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Duns Scot Docteur Subtil

 

Docteur Subtil

Le docteur Subtil est le philosophe objet de mes désirs. De mes interrogations aussi. Comment une pareille tête brulée a-t-il pu rester vivant pendant tous ces siècles, sans jamais être le responsable de l'officielle doctrine, sans être canonisé, sans être même vraiment connu? Le "docteur irréfragable" est vraiment un lion ! Protégé et vénéré par l'ordre des franciscains (on dit "ofm", pour ordre des frères mineurs, les dominicains étant "op", ordre des prêcheurs), il se vit donner vraiment raison sur le tard, en 1854 (instauration de l'immaculée conception) et en 1993 (Jean Paul II le fait bienheureux...) et n'a jamais cessé d'avoir l'admiration totale des plus pauvres, des plus naïfs, les "pauvres en esprit", les franciscains. C'est mon patron. 

Sa qualification de "subtil" est sans doute pour beaucoup dans ce statut hors norme de réprouvé toujours présent: il est inattrappable, toujours orthodoxe, et aussi toujours ailleurs. Un ni ni permanent, malaisé à comprendre et tout simplement génial.     

L'individuation

La question est l'individuation, question centrale s'il en est. Pour faire court, on est là au coeur de la dénonciation du "maudit Averroes" pour qui l'intellect est commun à tous les hommes. 

Au fait, Scot écrit après la grande condamnation : celle de l'évêque de Paris, Etienne Tempier, en 1277, contre les partisans d'Averroes, rue du Fouarre. Et d'ailleurs à ce sujet, la fameuse interdiction, selon Alan de Libera aurait joué le rôle d'un puissant stimulant, et dans deux directions. D'une part en créant l'Averroisme, jusque là mal défini, et ensuite en instaurant une nécessité d'innover qui fonde la modernité deux siècle avant la renaissance... 

Le salut étant individuel, le  bienheureux Scot se doit de prouver absolument l'individuation absolue,  l'ultima solitudo de l'homme. Il prend la question comme il se doit, du point de vue "ontologique". 

L'Haccéité (terme que Scot lul même ne mentionne pas, ce sont ses disciples) est la chose merveilleuse qui fait l'individu, l'essence singulière.

D'abord, il y a bien des solutions au problème de l'individuation: par la négation (l'apophatisme d'Henri de Gand), par l'existence, par la quantité, par la matière (Thomas d'Aquin), par les accidents (Avicenne).

Quand on dit par la matière, on pourrait dire par son union avec la forme, la composition des deux étant le candidat aristotélicien principal (l'hylémorphisme) à l'explication de l'individuation.

Aucune ne convient à Scot. Il n'y a que l'essence singulière. 

Un point intéressant: Dieu, singularité absolue n'a pas besoin de cette chose là, car infini en acte, c'est à dire infini, en ce qu'on ne peut rien lui ajouter. 

Bon, arrive la notion de distinction formelle, entre les formes (à la différence de celle entre les choses, on dira "a parte rei", du coté des choses). Il y a une distinction du troisième ordre entre formalités (réalités), et qui distingue, tout en restant formelle, la nature "commune" et l'"essence singulière" celle ci n'étant commune à rien car strictement individuelle. Cette distinction là la rend possible. On notera aussi la distinction entre une forme et son mode, (entre la blancheur et son intensité), l'essence singulière n'étant ni un mode, ni une nature et se distinguant du reste d'une manière spéciale.

Cette histoire de distinction "formelle" est un fondement scotiste. Entre distinction réelle (celle entre les choses) et la distinction logique (entre les idées) elle permet bien sur de penser la différence des individus dans la trinité. Elle est définie comme non adéquation d'une identité (ou adéquation avec non identité) telle que "ma raison ne la fait pas, mais la constate"...  

Il y a donc une plénitude frontale divine et 3 personnes qui ne s'en distinguent que "formellement". Dieu reste indivisible.

