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FrancoisCarmignola - Page 17

  • Les nuages

    Les noms des nuages sont composites et organisés à partir de préfixes et suffixes latins. 

    On distingue:

    - "nimb" (us, o) porteurs de pluie

    - "strat"   étendus

    - "alt"  élevés. 

    - "cumul"  moutonneux

    - "cirr"  en formes de filaments

    On a donc: 

    les nimbostratus, altonimbus, cumulonimbus   aucun cirrus n'est nimbique...

    les stratocumulus, altostratus, stratocirrus, altocumulus

    les status, cumulus, cirrus

     

    Pour plus de précisions:

    http://zebulon1er.free.fr/clas%20nuages.htm

     

    On a donc les 3 genres: cirrus, stratus, cumulus

    Les 3 genres intermédiaires:  cirrostratus, cirrocumulus, stratocumulus

    Les 4 genres dérivés:  cumulonimbus et nimbostratus qui donnent de la pluie

    et altocirrus et altostratus pour les nuages d'altitude... 

     

  • La messe en si

    Bon, c'est un texte infaisable. Mais Bachstiftung vient de sortir sa messe en si mineur, (en H moll), BWV 232.

    On rappelle que BWV veut dire Bach-Werke-Verzeichnis, un catalogue établi en 1950 par Wolfgang Schmieder. 

    Les impressions que je donne ici n'engagent que moi, et qui suis je pour oser penser quoique ce soit à l'égard d'un truc pareil. Cependant, mon admiration totale va au moins à un jeu particulier de la chose, on le trouve sur YouTube c'est ça: 

     


    https://www.youtube.com/watch?v=7F7TVM8m95Y

    Au PROMS 2012, Harry Bicket est le chef, l'Alto, particulièrement remarquable, est Lestyn Davies

    Pour une raison mystérieuse, je suis en adhésion quasi totale avec la manière dont c'est amené ici et mon autre référence, une messe (en si)  entendue il y a des années au premier rang dans une église à Montparnasse me semble avoir déclenché chez moi la même stupeur. 

    D'abord, une source essentielle de l'emprise qu'exerce ce genre de chose, entièrement liée à ce qui est propre à la musique de Bach, est l'absolue importance de l'"humilité" des musiciens. Ce que j'entend par "humilité" est une attitude générale d'accord humble, dégagée, confiante et obéissante envers la musique. Cela s'applique au chef, qui n'est pas un "interprète", mais le reconstructeur forcément malhabile d'un monde provisoire, et bien sur aux chanteurs et musiciens qui doivent chacun à leur tour, jouer leur partie de quelque chose qui nous dépasse tous. Cela se voit quand on a affaire à des musiciens qui ne font que leur métier, cela se voit quand des humains assez chanceux pour tenir raisonnablement leur rôles dans de telles aventures le font bien, tout simplement. Car pour faire bien ce genre de choses, il faut y croire, et cela se voit, d'une manière spéciale: le calme intérieur assuré de participer à quelque chose de vraiment nécessaire, de vraiment bien. Le choeur des fidèles ?  

    Pardon pour une telle idolâtrie, mais "musicien du roi David" (c'est Gardiner qui dit ça), projet idéal du plus grand auteur de musique de l'histoire de l'humanité, ça se mérite.

    Ensuite, il faut dire aussi que les enchaînements jouent un grand rôle et que le découpage en morceaux des disques les gâche horriblement. Le cor qui soutient  le "Quoniam tu solus sanctus" (Car toi seul est saint) qui reste en se tortillant jusqu'au "Jesu Christé" (hé hé hé) en accompagnant majestueusement la basse glorieuse dans un entrelas mélodieux, termine l'air pom pom pom. Incroyablement difficile à jouer et à chanter par ce qu'il y a de plus casse gueule (le cor se trouve vite faux, et la basse chuinte vite), cette partie très "patriarcale" est une sorte de provocation à l'humiliation des vieux frimeurs, répétitive et presque volontairement pénible. 

    Et puis ça explose brusquement avec toute la brutalité possible ! "Cum Sancto Spiritu" il fallait pas l'oublier celui là. Tout le choeur, toutes les trompettes, à fond les caissons avec la grande aspiration des "trombas" et tout le coeur ! 

    On s'arrête avec l'effet du redépart en sous régime qui reprend une ascension irrésistible en se passant la main, en se permettant même de le refaire encore une fois alors qu'on est déjà en vue du sommet, le voilà: "in Gloria dei Patris" ! En fait on a "Cum Sancto Spiritu in gloria Dei Patris, Amen". D'abord un final. Et puis les reprises successives par toutes les masses du choeur, successivement puis en se mélangeant. Un ralentisssement, Amen ! puis on recommence entre masses qui se comprennent: un éloge à l'Esprit Saint, qui se trouve donc bien loué!  Apothéose garantie.

    La transition sur le "Credo in unum Deum", immédiate, est aussi un effet et c'est ce que je voulais dire. L'oeuvre composite est ainsi totalement unifiée et la tempête déchaînée, océanique se poursuit du "Kyrie" au "Gloria" puis au "Credo". Les ruptures se produisent pourtant, la fin du "Kyrie" par exemple, et le frémissement du choeur qui s'éclaircit la gorge entre deux folies à plusieurs est lourd de promesses à satisfaire... 

    Mais revenons au début. L'intro au clavecin "de voleur" de Bachstiftung est assez bien trouvée. Puis c'est le vrai début.

    Tout le choeur tout de suite: "Kyrie eleison", ça commence direct, mais brièvement. Une immense introduction symphonique se déroule alors longuement en ré-explorant toute la base de la chose. On brode, on répète, on se fait attendre et puis une profondeur incroyable se met à rouler en hésitant: les voix arrivent et c'est vraiment parti. Les trois ensembles se superposent et les femmes se mettent de la partie, ça y est nous sommes en pleine mer. 

    Et puis à la moitié, on se repose un peu, tout s'apaise. On marque le coup. Mais ce n'était que partie remise, les basses reprennent et tout recommence: on repart dans une mélodie en médium différente dans un mélange incroyable de graves et puis tout le choeur s'y remet avec les femmes au maximum, qui s'éloignent progressivement, quoique. La majesté s'achève enfin, vous pouvez tousser, y a de quoi. 

    10:34 Ne passons pas sur le chef d'oeuvre absolu du duetto "Kriste Eleison" entre deux sopranos plus mélodie accompagnée: on se permet d'opposer des duos de violons, de violoncelles et de tout successivement, avec des accompagnements quasi sentimentaux, presque nostalgiques, du Bach tout craché, période baroque, de fait le baroque en son sommet absolu. La lutte entre les deux femmes doit aussi être une harmonie absolue chacune devant dépasser puis suivre l'autre et résonner avec l'autre. Le combat des femelles est ainsi au final accord absolu global, un rêve divin. 

    Bien des interprétations de cette merveille totale sont déséquilibrées, chacune des chanteuses cherchant à être la seule, détruisant précisément l'objectif réel de la chose. Dans le Proms les deux voix sont parfaitement équilibrées et les deux femmes s'entendent merveilleusement, c'est indispensable ! Là encore, l'aspect "humble" des interprétes est primordial: il nous faut des "femmes de Bach" virtuoses et gentilles, joyeuses et mutuellement amicales et respectueuses. 

    Et l'accompagnement conclut. 

    Parce que ça repart tout de suite dans le grand Kyrie sérieux, profond et océanique. Kyrie les 4 successifs, et la majestueuse polyphonie se déroule dans toute sa gravité, avec la poussée des femmes, deux fois, trois fois, puis la fin. Repos. La messe est commencée. 

    19:06 Bon. "Gloria" vite, puissant, timbales, trombas, tout de suite au maximum de toutes les voix. On croirait qu'on y est depuis toujours. "Gloria In excelsis deo".

    Et puis on se calme. "Et in terra pax". L'océan de nouveau, mais on repart de zéro: les sopranos déclenchent la course à l'échalotte sur le dos de la grosse, très grosse vague qui se met à monter, je vous dis pas. L'affirmation de la paix sur la terre se termine alors en apothéose guerrière. Puis Repos. 

    25:38 "Laudemus te" est un charmant aria de décontraction avec reprise et violon virtuose, le meilleur des trente ans de cantates  dont vient tout ce bazar.  Le charmand "moussedé" est répété encore et encore avec les violoncelles qui supportent le tout.  

    29:43 Je saute le "Gratias". Euh non. Un round d'observation du choeur qui se passe la main avec un avant gout de ce qui nous attend plus tard, en tout cas avec une grande, immense, majesté; quelques brefs coups de timbale et puis c'est tout. 

    33:01 Le duetto ténor soprano "Dominus deus" avec une introduction à la flute d'une étonnante mélodie détachée est bien sur une pure merveille. La flute tatatiti en descente et en montée est omniprésente, ah que c'est bien, quand sur fond de grattes grave, les violons l'imitent brièvement. Une complexe fin introduisant nettement l'"Agnus Dei". Et pour finir, brusquement, le choeur s'en mêle, "Qui tollis", 38:32, comme quoi c'était important tout ça. La puissance incroyable du choeur submerge la scène mais la flute continue malgré tout. Les vagues se succèdent puis se calment. 

    41:32 "Qui Sedes" voix d'alto, désespoir baroque. miserere nobis. Il faut suivre le hautbois, c'est important, obsédant: un travail important de l'époque se déroule. deeheeheeheeh xtram patris. L'arrêt brusque, souligné par les cordes est une merveille en fait. noo oo oobis. 

    45:46 On en vient alors à la fin du gloria déjà décrite. Le cor !

    Et le "Cum Sancto Spiritu", brutal pour le moins, 50:08, on appuie bien le trait trompes et timbales. Avec la fameuse montée suivie de la marche triomphale en canon le long d'un escalier monumental, redoublée par les filles qui proclament l'esprit saint, Amen. 

    53:50 On attaque alors le "Credo", le symbole de Nicée, commun aux catholiques et aux protestants. Petit à petit, en route vers le centre de l'Occident, dit chrétien (on se demande bien pourquoi). La marche est audible, les graves le disent, pom pom pom. "Credo!"... "omnipotem" avec la trompette suraigue,  et "et invisibiliououm". Repos.

    Le duetto "Et in unum Dominum" est une parfaite cantate baroque issue des trente ans de maitrise totale du sujet par un compositeur génial. Parfaitement accompli, une pure merveille, comme cela est il possible? Mélanges des voix soprano alto avec tous les tortillis harmoniques possibles. L'équilibrage PROMS est remarquable. 

    C'est alors que les choses se corsent: un drame inouï se déroule alors en quelques phrases: "est incarnatus est", d'une gravité incroyable au delà de tous les Noëls, "home factus est" , et puis le centre de la messe, le grand "X", le terrifiant "Crucifixus", toutes les passions, toutes les histoires, en trois vers. Il souffre, et il est enterré. 

    Au delà de toute dramaturgie au sujet de la personne en question, on a là toute une tristesse résumée de manière incomparable. C'est ça Bach: tout sauf de l'Opéra et je n'arrive toujours pas à suivre et à comprendre les passions.

    1:09:01 Vient alors l'explosion de joie: Resurrexit ! De quoi s'y mettre à y croire... 

    Après une douce répétition du thème: 

    et ascendit in caelum, il faut le dire, on repart tromba et timbales.

    1:11:02 Et puis après une brève pause, le coeur des basses (des chanoines): 

    et iterum venturus est
    et il reviendra avec gloire
    cum gloria judicare vivos et mortuos,
    pour juger les vivants et les morts, 

    Pour finir, tout le monde se joint finalement dans la plus bel enthousiasme qu'on puisse imaginer:

    cuius regni non erit finis.
    et son royaume n'aura pas de fin. 

    Répété plusieurs fois, par tout le monde. 

    La symphonie finale semble modeste, tromba et tout, elle ne l'est pas, elle se permet même d'ajouter un motif joyeux en plus. 

    1:13:02 Le crédo se poursuit, avec la description détaillée en voie de basse, des relations de l'Esprit Saint avec Dieu. Pour mettre les points sur les "i" aux grecs, "qui ex patre filioque procedit" (répété deux fois). Avec l'affirmation de l'église unique et sainte (il a du se mordre un peu les lèvres, le luthérien). 

    1:18:06 Le "confiteor" est du choeur pur entremélé à plusieurs voix, rythmé. Distinct et enchanteur: les parties basses et sopranes s'opposent magnifiquement et on se permet des dissonances virtuoses. Et puis tout en soupir descendant on espère la rémission des péchés, celle là infiniment triste et peu sure d'elle même.

    On continue sur un expecto languissant une seconde, puis là boum ! Ca explose encore, 1:22:10 toujours pour cette histoire de résurrection. Trompettes et Timbales ça y va, avec le grand cri de joie "de dessus". Amen.

    C'en est au point que certains commencent à applaudir... Mais c'est pas la fin ! 

    1:24:18 On se réaccorde, et 1:25:15 c'est alors le Sanctus. Grandiose comme il se doit, avec les voix en harmonie et les timbales. 

    "Osanna in excelsis" avec la célèbre montée, est purement extraordinaire. Osanna quoi. 

    Mais tout s'arrête, et sur le bord de l'histoire, il nous faut un étrange intermède. 

    1:33:20 Le "Bénedictus" rend à la flute le soin d'assister le ténor, avec une mélodie "orphique" qui retourne plusieurs fois le gant baroque du "in nomine domini". Une merveille d'aria en plus. Combien de cantates en seraient fières? 

    1:37:50 Osanna encore (repetitus). Energique et rythmé, les violons et le choeur qui se passent la main, ou plutôt des lames étincelantes qui se recouvrent et la montée encore pour un triomphe retardé et son motif encore.

    1:40:42 Vient alors l'"Agnus Dei". Profond et déchirant avec l'Alto dans une longue plainte, le contraste avec l'océanique laminage des violons (empoulée mon émotion, non?). Le blam blam de fond de caisse des violoncelles rythme l'ensemble, du Bach, quoi. Le dédoublement de l'exploration surprend bien sur: au milieu de la chose, un violon se détache pour un dernier sanglot et continue brièvement, puis c'est la fin. 

    1:46:00 En conclusion, l'apaisement du "Da nobis pacem", céleste (pour le moins) pour trois minutes de collage au plafond. Mais bien sur il faut que ça frappe, et on conclut tout en majesté. 

    Bien sur il ne faut pas applaudir, tout de suite. Le silence qui suit la chose est absolument écrasant. 

  • Le Mésozoïque

    L'ère "intermédiaire" ou secondaire est le Mésozoïque s'étend entre -250 et -65 millions d'années donc environ pendant 200 millions d'années. Elle vit le développement des dinosaures avant de se finir tragiquement. 

    On distingue 3 périodes géologiques: trias, jurassique, et crétacé d'environ 60 millions d'années chacune.

    Les dinosaures  (de "deinos, effroyablement grand et sauros, lézard) se divisent en deux ordres: les saurischiens et les ornithischiens suivant leur os pubis vers l'avant ou vers l'arrière, comme les oiseaux. Ils forment un clade, et ou un taxon identifié et nommé en 1842 par Sir Richard Owen. 

    Les ornithischiens donnent des quadrupèdes herbivores; les saurischiens les autres dinosaures. 

    Les saurischiens se divisent en clades: les théropodes, qui donnent le tyrannosaure et les oiseaux et les sauropodomorphes, qui donnent les brontosaures et autres diplodocus, mais d'abord divisés en sauropodes et en prosoraupodes plus anciens. 

    Les sauropodes ce sont les gros quadrupèdes à longue queues. Au fait Brontosaurus et Apatosaurus un temps identifiés par le grand découvreur Charles Marsh(en 1877) sont aujourd'hui séparés (depuis 2015 par Tschopp). 

    Les théropodes ont donné les oiseaux, et non les ornithopodes, qui sont en fait des ornithoschiens. 

    Il faut de plus être clair: les ptérosaures ou reptiles marins ne sont pas dinosaures, pas plus que les reptiles marins les plesiosaures. Pas plus que Dimétrodon, qui non non non, n'est pas un dinosaure. 

     

    Les ornithisciens forment un ordre qui a 3 sous ordres: ornithopodes, thyréophores, marginocéphales.

    Les ornithopodes ont 6 familles dont les hadrosaures et les iguanodons.

    Les thyréophores ont 6 familles dont les stégosaures et les ankylosores

    Les marginocéphales ont 8 familles dont les cératopsidés et les psittacosauridés. 

     

    Les saurischiens forment un ordre qui a 2 sous ordres: théropodes et sauropodomorphes

    Les théropodes ont 3 super familles coelurosauriens, les deïnonychosauriens, les carnosauriens

    Les coelurosauriens, dont les oviraptors, 

    Les deïnonychosauriens, dont les Dromaeosauridés et donc les vélociraptors 

    Les carnosauriens dont les tyrannosaures

     

    Les sauropodomorphes ont deux super familles : les prosoraupodes et les sauropodes

    Les proposoraupodes ont 5 familles dont les mélanosauridés 

    Les sauropodes ont 8 familles dont les brachiosoridés, les diplodocidés, les titanosoridés

     

     

  • Les musiques électriques

    Au risque de me ridiculiser, mais le temps est aux juvéniles enthousiasmes, voici ma révérence à certains des sons électriques, mon instrument de jeu, un ordinateur connecté à un dac et à un casque correct est trop bon à m'enchanter les oreilles et ce qu'il y a entre (comme disait france inter dans le temps). 

    D'abord il y a la guitare électrique, invention somme toute récente (un transfuge de la firme Gibson, Loyd Loar en breveta une en 1934), et dont le son est "original". Ce point est important. Il s'agit bien d'un son particulier, fait de quelque chose que les lutheries antérieures n'avaient jamais produit. Au delà du style de son utilisation qui est une chose différente, le son mélodique, source de la perception auditive avait une nouvelle forme possible, et produisait une impression jamais entendue. Charlie Christian, chez Benny Goodman fut l'un des premiers guitaristes électriques avant sa mort en 1942.

    La suite est qualifiée par une explosion cambrienne inouïe qui chamboula le reste du XXème siècle, on la décrit par exemple ici:

     http://techno.org/electronic-music-guide/

    Mais ce qui m'amène à la chose est un truc relativement récent dans le genre: Superpoze.

    Je ne voudrais pas, par mes hurlements, le faire passer pour l'idole de la fachosphère et je le supplie de me pardonner de l'apprécier. Mais il y a dans le ton de cette musique quelque chose qui me fait être sur que c'en est. 

    Son copain Fakear est du même style, et les deux gars ont quelque chose. 

    A moins que ce ne soit l'ambiance lounge que j'avais beaucoup pratiqué il y a longtemps, cela réactive des zones profondes de ma mémoire, peut être bébé avais je été séduit par le bruit des vagues... 

    Bon, foin de fascination, c'est le son sans doute. Le mélange de ceux ci. Il y a une complexité de superposition supérieure à deux ou trois et les plages qui se superposent, tiens tiens, font appel à quelque chose qui n'est pas seulement le plaisir romantique ou la répétition du boum boum. Il y a domination des répétitions et j'adore ça. 

    Dans le cas de Fakear, l'entrée de la guitare au milieu des sons de nulle part avec le bruit de bout de bois dans le fond, tel qu'on l'entends dans "Morning in Japan" est vraiment étonnant. La Lune Rousse (Animal de Fakear) est aussi une belle scie, et me voilà victime de tubes, pourtant c'est super bien trouvé. En plus, il y en a plein d'autres.

    Théo Le Vigoureux et Gabriel Legeleux bravo et merci ! 

    https://www.youtube.com/watch?v=-xtUzPaRfhE est un interview de G.L. Il le dit lui même: il fait de la musique  pour la musique, y a pas d'images, il y a le son et l'harmonie et aussi les mélodies, et d'ailleurs plus que le "beat", exclusif. 

    Ce style de musique, qualifié par le site http://www.trip-hop.net/ comme "electro-xxx" a sans doute un grand ancêtre, Massive Attack dont j'avoue avoir été très fan il y a bien des années. Comme si je n'étais qu'une mémoire imprégnée qui décompense, mais la magie de ce type d'impression A une réalité: une attente et puis les petits tap taps comme récompense, c'est entrainant et fascinant. La variété infinie des sons électroniques qui viennent de partout et de tout le possible, il est vrai en succession rapide, mais bon... 

    Et puis ces effets, ces arrêts subits, ces formes indéfinies qui se superposent: ces gens là cherchent quelque chose... Au delà du triste et du gai, il y a un optimisme du mécanique qui n'est pas naïf et c'est ça l'étrange, on cherche la variation, c'est à dire le toujours différent qui caractérise le gout "ancien". Paradoxal de dire cela pour la musique la plus automatisée qui soit (soit disant) ? Et bien c'est l'enjeu, et on y va, les plus belles histoires qui se peuvent raconter dans le monde étrange de la musique sont bien là. 

    Toutes les musiques suggérées par triphop.net ne sont pas de cet acabit. Par exemple, Six de Doctor Flake. Le gout du genre, certes mais une richesse bien moindre, une répétition ennuyeuse, celle de la triste lounge. On pourrait parler de Terranova Restless, par exemple rituel mais chiant: c'est toujours pareil là c'est clair et j'y reviens, il y a une sorte d'abandon au rythme, une sorte de fétichisme qui refuse la variation. Superpoze ou Fakear n'ont pas cela: on voyage, on évolue dans un son qui change. 

    Et puis l'obsédant, qui est légitime peut se glisser mais en catimini. 

    Y a aussi Thylacine, Clement Bazin et tout une petite bande. Faut se brancher... Parfois, on prend peur et on pense se retrouver dans une imitation par les inconnus des chansons des années quatre vingt. "Et vice versa" pour se moquer de Macron...  

    Note: un E.P. est un "extended play", entre 45 tours et un album... Une chanson longue, quoi. 

    On doit mentionner d'autres auteurs (marrant qu'ils soient tous Français), dont par exemple (et surtout) Hugo Kant, dont la capacité à produire des sons multiples marquants est saisissante. 

    https://soundcloud.com/hugo-kant

    vaut le détour et les albums et la flute, toujours la flute qui apparait dans presque tous les cas: génial ! Et puis il y a degiheugi et Wax Taylor tous ces "french toucheurs" qui perpétuent quarante ans après les terribles frissons qui nous animèrent, nous les petits défoncés esthètes goinfrés de Pink Floyd (première tendance) et de King Crimson. 

    Rien à voir avec les rockeux, (bon bien sur il fallait bien quand même s'agiter sur sympathy for the devil), qui eux ne cherchaient que (quoi? qu'est ce qu'ils cherchaient exactement) ou pire les slowleux (beatles et autres pops). 

    Qu'une histoire puisse se développer  à l'intérieur de nous sans que l'on n'y comprenne vraiment quelquechose, la marque de la musique, donc et bien cela passait et passe encore par ces sons extraordinaires qui continuent d'arriver, marqués par ce qu'on reconnait quand même.

    La très grande variété de ces attaques rythimiques, de ces toujours nouveaux contrastes purement électroniques ou de temps en temps issus d'un acoustique miraculeux (la flute de Kant est une pure merveille) font de ces musiques des vrais sons proches. La diversité des batteries, pourtant toujours rattachée à une percussion effective ne produit pas l'effet d'éloignement de la variétoche dont le fond est bien trop plastique: ici on a les pinces à linge frottées et dans l'indianisation revendiquée (Kant est hindou sans doute), le rattachement sonore au bois... 

     

  • L'art suprême

    Arthur Schopenhauer, l'anti Hegel (comme on dit l'Anti Christ) est l'auteur de "Le monde comme volonté et comme représentation", somme philosophique totale décrivant tout du monde, dont les premières et dernières éditions sont séparées de quarante ans (entre 1819 et 1859). 

    D'abord le monde EST volonté: aveugle, unique, globale, orientale, implacable et d'arrière plan, reconnue comme l'origine conceptuelle de l'inconscient de Freud, de Jung et aussi de la vie acharnée derrière l'évolution de Darwin. Comme il le pensait d'ailleurs lui même, il est donc l'unique philosophe et il a entièrement raison. Il est bien sur opposé à la vivisection et auteur de la dialectique eristique (l'art d'avoir toujours raison) il est le seul maitre de Nietzsche. 

    Admirateur du Védanta, l'une des 6 philosophies Hindoues dites astika (soumises aux Véda et aux Uspanishad). On distingue les astikas des nastikas (qui ignorent les Védas), et à qui appartiennent le Bouddhisme et aussi le Jaïnisme. On rappellera qu'un hôpital Jaïniste pour oiseaux, qui soigne les pigeons, se trouve à Delhi, en face du fort rouge.

    Le monde est représentation, issu de l'unique réel indifférencié, le Brahman, tout le reste n'étant qu'illusion, le voile de Maya. Héritier de Kant et donc de l'inventeur de la chose en soi que l'on ne peut connaitre, le noumène, il le rejette comme n'étant ni représentation ni volonté et donc que chimère... La seule chose en soi est la volonté.

    La perception haute est donc, celle possible de la forme derrière l'illusion, et donc voilà la base de l'esthétique: la vision du vrai. 

    Revenons au cercle d'Iéna, creuset du vrai romantisme, l'allemand. La fin du XVIIIème siècle y fut mémorable... 

