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  • La Stratégie Américaine

    Trump publie ces jours-ci un brûlot étonnant (1) rassemblant toute une série de voeux pieux, qui je pense devrait stupéfier en Europe. 

    On peut le résumer brièvement en disant qu'il s'agit de rétablir la situation compromise de l'Amérique dans un certain nombre de domaines, en faisant l'inverse de ce qui était fait précédemment... Et puis un surprenant diagnostic de la situation européenne. 

    Mais d'abord, des constats sévères sont fait, en toute lucidité, quant aux politiques menées depuis trente ans par les USA, soit la stratégie américaine, qu'il convient de changer complètement. Car les élites américaines se sont "gravement trompées" en voulant assumer un état providence massif et une domination militaire mondiale  basée sur un libre échange qui a détruit la classe moyenne et la base industrielle qui faisait la puissance des USA. Elles ont liée la politique étrangère à des institutions internationales ouvertement anti-américaines. En bref, on s'était fixé un objectif irréalisable en sapant la base de sa puissance.

    Immigration, wokisme doivent être arrêtés. 

    Et puis il y a la position vis à vis de l'OTAN, 

    Le diagnostic européen est lui, absolument sinistre: "le continent sera méconnaissable d'ici vingt ans". Sa part du PIB mondial est passée de 25% à 15% en vingt ans, elle subit une immigration incontrôlée, une restriction des libertés politiques, une explosion de réglementations, la perte des identités nationales, et une perte globale de confiance en soi qui se traduit par une attitude conflictuelle problématique avec la Russie considérée comme une menace existentielle. 

    Et puis, le document à ce point précis semble déraper, évoquant des gouvernements européens minoritaires qui répriment leurs oppositions et manifestent des attentes irréalistes concernant la guerre en Ukraine, ceci à rebours de leurs opinions qui souhaitent la paix. Une inquiétude réelle des USA est exprimée ici, évoquant une instabilité européenne, et un enlisement dans une crise politique. 

    La réaction de Valérie Hayer, députée européenne macroniste ne s'est pas fait attendre: "Ce document est inacceptable et dangereux. L’administration Trump n’a pas à se mêler de nos politiques intérieures ". Tout commentaire est superflu. 

    C'est donc le moment de parler de l'Europe, et un pessimiste terrifiant nous la décrit (2) avec cruauté, en rapport avec ce qui est devenu la stratégie américaine à son égard. 

    D'abord le paradoxe européen. Engagé dans un projet de construction d'une fédération, les hommes et les institutions de l'Union européenne croient y être arrivés ou en passe d'y arriver, alors que tout montre le contraire: la faiblesse globale politique et économique de l'Europe est criante, et les positions qu'elle défend au sujet des négociations en cours entre USA, Russie et Ukraine en font un acteur méprisé, laissé de côté et piétiné régulièrement par les uns et les autres. 

    Simultanément, et là est le paradoxe, jamais les faiblesses en rapport des nations qui composent cette Europe n'ont été aussi apparentes: décidées à sacrifier leur souveraineté en faveur d'une puissance globale qui n'existe pas, elles se noient littéralement dans leurs impuissances respectives, les conciliabules entre les 3 nations qui dominaient le monde il y a un siècle n'ayant jamais été aussi ridicules et vains. Un naufrage global: l'Europe n'est plus rien et justifie entièrement le sombre diagnostic américain.

    Elle devient une zone à prendre, exploitée par l'Amérique et la Chine et narguée par la Russie qui s'agrandit à ses dépens, notamment, on va le voir, en mer Noire. Elle est aussi visée par ce que del Valle appelle l'empire islamiste, le consortium international issu des mondes musulmans qui tente de prendre pied en Europe en utilisant l'immigration musulmane en croissance, et qui pourrait conduire à la constitution en Europe d'enclaves islamisées qui changeraient l'Europe au sens évoqué par le document américain.

    Que peut faire Mario Draghi pour restaurer la confiance ? Que peuvent faire les penseurs de l'européisme pour redresser la barre ? En rendant public le diagnostic de leur échec et de leur impuissance ? Tout se passe comme si la fuite en avant dans une construction de la confrontation avec la Russie, qui pourrait survivre à tout arrêt des combats, était considérée comme la solution à la construction du fédéralisme indispensable qui reste l'horizon historique de nos dirigeants. Cette confrontation, on le voit déjà explicitement (les accusations contre des bloggers connus, Xavier Moreau, Jacque Baud, en étant la preuve ) pourrait servir à durcir les positions vis à vis de l'opinion, qu'on voudrait contrôler par une propagande de guerre. 

    Le récent discours de Friedrich Merz au Bundestag allemand (3) évoque le sursaut allemand. Il n'évoque pas l'immigration, sinon en disant qu'il a fermé les frontières, il n'évoque pas le nucléaire sinon en évoquant vaguement des erreurs, évoque à peine l'imbécile interdiction des moteurs thermiques en train d'être abandonnée, et se concentre furieusement sur la guerre à nos portes, en évoquant service militaire et industrie d'armements. 

    Une seule fermeté: l'Allemagne ne peut remettre en cause son industrie au nom d'un problème de climat qu'elle ne peut résoudre toute seule. Autant le dire: quel courage ! 

    La France n'est pas mentionnée. 