La chose s'applique aussi à un nombre infini de concepts. Ame et facultés de l'âme se distinguent de la sorte, par exemple, et les êtres humains et divins se ressemblent en cela... Et puis il y a la distinction entre vouloir et connaitre, elle aussi formelle et qui résoud tout. Scot est ainsi le champion de l'union conceptuelle des distincts formels. 

Le "a parte" se dit aussi pour ce qui concerne l'éternité dont on distingue "a parte ante" et "a parte post".

L'Ontologie

Scot décrit une ontologie: il explique ce qu'il y a et comme c'est. Plus qu'une vision du monde, une vision de ce qu'est le monde. 

Ainsi, entre la physique qui s'occupe des choses, la logique qui s'occupe des concepts, il y a la métaphysique qui s'occupe des natures. 

L'être (ens) est ainsi une nature commune à toutes les choses y compris à Dieu; mais absolument simple, il n'est pas un genre (cela voudrait dire qu'il a des espèces), il est  univoque et s'applique, de la même manière à Dieu et aux créatures. Pour Aristote, au contraire, l'être se dit "de multiples façons", les étants étant similaires par analogie uniquement. Pour Scot, il se dit de la même manière dans tous les cas, il est univoque.

Comme pour Avicenne, "l'être se dit en un seul sens de tout ce dont il se dit". Le concept d'être se prédique de tout, il renvoie toujours à la même réalité, et l'être est présent dans toutes les essences. 
Le concept d'être est le premier objet de l'intellect.

Dans ce cadre, Dieu est "ens infinitum", l'étant infini au sens de infini en acte (et pas en puissance) dépassant déjà toute grandeur concevable au lieu d'être infiniment extensible ce qui est une marque insultante d'imperfection.

Car Scot est un théologien, et se distingue des philosophes en ce qu'il décrit AUSSI l'intellect des hommes avant la chute, ou après le salut futur, la situation actuelle étant qualifiée de "pro statu isto".  

Scot appelle les les "passions de l'être", ses déterminations (fini/infini, crée/incrée, nécessaire/possible). L'être de ces transcendantaux n'est pas univoque, ils sont distincts mais formellement. 

Il distingue ainsi définition de Dieu (Dieu est Simple) et description (Dieu est composé d'essences formellement distinctes).

Il semble pourtant bien que pour Scot, la notion d'Etant est antérieure à celle de Dieu: il y a bien une métaphysique indépendante de Dieu, hors de l'onto-théologique à quoi s'en prend Heidegger.

Scot et Aquin

Thomas d'Aquin est le philosophe de l'Eglise Catholique, le "docteur angélique", le grand moyenâgeux. Et bien il faut savoir que Scot le contredit en pratiquement tout. Les différences sont innombrables.

Par exemple la relation entre la faute originelle et l'incarnation: pour Aquin, sans faute, pas d'incarnation, alors que Scot soutient le contraire: l'incarnation est le but de la création, et se trouve indépendante de la chute des anges et des hommes. 

Au sujet de  l'individuation par la matière, défendue par Aquin, elle implique que l'âme (ou du moins certaines de ses parties) après la mort n'a pas d'individualité ! 

Une autre est l'équivocité de l'être:  Aquin suit Aristote et Scot proclame que l'être est univoque: Dieu et l'homme sont identiques de ce point de vue.  En résumé il n'y a qu'un seul Etre, celui de Dieu et celui de la pierre.

Une autre encore est que Dieu pour Scot n'est pas un moteur (primum movens), mais un être premier (primum ens). Encore une critique d'Averroes. 

Encore une autre: la liberté (et la volonté) sont supérieure à la raison. La volonté impose la contingence et de ce point de vue Dieu et l'homme partagent volonté et liberté. L'argument, limpide, est qu'il ne peut y avoir de contingence du tout s'il y en avait pas à l'origine, or il y en a... 