    Les deux frères de lait, Tieck et Wackenroder sont connus pour leur idolâtrie intellectuelle de la musique, conçue comme ce qui exprime de manière abstraite les émotions: les mouvements de l'âme sont désincarnés. 

    Il y eut d'autres frères, les Schlegel, Auguste le philosophe théoricien du romantique, frère de Friedrich, qui lui fut le philosophe, le "grand" Schlegel, celui qui vécut à Paris. Avec Novalis, et Schleirmacher, le cercle d'Iéna, et la revue Athenäum, toute une époque. 

    August Schlegel sur la musique: "Elle purifie pour ainsi dire les passions de leur souillure matérielle en les représentant dans leur forme même, sans aucun rapport à des objets,". On dévalorise les livrets d'Opera, et considère la symphonie comme forme suprême.

    E.T.A (Ernst Theodor Amadeus) Hoffmann, celui des contes, parle de Beethoven:

    "La musique ouvre à l’homme un royaume inconnu ; un monde qui n’a rien en commun avec le monde extérieur des sens qui nous entoure, et dans lequel il va abandonner tous les sentiments qui se définissent en des concepts afin de s’adonner à l’indicible"

     

     

  • La partita no 1 en Si bémol majeur BWV 825

    La partita est en B flat major , ou B dur. 

    Les partitas sont les suites "allemandes", l'opus 1 du klavierübung. 

    BWV 825 la première d'entre elle est parfaite, ça commençait bien. J'avoue ne pas pouvoir me détacher de l'impression de perfection totale ressentie à entendre jouer ça: rien qui ne soit incroyablement à propos, merveilleux et délicieux. 

    http://www.qobuz.com/fr-fr/album/johann-sebastian-bach-rafal-blechacz/0002894795539

    en est un jeu particulièrement brillant, rapide et percutant, d'une virtuosité incroyable, en tout cas à la hauteur du morceau. 

    Le prélude est une sorte de choral un peu triste, une vieille chanson et hop ça part le rideau de perles en arrière plan qui parle, de plus en plus grave. Imité par la main droite, puis on recommence la tristesse. Le dialogue s'amorce pourtant, la main droite accepte puis refuse. Elle a le dernier mot. 

    L'Allemande est plus vive, joyeuse et chantante et on ornemente. On repart une deuxième fois encore sur la si belle phrase. Une troisième fois un peu en retrait, et tap et tap, on insiste, ornemente, quitte à dissoner un tout petit peu, que c'est virtuose tout ça. La fin est juste un peu étrange. 

    La Courante est la plus fade des danses. Mais bien joué ça balance comme une toile un peu lourde qu'on décore du bout des doigts. 2 phrases, et la 3ème est plus en retrait, mais continue l'exploration et hop ça part par en dessus et en grave en plus, la conclusion se répète. On repart une 4ème fois, le passage par en dessus est moins net mais bien enlevé. 

    La Sarabande est le centre de la partita, incroyablement nonchalente et douce. La main gauche arrive tout doucement sur le travail qui s'est bien développé. Chaque fin de séquence a ce terrible tadada conclusif. On repart alors dans la méditation dansante, il s'agit bien d'un corps qui tourne lentement sur lui même à la recherche d'une montée sans effort et puis dans la troisième séquence la terrible montée de la main gauche qui se replie mais qui en fait parle. La quatrième séquence est profonde et colorée de la main droite. Et puis les perles, qui s'achèvent encore, et encore. Et c'est le dernier tadada. 

    Le premier menuet est une machine magnifique, avec en fait un rythme puissant et doux dans toutes les sonorités qui tournent autour de l'obsédante marche. Court pourtant. Le deuxième menuet est statique, étrange, méditatif. On retrouve le tadada de la sarabande. 

    Et puis la marche folle reprend en sur aigu. On se lance alors avec énergie, et c'est tout.  

    La Gigue est un monument de complexité. Ca part dans tous les sens. Des pointes de partout. La fin de chaque phrase endiablée et un tadada inversé. On se permet même de faire des perles descendantes qui n'en finissent plus, et la main gauche qui rattrape avec agilité. tadada. 

     

    Mei est très bien aussi, en fait avec tout la subtilité de la dame... 

    http://play.qobuz.com/album/3760127221562

     

    Et puis y a une forme simple et directe, Sokolov...


     

  • Les nombres de couches

    Vers 2012, il n'y a pas si longtemps, une méthode d'apprentissage dite "multi couches" ou "profonde" fut enfin considérée, preuves à l'appui, comme très efficace. Toute l'Intelligence artificielle sorti alors de son long hiver (30 ans) et se mit à exulter de joie: l'homme va être remplacé, enfin.

    Entre temps, Marvin Minsky et Seymour Papert avaient en 1969 démontré les limites intrinsèques du perceptron ce qui avait drainé tout l'argent destiné aux neurones vers les approches symboliques, elles même ruinées avec l'effondrement du marché de la LISP machine en 1987. L'hiver de AI commençait. 

    Evidemment, il s'agit en fait pour l'instant de reconnaître automatiquement les amis d'un utilisateur de facebook qui publie bêtement les photos de ses "soirées", même si cela sert aussi à conduire les voitures de Google. Yann Le Cun, éminent chercheur français, honneur des universités américaines dans lesquelles il a mené toute sa carrière, vient de s'y faire embaucher ciao (chief intelligence artificielle officer, pardon, aucune machine ne pourra jamais faire ça). Il nous explique tout cela depuis le collège de france. 

     https://www.college-de-france.fr/site/yann-lecun/course-2016-02-12-14h30.htm

    D'abord, il s'agit de reconnaitre, tout est là et la reconnaissance des formes, d'abord une théorie de l'analyse des images, est la préoccupation première. Notons que cette reconnaissance, qui porte d'abord sur des champs de bits à 1 et à zéro (plus les couleurs), est aussi celle que l'on cherche à faire dans n'importe quel ensemble de données: les formes sont aussi des regroupements dans des résultats d'élections selon les catégories socio professionnelles par exemple. On distingue ainsi les régressions (sur les nombres) des classifications (sur les objets) mais cela revient au même: on veut reconnaitre et cela plus vite qu'en énumérant les fameuses bases de données de cas déjà résolus constituées par des professeurs humains. 

    On en vient donc à la différence entre apprentissage supervisé et non supervisé.L'apprentissage non supervisé consiste à classifier la base d'entrée en en exploitant les différences présentes tout seul comme un grand. C'est évidemment l'avenir, mais dans un premier temps c'est plutôt difficile et il sembla dans un premier temps que cela ne servait pas à grande chose, l'apprentissage supervisé étant tout à fait suffisant.  

    La supervision consiste ainsi à tenter d'établir une machine, un programme, une boite,  qui résout tout de suite par calcul une collection de cas déjà traités et qui peut AUSSI répondre à des questions portant sur les cas intermédiaires. Comme si dans l'ensemble des cas possibles, on avait trouvé l'équation d'une surface qui séparait exactement les différents regroupements d'objets similaires. Est ce une femme nue ? 

    C'est la grande affirmation de Le Cun: il ne pourra pas y avoir d'intelligence, au moins au niveau d'un animal, sans apprentissage non supervisé. Et il se trouve qu'on en est très loin. Au passage, on considérera aussi l'apprentissage "par renforcement" qui se contente d'utiliser une récompense attribué de temps en temps. La rétro propagation ne fonctionne pas dans ce cas et ce type d'apprentissage est terriblement lent. Par contre, ça marche dans certains cas, en particulier dans les jeux et Deep Mind, qui joue au GO a été entrainé de cette manière. Quand la récompense est un click sur une pub, cela marche aussi et c'est mis en oeuvre dans les régies publicitaires: le nombre de récompenses devenant très grand. 

    Mais revenons au problème. 

    Quelques précisions d'abord. Il n'y a de classification que sur des objets déjà identifiés. La chaine de traitement est donc formée de 2 modules au moins: un extracteur de caractéristiques et un classifieur. Ce principe est totalement général: on n'élabore rien sur du sable, ou de l'eau. Il faut d'abord faire des tas, ou des tasses et après on commence à comparer ou a choisir. Toutes les techniques d'apprentissages ne concernent que les extracteurs, et il importe de comprendre pourquoi. D'abord, une classification ne peut être que linéaire, c'est à dire qu'elle consiste à diviser un espace d'objets en zones distinctes séparées par des plans. De part et d'autre on trouve des zones qui ne contiennent QUE des points identiques du point de vue de la classification, du moins c'est ce qu'on a calculé en "apprenant" à partir d'un nombre fini d'exemples.  Un nouveau point, le "truc" à reconnaitre se positionne dans l'espace au dessus ou au dessus du fameux plan et se trouve donc "reconnu". 

    Quand le problème impose des surfaces de séparations convoluées et non linéaires, on ne peut presque rien faire. Pour obtenir des séparations linéaires, il faut ajouter des dimensions et chercher des projections dans d'autres espaces, plus commodes à découper. 

    Le Cun n'en fait pas mystère: on a des espaces de grande dimensions, et la surface en question est un un espace de dimension inférieure inclus dans le premier. Car il y a autant de dimensions que de variations possibles, par exemple une image de 1 méga pixels donne bien un ensemble de 1 million de dimensions, chacun de ses axes ayant 24 degrés. Un autre exemple, saisissant est celui des ensembles de visages soumis à Facebook: le nombre de dimensions serait le nombre de muscles du visage humain (on oublie les cheveux et les orientations de la tête). Environ 50, avec des variations continues de leur contractions. Reconnaitre c'est isoler les régions qui se ressemblent. Un voile tortillé partage cet espace là, une surface impossible mais calculable. LA surface, si on savait la construire, permettrait de tout faire... 

    Pour parvenir à tout ça, on commence par le perceptron. Inventé en 1957 par Franck Rosenblatt, il est une sorte de rétine artificielle qui répond oui ou non après qu'on ait agencé ses bits de vision répartis sur une surface. Plus exactement la machine fait une somme pondérée des valeurs de ses bits, un jeu de poids particuliers qualifiant un état donné du perceptron. 

    Les systèmes à deux couches sont prouvés, et suffisent à tout modéliser. C'est un théorème, qui prouvant (existentiellement bien sur, et seulement) qu'on a -toujours- une solution se permet de considérer acceptable celles qui sont vraiment compliquées: des centaines voire des centaines de milliards de dimensions et de paramètres à introduire, bref, en général c'est l'horreur. Ces espaces gigantesques furent à l'origine d'un long mépris: le perceptron, comme énumération fastidieuse n'était qu'un immense réseau de "if", inintéressant et stérile et surtout totalement impuissant.

    On passa alors au multicouches, en fait à plusieurs modules en série qui chacun transforment leur entrées avec leurs propres "poids". Chaque niveau a donc sa matrice de coefficients de transformation. Ce sont ces coefficients qu'on sélectionne et qu'on ajuste lors de la comparaison du résultat global avec ce qu'on veut voir deviner. Ce qu'on appelle la "rétropropagation du gradient" consiste à modifier les poids d'un module d'autant plus qu'ils contribuent à l'erreur. L'algorithme est itératif, bien sur, on corrige progressivement, exemple par exemple en supervisant donc l'évolution des différents modules et au bout d'un certain temps, le système se stabilise, le réseau multicouches a "appris". Un point intéressant est que le test du système "global", bien sur capable de reconnaitre les exemples qu'on lui a soumis pendant l'entrainement (c'est bien le moins) doit aussi être capable de reconnaitre des ensembles de tests particulier, mais ceux "nouveaux" pour lui... Pour le reste: inch Allah ! La voiture se débrouillera... 

    Mis au point en 85/86 et en particulier par Le Cun lui même la méthode fonctionne bien, voire même très bien. Elle fut d'autant plus utilisée que vers 2012, on se mit à utiliser les processeurs graphiques des PC "gamers" indispensables aux jeux vidéos, pour accélérer la chose. Les fameux GPU se mirent à calculer autre chose que les lapins crétins: hardware dédiés au calcul parallèle de multiplications entre matrices, ils permirent des facteurs mille d'augmentation des performances. Par contre, un point intéressant: il n'y a pas de résultats mathématiques qui expliquent ou justifient le fait que les systèmes "profonds" soient aussi efficaces. Seul un robot supérieur à l'homme pourra prouver la chose, sans doute, en tout cas bien des gens sont sur sur le coup en ce moment. 

    Mais il y a encore mieux ou plus ! Les réseaux convolutifs. Il s'agit d'une application aux plans de neurones de la technique de convolution, qui consiste à isoler des petites portions d'espace et de leur appliquer un traitement particulier, toujours le même. De proche en proche, on recouvre finalement tout le plan. Tout se passe comme si chaque tuile était un réseau particulier avec son ensemble de poids. Tous les ensembles de poids sont identiques (c'est ça la convolution) et chaque tuile produit un résultat (elle a un neurone associé). Cette technique, inventée par Le Cun s'est trouvé très efficace, par exemple pour lire des chèques (on ne se lassera pourtant jamais de trouver qu'écrire un chèque à la main est particulièrement idiot). La chaine de traitement multicouches de 1987 fut reprise à l'identique vingt cinq ans après, et après améliorations se mit à faire des merveilles. 

    Allez, on en rajoute une ? 

    Il y a une célèbre maxime qui permet de comparer toute pratique innovante au "teenage sex": tout le monde en parle, personne ne sait ce que sait, tout le monde croit que tout le monde le fait, et tout le monde prétend en faire.

    On y est en plein, l'excitation généralisée étant à son comble, Facebook (là où travaille Le Cun) ou Google devenant tellement forts que leurs robots pourraient être plus puissant que ceux de l'armée, raison de plus pour nationaliser les GAFA, il fallait y penser. 

    Toutes ces belles techniques sont donc en plein progrès. Une application intéressante de cet apprentissage est la "boterie" ou l'élevage de "bot", un bot étant une machine apte à dialoguer sur des messageries instantanées. Participant aux discussions collectives, capables d'exécuter certaines tâches tout comme tout un chacun, on s'acheminerait donc vers des équipes de travail mixtes comprenant un ou plusieurs robots, dont on ne saurait pas très bien le niveau de conscience, et d'ailleurs c'est déjà le cas avec les humains eux mêmes, tout le monde le sait bien.

    L'important est que le degré de complexité de la conversation serait lissé, les jargons d'adolescent étant particulièrement bien adaptés à la commande de machines: un seul milieu de travail et de commande et pourquoi pas organiser des communautés de production autour de tels processus ? En charge de démarrer sur ordre des chaines de taches plus ou moins formalisées, capable d'en saisir le paramètrage dans des contextes bien connus, les fameux "agents" ont bien une réalité, il suffit que le fameux contexte, bien verrouillé soit en place et surveillé de loin en loin... 

    On se retrouverait là non pas dans l'intelligent, mais dans ce qui a toujours vexé et humilié la vraie intelligence, je veux dire la bureaucratie, fonction exclusive des secrétaires, femmes enceintes récemment revenues de couches et des pré retraités. Ce cadre là est aussi celui des fameux "jobs de merde" dont l'apparition aurait mécaniquement générée l'ambition de leur disparition, vous verrez, les chtis bouseux  se révolteront quand même... 

    Les considérations sur le thèmes sont évidemment multi couches encore, et on pourrait parler des techniques d'apprentissage utilisant des jeux d'exemples erronés pour plus d'efficacité: en présence de bruit, et pour des raisons bien évidemment inconnues, l'apprentissage est meilleur !

    On doit aussi mentionner une théorie expliquant au moins en principe l'efficacité du multicouches: il encoderait une hiérarchie des structures à reconnaitre, le qualificatif de "profondeur" désignant le nombre de niveaux (layer, couche) que possède le problème de reconnaissance à traiter, c'est à dire le nombre de plans indépendants emboités qui constituent le problème. Une telle figuration, d'ailleurs proprement logicielle au sens classique, désignerait ainsi les espaces conceptuels indépendants, quasiment "idéaux" qui constituent -réellement- le réel de ce qu'on veut classifier. Comme si l'approche neuronale, fourmillière, n'était qu'un moyen détourné, salement biologique, d'en revenir aux sphères et dodécaèdres de la grande science, la seule, la vraie. 

     

  • Les notes de musique

    UT queant laxis

    REsonare fibris

    MIra gestorum

    FAmuli tuorum

    SOLve polluti

    LAbii reatum

    Sancte Iohannes.

     

    Les  notes: Do C UT , Ré D  , Mi  E , Fa  F , Sol G , La  A , Si  Anglais: B , Allemand : H  , Si bemol=B 

    C Do , F c'est FAcile, Ré c'est RéD 

    Les demi tons:   dièze, bémol  ; sharp,flat   ; -is , -es

     

    Les modes: majeur, mineur  ; major,minor   ; dur,moll

     

    Donc

    la messe en Si mineur, B minor, H moll

    le concerto en Si bémol majeur, B flat major, H dur   

     

    Le système tonal occidental est construit sur un système harmonique "perturbé". Harmonique veut dire "plaisant" à l'oreille, capable de distinguer des sonorités distinctes et mieux, de "reconnaitre" des "tons", les notes.  

    On a 7 tons distincts, représentés par le motif répétitif du piano. Chaque motif décrivant les tons d'une octave, chaque octave ayant sa première note de fréquence double (deux fois plus aigue) que l'octave qui précède.

    Ces tons ne sont pas des points mais des "plages", des ensembles de sons apparentés. La largeur de ces plages n'est pas uniforme, et c'est tout le problème. Disons qu'en fait, il y a 12 notes (comme de juste)  et qu'elles sont regroupées et renommées. Cette échelle à 12 tons est la gamme "chromatique", systématique. 

    Ces notes sont en fait des demis tons. Chaque demi ton est le "dièze" de celui qui précède et le "bémol" de celui qui suit. Par exemple, "fa dièze" et égal à "sol bémol". C'est la touche noire du piano qui sépare le demi ton "fa" et le demi ton "sol". Par contre et c'est tout le charme de la chose, le nommage des demi tons n'est pas uniforme: "do bémol" est égal à "si" et "si dièze" est égal à "do" lors d'un changement d'octave, et surtout (pourquoi surtout?) , "mi dièze" est égal à "fa", et "fa bémol" est égal à "mi". 

    C'est le piano, andouille: do, do diéze/ré bémol, ré, ré dièze/mi bémol, mi, fa, fa dièze/sol bémol, sol, sol dièze/la bémol, la, la dièze/si bemol, si. 

    En fait, (je me fie à mon oreille), on dit: do, do dièze, ré, mi bémol, mi , fa, fa dièze, sol , la bémol, la , si bémol, si. 

    Ce sont les 12 vraies "notes" ou "demi tons".   On remarquera les perturbations fondamentales, le grand mystère de la musique: mi et fa sont à un demi ton de différence, tout comme si et do. Toute la complexité de la théorie de la musique est là... On appelle gamme "chromatique" l'ensemble de ces 12 demi tons. Notons bien que le premier d'entre eux, si on double sa fréquence prend le même nom, mais "à l'octave". Les gammes se succèdent ainsi du grave vers l'aigu ou dans l'autre direction si on veut... Mais le do reste le do. 

    Maintenant, reste à expliquer cette histoire de "mode" mineur et majeur....

    En gros, pour chanter il suffit de 7 notes. C'est tout ce que l'on peut (même si moi j'en suis incapable) distinguer mélodiquement. 7 notes distinctes constituent une "tonalité", (on peut dire une "gamme"). Dans une tonalité, comme on a dit, il y a 7 demi tons choisis parmi les 12 possibles.

    Une tonalité est identifiée  par une note de départ, par exemple si bémol, et par une structure de choix des notes qui se suivent et qui recouvrent toute la gamme chromatique. Les 7 notes à utiliser sont trouvées successivement en ajoutant un ou deux demi tons pour trouver la note suivante.

    La gamme de do majeur sera ainsi typiquement formée des touches blanches du piano exclusivement.  

    En partant de "do", on fait (en unités de 1/2 ton) +1 (ré), +1 (mi),+1/2 (fa), +1(sol), +1(la), +1(si), +1/2, (do)

    Ainsi donc le majeur c'est 7 notes parmi douze avec seulement deux "perturbations", après 2 tons et après 3 tons.

    On a douze notes, et donc douzes tonalités "majeures" possibles basée sur cette structure...

    Mieux, un "mode" désigne une structure possible de répartition des 7 notes, incluant les couples maudits de deux notes successives distinctes alors que séparées de seulement un demi ton. 

    Le premier mode, le mode "ionien" est celui qui correspond au mode "majeur" expliqué plus haut. Le terme "ionien" est purement conventionnel et le mot est celui d'une classification faite arbitrairement à la renaissance... 

    On a 7 intervalles entre 7 notes à caractériser.

    Le mode majeur est donc de type 2,3  (2 tons successifs, un demi ton, 3 tons, un demi ton)

    Le mode mineur  sera: 1,2,2. En fait dans le mode mineur "classique", il y a une violation caractérisée de la règle, l'avant dernière note  occupant 3 demi tons ! 

    Pour être plus précis, on appelle les modes "diatoniques" les modes obtenus en décalant le mode "majeur", chaque mode étant nommé par le nom de la première note. Le mode de "do" sera le mode "majeur", et le mode "mineur" sera le mode de "la". Les autres sont des modes exotiques. En fait les 4 modes diatoniques utilisés aux moyen âge (ceux de mi, fa, sol, et ré) furent abandonnés au XVIIème siècle en faveur des modes "classiques" majeur et mineur. 

     

     

     

     

  • Les concertos pour violon de Vivaldi

    Antonio Vivaldi dit "il prete rosso", rouquin et prêtre donc, a composé comme il respire un nombre indéfini de concertos pour violon qu'il vendait à la pelle pour payer ses dettes. Certains font la fine bouche devant ces munificences, (un seul concerto infiniment long et chiant), d'autres, dont moi collectionnent leurs écoutes comme des papillons. 

    Certains d'entre eux sont à tomber par terre de surprise. On n'en finit pas de se faire prendre, éberlué, par des machins de derrière les fagots qu'on voudrait ne jamais oublier. 

     

    RV 128 en Ré minor: 

    Un Allegro con molto ahurissant: la répétition dans toutes les dissonances d'une langueur folle de tout le violon: une idée extraordinaire déclinée de toutes les manières possibles. On note des divergences étonnantes entre les interprétations: depuis l'ultra dynamique jusqu'au dissonant tordu. Le Largo est menaçant, tout simplement: ta da da da, et très bref. La fin est ultra brillante et ultra rapide, foldingue. 

    RV 267: le premier mouvement est complètement dingue, deux danses obstinées délirantes avec une grande période lente entre les deux; un andante rythmé tout sautillant en virtuosité absolue absolument saisissant qui vous emmène n'importe où, avec un clavecin qui se moque de vous derrière et qui se permet de conclure. Une totale merveille ! Le troisième mouvement, quelconque, recouvre le bijou derrière une étoffe un peu prétentieuse, avec une fin faussement vertuose... 

    RV 134: une entrée étonnée, et puis un martellement complexe doublé, triplé, arrêté, redémarré et le grand air qui revient, tchac, tchac. Quand le virtuose chantant multiplié par deux, devient ultra compliqué... L'andante avec le luth, tout délicat est une merveille absolue. Tchac, Tchac. Et c'est très court. On termine avec énergie, sans y toucher. 

    RV 281: la folie totale, le plus grand de tous, sans doute... Une intro musclée et l'explosion foldingue, tempérée deux fois. Le grand air, et on repart... Le solo est divin extrêmement pointu et puis le jeu du patron (c'est Carmignola qui régale). Le tambour encore et la folie revient. Puis encore Carmignola, le sujet romantique de l'âge baroque totalement libéré qui élabore. Tout se mélange à une hauteur démente, infaisable et la folie encore. Mais pour finir, tempérée et pour en revenir au début, mais cette fois pour conclure. Un point: la prise de son fait pour Carmignola rend particulièrement audible le caractère enchassé des sons de Vivaldi: le soliste est dans une chambre d'échos entouré par sa garde qui l'approuve par un contre souffle, comme un voile qui le recouvrirait. 

    Le Largo martelé, est à la hauteur, dans un souffle puissant, méditatif, de cette grandeur triste d'un Vivaldi qui se permet d'y inventer des nouvelles façons de l'être, triste. Et puis toujours, cette pudeur qui ramène le groupe pour interrompre l'individu ou le ramener de son voyage sur le grand lac. Le troisième est celui du groupe à la hauteur du premier, qui relance Carmignola en un truc quasi miraculeux incroyablement virtuose en écho avec l'orchestre, plusieurs fois. Toujours l'incroyable solitude pointue du soliste, et puis les tambours qui viennent le chercher. Ces fameux tambours sont bien sur des cordes, points de tam tam ici (à part la caisse des violes, mais est cela qui produit l'effet?) le plus extrême des aigus des lames aiguilles tranchantes accompagnant les soupirs profonds... 

     

    P.S. Des commentaires passionnés encore plus riches avec la classification en "opus" des oeuvres de tonio et des exemples:  https://www.musicologie.org/publirem/rusquet_vivaldi.html 

    La Stravaganza c'est l'opus 4, les 4 saisons c'est l'opus 8, la Cetra l'opus 9.

