Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • XGenstein

    Il nous faut parler de l'illustre viennois mort en 1951, qui fascina et continue de fasciner pour des raisons mystérieuses. On le pensait pré Gödel, et il devient l'égal de Derrida, de Foucault avec ses histoires de sujet, de vie intérieure et de paradoxe sceptique. On commence par là: comme il est obscur, on ne comprends pas toujours ce qu'il dit, et comme en plus ce dont on ne peut parler, il faut le taire, cela n'arrange rien et on l'interprète de manière variée. 

    "Wovon man nicht sprechen kann, darüber muß man schweigen"

     

    wittgenstein.jpg

     

    Fascinant non? Un "ta gueule" philosophique en quelque sorte. D'après une lettre adressée à Russel, W. décrit lui même son problème philosophique essentiel comme la distinction entre ce qui est dicible (pensable) et seulement montrable (ou à taire). Un projet Kantien de limite, estimable, tout de même.

    Bon, d'abord les deux philosophies supposées différentes du maitre du Tractatus ultra logique jusqu'aux recherches philosophiques et ses "jeux de langage" sont en fait plus proches qu'on ne le croyait. En gros, au milieu de fulgurances, on dit que le sujet est limité par le langage et ne peut que décrire des "faits", des "états de choses". Le concept est bien d'origine W. et bien sur repris par David Armstrong: il n'existe que des individus, ses propriétés et les relations. Une image très informatique des choses... 

    Cette histoire d'"état de choses" est une garantie d'intelligibilité: l'état des choses c'est plus qu'une chose, et le réel c'est plus que les choses. 

    Quand aux jeux de langages, ils sont régis par les règles, les fameuses règles du jeu de W.: la signification c'est suivre la règle, l'usage, intermédiaire entre les humains. 

    Le point important est que cette "expression", ce qui ne peut que se faire montrer, ne peut être dit. Il existe pourtant et c'est un amateur de musique qui vous le dit. W. utilise le mot "mystiche". C'est dit.

    Kripkenstein

    Kripke interprète de W. en fait le plus vicieux des sceptiques avec le fameux paradoxe des règles mal fagottées qui régissent les jeux de langage: comment savoir si cette règle là est suivie plutôt qu'une règle similaire complétée à l'infini par un comportement quelconque imprévisible ? La notion même de signification, attachée à l'interprétation de la règle s'en trouve fragilisée, voire détruite. Bonjour le relativisme total !

    Bien sur c'est cette notion LA de la signification qui morfle, et on peut continuer le chemin. Il est celui d'un caractère proprement humain du langage, son caractère naturel, identifié au monde.

    C'est (ce serait) la solution au problème de l'adéquation: un naturalisme, un platonisme naturaliste...

    On se veut donc anti scientiste: parti de l'analytique pur et dur, Viennois, W. part ensuite dans l'humain pur débarrassé du sujet, en fait en remettant en cause les manières classiques de l'établir, et dieu sait s'il est contre tout dualisme et contre tous les Descartes; il veut, comme tout le monde, en faire finalement un sur homme mystique, au delà des conventions, et dieu sait s'il n'était pas conventionnel... 

    Psychanalyse

    Il faut rappeler que W. était violemment opposé à la psychanalyse, ("du sexe ordurier"). Pour toutes les bonnes raisons, l'inconscient est un concept non scientifique, que l'intériorité est inconnaissable et le thérapeute peut faire ce qu'il veut. On rappellera aussi que le sujet Freudien, celui de l'inconscient, doit être accepté pour que la cure fasse effet: de quoi éloigner, en effet... 

    Passeron

    Dans un traité vicelard(1), Passeron, vous savez le pote de Bourdieu, voulut à partir de W., établir la non réfutabilité de la sociologie. Un moyen d'être tranquille, ou mieux, de l'écarter pour toujours du savoir. L'important est que les discours du social ne s'expriment pas dans le même espace que celui de la logique... 

    Girard contre W.

    On sait que Girard (Jean Yves) dénonce avec les analytiques en général et W. en particulier le fantôme de la "transparence", c'est à dire de la capacité à tout dire dans le langage et dans la logique, voire de la volonté d'identifier logique et langage, projet Wichgnaggnagien s'il en est. Comme d'habitude, le vilain Girard fait peut être un contre sens, et cela serait à voir, le fait est que W. n'est pas tout à fait un analyticien bêbête... 

