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21/03/2015

Heidegger

Un spectacle télévisuel inouï (à mon sens) est en ligne: il s'agit des vidéos du colloque "Heidegger et les juifs", qui s'est tenu à la BNF et au centre culturel Irlandais du 22 au 25 Janvier 2015. 

Les vidéos sont disponibles sur Dailymotion, mise en ligne par  la revue "la règle du jeu" fondée par Bernard Henry Levy. La plus importante, sans doute, celle de Peter Trawny:

http://laregledujeu.org/2015/03/03/19502/heidegger-et-les-juifs-la-conference-de-peter-trawny-en-video/

auteur de http://www.seuil.com/livre-9782021182552.htm consacré aux fameux «Cahiers noirs» («Schwartzen Hefte») de Heidegger, récemment publiés et révélant un antisémitisme dont la nature reste problématique de la part d'un philosophe de cette importance. 

Les tons, les accents, les attitudes, les mains tremblantes des orateurs lisant des feuilles de papier tournées nerveusement, font des interventions les scènes d'une pièce de théâtre fascinante et exceptionnelle. Qui plus est la manière dont les désaccords sont exprimés n'est pas commune: des divergences complètes sont exprimées calmement dans le cadre de prétentions philosophiques absolument inouïes: l'être du monde, l'histoire de l'être, l'être lui même sont évoqués, et flottent dans l'air, crevant l'écran. 

Bien sur, certaines interventions sont un peu moins prenantes, mais globalement le spectacle (...) est absolument fascinant.

En gros, il parait difficile de soutenir (même si cela est tenté par des intervenants calmes et courageux) que Heidegger ne fut pas nazi. On pourrait dire qu'il fut "ultra nazi" (au sens de "ultra violet") même si il fut finalement déçu par la tentative nazie de modifier la trame même de l'histoire, ce qui l'innocente d'une certaine manière, car les choses auraient pu être pires. 

Ainsi, il ne participa pas vraiment à la fête, n'y fut pas convié et ne fut pas cité (il fallut attendre pour cela les intellectuels Français de la seconde partie du siècle, à son grand dam, d'ailleurs). On verra avec les publications prochaines du reste de ses écrits à quel point il le regretta. 

Mais l'essentiel est ailleurs: il inventa un "post religieux" basé sur la manipulation du langage qui fascina le siècle. Plus que tout il est donc l'antithèse absolue à poursuivre éternellement: peut être la dernière tentative de l'humanité à fonder un ordre surnaturel. La fin de l'histoire de l'Etre, cette chose horrible, que, et c'était pourtant l'interdiction de la déesse de Parménide, il tenta de soustraire au principe de contradiction. 

A ce propos, il convient de laisser tout de même la place à la philosophie en faisant fête à Barbara Cassin, qui connut Heidegger, et présente ici justement le texte de Parménide: 

http://books.openedition.org/cdf/1449?lang=fr

A ce propos, Hadrien Laroche (http://www.dailymotion.com/video/x2j7x7w_colloque-heidegger-et-les-juifs-hadrien-laroche_creation) fut un intervenant qui infligea, non pas le bruit des feuilles tournées, mais le dos marqué par une pomme de l'ordinateur qu'il utilisait plutôt. Il est vrai que, sportivement, il mentionna que Heidegger condamna en son temps explicitement la machine à écrire, et ce justement dans son cours sur Parménide, dispensé durant l'hiver 42-43, pendant la bataille de Stalingrad. 

La question de la vérité est ainsi centrale (les arguties sur la notion d'aletheia sont sans fin, tu parles) et nous concernent tous, et pour toujours. Heidegger fut l'un de ceux qui sur ces questions, prirent position. 

Il fut ainsi un grand contempteur de la technique, de la cybernétique et de la science, au point d'ailleurs que ses projets en furent victimes et c'est l'une des leçons de cette époque là. Alors qu'un deuxième round de ce match est en cours, il convient ainsi de s'en souvenir. 

Pourtant, l'histoire quoique tragique, n'est pas finie, et nous réserve, forcément, des surprises. En gros, et c'est ce que j'en retiens, le questionnement philosophique reste et doit rester toujours "ouvert", et il se trouve, que oui, cela est sans doute le testament de Heidegger. 

(pas mal non?) 

Commentaires

Un an après un autre élément du dossier, qui accroit la pression sur le (bon)homme:
http://www.nonfiction.fr/article-8075-heidegger_ou_la_compromission_de_la_philosophie.htm

Les commentaires sont plaisants, et on parle de guerre idéologique...

Écrit par : François Carmignola | 04/02/2016

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