  • L'espérance de Fakir

    Traité jeune pour une épilepsie, une femme eut deux enfants autistes, ils avaient une chance importante, après exposition in utero à de l'acide valproïque de le devenir (30 à 40% de cas de retard cognitifs) . Connus pour des effets tératogènes (10% des cas) depuis les années 80, cette substance donna lieu au scandale récent de la Depakine. Prescrite aux épileptiques et aussi pour les "troubles de l'humeur" (avec le lithium, les maniaco dépressifs, quoi, le mal du siècle), elle est aussi fortement déconseillée aux femmes enceintes souffrant de ces maux là... Pourtant après la publication de ces risques, elle fut tout de même mal prescrite et cela se traduisit par les drames possibles en rapport. 

    L'article de Fakir qui relate l'histoire condamne le règne de l'argent exercé par les laboratoires pharmaceutiques qui vendirent ce poison pour pouvoir mieux se "gaver", se "goinfrer", etc etc aux dépends d'enfants débiles, de parents désespérés. Tous les malheurs du monde causés par l'argent, l'argent fou dont se goinfrent et se gavent les actionnaires pourris hyper riches qui vivent et se goinfrent et se gavent du malheur des innocents...Il faut qu'ils payent et que la totalité des bénéfices indus qu'ils déclarent soient donnés aux victimes...

    Fakir parle aussi d'espérance, celle d'un monde, d'un état des choses, ou le malheur du monde ne serait plus là, car organisé différemment, non seulement l'épilepsie ne serait plus là, mais aussi les infâmes remèdes qui la soignent au prix d'enfants débiles dont le malheur peut aussi être d'origine héréditaire, qui sait. Pour cela, l'importance de l'abolition du règne de l'argent est majeure: elle constitue (peut être) un préalable... 

    Que considéré et connu pour une arme efficace contre un malheur, cette drogue en provoque d'autres dans des cas relevant de choix ou de hasards mal informés fait partie du monde et les cas extrêmes, oui doivent être indemnisés voire poursuivis, pour que les alertes informatives sur les drogues et les pratiques dangereuses soient publiques. Au point d'aller jusqu'à l'obsession maladive du risque et la règlementation autoritaire de toutes les pratiques ? A moins qu'on ne puisse améliorer les pratiques et après la thalidomide, il y a cinquante ans, à nouveau faire en sorte que le drame absolu du médicament poison ne se reproduise pas ou au moins moins bien, qu'avant ? 

    La réflexion sur le règne de l'argent deviendrait elle alors une réflexion sur la liberté ? Nous ne sommes pas à l'époque de la liberté mais de celle de la dénonciation morale. 

    Cette espérance qu'est elle? Elle est aussi ce qui motive, confusément, les personnes poussées par un idéal religieux à aller combattre l'injustice en Syrie. Poussés par autre chose (évidemment) que l'envie d'écorcher des bébés et de violer des jeunes mécréantes, ils ne peuvent que souffrir du terrible mal qui ronge l'occident: l'argent et la perte de l'espérance. S'agit il d'excuser ou d'expliquer ? On pourrait dire qu'il s'agit de comprendre. Ou bien de choquer les fascistes qui ne veulent que les déchoir de la nationalité et les buter dans les chiottes. 

    Fakir nous la fait donc dans l'espoir. Cette espérance, qu'est elle ? 

    Est elle celle du salut ? Le fameux salut qui tarabusta tant nos ancêtres attachés aux religions et vivant non pas dans le malheur prolétaire du présent, mais dans la crainte des souffrances éternelles, bien pires, de l'enfer ?

    Car le malheur du présent est un signe, un signe du futur, et c'est là l'incroyable force de ce sentiment: ce futur peut être l'infernale damnation éternelle, la chose la plus redoutable qui soit, et qui peut ne pas arriver. Car l'espérance ancienne, c'était celle d'autre chose que de cela...  Mais cela c'était avant: l'enfer a disparu et personne n'en a plus peur, ou bien alors sous une autre forme et nous y voilà donc. 

    Et puis le mot, tout droit tiré des vieilles croyances, est attaché au soupir sentimental de l'impossible souhaitable malgré tout, qui serait, c'est là le débat, la marque du bien: comment ne pas s'enthousiasmer, au nom de la jeunesse et de l'idéal, de la passion pour l'impossible ? C'est parce que la disparition du mal est impossible qu'on fait le bien en la souhaitant. Car l'enfer est sur terre, et il est éternel, voilà la thèse, ou plutôt la gnose, le terrible mal qui ronge l'occident à nouveau en proie aux millénarismes. 

    Il y a dans le Fakir en question un article étrange, quand l'auteur aide un jeune SDF à transporter une machine à laver: à l'exemple de Simon de Cyrène qui aida le christ à porter sa croix... Est ce faire le bien que d'aider le sauveur du monde à surmonter une faiblesse passagère ? Pénétré de la signification, des théologiens moralistes du XXIème siècle, par ailleurs voulant abolir le règne de l'argent, font les déménageurs gratuitement... Je m'égare, mais on est là dans l'interprétation tendancieuse, voire à contre sens, en tout cas discutable... Y a t-il du malheur et cela est il mal ? Voilà la question: seul idéal possible, la dénonciation du malheur et du mal doit nous occuper, et l'espérance confuse justification du malheur qu'on doit infliger aux autres comme preuve supplémentaire de l'inéluctabilité de ce sentiment qui nous fait vivre: l'espérance sans objet, le mal absolu dont on se goinfre, dont on se gave. 

    Ces gens sont des misérables et souffrent horriblement, ou bien jouissent de ce qu'ils s'imaginent être l'enfer, leur vie sur terre. Le spectacle qu'ils donnent est désespérant. Que faut il espérer pour l'interrompre ?

    La société soviétique d'avant la chute (du mur) peut donner un exemple de ce qui pourrait être la solution: un enfer liberticide mais partagé, dont les solidarités collectives nécessaires faisait le lien social. C'est ce que souhaitent politiquement nos petits saints idéalistes. Privés d'industrie chimique, les épileptiques pourraient baver à souhait sans qu'on les féconde exagérément: point de folie infantile bourgeoise dans ce monde là. Quelle espérance dans ce monde là? Et bien la même que la nôtre, celle de la Liberté, celle de s'arracher à la connerie de l'oppression et du malheur, mais non pas pour s'en faire des idoles, des monstres, ou des dieux nouveaux: pour s'en moquer au delà du possible !

    Malheur au fakir assez con pour se faire mal lui même: je le conchie le moque et le méprise: je me torche avec son espérance, et le méprise au point de ne rien lui dire de plus que ce que moi j'essaye d'affronter: le silence, distrait par quelques musiques, de l'énigmatique Liberté. 

  • La nocturne numéro 13

    http://player.qobuz.com/#!/album/0190295896423  (David Fray Chopin)

    est un disque comme un autre, avec une prise de son qui sonne bien (ça tombe bien) dans mon casque.

    En gros un pot pourri de petites pièces de Chopin, jouée par un pianiste expérimenté, qui a du travailler la chose, et qui joue et enregistre avec du matériel convenable pour son époque. 

    Le nocturne numéro 13 en Ut Mineur opus 48 numéro 1 est long pour un nocturne, et il est absolument dramatique, 

    J'avoue bien aimer le nocturne numéro 15 aussi. Les nocturnes c'est du Chopin gnan gnan, certes, mais avec des variations de discours toutes en subtilité et en brièveté qui en font des "bijoux" extraordinaires, des monuments de réthorique pleins de sens multiples. 

    Car comment décrire autrement ces merveilles que comme des pensées exprimée dans un language? Cela est d'ailleurs dit par Chopin lui même, c'était précisément ce qu'il disait: la musique est l'art d'exprimer sa pensée par des sons. Cette permanente association de la musique et du langage, idée baroque au demeurant, est bien revendiquée par Chopin le romantique. Voilà donc le style du monsieur, la revendication précise que jouer c'est parler, qu'il faut phraser, dire, c'est ce qu'il recommande en permanence à ses élèves. Que cette idée de la musique comme langage soit baroque me rassure sur moi même: j'ai donc raison et connais donc mes gouts: chez Chopin on est chez Bach. 

    Ainsi donc voilà aussi pourquoi il jouait par coeur tout le clavecin bien tempéré et le recommandait aux pianistes qu'il conseillait: l'homme est un bavard, baroquement bavard, mais surtout il vénère Bach au delà de tout. Comme quoi le vieux boche eut bien des admirateurs, et pas des moindres. Pour finir avec les rapprochements théoriques, il est intéressant de savoir que le piano de Chopin doit être considéré comme un chant, la voix humaine étant là, l'humain qui s'exprime étant ici, immédiatement présent. 

    Le nocturne 13 c'est d'abord sa mélodie, au dessus du rythme puissant de l'introduction, deux fois, et puis cela s'affirme, je vous le dis gentiment 2 fois aussi. Une petite réflexion triste, et puis le ton monte: TADA DADA 2 fois. Le dernier regret, d'un triste presque neutre mais bien réel et puis le ronflement commence, mais d'abord hésitant, comme si on regrettait, mais c'est parti: roulements de tambour multiples, de plus en plus forts. Dans un autre ton, et enfin la vague déferle deux fois, puissamment, et on rappelle la mélodie du début mais encore toute en écume. Le frémissement semble repartir avec deux grands soupirs, un éclat et une affirmation grave puis la descente finale, un dernier souffle et enfin ce qui reste du rythme et qui vient s'éteindre enfin... 

    Avant le roulement, qui s'annonce avec progression, là ou on peut menacer pour notre délice, se situe le moment de "la fenêtre ouverte" propre à presque toutes les pièces de piano de Chopin: le moment ou la méditation romantique est suspendue, fenêtre ouverte, et ou on entend les bruits de la ville, propres à distraire, apaiser, enchanter, mais aussi exciter. Car la puissance psychique du maitre reprend le dessus et peut alors enfin se déchainer... Ah Chopin... 

    Le nocturne est le lieu du "Tempo Rubato", le temps "dérobé", l'altération de la mesure qui permet d'écarter les notes du rythme pour produire ces effets étranges d'hésitation et d'excitation. Chopin en est le champion du monde... Car la musique c'est aussi l'art du temps, plus exactement l'art de "voler" (rubare il tempo), de transformer, d'habiter le temps. Plus exactement, du moins de mon point de vue, on a là ce qui fait l'incroyable puissance de la musique occidentale que j'aime: celle qui fait que le rythme sort de la musique au lieu d'en être le préalable. Il n'y a pas de basse répétitive derrière, pas de coeur qui bat, pas de sang qui gicle au début: tout cela est inventé dans le temps du son musical et se trouve issu du déroulement temporel de la pièce, véritablement exprimé, comme crée sous nos yeux. Le rubato et ses infinies variations, danse et chant, figure de toutes les émotions possibles en est bien sur la manifestation... 

    Inventé par John Field (qui vécut en Russie), juste avant Chopin, le nocturne est donc le haiku occidental, la petite pièce courte pleine de poésie. Dans le premier d'entre eux, on trouve même ce qu'a pompé Chopin: un petit éclat, noyé dans dans le flot très convenu d'un "vieux", à peine en train de transitionner (né en 82, il meurt en 37). Le sixième est particulièrement complexe et admirablement "nocturne". 

    http://player.qobuz.com/#!/album/0002894789675 

    Il est toujours plaisant d'entendre les précurseurs, et en général ceux dont s'inspirèrent les maitres. On réalise à quel point un Chopin fut génial: totalement libre, il navigue sans répétition, complètement maitre du son, du temps et de l'émotion.

    Revenons au numéro 15 de Chopin. La mélodie d'introduction est construite sur un rythme moins puissant mais tout aussi insistant. Et puis l'arpège dans le petit air triste est délicieux. Après un silence, elle revient encore mais altérée, et de plus en plus allongée. On cogne alors, brutalement, mais en rythme deux fois et le roulement se met en place. Mais cela ne se concrétise pas,  une descente affirmative sur un ton significatif précède le retour de la mélodie ultra calme, avec le nocturne scintillement qui s'accélère. Un peu grave et quelques scintillements, et c'est fini, comme une petite vague. Une merveille.

    Mais la 13 continue de m'obséder. Tous les grands s'y essayent: 

    Pires est particulièrement grave et puissant: 

    https://www.youtube.com/watch?v=fck-EoNcFyg

    On doit citer Valentina Lisitsa, l'ukrainienne pro russe qui se fit censurer pour cela: 

    https://www.youtube.com/watch?v=8ZzzQbvFBJg

    Et puis Rubenstein (je l'ai vu en concert jouer Chopin, comme on dit).

    https://www.youtube.com/watch?v=-7mntyrW3HU

    Samson François dans mon enregistrement qui grésille dans sa dynamique est particulièrement puissant et détaillé. Cela est il si difficile à jouer ? Difficile de dire: le musicien est un magicien et sa magie n'est pas un fait mais un évènement... 

     

  • La religion de Troeltsch

    Au début du siècle dernier se trouve remis en cause au sommet de la culture européenne le statut intellectuel de la religion. De fait, le religieux occidental disparait à ce moment et se trouvent alors matérialisées lors de cette explosion des réflexions très profondes, à la fois sincères et subtiles, dont l'objectif est de continuer à garder pensable le religieux. On a parlé de Tillich, il nous faut parler de Troeltsch. 

    D'abord la théologie libérale: elle est celle qui substitue comme critère de vérité de la religion, le sentiment personnel à l'acceptation du dogme. C'est une expérience subjective interne qui prend le pas sur l'assentiment à une force supranaturelle décrite par l'autorité des églises. La disparition du religieux en occident c'est d'abord cela: une question d'autorité... 

    Ernst Troeltsch, ami de Max Weber, il fut un homme politique fondateur de parti dans les années 20, au coeur du terrible drame historique qui détruisit l'âme de l'Allemagne. A ce titre, il tente de penser non seulement le religieux chrétien, mais une une conception du politique, peut être spécifiquement allemand, qui fait la part entre l'individualisme romantique allemand, le dogmatisme religieux, la personne individuelle moderne issue du christianisme et le totalitarisme fou qui émerge du romantisme. A ce titre, il veut réconcilier cet individualisme fondamental, fruit (allemand, bien sur) de la modernité avec la démocratie "occidentale". Nous sommes au début du siècle, et l'Allemagne se dirige, isolée et impériale, vers deux guerres mondiales épouvantables. Nul ne pourra dire que des allemands n'aient pas réfléchi à la chose... 

    Il sera celui qui donnera à la théologie une raison d'être fondamentale: l'étude de la compatibilité du religieux avec la raison et avec la société. En parlant de théologie, il classifie, il décrit les différences. Alors que la théologie est ce qui doit faire passer le "mutos" au "logos", la philosophie ne s'intéresse qu'au statut de la pensée et de la conscience et ne peut penser l'extériorité religieuse. De fait, la théologie doit établir l'autonomie du religieux, décrire l'homme tel qu'il est affecté par Dieu, et surtout expliquer pourquoi le christianisme est, en occident, la forme supérieure du religieux.

    On est assez loin dans la modernité avec ce monsieur, et tout ceci illustre bien l'effort fait pour continuer à faire vivre intellectuellement, à penser ce que le monde occidental était en train de rejeter à jamais... 

    La question de l'universalité du religieux chrétien, chez Troeltsch est à préciser.    

    http://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1997_num_214_2_1181

    est un article remarquable de clarté dont on fait la paraphase...

    Tout d'abord, il y a une conférence en 1902, sur l'absoluité du christianisme et l'histoire de la religion. Cette histoire d'absoluité est d'emblée relativisée, et c'est d'ailleurs pour cela que Troeltsch est considéré relativiste par exemple par Tillich. Alors qu'il y a deux modèles apolégétiques, celui du dogmatisme supranaturel et celui des conceptions idéalistes de l'histoire, on doit considérer que c'est l'expérience intérieure qui sera désormais source de validité pour soi, et non pas une absoluité extérieure. Car Troeltsch l'affirme, le noeud de la chose est que le christianisme qui a toujours été historique et dépendant des époques qu'il a occupé, ne peut pas ni démontrer ni exclure de prétendre qu'il est la forme la plus élevée de toute religion possible.

    Un noeud en effet, parfaitement puissant, et centré autour de ce qui est historiquement l'apport chrétien par excellence, l'apparition de la personne, qui plus est, et là c'est très fort, solution à l'aporie de la disparition des vérités éternelles manifestement historiques imposées par les dogmes. C'est  l'explication par l'intériorité essentielle de l'individu, qui de plus échappe à l'explication comme épiphénomène. 

    Ensuite il y a une mémorable typologie pour les sociologies religieuses, qui peuvent se manifester comme des églises, voulant couvrir tout le social; comme des sectes, dénonçant le social;  ou comme des mystiques ignorant le social. Cette classification, partagée avec Weber, ne classe pas vraiment l'islam. Mais l'islam est il une religion? 

    Cette classification permet bien des réflexions. L'église privilégie la grâce et l'administre, tout en permettant le séculier. La secte minore la grâce et privilégie le comportement, tandis que le mystique purement spirituel renonce au séculier et se soumet entièrement à l'éthique spirituelle. Un autre aspect de la réflexion est celle de la dichotomie droit absolu celui d'avant la chute et d'après la rédemption et le droit naturel (c'est la proclamation stoicienne, il n'est de droit que fondé sur la nature), d'après la chute et voulu par Dieu comme institution pour gérer le péché. Nous voilà donc dans le conflit, explicité par Troeltsch, entre les exigences de l'éthique chrétienne et la possible vie authentique en société. Ce conflit structure le monde moderne, il faut bien l'admettre. 

    En tout cas, Troeltsch en fait le conflit qui oppose ethique chrétienne et culture. L'éthique luthérienne introduit alors selon lui une partition entre entre les deux règles, mais à l'intérieur de l'individu. C'est l'idée de la vie dévote, et de l'éthique du métier.  

    Continuons avec la dichotomie sur la religion: éphiphénomène de l'humain ou du social? Troeltsch veut en faire autre chose, c'est à dire peu ou prou la théorie "ultra moderne" (la mienne): un élément de l'humain, voire ce qui fait l'humain. Pour ce qui concerne Troeltsch, on n'en est pas encore tout à fait là, car il associe plutôt le christianisme en tant que tel à l'émergence du monde moderne, et cela via l'apparition de la personne. 

    On arrive là à une sociologie du christianisme (via "Doctrines sociales") qui va jusqu'à penser une nouvelle expression religieuse, au delà de l'église, et tenant compte de l'individu démocratique, c'est ce qu'on esquissait plus haut de la conception de l'individu allemand face à ses tendances... 

     

    Mais continuons aussi sur la pensée possible du divin: au risque de me faire rouler dans la farine par d'habiles manipulateurs, on pourrait le décrire comme non supranaturel (on en a parlé) mais de tout de même transcendant, avec une utilisation de l'immanence et non pas une suspension... Habile non ? Le divin sera pensé transcendant sans autres effets physiques que ceux du don de signification, et cela sans passer par un sens de l'histoire hégélien qui en ferait une puissance du réel... De quoi réintroduire le bien connu dans un cadre acceptable... Il nous faut l'admettre, ces gens là (Troeltsch, Tillich) sont des génies.

    Par contre, Troeltsch, il faut le savoir rompt avec l'approche supranaturaliste de l'incarnation du christ comme évènement absolu de l'histoire, dogmatiquement affirmé, et révéré explicitement pas les grands conciles... Il meurt subitement en 1924 sans s'être complètement expliqué... 

    Sa subtile approche d'une incarnation qui est à la fois un phénomène quasi naturel (j'exagère) en tout cas multiple et aussi ce qui rend le christ unique et propre à l'essence de l'humanité  est toute une histoire... 

     

     

     

  • La conclusion répugnante

    Derek Parfit est mort. Il serait le plus grand philosophe Anglais vivant mort.

    Immortel auteur du concept de "conclusion répugnante", il est un philosophe de l'économie, métaphysicien de l'identité personnelle (son livre essentiel Reason and Persons porte sur ce sujet) et donc sur ce qui peut motiver l'attribution de valeur, l'être soi, ce qui va décider rationnellement entre ceci ou cela ou du moins les théories invoquées pour ce faire...

    On aura lu sur lui cela: http://oeconomia.revues.org/2175

    D'abord, il y a deux conceptions de l'humain: le dualisme qui attribue à l'âme l'individualité fondamentale, et le réductionnisme, qui réduit l'identité à un sentiment de permanence, de continuité qui va au delà de soi, au moins relativement. L'essentiel de la fascination qu'on peut éprouver au réductionnisme est qu'il permet de relativiser son propre soi et par exemple, préférer un autre que soi à son "futur soi", car plus directement relié à lui ...

    Qu'elle belle définition de l'altruisme !

    Cette histoire de réductionnisme vient de Locke, qui affirmait contre le dualisme cartésien une continuité corps esprit. La réflexion sur l'identité de Parfit se situe à son sujet... 

    On va donc jusqu'à évoquer la prétention extrême qui consiste à ne pas avoir à se soucier de son futur, le "futur soi" étant radicalement différent. On se retrouve alors dans une méditation sur la mort, ou l'on compare télétransportation et mort, ou clonage et mort et pour finir la transmission de ses idées mieux que la mort.

    Pour lutter contre cet extrêmisme, on pourrait imaginer de promouvoir un utilitarisme qui impose de penser à l'utilité globale diminuée par l'imprudence de la prétention extrème, de promouvoir un sentiment kantien qui au nom de la défense des autres pousse aussi à se défendre soi-même, ou bien de promouvoir une défense des générations futures, équivalentes, finalement à tous les "futur soi".  

    Hélas, Parfit reconnait un échec en ne pouvant prouver cette valorisation, plongé et cela serait la difficulté, dans des comparaisons abstraites entre théories, en utilisant les préférences théorisées pour les départager (tous les domaines théoriques ont leurs auto références...) on s'y perd.

    On en vient pourtant à l'intérêt, à l'objectif rationnel de tout cela est qui est de démonter le modèle de l'égoïsme rationnel utilitariste, réfuté par la prétention extrême. Ah quelle belle théorie: la forfanterie du présent pur, pour insulter l'avenir, conçu comme différent de soi et sans importance. 

    Mais Parfit a d'autres trucs dans son sac: il se lance dans la théorie des préférences pour finir par démontrer le théorème de la conclusion répugnante qui statue que la comparaison utilitariste conduit à trouver meilleure une masse immense de valeurs quasi nulles comme supérieure à un nombre plus réduit de hautes valeurs, comme si dans ces domaines, une puissance pouvant se faire à basse intensité. Il y a la valeur instantanée, et le nombre de personnes qui en bénéficient. Un examen théorique signé Parit démontre qu'il n'y a pas moyen de sortir du paradoxe, et que quelque soit la méthode de valorisation, les effet pervers maintiennent l'absurdité qu'elle soit celle de la conclusion répugnante ou pire... D'où le titre. Il y a même un théorème de TRES répugnante conclusion.

    La démonstration est assez vicieuse et suppose une transitivité. On part d'un monde avec dix personnes heureuses, qui n'est pas pire que lui même augmenté de dix personnes un peu moins heureuses. Ce deuxième monde est clairement moins bien qu'une troisième monde, formé de vingt personnes aussi heureuses que la moyenne du bonheur du deuxième monde. Par transitivité et récurrence, on se retrouve à l'état décrit: une masse innombrable de personnes à la limite du malheur devient "plus heureuse" que la population initiale... C'est ça la vie ? 

    Ce paradoxe "répugnant" permet à Parfit de (tenter de ) rejeter le calcul utilitariste et c'est l'objet de cette réflexion, en lien avec la notion d'identité personnelle et c'est toute la question. En effet, l'utilitarisme fait du choix, non pas un arbitraire issu d'un individu, mais un calcul de préférences, à priori soluble et c'est toute la question. Nous voilà donc au coeur de la réflexion moderne sur la liberté, et Duns Scot est toujours d'actualité.

    Parfit met donc en avant la possibilité d'une autre conception de soi, différente de celle, selon lui, du "tunnel de verre", dans lequel on serait enfermé jusqu'à sa mort. Une conception dans laquelle la relation de soi à soi serait similaire à celle de soi à autrui. On se retrouve donc face à une tentative de diverger des notions éthiques classiques. Ce que Parfit revendique d'ailleurs, en prônant une éthique non religieuse. 

     Tout cela est expliqué en détails en https://plato.stanford.edu/entries/repugnant-conclusion/

     Mais on a mis le doigt dans la philosophie de l'Esprit. C'est là où il y a la "sentience" (qui est au fait de ressentir ce que la raison l'est au fait de penser, une capacité) et les "qualias" (propriétés incommunicables de la perception, niées par Daniel Dennet). 

    On est aussi dans la réflexion sur la conscience animale et sa représentation philosophique. De fait l'idée consiste à mettre "dans" le monde la sentience et donc de rendre l'éthique objective puis de déprivatiser le sujet, qui ne peut plus s'isoler dans son arbitraire. La sentience n'est plus isolée et nous devons toutes les prendre en compte. Et hop, vidéos de chats ! 

    http://www.cahiers-antispecistes.org/personne-tunnel-de-verre/#nh10

    Nous avons donc, avec l'évident génie de cette réflexion, encore une autre tentative, très puissante, de dézinguer rené. Mais il y a aussi, comme toujours dans ce genre de guerre, des effets collatéraux: l'utilitarisme en prend plein la figure, et cela ne peut pas laisser indifférent... 

  • La décadence

    Pour Onfray nous vivons la décadence et la civilisation judéo chrétienne est perdue. Nous sommes malades, mais pas lui. Entomologiste de la vie infantilisée, Onfray nous explique la vie, à nous tous. 