    Cette haine contre W., c'est aussi bien sur celle de Deleuze (pour qui W. est un assassin de la philosophie). Mai 68 fait bloc... Au passage, pour Deleuze, la philosophie a pour rôle de créer des concepts, vous savez ces choses incompréhensibles de quiconque sauf de leur auteur, le chevelu dominant. W. lui est bien sur l'ennemi de la métaphysique de l'esbrouffe et dénonce explicitement la métaphysique du jeu de mot. H. le considérait comme on antagoniste exact. Un titre de gloire.

    Bouveresse, grand witegchien, parle du litérarisme (par opposé au scientisme) pour désigner ce mépris affiché et consitutif de la précision des concepts pour ces grands poètes que sont les philosophes branchés d'avant les nouveaux philosophes. 

    Au passage, il faut tout de même créditer W. de l'invention des tables de vérités, et d'avoir combattu Russel. 

    Et puis, il y a la célèbre phrase, qui devrait plaire à Girard: "la signification c'est l'usage". 

    Popper et Stein

    On fera ses délices de (5): le tisonnier brandi par Stein critiqué par une loi morale énoncée par Popper est un régal.

    On y décrit un Popper rejeté par (et non pas opposé au) Viener Kreis, mais tout cela n'est que du montanisme autrichien. Popper n'est PAS positiviste, pas plus que Stein, d'ailleurs.  

    On notera la position de Popper au sujet de la signification. Cible aussi de Girard, Popper est pourtant celui qui attribue la signification, non aux objets "vérifiant" l'énoncé, mais à la classe de ses falsificateurs possibles. Ce n'est pas la même chose. Popper est encore plus contre l'empirisme logique que Stein lui même ! 

     

     W. Contre Russel et Frege annonce Gentzen

    D'abord W. est logiquement (sur la logique) parfaitement opposé à la notion d'axiomatiser la logique sur la base d'une conception de la vérité. Il introduit philosophiquement (pas mathématiquement, c'est trop tôt) à la modernité de la logique, celle introduite par Genzen le nazi et toujours en vigueur: la formalisation de la déduction sous hypothèses, la présence de PLUSIEURS logiques étant la preuve (héhé) de la libération de la logique de cette "science de la vérité" qui n'a plus de sens. 

    Cette histoire de déduction est extrêmement importante, elle est en gros la notation avec la barre horizontale, qui formalise le raisonnement comme relation entre des théorèmes. La déduction "naturelle", bref tout ce qu'on a dit au sujet de Genzen le nazi. 

    Frege, puis Russel qui lui restait attaché tout en le combattant en étaient restés à un axiomatisation de la logique, depuis battue en brèche et ringardisée. La logique est devenue structurale (peut on dire ça?).  En fait et pour le dire crument, la logique de Freger était science de la vérité, celle de W. et de Gentzen, celle de l'inférence. (4)

    W. s'y oppose et malgré toute l'amitié de Russel, en reste très différent. Il s'oppose en tout cas explicitement à lui sur cette question de l'inférence (voir 4). Il n'y a pas de vérité qui se déduisent entre elles, il y a des règles d'inférence, qui contiennent toute la signification des choses. W. est bien un génie précurseur. 

     

    Pour reprendre les choses depuis le début, Frege publie en 1879 une incompréhensible formalisation de la logique et invente calculs des prédicats et des propositions. En 1900, Russel qui lui l'a lu, réinvente tout cela, mais reconnait son précurseur, se lie à lui et partage le grand programme mathématique du début du siècle: le logicisme. Au passage, il lui écrit, désespéré, en 1902 la ruine qu'entraine la notion des classes qui se contiennent elle même. 

    Car il y a le rejet de l'identité. D'abord c'est le "diable en personne" (lettre à Russel en 1913). Pour lui, il s'agit d'une relation entre signes et non pas entre choses. Ce rejet il le manifeste toute sa vie... 

