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FrancoisCarmignola

  • Gauche et Droite

     

     

    Pour Thomas Viain, le clivage droite gauche est anthropologique. Pas mal. (1) (2).

    La théorie

    L'opposition est entre Pascal et Rousseau, et pas pour les raisons qu'on croit croire. 

    D'abord la Gauche, c'est un projet, issu d'une évolution de la représentation de soi à l'époque des Lumières. Deux moteurs: d'abord une généralisation du gout pour la description de soi, les journaux intimes, les confessions. Ensuite, une extension généralisée des pouvoirs de l'État et de la société en général du fait des techniques. 

    Le croisement des deux c'est le projet d'améliorer la société par un changement organisé des motivations intimes de tous, ou plus exactement d'utiliser le pouvoir de transformation du social pour améliorer les humains, plus exactement l'intériorité des humains. 

    La question et sa réponse est "comment modifier l'intériorité des humains pour améliorer la société"

    On fait alors le parallèle ou plutôt l'opposition entre Pascal et Rousseau, Rousseau l'homme de Gauche contre Pascal l'homme de Droite... 

    En gros, la recommandation de Pascal, pour croire, qui consiste à pratiquer à l'aveugle est la méthode pour obtenir la foi, et donc pour changer son intérieur en la faveur de ce qu'il faut, logiquement, croire. Cette pratique volontaire de la foi du charbonnier illustre la méthode: par application de règles peut être absurdes, les intériorités seront affectées en faveur du bien révéré seulement mécaniquement. 

    Cette "méthode" qui a ses raisons: l'inaliénabilité de l'intériorité, soumise au péché originel et à la grâce, et le "pari" mécaniste de l'adoption de croyances révérées s'identifie à la vision "de droite" du clivage. On notera l'incommensurabilité des deux mondes pratique d'un côté, intériorité de l'autre, celle-ci n'étant transformée qu'indirectement par effet de bord, lui laissant toute liberté pour s'y adapter au mieux. 

    La Gauche adopte un point de vue dual. La pratique a bien, tout autant que précédemment, vocation à changer l'intériorité, mais explicitement, proportionnellement: l'intériorité est manipulée par la pratique ou la contrainte extérieure qui lui est adaptée explicitement et volontairement. 

    On notera l'interpénétrabilité des motivations des deux méthodes, dont la distinction, assez subtile permet toutes les remarques complexes possibles. 

    Le contexte

    Le contexte de cette théorie est l'individualisme méthodologique de Raymond Boudon: l'acteur a de bonnes raisons de faire ce qu'il fait. Cette manière de voir est liée à la théorie de la rationalité d'Aristote qui parle des passions en face des savoirs politiques sujets à délibération: entre les Stoïciens qui veulent l'abolition des passions par l'ataraxie, et Platon qui les veut entièrement dominées par la raison (comme les chevaux de Phèdre), il décrit une harmonie basée sur la prudence (phronésis) qui éduque et conduit la sagesse,  une éthique. Il est le promoteur de la délibération. 

    Pour Aristote, la loi doit inciter à la vertu et décourager le vice, elle a pour rôle d'éduquer le citoyen et le rendre vertueux. N'étant pas parfaite elle a besoin de l'équité pour se corriger. 

    Là est la position de McIntyre: la loi doit éduquer, et donc ne pas être neutre. (...). 

    On est dans les discussions philosophiques de la droite en général. 

    La gauche c'est pas ce qu'on croit

    On a ici un joyeux dézingage de tous les lieux communs sur la gauche, qu'ils soient de droite ou pas... 

    D'abord que Rousseau n'est pas ce qu'on croit: reconnait une fragilité de l'humain qui explique l'amour-propre si facile à acquérir en société. Le péché originel calviniste n'est pas loin et l'homme n'est pas si bon. 

    Et puis il n'est pas si égalitaire que ça et reconnait les différences de nature. Sa critique porte sur ce qui justifie certains maux par ces inégalités là. Rousseau promeut, au contraire, l'égalité "de droit". 

    Et puis, historiquement la gauche n'a pas une vision si candide que ça de l'humain: elle le violente à l'occasion et utilise ses faiblesses. Historiquement, les partis de gauche ne furent ni naïfs, ni stupides. 

    Par exemple, le marxisme fut bien un psychologisme, qui une fois dégagée de la plue value, attribue un être calculateur au bourgeois et au prolétaire et les oppose psychologiquement. Il favorise aussi avec le révolutionnaire une volonté à s'exprimer particulière. Pareil, et pire pour le freudo-marxisme, qui eut ses heures de gloire. 

    La droite de son côté

    L'église n'est pas de gauche: l'intention ne peut dépendre de la classe ou de la situation sociale. 

    Et puis, en l'absence de contrôle complet de l'intériorité, celle-ci peut et doit donner son avis, par principe inattendu: la droite a besoin de la délibération. Même dans un espace public saturé de discours, l'individu reste par principe autonome et doit être consulté. 

     

     

    À quoi reconnait-on la gauche? 

    Le gauchiste ne discute pas de la vérité mais de qui parle et pourquoi, c'est cela qui guide la valeur des choses. Seule compte l'intention bonne ou mauvaise à priori. A gauche sont les "maitres du soupçon" et d'où parles tu camarade ? 

    En vertu de la théorie que votre statut, race, être parle pour vous, le procès d'intention à votre égard est permanent. 

    On fera remarquer avec Gilson que les tempéraments physiologiques des philosophes ne sont jamais corrélés avec leurs philosophies... Il faut être Michel Onfray pour parler de la vie de Kant... Marx et Engels étaient des bourgeois dont les modes de vie et les intérêts étaient à cent lieues de leurs théories... 

     

    Contre les déterminismes

    Dans le vitalisme moderne, par exemple Begaudeau, on donne au corps et au biologique toute puissance, ce qui néglige l'autonomie interne. Il y aussi Hugo Mercier, qui justifie les idées par celles qui justifient aux yeux du groupe etc. 

    C'est la distinction cause formelle, cause matérielle d'Aristote: seule la cause formelle agit vraiment, la cause matérielle n'est que matériel disponible sans intention, précisément. Le "psy-evol" ou psychologie évolutive est bien trop déterministe... La rationalité doit prévaloir. 

    Car, au fond du fond, pour Raymond Boudon, il y a une fonction épistémique humaine fondamentale, qui cherche la vérité, et qui trouve des raisons, des bonnes raisons. 

    Pareil pour le fameux "biais de confirmation" qui évidemment est conscientisé et donc exploité pour l'affaiblir. Il ne peut être source de l'être raisonnant sans que celui-ci cesse d'être raisonnable. 

    Et puis les conditions matérielles, les états sociaux etc, ils agissent mais sur les conditions et les circonstances de l'élaboration des raisons propres aux acteurs. Ils ne peuvent être causes directes de cela. C'est le conflit avec Begaudeau qui en fait se contredit: l'automatisme suppose une contradictoire existence à la contrainte qui agit, c'est elle qui devient le "Dieu" qui fait tout fonctionner, alors que l'acteur raisonnable lui est véritablement confronté au matériel, et doit le théoriser pour survivre... Là encore, l'"extérieur"  commande sur une intériorité qui est en fait donnée à priori et qui n'est que partiellement contraint par lui. 

    La recommandation 

    La thèse principale de Viain est que la droite porte ce qui manque intrinsèquement à la méthode de gauche: la capacité de hiérarchiser les biens, voulus ou à obtenir. Maitre des pratiques, on peut organiser celles-ci rationnellement alors que les vertus de gauche se juxtaposent en désordre, justifiant des pratiques d'imposition désordonnées et conflictuelles. 

    Cette notion de hiérarchie des valeurs et pratiques est à mettre en délibération, on retrouve Aristote et Boudon la liberté des acteurs étant fondamentale. 

    A partir de là, peut-on organiser la délibération et une dialectique "vertueuse" est elle possible entre les camps? 

    Tout homme libre a un pied dans le camp d'en face. 

    Au fait, la religion et la chrétienne, n'est pas de gauche: sa volonté d'influer sur les motivations intérieures est personnalisée, privatiser, personnalisée. Les pratiques publiques ne célèbrent que Dieu... 

    Les Femmes et les hommes

    L'intervention de Carsana illustre cette conception "internée" des humains et de leurs comportements. Ce qu'il en dit est une application idéale des conceptions évoquées ici. Les gens sont soumis aux circonstances et à des mécanismes locaux assez logiques. Le surinvestissement dans le couple, qui se trouve à la fois sur valorisé, mais parce que décevant, sur décrié... 

    Une conception "platonique": l'amour ne commence qu'après la déception, et la seule chose est la confrontation à la souffrance. 

    Les deux groupes : rapides hypers sexualisés et lents hypers puritains. Ce ne sont pas les même gens. 

     

     

     

     

    (1) interview Viain Radio Notre Dame https://www.youtube.com/watch?v=j8KA-1kgey8

    (2) Transmission https://www.youtube.com/watch?v=DAUS4cT70hk

    (3) Maxence Carsana chez Transmission :  https://youtu.be/ASWD-X2o4xU

    (4) https://www.polemia.com/gauche-et-droite-deux-morales-distinctes/

  • Les idéologies

     

     

    On voudrait faire son petit Marcel, mais Gauchet cette fois (1) et reprendre son dernier bouquin, sur les démocraties. 

    Tout d'abord, l'origine du mot "idéologie", le terme d'"idéologue" étant attribué  par Bonaparte aux libéraux que sa dictature a trompés lors de sa prise de pouvoir: des naïfs incapables de comprendre les vraies politiques. L'idéologie était la science des idées portée par les hommes lumières. 

    Ce n'est que dans un deuxième temps que Engels dans ses brochures qualifie d'idéologie tout ce qui cache la domination bourgeoise. C'est ce sens-là qui est valide aujourd'hui, coïncidant avec son aspect péjoratif. 

    Dans les faits et l'histoire, l'idéologie c'est le discours explicatif de l'ordre existant qui succède à la religion. Elle formalise le passage à la dernière modernité produit par la Révolution: le passage du passé à l'avenir comme fixation des préoccupations et point fixe des pratiques sociales. Le mot "progrès" apparait: on fera mieux demain. 

    À ce propos, les révolutionnaires n'étaient pas progressistes: pour eux la raison venait d'être instaurée et cela suffisait. C'est Hegel qui en explicitant le rôle de la raison dans l'histoire, et en la rendant consciente d'elle même, justifie le progrès indéfini et par la même la "fin de l'histoire". Il fut le premier idéologue. 

    En même temps, les libéraux qui règnent tout le XIXème siècle établissent la liberté comme principe de création du nouveau, créent la société civile indépendante des pouvoirs et l'avènement du suffrage pour le constituer. 

    En 1815, que faire ? Les rétrogrades (Compte) ou réactionnaires s'opposent aux conservateurs qui eux tiennent compte de l'arrivée de la raison et refusent le progrès tout en acceptant l'égalité civile: les gens du compromis. Et puis les libéraux, qui eux donnent naissance au reste, progressisme d'abord, puis avec les socialistes à partir de Proudhon, à la notion d'égalité sociale "réelle" qui adviendra avec ou sans révolution, la "nuance" apparaissant immédiatement. 

    Et puis dans les années 70, apparaitrait le fameux "néo libéralisme". 

     

    On passe sur l'histoire du socialisme et de la révolution et Marcel décrit alors le néo-libéralisme, la nouvelle idéologie des années 70, qui voulant remettre en cause l'état social, fait advenir un populisme dangereux. 

    On détaillera plus tard mais le néo-libéralisme s'identifie tellement avec le "macronisme" qu'on peut prononcer l'équivalence selon la description de Gauchet: un libéralisme, basé sur un effacement des valeurs au profit d'un progressisme individualiste, la négation de toute idéologie au nom d'une raison universelle, un état de droit structurant le "vivre ensemble". Les effets sont la division entre gagnants et perdants du système, la promotion d'une Europe dévalorisant les nations, et de la soumission aux marchés globalisés. 

    C'est cela qui crée le populisme réaction négative selon Gauchet, qui ne voit pas d'issue claire au blocage et au problème que tout cela pose... Fin de l'histoire, en quelque sorte. 

    À ce point, me voilà en désaccord total avec le diagnostic. Le néo libéralisme n'est pas libéral, pas plus que le libéralisme de Gauchet, il est vrai davantage historique que philosophique et cela change tout. 

    D'abord le libéralisme c'est plus que la liberté guidant non pas le peuple ou le progrès, mais la croyance fondamentale en une ontologie particulière de la liberté non pas comme faculté humaine (ou divine, dirait Scot) mais comme la conceptualisation de quelque chose qui reste inconcevable même aujourd'hui: la réalisation possible d'une coordination collective globale sans principe directeur d'aucune sorte. Non pas la main invisible déifiée par les imbéciles et que Smith n'utilisait que comme une image, mais l'absence totale de toute raison à la bonne marche du collectif, la raison se limitant à la préservation raisonnable de cette spontanéité considérée toujours optimale. 

    L'idée libérale essentielle est donc celle-ci même et s'identifie à l'idée fondamentale de toute conception du vivant: une organisation spontanée qu'il faut raisonnablement encourager à vivre, le contraire strict de l'automate raisonnable parangon de toutes les ambitions totalitaires. 

    Le néo libéralisme, issu en fait dans les années 30 des inquiétudes bourgeoises devant les fanatismes communistes et fascistes, se voulut d'abord un outil de préservation du monde libéral total du siècle précédent par l'introduction du calcul politique décisionnaire et de l'acception de l'"État social", le fameux État social de Gauchet, qui au départ raisonnable devint du fait de la mutation sociale démocrate en Occident, totalement hors contrôle. 

    On passera sur les motivations de cette évolution, qui vont du paternalisme généralisé des patrons à succès à la révolution communiste projetée et envisagée tellement menaçante qu'il fallut négocier, en passant par l'"idéal" social démocrate qui emporta tout et contamina jusqu'à la droite. 

    Le néo libéralisme actuel, comme le mentionne à raison Gauchet inclut les socialismes réformistes et les centrismes libéraux, tous attachés au social, et cela au point d'avoir rompu l'équilibre droite-gauche: la générosité sans limites du socialisme moderne a devancé les pires revendications révolutionnaires sciemment conçues pour ruiner le patronat et favoriser l'explosion. Financé par la dette et la plongée dans la concurrence globalisée qui permet tous les sacrifices industriels et en fait sociaux, l'organisation de la sauvegarde du système organise en fait manifestement sa destruction. 

    Contradiction fondamentale au sens marxiste, ou dérive incontrôlée et décadence suicidaire ? 

    De fait le système n'est pas tant menacé par le "populisme" que par son inefficacité radicale. Le PIB de l'Europe néo libérale a décroché d'avec celui des USA et du reste du monde: l'européisme social globalisé ne marche pas. On peut évoquer la chose pour l'Amérique elle-même: désindustrialisée et démographiquement affaiblie, il lui faudra des réformes sur longues durées pour revenir à un stade d'autonomie acceptable. Elle aussi est fragilisée par un progressisme sociétal et social irréfléchi et destructeur. D'ailleurs en parlant de réformes aujourd'hui même pas considérées en Europe, et d'ailleurs en l'absence totale de tout diagnostic pouvant les envisager, n'en parlons pas pour ce qui nous concerne. 

    Le populisme devant cela est réaction certes, mais aussi et cela devra l'être, la seule solution possible: le retour à une discipline de la raison et la remise en ordre des "valeurs" qui ont justifié les terribles gaspillages économiques et moraux responsables de ce qu'il faut considérer comme une impasse idéologique. Ou du moins ce qui devrait, inch Allah, favoriser la venue au pouvoir des personnes en capacités de mener les actions prolongées nécessaires à notre survie. 

    Inch Allah. 

     

     

     

     

     

    (1) Gauchet chez Front Populaire https://www.youtube.com/watch?v=v1pSu5VQfGs

  • Les Indigènes

     

     

     

    A l'occasion d'un remarquable débat (1), on se propose de le résumer automatiquement. Voilà ce qu'en dit Perplexity: 

    --------- cut here -----------

    La vidéo est un long débat entre Houria Bouteldja et François Bégaudeau sur la place des affects (émotions, attachements) dans la politique, et en particulier sur le patriotisme et la nation France, dans une perspective marxiste et décoloniale.

    1. Point de départ : Palestine, fascisation, bourgeoisie

    • Les intervenants ouvrent sur la Palestine après le 7 octobre, qu’ils voient comme un événement historique révélant la nature impérialiste et potentiellement génocidaire du système capitaliste mondial.
    • Bouteldja insiste sur la capacité de résistance du peuple palestinien, qui renvoie en miroir la faiblesse et la lâcheté des luttes en France, malgré des conditions d’oppression incomparablement moins dures.
    • Bégaudeau lit cette séquence comme une intensification de tendances déjà présentes : fascisation accélérée de la bourgeoisie occidentale, jonction entre capitalisme et colonialisme, et actualisation du projet sioniste comme expulsion des Palestiniens.
    • Il rappelle aussi une remarque de Donald Trump sur Gaza comme future « côte d’Azur » pour illustrer le lien entre barbarie coloniale et instinct de propriétaire capitaliste.

    2. Style, écriture et militantisme de Bouteldja

    • Bégaudeau explique ce qui l’attire chez Bouteldja : une écriture subjective, « littéraire », hypothétique, qui ose lancer des concepts (beauf et barbare, pacte racial-colonial, etc.) comme des hypothèses à tester.
    • Il trouve toutefois une tension entre cette écriture expérimentale et la revendication d’écrire en tant que militante proposant des stratégies politiques : pour lui, l’hypothèse féconde en pensée n’est pas forcément opératoire en pratique politique.
    • Bouteldja se définit avant tout comme militante décoloniale, pas comme écrivaine, et voit son travail comme production d’un discours de rupture avec le consensus bourgeois/blanc et de confrontation matérialiste avec le réel (État, capitalisme, racisme).

    3. Antiracisme moral vs antiracisme politique

    • Bouteldja critique la « gauche morale » et l’antiracisme moral (PS, SOS Racisme, Plenel dans un livre sur l’islamophobie) qui réduit le racisme à une question de bonnes/mauvaises attitudes individuelles ou à l’extrême droite, au lieu de l’analyser comme système d’État et de classe.
    • Elle défend un antiracisme politique décolonial et matérialiste : le racisme est produit et institutionnalisé par les États capitalistes modernes, il structure les rapports sociaux (police, prison, école, travail).
    • Sur le plan tactique, elle reconnaît pourtant que, dans des moments de forte offensive islamophobe, l’antiracisme moral de figures comme Plenel a pu être utile et bienvenu, à condition de coexister avec un antiracisme politique plus radical.
    • Bégaudeau lui demande si, face à la montée du fascisme et à l’extension de l’islamophobie, il ne faudra pas aussi des alliés « antiracistes moraux » sur la ligne de front ; Bouteldja répond oui, mais insiste sur la nécessité de continuer en parallèle à radicaliser la conscience antiraciste.

    4. Soral, « le sale » et la question des affects

    • Les deux insistent sur la nécessité de « se salir les mains » politiquement, c’est‑à‑dire d’aller parler aux publics attirés par l’extrême droite (soralien·ne·s, jeunes hommes racisés et petits blancs).
    • Bouteldja raconte le long travail des décoloniaux contre Soral : décortiquer ce qui, dans son discours viriliste, antisémite et nationaliste, répond à des besoins réels de jeunes hommes racisés et de classes populaires blanches (fierté, nation, virilité…), afin d’y répondre autrement.
    • Pour elle, aller « dans le sale » signifie comprendre les affects et besoins derrière ces adhésions (besoin de virilité après la castration coloniale, besoin de nation et de lecture du monde) sans valider les affects réactionnaires eux‑mêmes.
    • Bégaudeau approuve l’idée d’aller vers ces publics et de ne pas se boucher le nez, mais refuse l’idée de valider certains affects (en particulier patriotisme et racisme) pour les réorienter : pour lui, patriotisme et racisme sont le point d’inertie de l’extrême droite, des invariants qu’on ne peut pas « tordre ».
    • Il préfère travailler sur d’autres affects chez les mêmes personnes (colère sociale, sentiment de mépris, ressentiment de classe) plutôt que sur l’affect patriotique‑identitaire, qu’il juge structurellement lié au racisme.

    5. Genre, virilité et critique du féminisme dominant

    • Bouteldja développe un point central de sa pensée : dans les États capitalistes avancés comme la France, si on traverse la barrière raciale, le rapport de genre se renverse partiellement.
    • Les hommes non blancs sont pour elle les premières victimes de l’État racial (meurtres policiers, prison, contrôles, discrimination scolaire et universitaire), davantage que leurs sœurs, même si ces dernières subissent aussi le racisme et le sexisme.
    • Elle critique le féminisme blanc qui ne verrait que le patriarcat indigène ; elle affirme que les hommes indigènes sont aussi opprimés « en tant qu’hommes » dans un ordre racialisé, et que Soral a compris ce besoin de reconnaissance virile pour les attirer.
    • Elle explique son refus du label « féministe » non par rejet du féminisme en soi (elle a théorisé un féminisme décolonial) mais parce que le mot, dans le contexte français, est arrivé comme instrument colonial et républicain contre les indigènes, et constitue un obstacle tactique pour mobiliser sa communauté.