    D'abord, l'athée qui nie l'existence historique de Jésus, comme il identifie la force d'une civilisation à celle de sa religion proclame la nôtre ( de civilisation) foutue à cause de notre athéisme... Pas mal: la philosophie en forme de serviette nouée. 

    Non pas qu'il soit décliniste: il est tragique à la Nietzsche et ne veut rien restaurer comme Zemmour ou Finkielkraut, simplement comprendre et vivre sans être dépressif le réel tel qu'il est. Ni pour restaurer l'ordre ancien, ni pour en fonder un nouveau, simplement vivre tragique. 

    Spinoza: ni rire, ni pleurer, mais comprendre. 

    La décadence est donc un mode de vie, mais du coté de l'ermite. Nanti d'un être "de gauche" revendiqué, mais sans aucune appartenance politique revendiquée, notre homme propre sur lui, a don sa couille gauche plus basse, c'est un tropisme, et pas un engagement. 

    Interviewé par tous, il se livre, et je commente. Au passage, on voit un homme donner son avis et il me parait surprenant de voir que loin d'être profond, ou drôle, le personnage semble étonnamment superficiel...  

    Hamon est plus sympathique que les autres, mais Onfray ne veut pas que Liliane Bettancourt touche le revenu universel. Fillon peut se dire catholique, cela ne me dérange pas (il s'est dit "chrétien" en fait), mais en tout cas, il n'est pas gaulliste car il accepte l'ordre maastrichien, mieux en disant lors du brexit qu'on aurait du donner droit de vote double aux jeunes, il s'y soumet honteusement (rappel d'une boutade du candidat qu'on dit sans humour).

    Sur les deux points de vue, une rapidité sans trop d'analyse, une détestation tranquille des deux libéralismes sociétaux et économiques. Onfray est un homme de gauche, donc, mais un peu détaché. Est il aussi éloigné qu'il le dit de la dépression ? 

    Venons en à la décadence, thème du titre. D'abord elle commence à la découverte du manuscrit de Lucrèce en 1417, par Le Pogge, Bracciolini qui fouillait à Fulda la bibliothèque de Raban Maur.

    On pourrait aussi dire qu'elle commence aussi en 1379, lorsque Gerard Groote, inventeur de la "devotio moderna" commence sa prédication. Ou bien en 1303, date du départ de Paris de Duns Scot... Bref, on peut en dropper des dates... En gros tout ce qui introduit l'occident à la modernité lors de la longue fin du moyen âge inaugurée par sa plus grande splendeur à la fin du XIIIème siècle. Lorsque fut mise par écrit les grandes philosophies qui inaugurèrent la réflexion libre, lorsqu'apparut le "sujet". Tu parles d'une décadence: elle est en forme de trompette...

    Le résultat, qui de plus produisit l'inouïe révolution industrielle elle même suivie de deux autres processus tout aussi incroyables, l'explosion de la chimie du pétrole, puis celle des télécommunications, sont assurément des signes d'une décadence extrême: tous ces petits cons accros à facebook, un bout de plastique dans la main sont de lâches dépravés incapable de mourir comme les jeunes héros de l'état islamique, qui eux on de quoi mourir pour quelque chose: une religion...

    On aurait pu célébrer la dépravation d'un système culturel autoritaire en explosion, médusé et fasciné par la violence et le porno que leur déverse, goguenard, l'occident libéral qu'ils sont incapables d'imiter autrement qu'en continuant pour de vrai et dans les sables les masturbations effrénées que leur impose leur délirante passion de cocus pour leurs soeurs voilées. Naturellement cela n'est pas de la décadence, mais l'expression virile d'un projet sociétal séduisant et plein d'avenir... A qui d'ailleurs le monsieur donne raison d'exercer sa rage en tuant des prêtres: on l'a bombardé, et sa colère est légitime. Encore une fois, l'ex ouvrier tripier, trieur de foies de volailles, qui a prétendu échapper au sort que méritait son congénital abrutissement en écrivant des livres paraphrases d'auteurs qu'il prétendait comprendre en analysant leurs urines, montre sa totale et absolue connerie. Vive la liberté d'expression, et la province normande est entrée en décadence, en voici la preuve. 

     

    Mais parlons des catholiques, on les a mesuré en Janvier 2016. 

    http://www.la-croix.com/Religion/France/Qui-sont-vraiment-catholiques-France-2017-01-11-1200816414

    2 axes, la pratique religieuse et le soutient au migrants. 

    55/45 en la défaveur des migrants (plutôt balancé en fait) et 75/25 de non pratique religieuse.

    Parmi les tièdes de la messe, 50 % de racistes et 50 % de zombies pro migrants. Parmi les pratiquants, 2 camps, les conciliaires de gauche (15%)  et 10% de cathos de droites plus ou moins mystiques... 

    Ainsi, droite et gauche sont assez balancés en fait, et la manifestation de l'axe "migrants" montre bien l'importance de la question au coeur de la réflexion morale française. 

     

    Revenons au nihilisme. Le mot viendrait d'un roman de Tourgeniev: 

    https://bibliotheque-russe-et-slave.com/Livres/Tourgueniev%20-%20Peres%20et%20enfants.pdf

     

  • L'air de la clope

    Il y a deux sortes de particules PM10 et PM25 (en fait PM2.5)

    PM signifie Particle Matter et désigne une petite boule de merde dont on exprime le diamètre en microns et qu'on qualifie de "fine" alors qu'elle simplement de petite taille. Ces chtites boules vont dans les poumons. 

    Un cheveu fait 60 um de diamètre. (j'ai pas le "mu" dans mon clavier).

    En gros, les teneurs de pollution dites insupportables dans nos espaces urbains pourris par la bagnole sont de l'ordre de 100 ug/m3  pour les deux types de particules. Les particules plus petites, encore plus dangereuses, car invisibles sont tenues à l'écart par le lobby pétrolier et le gouvernement socialiste.  

    Allez on compare avec la cigarette. 

    Un humain respire et fait transiter par jour dans ses poumons environ 20 m3 d'air. En fait un peu moins mais bon. 

    Il inhale donc par jour, du fait de la pollution 100 * 20 = 2000 ug de PMx soit 2mg. 

    Une clope, c'est 12 mg de PMx. 

    Donc la terrible pollution urbaine c'est une clope par semaine. De quoi mourir du cancer à 200 ans...

    Mieux, le taux acceptable (donc recommandé) qui est de 30 ug/m3 de PMx, et qui bien sur déclanche la circulation alternée, histoire de faire chier le maximum de monde avec une raison, nous la fait à une clope par mois. Dire que j'ai fumé 50 clopes par jour pendant trente ans... 

     

    P.S. Novembre 2017: une terrible pollution à New Delhi a fait monter le taux de PM 2.5 à 1000 ug par m3. 

    Les photos sont terribles: on ne voit rien et le brouillard est partout

    20 m3 * 1000 ug = 20 mg = 2 clopes par jour. 

    De kisemokton ? 

     

  • F.A.E

    La sonate "Frei aber Einsam" est une sonate de Schumann, Brahms (jeune encore) et d'un inconnu nommé Dietrich.  Cadeau à un violoniste ami (geliebten Freundes), il s'agissait de jouer fa-la-mi le plus possible. 

    Son scherzo est  ultra joué et d'origine Brahms et ça se voit: 

    https://www.youtube.com/watch?v=3MreemUwbHE

    ou

    https://www.youtube.com/watch?v=plbbiSV-zlA

    ou (j'aime bien le piano):

    https://youtu.be/o1hvBuLl_Uc

    qui joue aussi le 1er mouvement de la Sonate, c'est ça du Dietrich: 
     
    https://youtu.be/atbF0JCIa0c
     
    et aussi le 2ème, Schumann lui même, tout de même: 
     
    https://www.youtube.com/watch?v=3UbPFQzV-iE

    et le son de Suk:

    https://www.youtube.com/watch?v=SwX6JIw_D2g&list=RDSwX6JIw_D2g#t=14

     

    Pièce géniale de 1853, elle conjugue tout ce qu'on peut imaginer de romantique: son et allusions philosophiques et amitiés musicales. Joué par Clara Schuman et Joseph Joachim qui déballa ainsi son cadeau, cela du être grandiose (mélomaniaquement parlant bien sur).

    Max Weber a-t-il tout pompé sur Nietzche ? Le grand sociologue aurait théorisé la domination (Herrschaft) sur un conseil (bref) de frédo de substituer une théorie de la domination à la sociologie. Mais aussi, l'auto destruction de la morale: la recherche puritaine du salut conduit au capitalisme et à la ruine de la fraternité et aussi la théodicée de la souffrance qui génère le désenchantement, et enfin le prix de la liberté qui se trouve être la solitude, d'où le titre... C'est le paradoxe des relations entre l'intention et le résultat de l'action, l'effet pervers quoi. 

    Pourtant en fait la distance est immense: l'homme de la probité, attaché à la description pure ( par opposition à la prescription voire au prophétisme), du Wissenschaft als Beruf, de celui qui distingue Lehrer et Fuhrer, de l'inventeur de l'éthique de responsabilité, est le contraire du fou furieux effondré dans son satanisme de la mort de Dieu, détestant la science et partisan de l'irresponsabilité. 

    Un point, intéressant, au sujet du sentiment aristocratique que Weber en bon sociologue attribue aux traditions et certes pas à la volonté. Prend ça Nietzsche. 

    Mais il y a cette histoire de domination (Herrshaft). Weber en distingue 3, traditionnelle, charismatique et légale. "chance de trouver des personnes prêtes à obéir", par opposition à la puissance, "chance de faire triompher sa volonté", elle est reprise bien sur par tout ce qu'on trouve aujourd'hui d'ultra modernes applications du concept à tout, y compris, on croit rêver, à l'écrasement du féminin, de l'indigène, sans oublier du chti ouvrier bien sur. 

    Les idées ont une histoire. Celle ci ne lasse pas d'être étrange. Obéir n'est pas univoque et la qualification "nietzschénisante" d'un principe scientifique demande réflexion. Pourquoi diable Weber s'est il lancé là dedans ? Et bien c'est la question. Le contrepoint de la chose est évidement la capacité de se soustraire à la domination, d'être libre : cela signifie-t-il la solitude ? D'où le titre. 

    J'avoue avoir toujours été méfiant sur le son des mots, utilisés pour faire plus vrai, alors que chacun sait que la musique n'est qu'une distraction, et surtout, qu'elle a un langage propre, indépendant, dont les significations ne sont pas verbales. Bref, l'emploi d'un mot au son qui se trouve signifiant d'autre chose m'a toujours paru, soit une allusion graveleuse en forme de contrepet, soit la révélation gênante d'une incrongruité tenant à la fragilité, voire à la vulgarité de la personne. Son éviction de la cour pour ridicule doit s'en suivre, on ne peut plus vivre avec. 

    "domination" fait partie de ces sons, que je ne peux m'empêcher d'associer à des pratiques sado-masochistes perpétrées à l'insu de tous, Weber se faisait il pincer les têtons ? Pourquoi utiliser le mot de l'humiliation forcée qui plus est du coté du manche pour qualifier l'histoire, l'état de tous et de nos parents ? Pour plaire à Michel Foucault, qui lui se faisait pincer aussi le reste, à moins, ces rapports là étant symétriques, qu'ils n'en ai été un manche, je ne me souviens plus ? 

    Cette substitution du sociologique au sacré de l'ancien temps, qui plus est pour mieux marquer le désenchantement du monde, désormais privé du soin de se qualifier lui même autrement qu'avec les mots douteux d'un boche prétentieux, me parait inacceptable et je le juge faux, dépassé, et infamant. Il convient de trouver autre chose pour décrire le monde, ce qui nous débarrassera du boche en question, vivant en 14 du mauvais coté de la frontière, et surtout surtout de toute sa postérité, dont je conchie au passage une grande partie. 

    Car l'obéissance a bien des caractères, et celle de l'enfant docile ou rebelle n'a qu'une manifestation, et se trouve nécessaire dans bien des cas, à l'avantage de tous. Associer mentalement ou soniquement les comportements humains à ceux des machines ou des animaux m'a toujours paru violer une forme de nature, et le mot de "domination" utilisé pour qualifier les sociétés humaines me parait impropre, la fausse objectivité du terme me paraissant à déconstruire, et la jeunesse de Weber consacrée, avec toute sa génération (je ne vous raconte pas les suivantes) à se branler sur Nietzsche me parait en cause. 

    Non pas que je me fasse freudien, ou pire bhl-élien voire onfray-iste en reconnaissant l'influence de la vie privée sur l'élaboration des oeuvres de l'esprit: il s'agit ici de communication souterraine entre oeuvres de l'esprit justement, et l'idée que le monde ne soit fait QUE de ce genre de choses (Freud y ayant trouvé lui le cul, Foucault, encore lui, le mélange de deux) me parait symptomatique. Les grandes idées ne sont pas si fréquentes, souvent elles se déguisent pour passer inaperçues, et c'est bien ce que je veux dire. 

    Nous voilà donc à Nietzsche et le fait que l'importance de son influence sur le siècle qui le suivit reste prodigieuse, quand on y pense. 

    Comment exprimer ce qu'avaient derrière la tête les romantiques du F.A.E ? Un sentiment esthétique, le détachement associé à la liberté pouvant être bien celui de l'individu qui peut s'exprimer soi même sans retenues, bref la suite de Rousseau... Il y a pourtant dans cette liberté là toutes les autres, et en particulier celles que l'on associe à la modernité, toute de subversion, de transgression de tout et donc de ces fatums dont on nous rebat les oreilles ? 

    Comment imaginer que cet esprit de liberté qui souleva le monde il y a deux siècles soit à ce point oublié pour que l'on considère normal une description de toutes les sociétés en terme de domination et d'obéissance ? Cela entérinerait-il les langues de bois effroyables qui nous entourent, toutes destinées à cacher non pas la domination (ce que crurent tous les marxistes et autres soixante huitards qui polluent les cerveaux), mais le fait qu'on a intériorisé une description du monde qui ne pense qu'avec ce terme là ? 

    Non pas que Weber soit un fasciste, ou un allemand dont les traditions autoritaires, construite sur la domination obligée des tempéraments querelleurs décrit par Jules César seraient propres à sa race, quoique. Il assume ses prétentions et son sérieux n'est pas en cause. Il va même jusqu'à penser la légitimité de cette autorité, de cette domination, ce qui fut l'objet de bien des pensées dans les années 60... A-t-on mis en cause le concept lui même ? Et bien il faut le faire ! 

    Imaginons une pensée sociologique débarrassée de cette idole. Descriptive et soit disant objective, mais aussi capitaliste ( et c'est aussi Weber qui a mis ça dans la tête de nos chers petits), ou maintenant ultra libérale, on a dans le concept même de la chose un impropre, un révoltant qui tient au mot, désolé. Les hommes libres exigent une sociologie d'hommes libres, et la simple évocation de ce concept là les révolte et les poussent à l'insoumission. 

    Bonjour, je suis le nouveau chef et vais vous dominer. Vous allez obéir. Belle méthode de management, promise au succès. Et bien c'est cette question qu'il faut poser, et non pas en travestissant la réalité: la domination c'est pour les esclaves et non pas pour les maitres, comme l'on crut ceux qui voulurent, une fois les mécanismes explicités, les utiliser à leur profit. Les esclaves veulent maintenant qu'on les décrive poliment, et sans langue de bois, ni second degré s'il vous plait. 

    Serais je le seul à penser cela ? FAE

  • Les écologies

    Dans le combat séculaire entre civilisation et barbarie, entre bien et mal, entre manichéisme et christianisme, il y a la dénonciation absolue du principe de précaution, le viol de Nathalie (Lucrèce), le déchirement de la robe de Cécile Duflot, et la fin de la tonsure de Cohn-Bendit.

    Le principe de précaution est il techno ? Et oui: le concept de climatospécisme, néologisme de ma part, se doit de dénoncer une violation caractérisée du bon sens qui affecte la lie boboisée de l'humanité, acharnée au nom de sa conception dévoyée de la nature de vouloir l'organisation enfin matriarcale de la terre mère. 

    Certain de l'influence de l'homme sur le climat, l'humanité libérée de la météo peut maintenant tout vouloir et organiser le bien, c'est la thèse. 

    Frédéric Neyrat le dénonce à raison dans http://www.seuil.com/ouvrage/la-part-inconstructible-de-la-terre-frederic-neyrat/9782021296488

    Le bon sang mais c'est bien sur raisonne dans la tête des sots, et j'en suis bien sur, mais l'évidence du constat et de la figure sonne bien. Le transhumanisme est bien sur écologique et tout ça c'est pareil. 

    D'abord on partira des conceptions de la nature, puis du relativisme et du constructivisme... 

    La nature est ce qui nous est à la fois extérieure et bien connue, elle est l'image ordonnée du réel. Longtemps puissante, elle est depuis peu fragile voire notre victime et on doit maintenant, non plus la maitriser, mais la préserver. Ce changement d'ontologie, qui suppose qu'il puisse y en avoir plusieurs (d'ontologies) fut décrite par le successeur de Levi Strauss, Philippe Descola dans son "par delà nature et culture". Il y a deux décisions à prendre et donc quatre positions possibles à occuper. Nous avons un intérieur et un extérieur, un corps et une âme. De notre corps et de notre âme, qui est lié à, en communion avec, la nature et qui ne l'est pas ?  

    L'occidental moyen a un âme (intériorité) distincte du monde et un corps (physicalité) naturel. L'asiatique est complètement extérieur au monde, corps et âme. L'animiste amérindien ou africain et le dual de l'occidental: son âme est dans la nature, et son corps vit suivant d'autres lois. Le totémiste australien est entièrement naturel, corps et âme.

    Une chose extrêmement intéressante: l'ontologie naturaliste a émergé en occident de l'ontologie analogique en cours à la renaissance... 

    L'idée est parfaitement passionnante car Eco l'avait rappelé: la renaissance rompt avec le moyen âge en sombrant dans un monde à la fois fanatique et "hermétique": le monde devient un livre rempli de symboles, et donc radicalement spirituel et surtout signifiant pour l'âme, évidemment extérieure au monde. Le moyen âge fut plutôt animiste, on faisait bien des procès aux animaux, mais là je ne serais pas aussi affirmatif que d'habitude, les allégories moyenâgeuses étant bien analogiques aussi...  

    De manière générale, le point de vue "analogique" est une vision essentiellement digitale, analogique du monde comme expliqué par des combinatoires discontinues d'états dont les proportions variables qualifient les différences d'être (pas mal le "digital, analogique" non?) . De ce point de vue, il semblerait (mais là encore, je m'avance peut être) que la classification de Descola lui même n'est qu'une variante intellectualisée à la française de la grandiose division du monde chinois en composants issus de l'eau, du feu, de la terre, et il ne faut pas l'oublier, du métal et du bois. Le chaud, le froid, l'humide et le sec, tout se classe et l'homme est image de l'univers et réciproquement. 

    Cette belle conception est à la fois constructiviste (des principes généraux abstraits gouvernent le monde, ex cathedra), et soupçonnée de relativisme (tout ce vaut, et l'occidental n'a raison que relativement à sa croyance) se veut en fait scientifique et résolument naturaliste, même, c'est son auteur qui le dit. 

    Elle introduit néanmoins la possibilité d'existence de points de vue tout à fait différents quand au monde, et donc de les légitimer, voire de rendre obligatoire leur reconnaissance. On est dans l'ontologisation du monde, les différentes êtres, tels les pokemons, se devant de se faire face dans toute leur diversité irréductible et à quoi ils sont attachés. La nature de cet attachement, si elle est ontologique est doublement irréductible: il y a l'être de la classification, et celui de l'individu, plus bien sur l'attachement définitif entre les deux. Ce qui fait que la "reconnaissance" de cet état est en fait multiple: on accepte (de manière tolérante) une différence irréductible tout en la rendant obligatoire (on pourrait exiger que les préceptes correspondant soient respectés). 

    L'alternative à ces types de conceptions consiste à se référer à des ontologies minimales, qui attribuent aux objets la liberté de se décrire eux même sans en avoir l'intention. On se retrouve dans des théorisations dites "cognitives" plus proche des conceptions individualistes. Par exemple, un certain type de culture, associé à des modifications volontaires du mental par une prise de drogue, pourrait être approchée: on rendrait possible le "going native", l'être "natif" se réduisant à une attitude humaine possible, reproductible et descriptible.

    Ainsi, l'illusion de Müller Lyer (les deux segments égaux rendus plus grand ou plus petit suivant les flèches qui l'entourent), est surtout visible par les européens, habitués aux décors avec perspectives, ou un coin de mur intérieur est plus "prés" que le coin d'un immeuble. Il s'agit d'une explication par adaptation à l'environnement, au contraire d'une explication sur une structure préétablie géométrique de l'esprit humain. De fait des peuples vivant dans le désert ne seraient pas sensibles à cette illusion...

    On peut aussi (là c'est Sperber) évaluer l'importance dans les attitudes collectives de ce qui favorise dans la sélection des discours l'importance donnée à des autorités extérieures qui les valident plutôt qu'à un jugement personnel immédiat. Cela peut expliquer par exemples les croyances collectives à un invisible. Bref, on est là dans les explications de type "cognitives". 

    On ne peut ici se passer de raconter l'histoire de la "rencontre des antilles" quand l'indien qui rencontre l'européen se demande si celui-ci a un corps différent tandis que l'européen se demande si l'indien a une âme. Au delà des ontologies, on pourrait aussi y voir un premier contact entre des armures en métal d'une part, et des hommes nus d'autre part. 

    Il y a aussi l'histoire du Douanier Rousseau qui vécut la forêt qu'il peignait, mais dans les serres du jardin des plantes. L'évocation est poétique, et on se demande ce qu'elle vient faire là. 

    Par contre, il y a cette question des psychotropes et de leur rapport avec les religions. Il y aurait une ligne est/ouest en Amérique, qui sépare ceux qui en prennent ou non, alors que les représentations religieuses n'ont pas cette différenciation. On est là sur l'autre versant de l'argument, la prise de drogue et le "going native" ayant beaucoup fasciné une génération entière d'ethnographes, c'est la fameuse question de l'ayahuasca.

    En bref, les méta croyances et donc au final les positions politiques explicites sont assises sur les modes dans la pratique des sciences humaines et les débats théoriques font rage, les sciences en question ayant leur histoire, et leurs extensions géographiques et temporelles. 

    Perçue comme "science", l'éco "logie", dont les racines psychotropiques non cannabiques quoique, sont tout de même liées à ce rêve de faire pousser quelque chose sur le sol sableux de la planète Dune, en tout cas c'est le souvenir que j'en ai et j'ai l'âge qui correspond, permet de mettre en oeuvre toute l'artillerie conceptuelle exposée peu avant. On trouve pourtant à la base de la chose, une conception puissamment scientiste et naturaliste, mais aussi fictionnelle et spirituelle et c'est ce qui produisit le dérapage et la grande confusion de valeurs qui produisit cette sorte de cancer idéologique qui pourrait (ou en tout cas voudrait) contrôler ou animer les caractéristiques techniques en évolution des sociétés modernes.

    Ce qu'on y voit est une substitution, une inversion quasi magnétique entre matière et esprit sur le schéma suivant: la nature que l'on maitrise/pollue peut être maitrisée/dépolluée, le point focal concernant non pas la maitrise physique à développer, mais à la nécessité de la pratiquer, et donc la modification de la manière de la pratiquer, voire l'étude exclusive des pratiques spirituellement bonnes, la maitrise portant désormais sur l'étude du spirituel de l'activité. Une volonté de maitrise du surnaturel est à l'oeuvre et voilà ce qu'est l'écologie: une post-religion, mais dans un cadre de changement ontologique revendiqué des relations entre culture et nature. 

    Ancrée bien sur dans la possibilité même de renverser le sens commun, elle subventionne le relativisme dans sa forme la plus extrême, la découverte de l'autre allant jusqu'à la possibilité, voire la nécessité de se transformer en lui, cela au détriment de ce que nous sommes, corps et âmes bien entendu. C'est bien sur l'aporie de ce relativisme là que d'aller jusque là, la démarche étant contradictoire, car la nécessité faisant loi, la liberté de choix n'est réservée qu'à quelque uns, Beaupin ne demande jamais la permission au libertinage.  

    L'idée est tout de même là: l'essentialisme des points de vue se veut porteur de rupture d'être, ceux qui sont en avance espérant disposer d'avantages sexuels, comme de bien entendu. 

    Il est clair que les attitudes à ontologie fixe, qui ne se lasseront  jamais de ne jamais considérer qu'il y a du nouveau en quoique ce soit, sinon dans les inventions des hommes, dans leurs idées donc, plutôt que dans leur être, sont par essence (héhé) irréductibles à ce type de propagande et s'en défendront toujours. Cette critique se doit d'être réservée quand aux expressions utilisées dans les conversations, explicite dans le combat idéologique et bien sur insultante et vulgaire dans les combats systématiques contre les méchants. 

    On s'appuie sur une critique (rien ne vaut un bonne critique) de Descola menée par Martin Fortier.  