    Echec du logicisme

    On rappellera de toute façons que le programme logiciste fut un échec, et que les mathématiques ne s'expriment PAS dans la logique. En fait, le système des types des Principia ne marche pas bien, et la belle théorie des ensembles de Zemerlo et de Franckel décrit elle convenablement les ensembles à la fois sans s'interdire les ensembles dotés de sens trouvés par Cantor et aussi sans avoir les paradoxes mortels. Disons qu'en gros, il y a un shéma d'axiomes dit "de remplacement", qui permet de déduire un ensemble d'un ensemble existant et d'une relation fonctionnelle. On peut alors obtenir tous les ordinaux utiles, un ordinal (transfini, c'est à dire non fini) étant un nombre obtenu en incrémentant un infini. Il y a aussi un axiome d'infini, dont on ne voit pas le caractère "logique": le rêve de Frege et Russel a vécu.

    La logique et le métalangage

    Bon en gros, et contrairement à Russel et au Viener Kreis, dont il se sépare radicalement, la logique est transcendantale, condition de possibilité, elle est ce qui est commun aux représentations et aux faits du monde, mais ne peut pas être décrite elle même, d'où la nécessité du silence: elle n'est pas une image du monde et ne peut être décrite.  Il n'y a pas de métalangage.

    Cette histoire de "logique transcendantale" est bien sur hautement hilarante et à propos: c'est l'expression de Girard, qui propose une "syntaxe transcendantale" pour fonder une approche existentielle des fondements de la logique, on va en reparler. Girard dénonce, conspue conchie et ridiculise tout le positivisme logique, et justement, on peut dire que W. n'en était pas, tout à fait. 

    Quine et Stein

    Opposés au mentalisme et à l'intériorité signifiante, Quine et Stein situent la signification hors du mental, W. dans l'usage, dans les règles, Quine dans le comportement, dans l'interaction naturelle. Quine est un naturaliste, un behaviouriste.

    Il se révèle donc assez différent de W. et sur trois plans, carrément non négligeables. D'abord Quine ne donne la signification qu'au tout, c'est un holiste, alors que W. est moléculariste, voire atomiste à ses débuts, comme Frege. Ensuite, W. est analytique en tout, alors que Quine nie l'analytique complètement. Pour finir, W. voit la logique comme fondamentale et constitutive du monde, alors que Quine ne la conçoit pratiquement que conventionnelle.

    Excusez du peu.  

    L'art 

    Contrairement à ce qu'on pourrait croire, Stein n'est pas un mystique de l'art, et ce qu'on ne peut exprimer n'en est pas... Il était mélomane par contre. Mieux il semblerait bien que pour lui la chose qu'on ne peut que montrer ce soit bien ce que véhicule la musique (6). Et c'est bien l'"expression" qui est le coeur de l'esthétique. 

     

    Divers

    Faut il ajouter que Paul Wittgenstein frère ainé de Ludwig fut l'amputé du bras gauche du concerto de Ravel éponyme. Philosophiquement il est piquant que Ravel, vexé des arrangements outrageant à l'initiative du cul de jatte du bras, quitta Vienne précipitamment.

    Au sujet de la famille du petit Ludwig, il faut savoir qu'elle fut celle du père, le maitre des forges austro hongrois, bien sur immensément riche. Après avoir commencé par étudier un moteur à réaction, bifurqué sur les maths, puis écrit le T. sur la Vistule en guerre, W. donna sa part d'héritage, se fit jardinier, instituteur, mais navré par la bêtise des culs terreux autrichiens, revient passer sa thèse à Cambridge en 29 avec le tractatus comme mémoire, devant Russel.

    Il construisit pour sa soeur une hideuse maison moderne, aujourd'hui utilisée par l'ambassade bulgare... 

    maisonwittgentstein.jpeg

    Il fit même des recherches expérimentales sur la perception musicale, tiens, tiens...  

    Pour en rajouter dans le grotesque encyclopédique, il faut savoir que la division Girard, à la Bérézina, contint Wittgenstein, ce qui permit à l'armée de passer. 

