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04/03/2016

Le non déisme

Il faut bien parler du religieux en général, certains commentaires ici avaient abordé le sujet, et il est d'ampleur.

D'abord je crois qu'il y a bien une attitude générale (celle de l'époque, de l'air du temps) qu'on pourrait trouver étrange: pour diverses raisons, liées à l'histoire, ou à la sédimentation des opinions exprimées, il semble que la question du surnaturel, cause et justification du religieux ne soit pas encore tranchée officiellement. Il resterait un doute, qui justifierait les "agnosticismes" et qui justifie les respects que l'on manifeste officiellement aux uns et aux autres: ptet ben qu'Dieu existe, on n'peut pas savoir.

Autant le dire tout de suite, je crois qu'on peut, et c'est ce que je fais, trancher la question à la base et proclamer qu'évidemment il s'agit, non pas d'un compromis public que certains n'hésitent pas à appeler "laïcité", mais d'une position particulière inacceptable, à rebours de toutes les apparences et de tous les bons sens. Je dirais même plus, la question ne peut même pas/plus se poser.

Y a il un complot à dénoncer?  Non, je veux simplement dire que la position en question n'est pas la bonne pour parler du religieux. Les complots sectaires sont bien sur variés et d'origines multiples, mais la question n'est pas là: on peut parler du divin et de sa considération hors de toute référence à sa possible manifestation, en se contentant simplement d'exprimer sans nuances l'évidence de sa non réalité. L'athéisme militant traditionnel dénonciateur n'est pas de mise, il n'est que complotisme et n'apporte rien. L'athéisme positif est un système de langage: si on le pratiquait bien des choses dans les appréciations changeraient de manière importante. 

On doit et on peut ainsi affirmer plutôt un athéisme "ontologique" et en exposer les conséquences dans les représentations que l'on se fait des esprits et conceptions religieuses. Mieux, il doit être possible de comprendre et décrire le religieux en le qualifiant de manière rationnelle et en "pensant" Dieu, non pas comme une nécessité qui qualifierait de manière particulière une forme de surnaturel, mais comme une acception purement intellectuelle, une conception strictement humaine dont les effets ne sont jamais "magiques" mais toujours sociaux ou psychologiques.

Ce refus du surnaturel va jusqu'au législatif: le dieu des philosophes voulut s'y arrêter et se constituer dans la dernière des magies, celle qui fonderait le pouvoir. Cette position là du déisme se trouve être la position américaine par exemple: elle est construite et je la veux refuser donc explicitement pour dire ce que je dis.

Est ce enfoncer une porte  ouverte que de se placer là? Sans doute un peu, voire beaucoup, mais je maintiens qu'il n'est pas explicité en général de soutenir un tel refus "méthodologique". En permanence, trop de discours sous entendent que la croyance religieuse est rationnellement possible du fait même de son absence de prouvabilité. C'est le contraire qui est vrai, et cela doit être sous entendu sans trêve. Car les croyances ne créent pas le surnaturel, et n'en font pas une nature, cela par définition: elles n'illustrent et justifient que des comportements particuliers, que l'on doit pouvoir décrire publiquement comme incompréhensible, voire ridicules.

Pardon de m'acharner, mais cette longue suite d'affirmations, qu'on pourrait rattacher à l'insistance musulmane de dire le contraire a bien pour objet de se défier de tendances que je juge indulgentes, voire coupables et aussi parfaitement présentes.

Présentes par le respect: la croyance en Dieu, partiellement de l'ordre du privé, touche à l'intime. Peut on piétiner l'intime ? Si l'on compare avec le sexe, dont les pratiques privées, inconnues à priori, peuvent être très diverses, on pourrait dire qu'on ne peut ni exhiber ni imposer des pratiques qui seraient complètement respectables, ni non plus d'ailleurs imposer des pratiques qui certains pourraient légitimement juger inacceptables. La conséquence de cette protection de l'intime est que le refus de l'obscénité doit jouer dans les deux sens.

Disons que la proclamation de la possibilité de l'existence de Dieu me parait obscène, et que la protection trop longtemps accordée à ceux qui pourraient être choqués de l'effondrement de la justification de leur morale doit maintenant être renversée. Il nous faut protéger les psychismes de nos enfants de l'affirmation de fictions dont les rêves qui s'y rattachent sont gênants. Gênants comme réalité, pas comme discours. Car l'expression est libre, et elle doit l'être plus que les religions qui elles ne sont pas des individus, mais des organismes constitués, qui n'ont pas le statut de parti politique et qui donc n'ont droit à l'expression publique qu'à certaines conditions bien précises à définir avec prudence.

Je crois qu'il faut ici faire des allusions précises. De la même manière qu'il faut s'inquiéter des prêches sectaires en général, il faut reconnaitres que ceux cis existent dans les religions traditionnelles. Les petits gris de Stanislas en sont, et les salafistes variés qui infectent certaines banlieues aussi. Absolument rien ne justifie que l'on respecte ou considère normales ou acceptables de telles pratiques, au contraire...

On a ainsi deux types d'utilisation pour cet athéisme ontologique. D'une part la restauration d'une possible nouvellecompréhension des religions et de leur logique et d'autre part la proclamation de l'humiliation nécessaire de tous les corps constitués en charge de leur propagation à notre époque.
 

Car cet athéisme là n'est pas destiné qu'à la croyance, mais aussi aux religieux. Mais d'abord, il doit être humble, car le religieux est en fait partout. Déjà soit disant ruiné par l'incroyance générale, il a en fait métastasé  et je pense réellement qu'il imprègne notre monde au sens du polythéisme gréco romain: partout règnent les rites absurdes, les respects et les cultes bizarres, avec une intensité et une multiplicité à la hauteur de l'abandon des systèmes traditionnels. Cela signifie qu'il (le religieux implicite) est nécessaire, voire preuve de la nécessité des croyances, voire des dieux surnuméraires ainsi adorés ? Et bien non et c'est ce que je veux dire, mon athéisme s'addresse aussi à ceux là et il faudra l'énergie d'un prophète pour les dénoncer et détruire leurs statues !

On se retrouve donc avec un programme, que dis je avec un système: quelle attitude humaine échappera à ce grand retour de la théorie du polythéisme ? Et bien nous le verrons.

 

 

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