     

     

  • Großer Herr, o starker König BWV 248/1

    La première cantate rassemblée pour composer l'oratorio de Noël contient un aria de basse, suivi d'un choeur qui devrait faire justice de toute allusion à la crèche de Noël comme d'une innocente joyeuseté culturelle destinée à décorer les mairies en faisant foin d'une indispensable laïcité à s'infliger. Tout comme d'une célébration d'une quelconque pauvreté qui devrait nous associer aux migrants, aux pauvres, ou à tout ce qui  n'est pas ça:

    https://www.youtube.com/watch?v=m7Vr__Nsnlg

    Très puissante interprétation par une basse complètement désinhibée, pour moi le top de la sincérité et de l'énergie!

    IL faut noter à ce sujet l'incroyable difficulté de cette proclamation, Fischer Diskau, Pray, et la basse de Gardiner y échouent selon moi. Le Harnoncourt, lent et majestueux reste rythmé, mais la basse quoique puissante, reste insuffisante pour marquer vraiment. Le Fasolis, endiablé bien sur, est particulièrement magnifique et la basse idéale à mon sens (il s'agit de Klaus Mertens): jamais l'effrayante dynamique de l'air ne la prend en défaut.  

     Texte en http://www.bach-cantatas.com/Texts/BWV248-1-Fre6.htm

    Großer Herr, o starker König,
    Grand Seigneur, ô roi tout puissant,
    Liebster Heiland, o wie wenig
    Très cher Sauveur, ô combien peu
    Achtest du der Erden Pracht!
    T'importe les gloires de la terre !
    Der die ganze Welt erhält,
    Celui qui entretient le monde entier,
    Ihre Pracht und Zier erschaffen,
    Qui a créé sa magnificence et sa beauté,
    Muss in harten Krippen schlafen.
    Doit dormir dans une crèche

     

    Tout est dit là dedans. C'est bien le grand dieu tout puissant qui est à plaindre, et il n'y a de vraie religion que ce qui souffre pour lui, tout le reste étant bien fade et certainement hérétique, mais ça on verra l'année prochaine. 

    Le choeur final qui commence par:

    Ach mein herzliebes Jesulein,
    Ah, mon petit Jésus bien-aimé,

    Confirme bien évidemment l'attitude, c'est la musique qui doit indiquer l'état d'esprit à avoir au cas où il y aurait un doute. C'était un autre temps, certes, mais nom de Dieu, que ça avait de la gueule ! Le contraste entre la terrifiante entrée de trompettes et le "jesulein" est saisissant.  

    Bon, on reprend depuis le début.

    La cantate commence par une réjouissance, 

    Jauchzet, frohlocket! auf, preiset die Tage,
    Exultez, réjouissez-vous ! debout, louez ce jour,

    Evidemment. Tonitruant avec choeur et tambours, il s'agit bien de se réjouir, et la mièvrerie n'est pas de mise, on y va à fond. Fasolis clairement y va à fond. 

    http://www.qobuz.com/fr-fr/album/j-s-bach-weihnachtsoratorium-bwv-248-diego-fasolis/0829410848053

    Après quelques récitatifs pour rappeler l'histoire, l'air d'Alto: 

    Eile, den Bräutigam sehnlichst zu lieben!
    Hâte-toi d'aimer ardemment le fiancé !

    Du fait d'un texte de Picander lui même, l'arrivée du petit jésus est celui du fiancé de Sion ! Double étrangeté par rapport à notre noël à nous, consacré à la misère et aux cadeaux immérités: celui là se consacre à la célébration dansante de la puissance et du sexe ! 

    Air de cantate, entièrement complexifiée et dansant dans son paradoxe: 

    Den Schönsten, den Liebsten bald bei dir zu sehn!
    À accueillir le plus beau, le plus aimé près de toi bientôt,

    Il ne peut être chantée avec négligence et doit tourner et retourner avec obstination: l'époque est celle du baroque, et l'ouverture (on dirait une "ouverture") toujours reprise doit être hypnotisante, den lieeebsten, den schooensten. Landauer chez Fasolis champion, il se permet d'ornementer en plus... 

    Après un choral et un récitatif, l'étonnant et jamais vu duo entre un choral soprano et un récitatif de basse. Le rythme profond avec flute se relance et la voix (céleste) affirme. La basse se prononce (Mertens sait y faire) et ça repart. On termine tout tranquillement. 

    Et puis c'est la basse, ce qu'on voulais dire au début. C'était la cantate du 25 Décembre.

  • La révélation de Paul Tillich

    Au détour d'un exposé synthétique sur Paul Tillich, (1), mais aussi (2), me voilà révélé le concept de "révélation". Comme beaucoup de mots ordinaires issu des pans oubliés des vieux et oubliés systèmes religieux, le mot me restait mystérieux, et en fait incompréhensible, comme enterré avec tout le surnaturel. Pourtant, avant que le monde ne s'opacifie définitivement, des hommes intelligents, en bute avec la modernité avait pris le temps de rationaliser la chose, même si ils sont restés derrière la barrière.  

    Tillich est l'immense théologien protestant du XXème siècle, après Karl Barth, et c'est aussi un grand philosophe. Il théorise et soutient le "socialisme religieux". Depuis 1919, et sa fameuse conférence sur "la théologie de la culture", puis dans sa "philosophie de la religion" de 1925. Le socialisme religieux doit lutter contre le capitalisme démonique. On a donc chez le génial Tillich ce qui fait du christianisme moderne un compagnon de route du socialisme, même s'il théorisa aussi le démonique communiste et nazi. Tillich a fuit l'Europe dés 1933.

    Il est comme théologien protestant, l'auteur de "Dieu nous accepte, alors que nous sommes inacceptables".

    Révélation

    Tillich fait de la philosophie de la religion, et la confronte avec la théologie et la religion. Il utilise donc un concept, celui de révélation, qui comme les mots doués de sens se met à rayonner et à convaincre, à faire comprendre et à réaliser. D'abord, il distingue la religion du révélé en considérant oxymore le terme "religion révélée". La révélation n'est pas religieuse, et c'est toute l'affaire... Admirable conception! Elle définit aussi ce qu'on appelle la théologie, qui est indissociable de la croyance issue de la révélation, et qui a pour objet de décrire la révélation en termes doctrinaux. 

    La révélation est un évènement, qui n'est pas communication d'un savoir, dont un extérieur, Dieu en l'occurrence, a l'initiative. Elle est rencontre effective, affective et pourtant publique et universelle. Les religions expriment et s'arrangent avec la révélation, et pourtant la trahissent par nature et par définition, au point de ne se justifier que par les critiques qu'on lui porte et qui la font vivre. La religion est pas essence bipolaire: elle a besoin de son contraire pour exister... 

    Cette définition de la religion comme expérience de l'"inconditionné", c'est à dire par celle d'un au delà du réel fait qu'on peut la positionner par rapport à la culture et donc penser une "théonomie", qui résout la contradiction entre absolu et culture en assujettissant la culture à ce qui la rend justement autonome, le fameux extérieur.   

    Il y a 4 critiques de la religion: la mystique, l'éthique, la rationnelle et la théologique.  Et puis, il y a trois pôles dans le religieux: le sacramentel, l'éthique, et le mystique. Et puis, surtout, il y a la relations entre les religions. Tillich reste chrétien et pense la croix comme la crucifixion (le sacrifice?) du particulier devant l'universel, il reste religieux et renonce à la conversion de l'autre, classifiant et respectant les approches de la  religion, la révélation restant unique, et le "télos" commun, celui de Paul, l'esprit à venir, la fin de tout...

    Pas mal non? Mécanisme proprement humain et moteur de l'histoire la chose conceptualisée a bien la sombre réalité décrite, et situe le divin par définition hors du monde, là encore on a du concept et pourquoi pas ? Définir ce qui hors du monde comme ce qui est hors du monde et qui se révèle est une position imprenable et la transcendance d'autrui symbolisée est pensable au moins en principe.

    LES religions

    La question reste celle de la multiplicité. Je ne puis me convaincre par contre de l'unicité de cette chose. Tilich parle de l'islam, décrite comme la religion qui interrompit la théologie du "logos" qui su si bien subvertir respectueusement les paganismes: violente et agressive, la religion mahométane conduisit le christianisme à se replier sur lui même. Admirable débat: nous y sommes en plein et certains voudraient réappliquer les bonnes vieilles recettes, à moins que d'autres, plus lucides, ne veuillent retourner au moyen âge guerrier. Le mot "révélation" comme phénomène est bien au coeur de cette autre belle conception de paix et d'amour. Le sens en est sans doute celui de Tillich et il permet de le penser. La question reste celle de l'unicité: phénomène commun certes, mais qui injecte dans l'histoire des conceptions bien différentes, et si les religions peuvent être victimes des démons de l'histoire, pourquoi pas celle là ? Le nazisme aussi fit partie de l'histoire et en sortit, tout comme les démons assyriens.  Ainsi, il tente de penser un partage possible entre les religions monothéistes, qu'il décrit comme les trois branches de la famille d'Abraham. Pas de paix entre les peuples s'il n'y a pas de paix entre leurs religions disait Hans Kung. 

    Et puis, cette histoire des religions inclut aussi celle des paganismes, qui préparent aussi bien la révélation chrétienne avec le monothéisme juif: là Tillich est encore une fois génialement moderne. 

    Mais il y a plus, Tillich est le théologien de la "culture", comme identifiée à l'histoire, à la religion et à l'histoire de la religion. Tout d'abord, le religieux est un actuel de tous les secteurs de l'esprit humain, un élément essentiel des cultures, donc. Là Tillich pense alors l'autonomie de la culture comme liée à sa "théonomie", c'est à dire son extérieur absolu reconnu, l'hétéronomie et donc le démoniaque de la soumission à la théocratie ou à l'absolutisme étant la seule alternative. La culture purement immanente ne peut devenir qu'idolâtre d'elle même et démoniaque. 

    La théonomie, qui approfondit l'autonomie est le but du socialisme religieux. L'autonomie est cognitive, la théonomie saisit le monde inconditionné. Il y a unité forme/substance et unité religion/culture: la théonomie. 

    Schelling

    Tout d'abord, et là le concept est roi, il étudie dans sa thèse Schelling, le pote et rival de Hegel (et d'Hölderlin), et qui en inspira plus d'un. Voir (3). C'est de là qu'il tire l'importance absolue de l'histoire comme histoire de la religion et de son identification à la culture. 

    Puisqu'on est dans le concept, tentons de matérialiser ce qui le fait vivre quand la nature du monde devient "comme" ce qu'on en pense, quand l'essence des choses se décrit comme des mots articulés, sujets de la pensée... Révélation philosophique ? Il y a de ça, et cela s'impose.

    Il y a donc 3 puissances, le subjectif, l'objectif et la liberté, image de l'esprit. J'avais déjà ici célébré la trinité comme aboutissant dans l'esprit avec la liberté, la belle invention chrétienne. Je faisais du Schellling... Le subjectif est potentiel, le divin indistinct, la nature, le mythe; l'objectif rationnel actuel et qui fait l'histoire, qui se résout dans l'esprit, après l'histoire.

    On a ainsi l'Etre, la volonté contre lequel se révolte la nécessité, la rationalité et c'est la chute, qui inaugure l'histoire, celle de la religion et donc avènement de la liberté et de l'esprit, et de la révélation. Bien sur les 3 puissances sont en interaction perpétuelle.

    Notons la conception de révélation comme expression de la première puissance, comme affranchissement de la nécessité et du rationnel. On a donc bien passage du religieux de ce qui est naturel et mythique à l'âge de la liberté et de la révélation, qui brise la nature. C'est le christ qui fait cela dans un acte libre, ce qui amène la liberté à l'homme. Schelling avait du souffle. Et puis il est aussi l'auteur de la théorie des 3 périodes pierre, paul et jean: la religion de l'esprit à venir, sera celle de Jean.

    C'est l'histoire du rationnel séparé de Dieu lors de la chute qui la fait (l'histoire) et c'est le christ qui renonce à être Dieu qui se trouve être le christ à proprement parler, la croix de l'histoire, sa crux, qui crée la liberté, et qui fait pour Schelling l'originalité et la spécificité du christianisme, mais soyez en sur, il n'y a pas que pour lui...  Cette supra-histoire, qui fait l'histoire elle même est précisément ce qui permet de concevoir et de penser une signification globale à ces choses, êtres et croyances. Avec cette théologie du "kairos" (l'évènement divin, le moment) de jésus qui n'est "christ" que parce que crucifié... 

    Cette distinction nom commun (le(un) christ) et nom propre (jésus) réaffirmée par Tillich, permet de transformer l'affirmation classique ("jésus est le christ") en un article de foi doté de sens. Cela n'est pas évident, et m'avait toujours apparu comme bizarre, voire absurde. En réalité, si on a une conception du sens du mot "christ" (le messie, en gros la personne envoyée pour réconcilier, pour résoudre les fameux problèmes de "sens", celui que "tout le monde" attend), l'affirmation, qui institue une caractérisation particulière de la présence du christ, fonde le christianisme comme religion.

    On notera ainsi l'aspect double de la chose: d'une part on croit qu'il y a quelque chose qui ressemble à un "christ", d'autre part on pense que c'est bien jésus qui y correspond... Un troisième affirmation est naturellement que la mise en correspondance est elle même provoquée, ce qu'on appelle les "christologies" décrivant plus en détail comment cela se produit. Par exemple, pour Tillich, jésus est bien un humain mais d'un type nouveau, bref, en ces domaines, il y de quoi faire...

    Réaliser la profondeur et la complexité de ces conceptions là est en soi toute une aventure. Simplement, on peut ne pas vouloir se laisser faire, un certain effet d'entrainement se manifestant assez vite, une pente quasiment glissante se manifestant assez vite, vers un discours autonome de répétions de significations plus ou moins profondes, en tout cas du genre qui suscitèrent l'ire des philosophes analytiques... 

    Au passage, il y a chez Tilich la tentation de la réunion du christ humain religieux et de la philosophie, donc  de la question de l'être: l'être humain devient divin, c'est bien sur la promesse chrétienne.  

    Mais revenons à ce que Tillich explique magnifiquement et qui sont les natures croisées des religions et des symboliques. La religion n'est PAS divine mais relève du symbolique, qui manipule le symbole comme signe d'autre chose. C'est la confusion du symbole et du divin qui constitue l'idolâtrie, car et là c'est brillant, lorsque le symbole remplace le divin (au lieu de le montrer) il sépare du divin, ce qui est le sens même de "diabolus" (ce qui désunit, ce qui sépare). Toutes les critiques de la religion reposent sur cette dénonciation là.

    Cette conception là des choses illustre ainsi parfaitement l'aspect essentiel de l'idée claire d'un religieux construit sur un extérieur, qui est propre au religieux au point d'en être la définition. Nier cet extérieur au point d'interpréter le religieux autrement (comme une forme de politique, par exemple) est doublement faux: au sens strict, c'est une mécompréhension de l'essence du religieux, au sens religieux, c'est précisément l'idolâtrie, l'incapacité à symboliser... 

    Au passage c'est là que se fait pour Tillich la notion de révélation, rupture d'avec la nature et la mythologie. Intéressante idée, qui fait du vrai surnaturel la rupture d'avec le mythe, toujours associé au nécessaire, au naturel.  

    C'est là que se noue la liaison avec Joachim de Flore, avec l'évocation du troisième âge, celui de l'esprit et qui fait qu'on suspecta Tillich d'être gnostique, et ainsi la conception de "religion philosophique", une théologie qui serait indépendante de toute religion, objet de la théologie systématique de la fin de la vie de Tillich, en voyage au Japon au début des années 60. 

    On a donc une pensée incroyablement moderne et séduisante, pleine de sens et d'intelligence et bien sur d'un irréel complet, dans l'idéalisme au sens plein, le plus complet possible, ça tombe bien ça s'appelle comme ça. On goutera aux délices de ces concepts et de ces belles idées, donc, mais sans en être dupe ou bêtement adepte: cette réflexion là porte sur une partie du monde, en tout cas c'est comme cela que la comprends. Et ce n'est pas parce qu'il y a des idées dans le monde que le monde est entièrement formé d'idées... 

    Au passage, Tillich (on dit Tilik) est l'auteur d'une théologie "systématique", où "sustema" signifie "choses liées ensemble"... 

    On doit parler aussi du Kairos et du rapport au temps, le christianisme introduisant l'histoire c'est à dire la phase du temps séparée des autres par un moment passé ou à venir.  Là se situe le fameux socialisme. L'on se prend à rêver à ce théoricien qui vit dans les années 60 se lever une forme émancipée du socialisme qui avait tant déçu l'histoire pendant la première moitié du siècle, et dont avons à présent à nous débarrasser, l'histoire étant toute de phases successives... 

    En résumé et avec tout le respect qu'on lui doit à lui et à son idéalisme, on restera baba devant cette histoire de théonomie, concept fort mais caractéristique de l'aspect théocentrique de la pensée de Tillich, son mélange des religions consacrant une unicité pour moi inacceptable. La théonomie est toutefois une admirable tentative pour rendre réel et donc pensable un religieux autrement incompréhensible. A l'heure où on cherche à vous dominer avec des super croyances, pouvoir les penser comme objectivement démoniaques et donc susceptibles de périr par le feu après avoir subi les tortures qu'imposent le salut d'âmes perdues dans les mains du diable et particulièrement réconfortant. On ne pourra plus nous apprendre la religion. 

     

    (1) http://andregounelle.fr/tillich/presentation-de-tillich.php

    (2) https://rsr.revues.org/449

    (3) Tillich et Schelling : https://www.cairn.info/revue-recherches-de-science-religieuse-2004-3-page-429.htm

  • Christen, ätzet diesen Tag BWV 63

    1ère en ancienneté sur ce thème, la cantate de Noël  "Christen, ätzet diesen Tag", BWV 63,  fut jouée en 1713 pour la fête éponyme. 

    Je lui suis attaché d'une manière particulière, car elle initia ma (toute récente) passion pour les cantates de jiessebé, et fut un de mes points d'entrée dans ce qui constitue le plus gigantesque océan musical multiforme de l'histoire de l'humanité (on y ira carrément, sur ce sujet là, point de demi mesures), les 200 fameuses. 

    Elle se récite ici: http://www.bach-cantatas.com/Texts/BWV63-Fre6.htm

    Elle fit l'objet d'un documentaire montrant Gardiner la répétant:

    https://www.youtube.com/watch?v=ere8CYfFq74

    Cela donne l'occasion de voir des musiciens et personnes respectables et habiles se féliciter de partager mes gouts, et aussi d'approcher le type de passion que peut susciter la chose en question. Quand je considère les ravages qu'elle provoque chez mon humble personne, je n'ose imaginer ce que ça doit être chez les vrais fanatiques... 

    Gardiner en parle aussi en:

    http://www.bach-cantatas.com/Pic-Rec-BIG/Gardiner-P18c%5Bsdg174_gb%5D.pdf

    et évoque le bicentenaire de la réforme de 1717 (mon fétichisme annuel aurait du reporter cette chronique à l'année prochaine, mais n'étant pas encore complètement Luthérien, je me permet de devancer l'appel).

    On se doit d'évoquer Gardiner évoquant la musique de Bach comme matérialisation de la grâce divine, le concept en question, magnifique second degré particulièrement habile, aussi bien de la part des théologies chrétiennes que du magnifique musicien qui parle ici de Bach comme personne. 

    L'extrait de Bachstiftung, qui me séduisit horriblement voilà déjà quelques années est celui ci: 

    https://www.youtube.com/watch?v=C4jsRQf8J4M

    On pourra écouter le concert d'Arte à partir de 51:35

    http://concert.arte.tv/fr/les-cantates-de-noel-de-bach-par-philippe-herrewegh-et-le-collegium-vocale-gent

    Mais, comme tout ce que fait Herreweghe, (du moins à mon minable avis), il y a là manque de ferveur... 

    On va en reparler. 

    La chose commence par un choeur endiablé poussant à considérer ce jour là (Noël) comme exceptionnel, car un "rayon" (Strahl), la grâce (Gnaden), justement, fait irruption dans l'histoire. Ca commence bien. 

    La gravure dans le métal et le marbre est magnifique, et la danse frénétique doit être d'une grande puissance comme des vagues qui claquent en faisant le tour. Je trouve que Harnoncourt l'a.  

    Puis le récitatif de l'alto et le Schilo. Le Schilo ? Le mojo de Bach ? Il est synonyme de Paraclet, de Jésus bien sur, et aussi de ce qui fut annoncé (par la Genèse, en plus): le Messie Roi. Le mot est traduit par "celui qui doit être envoyé", bref celui dont la venue est prédie par Jacob lui même.

    En plus, cela se manifeste finalement par l'"inconcevable":

    O unbegreifliches, doch seliges Verfügen!
    O inconcevable, mais béni aboutissement !

    Le duetto soprano basse a alors lieu et une grande magie se déroule majestueusement, pure réjouissance entre les deux voix majuscules, toute allusion à la sexualité serait hors de propos, qui ferait l'amour comme ça?  

    Was uns ewig nun vergnüget.
    Ce qui maintenant nous réjouira pour toujours.

    Surtout que le couple hautbois violoncelle (continuo) reste triste et grave, comme c'est étrange. 

     

    Il est suivi par un récitatif étrange, le lion de David tout armé avec arc et épée, "rétablit la liberté": 

    "Womit er uns in vor'ge Freiheit setzt"  (restaure la liberté d'avant).

     

    Et puis l'incroyable duo alto tenor, l'appel dansant à danser et à se réjouir de ce qu'il faut remercier ! Il peut être joué de bien des manières, mais l'énergie est de mise, entre les deux autres voix, alto et ténor. 

    Kommt, ihr Christen, kommt zum Reihen,
    Venez, chrétiens, venez danser,

    Reihahahahahahah-en. 

     

    Après une brève injonction de basse, qui se permet tout de même d'évoquer des flammes qui montent jusqu'au ciel et les prie de remercier Dieu (ah baroque, tu nous tiens). 

    Et le choeur à étages, à trompette et roulements de tambour et voix de dessus, digne des plus grandes assemblées de choristes avec une montée océanique, puis la répétition modeste de la répétition mutine.

    Quand je dis "à étages", la chose est incroyablement complexe, en fait on dirait un diamant qui tourne et toutes les couleurs se manifestent. 

    Pour finir le  bigrement mystérieux, complètement dissonant bien sur et tant commenté par Gardiner: 

    Dass uns der Satan möge quälen.
    Que Satan puisse nous harceler. 

    qui succède à un immense soupir:

    Aber niemals nicht geschehn,
    Mais qu'il n'arrive jamais

    Mais cela repart, un coup d'océan (tu parles) et la quadruple pirouette rigolote termine modestement et dignement le voyage. 

    Comme toujours, cette musique est intrinsèquement porteuse d'une énergie interne très forte que les musiciens doivent assumer ou pas. Rien ne peut être négligé ou ignoré et ainsi, la montée océanique monumentale du choeur final est inqualifiable et semble ne jamais finir de se raffiner. Sa dernière occurrence apparait chez Herreweghe comme "enfin c'est fini, on peut partir", alors que Gardiner en fait une montée interminable, la pirouette étant un regret, un clin d'oeil un coup de pied de lapin qui s'éloigne, bien sur en dansant. 

    ET l'approche de Harnoncourt, avec les voix d'enfants, très lente c'est encore autre chose... 

  • Mozart au piano forte

    Ronald Brautigam est un vieux de la vieille bien connu. 

    Mais au détour d'un écoute distraite brutalement captivée, un son étrange, qui "parait" authentique, on se trouve captivé et renversé. Je n'aime pas Mozart, et ne l'aime toujours pas... Mais bon sang, qu'est ce qui m'a pris, ce concerto no 2 K 39, ultra bien connu des vieilles mémoires, vieille scie oubliée, avec ces violons et ces vieux cors mozartiens venus du passé, repris par des claquements étranges, et le vieux soupir triste, celui qu'on sait bien qu'il n'est pas vraiment superficiel, ou en tout cas qu'il ne l'a pas toujours été... Au piano qu'il jouait, un de 1792... 

    http://www.qobuz.com/fr-fr/album/mozart-piano-concertos-nos-1-4-pasticcio-concertos-ronald-brautigam-michael-alexander-willens/7318599920948

    Il y a dans le brillant juvénile du truc quelque chose d'étrange, du au son sans doute. Bref, une vivacité qui fait qu'on se dit que ça le fait... C'est pas grand chose, mais ça le fait...

    L'immense mérite des musiciens, de ceux qui JOUENT, est de rendre vivant la portion de temps qu'ils lisent... A n'importe quel moment, l'un d'entre eux ou plusieurs d'entre eux, rassemblés font quelque chose qui change le temps, du moins pour ceux qui en "profitent" (vivent) brièvement. 

     

    P.S.

    Bon pour comparer, tous les catalogues étant disponibles, on peut voir ce que ça donne avec  un piano normal, 

    http://www.qobuz.com/fr-fr/album/mozart-the-complete-piano-concertos-daniel-barenboim/5099998461653

    ou 

    http://www.qobuz.com/fr-fr/album/mozart-the-piano-concertos-vladimir-ashkenazy-philharmonia-orchestra-vladimir-ashkenazy/0002894437272

    On a là le son différent normal, mais avec des ambiances différentes, plus subtiles, aériennes mais aussi plus négligentes, comme trop connues, la force de la musique s'éloignant un peu, comme si un tunnel nous séparait de la vraie musique, celle, bouleversante, qui provoqua mon flash décrit plus haut. 

