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Les êtres

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On n'en finira pas d'évoquer H., dit de guerre (ah qu'il est significatif le jeu de mots), dont le mystérieux discours hante encore l'histoire et au combien. 

On citera (1), qui parla d'un accessoire, une sorte de détail méprisé par tous, les fameux juifs de H., passons. 

En fait, la question est bien de savoir ce qu'il voulut dire en gros, et de réaliser les multiples significations qu'il agita. Plutôt que de prendre l'air entendu et de faire semblant de comprendre, on peut préciser les éléments de vocabulaire, et tenter de savoir où en est. Bien sur on mélange tout, mais successivement.

Les écrits

H. commence brillamment sa carrière avec "Sein und Zeit" (1927). Cet écrit fut démonté et ereintée par Carnap comme prototype de l'oeuvre dénuée de sens à partir de ce que pouvait en dire un W.

A partir de là, H. exerce comme pré puis comme proto nazi dans l'Universität en multipliant cours et conférences. 

En 46, alors qu'il est toujours interdit d'enseigner, il publie contre Sartre la "lettre sur l'humanisme". 

"Qu'est ce que la métaphysique" et "Introduction à la Métaphysique" sont de 29 et 35.

Et puis il y a "Kant et le problème de la métaphysique".

Et puis il y a le tournant (le Khere)... Où se situe-t-il exactement ? En gros dans les années 30 après l'inachèvement de "Sein und Zeit". 

 

Le Dasein

Ca tombe bien on commence par le "Dasein", ou "être là" de l'existence humaine, qui s'identifie d'ailleurs plus ou moins à l'humain. Et bien il proclame d'abord le fait qu'on est "rooté" quelque part, non pas radicalisé mais enterré dans une origine, le fameux "là" (da) voulant dire ça. Tout homme a une origine et parle de quelque part. 

Cette affirmation est bien sur une porte d'entrée pour le vieux réac, qui n'en finira plus de répéter tout ça, son identification de l'être à l'histoire et sa volonté de conjuguer allemagne et être du monde et aussi philosophie étant totalement dépendante de cette histoire d'identité là. Un essentialiste radical, pour le moins. 

Et cela jusqu'au point où l'humain, le seul endroit ou se pose la question de l'être lui même est "là". On a donc bien quelque chose de différent du simple sujet ou même de la conscience et qui serait l'"endroit" où se pose la question. 

C'est là où on va placer Kant, le seul finalement à ne pas se faire totalement dézinguer: il est le seul (à part H.) à poser une méta vérité avec le transcendantal. Simplement il s'est arrêté en chemin et doublement: avec un spatio temporel trop newtonien (qu'est ce que c'est cette critique?) et sans le spatio temporel de la présence (H. a tout de même écrit "être et temps" et l'être a vraiment besoin du temps, lui aussi). Bref, la question est aussi celle de l'inénarrable "montée vers les fondements"... 

On dira d'abord que la question de vocabulaire qui agite les circonvolutions autour du mot "être" est présente dans tous les langages occidentaux, y compris le grec origine de tout, et conduisent à des jeux de mots plus ou moins intellectuels autour du sens des mots et plus que du sens, de leur significations profondes, dont la contemplation semble s'identifier au fait de penser ou pas, et c'est pour moi une question: agiter sans cesse le vrai sens d'un mot en en torturant tous les aspects fait il la recherche du vrai et toute la connaissance, comme si le simple symbole contenait la totalité du réel ou bien y a t-il quelque chose dans le monde et les mots sont arbitraires ? De la philosophie, donc.

En parlant de philosophie, on se distinguera de Sartre, centré sur l'humain, alors que H. bien sur n'en a rien à faire: dans sa "lettre sur l'humanisme" il subordonne complètement l'humain à l'être, seule chose vraiment intéressante. 

Et puis le Dasein, il faut le différencier d'Existenz, c'est aussi, "sa finitude, compréhension de l'être qui se tient dans l'oubli". Belle auto définition et qui évoque effectivement, c'est personnel la relation particulière qu'on entretient avec des souvenirs oubliés, ou plutôt avec l'image d'une impression ancienne, dont on ne se souvient que du fantôme de l'intensité. Cette idée philosophique là, qui a de multiples instances, est sans doute un trope essentiel. 

La différence ontologique

En tout cas, on veut bien admettre et croire que le verbe être est particulier et se trouve utilisé "en plusieurs sens", et c'est Aristote qui le dit. Plus exactement, il dit:

"Il nous faut savoir si la science qui étudie l'être en tant qu'être est différente de la science de la nature. "

Cette question amène à distinguer un objet particulier, qui ne peut pas être, lui, et qui se trouve être l'être lui même. Sa distinction d'avec l'existence elle commune aux étants constitue LA question, LE problème et on n'a pas fini, avec H. de le mentionner: la fameuse distinction dite ontologique distingue les étants de l'être lui même et que peut il être, on en est tout troublé. 