    (1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Raisonnement_sociologique 

    (2) http://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_1973_num_71_12_5762 : La théorie des descriptions de Russel

    (3) http://journals.openedition.org/philosophique/244 stein et l'art

    (4) https://www.cairn.info/revue-archives-de-philosophie-2001-3-page-545.htm#re3no3

    (5) https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00281124/document

    (6) https://archipel.uqam.ca/2399/1/M11097.pdf

  • Les grammaires

    La question de la grammaire me revient après qu'avoir tenté de formaliser la langue naturelle, je tombe sur la description alternative (l'alternatif a ceci de plaisant qu'il décrit souvent de manière intéressante son alternatif à lui) dite structurale, de la syntaxe(1)(2). Ceci à propos de (3), sur le "sujet".

    Cela correspond et permet de classifier, l'analyse stemmatique des phrases consistant à en construire les stemmas, les diagrammes à branches, des arbres quoi. Elle est réalisée sous cette forme par Lucien Tesnière, un révolté contemporain de la linguistique, un transfuge, un disruptif. 

    Tout d'abord, les bases et on oublie avec le temps, en plus j'avais toujours considéré que la grammaire c'était chiant. Mais l'enjeu n'est pas là (...): la stemmatique ne donne pas prédominance au sujet dans l'assertion, et c'est là que c'est pratique pour les déconstructeurs. Subordonné au verbe, le sujet n'a qu'une place structurale, et il faut désintoxiquer la grammaire de la présence. Alfred et Bernard sont reliés à la frappe. Qui frappe? 

    Cette prédominance du sujet dans la prédication est la marque de la grammaire dite de "Port Royal". La voilà foutue en l'air, quel dommage que Nadia Vallaud Belkacem ne soit plus ministre. Le sujet n'est que "le complément actanciel" du verbe... 

    Revenons à la grammaire. 

    Les types de mots

    Il y a deux sortes de mots, les vides et les pleins.

    Les vides ne sont que des liaisons décoratives ou désambiguatives.

    Les "pleins" porteurs de sens sont de 4 types: verbes d'une part et les autres dont les substantifs, les adjectifs et les adverbes. Similaire à un adjectif, mais pour les verbes, l'adverbe est en fait super compliqué et contient toutes les complexités du monde. Il peut en fait modifier aussi un adjectif ou même un autre adverbe. Il peut concerner le temps, le lieu, la manière. Bref, il modifie ce qui modifie. 

    Le gérondif

    Au passage, "en même temps", on parlera du "gérondif" forme vicieuse à la fois verbe et adverbe qui convoie pour modifier un sens, l'expression d'une action: "en partant". 

    Les catégories

    On listera les catégories, "substantif" (l'actant), l'"adjectif" (épithète), l'"adverbe" (circonstant). 

    Les conjonctions de coordination

    mais, ou, et, donc, or, ni , car  

    Ni plus ni moins: et bien je l'avais oublié. 

    Il y a pourtant aussi: enfin, pourtant, ainsi. 

    Les conjonctions de subordination 

    que, quand, comme, quoique, alors que

    Elles introduisent un plus qui se trouve subordonné, d'où leur nom. Bon. 

     

    Lucien Tesnière

    On en vient à notre linguiste structural. D'abord il cherche à s'affranchir de la prédication, et se consacrer à la structure uniquement. Cela a du mérite: dévouée à l'informatique et aux assertions, ma méthode à moi était purement logique. Pour comprendre, il faut saisir une intention logique et l'assertion, le dire de ce qui est, me paraissait être la forme élémentaire du discours... S'en affranchir explicitement est donc méritoire, et a sans doute pour objet de couvrir la totalité des expressions possibles, il n'y a pas que la logique dans la vie...

    Tesnière semble se situer dans la syntaxe "pure", en parallèle de la grammaire traditionnelle, celle qu'on détesta devoir apprendre. 

    Voyons voir. Il n'y aurait que 3 formes de structure:

    a) La connexion ou subordination. Bref, la forme typique de l'"assertion"? Non! Le régissant est structural, pas sémantique et le "petit ruisseau" est régit par le ruisseau, même si c'est petit qu'on veut dire. On y est quand même, et la forme linguistique principale est bien là. 

    b) La translation. Là on a plus subtil mais nécessaire, les formes linguistiques s'enchâssent et on doit pouvoir considérer qu'une phrase se trouve être utilisée comme subordonnée d'une autre phrase. "J'espère que Jean viendra". La translation fait changer de catégorie: "le livre d'Alfred". 