    Même impression avec le Brendel sur piano forte, tout y est bien plus fin, attentionné: 

    http://www.qobuz.com/fr-fr/album/mozart-complete-edition-box-4-the-piano-concertos-alfred-brendel-ingrid-haebler-imogen-cooper-katia-labeque-marielle-labeque-ton-koopman-capella-academica-wien-the-amsterdam-baroque-orchestra-academy-of-st-martin-in-the-fields-semyon-bychkov-eduard-melkus-sir-neville-marriner/0002894648002

    Serais je infecté de passéisme ? 

     

    Au sujet de l'allusion musicale, on trouve dans l'andante de K.310, une autre composition de jeunesse, le thème de K39, à moins que je ne me méprenne... 

  • Les libertés

    Il y a dans la liberté quelque chose qui ressort de la psychologie, mais pas que. Car elle est à la fois possibilité de percevoir et de ressentir, et aussi reconnaissance publique de la possibilité de cela, chez soi et les autres. 

    Allons au but,  il s'agit de morale et de la capacité, du droit, de la légitimité de se refuser à soi ce qu'on autorise aux autres. Une variante du principe libéral en communication électronique et qui consiste à être flexible dans ce que l'on accepte et exigeant dans ce que l'on envoie (le fameux principe de Postel, un fondateur de l'internet). Ce principe s'applique en de multiples occasions et en particulier dans l'élaboration des points de vues dans les choix sociétaux. Il peut s'appliquer à soi ou aux autres, l'exigence de la tolérance pouvant être retournée. 

    Puisque nous en sommes à la campagne présidentielle champ clos où va se régler bien des comptes, et bien cela s'applique à l'avortement et à la filiation paritaire, et se trouve arbitre de conflits qui vont servir à la décision finale. 

    L'avortement comme droit "fondamental" se veut expression de l'autonomie du possesseur du corps qui abrite la gestation, donc de LA femme. Naturellement, nul ne peut influer sur cette décision personnelle, et tenter de le faire est un délit, un délit d'entrave que l'on doit poursuivre, depuis les manifestations organisées devant les cliniques où se pratiquent les avortements, jusqu'à l'internet que l'on doit expurger des sites conseillant de toutes les manières possibles de ne pas avorter, quitte à mentir. Sanctionner la fausse information, car elle porte atteinte indirectement à un droit fondamental fut donc édicté la semaine dernière. Cette loi infâme, qui condamne ce qui n'est PAS une violation d'un droit fondamental, EST une violation d'un droit fondamental, celui de la liberté d'expression.

    Mais la décision d'exercice du droit fondamental est bien sur souvent partagée. La décision d'avorter est prise dans un contexte, et la capacité de l'accueil de l'enfant à venir est bien sur un critère, du moins dans certains cas. Le comportement du conjoint ou des proches peut participer à la décision. Un sentiment moral, autoritaire ou non, généreux ou non, peut jouer et favoriser ou influer sur la décision. Celle ci n'est donc pas univoque, uniquement dictée par un choix personnel: d'autres êtres sont à prendre en compte. Le sentiment d'un conjoint peut jouer en principe et celui ci, se refusant ce qu'il accepterait d'autres, pourrait décider par référence à des idéaux autres, (tout mélange de respect de la vie ou d'engagements moraux variés), de supporter et d'encourager la poursuite de la grossesse, bien que cela n'ait pas été prévu, ou que cela soit difficile à assumer.

    Naturellement, dans un milieu poussant à garder à tout prix l'enfant, et tout en reconnaissant ce droit à vouloir à tout prix manifester des idéaux, une femme pourrait se refuser à elle même une exigence qu'elle reconnait à d'autres et pratiquer, avec ou sans l'aide de l'Etat, l'opération en question. Bien sur cet entourage peut ou non en accepter au moins le principe, quitte à devoir être déçu que ses encouragements ou son soutien n'ait pas été acceptés. 

    Par conséquent, l'affirmation colérique haineuse et féministe que nul ne peut exprimer publiquement son désaccord personnel avec la pratique de l'avortement même s'il accepte que cela se pratique avec les lois et organisations publiques qui le rendent possible et inacceptable. Cela se traduit par deux choses étranges qui ressortent comme souvent d'un mélange de bêtise et de méchanceté. Bêtise car il y a incompréhension des sentiments et jugements exprimés plus haut, dont l'expression publique est la marque de la liberté de jugement comme possibilité de l'autonomie intérieure par rapport à l'environnement, méchanceté car cela sert à calomnier et à diffamer dans le cadre d'un combat politique. Le crétin est l'esclave du vicieux. 

    Ce combat politique est un conflit d'ordres moraux en apparence entre le camp de la liberté et celui de l'oppression patriarcale, il est en fait entre  le camp de la liberté et celui de l'oppression communiste. J'utilise ici le mot "communiste" au sens le plus péjoratif du terme, le mot désigne à la fois le collectif uniforme et le camp politique oppresseur qui le domine et le manipule. En plus c'est bien la gauche, celle la plus proche de l'ancien communisme honni, qui s'identifie globalement à ce camp là. 

    Il n'est pas le camp de la liberté en deux sens: d'abord il ignore la distinction entre le sentiment personnel et la réalité collective ou mondaine, ensuite il refuse la liberté de l'exposer publiquement. Cette unidimensionalité du monde est typique de tous les fanatismes, et se trouve précisément ce qui caractérise l'idéal dévoyé, l'incapacité de s'accorder au réel et de symboliser une maitrise possible du monde. Le refus chiite de la mort d'Hussein, la création gnostique du monde par le diable, l'accueil illimité des migrants, le remboursement de l'homéopathie par la sécurité sociale sont autant de marques de cette incapacité de faire la distinction, de penser la liberté, de rendre le monde social acceptable avec ses limitations et aussi la possibilité de ne pas y être entièrement assimilé. 

    Cette marque de l'autre monde possible, au moins en principe, caractérise la liberté au sens moral, elle permet de considérer l'impossible et de ne pas se résoudre au réel tout en l'acceptant. La liberté, invention humaine, rationnelle et morale. Y a t il une instance de cette conception dans la philosophie morale traditionnelle ? 

    Appliquons ce beau principe à la filiation paritaire. On l'appliquera bien sur au mariage entre personnes de même sexe, la liberté de ne pas le pratiquer tenant plus de l'acceptation de son hétérosexualité qu'autre chose, même si cette liberté pourrait s'appliquer à ceux qui seraient pressés de conclure des mariages blancs avec des migrants, on a bien le droit de rigoler. 

    Non, nous considérons ici les droits de l'enfant avant que celui ci en dispose vraiment: on voudrait ainsi barrer à certains d'entre eux une filiation paritaire et les considérer de par la loi complètement, de manière plénière, enfants de personnes de même sexe. La chose est débattable mais le point intéressant est ici que l'on exigera que le principe de Postel s'applique. En effet, imposer à une opinion en retrait dans son autonomie morale que les lois communes puissent violer ce qu'ils considèrent important est un déni et une violence, mais pas seulement: par respect pour les enfants soumis pendant leur minorité aux lois de tous et aussi pour ceux qui refusent au nom de leur autonomie que les lois de tous s'appliquent de la sorte, c'est à dire envers de futures personnes protégées par les lois qu'ils décident, il faut suspendre la filiation non paritaire. 

    Ce raisonnement se trouve donc être une sorte de principe de précaution moral. Y a t-il dans la littérature un autre exemple d'un tel raisonnement ? 

    La dénonciation comme homophobe de cette volonté est bien sur décrite par l'alliance de bêtise et de méchanceté dont je parlais plus haut. 

    Equipé de cette belle philosophie nous voila donc armé pour aller au combat. Bien sur, qualifier de bête et méchant et d'ennemi les concurrents adversaires à une élection qu'il faut bien accepter de perdre si l'on veut que les autres y participent, est impropre, mais c'est un argument de campagne, on voulait dire bien sur: ne soyez ni bêtes ni méchants. 

     

  • Les justices

    Les faits divers sont constitués aussi bien des évènements violents qui sont relatés peu de temps après leur arrivée, que des jugements prononcés par la justice à leur sujet bien des années après. Une fois l'émotion retombée, on peut en effet juger tranquillement des choses et prononcer à leur égard des jugements, prononcer des peines et commencer à les faire appliquer ou pas. On peut aussi se satisfaire des jugements et juger de leur pertinence ou pas.

    Un critère pour cela, consiste, mais ce n'est pas ce que fait la justice, à comparer des situations sans points communs autre que les peines prononcées ou les mesures judiciaires prises. Il apparait que la fameuse balance, icône, symbole ou allégorie, se trouve, du moins à mon humble avis, un peu "déséquilibrée".  

    3 affaires récentes, d'abord le buraliste du Tarn, condamné en appel à dix ans de prison ferme, trois de plus pour prix de son appel, on ne dérange pas les juges pour rien. Intention de tuer, et absence de légitime défense, il n'y a pas coupé. En pleurs, il demande pardon à la mère de sa victime, un enfant innocent de 17 ans qui avait scié les barreaux d'une fenêtre, déclenchant la panique meurtrière, l'ignoble assassin veillant fusil à la main l'arrivée nocturne des cambrioleurs. 

    On évoquera la fameuse Catherine Sauvage, dont on refusa aussi la légitime défense. Elle tua son mari dans le dos, en tirant à deux reprises peu après 47 ans de sévices, qui plus est avec son propre fusil, elle était chasseuse. Dix ans de prison, qui suscitèrent un émoi considérable: grâce présidentielle et libération immédiate furent exigées, des centaines de femmes révoltées hurlèrent au féminicide. 

    On évoquera pour finir Jawad Bendaoud, "chef de rue", (la rue  Corbillon, à Saint Denis), qui en 2006 tua à coup de hachoir un homme de 16 ans qui s'interposait pour un vol de téléphone portable. Condamné à 8 ans de prison, il fut libéré "pour bonne conduite" en 2013, le temps de reprendre sa rue, et de se voir condamné 13 fois pour diverses violences en réunion ou non. Pour finir par loger les terroristes de Novembre 2015, puis de se révolter pour des conditions de vie trop dures en prison, la requalification de sa culpabilité en recel de malfaiteur pouvant lui valoir une libération immédiate. Dura lex sed lex. 

    Les raisons de ses comportements et de ces pathologies (je ne parle ici que ceux des juges en charge de se prononcer au nom des lois) sont complexes et peuvent s'apprécier. Deux critères fondamentaux président aux appréciations qu'il portent sur les faits qu'on leur soumet: l'intention de commettre l'acte répréhensible  et la capacité d'être à la hauteur de la sanction. Ces deux critères de jugement, peut être même essence du jugement sont les caractères essentiels qui doivent présider, c'est leur métier, à l'élaboration de leur jugement public, et exécutoire.

    A priori, le jugement ne parle pas des réduction de peine, décidées indépendamment, (les moitiés des durées sont exécutées en fait ), sans doute n'en tient il pas compte (quoique la grille des réduction de peine, un jour de moins par semaine etc etc soit connue). Cela sert pourtant à consoler le prévenu, parfois abasourdi par le jugement que ce soit dans un sens ou dans l'autre. 

    Prenons le cas du buraliste du Tarn. Habitant en zone dangereuse, pleinement conscient de son acte horrible, accessible à la sanction, les cinq ans (réels) de prison qu'il va faire sont indispensables à la société, du moins à ses lois. Ils seront les mêmes que celui que fit le caid de la rue Corbillon, à qui il pourra penser avec joie, rien ne l'empêchera (le buraliste) de recommencer à maintenir son emprise sur son village, une fois libéré.

    On pourrait penser à réformer la justice au delà de ce que pourra faire Fillon (se décider à condamner à trente ans les retours de Syrie, construire des places de prison). On pourrait penser à interrompre enfin les frais de "déradicalisation", à rebours de beaucoup de jugements. On peut rêver. 

    D'abord cette notion d'intention semble étrange, et la notion de légitime défense tout autant. Elle est d'ailleurs en discussion, et l'auto défense, prônée par des groupes d'assassins veillissants, sans doute racistes et donc responsables directs et uniques de la dangereuse dérive haineuse dont la recrudescence agite les villes et les campagnes, doit être combattue.

    Certes, mais être à la hauteur de la peine ? Le comportement "c'est pas moi" de Jawad Bendaoud, assez reconnaissable en fait pour avoir donné lieu à des milliers de détournement audio visuels sur les réseaux sociaux, semble fonctionner: il n'est pas à la hauteur de la peine, et sa libération s'impose: il ne la comprends pas, puisqu'il la refuse. Un jugement similaire devra être fait de Nicolas Sarkozy: inaccessible à la sanction, sa personne doit être soustraite à ce qui ne conduira pas à son édification.

    Le buraliste du Tarn, lui est accessible à la sanction. Ses pleurs lors de la condamnation le montrent: sans doute le juge se trouva alors trop indulgent, il se mordit les lèvres. S'il avait condamné le méchant raciste au double, celui ci se serait peut être chié dessus, ce qui aurait fait davantage avancer la société.  

    Il y a bien sur la notion de "dangerosité". Un caïd est il dangereux ? Non, pas la plupart du temps, la menace de l'acte barbare suffit, un de temps en temps suffisant à rendre possible l'indicible violence et donc l'absolue obéissance, c'est le principe. A mille lieux de ce qui motiva sans doute le principe de la réduction des peines appliquée en droit à ce type d'individu, cela serait raciste que d'évoquer une culture ultra marine entière dans des affaires d'incivilité.

    Puisque la justice ne peut changer, on ne peut truquer les balances, même les déréglées, il faut donc changer les coupables. Du moins ceux qui sont manifestement trop mal traités. 

    On ne pourra donc qu'adresser un conseil simple aux prévenus d'actes de légitime défense. D'abord nier. La négation du fait, quel qu'en soit l'évidence, ne pourra qu'ébranler le juge: comment accorder ne serait ce qu'un microgramme d'intention à un acte nié avec force: cet homme est fou, ou inaccessible à la réalité. Fou donc excusable, ou bien inaccessible à la sanction, donc libérable.

    Ensuite accentuer la sauvagerie de l'acte, de manière à le rendre similaire à un acte divin, symbolique ou surtout, surtout "social". L'acte doit être du à autre chose que de l'intention, il doit être obligatoire, causé par une nécessité qui ne tient pas à l'individu. Il doit être religieux par exemple. La sanction sera alors une déradicalisation, des soins psychologiques, des sermons à écouter. Mais pas la prison, naturellement.

    Les critères de la sauvagerie pourront être sexuels si possible, cela émoustille tout le monde, depuis le lecteur de journaux jusqu'aux jurés. Vous imaginez Catherine Sauvage manger les testicules de son tortionnaire de mari? Elle aurait sa statue en art contemporain au coin de bien des rues! Le buraliste du Tarn aurait du déshabiller sa victime et prétendre l'avoir abattu alors que celui ci se masturbait avec des cigares, pour mieux aiguiller l'enquête sur le fait que c'était lui en fait qui avait cette obsession: il aurait alors été libéré, puis médaillé pour homophobiephobie. 

    J'arrête là mon délire, ne sachant comment équilibrer mes jugements, l'absurde de la vie sujette aux lois étant le sentiment que l'on éprouve quand mal symbolisée, sa castration refoule et que l'on se prend à souhaiter la violence comme exutoire. A moins qu'on ne la redoute, au contraire, car on prête aux braves gens innocents et pacifiques des pulsions cachées: les sujets au bon sens pourraient se voir contraint d'aller à ces extrêmes là quand toutes les issues auront été bouchées. C'est pour ces raisons là que les malheurs du monde s'accroissent quand des mauvais jugements sont prononcés. Les attendus de justice m'excitent. 

     

    P.S. Je ne dispose, pour élaborer mes jugements tordus (...) que d'information publique. 

    http://www.leparisien.fr/bobigny-93000/huit-ans-de-prison-pour-le-meurtrier-de-david-06-11-2008-301100.php

    L'état de fureur dans lequel ce type d'article laisse certains de ses lecteurs se doit d'être apprécié...  

  • Les visions du monde

    Maintenant que l'horizon se dégage brièvement, laissant au débat quelques mois avant de nouvelles hystéries, du moins en France, car en Italie et en Autriche c'est Dimanche, considérons les points de vues sur l'état du monde et donc sur la fameuse mondialisation, obsession de tout le monde et responsable cachée de toutes les décisions, tous les complots et toutes les misères. 

    On a en gros trois points de vue, correspondant aux trois attitudes classiques en économie. D'abord le souverainisme étroit, voulant la fermeture des frontières, la subvention aux boulangeries et en fait la réparation du sort injuste réservé aux perdants de la spécialisation économique décrite par Ricardo et due au libre échange généralisé. Les délocalisations, voilà l'ennemi, ce phénomène absurde et absolu, ruine les peuples. Cet amour pour le peuple qualifie souvent de "populiste" le tenant de cette position.

    En face, il y a le libéralisme pur et dur, mondialisé et fou de prospérité, il va jusqu'à la suppression des peuples et le brassage par les migrations de tous ceux cis. Confiant dans les équilibres finaux, il ne se protège de rien et ne se refuse rien, depuis un revenu minimal accordé à tout plongeur arrivant à traverser les mers, jusqu'à la fabrication de la totalité de ses biens en morceaux de taille égales qui font trois fois le tour du monde pendant son montage avant d'être vendus dans le monde entier. Hors sol, vivant invisible et ne payant pas d'impôts, il assure à ses capitalistes des rendements insensés. Allié de la paix et des accords internationaux, il vivrait (cela n'est pas si sur en fait) de la globalisation totale et de l'unification du monde. 

    Une fraction de la gauche a les pieds dans les deux camps, et tout en reconnaissant l'inéluctabilité de la position libérale, souhaite appliquer au monde ce qui a si bien marché à l'intérieur des nations: les impôts et la morale. Oeuvrant dans les organismes internationaux, justement, elle souhaite participer à l'extension de la mondialisation en encourageant à l'effacement des barrières qui la limite encore, tout en tentant d'obtenir en échange des petites compensations, permettant de limiter, ou de tenter de limiter les casses ici ou là, d'arracher des impôts ici ou là. Assis sur un opposition explicite au capitalisme en tant que tel, il ne supporte, en échange d'une vision globalisée de celui ci, qu'on ne massacre que la moitié des peuples qui lui sont soumis, il faut bien faire des compromis, on n'a rien sans rien. 

    On reconnaitra ici ma grille de lecture distinguant les deux libéralismes, celui des nations et celui de l'économie globale. 

    Je me dois donc ainsi de mettre en avant maintenant la quatrième conception, la mienne, à la fois populiste et libérale, et qui consiste à oeuvrer pour le libéralisme tant que celui ci est conforme non pas aux intérêts des nations en général mais à la mienne, les autres ne méritant de vivre qu'a condition de participer à ma puissance dans le cadre d'alliances bien comprises. Pas si éloignée du libéralisme absolu, cette conception a pour mérite de se soustraire à l'idéologie, c'est à dire à l'obligation de respecter les règles unidimensionnelles d'un domaine du discours. Le libéralisme économique n'est qu'une convention, pas une loi physique à respecter: on peut décider et donc pousser son avantage, la négociation entre puissances, évidemment cynique, devant permettre la revendication de son intérêt, il n'y a pas de morale mondialisée qui s'impose à tous et nul ne peut vouloir son propre malheur.

    De plus, le libéralisme des nations, que je revendique, consiste bien à accepter que les nations se défendent, au nom de ce qui régule toutes les interactions libres: les buts et valeurs (et non pas l'utilité) des acteurs du monde. Ce que je revendique ici, c'est l'existence des acteurs que sont les nations, acteurs que le libéralisme idéologique qu'il soit libéral ou social, rejette au nom d'une conception dévoyée de l'humanité. Le capitalisme, même mondialisé, ne peut s'affirmer que dans les cadres des nations et employé à leur bonheur. C'est aux nations que de l'imposer et de le permettre. Ceci a naturellement un cout et qui est le développement de la puissance, c'est à dire de la nécessité de l'effort, de la grandeur et de la lucidité. 

    Ce cout passe par l'acceptation du monde sous la forme de celle de ce qui est commun à tous les hommes et qui est l'inégalité des conditions à un instant donné. Car même si rien n'est inéluctable et que l'égalité symbolique des êtres est absolue, rien n'impose ou sinon dans des limites à déterminer, l'égalité de leur sort qui n'est pas due. Les individus libres le sont parce qu'ils peuvent vouloir être pauvres. Pire que cela: soumettre la conduite de la société au principe de la réduction des inégalités est une folie ruineuse et débile, et qui conduit au désastre de la pauvreté générale. Le bonheur des  hommes n'est qu'individuel est il faut d'abord assurer, avec des équilibres à discuter, la prospérité générale, celle de la nation. 

    La voilà donc mon idéologie. Elle se présente comme un but de régulation de l'action, n'est pas donnée d'avance, peut échouer mais constitue le contraire de la soumission à des mécanismes implacables ou à des idéologies de la misère ou de l'égalitarisme.

    Elle a d'autre part le mérite d'être soutenue par le niveau réel et incontournable de manifestation de la volonté de l'acteur national: l'élection démocratique, issue de l'histoire du monde occidental et possibilité à saisir (ou pas) d'expression puissante de cette volonté. Notons bien que c'est la seule. L'individu isolé, repoussoir fantomatique de l'aporie libérale, conduit à migrer ou à subir les migrations ou pire son contraire, la délocalisation de son salaire ne peut conduire, ou alors à la marge (en devenant lui même capitaliste ou entrepreneur, ce qui doit toujours rester possible), le capitalisme global... Seule les nations organisées, dotées d'un marché régulé par des lois et des consommateurs critiques peut soutenir son développement, qui ne peut, encore une fois n'exister que créé, soutenu et assis sur (...) les nations. Le peuple par ses lois peut donc décider. 

    Le problème est qu'il peut décider de plusieurs choses, et d'abord du niveau d'activité capitaliste, justement, sur son sol. Il lui suffit pour cela de décider du niveau des impôts, déficits, et autre principes d'organisation de la vie édictés dans sa zone géographique. Il le fait en demandant de temps à autre lors d'élections et de référendums l'application de programmes politiques variés soumis par des équipes candidates.

    Il peut le faire en désordre, en se soumettant aux points de vue décrits plus haut, en y ajoutant le degré de ressentiment, de volonté de mépris ou de vengeance qu'il souhaite manifester par dessus tout. Il peut se plonger dans la misère populiste souffrante, exprimant la vilenie éternelle d'un monde injuste soumis au diable. Il peut se chier dessus et nommer des démagogues, il peut accentuer son malheur en exigeant au nom de la morale des lois absurdes. Bref, tout est possible. 

    Mais il peut aussi avoir de la chance et majoritairement s'entraîner par contagion a accepter une bonne organisation, celle qui patiente mais dans un temps limité produit un mieux par des paris sur l'optimalité de certains entrainements sociaux. Plus prospère et plus confiante en elle, une société peut alors progresser et donc mécaniquement s'occuper mieux des plus désespérés, qui lucides et apportant leur soutien, réduisant les risques que détachés de leur nation, des composantes entières de celle ci ne partent à la dérive.

    A ce point pourrait s'exprimer une conception du monde en quelque sorte à cheval entre libéralisme des nations et libéralisme des individus: celui entre les classes sociales et culturelles, à l'intérieur des nations. Peut on voir une main invisible contrôler les composantes politiques de la nation, régulant leurs intérêts conflictuels ? Je ne le crois pas, ces groupes d'individus au même comportement ne sont que des aggrégats issus des interactions individuelles et les classes sociales s'opposent bien à la nation, considérer leur existence n'aboutissant qu'au fétichisme du prolétariat et Staline a tort. Non, il y a bien de la Nation et donc le sentiment d'être issu des classes qui forment la nation et la considération d'y retourner si ça se passe mal, l'essentiel étant préservé. Il n'y a pas d'"être riche", alors qu'il y a un être national et historique. 

    C'est pour cela que les dérives démagogues et les folies fascistes sont NOTRE problème et ne peuvent être considérées comme des forces extérieures à combattre, mais comme des concitoyens à convaincre et à nourrir physiquement et spirituellement. Oui, ll faut respecter la xénophobie de ceux qui se  refusent à avoir des voisins noirs ou trop bruyants, oui, il faut respecter l'hypocondriaque smicard qui exige que son mal de tête soit soigné sans que cela ne le ruine. Ces gens sont le peuple, ceux qui participent à l'élection que l'on accepte de perdre. 

    Il y a dimanche en Italie un choix qui va être fait. Que des ensemble nationaux de cette importance (la troisième économie de la zone Euro, tout de même) se livrent à de tels paris foldingues au nom de la liberté pour maintenir le principe même du choix libre du peuple montre l'importance de ce principe, et peut être son aspect dérisoire. Mais le résultat du pari, si il est gagné sera l'occasion d'une joie intense pour bien des gens en Europe. L'Italie a l'occasion de se grandir. C'est un allié et sa prospérité nous profite, je la souhaite donc. Le désastre de la mauvaise conduite de son peuple, alors qu'elle a tout de même pu produire un dirigeant courageux (quoiqu'un peu vicieux, et un peu suicidaire), serait cependant un signe pour le nôtre et un encouragement à se mieux conduire. Mais rien n'est écrit.  