Au passage on distinguera aussi "ontologique" et "ontique" comme ce qui se rapport à l'être et au maintenant différent étant. Et on redira que la question, ancienne, est en fait liée à la question de l'être lui même tout seul et du fait de ce qu'il ne soit pas rien ou plutôt qu'il y ait du quelque chose, plutôt que rien. Plus généralement, tout ce qu'on appelle l'"étonnement philosophique" fondement de la définition d'icelle tourne autour de cela. 

On peut lui associer les autres questions bêbêtes: l'un et le multiple, le même et l'autre, l'intention et la pensée. 

L'oubli 

Toute la légende heideggerière tourne autour du fameux oubli de l'être, thème central mais multiple et cavalier de toutes les élaborations modernes. Entre forclusion du nom du père et oubli de mes clés, le thème de la négligence coupable d'un principe fondamental est une source d'énergie permanente, un fantôme, une manivelle, une scie. 

On distinguera deux succédanés de cet oubli: le remplacement de la forclusion, le bouchage du trou, par un grand être sous deux versions: 

1) le théologique et l'étant de première, ou Dieu 

2) l'ontologique, c'est à dire la philosophie occidentale, la métaphysique, la grande traitresse. 

Les deux versions sont identifiés et tout le monde à tort, et cela depuis Platon, et de fait la philosophie a raté. L'oubli de l'être fut complet depuis le début et n'en reste que l'hideux onto-théologique. Tout H. revient donc à "penser" l'être pur et il est bien sur le seul à le faire, va falloir se laisser aller entre ses grosses mains.

Bon bien sur Platon et Aristote on vu passer la chose. Le problème est qu'ils s'en sont immédiatement dessaisi, et on substitué quelque chose d'autre au fameux objet.   

Surtout que cet oubli tient de l'essence de la Vérité, qui n'est PAS adéquation de la pensée à la chose MAIS vérité primordiale, dévoilement, laisser être de ce qui se montre etc etc. L'autre vérité est ainsi alétheia, dévoilement. Cette distinction fondamentale, parallèle à l'ontologique est tout le sens de la critique de la science, du matérialisme, du calcul, de la judenshaft etc. 

L'oubli du truc et l'agitation frénétique de ce qui en découle, nécessairement néfaste et dangereux est bien sur le grand thème moderne, le grand remplacement, en fait doctrine du remplacement de tout et donc de l'oubli de tout en étant un avatar. Ah ces matérialisation diverses de la même idée, la même catégorie se retransformant en toujours les même choses partout: par exemple l'être supérieur non divin de H. est il autre chose qu'un succédané du même objet G, un objet pouvant, on en a parlé, ne pas exister, ne pas être, tout en faisant partie d'un monde bien plus grand qu'on ne croit ? 

Cet oubli est le grand mécanisme découvert par H. penseur de l'oubli, de l'histoire et de la tradition, mais dans un sens particulier, et qui a fait sa fortune. On part du Dasein qui se situe dans le temps au point d'"être" temporel et donc essentiellement fait de la stabilité et de la transformation dans le flux du temps. A partir de là il se fixe des bornes, des "traditions" qui ont pour rôle de figer dans le temps ce dont il faut se souvenir. La tradition devient alors ce fer refroidi qui masque et oublie le métal rougeoyant des origines... Le concept devient figé, évident et mort. Cette pensée de l'oubli et de la tradition qu'elle soit religieuse ou philosophique est sans doute ce qui a fasciné tout le monde: on s'y reconnait tellement et il fallait un génie pour "penser" cela. Inutile de dire que ce qu'on appelle la "destruktion", celle du concept masquant qu'il faut achever pour retrouver la vraie vérité, eut toutes les postérités possibles... 

Le jeu du néant

Ce à quoi s'adonne les jeunes existentialistes, le jeu est bien sur un triomphe pour H. l'artiste. En gros, le néant qui se présente comme l'horizon de la science qui concerne les étants du monde, serait conçu comme la négation de l'existant, et donc postérieur à la négation et à l'existant, ce qui est bien sur impossible. Il "est" donc antérieur et cette existence, contradictoire, donc est la source de l'angoisse (Angst). Car il n'y a que le monde, chose vague, pour s'opposer à lui, tous les étants n'étant pas grand chose ce qui est déprimant et ... anxiogène. 

A partir de là on peut se lancer dans des considérations variées, parfaitement oiseuses et réservées à des aventuriers aguerris. Car "rares sont ceux qui font la différence entre chose apprise et chose pensée". On ne saurait mieux dire et tout le monde n'y pense pas. 

