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Les consciences

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Foin de jeux de mots débiles et d'allusions fines à la gynécologie, le problème de la conscience est un problème moderne, source d'élaborations riches et subtiles faites à notre époque, sous nos yeux. On y parle de zombies, et de chauve-souris.

Une revue en ligne à lire (1) parle de Thomas Nagel l'auteur de "what is it like to be a bat", le défenseur de la conscience comme état troisième après le mental et le physique, et cela sans surnaturel aucun. 

D'abord, on partira de l'interprétation "fonctionnelle" de la conscience, en gros comme de niveaux d'abstractions logiciels issus du hardware primitif et constituants des processus chosifiés capables, ce qui est tout de même un peu difficile à concevoir, mais faisable, d'influer sur le physique et donc d'être "cause" des mouvements, et d'affects variés. 

Cette question de la cause est évidemment première et se trouve à l'origine de réflexions variées, toutes confrontées à une possibilité conceptuelle caressée de toutes les manières possibles: que se passerait-t-il si on pouvait, au moins en principe, enlever, retirer cette impalpable voile (à la polysémie...) évanescent noyau volontaire du software en action ? La conscience, donc, nous y sommes. 

C'est le sens de la très subtile métaphore du "Zombie": un être sans conscience serait il possible?  Si oui, alors la conscience n'est pas réduite au fonctionnel et se trouve distincte, non réduite, par le physique. On prouve l'existence par l'absence possible. David Chalmers est le grand zombificateur: this problem is really hard, en référence au problème "difficile" de la conscience, discuté avec les grands réducteurs Dennet ou Dehaene. La question porte sur le dualisme, celui de Chalmers, partiel, étant un "dualisme des propriétés" (par opposition au "dualisme des substances", celui de Descartes) (voir 3). Disons que le dualisme des propriétés c'est l'épiphénoménisme un phénomène second, stable mais sans substance propre. 

Nagel tourne autour de ce troisième machin sans cesse, tout comme une chauve souris (c'est mon interprétation du choix de l'animal, dont la subjectivité n'est pas décrite par ailleurs par l'objectivisme traditionnel). Est il un adepte d'une nouvelle substance ? Non plus. 

Disons qu'en gros, il veut forcer à prendre position entre objectivité et subjectivité et donc à moins qu'une autre option ne soit possible (la fameuse 3ème voie), on se trouve face à un dilemme impossible.

Le subjectif s'oppose à l'objectif en ce qu'il n'est pas descriptible objectivement, par définition. Par conséquent, soit il n'existe pas et se trouve être une illusion, soit l'objectivité est condamnée à être incomplète, et donc le monde n'est pas rationnel et c'est parti mon kiki. La philosophie est une chose admirable... 

Il faut  bien voir que cette question est tout à fait centrale: Wittgenstein est en pointe là dessus et on pourrait s'efforcer, c'est le sens des démarches à la Popper de tenter d'appuyer une objectivité sur un intersubjectif possible. Nagel nie cette problématique. 

La conscience reste mystérieuse, et à l'écart de toute objectivation. Une forme particulièrement habile de la preuve du fait est que l'objectivité ne peut expliquer la conscience, car elle est compatible avec l'absence de celle ci... Mieux, Nagel affirme une démarcation: le domaine de l'objectif est incomplet. 

Revenons à la question de la cause: la conscience et l'état du cerveau, disjoints sont reliés bien sur, mais de manière non nécessaire: c'est l'argument de Kripke (il parle de contingence) et aussi celui de Descartes: le vrai dualisme sépare l'âme du corps, celle ci peut vivre sans lui... Et bien Nagel, lui, VEUT le nécessaire: il reste fonctionnaliste ! 

En fait Nagel refuse le dualisme de Chalmers. 

Mieux, il refuse l'explication par la théorie de l'évolution de la conscience elle même: cela signifierait que quelque chose d'aussi singulier serait "causé" par quelque chose (l'essai et le hasard) qui non seulement n'explique pas la vie elle même (et oui), mais n'a en fait strictement rien à voir...  

Toutes ces réflexions, ces qualia, ce "fossé explicatif" bref, est patent, un vrai objet. Est il "G" ? 

D'abord il ne se veut pas "surnaturel", même si il échappe à l'objectivité et à la formalisation connaissable. Cela n'empêche cependant rien, car son coté inconnaissable semble l'identifier et le mythe de l'intelligence artificielle plane au dessus des os. On observe plutôt une vision "en creux" de la chose, l'aspect extraordinairement malin des arguments jouant avec le négatif, y compris celui d'une connaissance "à venir".

Pourtant, à part des jeux de langage, on ne trouve rien de conceptuel là dedans... Que l'objectivité soit incomplète ne me trouble en rien: comment modéliser la musique sinon par une partition ? C'est le subjectif toujours disponible qui recréera l'indicible... Toujours ? Peut être pas. 

Ma sévérité sera donc extrême, et d'ailleurs le type parle de "sentiment religieux" par ailleurs, et sous la forme encore d'un jeu de langage: se sentir solidaire de l'univers comme un tout, soit de l'intérieur (l'humanisme, voire l'absurde), soit de l'extérieur (Nietzsche qui se voit dans l'évolution, généalogiste et inspiré). Heureusement qu'on parle de l'athéisme "dur", qui est bien sur isolé tristement dans sa sécheresse... 

  

(1) https://www.revue-klesis.org/pdf/Klesis-41-Nagel-07-Francois-Loth-L-objectif-et-le-subjectif.pdf

(2) https://www.francoisloth.com/lesprit-conscient-ou-la-faussete-du-materialisme-selon-david-chalmers/

(3) http://theopedie.com/1-Qu-est-ce-que-le-dualisme-de-propriete.html

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