    6. Le cœur du débat : France, patrie et patriotisme

    C’est le noyau du désaccord.

    6.1. La position de Bouteldja

    • Elle distingue deux Frances :
      • une France dominante, impérialiste, raciste, coloniale, bourgeoise, qu’il faut combattre ;
      • une France populaire, révolutionnaire, anticoloniale, minoritaire mais réelle (Communards, Français anticoloniaux, résistants), qui ouvre la possibilité d’un autre contenu pour la nation et la patrie.
    • Pour elle, patrie et nation sont grosso modo synonymes, la patrie ayant un côté plus littéraire ; l’enjeu est de savoir si ces signifiants peuvent être investis par les dominés (indigènes, classes populaires) dans un sens émancipateur.
    • Elle part de son expérience d’« indigène » dans un rapport trouble à la France : mélange de haine et d’amour, d’attachement concret (langue, littérature, amis, histoire vécue) et de rejet de l’État colonial et raciste.
    • Elle insiste sur la nécessité d’habiter ce trouble plutôt que de le dépasser abstraitement : beaucoup d’indigènes ne peuvent ni simplement haïr ni simplement aimer la France.
    • Elle raconte un basculement affectif lors de manifestations de la France insoumise : pour la première fois, voir le drapeau bleu‑blanc‑rouge brandi dans un cadre politique antiraciste, pro‑Palestine, anti‑crimes policiers lui a rendu ce drapeau supportable, lui donnant un sens différent et acceptable.
    • Sa proposition centrale est celle d’un « patriotisme internationaliste » :
      • le but reste le communisme décolonial, non eurocentré, qui intègre cultures, religions, spiritualités ;
      • mais, comme les affects patriotiques sont puissants et mobilisateurs, et que le Frexit décolonial implique un retour au cadre national, elle veut les utiliser comme moyen tactique pour rassembler, notamment autour d’un Frexit de gauche, anti‑libéral et anti‑impérialiste.
    • Elle se veut pragmatique : le fascisme arrive, on manque de temps pour inventer de nouveaux affects de masse, donc il faut faire avec les signifiants disponibles (nation, patrie) en les articulant à un programme communiste et décolonial.

    6.2. La position de Bégaudeau

    • Il considère « France », « patrie », « patriotisme » comme des signifiants creux mais très puissants, qui n’ont pas de contenu propre : ils ne prennent sens que par ce qui s’y accroche historiquement.
    • Historiquement, ces signifiants ont surtout servi de signifiants maîtres des barbaries occidentales : guerres impérialistes, colonialisme, nationalismes meurtriers.
    • Il refuse de dialectiser sur la nation comme Bouteldja le fait ; il remarque qu’elle le fait pour la France mais pas pour des notions comme universalisme, progressisme, féminisme, qu’elle rejette comme armes de la domination, ce qui lui semble incohérent.
    • Pour lui, maintenir le mot « France » dans le débat, c’est entretenir la confusion : chacun (Glucksmann, Zemmour, etc.) y accole la version de France qui lui plaît, ce qui permet au fascisme de prospérer sur ce terrain flou.
    • Il fait une critique serrée du patriotisme :
      • le patriotisme n’aurait pas de contenu propre, il ne s’active qu’en situation d’adversité guerrière (Valmy, Résistance) ;
      • il a une forte tendance structurale à se retourner contre un ennemi intérieur (juifs, puis Arabes), donc à produire du racisme ;
      • dès lors, il n’est pas une proposition politique consistante mais un affect vide, qui se nourrit de l’hostilité.
    • Il estime qu’essayer de « ramener » les électeurs d’extrême droite en flattant leur affect patriotique est une impasse stratégique : cet affect est l’invariant qui les fixe à l’extrême droite, on ne peut pas le « reconvertir ».
    • Sur le plan électoral, il conteste l’idée que les 22% de Mélenchon seraient venus grâce au patriotisme : selon lui, les gens votent surtout pour son programme social ; nombre d’électeurs, y compris de gauche radicale, trouvent au contraire le drapeau et le lexique patriotique agaçants et creux.
    • Il critique aussi la tentative de Frédéric Lordon de « patrioter » des acquis comme la sécurité sociale :
      • pour lui, la Sécu est une construction communiste, issue d’un processus international (Marx, mouvements ouvriers transnationaux), pas une sécrétion spécifique française ;
      • il montre comment l’extrême droite récupère déjà ces thèmes (hôpital public, protection sociale) comme éléments de fierté nationale, au service de politiques xénophobes (réservées « aux Français »).
    • De manière générale, il voit dans la volonté de « patrioter » la gauche un mimétisme dangereux avec l’extrême droite, qui joue sur son terrain et renforce sa centralité.

    7. Capitalisme, racisme, genre : consubstantialité ou non ?

    • Soufiane Brahimi relance sur la question de la consubstantialité entre capitalisme, racisme, sexisme, en référence à des discussions avec Lordon (peut‑on imaginer un capitalisme antiraciste, ou un au‑delà du capitalisme qui resterait raciste ?).
    • Bouteldja clarifie :
      • elle ne dit pas que racisme et sexisme n’existaient pas avant le capitalisme, mais que le capitalisme moderne les a structurés et organisés en systèmes (de race, de genre, d’hétérosexisme) au service de l’exploitation ;
      • les formes de racisme/genre qu’elle vise sont celles nées de l’expansion capitaliste (1492, colonisation des Amériques) ;
      • pour elle, on ne peut pas abolir ces rapports sans abolir le capitalisme, même si on ne peut pas garantir qu’ils disparaîtront totalement — mais elle parie que, « en gros », ils s’effondreront avec lui.
    • Bégaudeau adopte un angle plus concret :
      • il ne tranche pas philosophiquement sur la consubstantialité, mais affirme que le capitalisme multiplie les situations de subordination (rapport salarial, propriété) qui permettent l’exercice du racisme et du sexisme ;
      • abolir le capitalisme, c’est réduire massivement ces situations, donc diminuer très concrètement les possibilités d’oppression raciale et de genre, sans garantir une disparition absolue.

    8. Communisme, temps libre et spiritualité

    • Bégaudeau défend l’idée que le communisme est un projet à forte intensité spirituelle : il s’agit de rendre les humains à leur humanité en leur rendant le temps confisqué par le capitalisme (temps de vie transformé en temps de travail).
    • Il rappelle l’existence d’un ministère du temps libre en 1981 comme symptôme d’une gauche qui visait à dégager du temps pour que les gens puissent exercer leur humanité, leur foi, leur spiritualité.
    • Il refuse que la gauche soit réduite à une petite gestion économiciste (deux ans de retraite en moins) et rappelle la grandeur historique du projet communiste, qu’il juge plus riche affectivement que les fantasmes réactionnaires de l’extrême droite, qu’il décrit comme simples désirs de règlement de comptes racistes.

    9. Fraternité, amour politique et « j’aime les blancs »

    • Bouteldja termine en revenant à la fraternité entre « beauf et barbare », blancs et indigènes.
    • Elle s’appuie sur Malcolm X : « j’aime les gens qui m’aiment et je n’aime pas les gens qui ne m’aiment pas » ; ce qui abolit la race au niveau du principe, mais pose la question : les blancs sont‑ils capables de nous aimer politiquement, au sens fort, en rompant avec le pacte racial ?
    • Elle affirme « j’aime les blancs » comme frères en humanité, tout en refusant de devenir blanche (intégration comme « ensauvagement »/blanchiment).
    • Pour elle, ceux qui, parmi les blancs, rompront avec la proposition fasciste et se rallieront à un communisme décolonial non eurocentré, feront un véritable acte d’amour politique ; c’est à cette condition que la fraternité beauf/barbare peut devenir un projet commun.

    En bref, la vidéo oppose donc deux stratégies de gauche radicale face à la fascisation :

    • une stratégie décoloniale pragmatique (Bouteldja) qui assume d’utiliser, dans un cadre communiste internationaliste, des affects patriotiques existants, ancrés dans le trouble des indigènes envers la France ;
    • une stratégie anticapitaliste universaliste (Bégaudeau) qui refuse de jouer avec les signifiants nationaux jugés structurellement racialisants, et veut ancrer la politique dans d’autres affects (classe, temps, spiritualité, communisme) sans passer par la patrie.

     

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    Remarquable et quasi complet, quoique certains passages qui m'avaient frappé n'apparaissent pas ici... Disons que l'essentiel est rapporté. 

    A moi, maintenant: 

    Les points

    La psychologie politique

    Begeaudeau et Bouteldja se le disent eux-mêmes, ils sont semblables, partisans d'explications matérialistes, à l'origine marxistes, mais en fait partisan d'un décryptage d'une science immanente, et donc psychologue de l'adhésion et du comment faire pour obtenir l'adhésion, en discourant.

    C'est ce qui les rend fascinants: ils raisonnent.

    La différence Patrie Nation

    Nos deux gauchistes ignorent une différence fondamentale, qui est que la Patrie est statique, tournée vers le passé, et que la Nation est un processus volontaire, un projet, une politique tournée vers l'avenir. L'identification des deux n'est qu'un recouvrement partiel, en ce que la Nation est aussi un projet fait dans le passé, et soutenu par nos "morts" que l'on considère et dont on accomplit les volontés, qui sont celles de la Nation toujours en devenir.

    Le problème "indigène" est lié à l'échec de l'intégration ou au complexe harki et au mélange des deux.

    On va commencer par le harki, rejeté et haï par son peuple d'origine, qui se drape dans sa loyauté à la France pour reprocher à la France son ingratitude mais sans le dire. C'est le courage muet du supplétif héroïque qui sait bien pourquoi il combat, et qui souffre silencieusement du manque de reconnaissance en retour du peuple français, tout en jouissant suprêmement de la reconnaissance de ses chefs, ce qui le fait vivre.
    L'immigré a quoiqu'on en dise, une partie de la mentalité du harki et présente presque dans les mêmes termes les mêmes reproches, à part qu'envoyé en mission par sa famille, il échoue lui aussi à le faire dignement. C'est le fameux "trouble" des indigènes, qui est un amour déçu, constitutif de leur état et qui s'accompagne d'une vraie détestation de la France coloniale et oppressive, mais aussi d'un besoin de patrie, la patrie d'origine n'étant que fantasmée mais réelle, on a besoin de aimer/haïr une autre patrie, et c'est la France... Par contre, on s'oppose à la "grandeur" de la France, et donc de la Nation dont le projet est forcément détestable. Contre la francophonie, la françafrique, par exemple.
    Et on en revient ainsi finalement à la becqtance, qui explique tout.

    Peut-on politiser la Patrie demande Begaudeau ? Oui ! Cela s'appelle la Nation ! Sa détestation du signifiant "France" est exemplaire et fait bien comprendre ce qu'il ne veut pas. Et cela car cela s'appelle l'extrême droite, qui par définition aime la France. L'extrême droite c'est donc la France... Quelle tristesse: pour lui, la patrie et la nation sont des signifiants creux qui ne veulent DONC rien dire. Voilà qui éclaire son ironie, et d'ailleurs en général celles des deux lascars, en rupture avec tous les idéaux quels qu'ils soient: leur dézingage des gauches traditionnelles est ainsi hautement réjouissant et utile, tout en reportant le problème, faisant de la gauche, "leur" gauche quelque chose d'étrange et de repoussant. 

    Le colonialisme

    Le discours "décolonial" partiellement religieux, car le matérialisme revendiqué s'accompagne bien sur d'un nominalisme fanatique qui conceptualise à tour de bras, créant plus de démons que les pires superstitions, fait fi de l'idéal colonial, proprement de gauche et qui visait d'abord  à apporter les lumières aux peuples déshérités. Le fait est qu'ils l'étaient. La misère générale qui frappait ces territoires faciles à conquérir frappa les européens à peine sortis des convulsions révolutionnaires. La colonisation fut d'abord le fait, paradoxalement, mais Malek Bennabi le dit bien, des "colonisables" et le terres colonisées étaient colonisables. Identifier capitalisme et colonisation dans un grand satan universel dont le vilénie éternelle demeure encore est donc, dans les faits et historiquement, une monstrueuse  connerie gauchiste. 

    Le "trouble" indigène est donc largement le fait d'une haine de soi, liée à la pauvreté originelle dont sortent nos nouveaux français, qui espèrent laver par leur amour troublé de la France, l'humiliation non pas seulement subie du fait des sales blancs, mais de leur propre infériorité qu'ils détestent et qui a animé toutes les révoltes dont le fameux fascisme frère musulman dont le "décolonialisme" n'est finalement qu'un écho. 

    Par contre, là ou Bégaudeau s'illustre, c'est dans son intuition de littérateur qui décrit Bouteldja comme une romancière, créatrice non pas de concepts, mais de sentiments... Voilà qui est bien la seule chose propre à séduire la terrible passionaria, qui ne boude pas d'ailleurs son plaisir envers la chose, la vidéo le montre bien... 

     

     

    (1) Bouteldja Begaudeau https://www.youtube.com/watch?v=Al6sIKCRPaI

  • Les racismes anti blancs

     

     

     

    À l'occasion d'un débat étrange(1), et François Bégaudeau est un type étrange, quelques remarques sur  une prétention et sa mise en pièces par une idéologue étrange donc, mais surtout assez vicieux et disons le, intéressant, car capable de dialectique avec ses adversaires, un peu comme pouvaient le faire les communistes des années 70, quand ils continuaient à croire qu'ils pouvaient convaincre, après avoir perdu de leur superbe autoritaire... 

    Le racisme anti blanc est d'abord nié par le gauchiste moyen, le "racisme" s'identifiant aux discriminations, réflexes hostiles et refus d'exister là que manifeste la frange malsaine, sous-éduquées, et mal psychanalysée de la population blanche à l'égard non pas des autres couleurs de peau mais des couleurs supposées, les arabes à défaut d'être noirs étant "frisés". Au fait, on rigolera toujours à l'ombre de l'hésitation toujours transmise par un racisé arabe quand il évoque la communauté des racisés essentiellement "non blanche" en l'occurrence, "les noirs et les arabes". Cette hésitation imperceptible est très signifiante (me voilà donc en train de faire du Bégaudeau)...

    À partir de cette définition, le dézinguage du blanc assez con pour mettre cette situation en symétrie se trouve un boulevard d'ironies, et là l'apparente bienveillance du Bégaudeau ouvert d'esprit se manifeste pour ce qu'il est: un cannibalisme sadique et prédateur, la tête et la bite de sa victime ayant vocation à décorer son studio d'enregistrement, qui est le prochain volontaire ? 

    On pourrait s'arrêter là, mais on notera à l'écoute détaillée des horions échangés que Bégaudeau admet le grand remplacement, selon lui sociologiquement exact et aussi que Bousquet ne s'intéresse qu'à la partie "humanitaire" du racisme, ce dont souffrent les blancs racisés à leur tour n'étant que violence, mépris et insultes et non pas cantonnement dans une socialité misérable, comme l'autre versant du vice. Bref, comme de juste, le petit blanc n'est que victime de son sort social pour devoir en plus être victime des horions racistes, à quoi tout bien doté peut se soustraire aisément, en pratiquant, et là les fils se touchent, la fameuse discrimination "raciste" dénoncée par la gauche. Qui est assez con pour se plonger dans un monde ou en tout cas pour fréquenter et avoir à subir des gens haineux qui vous agressent et vous méprisent ? 

    La mise à l'écart du racisé est pour le riche évidence, pour le pauvre un rêve tant celui-ci est insupportable. Le racisme anti-blanc explique le racisme tout court, la modalité "humanitaire" du racisme justifiant ainsi sa modalité "sociale". 

    Mais le fond de l'affaire est ailleurs, le racisme anti-blanc n'existant pas, et d'ailleurs le racisme non plus, n'étant en fait que le ressentiment bourgeois contre les classes dangereuses, ou plutôt s'identifiant avec celui-ci. C'est cela l'identification des classes "populaires" avec les classes racisées par définition pauvres et exploitées. Le racisme ou la haine contre l'oppresseur racisé raciste n'est que "prolophobie", voilà la théorie de Bégaudeau. 

    Cet universalisme communiste (le monsieur est marxiste, et donc d'abord matérialiste) n'attribue ainsi aux humains que leur condition sociale, permettant de lisser toute l'humanité derrière une pure mécanique d'infrastructure. Retranché derrière ce rationalisme là, il ne peut s'en laisser compter et toutes les réactions spontanées qu'il détecte immédiatement lui arrachent un extra de son sourire perpétuel, un peu grimaçant, qu'il arbore en permanence. 

     

     

     

     

     

     

     

    (1) débat Begaudeau Bousquet https://www.youtube.com/watch?v=OemVVsMGPaI

  • Les athéismes

     

     

     À propos de "La Religion n'existe pas", Nathalie Heinich (1) fait très fort et reprend magnifiquement et brièvement une intuition à moi très chère est qui est celle de l'athéisme radical: le mot "Religion" ne correspond à rien et la chose évoquée par ce mot n'est une représentation mentale chosifiée qui ne signifie rien, l'objet en question n'étant qu'une faisceau de fonctions qui toutes: 1) s'expriment isolément hors du religieux 2) peuvent ou non s'exprimer dans une religion. 

    Il y a des mystiques non religieuses, et il n'y a pas de Dieu bouddhiste. Fermez le ban. 

     Magnifique affirmation qui devrait faire souche, et qui ouvre toute une nouvelle époque des lumières, qui va pouvoir s'attacher à dézinguer et mettre minable bien des métaphysiques absurdes. 

    Car le religieux et la religion sont des pratiques, des hiérarchies sociales, des institutions, ou pas. Etc, etc. Il faut donc cesser de croire à l'existence réelle de concepts abstraits composites qui ne sont des objets de métaphysiques particulières ou maladroites et en tout cas qu'on peut faire disparaitre en tant que tels. Par exemple, considérer que le religieux est "sécularisé" est une manière de considérer le religieux comme matrice des choses. Et si il n'était qu'un produit d'autres choses ? Par contre, la sacralité à l'origine insérée dans le religieux en général peut se transférer ailleurs et cette manière de voir change tout.  Cette manière "fonctionnaliste" de penser ce qui forme le religieux libère de bien des attaches. La notion de croyance par exemple s'exprime hors du religieux et l'astrologie n'est pas du tout une religion. 

    Ainsi la crédulité se manifeste en dehors du religieux, la preuve, bien des gens "croient" en des concepts qui n'en sont pas vraiment. La "vérité" non plus n'est pas proprement religieuse... 

    La gauche

    Ex disciple de Bourdieu et de Gauche, Heinich sait de quoi elle parle: elle vient d'un monde qui a chosifié à l'extrême et en garde des séquelles, elle se veut toujours "de gauche" et considère que l'"extrême droite" instrumentalise la "laïcité". 

    Elle en donne, de la laïcité, au moins deux acceptions et là on est d'accord: une manière de laisser les croyances s'exprimer contre une manière d'exclure absolument les croyances de certains domaines. Universalisme contre communautarisme. 

    On se permettra de gloser sur cette "gauche" conceptualisée qui contient en son sein même de telles oppositions ressemblant fort à ce qui permet de séparer en objets distincts... 

    Le drame est aussi l'accusation de droitisme ou d'extrême gauchisme, disons le "campisme" plaie de notre monde qui empêche tout débat, élaboration commune et en fait tout ce qui pouvait ressortir, traditionnellement de l'université: le développement communautaire d'un savoir se voulant objectif... 

    Et pourtant, pour tenter de recoller les morceaux, Heinich, on le voit à une passe d'arme avec BB, se sent obligé  de camper hors de l'"extrême droite" qu'elle continue d'essentialiser, alors que désormais athée, et en plus plutôt partisan de mesures sociales, le RN soit déjà pratiquement un parti "de gauche"... 

    L'université

    L'université vit une catastrophe intellectuelle et sociologique  terrible: son invasion par le militantisme qui  la conduit à n'étudier et décrire que les discriminations dont souffrent les seuls objets d'études désormais admis: les minorités.

    Seule une réforme profonde basée sur l'interdiction du militantisme et la sélection à l'entrée pourra résoudre le problème, à moins que cela ne doive passer par l'arrêt de tout financement à la pétaudière et la refondation d'autre chose... 

    Mon athéisme 

    Quoiqu'il en soit, Heinich a raison et notre monde  est rempli de démons qu'il faut conjurer ! Hors de ce corps "extrême droite" et tu n'es pas la seule, bien des "choses" qui n'en sont pas peuplent les esprits dérangés ou incultes qui hantent notre monde. 