     

    P.S. Ricardo Muti à Milan fit chanter les spectateurs pour protester contre Berlusconi: 

    https://www.youtube.com/watch?v=the9_fs1Za0

    Nabuco fut utilisé pour protester contre l'Autriche, il y a un siècle, faut il protester contre l'Europe aujourd'hui ? Faut il tirer prétexte de son mal être européen ou autre, pour ne pas vouloir se réformer comme il faut ? La grandeur des peuples consiste à en décider. Viva Italia ! 

    P.S. 2 En parlant d'Autriche, le pays de Sissi et d'Hitler va donc choisir son président Dimanche entre un vieil écolo sympa et un facho. Ses frontières enfin fermées, le peuple va peut être exprimer le souhait d'avoir à éviter d'exterminer encore une fois l'un de ses ennemis héréditaires, ou pas. 

    P.S.3  Les peuples ont choisi: l'écolo en Autriche et No en Italie. Le contraire de mes prévisions. Comme quoi...  

  • Les économies

    On se contentera de quelques chiffres pour soutenir une argumentation subtile, presque impossible à saisir, tant sa complexité et surtout son évanescence épithéliale est arachnéenne. 

    Les dépenses publiques, au coeur des politiques à mettre en oeuvre ont deux aspects, les sociales et les étatiques, et se matérialisent en pourcentage du PIB, c'est à dire de la richesse annuelle produite.

    La France est en tête de peloton dans l'ensemble des pays industrialisés : 57/32 (57% de dépenses publiques, 32 de sociales). La Finlande c'est 58/31.

    Il faut bien comprendre qu'aux US, on a 38/19, champion du monde avec la Pologne, 38/20

    Donc deux extrêmes entre 60/30 et 40/20.

    L'Allemagne: 44/26 et L'Angleterre, 43/21 sont  au milieu, mais plutôt (tu parles) dans la fourchette basse.

    L'Espagne 45/27 et l'Italie 50/29 sont la fourchette haute. 

    L'endettement de la France, à 100% du PIB, est en croissance continue, et se trouve employé au paiement des dépenses courantes non financées de la fonction publique et bien sur des "assurances" sociales. Une réduction de ces dépenses est souhaitable, avec une ampleur à déterminer. 

    Fillon, le célèbre écorcheur de bébé, le tueur de femmes enceintes, le dracula de la mayenne, veut aller à 50/30 en cinq ans. Le défi est immense, et la difficulté de la tache gigantesque, toute la société française va devoir s'opposer à cette destruction de l'état et de l'assistance sociale, nous renvoyant au moyen âge, à Vichy, et à Auschwitz.

    Il y a donc deux absurdités insupportables qui vont nous être présentés dans cette campagne qui commence: d'une part que la situation française est acceptable et possible et qu'il n'y a pas lieu de la changer, d'autre part que l'objectif visé est insupportable, indigne de la civilisation et impossible à atteindre.

    Je conchie et méprise les salauds et les cons qui vont se prêter à cette mascarade et les prévient: nous gagnerons et la France sera sauvée. Nous trainerons les cadavres mutilés de leur famille derrière nos chars et nous donnerons à nos porcs leurs coeurs, arrachés palpitants. Mort aux cons ! 

     

     

  • Les lignes de fracture

    Une ligne de fracture traverse tout l'occident, de la Russie aux US en passant par l'Europe. On peut la suivre aussi au moyen orient, mais sous une autre forme, cette fois incarnée et au combien, le sang en coule. 

    Il s'agit une montagne, ou plutôt d'une cicatrice: au sommet de la ligne, un fossé infranchissable qui fait que même après avoir escaladé la fronce, on ne peut sauter le ravin et passer de l'autre coté. 

    Car il y a deux camps dans le monde, celui du bien et celui du vrai, et ceux-ci n'ont plus rien à voir. Du coté du bien, toute la satisfaction du monde récemment moderne, qui persuadé de la fin des vieux clivages, veut se consacrer à la négation du mal, de l'égoïsme et de la pauvreté. De l'autre, l'humanité normale, que dis je celle qui émergea un peu moins récemment et qui inventa ce qu'on appelle encore l'occident, situé aujourd'hui à l'ouest mais d'abord une idée, c'est à dire une invention et donc parfaitement transmissible et aussi destructible. 

    On va faire court: l'indistinct mélangeait tout dans le religieux initial, seul lieu de l'expression non guerrière et non agricole. On y trouvait le beau, le bien et le vrai, tous confondus dans l'adoration. L'antiquité grecque tenta la première sortie de la barbarie en extrayant le beau d'abord, puis le vrai; le bien, oublié, n'étant qu'une loi d'arrangement, une variante du vrai, le monde étant tout cela à la fois, et les hommes soumis aux dieux, leurs simple utilisateurs conscients, mais désespérés par leur cruauté. Le premier monothéisme inventa le bien, sous la forme d'une loi morale qui scellait une improbable et profondément innovante alliance avec un divin qui se trouvait contraint, pour la première fois. Mieux, lié par sa férocité à quelque chose de différent de son plaisir, le divin se trouvait en quelque sorte dépendant de ces hommes là. Le début de la fin.

    Localisés par les hasards de l'histoire sur la toujours disputée terre de palestine, les mondes grecs et juifs entrèrent en fusion, et après quelques siècles d'entre embrassades, un prophète d'un autre type innova en sortant du néant quelque chose de prodigieux, et qui est l'articulation hors du religieux des trois principes, fondant ainsi une civilisation autour de la dynamique entrelacée de 3 concepts indépendants associés librement pour détruire le religieux, privé alors de son unique raison d'être. 

    Naturellement la force de cette idée ne s'exprima pas tout de suite, et il fallut bien de l'histoire pour que le pot aux roses soit découvert, pour que l'hyper principe de liberté se manifeste et pour que Dieu finalement meure. Simultanément et comme un prix à payer, on tua le beau aussi, enfin on essaya et on y réussit presque, bien que le souvenir en demeure et que donc on puisse le recommencer un jour. Au même moment, la fin du religieux tenta aussi de détruire le vrai, sous la forme de variantes absurdes des sciences de l'histoire et des peuples que les deux plus grandes tyrannies de l'histoire tentèrent d'imposer avec des crimes inouïs. 

    Récupéré du néant par des sciences juives qui elles surent utiliser la fission atomique à leur(notre) avantage, le vrai triompha avec un essor des sciences qui dépassa tout ce qu'on pouvait imaginer. Au point de renverser l'équilibre qui le fait lui aussi composite: il noya le sens commun au point qu'on voulut lui substituer le bien, le juste, comme garantie, soit disant, de l'évitement de la violence qui venait de se terminer, brutalement (c'est le moins que ce qu'on pouvait dire). En fait, les plus extrêmes violences continuèrent, à l'Est, et finirent par un rideau de fer qui s'abattit pour quarante années. Piloté par les tenants du bien et de leurs amis, soutiens et idiots utiles. Ils subvertirent toutes les philosophies, toutes les intelligences, toutes les morales et cela aussi à l'Ouest. Ils échouèrent comme nations, comme autorités, comme partis mais l'écume, l'odeur, que dis je la puanteur, la terrible puanteur de ces idéaux là resta imprégnée dans leur chair: celle de ce qui fut la gauche, des PSA aux PSU en passant par les PS et tout, tout ce qui se réclama, se réclame et se réclamera de cela jusqu'à la fin des temps. Qu'ils soient maudits et à jamais promis à l'enfer tous ces gens, tous ces "idéaux", tous ces socialismes. 

    Que trouve-t-on chez ces gens? D'abord l'esclavage: la pensée des lumières, c'est à dire la force organisatrice de la liberté, hors de toute centralité divine ou étatique leur est inconnue. Ils la nient absolument et ne veulent qu'une tyrannie de fonctionnaires au service d'un parti, le parti du bien. Celui ci justifie ses pouvoirs, ses crimes et ses corruptions insensées au nom de la justice, de la paix et de la vertu qu'il ne possède que du fait de son adhésion proclamée à l'infecte divinité du nom de socialisme à qui l'on sacrifie le destin du peuple, c'est à dire sa prospérité, et sa liberté.

    Pourtant à  jamais déconsidéré par les pires crimes, cette conception du monde sert pourtant de spiritualité à la moitié du monde occidental, mieux, elle se sent tellement sure qu'elle entreprend de ruiner la famille, de supprimer les nations, de mélanger les peuples de force. Sans assumer une tyrannie, elle se propose au contraire de tout subvertir, qui plus est au profit d'une nouvelle caste de super riches, des joueurs de football et des émirs qui reconvertissent leurs salaires et autres pétrodollars avant l'extinction de leur gisements. Cela sous les yeux gourmand d'un tiers monde asiate menaçant qui s'apprête à déferler. Ce qui déferle aussi ce sont les bons sentiments, les appels à toutes les spoliations au nom de la solidarité, à toutes les corruptions au nom de la défense des intérêts des fonctionnaires. Et tout cela se voit, et cela s'abomine.

     
    La voilà la fracture au sommet du clivage:  une haine atroce et inextinguible, une volonté maintenant affirmée et que les coups de marteau contre un mur ne suffirent pas à apaiser: nous voulons le coeur arraché de la gauche rouler à bas de la pyramide et les cadavres pantelants des hétaïres paritarisées violées rouler dans les égouts de nos déjections ! Ahhrghhh ! 

    Voici donc où en est le mâle blanc hétérosexuel: un brin furieux. 

    En particulier contre certaines analyses de la victoire de Trump. Ainsi la quasi totalité d'entre elles évoquent la question sociale. 

    D'un coté, la gauche éberluée, qui passa deux ans à traiter de raciste et de misogyne un milliardaire distingué qui dénonce à raison une cynique qui fut accusée de racisme en 2008 par un Obama en campagne et qui défendit son violeur de mari à coup de milliers de dollars pour acheter le silence des victimes. Le coup des propos "obscènes" vieux de dix ans révélés un mois avant l'élection fut particulièrement bien joué: absurde et convaincant les crétins, il ne marcha pas, au point qu'on puisse dire après coup: "well done Hillary, but not strong enough".

    Des représentants distingués de l'élite intellectuelle, gagnants de la mondialisation, ne supportent tout simplement plus la vieille blonde hypocrite, et ce physiquement, au point de fantasmer presque ouvertement sa mort violente, ont voté Trump avec enthousiasme, tant il représente la fraicheur, la spontanéité et surtout, la sincérité, pour ne pas dire l'humanité, la seule que l'on respecte. On en est là. Cela n'a rien à avoir avec un vote de perdants déclassés au chômage dans la forêt qui réclameraient une sécurité sociale. Celle ci, dont le site buggé à mort ne fait qu'exiger des sommes supérieures à celles des assurances privées antérieures sera abolie par le vainqueur de l'élection. Un comble. Point de petits blancs en quête de prébendes là dedans: bien au contraire, la haine de la corruption a prévalu et le socialisme est une corruption, c'est comme cela que le peuple américain l'a toujours perçu. 

    De l'autre coté, une droite centriste dont le discours, en gros similaire au précédent, est davantage inquiet, car plus près du manche, n'a pas pris la mesure de la situation et veut se la faire avec une autre tactique. Il s'agirait, non pas de lutter contre le racisme agressivement, mais de "rassembler" pour apaiser les furieux, les câliner et les rendre heureux. On met en avant de bons arabes gentils (le foutage de gueule mielleux de frères musulmans patenté n'est pas détecté) et on prédit l'union nationale de tous avec tous en la conduisant depuis Bordeaux, là où ça marche. On soignera le problème social avec une réduction des réformes indispensables, la maitrise de la goutte d'eau à ajouter étant millimétrique. Tout pour plaire: inefficacité, angélisme, exactement ce qu'il faut pour que ça pète à la fin. 

    Pourtant la chose est évidente: malgré la boue médiatique et l'obscurité qu'elle induit dans les esprits vérolés par les paroles publiques hypocrites et dénuées de sens, l'électeur peut toujours faire ce qu'il veut et choisir non pas le pire, mais ce qu'il reconnait comme lui convenant et l'offre, encore libre, permet de faire émerger des choix qui peuvent convenir. C'est ce qui c'est passé avec Trump: un personnage à peine politisé, il n'est pas issu des républicains traditionnels d'Amérique, a émergé, il a plu, il a vaincu. 

    Le vote pour lui n'est pas social. Il n'est pas non plus "raciste": bien que principalement orienté contre les peuples allogènes perçus comme envahissants, ce sentiment, contrairement à ce que croit la gauche, est naturel estimable, justifiable et respectable, il est celui de tous les peuples qui veulent maintenir leur intégrité. 

    Ignorer ou détester ce sentiment est un crime. Que ce soit au nom de son propre intérêt (ah quelle est belle la générosité du maghrébin en voie d'inclusion pour les nouveaux arrivants sans papiers venus du moyen orient), ou bien de la stupide bêtise du petit blanc manipulé qui a renoncé par négligence culturelle à son histoire, ou pire, par culpabilité historique à sa fierté culturelle. Sans parler de l'infecte démagogie du chef de parti qui pour gonfler les chiffres du peuple qu'il veut défendre, a besoin de pauvres, qu'il doit importer (à grand frais) du tiers monde.

    Quand est il des autres acteurs ? Nous avons bien sur le parti raciste historique, en fait faire valoir du premier sentiment et qui croit dur comme fer à la théorie nationale socialiste, comme il se doit. Il croit qu'il est en position de ramasser les billes, il n'est pas un parti en fait, juste un exutoire qui ne sera qu'un fauteur de désordre. Bien pire est possible, il n'y a qu'à voir ce que sa stratégie de dédiabolisation suscite comme mépris chez les vrais poilus, je pourrais en être et mon imagination est sans limites. 

    Nous avons aussi le petit corrompu de droite qui croit avoir du bon sens: on nous sort les gaulois, puis on s'excuse en y incluant les martiniquais susceptibles, bref, un mélange hongrois qui sent la soupe. En parlant de soupe la double ration de frites pour remplacer le jambon vaut son pesant de "c'est ça la république" répété trois fois.

    On croirait du Trump ! En est ce ? A priori oui, mais il y manque quelque chose: la dénonciation de la vieille corruption politicienne, ancienne et connue, celle des moeurs, celle de l'argent des conférences présidentielles (Clinton y fit fortune). Comment cette dénonciation pourrait elle être utiliser pour séduire ? Elle serait suicidaire...

    Ami des tapies, balkanys, et autres héros de la pureté raciale et financière, Sarkozy est évidemment un Clinton et sa tiédeur à faire suer le fonctionnaire et l'ouvrier aux 35 heures en est le témoin: un mou démagogique, qui voudrait, c'est une honte, baisser les impôts des pauvres au lieu de les mettre au boulot. Un communiste. 

    Trump est donc incarné en France dans la personne de François Fillon! (Vous l'aviez pas vu venir, celle là?). Porteur de la première vraie tentative, à la Française, de rompre avec la langue de bois, il parle franchement et avec la reconnaissance de l'invasion c'est sans doute la seule chose que le peuple peut sentir et apprécier.

    Cela n'est pas fait de manière vulgaire: l'homme est un bourgeois en apparence timide. Mais la franchise est entière, on ne peut lui reprocher que son silence d'homme politique qui a des règles à respecter: il accepte en principe la victoire électorale de personnages qu'il dénonce. Au moins n'en seront responsables que les électeurs. Au moins, il le dit, quoique et je le lui reproche,  sans grande clarté... 

    Mieux que cela, il instaure et rend possible une manière de parler que nous avions perdu l'habitude d'entendre, au point de penser qu'elle soit devenue impossible. Au point d'identifier le politique au mensonge, à l'hypocrisie, au désespoir du pis aller. De fait, qu'il perde ou non, il aura montré qu'on peut exprimer des vérités simples sans une démagogie qui "serait" nécessaire. Que tous les gagne petits et les habiles, les humanistes et les lèches culs soient maudits: ils auront toujours tort, et nous les détestons. 

    Sur l'économie, il met franchement et avec calme le peuple face à ses responsabilités: il faut bosser plus si on veut s'en sortir tous. Cela peut marcher et profiter à tous. Sur l'immigration il se contente de vouloir voter des lois qui en déciderait et puis, il y a une musique qui s'élève: on pourrait aussi les appliquer. Sur les folies islamistes, pareil: il se vante, et contre la principale organisation islamique de France, l'UOIF, de vouloir s'en prendre aux frères musulmans. Sur la politique étrangère, il fait comme Trump: il s'entend avec la Russie pour lutter contres les gens qui assassinent nos concitoyens.

    Ainsi, il n'est pas un démagogue, il ne promet pas tout et son contraire, il semble mesuré, respectueux des lois. Il est pourtant le seul porteur d'une puissante réforme libérale et nationale, à la hauteur de celle de 1958 et pour le bien évident du pays, tous ceux qui ont abordé le sujet le savent et le disent. A t il la meilleure tactique ? Tel point peut il ne pas marcher ? Il essaye et propose et il est le seul sur le créneau. Plus que neuf jours. 

    Alors ? Où est il, sur la fameuse ligne de crête ? Et bien il est une épée et il l'enfonce, il la tranche, il la pulvérise. 

    Car le sujet sur la trinité mérite d'être complété. Le vrai est une épée, une arme, une technique. Il rompt avec les mensonges de la faiblesse, soumise à et instrument du bien laissé seul en charge des mensonges qu'on se fait à soi même. Car ce n'est pas beau que de se laisser aller au bien: la beauté reconnait l'éclat des épées et le courage, dans le domaine du bien c'est aussi celui de la vérité. Bref, la trinité fondamentale, seule capable d'exprimer les trois principes fondamentaux des attitudes humaines d'abord séparés et ensuite en dépendance, se doit d'être magnifiée. La reconnaissance de cette instabilité du spirituel s'appelle la liberté, le concept englobant qui laisse l'esprit vagabonder dans toutes ses expressions, librement et justement. 

    Car il n'y a pas de haine qui tienne et la seule qui vaille, celle que l'on doit combattre, est celle de la liberté.  

    Qui n'en veut ? 

    (un peu abrupt,mais le sujet l'exige). 

    P.S. Une très intéressante analyse à l'américaine http://www.laviedesidees.fr/Redneck-blues.html.

    En gros, le "grand paradoxe" (les pauvres blancs des US, les "red necks" votent contre le social). Et bien, on a plusieurs interprétations: la pauvreté est la marque de la déchéance protestante que l'on mérite moralement, et aussi que le pauvre blanc ne pouvant que dominer le noir devient le raciste essentiel, contre la solidarité donc. Pour finir, c'est aussi l'élite blanche qui dénonce les racistes red necks depuis l'origine des US. Un grand pays, vraiment, et qui ne se réduit pas aux petites lois économico sociales des européens à peine sortis du communisme.

    Vive la liberté ! 

     P.S.2 l'article prémonitoire de Michael Moore 

    http://www.huffingtonpost.fr/michael-moore/cinq-raisons-pour-lesquelles-trump-va-gagner/ 

  • Le truc de Schubert

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    Lire la suite

  • BWV 99 Was Gott tut, das ist wohlgetan

    Ce que Dieu fait est bien fait... Le inch allah luthérien allemand, mis en musique par Bach, lui même... 

    Bon on suivra le texte suvant: http://www.bach-cantatas.com/Texts/BWV99-Fre6.htm

    aprés avoir pété un franc suisse à Bachstifftung pour écouter ça dix fois. 

    http://www.bach-streaming.com/what-god-doth-that-is-rightly-done-bwv-99-video.html

     

    L'ouverture est guillerette, mais en fait à la Bach ultra hiérarchisée et complexe, toutes les nuances de la bonhommie étant explorées tour à tour, comme de juste. 

    tadadam avec le rappel rentré, et hop ca remonte encore une fois pour bien poser la structure.

    Apparaissent donc alors ce qui marquera la brêve période de notre temps précieux soustrait au monde: la présence simultanée et obstinée d'une flute et d'un hautbois (dit d'amore par la volonté du maitre).  Et puis les voix arrivent, par en dessus et ça le fait. En parlant de maitre, on est là dans l'affirmation de la paternité bienveillante, quasiment champêtre. Cela se développe, vous êtes pris. 

    Un récitatif. Vous ne perdez rien pour attendre.

    Puis l'air de ténor entièrement dissonant. La flute laissée seule se confond en désespoir par en dessous, et la voix ahahahah essaye de lui échapper. 

    Erschüttre dich nur nicht, verzagte Seele,
    Ne frémis donc pas, âme désespérée,
    Wenn dir der Kreuzeskelch so bitter schmeckt!
    Si le calice de la croix a pour toi un goût si amer !

    Nous y sommes donc et la dissonance cognitive, spirituelle et le reste se manifeste puissamment: 

    Obgleich die Süßigkeit verborgen steckt.
    Encore que la douceur en soit cachée.

    Et c'est bien tout le problème, la répétiton de la chose en descente délicieuse d'un mal au coeur délicieux qui n'en finit pas de descendre dans le désespoir de l'amertume faite musique pour notre délice... Ne frémis pas, non ne frémis pas... Tu parles et la flute, la flute.... La fin abrupte et aigüe, est la seule remontée musicale.

    Un mot au sujet de la flute, instrument magique, sacré, préhistorique, terrifiant, ensorcelant: il enchante ce délire hors de tout, qui glisse dans l'au delà. Seule avec le ténor, on atteint là, brutalement un sommet de Bach et je ne rigole pas. 

    L'Alto s'avance et tente de synthétiser. Mais ce n'est qu'un espoir, et il va falloir maintenant passer à la casserole. D'abord l'Alto qui récite. 

    Wenn man genug geweinet,
    Lorsqu'on aura assez pleuré,
    Kommt endlich die Errettungszeit,
    Viendra enfin le temps de la délivrance,
    Da Gottes treuer Sinn erscheinet.
    Où se manifestera la sincère loyauté de Dieu.

    Ca se termine bien, en apparence. 

    Viens alors le duetto de BWV 99, l'une des plus extraordinaires moments musicaux qui soit: la recherche réussie de l'accord absolu. Conçue comme une marche progressive de deux tacherons associés alto soprano comme humains, flute et hautbois comme machines toute la marche progressive vers le point suprême, est mené en plusieurs étapes pour finir dans un bref échange, redoublé dans deux motifs accordés en fait parfaitement et à quatre. Cela s'appelle la "crux" et quelque soient les significations multiples qu'on peut lui accorder, force est d'admirer le combat, et ce que l'on en obtient. 

    Le bachstifftung est extraordinaire, à la bonne vitesse avec le bon équilibre des voix: https://www.youtube.com/watch?v=KBjvsHCv0Zk

    Cela commence avec la machine flute et haubois, une première fois. Les voix d'abord dédoublées se synchronisent plusieurs fois, et à chaque fois cela repart avec le décalage pour finir finalement dans l'incroyable

    Wird auch künftig nicht ergötzet.
    N'aura pas non plus à l'avenir à se délecter.

    Mais avant cela, il faut passer par le terrible 

    Wenn des Kreuzes Bitterkeiten
    Si les amères souffrances de la croix
    Mit des Fleisches Schwachheit streiten,
    S'attaquent à la faiblesse de la chair,

    Méditation incroyable sur la terrible nécessité, recherche éperdue, l'argument retourné incroyablement tordu, qui reprend bien sur, c'est un miroir comme toujours, le "bitter schmekt". Mais bon sang, de quoi parle-t-il ? 

    Cela se termine brutalement après le silence des voix, par les deux machines, elles aussi accordées en une brève reprise. Voilà. Combien de litres de larmes furent versés sur ces moments là? 

    Puis, on en revient au début, c'est à dire à la maison, c'est fini, vous pouvez rentrer chez vous tranquille, papa s'occupe de tout. C'est ce que dit le choeur. Il en profite même pour vous faire un dernier retourné... Quel culot.

    Drum lass ich ihn nur walten.
    Aussi n'ai-je qu'à le laisser agir. 

    C'est ça, bien sur. C'est court, et c'est fini maintenant. Le silence qui suit, accablé, nous laisse sur terre.

    99 est ainsi donc une merveille totale, une cantate de Septembre, du deuxième cycle, jouée en 1725. C'est qui qui est l'auteur de ce truc ?

     

  • Les pédagogies

    http://nathaliebulle.com/wp-content/uploads/pdf/rn-publicain-pn-dagogistes_20130315_153612.pdf

    est un texte précieux, fait de ce ne que pourra jamais produire le simple journalisme. Une analyse et une réflexion, ce que ne sera jamais une simple description. "L'école et son double" est l'ouvrage de la dame. 

    D'abord comparer Dubet et Meirieu à Brighelli et Finkielkraut fait beaucoup d'honneur à deux journalistes, mais qu'importe, il se pourrait que d'autres noms se mettent de la partie, il faut le dire inégalement représentée (c'est quoi cette figure de rhétorique, le français est trop intelligent, ou trop poétique). 

    En gros, des théories indubitables, confortées par le plus ancien savoir du XXème siècle, déroulent sous nos yeux leurs conséquences incontournables sans que nous n'y puissions rien, car nous n'y comprenons rien. Il semble que cette Nathalie Bulle, pourtant du CNRS, soit une redoutable salope (au sens des années 70) et nous permette de découvrir (au sens de soulever le couvercle) le fameux pot aux roses.