L'existentialisme

Revenons au "Dasein": cette définition de l'homme comme posé là, sans être propre, fait de lui un existant sans essence et on est là dans ce qu'on appelle l'existentialisme: l'existence précède l'essence, il n'y a pas de nature humaine, car (c'est Sartre qui parle) "il n'y a pas de Dieu pour la concevoir". Pour H., c'est bien pire: c'est le dasein seul qui peut comprendre l'être, et celui ci  n'est pas l'"humain" (comme on l'a dit, H. n'en a rien à faire de l'humain, et le nie en quelque sorte, l'humain n'étant que ce qui peut accueillir la seule chose qui importe, l'être bien sur...). 

Le rapport à Kant

On a lu (2) décrivant clairement (je trouve) la relation entre H. et Kant, en gros le seul philosophe envers qui notre petit nazi manifeste un peu de respect, c'est dire, et on l'avait remarqué plus haut. 

Toute la question est la théorie de la connaissance de Kant, qu'on peut résumer simplement en disant qu'elle (la théorie) se doit de décrire convenablement les relations entre intuition (le coté phénomène) et l'entendement (le coté concept). Et bien c'est l'imagination (transcendantale) qui fait la correspondance. Assez intuitif en fait dans la mesure ou il faut une force intermédiaire qui produit d'abord des images sans intuition pour coller aux abstractions supérieures. Il y a plus: pour passer du concept à l'image, il faut une règle, une méthode. C'est le "scheme" kantien, qui n'est pas une image, qui est associé à chaque concept et surtout qui "temporalise" le concept, le fait se situer dans le temps. Par exemple, le scheme du concept de cause (beau pur concept) l'établit en situant dans le temps les objets causants et causés. Le temps est ainsi le fondement de toutes les représentations. 

H. décrit en détail tout ça, et l'approuve tout en faisant le malin et en corrigeant le maitre: il parle d'"image-scheme" (alors que Kant différencie bien image et scheme) et surtout affirme que Kant a "reculé" entre deux éditions de la critique sur la question de l'imagination. Sinistre comme d'habitude, H. nous parle du masque mortuaire 3ème sorte d'image (dont l'image de l'étant, l'image du décalque et l'image de l'objet)...

Bref, H. sur-valorise l'imagination, source des deux opposés (considérés polaires par Kant) et condition de possibilité (pas mal la prédation) de la synthèse. Il va même et c'était le but, jusqu'à identifier l'image-scheme avec le temps. Temps et scheme forment les condition transcendantales de la connaissance. A ce titre, l'imagination devient car créant la temporalité, le lieu de la transcendance, ce qui s'en détache. Ce qui revient à décrire le dasein humain, le fameux lieu intermédiaire entre le bas et le haut. Bye bye la raison. 

La présence

La présence c'est l'être qui ne se conçoit, de manière erronée, que comme substance (ousia) permanente, c'est le péché d'Aristote. Mais c'est aussi le sens classique de "dasein", bien sur. Le fétichisme autour du terme, s'explique donc bien. On est là, on est "présent"...

Le temps

En feuilletant (3), on réalise qu'il y a bien des choses dans ces pensées auto référentielles assez brillantes. Ainsi, l'introduction du temps dans la définition de l'homme qui se définit par son indéfinition, typique de son rapport à l'être tout de dépendance: l'être a besoin de l'homme, et l'homme ne l'est que par sa relation à l'être. A partir de là, tout indéfini qu'il est, l'homme se lance dans sa définition, c'est son être, et donc dans l'histoire et le temps, ce qui le caractérise, à l'exclusion des idées ou des attributs. Le temps est donc essentiel à tout ça. 

Mieux: c'est parce que les antiques ont voulu faire du temps une chose caractérisable, qu'ils ont oublié l'être lui même. Ainsi, H. redéfinit l'être ET le temps, d'où le titre. 

Interprétation

Et puis il y a l'interprétation, qui est d'abord traduction dans la même langue, vraie définition de la compréhension d'un texte, qui est d'abord "transmission". Là, H. le masqué, l'auteur cryptique, le seul vrai herméneute se lance sur et dans le velours... Comprendre c'est traduire et traduire c'est comprendre. Par exemple, la traduction d'une quiddité en verbe à l'intérieur d'une même langue est ce qui caractérise la compréhension de "dasein"...

Et puis il y a le style dont Gadamer disait qu'"il ne visait pas expliquer les choses mais à les montrer".

Thème important cette chose qui pour ne pas être devient, ah Héraclite ! 

 

 

 

(1) http://francoiscarmignola.hautetfort.com/archive/2015/03/21/heidegger-5587684.html

(2) https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/10419/St-Aubin_Frechette_Laurence_2013_Memoire.pdf?sequence=2&isAllowed=y

(3) https://www.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2002-3-page-257.htm

 

(4) https://www.academia.edu/9243753/Heidegger_et_le_probl%C3%A8me_de_la_m%C3%A9taphysique

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