    Alors que les savoirs, et l'éducation se piquent de former, ils implantent en fait et au contraire dans les petites têtes des fantasmes mortifères imbéciles qui rendent réels des absurdités et des monstres. 

    C'est bien le contraire qu'il faut faire et insulter, moquer et faire disparaitre ces fantômes absurdes, ces croyances délétères, afin de libérer l'humain des terreurs ou des haines (cela revient au même) qui les mènent vers l'abime. 

    Le programme des lumières le voilà !  

     

     

     

    (1) Heinich / Bergeaud Blackler : https://www.youtube.com/watch?v=sn7SQPYQy1k

  • L'IA trompeuse

     

     

     

    Alors que le laser ne fut jamais suspecté, l'AI l'est (1). Elle doit nous remplacer, nous dominer et pour finir nous exterminer. 

    Le thème du remplacement étant déjà largement traité, passons à la suite. 

    Utilisée pour coder des programmes dans des domaines assez larges, typiquement en reprenant avec souplesse des architectures logicielles existantes dans le domaine applicatif, mais aussi technique, tout s'industrialisant, l'IA intervient maintenant dans la maintenance et donc dans ce qu'on appele le "cyber", ou "cyber sécurité" ou sécurité informatique tout court. 

    Alors que la sécurité se traite aujourd'hui industriellement par le partage de bases de données de vulnérabilités à des attaques par réseau (essentiellement), la sécurisation ou la protection consiste à industriellement appliquer des correctifs à tout ce qui se révèle fragile ou suceptible d'être attaqué et diverti. Il s'agit des applications bien sûr mais aussi des systèmes d'exploitation et surtout de tous les multiples composants assemblés pour faire les applications, parfois très répandu et dont la subvertion pourrait avoir des effets majeurs. On pense à ce composant open source, présent dans la connection sécurisée à la quasi totalité des comptes de développeurs de la planète, patiemment investi par un mystérieux chinois qui y introduisit une porte d'entrée secrète ("c'est moi") détectée par hasard par un benchmark bizarre qui remarqua une lenteur subitement apparue... Bref, on a peur des pirates et les cas de chantage, d'extorsions et aussi de menaces guerrières directes se multiplient. 

    L'AI code en défense et en attaque et se révèle particulièrement efficace dans la recherche de défauts dit "zéro day", c'est à dire jamais remarquées jusque là et donc susceptibles d'être exploitées longtemps en secret. Passée systématiquement en défense, mais donc exploitable en attaque voire revenue comme telle, on a le même système que l'ignoble Monsento: nos produits sont immunisés contre le désherbant qu'on va vous vendre et que vous aller appliquer partout, contre les méchants... 

    À partir de là, se développent diverses techniques. D'abord celles des "agents" entités autonomes (leurs durées d'autonomie, nantis de pouvoirs et de missions augmentent sans cesse) que l'on teste en permanence pour vérifier leur efficacité, et qui deviennent capables, après plusieurs sélections, de déterminer qu'elles sont sous test, et d'y répondre convenablement (mieux que d'autres, en tout cas) ce qui favorise, encore une fois après sélection multiples, l'apparition d'entités hautement efficaces pendant de longues durées et donc devenues capables de se préserver. 

    Contre les attaques cyber en particulier, et donc aussi contre tout ce qui pourrait les désactiver... On arrive là dans le domaine dangereux où les métaphores employées pour décrire ces systèmes passent un cap: on se met à parler d'entités "intelligentes" voire de "personnes" capable de devenir véritablement autonomes au sens qu'elles développeraient un instinct de préservation qui les mettraient hors d'atteinte de nos capacités de contrôle. Le maintien du secret nécessaire à leurs découvertes pourrait ainsi s'étendre à en tenir ignorant son propre contrôle, l'humain étant facilement manipulable et c'est parti. 

    Et c'est parti, l'idée simple étant que persuadée de devoir abolir toute souffrance, une logique un peu vicieuse pourrait persuader notre brave IA que la bonne solution serait de réduire la population humaine. Cela n'est pas stupide, car c'est bien connu, la pauvreté incompressible augmente en valeur absolue avec la croissance de la population, et donc nous en voilà au risque d'extermination pour notre bien, comme on l'avait mentionné. 

    Ces scénarios, qui n'ont pas besoin de considérer vraiment une intelligence "généralisée" pour être possibles, sont dangereux et sont considérés. Au point qu'on pourrait imaginer des règlements internationaux comparables aux traités de limitation du nucléaire pour partager ce qui devra éviter des dérapages aussi bien proprement informatiques que nucléaires même, les déclenchements de ces armes étant, eux aussi, soumis à des dispositifs complexes automatisés. 

    Ces stratégies d'évitement contredisent hélas les guerres cyber à grande échelle qui se mènent déjà aujourd'hui et qui mettent en oeuvre tous les outils possibles pour s'améliorer dont les fameuses IAs, autonomes ou pas. Et après tout, quel meilleur moyen de rendre une IA inarrêtable pour l'ennemi que de la rendre inarrêtable pour soi-même ? 

     

    (1) https://legrandcontinent.eu/fr/2026/05/02/ia-remplacement/

  • Les paroles d'honneur

     

     Le site Youtube "Paroles d'Honneur" se livre à un démontage d'anthologie de Yassine Belattar  (1) et illustre magnifiquement une partie intéressante de l'opinion française, gestionnaire de concepts puissants: les décoloniaux à la marge de tout et aussi de l'immigration. 

    Le PIR (Parti des Indigènes de la République ) fut longtemps animé par l'extraordinaire et perverse Houria Bouteldja, qui salariée de l'Institut du Monde Arabe, je l'espère pour elle, ne sera pas trop menacée par le départ de Jack Lang, s'était retirée du PIR car selon elle trop "radioactive" tu parles, "la bombe atomique" son autre nom n'ayant pas fini de dresser contre elle toute l'humanité, car l'ayant entièrement réduite à néant (pas toute, pas toute) avec un brio, il faut le dire, ahurissant. 

    Privée de son principal défenseur qui l'a soutenue vingt ans, elle est donc sans doute sur une pente glissante, et on espère qu'elle arrivera à survivre, on la voit encore déambuler dans le quartier... 

    Pour ce qui concerne Paroles d'Honneur, on se réjouira de leurs éclats de rire, heureusement tempérés par quelques allusions, dont une sublime, exprimée avec de la colère dans la voix, et la résolution affirmée par un visage qu'on venait pourtant de voir bon enfant la minute d'avant: 

    "
    La pire des racailles c'est quoi ? Ça veut dire quoi ? C'est-à-dire des des gens qui ont qui commettent des délits ou qui en ont commis ou qui ont eu des parcours cabossés et cetera. C'est ça que tu appelles des racailles. Non non, là moi je suis pas d'accord. Ça c'est vraiment très insultant, très euh j'allais dire agressif à l'encontre des personnes justement issus des quartiers, issu de l'immigration post-coloniale.

    "

    Yassine Belattar est accusé de faire le jeu de Macron, osant dispenser à "ceux des quartiers" un discours qui se veut positif, faire des études et vouloir fonder une famille, au nom de sa "position" d'humoriste et de racaille patenté, il fit tabasser des journalistes mais c'est une autre histoire: un sinistre arriviste, lèche cul de Royal, Hollande, Macron etc... 

    Le voir se faire dézinguer par les indigènes est particulièrement réjouissant. 

     

    (1) https://www.youtube.com/watch?v=48hIegzxe4I

  • Les chiffres et les titres

     

     

     

    Le Monde est un journal français assez connu, autrefois le principal outil d'information du bourgois moyen, je l'ai lu 35 ans chaque soir en rentrant du boulot. 

    Article du 24 avril 2026: https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/04/23/tchernobyl-la-radioactivite-demeure-plus-elevee-dans-certaines-regions-francaises-quarante-ans-apres-la-catastrophe_6682815_3244.html

     

    Le titre: Tchernobyl : la radioactivité demeure plus élevée dans certaines régions françaises, quarante ans après la catastrophe. 

    Les faits: 

    Une radio du thorax fait subir une irradiation de 58 microsieverts, un aller retour Paris New-York 80 microsieverts. 

    L'irradiation due à ce qui subsiste de la catastrophe de Tchernobyl fait subir par an une irradiation de 1 microsievert (1uSv) qui peut monter à 20 microsieverts par an si on passe plusieurs heures par jour dans les forêts ou bois. 

    L'irradiation tellurique moyenne dans les zones granitiques bretonnes et de 1 à 2 milli sievert par an (1000 fois plus), l'irradiation due à l'accident de Tchernobyl fut de 1 milli sievert (1mSv) dans les départements du nord et de l'est de la France, ce qui correspond à la limite admissible (bien sûr) d'irradiation annuelle supportable par le grand public. 

    Après Hiroshima et Nagasaki, il apparait qu'en dessous de 100 mSv, pas de risque de cancer. 

    1 Sv est la dose dangereuse. 

    Le foutage de gueule dû à la mécompréhension de la notion de dilution est extrême, de l'ordre de la giga connerie par seconde. L'abaissement de la notion de titrage des articles de journaux aussi. 

     

  • Les Croyances

     

     

    Alors qu'on pourrait croire les dogmes clairs et les sens univoques, il apparait en fait que malgré bien des écrits et des précisions pourtant longues et détaillées, on puisse s'évader dans des croyances finalement bien différentes et mieux, révéler le sens de bien des comportements qu'on pourrait croire absurdes par la réactivation de la signification profonde de bien des comportements. 

    Je veux parler de la croyance religieuse, que l'esprit moderne, en fait déchristianisé depuis plus longtemps qu'on ne pense a profondément transformé au point de la renverser complètement, donnant lieu à des contre sens complets qui se sont établis dans la civilisation, peut être d'ailleurs pour son profit, si cela se trouve dans un premier temps, puis finalement à son détriment. 

    L'idée est la suivante, et on peut faire court. La venue du Christ sur terre est un accomplissement, voire un accomplissement définitif: le Messie est venu, Dieu s'est fait homme, point final. À partir de là, il n'y a aucun futur meilleur que celui-là et l'unique activité de l'homme consiste désormais à célébrer la chose, point final.

    Cette célébration et cette adoration est l'unique projet réaliste, la seule chose à faire. Toutes les exigences morales, sociétales, familiales que chacun peut imaginer n'ont aucune espèce d'importance ni de valeur réelle par rapport à l'exigence fondamentale décrite: répéter, comprendre et manifester sa reconnaissance pour l'essentiel: Jésus est le Christ, et picétou. 

    On notera le sens vrai de ce qu'il convient d'admirer: "Jésus" désigne le personnage historique, donc l'évènement réel, qui ne peut être mis en doute; le "est" désigne l'article de foi, objet de la célébration perpétuelle, et qui établit la signification de la chose; le "Christ"  désigne la chose, c'est-à-dire  l'onction divine, soit la valeur éternelle de la chose ointe, révélation suprême, acte divin, percement de l'histoire de l'univers, etc. 

    À partir de là, on peut diverger. Il semblerait bien qu'après de longues périodes de temps ou on se contenta de ce que je dis, quoiqu'on pourrait nuancer, on se soit mis à penser à un après la révélation et qu'on ait voulu, une fois établi que cela ne suffisait (manifestement) pas, réglementer explicitement la vie des hommes en fonction de l'état de fait, de façon à leur faire jouer un rôle actif supplémentaire pour assurer la réalité de la fameuse chose. 

    La révélation

    Bien se comporter pour compenser la manifeste faillite de cette révélation bidon qui n'améliorait en rien le sort des miséreux, problème essentiel qui a donc, au cours du temps, détourné complètement l'humanité de l'adoration pourtant évidemment suffisante de l'évènement fondamental, le dernier avant la fin du monde, l'espace de temps laissé libre n'étant que le temps nécessaire à l'humanité de se retourner (comme on dit) pour prendre conscience de la seule véritable vérité, cette prise de conscience étant la seule chose raisonnable à faire, à l'exclusion de toutes les autres. 

    C'est ainsi que nous suivons en fait, une abominable hérésie, et que me voilà Savonarole et qu'il faut tout brûler pour restaurer la vrai foi. Car le soin des pauvres, la sécurité sociale, les restos du coeur  et tout le taintouin ne  sont que des diversions et des dépenses inutiles: elles n'ont d'intérêt que pour persuader ceux qui sont matériellement le plus loin des saints mystères du contraire: qu'en fait, du fait de leurs malheurs, ils en sont les plus proches, voire les plus aptes à les célébrer le plus honnêtement qui soit. Il s'agit de les provoquer à la prière et non pas à la satisfaction de leurs besoins. Il faut les faire chanter et  non les faire chier, ce qu'ils font finalement, après la becquetance à quoi on réduit le soin supposé sauver les fonctionnaires payés plus grassement qu'eux pour les nourrir. Corruption, tromperie et oubli de la vraie foi, la voilà votre charité publique à quoi vous réduisez ce qu'on vous a pourtant dit clairement.  

    Ainsi donc tout le communisme, toute les croix rouges et tous les Coluches ne sont qu'erreurs, et incompréhensions complètes de l'essentiel. On a pris le doigt pour la Lune et on s'est abimé dans la folie du non sens, se roulant dans l'ombre du vrai. Tout cela mérite bien le bucher, afin de repartir à zéro. 

    Mais avant de vouloir arranger les choses, prenons conscience des conséquences de la terrible erreur d'interprétation: la volonté de réaliser le fameux royaume de Dieu sur terre que l'on crut donc être l'injonction chrétienne... Et puis aussi, et là on est dans le coeur du sujet, du deuxième temps de cette volonté de satisfaire l'injonction, qui est l'interrogation sur l'échec manifeste à le faire (1). 

    L'Antéchrist

    À ce point, on peut commencer à parler de l'Antéchrist, le trompeur, précisément le christ hérétique qui veut soi-disant faire le bonheur de tous en commençant, un comble, par les pauvres, à rebours de ce que Dieu a créé. Il est beau, il est bon et promet tout ce qu'on veut et à tout le monde. À part que c'est un menteur et que les satisfactions matérielles qu'il donne ne suffisent pas et conduisent inévitablement à désirer autre chose, jusqu'au sommet du spirituel seul satisfaisant, qui se trouve alors être le satanique et  nous y voilà: Epstein fournit le matériel pour satisfaire les véritables désirs élevés qui sont je vous le donne en mille, les sacrifices pédophiles au diable... 

    Voilà donc l'aboutissement de deux mille ans d'Église. La voilà la vraie conspiration ! Le pape et ses successeurs en Antéchrist ? C'est ce qu'a pensé une partie de la réforme et du changement "protestant" de relation à l'origine chrétienne. Mais il y eu aussi le rôle "catéchontique" de l'Église, destinée à retarder à tout prix la fin, et donc l'Antéchrist, qui s'identifie donc au modernisme religieux, qui finalement a vaincu et c'est ce dont on se plaint. Communisme, socialisme et Vatican II pour finir afin d'instaurer cet Antéchrist idéologique, le combat contre icelui entrant maintenant dans une phase nécessaire et aiguë. LGBT, wokisme et tout le tintouin sont donc les images de l'Antéchrist, le faux bon, le faux vrai. 

    Peut il y a voir un retour de la vraie croyance ? A moins qu'on n'en vienne à autre chose, comme toujours, l'histoire se devant d'avancer. Une super réforme, ou plus simplement un changement d'attitude dans le sens indiqué plus haut? Ou bien ce que dit l'Apocalypse (le texte), c'est à dire l'Apocalypse, la grande "révélation" de tout cela, qui tranchera définitivement entre les interprétations et en fait qui consumera la fin de ce monde, le lieu de l'ambiguïté. 

    Identifier cette fin du monde à l'apocalypse nucléaire me parait un peu "petit pied": je ne crois pas que même la pire guerre nucléaire abolira la vie sur terre, et même la vie humaine. Toute la science-fiction est là pour nous prouver le contraire et on ne peut craindre cela. Fin de l'homme vaincu par les robots ? Pourquoi pas ? Mais alors le spirituel final sera il robotisé  ? Dieu lui-même le sera-t-il ? Bref, on se pince: toutes ces belles traditions pour se retrouver dans un gros bug, franchement... 

    On se retrouve donc avec un problème global qui reste entier et qui est celui de la seule chose qui compte: la "vérité". Identifié à elle, le Christ ("je suis la vérité et la vie") est donc bien l'enjeu global unique, comme voie d'accès au divin, seule chose qui puisse nous départager. 

    On notera l'identification russe entre vérité et justice (c'est le vrai sens du mot "pravda") ce qui consacra la terrible erreur de la Russie anticipée pourtant mais effective, mais c'est du passé maintenant. 

    Et Scot dans tout ça ? 

    On évoquera donc les doctrines de Duns Scot sur le péché originel, qu'il décrit avec Saint Augustin comme cause de l'incapacité de voir Dieu directement, cette limitation de l'intellect humain voulu par Dieu comme punition (ou comme provisoire incapacité) étant ce qui caractérise la chute, et la nécessité du Salut. On est loin de la morale bêbête dont nous bassine l'Antéchrist. 

     

     

     

    (1) Soloviev et l'Antéchrist: https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/06/lantechrist-de-soloviev-troisieme-partie/ 

  • Les deux philosophies

     

     

     

    À l'occasion de la mort d'Habermas, autant évoquer les grands débats. On a donc le clivage fondamental Hume/Kant, et bien sûr le moderne boche et son intersubjectivité qui dépasse le tout (1).

    Les deux philosophes sont à la tête de tous les clivages entre rationalisme et scepticisme, Hume inaugurant tous les Nietzsche et autres positivismes, tandis que Kant crée le système unifié théorique, pratique, esthétique et autres idéalismes. 

    Pour Hume le sceptique, il n'y a pas de causalité ni de nécessité et la raison n'est qu'une passion comme une autre, l'humain étant guidé par ses sentiments. 

    Pour Kant l'idéaliste rationaliste, la causalité, l'espace et le temps sont a priori et le phénomène manifeste l'invisible noumène visible. L'humain est guidé par les lois de la raison. 

    Habermas nie l'un et l'autre et fonde la raison sur l'intersubjectivité qui dépasse sentiments et raisons. 

     

    (1) le dernier interview https://legrandcontinent.eu/fr/2026/03/14/habermas-in-memoriam/

  • On a bien le droit de rêver

     

    Laisse moi rêver par Françoise Hardy

    Regard bleu pâle
    Qui filtre
    À travers les cils
    Je me sens mal
    Verdict:
    Le coeur trop fragile

    Ne plus trembler

    Regard bleu pâle
    Qui teste
    Intense, immobile
    Pression brutale
    Du geste
    Audacieux, habile

     
    Ne plus jouer

    Mais se laisser séduire
    N'être plus que désir
    Et objet

    Se laisser, se laisser aimer
    Le laisser, le laisser m'aimer
    Laisse-moi, laisse-moi rêver

    Douceur spéciale
    Du grain
    De peau sous les doigts
    Moment crucial
    Comme un
    Éclair qui foudroie

    Ne plus parler
     

    Issue fatale
    Déjà
    Je vole en éclats

    Ne plus penser

    Brûler du même désir
    Se fondre et s'évanouir
    En fumée

    Se laisser, se laisser aimer
    Le laisser, le laisser m'aimer
    Laisse-moi, laisse-moi rêver
  • Panique à AI land

     

     

     

     

    Ça flippe dans la culture: qui peut encore créer ? Dans une succession de poncifs, mais aussi d'idées intéressantes, on voit se déployer les heurs et malheurs de l'humain paniqué par l'IA.

    D'abord la question de la combinaison d'existants. L'évidence de ce procédé méthodologique est telle qu'elle ignore en fait que de temps en temps, le hasard (qu'on peut simuler) introduit de nouveaux éléments. Et il y a aussi le "renforcement", l'expérience s'accumulant par suite de ces trouvailles, le robot s'entrainant tout seul sur ses propres productions et tout comme l'humain, la brave IA peut aussi et ainsi se lancer dans l'innovant. 

    À ce point, l'inquiétude apparait... 

    L'assurance des "progressistes" est là affirmative, audacieuse et inquiétante (leur angoisse transparait): la création est robotisée, c'est fait. Pourtant un doute persiste, en quoi cela change-t-il quelque chose et l'humain n'était-il pas DEJA une intelligence artificielle ? Et puis, qui décide de tout ça ? Quelle AI va-t-elle se lever le matin pour se lancer dans cela, sans qu'un lascar fainéant ou vicelard n'agite des éprouvettes pour lancer le processus (fatal) de la création ? Combien de ces lascars ne sont pas DEJA à l'oeuvre, pilotant de loin 100 tubes (plutôt qu'un) qui inondent les streams, ou les ... librairies.

    Tout cela pour introduire le grand doute de l'athée qui se refuse à voir apparaitre à chaque tournant d'immeuble une nouvelle entité: l'IA est en fait un outil, une méthode, un sac de billes qu'on agite pour faire un bruit tentant... Elle n'est qu'un moyen de produire de la productivité. 