    Le gérondif est bien sur une translation. 

    c) La jonction. IL s'agit de juxtaposer ou de coordonner, la conjonction de coordination étant ici la reine. On a ici toutes les formes de mise au points, quand à soi et atténuations possibles d'une affirmation ou d'une description, enchassées ou non. 

     

    Conclusion

    On a donc un doigt dans les tentatives de formalisation, l'intérêt de tout cela étant bien sur de classer le langage naturel, ce qui sera et se trouve être déjà ce qu'on veut faire pour communiquer entre nous, les ordinateurs. 

     

    (1) http://www.home.uni-osnabrueck.de/bschwisc/archives/tesniere.pdf 

    (2) http://www.home.uni-osnabrueck.de/bschwisc/archives/stemma.pdf

    (3) https://www.nonfiction.fr/article-9233-le-sujet-faux-probleme-ou-question-mal-posee.htm

  • Les dynasties chinoises

    On commence, juste après la fameuse période des royaumes combattants de 475  à 221 BC, avec les QIN qui se termine par une révolte en 206 BC.

    On a alors les HAN, jusqu'à 220 AC.

    Nom du peuple chinois lui même, l'époque des HAN est celle du Taoïsme, et du bouddhisme, l'âge d'or de la Chine impériale.

    Après des désordres de 220 à 280, réunification sous les JIN jusqu'en 420, avec des complexités. 

    C'est alors les SUI de 580 à 620 

    puis les TANG de 620 à 900. C'est l'époque de l'imprimerie ! 

    Jusqu'en 980, fractionnements multiples (jusqu'à 10 royaumes!)

    De 980 à 1280,  les SONG: les billets de banque et la poudre à canon. 

    En 1115 des Jurchens (des sortes de mongols) forment la dynastie JIN.

    1270 - 1370 Les YUAN: les mongols. C'est l'empire fondé par Koubilaï Khan. 

    1370-1645 Les MING: c'est la restauration HAN.

    1645-1912 Les QING, des mandchous, puis c'est le dernier empereur...  

     

     

     

     

     

  • Le Mal

    La question du mal, avant que nous ne lancions dans des invocations variées à Lucifer, doit d'abord avoir lieu à propos de la gnose, première idéologie moderne à considérer un Dieu vraiment double, un créateur mauvais responsable de toutes les imperfections du monde, et un Dieu inconnu origine d'une lumière dont nous possédons des fragments, malgré tout... 

    Car cette histoire d'ange déchu et de serpent, qui génère ces histoires de responsabilité individuelle, de péché personnalisé avec ses variantes pour enfants, pour femmes et pour vieillards sont très en deçà de ce qu'on attend du vrai mal, le gras, le gros, avec ses destructions aveugles et sa totale insensibilité aux destins individuels: le vrai mal s'abat sur tout le monde, et c'est bien de cela qu'il faut discuter. 

    Le modèle du mal que produisent les gnoses sont bien sur les plus convaincantes (et les plus fascinantes). Elles furent décrites par Hans Jonas en 1928 d'une manière particulière, un peu dans mon genre: il s'agissait de trouver l'"esprit" ou l'"idée" de la gnose, plus que de décrire scrupuleusement en détails l'insensé fatras de ces ontologies démentes toutes plus tordues les unes que les autres... 

    Jonas, fondateur (supposé, disons l'un d'entre eux) de la pensée écolo, passa de sa thèse qu'il fit sous la direction de H. lui même. Bien sur il mordit la main qui le nourrissait et entendit ainsi confondre H. comme nihiliste. Sioniste ultra, il débarque en palestine en 1935, se bat contre les nazis pendant la guerre, pour Israël en 48 et publie en 1979 le "principe responsabilité" qui le consacre. 

    Heidegger et Nietzsche

    D'abord clarifions les relations enter H. et N. (1). En gros, le nihilisme, décrit par N. comme celui des faibles (les chrétiens) et celui des forts (le surhomme) est considéré par H. comme du platonisme. "Nietzsche is der zügellozigste platoniker", c'est dire. Bien que méritoires, les efforts de N. pour rompre avec la métaphysique occidentale sont clairement insuffisants.