Encore plus: les anges; pour ce qui concerne la matière (ici une forme d'être) Scot considère qu'il y en a dans toute création, à rebours d'Aquin. Par exemple, les anges pour Aquin, n'étant pas matériels, ne seraient pas individués (il soutient que les anges sont des espèces). Ils le sont pour Scot.

La matière par ailleurs est en acte (et non pas seulement en puissance pour Aquin). Scot, nie donc l'hylémorphisme: la matière est indépendante de la forme, elle est crée séparée, immédiatement par Dieu. C'est un argument, car Dieu ne peut créer des choses imparfaites.

Encore: pour Scot Dieu est d'abord Juste, puis ensuite Bon, de par sa volonté. Pour Aquin c'est l'inverse, la Bonté est prédominante. 

Encore: Scot pense possible la pluralité des mondes alors que pour Aquin il n'y a qu'un seul monde. 

Encore: le mariage pour Scot a d'abord pour rôle d'assurer la filiation puis de lutter contre la concupiscence. Mieux: cette question de la filiation prioritaire permet à Dieu de déroger (car il fait ce qu'il veut) à la règle de la monogamie et aussi de l'interdiction du divorce ! D'autre part, l'accouplement charnel, pas plus que le sommeil ne peut être rejeté comme une perte momentanée de la raison. Mieux, contrairement à Augustin, Scot affirme que le péché originel, propre à la nature humaine n'est pas transmis par l'engendrement copulatoire. 

La question du baptême des enfants juifs. Aquin était contre, au nom du droit naturel. Scot lui argumente pour, la seule chose en sa faveur étant de recommander aussi le baptême forcé des parents (minis et terroribus).  Il reste ainsi un défenseur de la liberté absolue du prince, intermédiaire hiérarchique entre Dieu et les hommes. 

Aquin et à sa suite les thomistes sont bien sur contre l'immaculée conception, promue et démontrée par Scot. 

A sa décharge, Scot refuse l'esclavage alors que Aquin l'accepte dans le droit des gens, pour Scot il est contraire au droit naturel. Note en passant: Scot est contre l'esclavage et aussi contre l'hylémorphisme, dont la forme est précisément celle de la marque sur le corps de l'esclave; belle cohérence.

La preuve de l'existence de Dieu, selon Scot elle ne peut se faire de manière inductive, au contraire d'Aquin.

Scot fait de la théologie une voie de connaissance particulière, fonction de la révélation et distincte de la philosophie, ce qui est le contraire de la thèse d'Aquin. 

De plus, la théorie de la vérité comme illumination par Dieu est refusée par Scot: la vérité de Dieu lui même ne pourrait pas être obtenue de cette façon, donc...  

Au passage le débat entre Avicenne et Averroes. Alors que tout le monde s'accorde pour hiérarchiser les sciences (physique, métaphysique,théologie), Averroes prouve Dieu dans la physique et en fait un moteur, ce que rejettent évidemment Avicenne et Scot. Ainsi, une science ne peut étudier une réalité et sa cause, et la science de l'être se doit de démontrer Dieu et donc de le localiser dans la théologie. 

Pour Aquin et Aristote, "liber est causa sui". Cela est rejeté par Scot, rien ne peut causer l'acte volontaire. Les deux s'opposent ainsi sur intellect et volonté, la plus grande noblesse étant attribuée à l'un par Aquin, à l'autre (la volonté) par Scot. 

Le droit naturel est celui d'avant la chute, quand les biens étaient d'usage commun. Après la chute, il faut un contrat social et le droit de propriété. On a ainsi la volonté du juge et aussi l'adaptation aux cas particuliers, c'est l'éthique franciscaine. 

Il y a ainsi historiquement un conflit séculaire dans l'Eglise entre Aquin et Scot, le vainqueur historique étant Aquin, et cela fut rappelé récemment (1879), ce jusqu'à la pseudo béatification tardive de Scot (1993) et malgré l'immaculée conception de 1854. Les "thomistes" en charge du dogme ont dominé jusqu'à maintenant dans l'Eglise. 