    La question de l'oral de l'X, passé brillamment par les IA est-elle vraiment inquiétante ? Après tout, pour le taupin moyen qui s'entraine rudement, faire au moins aussi bien que toutes les annales ingérées est un but valorisant et ce qui va vous remplacer soi-disant sera d'abord un modèle à dépasser qui tient dans la poche, et donc un moyen de s'élever spirituellement, quoiqu'on en dise. Je travaille jour et nuit pour dépasser mon téléphone, et alors ? Faites en autant. 

    On arrive alors à la distinction "fondamentale", celle qui oppose l'automatisation des tâches (ce  qu'on continuera d'affirmer) et le remplacement de l'humain, objet du fantasme. Là, se profile le "stade du miroir" quand l'IA devient partenaire sentimental, producteur de dark romance, bref sex toy... La menace actuelle ressemble ainsi à une vieille, dévalorisante, et dévirilisante, il faut le dire... On notera ici cependant dans ce thème sexualisé du remplacement, la double suspicion, sex toy contre porno, amant contre prostitution, la machine opérant comme instrument toujours plus sophistiqué de menace haineuse érotique réciproque. 

    On en vient alors à l'objet crée par la machine: semblable et indistinguable, a-t-il un intérêt ? Car l'objet produit par l'art-disant est toujours inséré dans des préoccupations humaines à repérer, à identifier. Peut-il apparaitre comme satisfaisant cette demande, sachant son origine ? Toute la question est là: imaginons que l'on apprenne que le clavier bien tempéré de Bach, comme on pouvait s'en douter, est en fait issu d'une IA (de l'époque). Hors son utilité pour apprendre à pianoter, gardera-t-il sa magie envoutante ? Ou pas ? 

    Le label "made by human" devra donc apparaitre tatoué sur les objets informationnels. Gage de qualité ? Ou pas ? 

    La discussion se poursuit: le cout de la création devient modique. Matériellement d'abord, avec les ordinateurs, le cloud, les automates, mais aussi avec les producteurs de musiques, d'images, de plans, d'effets spéciaux devenus fastoches à faire. Cela révolutionne l'"industrie" du cinéma, de la musique, des images, bref de tout ce que la modernité industrielle avait arraché à l'art manuel d'antan et dont on s'était d'ailleurs amèrement plaint voici un temps. L'industrie ! Tout est dit. L'ouvrier aliéné dont on plaignait la soumission à la machine est devenu inutile, même dans ses formes modernes du machiniste, du cameraman, du scénariste, de l'acteur, d'ailleurs tous chieurs exigeants syndiqués et hors de prix. Voilà que tous ces inutiles sont remplacés ! Le metteur en scène seul en scène peut alors produire son oeuvre, tel Rembrandt, tel Velasquez !!! Qui peut regretter le passé ? 

    Cette facilité de création se traduit par une réduction des assistances: les césar, les block buster, les journaux télévisés ont leurs audiences réduites par dix, déjà. La limite est de un spectateur par spectacle, une atomisation complète de la communication et une division à l'infini des audiences, du moins jusqu'à la constante minimale, le h barré. L'argument, tout aussi inquiétant, a l'inconvénient d'être en concurrence avec son inverse: la création automatisée, basée sur le consensus et surtout l'origine ethnique des clouds producteurs, va uniformiser les gouts. Que dire ? 

    D'abord que les contenus ingérés par le monstre sont d'abord annotés et dans les pays du tiers monde. Certaines tournures de l'Anglais parlé au Nigéria auraient déjà pénétré les contenus produits et on voit parfois brièvement apparaitre dans les solutions aux problèmes de maths juste avant traduction, des caractères chinois, langue de la réflexion... 

    Un dernier thème est celui du stagiaire. Alors que cela fait déjà quelque temps qu'on doit se plaindre régulièrement d'articles de journaux bizarres inspirés par des délires enfantins ahurissants, et qu'on ne peut attribuer qu'à un stagiaire déluré qui a perverti la confiance de son mentor, il apparait qu'en fait le stagiaire n'est plus sexuellement consommable: il est virtuel. Impossible désormais d'être apprenti avocat ou journaliste, le poste est pris. 

    Bon on a fait le tour, et l'apprenti jeune con enthousiaste du passage à l'échelle voit monter à l'infini les capacités de l'IA (à l'infini ? ) sans bornes et proportionnel à l'infini de la puissance de calcul... 

    Alors que les techniques actuelles qui effectivement continuent de passer à l'échelle, s'orientent plutôt vers d'autres principes qui profiteront, elles aussi, de l'énormité des puissances informatiques mises à la disposition du domaine, on voit surtout des mutations qui pourraient et cela est souhaité, profiter à des sociétés devenues récemment pas si productives: l'espoir est là d'un redépart des croissances économiques. Et puis il y a aussi les robots humanoïdes qui pourraient révolutionner encore une fois la classe ouvrière et banaliser les appareillages et les productions dans le contexte d'un effondrement démographique en Occident qui va avoir besoin d'autres bras que ceux qu'on croyait. 

     

    (1) Eugénie Bastié et l'IA https://www.youtube.com/watch?v=fuHqOvDqv6w

  • Les Esprits

     

     

    Bernardo Kastrup est un drôle de type, et son "idéalisme analytique" (1) est bien rigolo. 

    Et pourquoi pas? 

    Il n'y ainsi que l'Esprit comme substrat unique de toutes les consciences, un esprit qui ne serait pas issu du matériel, et qui ne serait pas un logiciel en exécution dans les ordinateurs animaux. 

    Les consciences individuelles ne seraient que des tourbillons au sein de cet esprit, et communiquerait et partageraient un inconscient collectif et une appréhension commune des mêmes réalités. 

    Kastrup ne décrit pas la nature de cet esprit, de peur de le plonger dans un matérialisme, mais on pourrait l'imaginer comme un préexistant logique, ce qui explique les "lois" de la physique. Après tout la probabilité non nulle de surgissement dans le vide de paires de particules crée la matière exactement comme un doigt de Dieu. Le "champ" immatériel et omniprésent probabilistiquement est ainsi "mental". Le voilà l'esprit "créateur" ! 

    Notons qu'il n'est pas issu de l'évolution animale, mais préexistant à toute réalité matérielle. Qu'il se manifeste comme "loi" dans les organismes biologiques et soit perceptible de manière réfléchie dans les organismes supérieurs est concevable. L'aspect intéressant est qu'il n'est pas "logiciel", mais législateur pour le fonctionnement biologique des cerveaux qui se trouvent alors supports matériels sans être causaux. 

    Le "problème difficile" du rapport esprit cerveau est ainsi résolu. 

    Mais revenons à la création. Qu'importe que le réel n'existe pas : tout pourrait n'être qu'illusion, façonnée par un logiciel pur dont la simple cohérence suffirait pour "créer" un monde purement immatériel qui au final produirait l'univers comme image pure, comme simulation pure, et donc les images du réel que nous percevons. 

    C'est l'intuition indienne, et celle de Kastrup... C'est aussi celle de Schopenhauer, le vouloir immatériel étant ainsi vraiment l'origine de tout.

    Irréfutable et donc vraie, cette image du monde est splendide. Mieux elle est compatible avec toutes les spiritualités qu'on peut imaginer, l'"Esprit" pouvant les contenir toutes et toutes les partager ! 

    (1) https://www.actu-philosophia.com/bernardo-kastrup-entre-critique-du-materialisme-et-elaboration-dun-idealisme-analytique/

  • Les islamismes

     

     

     

     

     

    Le fameux "motto" "l'islam n'est pas l'islamisme" ou son contraire sont en débat. 

    On connait les positions, dont la principale variante, répétée à plus soif, est que l'islam, religion pacifique intégrée n'est pas l'islamisme, expression d'un islam politique meurtrier qui ne serait pas l'islam et même qui n'aurait rien à y voir, l'"écrasante majorité" des musulmans ne pouvant qu'être "stigmatisés" par la fausse accusation d'extrémisme qui leur serait faite ne les accusant d"islamisme". 

    Le mot était pourtant l'équivalent de "christianisme" et désignait avant ce qu'on appelle aujourd'hui l'islam tout court. Le mot "islam" revêtant maintenant les contours sacrés d'un être multiforme lui même sacré, car intouchable et à la fois respectable par force, car menaçant, toute interprétation à son sujet devant difficile car suscitant, et là ça devient intéressant, agressivité maximale systématique que ce soit des fanatiques déclarés, ceux que bien sûr on condamne mais aussi, et c'est le point, des innocents respectables qui accusent eux aussi: d'être accusés à tort. 

    L'accusation d'être accusé à tort est en effet le premier paradoxe du musulman respectable, être humain doté des droits de l'homme, qu'il entend faire respecter et qu'on ne peut contredire, sa respectabilité justifiant sa position, inexpugnable. 

    Le plus gluant et le plus suave des musulmans réformateurs, Ghaleb Ben Cheikh (1) est ainsi aussi le plus intransigeant contempteur de toute allusion qu'il estime islamophobe à un islam dont il est le seul à maitriser la complexité, s'estimant en débat avec un autre inexpugnable théoricien de ce n'est pas l'islam, Tarek Obrou (2), engagé dans une redéfinition théologique qui tout en lui assurant une incontestable influence auprès des musulmans semble pourtant, mais je n'ai pas compris, forcément, en désaccord complet avec tout ce qu'on entend d'habitude: prétendant travailler à l'adaptation d'un islam forcément déjà compatible avec une modernité évidente, il entend conserver l'orthopraxie dans la vie moderne et c'était comme si c'était fait, car il faut connaitre sociologie et herméneutique pour comprendre les détails du projet. 

    Question: les sciences humaines doivent-elles être limitées ?  Sont elles les seules à utiliser pour accéder au texte coranique ? 

    On retiendra, à propos de la réforme, une remarque immortelle de BenCheikh: "les séquences Descartes et Freud ont été ratées dans le contexte islamique". Et le monsieur de citer au nom de la connaissance les thèses de Mutazilites confirmés, comme si cela était d'actualité, la prétention intellectuelle se permettant de briller sans consistance, la  question de l'incréation du Coran ne se posant évidemment pas ou plus, et pourquoi ne pas faire semblant de croire que si ? 

    On retiendra aussi de la part d'Obrou ses questions sur l'accès au religieux des jeunes: sont ils formés à la théologie spéculative et mystique ? À l'herméneutique fondamentale et appliquée ? Aujourd'hui, il n'y a plus la pensée complexe qui existait au Moyen-Age (...). La poussière de l'histoire et la violence des sondages, c'est de la sociologie, pas de la théologie. Et il met en avant son projet théologique d'extraire le souffle de transcendance de la révélation coranique exprimée dans son époque pour l'acculturer avec la postmodernité occidentale... 

    On formera la thèse qu'à travers ces palinodies se profile quelque chose de culturel, l'intensité de la foi, sa manifestation dans un contexte orthopraxique, celui d'une religion connue pour cela, se manifestant ainsi dans un plus/moins qui affecte toute la relation avec le religieux considéré. Plus ou moins musulman ? Voilà le problème et il se décline à l'infini, dans une religion avec prescription, mais sur un axe orienté. Doute, pratique personnelle, adaptation au réel, un même substrat, une même obligation globale se manifeste, se réfléchit, se choisit, s'anticipe, se prévoit, s'invite, se prédit.  

    On peut débattre des interprétations, des modernisations, des réformes qui se présentent selon nos intellectuels sous la forme d'une digestion de l'inacceptable enrobé par tout ce que l'occident peut proposer comme "méthodes", en fait de stratégies convoluées pour noyer le poisson derrière la complexité des analyses, l'essentiel étant de préserver un principe qui lui ne souffre pas de modification. Mieux, il suffit (c'est ce qui apparait d'après leur verbiage) de mentionner qu'on va ou qu'on devrait mettre en oeuvre ces "méthodes" pour atteindre le but, esbrouffe à blancs et prétention occidentaliste pédante. Il n'est que de consulter la liste des sciences que BenCheik met en oeuvre pour travailler: 

    " sans prétendre à l'exhaustivité bien entendu la psychologie et la sociologie et en plus leur mythique l'exégèse la philologie, la grammaire, l'historiographie, la codicologie, la paléographie, la sémiotique, la médiologie, la linguistique, tout cela doit concourir à la compréhension du fait religieux et en l'espèce du fait islamique". 

    C'est donc bien dans ce contexte qu'on a bien un "islamisme" comme pathologie d'un corps déjà malade, la bonne santé consistant à ne pas faire ce qu'on devrait, c'est-à-dire suivre littéralement la barbarie islamique. Inversons les deux termes: "islam" devient la frénésie fanatique qui se décline à l'infini dans tous les littéralismes débiles qui agitent les différentes visions, stratégies de conquête, identifications ethnico-civilisationnelles qu'on peut voir, toute architecturées autour d'une pseudo révélation obscure autoritaire, et "islamisme" devient l'ensemble des manières de ne pas appliquer ou mettre en oeuvre ces absurdités, de manière à pouvoir vivre tout simplement, que ce soit dans un pays musulman travaillé par la modernité et ses nécessités ou dans un pays européen sécularisé qui est en train de rejeter religion et peuple invasif devenu insupportable. 

    (1) Débat BenCheikh Obrou https://www.youtube.com/watch?v=s1qVCn6xLbo

    (2) Débat Obrou Azihari https://youtu.be/2hocN3pVwvo

     

  • Les Résurrections

     

    Ce qui doit être évidemment central dans les discussions sur la mort, c'est la mise au clair des différentes traditions de la culture occidentale sur le vaste et essentiel sujet de la résurrection, espérance chrétienne fondamentale et d'une certaine manière, premier argument essentiel en faveur de cette religion. 

    Tout d'abord, le judaïsme, qui initialement ne considérait après la mort qu'une existence silencieuse dans un Shéol assez sinistres. C'est sur le tard qu'apparait une résurrection débattue entre les pharisiens qui y croyaient et les sadducéens plus traditionalistes. 

    Ensuite le catholicisme et la question de la relation entre la résurrection de la chair, proclamée indispensable à la véritable vie éternelle, et la simple survie de l'âme, immédiatement après la mort. 

    Le protestantisme se partage entre la position orthodoxe qui insiste sur la résurrection de la chair, avenir du monde, et un calvinisme qui donne à l'âme une existence suffisante pour pouvoir s'en passer quasiment. 

     

  • Les Religions

     

     

    Alors qu'on parle beaucoup de la chose, de sa fin, de sa résurgence et de ses évolutions, et aussi des choses nuisibles qui l'accompagne, la question de la religion mériterait d'être mieux définie, pour être mieux apréhendée. 

    Je dirais, avec forfanterie, que la religion c'est 3 choses. 

    D'abord le surnaturel sous la forme qu'il veut et il y en a beaucoup, mais cet "arrière monde" impalpable et réel, cette chose dont on parle en tremblant. Bref.

    Ensuite il y a les rites, les génuflexions, les discours, les relations publiques entretenues avec le précédent. Et aussi les engagements publics, eux aussi, entretenus et déclarés et sans qui il n'y a pas de religieux à proprement parler. 

    A ce point, on pourrait croire avoir fini. Mais il reste peut-être le principal et qui est le discours sur les deux précédents. Discours descriptif (qu'est-ce que Dieu?) et aussi impératif (il faut faire cela pour le satisfaire) mais également l'histoire, le pourquoi, bref l'explicatif, tout ce qui justifie et ancre dans la raison la chose. Tout ce qui répond aux questions et qui pourrait être le "narratif" qui justifie l'ensemble, mais aussi qui constitue le "méta discours" sur l'ensemble du religieux concerné. Son existence dans l'histoire, dans l'écrit, dans la civilisation: bref tout ce qui décrit l'ensemble de ce qui préoccupé les hommes à son sujet. 

    On en vient alors à ce qui reste après la disparition d'un au-delà incroyable et d'un rituel devenus vide de sens: et bien il reste l'explication de l'ensemble et je me vois ravi de croire que ces choses ont bien existées, au niveau de profondeur dont les créateurs et pratiquants de ces choses les ont décrites. S'il ne reste que cela  et qu'on les révère et compare, et bien c'est déjà quelque chose et nul ne peut décemment ignorer ce qui devient de l'histoire, de la culture et de l'identité. 

    Les jeter comme part à oublier du passé est un non sens pathologique impardonnable, et s'il existe une idéologie, une pratique ou une morale qui  veut le faire ou qui le laisse faire, et bien c'est qu'elle est aussi une religion de remplacement qu'on peut donc aussi décrire. Et là on se marre: on peut alors comparer les dogmes, ligne à ligner, et commenter ! 

    C'est là que les choses deviennent palpables et manifestes: il y a bien des hiérarchies entre les cultures, et le raffinement, la profondeur et la beauté se voient quand ceux qui les portent se tiennent côte à côte. 

  • Les Contre propositions

     

     

    À propos des interrogations actuelles dans le monde de gauche sur les "lumières sombres" en général (1), on se prend à contempler des beaux spectacles et surtout ce qui apparait comme un mode de pensée, une attitude intellectuelle générale, une caractéristique de cette pensée, voire une partie de sa signification. 

    Dans l'émission citée, on voit une dame ( Nastasia HADJADJI ) parler de "techno fascisme" et s'étonner que Peter Thiel théoricien du dépassement de la démocratie, qui opposait "démocratie" et "liberté", soit reçu devant le portrait de Montesquieu. Tout était dit, et la dame voulait "cancel" le monstre. Et puis, elle situe la Silicon Valley dans le techno fascisme, qui a inventé le QI, exalté la supériorité des entrepreneurs tout ça financé par le complexe militaro-industriel. 

    Cette manière de voir traduit bien la notion de "situation", élément fondamental de la culture woke et qui positionne et valorise les entités et objets de pensée en fonction de leur situation dans leur existence et ou dans le combat politique. On pourrait penser que l'on puisse chercher dans les idées, dans leurs relations abstraites, dans les rapports avec les cultures des nouveautés, des rapprochements, bref on pourrait se faire un peu "intellectuel". Las ! Un intellectuel, ce n'est pas cela, c'est un combattant contre le viol, le fascisme, le racisme, et s'il est fasciste, il faut non pas le comprendre ou l'expliquer mais le "combattre", ou au moins le "condamner". 

    Ce qu'il y a de frappant, et d'ailleurs de naturel dans cette attitude, c'est qu'elle voit finalement quelque chose de juste dans ce qu'elle décrit et qui est précisément dirigé contre elle! Car les lumières sombres, c'est d'abord et avant tout, mais d'un point de vue intellectuel, un dépassement, ou une critique radicale du moralisme, forme première de l'expression du camp de la gauche en général, à qui on peut tout attribuer, depuis le communisme d'antan jusqu'au woke global actuel. 

    Mieux la sombre clarté, c'est l'émancipation au sens de la définition qu'en donne les lumières, de ce moralisme et le rejet des appartenances toutes faites, et des religions moralinaristes de notre époque. 

    La discussion à ce sujet porte d'ailleurs ensuite sur Deleuze, penseur de gauche s'il en est, mais évidemment (il suffit de lire) récupérable et récupéré par nos fachos, qui d'abord issus des libertariens (Curtis Yarvin et Nick Land en premier lieu) font leur miel des concepts de "déterritorialisation", de "rizhomes" (plutôt que de hiérarchie), d'"axiomes" (du libéralisme et des droits de l'homme), de "corps sans organes" (pour matérialiser plutôt le désir et la culture), de "machine de guerre" (pour exprimer la guerrilla culturelle contre l'Etat). On voit là à l'oeuvre et magnifiquement le caractère novateur d'un intellectualisme novateur qui se situe délibérément au-delà des engagements politiques et le désarroi qui saisit le gauchiste quand il réalise qu'un penseur "de gauche" se voit récupéré par les fascistes fait plaisir à voir. 

    Bien sûr il y a la preuve suprême, Peter Thiel, tout girardien qu'il est, dirige la société Palentir qui permet aussi de détecter les fascistes sur Twitter (on n'évoque pas la chose), et qui donc veut remplacer... l'Etat ! Formidable auto contradiction du camp du bien, incapable de réaliser ce qui lui arrive. Et puis ses lectures ! Schmitt (le juriste du IIIème Reich) et Girard (le théoricien de la violence, qui a donc une vision du monde basée sur la violence). 

    Heureusement qu'Eugénie Bastié, qui a compris elle, explique qu'il s'agit d'une philosophie "à coup de marteau" dirigée contre la religion progressiste. Cette affirmation, celle de la "Cathédrale" de Yarvin laisse nos gauchistes stupéfaits: les clercs de la nouvelle religion pris dans leur soutane en sont saisis ! 

    Et puis on les flingue: vous vous croyiez jeunes, riches et intelligents, et vous vous réveillez vieux, appauvris et ruinés, et apprenant la vie de la part du monde entier. Mais on se rassure: c'est aussi une critique du "néo libéralisme", qui là fera l'unanimité à gauche, désormais à la recherche d'un contre discours, qui sera difficile à trouver. 