    Seule une rupture avec le transcendant ET le transcendental vaut. H. ne pouvant rompre avec le transcendant, s'inflige donc le diable (le transcendant non créateur) et le conceptualise: voilà donc ce qu'il y a dans la clairière, le pur évènement, celui qui toujours nie, même le principe de non contradiction!  

    Voilà donc la plus magnifique définition du mal qu'on puisse donner, et H. étant nazi cela accentue le coté sulfureux de la chose. 

    Jonas

    Mais il faut revenir à Jonas. Jonas considère H. comme un gnostique dégénéré et s'oppose à lui. C'est la première chose, mais il en garde bien des caractéristiques et c'est cela le rigolo du mal: il laisse des traces. Quel thésard de H. s'en est sorti indemne? 

    On doit bien sur parler de Ernst Bloch, resté en Allemagne de l'Est jusqu'en 61, qui publia le "Principe Espérance". Post marxiste en diable (comme on dit), le philosophe, qui se disait "degoch" nous apprends donc l'inéluctable et cosmique nécessité du mal euh de la rédemption des pauvres, objet G, au coeur de la spiritualité de bien des "penseurs" et autre vieux cons électeurs des partis socialistes variés, la sinistrogyralité leur étant chevillé à la glande pinéale.

    Je parle bien ici de tous ces vieux philosophes qui n'en finissent pas de mourir après avoir injecté dans trois générations d'abrutis mondains et suiveurs l'obligation à re-voter Mitterand... Mon dégout et mon mépris pour ces contempteurs du capitalisme, gnostiques de normale sup et honte de l'intelligence française, est infini; imaginez le niveau de mon respect pour les crétins (et les salopes) qu'ils ont séduit. 

    Pour ce qui concerne Jonas, on a clairement le cran du dessus: il tente de poser "le vivant" comme principe de l'être, et veut fonder, c'est ce qui en fait le penseur écolo qu'on révère, une nouvelle ontologie avec ça. L'homme, sommet du vivant devient alors responsable de la création... Au passage on a bien la conception de la technique autonome devenue dangereuse, la main de H. dans la culotte du zouave. 

    L'idée est parfaitement moderne et situe le monsieur après la 2ème guerre mondiale, il publia "le concept de Dieu après Auschwitz", en gros la récupération par l'homme du contrôle des opérations après le silence de Dieu pendant la Shoah. On dépasse donc le nihilisme suscité par la sécularisation, c'est ça l'idée... 

    Le principe est bien sur une tentative, partiellement la tentative postmoderne, de nous réenfiler un objet G car il le faut bien. Comme si cela était inéluctable... Il faut noter que le transfert de "responsabilité" est bien à ce niveau, Dieu étant soit incapable (ou bien alors simplement d'éclairer), soit délibérément opposé à notre bien être, nous devons nous substituer à sa capacité pourtant considérée autrefois comme grande, d'aimer tout le vivant, y compris sans doute les poux, très utiles, comme chacun sait. 

    La technique 

    La pensée de la technique comme "autonome" est sans doute l'une des pierres d'achoppement de notre époque. Le concept, issu bien sur de toutes les idées baroques des maitres en sociologie obsédés par le concept expliquant tout, par l'objet G que j'ai trouvé moi, le voilà, a un rapport avec les conceptions modernes de la vie (par exemple l'évolution) conçues comme des machines à information solitaires, et donc autonomes: ce qui arrive aux choses devrait arriver aux idées.  

    Bien sur la notion de robots bientôt supérieurs à l'homme se déduit immédiatement du concept premier: le danger est là et on ne sait plus très bien qui est qui, entre des machines qui deviennent des hommes ou des hommes qui deviennent des machines, comme sous hommes ou sur hommes, on ne sait pas non plus. Au fait les machines ont aussi le problème: vont elles remplacer/imiter les crétins ou les génies? 