Comme tous les franciscains (Olivi, Bonaventure) Scot est conventionaliste pour les sacrements et pour la puissance royale, et la volonté absolue des souverains, Dieu, l'homme, le prince prime comme convention. On a donc simultanément, et pour ces raisons, absolutisme et droit individuel subjectif.

La nature commune

On a dit que Scot fit la synthèse Augustin/Avicenne, mais aussi que c'était plutôt Henri de Gand, le conseiller de Tempier en 1277. Par contre, Scot reprend la notion d'essence d'Avicenne: equinitas est tantum equinitas.

Par contre, Scot en fait une réalité: la fameuse "nature commune", différente formellement de l'essence singulière, qui décrit aussi la nature divine trinitaire des 3 hypostases unies dans une seule singularité ! 

Cela donne ainsi une solution originale au problème des universaux, Scot étant un réaliste de l'essence commune et un conceptualiste des universaux, ceux-ci restant dans l'intellect. 

En gros: la nature commune est individuable et non prédicable tandis que l'universel est non individuable et prédicable. Entre la chose et le concept, la nature, l'essence antérieure à l'existence. 

Les autres: ce qu'on en a dit

Les ennemis scolastiques de Descartes, c'est Scot. Il prétendait qu'il y a des vérités éternelles indépendantes de Dieu, alors que Descartes attribuait la vérité des mathématiques à Dieu! 

Au fait, Heidegger fit sa thèse CONTRE lui, en fait contre un écrit a lui faussement attribué: il n'empêche, il dénonce Scot comme le créateur même de la fameuse onto-théologie. Les aquinates (sans parler des post aquinates) trop contents, soumis à l'injonction de H. l'en chargent donc. Le point est la distinction essence/existence, rejetée par Avicenne et Scot (pour eux l'essence précède l'existence, bien sur) et assumée par tous ceux avant, ce qui innocenterait les grecs de la fausse (et infâme) accusation de H. 

En réalité, l'histoire romancée de la métaphysique fait par H. est largement caduque... 

Simondon avec sa pré-individualité très "nature commune" est clairement un scotiste anti hylémorphiste. Il va même jusqu'à individuer les objets techniques.

Pour finir, Scot est sans doute le plus extraordinaire philosophe qui soit. Célébré par Harendt, par exemple, il est sans doute un inventeur de la Liberté, la plus belle chose qui soit au monde, partagée par Dieu et les hommes, et c'est un théologien qui nous le dit !

La preuve de l'Existence de Dieu

On reste dans le moyen âgeux, là (en fait non). Disons, qu'il faut une cause première pour mettre fin à l'enchainement illimité des causes. A partir de là, cette cause première est aussi fin dernière car comme la fin précède la cause, et que la fin est causée, il y a identité entre les deux, bien joué. On notera toutefois l'abstraction de la chose, la question des causes étant abstraite et non pas réelle, il n'y a pas de moteur là dedans. C'est pour cela que la thèse est en fait l'une des premières grandes ruptures: Dieu n'est PLUS cosmologique, mais formel. Copernic commence à spéculer à partir des scolastiques !

Pour finir

Il passa son baccalauréat en 1304 à Paris. La légende dit qu'il aurait été enterré vivant à Cologne en 1308.

Le 8 décembre 1304, il y eut le "tournoi" en Sorbonne où il convainquit tout le monde de l'immaculée conception, preuves indubitables à l'appui dont le magnifique argument que comme le christ serait venu même sans le péché, il ne pouvait éviter d'assurer spécialement la rédemption à sa propre mère, qui plus est "préventivement". Mais il y a aussi le fameux: "Dieu pouvait préserver sa Mère du péché de la race, il convenait qu'il le fît et il l'a fait" (Deus potuit, hoc decuit, autem fecit). Il étend d'ailleurs la chose à tous les justes du passé, ce qui est une partie de la preuve, Dieu n'ayant pu faire moins pour la vierge que pour les saints bibliques. 