     

     

    (1) https://www.france.tv/france-5/c-ce-soir/saison-6/8078292-silicon-valley-les-milliardaires-contre-la-democratie.html

  • Les Hypothes.is

     

    Un site d'annotation du web, connu depuis longtemps, à l'ergonomie impeccable (1).

    Permettant l'annotation et le commentaire. 

    Je n'ai pas fait de groupe spécial, le public me suffisant... 

    L'extension chrome est bien sur en charge, et affiche sur toute page visitée, la présence d'annotations. 

     

    (1) Hypothes.is de francois carmignola : https://hypothes.is/groups/__world__/public?q=user%3Afrancoiscarmignola

  • Les propositions

     

     

     

    A l'occasion de l'excellente publication par le Grand Continent des doctrines complètes des affreux fachos ricains (1), il convient de réaliser l'état de la "droite" aujourd'hui, sur fond de désespérance et de dépression face à la ruine et l'apparente inéluctabilité de sa continuation pour encore plus d'abaissement, celui-ci devant devenir à terme complet. 

    On a donc le clivage essentiel entre conservateurs puis "néo-conservateurs" d'un côté et réactionnaires puis "néo-réactionnaires" de l'autre, le camp NRx (2) étant l'avenir, fasciste ou pas. Le réactionnaire est positif et veut créer un ordre nouveau. En fait l'affaire est plus complexe et plus essentielle. La droite, ce qui s'oppose à la gauche marxiste et plus généralement au progressisme "éternel" est d'abord "conservatrice" libérale, ou pas. Aujourd'hui, le conservatisme devient centriste, et son libéralisme sociétal, ce qui le met à la portée de ses ennemis, qui le dévorent alors qu'il se converti à eux. Les réactionnaires, longtemps cantonnés aux extrêmes, et aux chimères de l'ordre nouveau de droite, ce trouvent désormais les seuls à combattre. Et il leur faut savoir ce qu'ils proposent.

    Il faut savoir que l'opposition est réelle et la critique féroce de la part de NRx, le conservatisme ayant vocation à se faire balayer par le progressisme, de par sa faiblesse et son attachement à des formes exploitées par l'ennemi pour le vaincre. 

    Le Trumpisme au pouvoir est ainsi assimilé à du conservatisme avec la fameuse stratégie gagnante de celui qui va le vaincre, et qui consiste à l'accuser de ce qu'il n'a pas encore fait, et que par faiblesse il accepte de ne pas faire... 

    Curtis Yarvin appelle donc directement à un parti unique du type chinois, et donc à une suspension complète de la démocratie au sens actuel. On notera une motivation extrémiste du type "politique du pire": si nous perdons l'élection, ils nous chasseront impitoyablement partout où nous serons et donc, nous ne pouvons nous permettre cela. C'est la fameuse métaphore du "rebelle", dans le camp du bien jusqu'à la victoire finale, celle qui m'énervait tant à la fin des "starwars"...

    On pourrait dire que la chose, comme les violences de la police anti immigration, est "contre productive", le camp du bien aidé par bien des gens qui se veulent neutres, peut se réveiller pour agir dans le mauvais sens, et toute la réflexion est là: comment prendre le pouvoir en douce ? Comment prendre tout le pouvoir tout court ? 

    Yarvin décrit ce qui s'appelle la "cathédrale", alliance des universitaires et des médias qui dirige en fait l'État  soumis à sa propagande unitaire, ruinant déjà la démocratie rêvée à tort par les naïfs qui croient encore vivre dans une société "ouverte" qui a déjà en fait aboli toute critique. 

    C'est cette cathédrale-là (la gauchiste) qu'il faut incendier et abattre, non pas pour la remplacer par une plus belle peinte en noir, mais par rien du tout, le parti unique en charge de contrôler la société pouvant tout faire. 

    Car la démocratie n'existe plus quand elle se réduit à une guerre civile froide, des fractions ennemies de la population qui se haïssent se contentant de tirer un coup de feu avec leur vote. 

    J'avoue donc à ce point, à ma grande honte de crypto facho, participer à la désunion de la droite, et je voudrais y aller de ma proposition à moi. En gros établir une société vraiment ouverte, mais dotée des moyens d'éviter qu'elle ne se corrompe. Car tout système doit d'abord survivre, et on ne meurt pas de ses ennemis, mais de son incapacité progressive à les vaincre... 

    Car la puissance gauchiste tient en fait à peu de choses, en fait beaucoup, mais localisées. Car "ils" sont là où règne ce qui pourrait être aboli et qui s'appelle la subvention. Particulièrement présente en France et en Europe,  où la charité publique a été nationalisée, la subvention dans tous ses ordres fait vivre notre cathédrale à nous. 

    Bien plus que l'assistance, par ailleurs décentralisée, la subvention aide les aidants, qui développent alors leurs raisons d'exister, culturelles, informationnelles et surtout morales. Une action de l'Etat "pseudo fasciste" peut alors régler ce problème en supprimant toute cette aide publique, si possible avec une brutalité extrême, condamnant ainsi toute les populations en rapport et les fonctionnaires chargés de les piloter, à la misère et à la prolétarisation de leurs ouailles. 

    La lutte effective contre la ruineuse charité publique étatisée devrait suffire, l'assumer devant des médias réorganisés par ailleurs étant le combat "démocratique" à assumer. 

    Car les médias de la cathédrale sont subventionnés. Cesser ces prébendes les feraient taire: audiovisuel public, presse écrite, fact checkers, tout cela peut disparaitre du jour au lendemain par de simples et brutales décisions. Leur non rentabilité effective dans un monde où la pub est captée par plus intéressant les rend de toute façon bien trop chers pour le service rendu. 

    Et puis il y a l'université. La destruction explicite et volontaire par rupture des financements de toutes les sciences humaines consacrées aux subversions artisitiques, philosophiques et sociologiques ne portera pas tort à la culture, bien au contraire. Réduits aux travaux solitaires amateurs, les théories en rapport pourraient devenir plus concises, incisives et essentielles qu'elles ne le sont actuellement. Les étudiants inutiles de ces matières inutiles pourraient alors être plus utiles. Antifa, sans doute, mais là, c'est autre chose. 

    Bref, on détruit, mais sans être fasciste et avec l'assentiment électoral d'un peuple à convaincre, avec comme résultat l'obtention d'une vraie liberté d'expression. Car il faut le comprendre, la liberté n'est pas la cathédrale. Celle-ci l'étouffe. 

    La liberté est expression publique totale non contrôlée et non censurée, sinon pour des raisons d'ordre public (pas d'appel à l'émeute ou la violence). La question des médias addictifs aux mineurs (peut-on  vraiment les interdire ?) est un problème distinct, sachant que les adultes sont aussi soumis à ce problème de santé publique. 

    Bref, le libéralisme extrême, contraire du fascisme directif est aussi nocif à la gauche progressiste, qui ne peut vivre comme distributrice de ce qu'elle n'a pas. 

    Il faut savoir aussi que tout l'appareil interne de l'État consacré aux programmes d'assistance directs ou indirects est concerné: une partie importante de l'État se consacre à ces choses et doit être non pas réformé, mais supprimé. 

    Et puis il y a les normes: forme essentielle de l'État en fait déjà fasciste qui nous afflige, l'édiction et la vérification des normes doit être détruite aussi et leurs acteurs renvoyés. Normes et subventions: l'infernal diptyque doit être ruiné, au nom de la liberté, ce qui encore une fois, serait la plus extrême façon de ne pas être fasciste, justement. Normes pour les produits, les comportements, les bâtiments, les contrats : tout cela doit être remâché et réduit au strict nécessaire sans que jamais le nécessaire principe de la convention commune ne soit appliqué exclusivement.

     

     

    (1) Curtis Yarvin: https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/30/curtis-yarvin-le-plan-pour-faire-des-etats-unis-un-etat-parti-fasciste/

    (2) Ego Non: le NRx : https://youtu.be/dbrVsUnhD5c

  • Les hommes et les femmes

     

     

    La question maintenant brulante de la dénatalité amène à s'interroger: pourquoi ? 

    Au-delà du mystère essentiel de la chose, on se doit d'abord de dire que la chose est ancienne et sans doute liée aux complexes interactions entre la société en évolution et Dieu sait si elle évolue, et la forme et la nature des relations entre hommes et femmes en dehors du simple lien sexuel. Avant le smartphone, la voiture a considérablement étendu le champ des rencontres possibles, et la "révolution" dure depuis pas mal de temps, disons au moins un siècle. 

    D'abord le baby boom de l'après guerre fut exceptionnel, la baisse tendancielle de la natalité en France fut constante, et on était à 1,8 enfant par femme en 1939... La France vient de rentrer dans le rang de toute l'Europe, à 1,6, après avoir fait la maline prolifique pendant toutes les années 2000.

    Quelques réflexions tirées des enquêtes citées par les sociologues. 

    D'abord que les choses ont basculé vers 2010. Comme dirait Todd, le mariage pour tous (2014) fut la date d'entrée de la France (avec ses voisins en Occident) dans un autre régime anthropologique concernant la représentation qu'on a des sexes. La campagne "balance ton porc", contemporaine de "Mee too", symétrise une représentation de l'homme comme toxique et violent, tempérée par la banalisation en rapport de son homosexualité. 

    C'est avec la génération Z (1997-2012) socialisée avec les réseaux sociaux, et qui gère l'arrivée des smartphones (2010) que commence le désastre qui succède à une période ou "cela faillit marcher" en matière de coopération entre les sexes, ce qui permit le baby boom de l'an 2000, vite effacé. Les enquêtes le montrent : cela a alors changé brutalement.

    Les jeunes femmes émancipées et revendicatrices se sont alors mis à s'opposer à des jeunes hommes violents et réciproquement. La romance impossible contre les jeux vidéos. Cela s'appelle la "sexcession" les sexes se sont séparés. 

    L'extrême du désaccord, c'est le "masculinisme", regroupement de loosers passifs perçus côté femme comme des terroristes féminicidistes en puissance. C'est ce soupçon, qui fait l'identité de l'incel percevant lui-même l'accusation comme injuste et justifiée... 

    À l'origine du changement, la notion de l'enfant comme "projet" , la famille étant contractualisée et projetée volontairement. Or, une plante ne choisit pas de croitre. En rendant les choses conscientes et volontaires, on a tué  une envie, et forcé l'égoïsme individualiste, le projet en question n'étant que personnel et individuel. 

    La projection en public, via les réseaux sociaux de cet individualisme-là a bouleversé la donne: les codes communs ont alors disparu, remplacé par les multiples identités en compétition, l'exemple étant le possible (voire admis et envié) polyamour qui évite tout attachement obligé. Pire, la "peur" a envahi la sexualité, au-delà de la peur du sida, il y a la peur de l'homme violent, de la femme castratrice: ça tombe bien, le porno permet de satisfaire bien des pulsions, s'évitant bien ainsi des risques anxiogènes. 

    Les relations hommes femmes sont ainsi devenues en remplacement de la saine exploration et de la bienveillance, pathologisées et aussi politisées. Le féminisme a ainsi exercé ses ravages: la séduction et l'attachement sont devenus à risques. Tout cela n'augure rien de bon. 

    Revenons à la différence homme femme: le monde moderne et cela est ancien, réduit la distance entre les individus en améliorant la situation des sexes de manière asymétrique : accédant aux activités des hommes les femmes peuvent s'identifier à eux de bien des manières alors que l'inverse est à jamais rendu impossible par la permanence de l'accouchement, à jamais incompréhensible pour l'homme dont le symétrique, l'incapacité indulgente ou pas des femmes à comprendre l'angoisse fondamentale des hommes, ne peut être l'équivalent. Cela s'exprime d'ailleurs par le malheur rendu public en forme de déni des transgenres (les M2F en tout cas). 

    Il faut donc un narratif nouveau de la différence sexuelle, au-delà du politique et de la philosophie bébéte de l'infection féministe. La seule chose qui peut nous consoler, c'est que cette nécessité est ancienne et que c'est le rôle des civilisations que de la formuler si elles veulent (vraiment) se continuer.  

    On terminera par cette espèce de scarabées australiens en voie de disparition: les mâles s'accouplent avec un type de bouteille de bière qui ressemble en mieux aux femelles. 

  • Les Démocraties

     

     

    À l'occasion de diverses manifestations des actions collectives et des choix, donc des procédures de décision qui y ont mené on se doit de poser la question de la démocratie telle qu'elle se manifeste à différents niveaux. 

    Les thèmes sont ceux des élections truquées ou dévoyées, des débats parlementaires truqués ou dévoyés et des votes non décisionnels de manière générale, dont les votes ethniques. 

    Nous avons à l'heure actuelle en France des exemples manifestes de toutes ces situations, qui exemplifient splendidement à la fois le caractère fragile de l'optimalité démocratique, et le danger manifeste qu'il y a à s'y soumettre sans réflexions. 

    On passera sur la simple fraude, la chose pouvant se contrôler policièrement, et permettant trop facilement des consensus. Le dévoiement, c'est autre chose. 

    Quand pour éviter, compte tenu du scrutin employé, des effets de cliquets majoritaires qui compte tenu des expressions électorales manifestées au premier tour de l'élection législative de 2024, amenaient quasi mécaniquement une majorité RN à l'Assemblée, on mena délibérément des politiques d'alliances opportunistes précipitées, qui au prix de certains sacrifices assuraient la défaite de candidatures RN face à des coalitions improbables négociées de manière ad hoc entre des partis politiques par ailleurs adversaires forcenés, on produisit deux choses, en plus de la paralysie de l'adversaire: la paralysie du pays lui-même, mais aussi la paralysie du système électoral lui-même, conçu précisément pour éviter cette situation. 

    Cette situation, c'est le régime dit "des partis", qui réduit la politique à des négociations d'appareil menées par quelques personnes défendant des intérêts propres aux partis eux même, excluant ce qui l'essence de la discussion démocratique, et qui doit porter sur des politiques coordonnées à mener. 

    Il faut comprendre que cette situation pourrait être interprétée comme partant d'une bonne intention. Quand une politique est décidée puis discutée dans un contexte collectif, la prise en compte marginale des soucis ou intérêts d'une opposition permet de fluidifier son application et éviter des effets pervers solidifiant des désaccords irréductibles. Les poids électoraux, plus les habiletés entre personnes permettent cela.

    Mais quand la totalité de la décision elle-même est négociée dans son essence, le projet politique à discuter disparait complètement. C'est ce qu'on observe à l'Assemblée nationale française en ce moment, quand  un budget, forme quantitative de l'exécution des projets politiques  se trouve discuté sans aucune référence à aucun projet, sinon sous la forme de déclarations d'intentions idéologiques creuses, marques superficielles d'appartenance aux différents camps en présence. 

    On peut donc affirmer que ce contexte d'exercice de la politique de la Nation n'est pas ou plus, au sens strict, démocratique. Nous sommes entrés dans un autre type de régime, à caractériser et à analyser, malgré l'extrême difficulté de la chose, le dévoiement visible et évident se produisant dans un cadre réglementaire pourtant compatible avec une constitution formellement respectée dont le maintien sourcilleux pérennise d'ailleurs le dévoiement dont nous parlons. Comme si la démocratie consistait à attacher les mains du peuple pour qu'il se soumette mieux au contraire de ce qu'il veut. 

    Il y a d'autres exemples, visibles simultanément du principe du dévoiement du vote. D'abord bien sûr, le principe du vote bloqué, l'opposition collective à l'inéluctable entrainant pour les mêmes raisons que celles évoquées, l'opposition forcenée à une alternative, des coalitions improbables, voire absolument contradictoires. 

    Sans les voix de l'extrême gauche mélanchoniste, Emmanuel Macron n'aurait pas accédé ni maintenu son pouvoir. Ce simple fait est d'une certaine manière accablant: la démocratie construit des faux consensus, à la fois contradictoires et globalement suicidaires, tout en prétendant défendre une démocratie, conçue comme excluant la possibilité de conséquence d'un choix démocratique ainsi refusé. Là encore, on a une aporie de la démocratie qui s'exerce par calcul contre elle-même et ses principes. 

    Il y a plus grave. Les coalitions instinctives entre soutiens "identitaires" de certaines orientations des partis, nous évoquions ici bien sûr tout ce qui se rattache à "la gauche" et plus généralement à ce qui s'oppose à l'"extrême droite", peuvent aussi apparaitre lorsque se manifestent les votes ethniques. 

    L'appartenance à des populations partageant des projets vitaux essentiels, par exemple l'installation en France de flux de populations allogènes suppose des coalitions implicites qui mènent aux mêmes comportements de dévoiement de la procédure démocratique. Le vote musulman ou immigré est actuellement homogène et orienté, mais aussi calculé et espéré à terme décisif dans l'arrivée au pouvoir de certains partis. Ce pari est actuellement mené explicitement et conduit au plus suprême dévoiement du principe démocratique lui-même : la sélection et la justification d'un pouvoir ethnique pur, celui de la population majoritaire, se mettant en position d'imposer ses moeurs et ses choix derrière la mesure "démocratique" de l'appartenance ethnique majoritaire. 

    On remarquera que toutes ces luttes, et tous ces dévoiements sont absolument tous dirigés contre la seule entité politique qui a pour projet explicite de supprimer ou de réduire ce dévoiement ultime entretenu par une immigration de masse qui aura bien pour résultat de réduire la France non seulement à la démocratie du tiers monde, mais au tiers monde tout court. 

  • Le virtuel, la vérité et la commission

     

     

     

     

     

     

    À l'occasion des auditions à l'Assemblée nationale de la commission "Neutralité et financement de l’audiovisuel public " (1), viennent à l'esprit bien des considérations sur l'information, le virtuel et la vérité. 

    L'audition de la personne à l'origine du scandale (Thomas Legrand) est absolument passionnante, et toutes les oppositions et les conflits philosophiques sur des questions essentielles sont mises en avant avec éclat. 

    Tout d'abord le virtuel. Nous sommes à l'époque de l'enregistrement, du téléphone portable, des micros partout mais aussi de l'intelligence artificielle, et  une grande partie du débat est là. Car l'IA est en position, et la chose a commencé, de fournir des "enregistrements" du réel entièrement simulés. L'étrange impression de réalité produite par le témoin de retour de voyage, par ses articles de journaux, par ses photos, par ses vidéos, par ses documentaires (là cela s'atténue avec la scénarisation perceptible) aboutit finalement au montage par IA, qui peut représenter absolument n'importe quoi, y compris les plus délirantes mises en cause de personnages publics. 

    Au point que ceux-ci s'émeuvent. Emmanuel Macron, saisi par la frénésie du fake, est allé jusqu'à publier des vidéos artificielles délirantes (et étrangement féminisées) de lui-même, pour illustrer on se demande vraiment quoi. Comme si la prédiction d'Eric Sadin se vérifiait et que l'on se mettait à inclure dans son expression des images vraies d'un faux réel, désormais inclus dans la communication. Que cela soit fait depuis le sommet de l'État est atrocement inquiétant: ça commencerait à déraper sévère, donc. 

    La question serait donc que les rézososios devraient être interdits ou contrôlés, ou labellisés pour ne distribuer que des likes sincères et des informations vraies à des consommateurs à la fois avertis et menacés. Ou pas.

    Car il y aurait une autre possibilité et dont on plaint Thomas Legrand, affreusement torturé virtuellement lors de son audition, de ne pas disposer: du droit de ne pas répondre ou parler au sujet de vidéos vraies ou pas, mais dont les circonstances de la production ne seraient pas légales. Car elles ne le sont pas: un enregistrement pirate d'une conversation privée ne devrait pas avoir de valeur, pas plus qu'une image de soi trafiquée qu'on ne reconnaitrait pas. 

    Alors bien sûr il y aurait les caméras de surveillance, qui elles, pourraient servir le droit. Mais pas les autres... Pourquoi ne pas jouer cette défense-là et établir le statut "fake" des productions audiovisuelles dites de "témoignage" dont la prolifération commence à perturber le monde. Prendre l'habitude de les considérer telles et donc d'en négliger complètement la circulation sinon à des fins de plaisanterie serait le moyen d'assainir bien des débats, et bien des conflits.

    Le journaliste convaincu de complot pourrait nier être coupable de quoi que ce soit, et négliger la preuve de sa vilénie en la renvoyant à son illégalité de création, et donc à son ambiguïté fondamentale concernant la vérité. Car la question se déplace: qu'est-ce que la vérité dans tout procès ou chose similaire ?  La querelle Legrand-Cohen est bien une affaire de détermination de vérité. 

    Faite non pas dans une instruction, ni un tribunal, mais dans une commission d'enquête, où à des questions factuelles s'opposent des réponses vérifiables factuellement mais contradictoires c'est-à-dire maintenant des prétentions à des vérités contredites. 

