Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Les ombres errantes

clavecinTaskin.jpg

Le clavecin peut avoir des sons variés, cela dépend de l'instrument, de la restitution et de la prise de son. 

Bref, cela donne à l'oreille des résultats changeants, sans parler de l'humeur et du temps qu'il fait et du rodage de son dac, et du reste. 

Et puis il y a les oeuvres et la manière dont on les joue. 

Le clavecin fut joué au XVIIIème siècle et abandonné à la révolution, il est d'abord français en tout cas, et quand on le joue, et bien ce sont des français qu'on joue (1). Ca change des allemands, suivez mon regard. 

Le son est bizarrement composite, avec ce bruissement permanent, volontairement accentué, qui donne aux basses continues de clavecin cette impression métallique de froissement d'aluminium. 

Mais, et c'est là toute l'affaire, il y a bien d'autres choses. Il est d'ailleurs assez fascinant que CES sons soient aussi variés, et on finit par comprendre à force, l'incroyable fascination qu'ils peuvent susciter chez les musiciens et aussi chez les "écouteurs" (on n'utilisera pas le "écoutant" trop langue de bois, et on devrait dire "auditeur"). 

D'abord la basse du clavecin est émouvante, toujours trop rare, elle surprend, un grésillement mais avec la profondeur. Ensuite, l'alternance entre l'aigu et le médium, souvent joués en même temps, ce qui donne au son une impression de "savoir" quelque chose. Quelque chose d'intelligent émerge du truc, on ne sait pas trop quoi, une allusion. Ce doit être le coté précieux de la chose, le coté "salon". 

Joué à la française, le clavecin a des caractères particuliers, et cet impalpable alternance entre notes isolées et ce bruissement rapide incroyablement rapide et charmant fait tout l'art du truc. Un oiseau avec un battement d'ailes tellement rapide qu'il en est invisible. Plus un bruit de harpe, qui monte et descend, bref de la rêverie... Car on ne sait pas très bien ou en est, on a la corde pincée ou frappée et cela si rapidement, on s'y perd. 

Et puis on comprend que cet instrument, totalement magique est tout sauf standardisé: c'est forcément l'une de ces instances d'une caisse à savon en bois de rose bricolé dont le son issu du bricolage peut être presque n'importe quoi, dans les limite du genre néanmoins, mais avec de telles différences qu'on peut en passer du rêve délicieux à l'exaspération. A l'époque, il n'avaient que cela. En fait non, bien sur, il y a avait les luths et autres violes dont on pourrait parler, mais le clavecin c'est autre chose: il a un CLAVIER !!! 

N'étant pas musicien,  je ne peux juger vraiment, mais j'imagine que tous les autres instruments (sans clavier) ne sont que des variantes du sifflement, quand le corps  ne fait qu'un avec un "instrument" , une sorte d'os supplémentaire que l'on gratte avec science pour en faire quelque chose. Le clavier digitalise la musique et rend le son musical exact, et manifeste. Là on part chez Bach, mais avant, juste avant, il y a le clavecin, qui ne se joue pas, qui se "touche"... C'est ce qui explique son caractère unique, avant le passage au piano.

 

Prenons les "ombres errantes". Merveilleuse rêverie chez Tharaud, dont le piano capte toute la subtilité et toute la progression, apparait assez différent au clavecin (tu parles). Dragosits le joue sur un instrument vermoulu (un Taksin des années 80, devinez lesquelles) , et parait il en profite pour accentuer le coté sinistre du va et vient étrange. Le bruit de bois frotté derrière est extraordinaire: l'outre tombe est bien là. 

Les ombres doivent être "languissantes". 

Une entrée, puis une phase d'hésitation qui se termine par le thème, affirmé gravement, on conclut mais sous la forme d'une recommencement, c'est ça le balancement, encore une conclusion et ça repart tout doucement, puis une longue fin. La chose recommence mais cette fois affirmativement, avec une remise en rythme, puis un silence, à nouveau. Et ca repart encore, avec une conclusion, non encore ! Fausse conclusion à nouveau, elles sont deux les ombres en fait... La deuxième fatiguée, termine vraiment. 

 

Prenons la passacaille d'Armide (ah le beau nom!) ornementation extraordinaire, moi qui déteste le Lully d'orchestre, est un régal à étages, tout simplement merveilleuse. 

Pancrace Royer est aussi fumant avec sa "sensible", presque moderne et pourtant délicieusement clavecinesque. Un point est qu'il accepte les silences, ce qui rend l'écoute possible, j'avoue que c'est ce qu'il me faut. La répétition de la phrase, avec le grave est tout simplement délicieuse. Elle conclut...  

(1) Le clavecin mythologique Anne Marie Dragosits https://www.qobuz.com/fr-fr/album/le-clavecin-mythologique-anne-marie-dragosits/ss03ox8qiupya

(2) https://www.qobuz.com/fr-fr/album/francois-couperin-tic-toc-choc-alexandre-tharaud-piano/0794881834426

Les commentaires sont fermés.