Cette journée a été déclarée fête chômée. Ce fut le jour d'un miracle à la sainte chapelle, une statue de la Vierge baissa la tête en signe d'approbation devant Duns Scot qui passait... La Statue abimée pendant la révolution serait la "notre dame du salut" de la rue François 1er (au 10, chez des assomptionnistes) ou bien suivant mon enquête, au musée de Cluny. Une réplique en fut faite à la Chapelle. 

On évoquera aussi les arguments magnifiques de la notion de grâce "préventive" supérieure en qualité à la grâce "curative", ce qui résout le problème de la rédemption universelle dont aurait été privée une vierge immaculée selon les maculistes. Marie est donc "pleine de grâce" (et au combien donc, disons "pleinement gratifiée") et se trouve donc la première sauvée! Une nouvelle Eve, témoin de l'innocence originelle, ce qui justifie et explique la dévotion à son endroit. 

Et puis l'argument d'un Christ fils bien aimé projet de Dieu indépendant du péché de l'homme, et humain lui même: sa mère fait partie de la prédestination et il était tout à fait exclu à l'avance, ça c'est génial, de la faire pécheresse non mais dis donc. 

Saint Bernard, le docteur marial était absolument maculiste, et ce sont les anglais qui à Oxford s'étaient mis à immaculer. On citera Robert Grossetête, l'anglais bien connu. 

Le premier pape Franciscain, Sixte IV (il y eut aussi un Sixte Quint), constructeur de la chapelle sixtine, consacrée à l'immaculée conception, l'imposa bien sur. 

Un point intéressant est que Jean de Gerson fut immaculiste. Il fut l'un des auteurs supposés de l'imitation de Jésus Christ, à l'origine de la "Devotio moderna" origine de l'individualisation de la foi, et donc des grandes évolutions modernistes; on pourrait y compter in fine, (Duns Scot appréciera) la sortie de la religion, grande libération de la bigoterie. On fera la remarque que ce coin enfoncé dans la malédiction du péché, qui plus est associé à la libération de l'acte sexuel est en fait un grand progrès occidental. Et puis Duns Scot l'affirma, pas plus que le sommeil, l'acte sexuel n'est une raison particulière de pécher. 

Bref, ce type est le théologien anarchiste le plus déconnant et le plus libérateur qui soit. Vive les franciscains ! 

 

La Volonté (add.)

La question de la volonté chez Scot. D'abord Aristote:  La volonté est désir rationalisé, telle est la conception de la volonté d'avant la modernité, celle qu'inaugure Duns Scot et aussi Pierre de Jean Olivi (d'après Merleau Ponty) Voir (4).

Revenons à Aristote: il y a la puissance et l'acte, et rien n'est mû sans moteur, le passage de la puissance à l'acte supposant un être déjà en acte. Scot, comme Henri de Gand font une exception à cela: la volonté. Cependant, la volonté de Scot reste volonté de quelque chose, ce qui la différencie de celle de Gand. La Volonté est libre et aussi Désir (l'"appetitus rationalis" d'Aquin), telle est la subtilité et la complexité du problème, qui est celui de l'Amour et aussi de la Liberté, y a de quoi faire. On posera donc in fine, que l'essence de l'homme est précisément la liberté.  

D'abord la liberté a deux aspects: ce qui n'est nécessaire ou naturel d'une part, et d'autre part ce qui justifie la responsabilité morale de l'homme. On a d'une part la possible considération simultanée des contraires, d'autre part la puissance d'agir libérée du désir, et donc globalement la volonté. Les deux points sont magnifiques et exhaltent et pensent la liberté dans ce qu'elle a de plus puissant: le choix du pour et du contre sans préférences d'une part et l'indépendance vis à vis de tous les atavismes et instincts de l'autre. Voilà qui balaye d'un seul coup les deux plaies de la modernité mal comprise: les scientismes sociologiques et biologiques, hontes du XXème siècle ! 