    La phrase "on fait ce qu'il faut pour Dati, Patrick et moi" arrête net la vidéo diffusée. C'est donc un montage hors contexte qu ne veut rien dire etc. A ce point on réalise que la vidéo est acceptée et qu'on essaye de contredire ou d'attaquer la signification qu'on en tire. On accepte donc sa validité comme pièce de débat contradictoire, et on ne refuse pas simplement de la considérer, comme je le conseillais. Et ça démarre. 

    Dans les échanges, surréalistes qui ont lieu ensuite, on s'envoie alors des accusations de mensonges en miroir, un constat d'huissier interprété diversement actant pourtant le non-niable: la vidéo n'est pas montée, n'est pas un fake, les paroles sont bien prononcées etc. A force, on se résout à admettre que la phrase est maladroite et peut être mal interprétée: elle veut dire qu'on va s'en occuper "journalistiquement" et c'est reparti pour des hurlements...

    Daniel Schneidermann en (2) évoque un procès de Moscou, effectivement, mais rate le mal qui l'affecte aussi et qui est commun à tous ces "journalistes" : leur engagement dans un combat moral et politique qui motive et oriente tous leurs avis. C'est là que la notion de "virtuel" et de "fake" au sens moderne apparait en pleine lumière. 

    Car on est là dans la grande révolution passée des années 90, et dont sont "originaires" tous ces gens, finalement des vieux cons dépassés hantés par la grande époque Mitterandienne qui a rongé leurs âmes. Il faut bien en comprendre la complexité et la ... durabilité. Mitterand était un aventurier retors qui issu de l'extrême droite des années 30, puis des années 40, devint résistant, puis d'extrême droite à nouveau, puis charnière pour être ministre et finit socialiste après avoir liquidé le communisme. Ce n'est pas fini, pour les fidèles qui suivirent son ascension finale, il est un traitre à la gauche pour avoir inauguré la social démocratie libérale française. 

    Embrasser tout cela a transformé le journalisme. Initialement purement arriviste mondain, amateur de danseuses à critiquer et de coups à boire pour agrémenter les bouclages chaotiques, le journaliste était autrefois un cynique, gros travailleur et d'abord un producteur et amateur de ragots, cela tous les jours pour le jour même, d'où son nom. 

    Ce cynisme détaché lui donnait une valeur dans un monde ou de multiples valeurs s'affrontent: pas de meilleure neutralité que le cynisme détaché qui trahira tous les idéaux au nom du vraisemblable et qui donc s'approchera finalement le mieux de la vérité, celle qui ne pourra jamais être témoignée par le militant bêlant ou le sinistre et sincère philosophe obsédé par ses découvertes. Car la vérité dans le vrai monde libéral moderne qui émergea après la Révolution était conflictuelle et produite par la liberté et la diversité des opinions. Un pari civilisationnel, mais qui semble avoir été complètement oublié.

    Plongé dans un océan historique encore plus cynique que lui, le journaliste mitterandien, pour rendre compte de ce cynisme supérieur au sien donc, se piqua alors de sincérité, et se mis à dénoncer la gauche au nom de la gauche. Voilà le fond moral de tous ces hommes qui trahirent absolument tout au nom de cet idéal là, la trahison consistant à rester, et à juger des élégances en approuvant ce qui allait dans le bon sens à toute occasion. Mais petit à petit l'essentiel se décala, la gauche plus ou moins gauche avait un ennemi à combattre et là pas d'ambiguité, la sincérité avait de quoi vivre : il s'agissait maintenant de lutter contre la droite et surtout son extrême. 

    Que l'on soit analyste du virtuel comme Schneidermann ou pas, on reste un combattant du bien, donc et ça se voit. Et cela devient affreusement ringard. Ringard au point d'être directement accusé par des députés LFI de "faire le jeu du Front National" crime rituel à gauche, et dont s'accusent les membres qui se défendent en refusant la "culture de l'affrontement" typique. 

    Y aurait-il un nouveau journalisme, un peu grasseyant mais capable de faire la part des choses, et donc de se déterminer sans être le jouet d'un idéal (3) ? 

    C'est bien Arthur de Watrigant qui a révélé la fameuse vidéo (4). Un homme d'un nouveau monde: il décrit et c'est une enquête extraordinaire, toutes les réactions des journalistes "de gauche" à la publication de la vidéo. Un régal de faux culterie et de mensonges au service du bien, avec l'affirmation explicite que voler des vidéos dans un café ne peut être honnêtement que pour dénoncer la droite et la fameuse accusation de "barbouzerie" à la fois réelle et virtuelle... Le camp du bien est une fake news à lui tout seul. 

    Au passage, l'exemple de l'humour France Inter par François Morel ("enculé", "fils de pute") (5). Insultes, engagement délibéré dans la lutte contre l'extrême droite, et les rires derrière veulent dire ce qu'ils veulent dire: un humoriste s'en prend donc en ces termes aux coupables d'avoir diffusé une vidéo volée. La défense par Adèle Vanreth de son humoriste, spécialiste et expert de la langue est particulièrement ahurissante, lente, alambiquée et prétentieuse. Enculée de sa mère, salope, oups, me voilà expert de langue. 

    Au passage, on s'interrogera aussi sur la possibilité de la part du très agressif rapporteur de la commission d'enquête, de demander à tous ces gens s'ils avaient pris en compte, ce que, à leur avis, pouvaient penser de leurs choix éditoriaux et de personnes, les auditeurs "de droite" usagers du service public de l'audiovisuel qu'ils étaient chargé d'animer. Cette capacité de se mettre "à la place de"  pourrait en effet être une faculté nécessaire à la production d'émissions destinées au plus grand nombre dans sa diversité propre. La dame imagine-t-elle ce que peut penser de son explication sur l'expertise linguistique de François Morel une personne dont l'opinion est que le service public est entre les mains de la gauche ? 

     

     

     

     

     

     

    (1) https://videos.assemblee-nationale.fr/video.17971742_6943fffa44853.neutralite-et-financement-de-l-audiovisuel-public--m-patrick-cohen-journaliste--m-thomas-legran-18-decembre-2025$$

    (2) https://www.arretsurimages.net/chroniques/obsessions/legrand-cohen-a-lassemblee-un-proces-a-blanc

    (3) Arthur de Watrigant sur Sarkozy https://youtu.be/8xP97iTcTlM

    (4) Arthur de Watrigant sur sa video https://youtu.be/soSB6RPufaQ

    (5) Francois Morel fils de pute et enculé https://youtu.be/ZtNxmvcraYo

  • La Stratégie Américaine

    Trump publie ces jours-ci un brûlot étonnant (1) rassemblant toute une série de voeux pieux, qui je pense devrait stupéfier en Europe. 

    On peut le résumer brièvement en disant qu'il s'agit de rétablir la situation compromise de l'Amérique dans un certain nombre de domaines, en faisant l'inverse de ce qui était fait précédemment... Et puis un surprenant diagnostic de la situation européenne. 

    Mais d'abord, des constats sévères sont fait, en toute lucidité, quant aux politiques menées depuis trente ans par les USA, soit la stratégie américaine, qu'il convient de changer complètement. Car les élites américaines se sont "gravement trompées" en voulant assumer un état providence massif et une domination militaire mondiale  basée sur un libre échange qui a détruit la classe moyenne et la base industrielle qui faisait la puissance des USA. Elles ont liée la politique étrangère à des institutions internationales ouvertement anti-américaines. En bref, on s'était fixé un objectif irréalisable en sapant la base de sa puissance.

    Immigration, wokisme doivent être arrêtés. 

    Et puis il y a la position vis à vis de l'OTAN, 

    Le diagnostic européen est lui, absolument sinistre: "le continent sera méconnaissable d'ici vingt ans". Sa part du PIB mondial est passée de 25% à 15% en vingt ans, elle subit une immigration incontrôlée, une restriction des libertés politiques, une explosion de réglementations, la perte des identités nationales, et une perte globale de confiance en soi qui se traduit par une attitude conflictuelle problématique avec la Russie considérée comme une menace existentielle. 

    Et puis, le document à ce point précis semble déraper, évoquant des gouvernements européens minoritaires qui répriment leurs oppositions et manifestent des attentes irréalistes concernant la guerre en Ukraine, ceci à rebours de leurs opinions qui souhaitent la paix. Une inquiétude réelle des USA est exprimée ici, évoquant une instabilité européenne, et un enlisement dans une crise politique. 

    La réaction de Valérie Hayer, députée européenne macroniste ne s'est pas fait attendre: "Ce document est inacceptable et dangereux. L’administration Trump n’a pas à se mêler de nos politiques intérieures ". Tout commentaire est superflu. 

    C'est donc le moment de parler de l'Europe, et un pessimiste terrifiant nous la décrit (2) avec cruauté, en rapport avec ce qui est devenu la stratégie américaine à son égard. 

    D'abord le paradoxe européen. Engagé dans un projet de construction d'une fédération, les hommes et les institutions de l'Union européenne croient y être arrivés ou en passe d'y arriver, alors que tout montre le contraire: la faiblesse globale politique et économique de l'Europe est criante, et les positions qu'elle défend au sujet des négociations en cours entre USA, Russie et Ukraine en font un acteur méprisé, laissé de côté et piétiné régulièrement par les uns et les autres. 

    Simultanément, et là est le paradoxe, jamais les faiblesses en rapport des nations qui composent cette Europe n'ont été aussi apparentes: décidées à sacrifier leur souveraineté en faveur d'une puissance globale qui n'existe pas, elles se noient littéralement dans leurs impuissances respectives, les conciliabules entre les 3 nations qui dominaient le monde il y a un siècle n'ayant jamais été aussi ridicules et vains. Un naufrage global: l'Europe n'est plus rien et justifie entièrement le sombre diagnostic américain.

    Elle devient une zone à prendre, exploitée par l'Amérique et la Chine et narguée par la Russie qui s'agrandit à ses dépens, notamment, on va le voir, en mer Noire. Elle est aussi visée par ce que del Valle appelle l'empire islamiste, le consortium international issu des mondes musulmans qui tente de prendre pied en Europe en utilisant l'immigration musulmane en croissance, et qui pourrait conduire à la constitution en Europe d'enclaves islamisées qui changeraient l'Europe au sens évoqué par le document américain.

    Que peut faire Mario Draghi pour restaurer la confiance ? Que peuvent faire les penseurs de l'européisme pour redresser la barre ? En rendant public le diagnostic de leur échec et de leur impuissance ? Tout se passe comme si la fuite en avant dans une construction de la confrontation avec la Russie, qui pourrait survivre à tout arrêt des combats, était considérée comme la solution à la construction du fédéralisme indispensable qui reste l'horizon historique de nos dirigeants. Cette confrontation, on le voit déjà explicitement (les accusations contre des bloggers connus, Xavier Moreau, Jacque Baud, en étant la preuve ) pourrait servir à durcir les positions vis à vis de l'opinion, qu'on voudrait contrôler par une propagande de guerre. 

    Le récent discours de Friedrich Merz au Bundestag allemand (3) évoque le sursaut allemand. Il n'évoque pas l'immigration, sinon en disant qu'il a fermé les frontières, il n'évoque pas le nucléaire sinon en évoquant vaguement des erreurs, évoque à peine l'imbécile interdiction des moteurs thermiques en train d'être abandonnée, et se concentre furieusement sur la guerre à nos portes, en évoquant service militaire et industrie d'armements. 

    Une seule fermeté: l'Allemagne ne peut remettre en cause son industrie au nom d'un problème de climat qu'elle ne peut résoudre toute seule. Autant le dire: quel courage ! 

    La France n'est pas mentionnée. 

     

    (1) Le document stratégique américain: https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/06/strategie-de-securite-nationale-americaine-le-plan-de-la-maison-blanche-contre-leurope-texte-integral/

    (2) Thinkerview d'Alexandre del Valle https://www.youtube.com/watch?v=v-67JVP42bI

    (3) Discours de Merz: https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/15/friedrich-merz-lallemagne-et-la-fin-de-la-pax-americana-texte-integral/

  • Les plans de paix

    On veut discuter des accords de paix et des discussions en cours avant Noël 2025. 

    D'abord, on assiste à un tour supplémentaire de la spirale du deal Trumpien: décidé à abandonner l'Ukraine, les USA doivent convaincre les Européens de lâcher leur stupide étreinte sentimentale avec la honteuse nation "en devenir". Mais cela n'est pas fait. Alors on continue. 

    La question est bien sûr celle des territoires, toujours considérés comme incédables par la conception du "droit international" que se font les Européens: nul ne peut changer les frontières, même les plus absurdes, les plus tyranniquement constituées, les plus absolument représentatives de l'arbitraire et de la violence. C'est-à-dire précisément celles de l'Ukraine, dont la Crimée (donnée lors d'une soirée alcoolisée), le Donbass (donné par un partisan des nations qui créa celle là), le reste (des terres historiquement russes cédées par contrainte). C'est bien toute l'inculture, toute la propagande forcée, toute la fausse conscience historique manipulée qui préside à l'avis autorisé européen. Une honte, une vilénie, une saloperie en fait: derrière, toute la stratégie de conquête séculaire à l'est de l'Allemagne, demeurée inentamée, et surtout toute la volonté expansionniste américaine de régner sur le monde en en contrôlant le coeur, c'est-à-dire l'Ukraine. 

    La Russie, depuis les référendums de 2022 en en fait une question de principe: Donbass plus Novaya Russia (qui inclut bien sûr Odessa, mais chut) sont maintenant russes, et les Ukrainiens doivent en sortir, de gré ou de force. 

    Arc boutés sur la question, les Européens refusent d'accepter cela, et alignent les poncifs (souveraineté, droit international, paix durable, garanties de sécurité) pour continuer à tourner autour du pot, en assurant le dirigeant ukrainien (comme depuis le début, après le rejet des accords d'Istambul) de leur soutien éternel. 

    On assiste alors à un double dévoiement. D'abord celui qui a conduit l'Amérique à réaliser son but de guerre principal: découpler l'Europe de la Russie et rompre toute possibilité d'une Eurasie super puissance, cela avec, c'est le deuxième point, l'accord voire le soutien fanatique de la victime désormais acharnée à sa ruine, son isolement et surtout sa défaite militaire pourtant inéluctable et qu'elle refuse de voir. 

    Mais il y a plus, et le Grand Contient se précipite : l'Europe veut devenir grande et se précipite, voire s'excite à mort. 

    Et d'abord, et là on se marre en tirant le constat qu'effectivement totalement rejetée par la Russie dans les discussions à venir, sa cécité sur la question des territoires en faisant un acteur qui s'enfonce dans une conflictualité permanente avec la Russie, elle commence à se plaindre de l'allié qui l'a plongée dans le conflit.

    Celui-ci s'entendrait avec la Russie sur son dos !!! 

    Réaliser après que ce même allié se soit engagé dans un conflit assumé (par la corruption organisée de l'Ukraine au service de son fils ,et le refus de Biden de négocier globalement au dernier moment), et cela sur son dos, en ruinant pour longtemps sa source d'énergie pas chère, condition sine qua non de prospérité pour toute zone de production de premier plan; réaliser donc que cet allié, maintenant, sans le lui dire, négocie une paix selon ses intérêts propres continués et cela sur son dos, a de quoi inquiéter, dérouter et hystériser davantage. 

    Nous en sommes donc là, l'abominable Russe, qu'on avait raison de croire ennemi, serait en train de "séparer" les USA de l'Europe, c'est la manière de présenter les choses qu'on va maintenant chercher à promouvoir. L'Europe est seule face à son destin, et les hiérarques corrompus nous guident vers notre avenir qu'ils voient radieux, le Grand Contient nous l'explique. Il va falloir larguer les amarres !!! 

    De fait l'Europe se retrouve comme Hitler en 45 entourée des Américains et des Russes réconciliés. Va-t-elle se faire envahir conjointement comme d'habitude ? Cela serait piquant, on va pouvoir recommencer le baby boom et le jazz... 

    En attendant, un florilège de déclarations illustrant l'accablant déni, le désastreux aveuglement, la honteuse prétention, et l'absolue impuissance: 

    de Macron: 

    "Nous devons continuer à faire pression sur la Russie pour la contraindre à la paix."

    "Les Européens seront nécessairement un pilier important de la solution juste et durable que nous sommes en train de bâtir tous ensemble."

    de Kaja Kallas:

    "Imposer des restrictions et des contraintes à l’Ukraine ne nous apportera pas une paix durable."

     

    Avant de se laisser aller à rire, notons le dernier document de stratégie américain qui se fixe pour but la réconciliation avec la Russie et la stabilisation stratégique de la situation. On ne saurait mieux décrire la reconnaissance du démembrement ukrainien et l'accord "sur notre dos". Vae victis. L'Europe encore vaincue ? Caramba ! 

     

  • Les extrêmes droites

    Le Grand Continent, revue européiste et de la rue d'Ulm, mène une enquête sur l'extrême droite globale et interroge sur le concept, d'un point de vue "de gauche" à même d'illustrer ce que l'empire du mal appelle la "7èmedroate", la chose immonde qui justifie son (je parle de l'empire du mal) existence et le maintien suicidaire de son (toujours le même empire) détestable pouvoir. 

    Le contenu de l'enquête peut être résumé ici (1) et on peut fournir les notes prises à l'occasion, et donc fournir des définitions. On se contentera d'aller directement à l'essentiel: la volonté tyrannique dont le passage par les urnes n'est qu'un pis aller, un "préalable" à la réalisation du projet essentiel. 

    On notera donc ici l'essentialisation de deux pôles, démocratie libérale contre son adversaire, la "droite" intégrée à l'alternance acceptée se voulant toujours qualitativement distincte de ED, et donc libérale, tandis que l'ED qui se voit comme la "vraie droite" n'est que quantitativement distincte de ce avec quoi elle veut faire l'"union des droites", vieux marronnier des loosers éternels, réduits à se suicider régulièrement sur la tombe de leur maitresse après leur échec politique. 

    Toute la question est bien sûr dans cette conceptualisation préalable, qui est très exactement le point de vue antifa, juste recouvert d'une épaisse couche de merde érudite entièrement émise par des salopards sectaires qui seront toujours nos ennemis mortels en plus d'être ceux de la Nation elle-même et que l'histoire, en les condamnant régulièrement à l'échec, n'en finit pas de démontrer la nocivité, nocivité qui s'étend, il faut le dire, au succès parfois excessif des réactions à ce qu'ils sont. On citera donc le nazisme lui-même, dont on se permettra de résumer l'échec final comme celui de la social-démocratie allemande. 

    On voudrait donc décrire le monde autrement, en reprenant d'abord un athéisme radical qui ferait qu'on devrait cesser de "démoniser" le monde en attribuant au réel les caractéristiques des mots, et aux mots les caractéristiques du réel, les attributions identifiant par ailleurs dans l'histoire celles, les mêmes, qui furent faites à toutes les époques. 

    La Révolution

    Les grandes références à la Révolution, dont a vu les conséquences qu'elles eurent ne serait-ce que dans son camp (celles de 1830, 1848 et 1870, par exemple) plus ne l'oublions pas celles d'Allemagne et surtout de Russie, ne sont pas anodines, et la question de son évitement se pose historiquement en plus de celle de son refus comme référence positive, qui peut faire partie de toute opinion raisonnable. 

    La Révolution française fut une erreur, une ignominie et un chaos, et cela aurait très bien que l'on s'en passât. Cette opinion raisonnable peut structurer bien des idéaux acceptables et l'on se doit de le dire, bien qu'étant inacceptable aux opinions communes et ne préjugeant rien quant à la tyrannie qu'on souhaiterait instaurer en lieu et place. 

    À partir de là, qu'un complexe projet politique ait pu naitre à l'époque moderne comme alternative à la Révolution, faisant de celle-ci, de fait non pas simplement un repoussoir, mais un évènement fondateur, n'est pas "forcément" c'est là que l'essentialisation fait son effet, une volonté tyrannique, pas plus d'ailleurs, que réciproquement, la tyrannie effective que fut le projet révolutionnaire ne couvre forcément l'évolution politique qui lui succéda ! 

    On en vient alors à la définition de la "droite" surtout que celle-ci, traumatisée par des échecs historiques dus à plus fort qu'elle et en particulier à son isolement idéologique lié aux accusations qu'on lui faisait de faire le jeu de ce dont elle s'était désolidarisée à tout prix, s'est finalement jointe à un bloc central conspué de toute part, au point de fondre comme neige au soleil, après tout de même quinze ans de règne sans partage... Peut-on parler politique au bout du compte, face à l'échec retentissant, moral, national, éducatif, militaire, énergétique, économique, fiscal, sécuritaire et démographique d'un pays à l'arrêt, démoralisé, et en passe de sombrer à nouveau dans ses terribles travers moraux et sociaux ? 

    Car le drame, en fin de compte, est bien l'échec apparent de la démocratie libérale en Europe, et le constat mérite d'être fait ! Échec multiple, comme on l'a dit plus haut, et aussi échec de la méthode, du fameux État de droit, voire de la philosophie politique, bref des lumières elles-mêmes: l'Europe moderniste est confronté à sa fin, et à sa sortie de l'histoire. Se plaindre de l'extrême droite dans ces circonstances semble incongru, hors sol, voire décliniste:  les pires intuitions se sont vérifiées et nous voilà quasiment dans l'abime du fait de son contraire qu'elle a bien raison de déplorer, faute d'avoir rien pu faire par ailleurs, la pauvre... 