    D'abord, on ne conçoit jamais de grande théories hors d'un contexte idéologique bien précis dans lequel de grandes idées souvent inconnues du public (et j'en fait partie) ont acquis leurs évidences à l'écart du public (et j'en suis). Je veux dire par là que ce qui parait incompréhensible n'est souvent pas du à l'apparence du monde soudainement devenu absurde ou pervers, mais bien à ce qui justifie qu'on le fasse tel et qui un ensemble de doctrines écrites, accessibles pourvu qu'on y prête attention, et justifiant, voire prescrivant avec cohérence et volonté justifiée les actions qui conduisent à l'absurde.

    Les pédagogies qui finissent actuellement de ruiner le système éducatif français et ceux qui en "bénéficient", sont issues d'un ensemble de conceptions particulières au confluent de la philosophie, de la sociologie et du politique que l'on se doit de rendre visible.

    D'abord le politique. C'est la thèse de Nathalie Bulle qui explique bien le débat "scientifique" normalement tourné vers la possibilité de connaitre au sujet de la relation pédagogique fut retourné en considérations susceptibles d'être soumise au débat démocratique, et donc sujet aux question de préférences partisanes, le public étant libre de choisir entre une droite et une gauche sur ces questions. Teintée par la droiture, la relation maître élève fit les frais de la chose, le fameux slogan "ne dites pas "monsieur le professeur", dites "crève salope"" n'ayant sa validité que là.  

    On passe donc au sociologique. Bourdieu le chéri de ses thésardes, (est ce lui qu'on appelait "la poutre", à cause de ce qu'il mettait dans l'oeil de ses victimes, je m'égare?) théorisa avec la "domination" l'aspect pédagogique de la chose, toutes les théories de tous ses disciples ayant depuis vocation à changer l'inéluctable inégalité du normalien dominant (voir plus haut) en fait terrible, profond, et quasi hitlérien ressentiment de classe encastré dans la plus terrible, la plus vulgaire, et surtout, ce fut un professeur, la plus fausse des idéologies sectaires.  

    Incompréhensible et inopérant auprès de ses collègues qui le méprisait pour ses turpitudes, le gros communiste se consacra à laver le cerveau d'une certaine classe de demeurés, qui cherchèrent à toute force à appliquer ces théories sectaires dans le domaine qui était le leur, l'humilié, mal payé et qui n'avait rien à voir, métier de professeur des écoles. Désintéressés (tu parles, leur salaire minable, gage de leur liberté et de leur responsabilité, faisait foi) par les matières qu'il enseignaient sans gout, ils se mirent à autre chose, c'est à dire au pédagogisme. 

    Je suis sévère: le prof en général restera mon héros en ce qu'il se consacre bien sur à l'apprentissage, et pas à ses matières, qu'il le fait pour rien et que cela est injuste, mais que justement, et c'est Adam Smith qui le dit lui même, il le fait par ce qu'on le reconnait. Car l'amour infini que l'on voue au prof de maths qui vous révéla la racine carrée vaut tous les salaires. La pédagogie n'est pas en cause: il y a de l'humain dans le prof et le fameux rapport est d'abord l'un des plus difficile qui soit, voisin de la relation amoureuse et ce sont les grecs qui le disent, là encore je m'égare, car Bourdieu en avait bien sur, tiré les mauvaises conclusions.

    Quoiqu'il en soit, garant de la civilisation de l'honneur, le prof mérite, comme le fantassin qui meurt le premier jour ou qui devient maréchal de France à force de succès magnifiques, tout le respect qu'on doit au vrai courage. Ce sont les ordres qu'ils reçoivent et les stratégies qu'on leur ordonna de mettre en oeuvre qui conduisirent au désastre. Ils le firent en voyant ce qui se passait, et en tentant de combler les manques qu'ils voyaient. Certains furent acquis à la cause immonde et délibérément ravagèrent, d'autres ne comprirent rien à ce qui se passait. Mais les responsables furent leur officiers, et il faut maintenant faire feu sur le quartier général. 

    Les hiérarchies de classes et de savoir que je décrivais en sociologue plus haut n'agirent bien sur pas que sur les biffins. Toute une hiérarchie à la fois épiscopale et militaire (le mot "mammouth" ne fut pas inventé pour rien) est à l'oeuvre et le phénomène se produit à toutes les échelles. Mieux, le ministre lui même, prototype de la stupide mijaurée au cerveau lavé, même pas francophone en plus, est victime de la terrible incapacité citoyenne à appréhender la nature du monde, à en choisir les degrés de liberté. Dans la société du savoir, la convention absurde, masquée par l'hypocrisie et la corruption fait office de nature, et il n'y a plus de choix: le politique en ce qu'il est de gauche et que tout le monde est de gauche est devenu obligatoire, la religion de la connerie a tout transformé en culte et qui discute du culte ? 

    Venons en à ces fameuses théories, c'est là que c'est intéressant. D'abord, une distinction fondamentale, liée au fameux "constructivisme" dont l'ampleur de la nocivité ne lassera jamais d'étonner.

    Il n'y a pas construction de l'être par la raison, mais apparition de la raison à partir de l'être.

    Pardon de cette forfanterie, qui me conduit à improviser des aphorismes sans doute inexacts, mais il s'agit bien de cela. Alors que bien sur toute l'histoire de l'humain est celui d'une émergence progressive des structures logiques explicites de la civilisation à partir des magmas implicites biologiques et tribaux, ce qui remet en cause toutes les doctrines de la révélation et de préexistence de quoique ce soit d'intelligent à l'intelligence humaine, il n'y a aucune raison d'appliquer ce merveilleux principe naturel à la transmission du savoir à nos enfants: par définition le savoir se situe hors du biologique et de la théorie de l'évolution, et vouloir appliquer le même mécanisme au domaine par essence symbolisé de la relation d'apprentissage est une généralisation hâtive, voire maladive, voire fausse, voire gravissivement fausse.  Elle semble à l'oeuvre, nos intellectuels sont des cons, et on vient de s'en rendre compte.

    Cette histoire de l'opposition du symbolique et du naturel est ancienne et se trouve sans doute à l'origine de bien des vocations et bien sur de forêts entières de livres incompréhensibles, tous consacrés à paraphraser la grande découverte: la description de l'évolution du cerveau des singes vaut pour celle de l'embryon et aussi pour celle de nos enfants à l'école: adaptation au réel, construction progressive et conventionnelle par l'imitation de la capacité à faire semblant de savoir. C'est cela la pédagogie, c'est cela l'idéal de l'humain que l'on obtient après application de la technique en question.

    Il faut bien comprendre qu'avec cela, on rompt avec quelque chose. En fait avec trois choses. D'abord avec l'évident principe que les différents mondes de l'univers ne sont pas forcément en correspondance ou en sympathie comme le pensait l'ésotérisme de la renaissance. Voilà pour ta gueule déjà, crypto gnostique demeuré.

    Ensuite que le symbolique comme marque logique de la représentation digitale, bien qu'il ait ses limitations et on en a parlé a aussi d'immenses avantages et le contrôle de la nature par la raison à développer chez les enfants et les jeunes adultes est un aspect fondamental de la poursuite de la civilisation. S'y vouloir soustraire c'est recommencer l'évolution simiesque, ce qui constitue une régression, disons une perte de temps. Voilà pour ta gueule toi qui veux élever ton fils sans faire de différence avec ton chimpanzé.

    Pour finir, le symbolique désigne aussi le caractère effectif de la distinction entre maitre et élève, entre parent et enfant et structure la nécessité de l'obéissance, le respect de qui a raison se devant d'être acquis, au besoin par la force, dès le plus jeune âge.

    Le savoir est volonté d'avoir raison, de prouver par soi même le contact avec le réel assimilé avec le vrai, c'est la meilleure des éducations. Tout doit être démonté et analysé comme il est, depuis la souris jusqu'à l'ordinateur qu'on doit disséquer dans ses tréfonds. Le contraire du rap au milieu des immeubles et de l'adaptation type culte du cargo à du presse bouton adaptatif. L'école primaire doit justifier ce qui distingue le bébé humain du lémure et non pas ce qui les identifie. La physique n'est PAS une science naturelle, soumise aux opinions sur la théorie de l'évolution ou à l'infériorité niée ou prouvée du cerveau des femmes: elle est l'identification de la loi naturelle à la formule mathématique et cela ne se discute pas ! 

    A partir de là on a ce qui constitue l'effroyable oppression (capitaliste, pourquoi pas, le mot est disponible) que subissent les pauvres chti enfants des classes supérieures qui ont la chance de profiter de doctrines pédagogiques traditionnelles. La reproduction, comme dirait l'autre je vous l'assure marche à plein dans les deux mondes, qui sont en train de se séparer irrémédiablement. On reprochait le knout et l'effroyable discipline qu'on imposait autrefois aux classes dangereuses. Nous vivons l'inverse: celles ci sont maintenant laissées à leur désordre, à leur cannabis et à leur rap, sans doute pour les mieux exploiter, que sais-je, la théorie du complot ya ke sa.

    Il y a un autre aspect du pédagogisme est qui est l'égalité. L'égalité réelle bien sur, ya ke sa. Elle est le concept qui nie les différences de puissance cognitive entre les individus, ceux ci ayant accès par droit et donc par nature aux mêmes conceptualisations sous peine de discrimination. Responsables de l'imposition de cette doctrine, les très méritants hiérarques, fonctionnaires bien sur, sont les seuls à être impitoyablement sélectionnés: selon leur adhésion aux règles politiques décrites plus haut. Le vatican et l'armée rouge ont leurs propres lois et critères de recrutement, pourquoi pas l'éducation nationale, sa taille est plus importante. De toutes façon, on ne demande que de s'adapter et le caractère gauchiste ou révolutionnaire de la chose n'est que la marque que l'on porte aux oreilles: un gage de sodomie supportée sans grimace, la révolte muette des esclaves asservis au revenu minimum. 

    Cette notion d'égalité a d'autant plus d'importance qu'elle opère à plusieurs niveaux. D'abord biologique, on l'a vu, elle a aussi un but opérationnel qu'on pourrait résumer par la notion de "nivellement par le bas": une société homogène, socialiste disons le, se doit de ne pas posséder de semi élite qui ne soit pas fonctionnarisée, c'est à dire tenue en laisse et soumise à la discipline du ventre et des hiérarchies militaires. En gros, il s'agit aux sens biologique et social, de nier la notion même de liberté celle qui préside au hasard des naissances, aux déterminations autonomes et surtout aux pensées dirigée par la raison, celle ci étant construite (voir plus haut) on peut la faire et faire faire. 

    Nous y voilà donc pour la doctrine qui préside à l'éducation. Et on dénonce la théorie du genre ! Celle ci, infime partie de la théorisation du monde qui assumée dans la marginalité des lycées des années 80 est maintenant ce qui anime les directeurs de la haute administration, n'en est qu'une forme particulière: construction du sexe, égalité de tous avec toutes, obligation de se conformer aux messages "éducatifs" imposés par le politique.  

    Nous y voilà: les choses sont claires. Il faut donc maintenant détruire tout cela. Non pas déconstruire, cela vient d'être fait ici (et ailleurs, mais moins bien), mais détruire. D'abord renvoyer les hiérarques, la question de leur passage devant les tribunaux se devant d'être agitée pour leur faire peur, réduire leur retraites et aussi faire des autodafés avec les disques durs de leur ordinateurs. Puis on passera à autre chose, des élèves en uniforme à qui on apprendra de force le français et le calcul, cela doit être mené avec constance pendant au moins vingt ans avant que cela fasse quelque effet. En attendant, dictature ? Non, cela ne sera pas nécessaire: la force de la vérité doit suffire et les escadrons de la mort le ne seront que si Fillon n'est pas élu. 

     

     

  • Le déclassement

    A propos de http://www.laviedesidees.fr/La-gloire-de-nos-peres.html

    On retrouve là bien des points de vue que "tout le monde partage", à moins que l'on ne s'y oppose tout en les acceptant, une même chose se devant d'exister, et cela suffit, pour qu'on la discute, ce qui la rend éternelle... 

    La question est celle de l'ascension sociale, forme suprême et incontournable de la perception de l'histoire, que l'on ne peut éviter de considérer principale dans la vie des nations. Elle serait le moteur des envies, la seule justification de la vie, le seul moteur de l'histoire (si tant est que l'histoire ait un moteur... ), la seule chose qui vaille. 

    Alors qu'on nous rabat les oreilles avec la décroissance, on ne nous les tire jamais avec un point de vue bien plus pragmatique et que je voudrais rappeler ici: toute l'histoire des nations et en fait toute l'histoire se fit avec une ascension sociale nulle ou extrêmement lente, et en tout cas animée par des pesanteurs quand à l'égalité des conditions qu'on pourrait considérer comme extrêmes. Nul projet bourgeois, ou parfaitement marginal, en tout cas une société exclusivement organisée autour de son maintien symbolique avec une population rurale exclusivement consacrée à sa survie alimentaire tout à fait majoritaire (foin de médiane et de revenus mitigés à leurs écarts types, disons 80%). Parler de seuil de pauvreté ou de revenu médians à cette aune, qui est celle de la longue durée est tout simplement dérisoire. 

    On en viendra donc à l'idée que la fin de la pauvreté n'est pas une fin, ni un but, ni une tendance. Elle est un accident de l'histoire du à une prospérité provisoire locale et n'a aucune réalité véritable dans la vie des nations.

    Les "trentes glorieuses" dont on nous rabat les oreilles furent une période de grandes souffrances: déracinés de partout, les paysans français de la guerre de 14 furent tout simplement exterminés, le formica recouvrit bien des tristesses, et les inégalités de ces croissances là furent constantes et combattues au delà de tout et nous en venant au fond de l'affaire: la transformation du refus culturel des inégalités lié aux communications et évolutions soclales en un point de vue philosophique voire en une religion ! 

    Les sociétés n'ont que faire des inégalités invisibles et les différences de vies, coutumes et préférences ne sont pas mesurables à l'aune des "revenus" ou de leur distribution ou pire de leur augmentation tendancielle. Il est possible et mesurable que des populations se stabilisent en mode de vie ou de niveau relatif de revenus dans l'ensemble social. Cela s'appelle les classes sociales, disons pour être le plus brutal possible des "castes" et que cela ne soit même pas "conçu" me parait étonnant. 

    Qu'il soit possible à une certaine mobilité de se manifester est évidemment acceptable, souhaitable et à encourager, mais ne signifie en rien qu'elle soit obligatoire. On a tous connu ces histoires de petits bergers qui devinrent diplomate, mais cela ne signifie rien: ni que tous les bergers peuvent le devenir, ni qu'aucun ne le peut... 

    Dans ces considérations, il y a, chevillé au coeur des points de vues de base, même ceux des plus intellectuels d'entre nous, des motivations "cognitives" à la fois puissantes, enracinées et complètement stupides: la confusion du possible et du nécessaire, du droit et de la justice, de l'égalité conceptuelle et de l'égalité "réelle". 

    Parlons en de l'égalité "réelle": ce fut le nom d'un secrétariat d'état dont l'intitulé disparu en même temps que la démission de son titulaire, concomitante avec celle d'Emmanuel Macron cet été. Elle a et aura toujours des ses multiples, mais le sens fondamental, celui de l'erreur cognitive essentielle dont l'expression est le signifiant, demeurera longtemps.

    La réduction des inégalités n'est pas et ne doit pas être un objectif, un but ou une volonté. Tout au plus un effet marginal heureux de la croissante prospérité générale, seule chose à considérer. Voilà la réalité. Car cette réduction là est en opposition frontale, et l'histoire le démontre, avec la paix, la création des richesses et le progrès en général. Que des paysans révoltés détruisent des églises, que des guerres de race ou de prédation brulent des civilisations cela est le réel de l'histoire et n'est jamais ni souhaitable, ni essentiel. Que le monde occidental, hanté par la connerie socialiste post chrétienne s'effondre sous le poids de sa corruption populaire encouragée en son nom est un phénomène similaire: l'humain est capable de tout et n'a de comportement optimal que pour sa gueule ou celle de ses affidés, pendant le temps qu'il a à vivre...

    Car les nations se constituèrent dans l'inégalité des conditions, je dirais bien sur et forcément: c'est la volonté de résoudre des questions fondamentales de survie de soi ou des moeurs de beaucoup, bref, de tout ce qui est important à un moment donné aux populations, et cela n'est pas uniquement l'égalité bien sur, qui mène à de grandes alliances qui dépassent les époques, les familles, et bien sur les classes sociales, alliées en non pas en lutte, malgré elles malgré tout le reste.  Même si elles se constituèrent sur la base d'intérêts, ce ne fut jamais l'égoïsme tribal qui les firent, et cela par définition. 

    J'en reviendrais donc modestement à une conception nationale des histoires, seule capable de donner un point fixe dans le changeant et perpétuel devenir des hommes et de leur volontés. Se maintenir ne veut pas dire évoluer vers une direction, et la force du vivant est bien ce but là plutôt que l'autre. Qui sait ce qu'il veut devenir ? 

    L'idée moderne de la décroissance doit être creusée et a deux significations contraires, voire trois si on y ajoute le mortel désespoir du camp du pire, celui (le camp) de la domination inéluctable à venir par les hordes raciales africaines. D'abord un retour sain aux valeurs fondamentales de la consommation: pourquoi emballer forcément ses yaourts et ses petits pois au delà d'un simple journal réutilisé ? On a là une direction du mode de vie, qui pourrait accompagner heureusement comme fait de civilisation, les plus aventureuses explorations cybernétiques ou médicales. La valeur ajoutée n'a pas éternellement vocation à être extraite de l'inutile polluant.

    A ce point les choses se dédoublent, et les anti spécistes (les ennemis de l'humain donc) proclament l'inéluctable de cette pollution pour mieux imposer l'extermination par la décroissance devenue arme de destruction, l'interdiction pacifiste des autres armes (du moins des nôtres) faisant partie de l'opération. 

    L'autre branche est celle de la vraie décroissance, celle du retour aux âges anciens, fortement ruraux et donc inégalitaires et donc traditionalistes. Là où les vraies valeurs, celle du sang du sol et de la religion contrôlée par les seuls qui savent lire prévaut. Que l'on soit curé ou diplômé de développement durable, la chose est la même. Suis je éloigné de ce point de vue ? Je voulais l'acceptation des classes, l'idéal collectif spirituel, l'adhésion aux valeurs de la nation, je l'aurais.

    La deuxième idée de la décroissance serait donc fausse et confondue avec la première. 

    On voit ici la profonde adéquation entre certains mêmes, et l'effroyable mélange qui peut se manifester dans les brouillards idéologiques. Disons que ma conception du monde n'est pas fondatrice, et se voudrait hors de la nécessité de fonder un ordre militant ou religieux: c'est le réel qui fait les classes sociales et pas la volonté d'un "retour" à je ne sais quoi: disons que je verrais un monde comme stable et mis hors de l'équilibre par les évènements ou le provisoire (ce que j'appelle le "réel"). Le retour n'est pas à vouloir, ou à planifier, mais à accompagner. Encore le brouillard... 

    C'est sans doute pour cela que la vraie pensée du monde doit être ouverte, c'est à dire refusant tout "retour": il n'y a que des stabilités fondamentales des processus et non des ères géologiques dont on doit tuer les dinosaures. Le réel n'est jamais violé que dans les phantasmes des théoriciens qui confondent découverte et invention, encore une violation cognitive. Il n'y a qu'un seul réel, celui du monde et il ne peut être ni masqué ni retrouvé, ni occulté, seulement découvert car déjà là, les associations que nous pouvons faire à son sujet étant ce qui caractérise son aspect "ouvert".

    On en revient à la deuxième signification: il faut dédaigner l'idolâtrie de l'objet vulgaire à la fois inéluctable, navrant et nécessaire soit disant au bonheur  d'une peuple stupide. Que celui ci en soit privé n'est pas du tout un mal, et la transformation de l'employé désargenté en fonctionnaire abruti n'est ni souhaitable ni nécessaire: le sort du bureaucrate communiste n'est PAS enviable et ne correspond pas à une évolution séculaire de la civilisation. Voilà le sens de la vraie décroissance, et cela devrait faire  un sort à bien des volontés d'ascension sociale...

     Car l'idéal de la société de progrès, en gros celui issu du "conseil national de la résistance" , c'est à dire de l'ambiguité laissée au communiste, et dont le socialisme de Mitterand a profité (on pourrait dire "à plein") a fait long feu. Transformé en encouragement à l'immigration (vous savez les africains qui font le boulot et les gosses que vous ne voulez plus faire, et qui donc vous payent, sans rechigner, vos allocs et vos retraites), l'ascension sociale des blancs extraits de leur campagne dans les années 60 doit maintenant s'arrêter. S'agit il d'un déclassement ? Non, d'une reprise en main. Simplement le sentiment national devra être consolidé et il ne pourra l'être qu'autour d'une prospérité organisée autour de principes convenables. Il faut la restaurer, quitte à ce qu'il y ait des pauvres.

    Car le blanc peut être pauvre, il l'a été longtemps. Cela s'appelle les inégalités et pourvu qu'elles s'accompagnent de compensations, elle peut être supportable et supportée, voire honorée. Car c'est le propre, justement, de ce qui fut la vieille religion, qu'un philosophe allemand transforma en apocalypse, de célébrer la pauvreté, comme droit au salut, voire comme condition de celui ci. C'est ce monde là qui alors se dévoua à l'industrie au sens noble, celle qui créa justement une transformation sociale inouïe, et dont on se plaint à tort du premier hoquet. C'est d'ailleurs aux franciscains, ceux qui inventèrent la pauvreté comme condition choisie, que de décrire la richesse et donc d'en codifier la possibilité et donc l'expansion raisonnée. 

    Ce souci ou plutôt cette absence de souci pour la pauvreté dans la nation se traduit à notre époque par une généralisation du droit à manger qui s'étend à tout ce qui rentre dans le champ tactile du crétin tordu. Point d'émois devant la télévision, point de sentiment devant l'affiche du petit au ventre gonflé dans le métro. Michel Drucker y proclame qu'il veut éradiquer la faim, on n'y fait pas attention (il faut ce niveau d'obscénité pour que la vieille dame se laisse escroquer). Quand le réfugié meurt, on gémit, quand il arrive en Europe, dés son premier pas sur le continent objet de son invasion, on se précipite sur lui et on le couvre de tout ce qu'on trouve: couverture, emplois, bises, et tous les billets vers la France et l'Allemagne, organisateurs de ce généreux continent. 

    Comment oser parler de stratégies d'ascension sociale dans un monde capable de telles absurdités ? Ruinant tout sentiment d'appartenance à une histoire, l'accueil irréfléchi du transfert des surnuméraires les plus hardis du tiers monde ruine tout respect, toute solidarité avec les pauvres. Car la haine générée se trouve dédoublée.

    D'abord elle devient celle des pauvres locaux, des vieux pauvres, laissés bien sur seuls à l'avantage indu que constitue une langue déjà apprise sans parler de la connaissance des bonnes adresses (celle des restaurant à poubelles les plus. généreuses). Tout ira vers l'étranger, dont le caractère musulman, par essence menaçant, exige la plus extrême gentillesse, en forme de déradicalisation préventive, donc. Cette aide s'adresse symboliquement aux confrères déjà arrivés et installés, très exigeant sur la générosité, mettez vous à leur place. Les autres s'enfuient dans la ruralité en attendant de revenir en force d'ici quelques siècles, mais ronchonnent. 

    Le dédoublement haineux se fait aussi de la part des riches: à peine installé dans leur bourgeoisie après bien des tracas, voilà qu'ils se tournent vers leur passé pour en éprouver le fond charnel et originel. Que trouvent-ils dans leur ex quartiers? Un tiers monde ravagé par la drogue, l'horreur du néant dont il ne sont pas sortis eux: leur misère fondatrice a été remplacée et il ne reste rien de leurs vieux souvenirs, dont ils ne peuvent que se désolidariser. Misère du monde moderne ! 

    Et on parle de "métissage" ! Le modèle de l'île de la Réunion doit s'appliquer partout et les petits blancs doivent fuir dans leur montagne le temps de les laisser sodomiser un ou deux touristes avant qu'ils ne laissent la place, modernité oblige, au agences de voyages qui organisent les sauts en combinaison dans les cascades. 

    L'excès de souci se traduit donc par une trop grande négligence de la pauvreté véritable, celle qui nous attend tous du fait du déclassement. Pour s'en prémunir, un nouveau dédoublement. Refuser ce sort et exiger que l'on emprunte en plus de tous les impôts possibles pour payer nos soins, nos salaires, nos usines, les locomotives que nous produisons sans avoir de clients. Ou bien accepter ce sort et produire à bon prix le temps que la prospérité revienne, grâce aux marchés futurs monopolistiques que nous devons nous laisser inventer. Car l'injonction de la pauvreté pour notre salut est ambigüe: elle génère la richesse, la seule qui vaille, celle de l'effort historique et de la liberté. 

    On perd sa vie à essayer de la gagner. Quel sentiment peut motiver les peuples sans les contraindre au paradoxe infernal du voeu mal interprété, à l'effet pervers qui ruine l'innocent juste coupable d'avoir trop voulu ? L'amour ? Même pas, ou bien alors un amour soigneusement épuré, tellement qu'il ne puisse égaler aucun de ceux que l'on connait. Faut il que le monde reste ouvert pour que l'on puisse inventer ce qui nous manque !