Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/08/2017

Le coran de Rachid Benzine

Rachid Benzine dont j'avais lu il y a bien longtemps les "nouveaux penseurs de l'islam" décrivant les frasques de Abdu et El Afghani, fondateurs éclairés à la fin du XIX ème siècle du salafisme moderne (et oui), commet une explication du coran destinés aux nuls en forme de dialogue.

http://en.calameo.com/read/005202692621f4f02670c?bkcode=005202692621f4f02670c&view=scroll

Réjouissant mais porteur d'une thèse qu'il convient d'expliciter...

Le Coran est le produit d'un lieu, d'une époque et d'hommes. Voilà la clé, d'après lui. Mais il va plus loin, il (le Coran) respecte les moeurs de la société arabe du 7ème siècle: il ne pouvait changer le mode de vie de l'époque, bien sur.

Cette affirmation en forme à la fois d'évidence et de dépit caractérise le constat. Mieux, Benzine rajoute: le coran "ne fait pas d'anachronisme" au nom d'une règle divine extérieure. Ainsi donc, Dieu se serait "adapté".

Il ajoute: "ce qui n'enlève rien à sa richesse et à son intérêt pour nous".

Et c'est alors le grand commentaire de la sourate 4 (Les femmes), celle qui contient le célébre "frappez les" (qu'on peut traduire aussi par "corrigez les") avec aussi l'autorisation de la polygamie dans la limite de 4.

L'explication, lumineuse et éclairante, et surtout hautement convaincante, est que 1)  la polygamie est justifiée dans le texte du Coran par la nécessaire protection des orphelins et 2)  "corriger"  les femmes (les battre) s'explique par la nécessaire résolution des conflits entre clans, la recherche de la conciliation étant à ce prix.

Voilà donc ce que produit l'islam des lumières expliqué par la figure de proue de l'islam libéral. On y ajoute pas que le coran est parole divine (ou le contraire)

J'avais eu l'occasion à plusieurs reprises de protester contre ses citations du coran, toujours tronquées et à contre sens de l'immédiate interprétation, généralement à la hauteur de ce qui apparait comme un prodigieux et cynique foutage de gueule autoritaire. D'un verset à l'autre, on passe de "nulle contrainte en religion" au mécréants qui resteront dans le feu éternellement. Jamais le sens pacifiste (évoqué devant des mécréants) n'est nuancé ou expliqué en rapport avec les malédictions épouvantables qui suivent immédiatement parfois dans le même verset. Une effroyable langue de bois terrorisante, digne des pires menaces des pires tyrannies est en permanence à l'oeuvre. Dans ce discours là.

Pour illustrer l'effrayant cynisme du passé et du présent, voir:

https://oumma.com/point-de-contrainte-en-religion-partie-1-abrogationnisme-abrogationnistes/

dont la conclusion: "on ne doit rien abroger" est un régal d'hypocrisie religieuse après un texte entier consacré à l'histoire de l'interprétation réaliste, complètement réaliste, (on se demande bien ou est l'herméneutique là dedans) de l'expression littérale de la nécessiter de tuer ou d'obliger à faire "quelquechose".

Comment un intellectuel présent sur la scène publique française, de nos jours, peut il se livrer à pareils discours ? Jamais la moindre nuance, la moindre allusion à ces doutes, à la perception au combien évidente que tout cela est exclusivement consacré à imposer obéissance et soumission à des principes rituels et moraux.

Tout est dans le "exclusivement" sans doute... Y a t il échappée vers "autre chose" ? Oui, nous dit on: une volonté de "justice". Le terme est souvent mentionné et son usage systématique caractérise les revendications et autres proclamations relative à l'islam en général, faites par ceux qui s'en proclament soutiens à un titre ou à un autre.

Qu'est ce que la justice et qu'est ce que son exigence? Une grande partie du mystère est là. On pourrait gloser sur la paradoxale souffrance d'un islam comme contenu implicite d'une protestation envers l'histoire tourmentée des destructions mongoles ou turques de l'identité arabe, mais aussi de la protestation chiite contre les malheurs de la transmission, et plus généralement comme un regret permanent des origines, seule source de justice et qu'on identifie à la seule constitution humaine possible celle dirigée par un envoyé de Dieu lui même et qu'on sait bien sur impossible. Le terme "malheureusement" si souvent employé dans les réflexions musulmanes désabusées est souvent bien plus présent que le "inch allah" de la tradition orientaliste.

Le thème de la "justice" est donc celui du perpétuel malheur des peuples opprimés pour toujours, que la religiosité se complait à cultiver et qui sied admirablement à l'héritage troublé des peuples du tiers monde migrants triplement malheureux: de leur pauvreté originelle, de l'oppression coloniale qu'ils subirent, des discriminations qu'il subissent hors de chez eux. L'image mythique et d'ailleurs religieuse du prolétaire éternel est bien présente en occident et nourrit l'idiotie utile des post communistes nostalgiques de la tyrannie du bien.

Et puis la justice c'est bien sur l'opposition entre ce pilier (LA justice) des sociétés démocratiques, écrit, formalisé, discuté et aussi indépendant, administré par le seul vraiment capable d'injustice, le très humain juge, et bien sur d'autre part, le sentiment immédiat de révolte contre l'injuste partage à son détriment, ressenti dés les plus jeunes âges de la vie et exploité par toutes les démagogies.

Je ne voit hélas dans la justice de Benzine que sa forme basique dont tout prétend qu'elle n'est possible que par la présence permanente d'une autorité absolue et inflexible. Quoi d'autre ? C'est de cela dont on voudrait parler: de ce qui pourrait corriger la désastreuse impression donnée par ce tissu de malédictions délirantes. Mais hélas, on ne trouve que ce qui renforce le cynisme perçu, marque du religieux établi en position de pouvoir, exclusivement porté à dominer sans partage. Une idéologie totalitaire de l'antiquité tardive.

A partir de là, sachant, et Benzine le sait mieux que d'autres, qu'un projet est toujours en cours pour exploiter ces discours afin de réveiller et stimuler la conscience triste de peuples du tiers monde toujours accablés par leur déclassement historique définitif, on ne peut qu'être saisi d'inquiétude. Car l'"islamisme" est là, comme idéologie politique construite sur un islam utilisé comme réaction contre un occident considéré comme une menace par l'identité arabo musulmane et la culture Islamique (avec un grand I). Cette revendication sous sa forme extrême est portée actuellement par un état autoproclamé qui se dit "islamique" et qui nous a tué et blessé récemment 300 de nos compatriotes.

On se prend à vouloir le menacer et lui expliquer à lui le tolérant intellectuel (sa ceinture verte de kickboxing me dissuadant de le faire en face) qu'on ne le croit pas et qu'il n'est qu'un fripon menteur. Quand aux imams fanatiques et antisémites qui eux ne prennent pas de gants, on ne voudrait leur administrer que des coups de bâton, bien sur.

Cette dénonciation de l'hypocrisie religieuse fondamentale dont je me fais l'écho et le moteur même de la passion violente religieuse à l'origine de l'explication du mystère de ces "religions de paix" qui se consument dans les plus effroyables violences. Qu'elles se consument, mais sans violence si possible: une appréciation juste de la non sincérité devrait conduire les âmes inquiètes hors de cet infernal labyrinthe: si Dieu existe qu'il détourne les hommes des affreuses interprétations de sa soi disant parole, sources des plus terribles fureurs pour et contre elles, pourvu que leurs règnes n'arrivent pas.

 

 

Les commentaires sont fermés.