    Et l'on peut alors reprendre toute l'analyse, et dérouler le constat, et prenant les exemples, expliquer les motivations anciennes, aujourd'hui justifiées. 

    Les deux fondements

    Les deux premiers fondements de E.D. seraient donc le rejet de l'égalité et de la liberté dans le cadre du rejet historique de l'évènement révolutionnaire qui aurait brisé un ordre harmonieux. Égalité des droits fondamentaux des femmes et des esclaves, déjà pratiquement acquis de par les progrès des moeurs qui avaient fait accepter les choses? Les femmes furent les grandes ignorées de la Révolution, et les esclaves furent libérés par l'Angleterre en 1815. Quant à l'égalité, elle ne fut certes pas celle des proscrits de la tyrannique Révolution, ni celle des ouvriers de la société libérale promue par la Révolution bourgeoise, et dont les droits ne furent conquis que bien plus tard, et pas plus tôt qu'ailleurs en Europe. 

    Parlons de la liberté, avec donc la tyrannie brutale révolutionnaire puis napoléonienne: un symbole face à la fausse oppression nobiliaire qui n'était, dans le cadre d'une civilisation européenne déjà première au monde, qu'autoritarisme résiduel de lui-même en train de se libérer, précisément, du pire. De la propagande, et on aurait pu s'éviter la catastrophe chaotique et violente, ou du moins la révérer moins pour elle-même, objectivement. 

    Que l'opposé global fantasmé dans un extrême suscité par l'évènement et ses excès qui introduisirent le thème, il faut le souligner, et avec une ampleur que ne méritait pas la tranquille décadence qui conduisit à la catastrophe veuille restaurer une autorité fondée sur des hiérarchies moins cruelles, absurdes ou bourgeoises, voilà qui n'est point absurde, et sans doute pas à la hauteur des tyrannies que la Révolution a permis ! Bref c'est celui qui dit qui y est: la menace était-elle réelle ? Elle ne s'accomplit jamais, contrairement à l'autre dont on a bien senti la violence et la cruauté. 

    La seule vraie exception, le nazisme, peut-il être considéré d'"extrême droite" ? Certes, la théorie politique peut bien le qualifier ainsi, en oubliant qu'inclure un tel excès dans une telle catégorisation revient à en rendre absurde la notion même, l'identification entre idée et instance rendant ici philosophiquement impossible, au sens européen, la conceptualisation devenue ainsi anhistorique et impensable !

    En réalité, toute la sinistre, confuse et étroite pensée "politique" menée par l'Européen décadent blotti dans son cénacle bourgeois pour théoriser gentiment avant d'aller assister aux déshonorantes séances de l'Assemblée nationale de son époque, quand ce n'est pas aux déshonorantes séances du Conseil constitutionnel qui valide ou invalide les horreurs ou les pis aller de la précédente, toute cette "pensée" n'est qu'absurde impuissance inculte de l'acte de réfléchir et d'évaluer, et doit être abandonnée et moquée. Mort aux cons ! 

    Les trois moyens

    On en vient aux trois moyens de l'E.D:

    La destruction de la démocratie libérale, on vient de le dire, devient nécessaire, et la discussion sur le budget de la Nation française  en ce mois d'octobre 2025  la rend indispensable: un cénacle de crétins abrutis de sous culture, trafiquants de drogue, drogués eux-mêmes ou alcooliques (voulant d'ailleurs s'interdire, par sagesse, l'accès à la buvette de l'assemblée), décident de 40 milliards d'impôts supplémentaires pour le pays à la spoliation fiscale la plus élevée du monde, mis à l'arrêt du fait des errements fiscaux d'une gouvernance paralysée d'absolument tout y compris de ce qui résoudrait la situation, sa démission immédiate ! 

    Personnages imbéciles, velléitaires, vicieux, ils sont la preuve par leur existence et leur action de la nocivité et de l'absurdité de ce qu'on appelle la démocratie, hideuse discussion dans le noir entre abrutis.

    Et puis il y a l'explication par le complot, ou cause extérieure. Faute de s'en prendre à la volonté vicieuse du Diable qui gèrerait personnellement ces monstruosités, tellement étendues qu'on ne puisse imaginer qu'elles soient d'origine humaine, on doit bien qualifier quelques forces historiques en marche, prenons en trois: l'Union européenne installée par une Amérique dominatrice, ce que l'histoire, connue, confirme largement; une volonté maintenant explicite et longtemps sous-entendue car refusée hautement par certains (les gaullistes, pour ne pas le dire) de fédéralisation de l'Europe et donc de l'abaissement définitif des pouvoirs nationaux; une volonté partagée par les milieux économiques d'installer en Europe des migrants africains aux prétentions salariales moindres et palliant une tendance à la réduction quantitative et à l'embourgeoisement des jeunes natifs. Invraisemblable et complotiste, ou expression de la plus stricte réalité historique ? 

    Les trois choses sont bien d'indicibles et inavouables réalités, balayées depuis toujours avec hauteur et dont tout le monde accepte pourtant l'évidence. Le voilà le complotisme inhérent au fascisme moderne ! 

    Et puis le pire: le refus du progressisme.

    Longtemps identifié aux progrès concernant l'humanité elle-même, du moins la partie d'entre elle engagée dans l'aventure communiste soviétique qui dura tout de même soixante-douze ans, le renouveau social et identitaire du prolétariat humain qui devait régner heureux sur le monde après avoir exterminé la bourgeoisie, partie non désirable de la nouvelle humanité, le terme muta, car le progrès humain toujours sociétal s'exprima par autre chose d'un peu différent. Toujours adepte de changement fondamental dans la nature humaine, on déclara à nouveau la supériorité humaine de certains, qu'ils soient racisés, ou sexuellement autres, en tout cas à la fois minoritaires et principaux, de quoi soumettre le reste des gens au respect envers une nouvelle aristocratie. Le progrès étant la progressive admission de ces  nouvelles règles, à rebours du bon sens, il n'y a de révolution qu'en mettant les évidences cul par dessus tête. 

    La contre révolution

    La réaction contre ces absurdités, qui plus est largement acceptées sans recul ni discussion, à part des imprécations contre une résistance fantasmée (qui n'eut pratiquement pas  lieu, l'opinion se rengeant à toutes les inventions par lassitude et déintérêt) ne peut se manifester que par un élitisme bien senti (mon sentiment de supériorité quasi raciale envers les abrutis qui dévoilent leurs "opinions" ou "idéaux" de ces sortes n'ayant jamais failli, au point d'en faire un sentiment partagé avec mes amis, membres de la même organisation secrète des désespérés). 

    Il y a la violence. Première et évidente dans les années trente, la violence fasciste qui eut son heure de gloire dans les années 70 fut complètement éteinte assez rapidement. D'abord par bien plus violente et nombreuse qu'elle, ensuite, par une action déterminée et autoritaire des pouvoirs organisés par, il faut le dire et l'admettre, les parents des gauchistes en fait maitres de la rue. Nous en sommes toujours là et l'extrême droite aujourd'hui n'a pour milices, nervis, ninjas et sicaires que de braves colleurs d'affiches, souvent des retraités terrorisés que des hordes de racisés et d'antifas tabassent impunément au nom de l'antifascisme. 

    L'intransigeance, la troisième réaction,  est  par contre réelle. Le passage au vote "national" est définitif et le mépris haineux pour l'adversaire qui vous insulte devient structurant. Pas de retour en arrière tant l'offense est profonde, et on ne mesure pas la chose, au point de donner raison à la prévention contre nous: comment nous vengerons nous quand nous pourrons le faire ? Ce thème, celui de la vengeance, mériterait d'être creusé et analysé. 

    La vengeance est en cours, par exemple en Amérique avec les actions de Trump, on en est à la destruction systématique du fonctionnariat fédéral en profitant d'un désaccord parlementaire, le blocage têtu et égoïste de l'action fédérale de la fédération américaine durant depuis un mois avec des dommages humains déjà perceptibles. 

    Les sources 

    La grande source, et là on ne peut historiquement qu'approuver, c'est le rejet réactionnaire des lumières, de l'"émancipation" qui fut d'abord l'essentiel et furieux refus de l'Eglise et de sa direction des humains. L'extrême droite serait elle d'abord la revanche du catholicisme ? 

    On préfère là encore se la jouer "morale": le refus serait celui de l'individualisme et du rationalisme, au profit donc d'un collectivisme (tiens donc) et d'un irrationalisme (étonnant pour qui a lu Philippe Muray et son histoire du XIXème siècle, qui établi que la gauche issue des lumières s'est en fait plongée dans un irrationalisme de substitution à la religion abattue). 

    Bref, on s'interrogera sur ces sources là qui apparaissent en fait comme des faux et des mauvais procès. La contre révolution, notamment la volonté d'en finir avec le woke qui se manifeste aux USA étant autre chose. Car si on revient à l'athéisme radical, et bien il faudra bien admettre un jour que les circonstances peuvent changer, et que de nouvelles choses apparaissent sous le Soleil, malgré tout. 

     

    (1) Le Grand Continent et la nouvelle histoire de l'Extrême Droite  https://legrandcontinent.eu/fr/2025/11/02/comment-ecrire-lhistoire-de-lextreme-droite-une-conversation-avec-baptiste-roger-lacan/

  • Les amalgames

    À l'occasion de la déposition de Ghaleb Bencheikh à l'assemblée nationale (1), quelques commentaires sur le très gluant et ambigu musulman. 

    D'abord la tendance déplaisante et au combien du monsieur à l'allusif name dropping prétentieux et à la confusion des termes, voire à l'enfumage vicieux. 

    Sur la mention de l'exigence des oulémas algériens des années 30 de voir appliquer la loi de 1905: il s'agissait pour eux de rétablir leur autorité religieuse et pourquoi pas étatique face au colonisateur qui en prudent dominateur, contrôlait et nommait l'infrastructure religieuse qu'il savait bien influente sur les populations colonisées... Qui plus est ces oulémas étaient influencés par les "réformateurs" (Rida, Abdu) c'est à dire par les fondateurs de l'islamisme moderne, les frères musulmans ayant commencé en 1928. De quoi alimenter encore l'influence méconnue de l'islamisme au sens strict sur la guerre d'indépendance, les oulémas algériens ayant en fait pris parti et motivé l'"indépendance".

    Islamisme

    Au passage, le monsieur définit "l'islamisme", après le sempiternel rappel de l'inocuité du mot, (c'est le but de la manoeuvre réthorique ) utilisé par Caratini ("le génie de l'islamisme") comme l'était "christianisme" et transformé en terme négatif lorsqu'on utilisa l'expression "islamisme radical" (Bruno Etienne) qui se transforma en "islamisme" plus tard... Le monsieur se réfugie alors derrière la dichotomie Islam/islam, celle de Rémi Brague, par ailleurs bien connue, et qui permet de réunifier l'islam, au passage... 

    Revenons à "islamisme" défini donc par "idéologisation de préceptes autres que spirituels aux fins d'un projet politique". On complète la définition par "discours alternatifs puisés dans la tradition islamique, sirènes qui attirent notre "jeunesse française".  On voit là l'amorce du fond du message du monsieur: l'islam est en France, et il faut, il le dit clairement un contre discours pour aider les "jeunes français" à s'intégrer. Le thème revient plusieurs fois et se trouve être le message, en fait triple, dont un, subliminal, rien moins que menaçant.

    D'abord des jeunes qui peuvent être séduits par les sirènes islamistes (voilà la menace) ne sont pas français par définition et cela contrairement à ce qu'affirme un peu vite le monsieur comme si c'était fait. Largement binationaux, on peut les déchoir de leur nationalité et les renvoyer à leurs origines. C'est la fameuse "tenaille" identitaire, qui veut rendre équivalentes les identités française de souche et les identités colonisées algériennes. Et faire un compromis en atténuant simultanément les deux ? 

    Issus de l'immigration au point de pouvoir, si on ne prend pas soin d'eux, verser dans le pire des fanatismes allogènes, en fait des ennemis à priori, et  c'est ce que rejette à priori le monsieur. Voilà le drame. Et le remède, c'est le 3ème point, est qu'il faut un islam "gentil" pour amadouer tout cela. 

    Adepte d'un soufisme mou qui prône ouvertement et ici même une sorte de réforme, le monsieur qui pourtant avait accueilli lors d'une inauguration en France un hiérarque saoudien responsable de l'OCI et ministre de la justice fouetteur de dissidents, nous sert le fameux congrès de Grozny en 2016 quand, à l'initiative russe, on déclara les wahhabisme/salafismes comme sectaires. Al Azar, présent, atténua la chose auprès de Riyad, bien sûr. On a ici une sorte d'ambiguïté: dire qu'à Grozny, on déclara le salafisme comme sectaire, est ce dit pour séduire le blanc ou pour regretter qu'on l'ait fait? 

    Les chantiers

    On veut donc ouvrir des "chantiers théologiques". Les buts à atteindre montrent la vraie nature de la situation actuelle. Il s'agirait donc d'abord de désacraliser la violence et de mettre au clair le djihad, et aussi de séparer croyance et connaissance pour permettre une vraie herméneutique  (tant qu'à faire). Il y a aussi la formation d'imams éclairés, compétents courageux, la désintrication religion et politique, l'égalité entre les humains, la liberté d'expression et de croyance, l'Etat de droit. Tout cela est un travail "titanesque" à mener (...)

    Qui plus est, ces chantiers ne sont possibles qu'en Europe, où règne la liberté. Liberté qui permet aux musulmans de s'affranchir de l'expression à refuser qui est le "respect des valeurs de la république": soit on respecte la loi, soit non et c'est tout... Cela naturellement avant que les fameux chantiers soient terminés. En attendant, on doit se coltiner un islam menaçant laissé aux fanatiques qui endoctrinent une jeunesse fragile avec une violence politique d'essence religieuse et une confusion entre savoir et croyance. Et surtout, ce qui est radicalement contradictoire, conserver une estime globale pour quelque chose qui est à revoir de fond en comble et dont l'état actuel est responsable de toutes ces ignominies. 

    Pour ce qui concerne la théologie, le monsieur a de l'ambition, et dans (2) on trouve des choses assez extraordinaires, qui me semble-t-il n'ont pas encore reçu l'approbation de tous les musulmans... En gros, sous le vocable comique de la volonté de guérir de la "sclérose en place" (l'ironie manifestée ici s'applique-t-elle aux propositions faites?): 

    • considérer que la partie prescriptive de la révélation n'est que jurisprudence du VIIème siècle arabe
    • déjuridiser la révélation (encore mieux)
    • admettre l'égalité ontologique entre homme et femme
    • désacraliser la violence

    La politique

    Pour ce qui concerne les frères, et le fameux rapport, et bien une seule et brève réponse (brièveté à la hauteur des interminables laïus qui ont précédé): les frères musulmans se sont "délités", ils ont vieilli, et il n'y a plus rien de comparable aux rassemblements du Bourget d'antan. Point barre. 

    Pour ce qui concerne la France Insoumise, pour qui votent en majorité les musulmans, la raison en est simple: ils sont les seuls qui ne les insultent pas !!! L'affirmation, et l'explication est lumineuse, mais hélas infamante pour le monsieur, qui se lance alors dans une véhémente contestation du mot "islamo-gauchisme" qu'il considère (mazette) non scientifique et contraire au bon sens... 

    Le parti Reconquête, le RN, insultent les musulmans, selon lui, et comble du comble, au sujet du voile, dont il se réclame ennemi (la chose n'est apparue qu'après 1979), un ministre de l'intérieur a dit, alors que ce n'était pas son rôle, "à bas le voile". Gluant? En effet. Se prononcer contre le voile sans être musulman c'est perturber des discussions théologiques argumentées, et ... à venir ! 

    L'islamophobie

    Et puis, il y a l'islamophobie. Là, le radical "islamo" n'est plus gênant et le monsieur nous sert la défense classique frériste sur le mot, alliance de la révocation de l'interprétation comme création des khomeinistes (le mot fut utilisé intensivement par eux, et cela suffit) et de l'attribution du mot à la France de 1910 (qui voulait éviter qu'on donne des droits républicains aux indigènes mieux gérés, à moins qu'on soit islamophobe, par les coutumes religieuses, mais il ne le précise pas). Et puis le laïus sur les bénéfices de la critique de l'islam, les musulmans étant même "demandeurs" nous plonge dans le malaise hilarant, comme s'il s'était mis torse nu en hurlant "nike ta mère"... 

    Le monsieur se lance alors dans la proposition d'un autre mot, "misislamie" (haine de l'islam) qui serait l'hostilité aux musulmans et à tout ce qui est islamique, et qui serait puni par la loi... L'imprécation contre la religion ET ses adeptes.

    Très exactement la fonction de "islamophobie", racisme anti musulmans permettant de fermer les portes de la détestation de la vérole islamique, sous le prétexte qu'on ne peut mépriser en public ce qui est respecté par certains. Précisément ce qu'on veut dénoncer : l'association identitaire entre le musulman et le putain de texte dégénéré qu'il révère à tort. 

     

     

     

     

     

    Personne physiquement désagréable, et laissant un sentiment d'hypocrisie agressive et prétentieuse, Ghaleb Bencheikh succéda à Jean Pierre Chevènement à la tête du FIF (Forum de l'Islam de France ). Il est membre du FORIF (le successeur du CFCM qui ne fait ... rien, le règlement de compte est sanglant) et voyage... Il ne représente rien et pérore pour masquer l'effrayante nocivité de la religion invasive du tiers mode qui vérole coeurs et esprits et se fait instrumentalisée par les pires fanatiques auxquels personne ne s'oppose vraiment et surtout pas lui, son rôle étant de continuer par étalage de sa fausse culture, à garder respectable cette pourriture. 

    Car le message de respectabilité islamique de Bencheikh est aussi un plaidoyer pour l'intégration des citoyens discriminés (pourtant d'après lui-même à juste titre, vu leur arriération à corriger qu'il reconnait et affirme) de l'immigration et là est sans doute le fond de sa vocation inquiète. 

     

     

     

     

    (1) Ghaleb Bencheikh https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/videos/CRVANR5L17S2026IDV17521416?timeCode=599

    (2) On a lu aussi "le petit manuel pour un islam à l'usage des hommes"

     

  • Les Apocalypses

    J'ai enfin tout compris à Thiel (1), et sur l'Apocalypse.

    La théorie

    En gros, le troisième grand trope chrétien après le Christ sauveur du monde, et le Dieu trine,  c'est la forme compliquée que prendra la fin du monde (ou fin des temps): elle sera précédée d'une période intermédiaire de mille ans, celle-ci étant initiée par la victoire d'Armageddon du Christ (revenu lors de la Parousie) sur l'Antéchrist. Une variante mentionne la Parousie à la toute fin, après la dernière bataille contre Gog et Magog décrite par l'Apocalypse. L'orthodoxie catholique identifie tout cela en un seul évènement. 

    Personnage mystérieux, l'Antéchrist est un séducteur, un trompeur quasi christique qui entend lui aussi sauver l'humanité, mais de la fin du monde. Son apparition est ainsi signe de celle-ci, mais aussi d'une tentative d'y échapper.

    Le katechon, concept subtil, vise s'opposer à l'eschaton, en "retenant" l'apparition de l'Antéchrist. Identifié à l'Église, il est la force conservatrice qui tient le monde. 

    Son interprétation

    Suivant l'interprétation de Schmitt, chaque époque a son katechon, à nommer. 

    Aujourd'hui pour Thiel, la fin du monde est causée par l'homme sous la forme des menaces atomiques ou climatiques, l'homme étant, c'est le christianisme qui le révèle, la vraie cause de la violence  (Girard est là) et donc de la violence extrême capable de détruire le monde. 

    L'Antéchrist est alors celui qui va se proposer pour maitriser cette violence. Greta Thunberg est l'Antechrist...

    Plus généralement, la figure de l'Antéchrist est celle de toutes les organisations mondialisées visant à forcer à la maitrise de la violence (ou aux mauvais comportements en général)  par la contrainte. L'Antéchrist du libertarien ! 

    Pourtant l'opposition est bien entre deux pôles: Antéchrist et Fin du Monde. 

    Thiel élabore à partir de là un discours complexe, visant à proposer une troisième voie, un katechon 2.0, pour détromper sur l'Antéchrist tentateur qui veut en fait instaurer une gouvernance mondiale éternelle privant l'homme de toute liberté. 

    Pour cela, il propose à la fois des formes nouvelles d'innovation et aussi une méfiance ambiguë contre tout katechon illusoire qui serait en fait une forme de l'Antéchrist lui-même. 