Cette Volonté est  supérieure au connaitre, cela est absolument affirmé et même essentiel: une volonté soumise à l'intellect détruirait son autonomie absolue, ce qui serait inacceptable; tout en reconnaissant honnêtement, et cela en est la preuve, que pour vouloir il faut savoir: préparant l'acte volontaire, l'acte de connaitre lui est inférieur et subordonné mais en reste la cause partielle d'une part tandis que d'autre part la volonté ne doit pas influer sur l'intellect. Là encore la séparation et la distinction des contraires manipulés par toutes les démagogies est magnifique, fondatrice et libératrice. Duns EST le penseur de la liberté. 

Cette idée là de la liberté est évidemment à l'exact opposé de la conception luthérienne ou augusto-janséniste de la prédestination, celle que dénonçait Nietzsche et que l'on identifie au christianisme. La liberté et la volonté de Scot est très supérieure à celle du demi cinglé. 

On est très au delà de la volonté comme simple "appétit raisonnable libre". Faisons remarquer au passage, et Scot ne se prive pas de le dire que Dieu comme cause première n'agit pas par la nature (comme le répètent les philosophes grecs et arabes, prenez ça,  Aristote et Averroes) mais bien par la volonté, et telle que décrite.  

Mais il y a plus, et là on part dans le mystique, ce qui est légitime pour un franciscain, même le plus intelligent et le plus formaliste des hommes. 

D'abord volonté humaine et divine sont semblables. Porteur de l'affirmation de la fin divinisée de l'homme, c'est le vrai sens de la rédemption au delà du péché, et du vrai christianisme, Scot identifie donc et sa théorie de l'univocité s'y applique bien sur, êtres humain et divin avec d'abord leur faculté principale, la Liberté.

On continue: comme est meilleur ou plus pur, ce dont la corruption est pire ou davantage impure, la volonté domine l'intelligence et seule la volonté pêche, et pas l'intelligence. Bref arrêt sur ce qui justifie l'abolition de toute censure et la liberté totale de toutes les expressions et compréhension. Mieux, la volonté jouit de la chose en soi, alors que la connaissance n'a que l'objet. On peut alors passer à l'amour et il y en a deux. Celui de Dieu et celui de soi, celui qu'on chercher à compléter par le manque que représente les autres qui nous attirent. "Affectio commodis" ou "Affectio justiciae", celui pour les choses en elle mêmes, celui de Dieu... 

 

Mais c'est aussi de plus, le sens de la béatitude future qui est la fin ultime de l'humanité, le passage de l'"homo viator" dans l'état "in patria": elle sera le fait de la volonté, la faculté supérieure, unie à toutes les autres. Individualité, Liberté, et Amour  on a la totale de ce que l'occident représente et ne finira jamais de représenter, ah la belle théologie, ah la belle philosophie. 

 

P.S. Contrairement à ce qu'affirme François Loiret, le remède à la concupiscence est une fin seconde du mariage catholique dans le canon de 1917. Scot était en fait en accord avec Aquin sur cette question, sa position sur l'aspect contractuel du mariage étant simplement plus affirmée que celle d'Aquin.  

P.S. Une biographie enthousiaste de Scot: 

(1) http://www.biblisem.net/etudes/sainscot.htm#_ednref79 

(2) Un malicieux franciscain nous explique l'immaculée conception 

https://www.youtube.com/watch?v=oJrLHT2clZE

(3) La liberté pour Scot https://www.cairn.info/revue-le-philosophoire-2002-1-page-195.html#re1no1

(4) https://www.cairn.info/revue-le-philosophoire-2002-3-page-11.htm

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