     

    (1) Le document stratégique américain: https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/06/strategie-de-securite-nationale-americaine-le-plan-de-la-maison-blanche-contre-leurope-texte-integral/

    (2) Thinkerview d'Alexandre del Valle https://www.youtube.com/watch?v=v-67JVP42bI

    (3) Discours de Merz: https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/15/friedrich-merz-lallemagne-et-la-fin-de-la-pax-americana-texte-integral/

  • Les plans de paix

    On veut discuter des accords de paix et des discussions en cours avant Noël 2025. 

    D'abord, on assiste à un tour supplémentaire de la spirale du deal Trumpien: décidé à abandonner l'Ukraine, les USA doivent convaincre les Européens de lâcher leur stupide étreinte sentimentale avec la honteuse nation "en devenir". Mais cela n'est pas fait. Alors on continue. 

    La question est bien sûr celle des territoires, toujours considérés comme incédables par la conception du "droit international" que se font les Européens: nul ne peut changer les frontières, même les plus absurdes, les plus tyranniquement constituées, les plus absolument représentatives de l'arbitraire et de la violence. C'est-à-dire précisément celles de l'Ukraine, dont la Crimée (donnée lors d'une soirée alcoolisée), le Donbass (donné par un partisan des nations qui créa celle là), le reste (des terres historiquement russes cédées par contrainte). C'est bien toute l'inculture, toute la propagande forcée, toute la fausse conscience historique manipulée qui préside à l'avis autorisé européen. Une honte, une vilénie, une saloperie en fait: derrière, toute la stratégie de conquête séculaire à l'est de l'Allemagne, demeurée inentamée, et surtout toute la volonté expansionniste américaine de régner sur le monde en en contrôlant le coeur, c'est-à-dire l'Ukraine. 

    La Russie, depuis les référendums de 2022 en en fait une question de principe: Donbass plus Novaya Russia (qui inclut bien sûr Odessa, mais chut) sont maintenant russes, et les Ukrainiens doivent en sortir, de gré ou de force. 

    Arc boutés sur la question, les Européens refusent d'accepter cela, et alignent les poncifs (souveraineté, droit international, paix durable, garanties de sécurité) pour continuer à tourner autour du pot, en assurant le dirigeant ukrainien (comme depuis le début, après le rejet des accords d'Istambul) de leur soutien éternel. 

    On assiste alors à un double dévoiement. D'abord celui qui a conduit l'Amérique à réaliser son but de guerre principal: découpler l'Europe de la Russie et rompre toute possibilité d'une Eurasie super puissance, cela avec, c'est le deuxième point, l'accord voire le soutien fanatique de la victime désormais acharnée à sa ruine, son isolement et surtout sa défaite militaire pourtant inéluctable et qu'elle refuse de voir. 

    Mais il y a plus, et le Grand Contient se précipite : l'Europe veut devenir grande et se précipite, voire s'excite à mort. 

    Et d'abord, et là on se marre en tirant le constat qu'effectivement totalement rejetée par la Russie dans les discussions à venir, sa cécité sur la question des territoires en faisant un acteur qui s'enfonce dans une conflictualité permanente avec la Russie, elle commence à se plaindre de l'allié qui l'a plongée dans le conflit.

    Celui-ci s'entendrait avec la Russie sur son dos !!! 

    Réaliser après que ce même allié se soit engagé dans un conflit assumé (par la corruption organisée de l'Ukraine au service de son fils ,et le refus de Biden de négocier globalement au dernier moment), et cela sur son dos, en ruinant pour longtemps sa source d'énergie pas chère, condition sine qua non de prospérité pour toute zone de production de premier plan; réaliser donc que cet allié, maintenant, sans le lui dire, négocie une paix selon ses intérêts propres continués et cela sur son dos, a de quoi inquiéter, dérouter et hystériser davantage. 

    Nous en sommes donc là, l'abominable Russe, qu'on avait raison de croire ennemi, serait en train de "séparer" les USA de l'Europe, c'est la manière de présenter les choses qu'on va maintenant chercher à promouvoir. L'Europe est seule face à son destin, et les hiérarques corrompus nous guident vers notre avenir qu'ils voient radieux, le Grand Contient nous l'explique. Il va falloir larguer les amarres !!! 

    De fait l'Europe se retrouve comme Hitler en 45 entourée des Américains et des Russes réconciliés. Va-t-elle se faire envahir conjointement comme d'habitude ? Cela serait piquant, on va pouvoir recommencer le baby boom et le jazz... 

    En attendant, un florilège de déclarations illustrant l'accablant déni, le désastreux aveuglement, la honteuse prétention, et l'absolue impuissance: 

    de Macron: 

    "Nous devons continuer à faire pression sur la Russie pour la contraindre à la paix."

    "Les Européens seront nécessairement un pilier important de la solution juste et durable que nous sommes en train de bâtir tous ensemble."

    de Kaja Kallas:

    "Imposer des restrictions et des contraintes à l’Ukraine ne nous apportera pas une paix durable."

     

    Avant de se laisser aller à rire, notons le dernier document de stratégie américain qui se fixe pour but la réconciliation avec la Russie et la stabilisation stratégique de la situation. On ne saurait mieux décrire la reconnaissance du démembrement ukrainien et l'accord "sur notre dos". Vae victis. L'Europe encore vaincue ? Caramba !