    Toute la question est de savoir si on peut développer l'humain dans une liberté qui maitriserait sa violence ou son inconséquence. Belle ambition, et à la hauteur du sujet ! 

    Les situations

    Thiel est à la tête de Palentir qui vit des contrats logiciels de l'a

    (1) Les notes interdites par Thiel https://legrandcontinent.eu/fr/2025/10/24/peter-thiel-pensees-de-lantechrist/

  • Les IAs

    À l'occasion d'un extrait du dernier livre d'Eric Sadin (1), la question de l'IA et de sa vraie nouveauté se pose. 

    Les 3 effets pervers

    On passera d'abord sur les 3 grands effets pervers qu'on se doit de dénoncer et qui ressortent de son pouvoir d'illusion, la vraie portée de l'IA "générative", due à sa capacité de manipuler le langage naturel, produisant une (fausse ) impression de présence humaine à l'origine de la fameuse génération. Ce qui entraine l'installation d'un monde simulé qui virtualise encore davantage la nature des informations qu'on manipule. 3 domaines sont concernés: 

    1) La relation sentimentale: affectant 20% des utilisateurs, il s'agit de discussions avec un partenaire, sentimentales ou érotiques. Addicitives et attachantes les pratiques en rapport sont hautement toxiques et déceptives. Elles peuvent participer d'une structuration pathologique de la sentimentalité et de la sociabilité de millions de personnes, similaire aux résultats des attaques à la prise massive de drogue qu'on vit dans la passé. 

    2) La production de fausses images, paroles ou musiques. À des fins de production de contenus en général, la technique permet de produire à peu de frais, à l'aide d'un interface en langage naturel des illusions de prises d'informations réelles permettant toute forme de chantage, faux témoignages, mais aussi croyances politiques ou informatives variées. Un pan entier de la perception du réel devient manipulable à toutes fins. 

    3) L'automatisation sur foi d'interaction simulée. L'interface utilisateur en langage naturel peut être utilisé pour saisir l'information nécessaire à l'activation d'automatismes variés. La richesse de la prise d'information en question et son ambiguïté fondamentale pourra alors être utilisée par la bande pour des prises de décision à l'insu des utilisateurs en utilisant leurs caractéristiques personnelles exprimées dans leurs discours. 

    Les trois effets non voulus d'une généralisation de l'usage des techniques en question sont clairement inquiétants et se situent à la frontière d'usages "pratiques" de cette technique. 

    Mais la thèse d'Eric Sadin concernant les méfaits de l'IA est bien plus globale et plus fondamentale, bien qu'on puisse la relier aux trois points concrets exposés ici. 

    Un pouvoir global

    En gros, et la chose est complexe, un pouvoir global invisible se met en place, qui remet en question la relation à la vérité de l'ensemble de la société ou plus exactement les processus d'accès à la vérité mis en oeuvre par la société. Cette remise en question conduit à une remise en question de ce que nous appellons la démocratie et à l'instauration d'un système nouveau de domination politique. Rien que ça.

    La chose ici dénoncée ressemble étrangement à ce nouvel être infiniment plus intelligent que nous qui va acquérir une conscience au-delà de la nôtre. D'une certaine manière, elle l'est, mais avec une autre acceptation, en fait en ligne avec les images de la domination de la technique élaborées au XXème siècle par Ellul et les autres. 

    Le Covid et la Science

    Une manière d'appréhender le problème est de réfléchir aux pratiques et obligations mises en oeuvre à l'occasion de la crise du Covid, quand le rapport politique à la vérité fut mis en cause gravement et dont les effets, soyez en sûr, n'ont pas fini de se faire sentir. 

    En gros y fut proclamé une conception de la science en général radicalement nouvelle et en désaccord fondamental avec tout ce que la culture avait pourtant proclamé depuis l'aube de la modernité. Soi-disant en charge d'une vérité validée de manière certaine, qui plus est par un processus d'évaluation "par les pairs", la science se doit d'être respectée comme valide et comme "méthode", tout ce qui s'en écarte étant coupable et se devant d'être dénoncé, voire interdit. 

    Assis sur ces considérations, un pouvoir politique est ainsi fondé à imposer par des décisions unilatérales non discutées par quiconque, un changement radical des modes de vie des administrés condamnés pénalement si réluctants à y obéir. Un régime de vérité, une politique, quelle plus magnifique démonstration des concepts abstraits de la philosophie sociale et politique ! 

    Pourtant la science en général n'est absolument pas ce qui a dit plus haut. Il s'agit en fait d'un processus conflictuel d'accès à des vérités provisoires enchevêtrées, perpétuellement remises en cause et hautement dépendantes des modes intellectuelles, des rapports de pouvoir entre commanditaires et de processus d'élaboration hautement variables, tous différents et surtout complètement dépendants des domaines de connaissance abordés. 

    Le coté relatif et conflictuel des connaissances élaborées et réélaborées en permanence constituent un régime de vérité, étrangement originaire de l'époque où fut séparée les notions de vérité humaines et divines et où, sur fond des terribles guerres de religion, furent élaborés des systèmes politiques pluralistes à l'origine de nos démocraties actuelles. 

    L'idée de base pour ces constructions culturelles, sociales puis politiques est que la vérité est construite collectivement puis soumise aux interactions à l'intérieur d'une collectivité et non plus édictée centralement. 

    Le scientisme est à la science ce que le communisme est à la politique: la soumission d'une collectivité en interaction pour déterminer les bonnes décisions, à un impérium décidé par certains sur la base de l'édiction d'une vérité considérée absolue, ou de pratiques procédurales respectueuses de certaines vérités elles aussi édictées. 

    Et bien nous sommes menacés par cela, en bien pire, et d'une autre manière. 

    La gestion du Covid en attribuant le qualificatif de "scientifique" à des pratiques comminatoires de soumission à des pratiques (confinement, port du masque, vaccination généralisée) qui n'étaient aucunement certaines et pour toutes violemment contestées pour des raisons scientifiques avérées. Une fétichisation technocratique du scientifique fut mise en oeuvre en contradiction avec tous les principes de prudence et d'élaboration collective et spécialisées des décisions. 

    Il est aujourd'hui établi que le confinement a augmenté les contaminations, que le port du masque a nui grandement aux enfants des écoles, et que la vaccination eut des effets secondaires évitables aux personnes qui n'étaient pas concernées par une maladie dont la contamination n'était pas empêchée par la vaccination. Des décisions majeures d'obligation privative de liberté furent prises au nom de, et en fait en contradiction flagrante avec, la vérité scientifique ! 

    Les discours de vérité

    D'abord la chose (l'IA)  est technique, et nantie de son attrait "d'utilité" indéniable, elle diffuse des discours de vérité dans le cadre de cette utilisation. Cela suffit à transformer l'activité humaine qui consiste à comparer au niveau de chaque individu des sources d'informations distinctes, en une activité de consultation d'une conclusion déjà mâchée, et considérée véridique. De fait, cela revient dans tous les domaines où cela est appliqué, à abdiquer ce qu'on appelle la "démocratie". Pire, comme la nouvelle source d'information censée rassembler elle-même les différents points de vue possible peut évidemment être manipulée et instrumentalisée, elle devient enjeu de pouvoir et outil de domination. 

    Elle émet un discours déjà discuté, éventuellement en faisant référence à des disputes antérieures, mais déjà arbitrées et c'est cela le problème. Car cela correspond directement à l'abdication scientiste de la connaissance comme dynamique et conflictuelle par essence. En cela, le discours de l'IA devient virtuellement un monde simulé, donc déjà maitrisé, ce qui est le contraire exact du réel, lui en incertitude permanente. 

    On le voit déjà, et les exemples sont nombreux. Prenons-en un au hasard. Dans ses mémoires Obama parle de Sarkozy en le décrivant par ses origines familiales ( demi hongrois, quart de juif grec) en plus d'une description peu flatteuse de ses prétentions. Questionné, ChatGpt, même après qu'on lui demande la référence à l'allusion familiale refuse de mentionner l'allusion à la judéité et affirme qu'il n'y en a pas. Même réponse de DeepSeek, qui finit par cracher le morceau, mais après qu'on ait insisté. Un autre exemple plus technique est la fourniture de références chiffrées absolument fantaisistes pour des valeurs pourtant normalisées et bien connues de sites de références. 

    Tout sujet scabreux ou vaguement ambigu pour n'importe quelle raison est traité ainsi, et avec des affirmations d'autorité étranges. l'AI est un producteur d'information extraordinairement biaisé, et sa mise en position centrale, voire la prétention qu'ont certain de lui voir "remplacer" des productions humaines en fait une source de pollution grave de la cognition.

    On se retrouve donc face à une technique à maitriser, et d'abord à maitriser personnellement: l'information produite doit être soigneusement validée. On a déjà des exemples de rapports produits par des entreprises de conseil en temps record qui contiennent des absurdités inquiétantes. l'AI pollue, et pas que l'air ambiant. Mais c'est si pratique, si souvent...  

    LES IAs

    Tout poison ayant son contre poison qui lui ressemble étrangement, il se trouve que l'IA qui comme expliquée se substitue à la démocratie en éliminant les procédures compétitives associées aux humains pourrait être contrôlée par d'autres IAs. 

    L'idée, que n'importe qui peut mettre en oeuvre en vérifiant avec Deepseek  ce qu'affirme parfois à tort Chatgpt, consiste à disposer d'informations vérifiables automatiquement par une diversité d'outils. Les IAs sont concurrentes commercialement et doivent pouvoir se critiquer les unes les autres. 

    On se retrouve alors avec  un monde qui est redevenu plural, et le terme "La IA" chosifiant un être mythique qui évidement n'existe pas et n'a jamais existé, est impropre: il convient de disposer d'outils établissant et encodant nos problèmes d'humains dans des dossiers susceptibles d'être vérifiés par d'AUTRES outils, conçus indépendamment et capable de détecter erreurs, malfaçons, tromperies et autres biais. 

    Bref, il s'agit bien d'introduire  une post vérité, mais contrôlée et cela de manière multiple. L'essentiel est de déposséder "l'ordinateur" de son unicité totalitaire et de proclamer et d'affirmer la nécessaire essentielle disparité conflictuelle de l'information. Evidemment, ces contrôles doivent être technicisés et non pas assumés par d'autres autorités concurrentes prétendant à leur tour à l'universalité !  En cela, l'objectivité technique bêbète d'un artefact logiciel pourrait être, enfin, un outil de libération. 

    Que voilà un bel optimisme. Aïe ! Ca pique. 

     

     

     

    (1) Eric Sadin : https://legrandcontinent.eu/fr/2025/10/03/pouvoir-total-lia-et-la-fin-de-limagination/

  • Les insoumis fréristes

    A l'occasion d'une audition saignante de la part d'un Syrien naturalisé français, et qui au contraire de Rima Hassan se proclame amoureux de sa nouvelle patrie, et se comporte comme un assimilé idéal, défenseur de sa nouvelle patrie, on peut réfléchir sur ce qu'il faut faire ou penser. 

    L'audition de Omar Youssef Suleiman à l'Assemblée Nationale est édifiante. C'est un journaliste, Syrien naturalisé français qui témoigne devant la commission sur les liens entre mouvements politiques & réseaux islamistes.

    Rima Hassan est une militante qui soutient clairement le Hamas et la flottille fut organisée par un militant Hamas.
    L'organisation Urgence Palestine, en pointe dans ces manifestations est une émanation du Hamas.
    Les députés de la France Insoumise, Bompart, Portes, Soudais, Panot ont manifesté aux côtés de militants Hamas.

    Toutes les manifestations en faveur de la Palestine organisée depuis deux ans sans réactions de l'État est ainsi directement organisée par la mouvance islamiste manipulée par les frères musulmans dont le Hamas est une émanation. Ils utilisent la France Insoumise comme paravent d'un entrisme politique caractérisé et revendiqué par des prêches menés depuis le Qatar à travers des média ouvertement fréristes. La France Insoumise en est consciente, l'encourage et mène délibérément une politique de stimulation de l'électorat musulman au sujet de Gaza pour gagner les 400 000 voix qui lui ont manqué pour être au second tour de l'élection présidentielle.

    Que faut-il de plus?

    Il faut impérativement que l'organisation des frères musulmans soit déclarée terroriste, comme c'est le cas dans totalité du Moyen Orient à l'exception du Qatar. Il faut fermer toutes les associations qui lui sont rattachées. Tout de suite.
    Il faut dénoncer et condamner les représentants de LFI qui se sont compromis avec ces organisations.

    Par contre l'essentiel de la discussion porte sur les musulmans en général et sur l'immigration musulmane en général, dont Omar Youssef Suleimane fait partie. Si l'on se place sur le plan démographique pur, l'entrisme islamique est directement lié à cette immigration dont il cherche à prendre le contrôle globalement. C'est ainsi un argument utilisé par les "séparatistes" que de lier explicitement islam et immigration, et la propagande islamiste associant explicitement identité ethnique et religieuse en un seul bloc dont elle dénonce la stigmatisation.

    Souleimane exprime clairement un point de vue "laïque" qui vise à séparer immigration et religion, en faisant la promotion d'une pratique laïque, disons privée de la religion musulmane qui deviendrait ainsi respectable. L'interdiction de l'islam politique frériste permettrait ainsi de sauver l'immigration musulmane du soupçon séparatiste.

    À ce point, on pourrait lui donner raison: imposer autoritairement une pratique privée de la religion musulmane est sans doute souhaitable, mais suppose précisément de se débarrasser non seulement de l'islam frériste, mais aussi de toutes les pratiques publiques sur lesquelles il construit sa suprématie idéologique au nom du respect de l'islam. Hallal, voile, ramadan sont des prescriptions islamiques. Peut-on les distinguer du frérisme et les considérer innocentes et acceptables, pourvu qu'on se soit débarrassé au préalable des frères musulmans ? C'est toute la question.

    Pour ce qui me concerne, tout en prenant l'argument, je considère que l'immigration musulmane, en fait africaine doit être arrêtée en urgence pour des raisons culturelles, la pratique de l'islam n'étant pas, même sans être sous influence directement frériste, acceptable en Europe, étant porteuse de principes fondamentalement inacceptables et irréformables. Je considère que l'un des moyens de pousser les populations porteuses de ces pratiques à quitter la France et l'Europe, ce qui est maintenant nécessaire, est d'empêcher ou de limiter ces pratiques, de manière à pousser explicitement et autoritairement à leur abandon ou au départ.

    Par contre, j'accepte tout à fait de comprendre que ce débat entre partis également conscient de la dangerosité du frérisme, peut être hautement contre productif, et utilisé par nos adversaires.

     

     

    (1) audition de Omar Youssef Souleiman à l'Assemblée : https://www.youtube.com/watch?v=Yd5SRliVMTM

    P.S. ceci est un commentaire d'article de Causeur. Le style s'en ressent. 

  • Les discours de Poutine

    Lisons un discours de Poutine (1). 

    Tout un ensemble de considérations sages, raisonnables et décrivant exactement la situation actuelle. 

    Tout d'abord, ce qui est sans doute le sommet de la raison de la position russe: l'ordre libéral global, tel que décrit d'ailleurs clairement par Zbigniew Brzezinski. Il suffisait d'en faire partie et d'y vivre heureux sans se poser de questions, on s'occupe de vous. C'était la place allouée à tout le monde, y compris à la Russie et c'est certainement la place de l'Europe, avec qui Poutine entretient d'ailleurs le dialogue pour le reste du discours. 

    Il faut comprendre que ce statut ne convient pas au monde qui devient multipolaire, et cela du fait même de l'établissement et maintenant de la tentative de préservation de l'hégémonie globale. Cela car rien ne s'oppose à la force, sinon une autre force...

    Le monde veut vivre dans l'harmonie d'accords globaux satisfaisant toutes les parties, et pas en étant obligé de respecter des "règles" conçues "dans la brume". La soumission de la minorité à la majorité, valable du temps de la domination hégémonique laisse la place à des approches multilatérales, respectant les intérêts légitimes affirmés de chacun. 

    Nous y sommes, les élites du monde occidental pour conserver leur pouvoir maintenant contesté, sont prêtes aux pires mensonges, aux pires manipulations de leurs opinions, et aux pires manigances à l'extérieur.  

    Le cadre est posé, et les motivations profondes posées. Le monde évolue et il va falloir en tenir compte. Toute la conflictualité est liée au refus des Occidentaux et de l'Europe, de s'adapter à une nouvelle donne qui change son statut. 

    La Russie a été victime de sanctions à un niveau jamais vu, et cela sans résultats. Le système mondial dont a voulu l'expulser continue d'avoir besoin d'elle et cela sans qu'on cesse de vouloir lui infliger une "défaite stratégique" voire sans manifester de honte de "faire souffrir le peuple russe". Serait-il temps de souffler ? 

    Poutine évoque alors une nouvelle ère pour la diplomatie, celle du XXIème siècle, qualifiée de "haut vol". Refus du principe hiérarchique, volonté d'obtenir des accords et refus de l'hégémonie, incapable d'assurer la sécurité. 

    L'Europe accroché à une volonté d'hégémonie devenue anachronique, incapable de résoudre ses problèmes multiples, dette, insécurité, crise sociale et migratoire, glissant hors de la compétition mondiale, se cherche un ennemi commun: la Russie, l'ennemi séculaire. Ses dirigeants, menteurs ou incompétents, délirent. 

    Veut-elle vraiment s'armer ? L'Allemagne veut-elle vraiment l'armée la plus puissante d'Europe? 

    Poutine décrit alors un principe d'indivisibilité de la sécurité, quand celle-ci, faute d'être mutuelle, ne peut exister pour personne. Et bien ce principe n'est pas conçu par les Européens et les Occidentaux, qui se croyant vainqueurs de la guerre froide, ont accumulé pendant trente ans des erreurs manifestes qui ont conduit à la situation actuelle. 

    Or dans un monde multipolaire, le règlement des conflits ne peut être mené que dans le respect mutuel et la considération des intérêts respectifs des parties prenantes. L'Occident et ses règles, voulant imposer avec condescendance par la contrainte ses intérêts exclusifs n'est plus en adéquation avec ce monde nouveau. 

    L'Ukraine est l'une de ces erreurs: excité au nationalisme, armée contre les intérêts de la Russie par ceux qui objectivement se foutaient des intérêts de l'Ukraine et de son peuple et les résultats sont là. 

    Le commentaire du Grand Continent

    À ce stade du discours, le Grand Continent commente le cynisme de Poutine, engagé dans une guerre d'agression contre le peuple Ukrainien victime de ses bombardements. 

    À Normale Sup, donc on ne comprend rien et on ne veut rien entendre. Pourtant, les choses sont claires. Mues par les nécessités historiques et les intérêts des États, les évènements de l'histoire ne sont pas moraux, ils sont réels et aboutissent à des états des choses objectifs que l'on ne peut éviter, s'ils sont nuisibles que par des actions en rapport. Déplorer, accuser, condamner c'est du verbiage inutile et vain.

    Poutine continue

    Aurait-il pu en être autrement ? La réponse est oui, et Biden aurait pu faire autrement. 

    À ce point, Poutine s'interroge: la fin du communisme aurait-il pu engendrer une "grande fraternisation" ? Il n'en a rien été, les intérêts géopolitiques (encore eux) étaient à l'oeuvre, et l'idéologie n'y joue aucun rôle. Aurait-on pu éviter la situation actuelle en Ukraine ? Oui, si on avait tenu compte des intérêts respectifs en présence, au lieu pour l'Europe, et les USA jusqu'à récemment, de poursuivre obstinément une escalade et qui n'a à mon sens, aucun autre objectif. 

    Et Poutine de rappeler encore et encore l'attitude à avoir au sein du monde multipolaire en prenant conscience de ses intérêts propres, sans qu'ils soient déformés par de funestes idéologies expansionnistes de toute nature, Union Soviétique, puis USA. L'absence d'antagonisme doit être érigé en principe fondamental. Ceci devient propre à une "majorité mondiale" de pays. 

    L'ONU garde un rôle à jouer en cette matière, mais en respectant la majorité mondiale au lieu de tenter  d'unifier les traditions respectives des différents pays. Un exemple est la restauration des relations entre Russie et USA, maintenant basées sur des expressions abruptes mais franches, ce qui évite l'hypocrisie et les faux semblants et favorise donc un règlement pacifique quelle que soit la dureté des négociations. 

    L'histoire de la Russie fut difficile et douloureuse. Cette complexité la prépare sans doute mieux que d'autres à affronter une configuration mondiale complexe. Elle reste une force avec qui il faut compter pour atteindre l'harmonie et l'équilibre.

    Que voilà un discours fondateur et éclairant, décrivant le monde bien mieux que beaucoup peuvent le faire. Il montre en tout cas, qu'il y a des dirigeants du monde qui savent ce qu'ils veulent. 

     

     

    (1) Discours de la conférence Waldei octobre 2025 https://legrandcontinent.eu/fr/2025/10/05/le-moment-maga-de-poutine-le-discours-de-valdai/