auteur que de l'un des effets pervers philosophiques fondamentaux qui justifient mon théorème (ultra connu, voyez google, je rigole) dit de la transcendantalité de la contradiction théorique qui veut que tout philosophe introducteur de concepts suscite mécaniquement dans la génération d'après une conceptualisation qui a les effets contraires exacts de son intention originale. Par exemple, Aristote nia Platon qui nia Parménide. 3 générations de jeunes gens brillants acharnés à faire passer leur père pour un con. Parménide lui s'en prit à Homère, et comme Homère n'a pas existé... 

Voulant prouver l'existence de Dieu, Descartes le transforma (Dieu) en raison pensable et donc le détruisit: il inventa l'athéisme et la pensée claire, mais il nous faut d'abord revenir en arrière. Descartes commence par douter, il va pour cela jusqu'à l'hyperbolique (le doute de l'intelligible lui même, presque dans le niveau "intentionnel" non?).

On passera sur sa détestation du scolastique, l'ennemi qu'il persécuta étant peut être Duns Scot, mais c'est un autre sujet. En gros Descartes est un sensoriel et se prête à des expériences de pensée, qui sont des expériences... Husserl qui a le même but que Descartes, vouloir être sur, procède de la même manière.

Par contre, et là il s'oppose à Descartes dont il dénonce le "réalisme transcendantal": le sujet de Descartes fait partie du monde et pas celui de Husserl. 

Bon, il y 3 mouvements: suspension, réduction, constitution. Cela fait une méthode, une sorte de processus, d'expérience personnelle, de voyage. Une oeuvre de musique et c'est cela que je voudrais exprimer: la réflexion sur les choses se fait dans le temps, dans un voyage qui est le voyage musical, mais je ne suis qu'un mélomane et le monde de l'esprit est celui des abstractions musicales. On en reparlera. 

D'abord l'épokhé, la suspension du jugement, l'équivalent du doute, mais c'est pas pareil. Il s'agit d'aller vers le savoir, là où il n'y a pas de croyance, et donc pas de jugement imposé, évident ou spontané. 

Ensuite la réduction, qui est phénoménologique, transcendantale, gnoséologique: il s'agit de supprimer tout lien entre connaissance et perception, et identifier la vision et soi même en train de voir. Dans les termes opposé moi/monde, on réduit l'opposition, on se colle au réel, on le colle à soi, bref, on ne fait qu'un. 

Puis ensuite la constitution, le retour à la normale après l'extase qui vous a changé pour toujours: le monde est maintenant vu autrement, et cela à jamais. En quel sens? Et bien le savoir s'étant perçu lui même, il accède à la connaissance véritable (ou l'inverse). C'est cela l'ambition de Husserl: rendre intelligible l'évidence du monde, comprendre le monde. La leçon du terme "constitution" est que c'est la subjectivité qui est "constitutante" du monde. Husserl introduit alors à une praxis de cette critique permanente et radicale de soi dans le monde, et donc d'une super responsabilité philosophique et éthique. 

Cette conjonction entre représentation et pensée de la représentation s'applique bien sur à elle même, et c'est pour cela que cette philosophie qui est une critique (une super critique) introduit au soupçon généralisé, toute attitude et réflexion devenant un percu, donc un construit, donc une chose et ainsi de suite à l'infini. C'est bien Husserl qui a lancé cette mode là, la remise en cause de toutes les ontologies scientifiques et autres devenant possible, à pratiquer et à théoriser. 

Le théorème de la transcendantalité de la contradiction s'applique évidemment à Husserl avec une force incroyable: le cartésien absolu qui voulait le savoir absolu de par la certitude de la réduction du dilemme soi/monde, qui plus est juif, se trouve dénoncé à la gestapo par son assistant le nazi Heidegger qui fonde l'irrationalité du XXème siècle, le culte de la mort et de la négation de la science et de la technique !   

Car bien sur Heidegger nie absolument cette approche de la vérité: l'être apparait (le dieu germanique dans la clairière) et il faut aller à sa rencontre (en chantant le horst wessel lied sans doute). Néanmoins, l'idée y est, le XXème siècle fut horriblement hippie. Pauvre Husserl. Il est donc le grand introducteur du relativisme moderne, comme Kant, d'ailleurs qui lui même introduisit l'idéalisme ! 

Voilà, j'ai compris Husserl. Voyons maintenant la valeur de ces choses...

Au fait, il y a une question de dénomination: il faut parler de "phénoménologie transcendantale" et non simplement de "phénoménologie": les phénomènes qui sont les parties du monde qui se manifestent à notre esprit se succèdent, certes, mais la question est de savoir comment cela est possible et quelle est la nature, l'être de toutes ces choses dans l'esprit. C'est cette activité là qui est le sujet: la subjectivité de cette action (héhé).

Et puis il y a les divergences d'interprétations, et ce à quoi cela a fait penser et peut faire penser. L'ampleur de ces pensées, leurs variétés et leur richesses ne s'épuise pas comme cela. Disons que forcément ceux qui s'intéressent à ces choses ont des idées derrière la tête, des intentions en quelque sorte, et celle ci sont d'une grande variété, avec des constantes.

On pourra parler des théories du management, domaine en soi for vaste, et qui forme les employés du service du personnel (les "relations humaines" comme on dit, attachées à ne jamais avoir de relations avec les autres employés sinon sous la forme de processus déshumanisés). Toutes les hypnoses, changement de paradigmes et autre révolutions de soi en font partie. Les douloureux tourments de la fin des religions aussi, et les croyances réfléchies plusieurs fois sont bien aidées par ces types de pensée, disons que cela parle de la même chose: du subjectif qui crée le monde. 

Husserl est mort en 38. 

On peut continuer à bouquiner sur la question, pour éviter, même si on a compris, de dire trop de bêtises (si j'en ai dit de véritables, il y aura peut être un contradicteur, mais je n'y crois pas trop). L'idée est de ne parler que d'Husserl, et de ce qu'il voulait dire -lui-. 

D'abord, il y eut plusieurs époques, et un Husserl deuxième période. Il parla d'intersubjectivité transcendantale par exemple, pour pallier le manque de considération de l'objectivité du monde extérieur.

Il ne cessa jamais par contre de se vouloir scientifique, prétendant fournir la version scientifique de l'idéalisme transcendantal. Réaliste au sens strict, il ne met pas en cause l'existence du monde, mais veut élucider son intelligibilité. De fait, il veut dissoudre l'opposition entre réalisme et idéalisme.

Dissoudre ou faire exploser ? Car une interprétation de la "constitution" est bien celle de la production de l'objet (et non pas de sa vraie restitution). On se rattrape alors sur le fait que le sujet lui même fait partie du processus et le noeud reformé continue à émettre sa radioactivité, sans doute pour encore pas mal de temps.

En fait la discussion n'est ainsi pas terminée, la distinction réalisme/idéalisme n'étant pas tranchée pour ses successeurs qui continuèrent à s'écharper. 

Ces considérations sont aussi celles de Merleau Ponty, dont la phénoménologie de la perception qui accompagna sans être lue tous mes déménagements se résume en natures naturée et naturante, en naturalisme du naturé et idéalisme du naturant. L'objectif est pour lui aussi de rendre intelligible la dichotomie vérité/facticité, qui est le problème fondamental de tout ce dont on discute ici. La perception est ce lieu: il n'y a de sens que si un sujet perçoit et en même temps le sens vient de la nature.