     La conservation

    Dans cet univers menaçant, la responsabilité c'est conserver: l'image de l'homme (et de la femme?) doit être protégée, et toutes les précautions se valent: on aboutit à une sacralisation et Jonas ne s'en cache pas. Successeur de Dieu, l'homme se doit de respecter ce dont il a la charge. Et sa liberté est fragile, donc la voilà la belle éthique. Comme on est loin de la liberté totale de Dieu et de l'Homme que décrivait Scot ! 

    Bon, il faut dire que Jonas considère la gnose comme la tentation qui nous ferait échapper à notre responsabilité, c'est sa thèse. La gnose s'identifie au dualisme comme le représentant et la manifestant. De manière générale, Jonas condamne non seulement l'existentialisme mais aussi Descartes et tout ce qui fait que le monde est privé de substance spirituelle. C'est cela qu'il faut réfuter selon lui. 

    Ainsi les ressources sont limitées, et il faut les partager, voilà le fond de la nouvelle éthique.

    La mort

    Mais on peut aller encore plus loin: la vie animale sujette à la mort nous a fait développer une "ontologie de la mort" critiquable, moins en tout cas que chez végétaux, de ce point de vue bien plus proche de l'essence de la vie globalement. On en vient au végétarianisme, seul moyen de se nourrir, et donc de vivre, sans donner la mort. Comment en effet se reprocher de "tuer" une plante? Quoique. 

    Certains pourraient dire que coupée de ses racines (...) le pauvre brin continuerait de vivre et sa transformation dans mon estomac n'en fera que changer la forme de bactérie à bactérie. Je serais alors par symétrie, transformé en plante de l'intérieur. Un peu contourné comme délire, et tout est bon pour m'innocenter.

    De fait, et sans rire, on sait que les arbres et en fait tous les végétaux disposent de systèmes de communication globaux qui les maintiennent en équilibre dans leur environnement, voire entre eux (2). Toute ivresse solitaire face à une plante verte donne accès à son âme  (celle de la plante) et celle ci a une existence manifeste. Tuer cet être est un crime et il nous faut l'assumer, voilà mon point de vue. Et puis on peut tuer pour mieux que se nourrir, pour se protéger. Qui veut sauver la punaise de lit?

    Ainsi le mal n'est pas absolu dans l'acte de destruction ou l'acte d'oubli de l'être: TOUT a un être et refuser le mal en ce sens, c'est mourir soi même, de faim ou de gratouillis infectieux. Inclus dans une hiérarchie d'êtres et de choix, le meurtre est principal est n'est PAS le mal en soi, car le refuser c'est se tuer soi même, impossible d'en sortir. Structurellement et logiquement enchâssé dans le choix moral,  le mal assumé comme oubli, mépris ou instrumentalisation de l'autre est une responsabilité et la destruction de la nature doit être assumée. 

    Comment penser la régulation de ces destructions, de manière à éviter la destruction totale, ou l'égoïste extermination de ce que mon voisin de palier peut bien décider un jour qu'il est colère? 

    On peut interdire le suicide ou en faire une grande cause nationale, mais est ce là l'objet de l'écologie? Car la volonté de condamner le monde suicidaire qui produit l'effet de serre, ou bien de considérer le monde comme fini et à distribuer chichement, c'est le considérer comme mauvais en fait: seuls les pneumatiques inspirés par le GIEC ou l'organisme central de la redistribution auraient droit de cité, et l'humble fourneau à charbon ou la vache qui pète ignobles créatures du démiurge maudit. Autrement dit l'éthique de l'écologie EST dualiste. En son tréfond.

    Elle traduit une volonté désespérée de substituer un acteur central au désordre de la vie et à sa volonté anarchique de produire des effets à toute force. Car l'homme, l'acteur de l'anthropocène est un phénomène naturel, comme le nom de l'autocontradictoire expression le montre sans le dire: faut-il l'éradiquer lui, pour protéger le reste ? Il n'a pas de statut particulier dans le monde à moins que l'on ne le soit un peu, dualiste... 

    Revenons à cette idée des plantes qui pensent (2): on pourrait juger la nature responsable, ou bien la défendre comme un bébé immature incapable de se protéger, ou bien imaginer que sa fièvre a pour objet de se soigner elle même: qui a dit que seul le réchauffement climatique pourra empêcher cette monstrueuse poussée démographique produite par le sous développement sur-aidé (les fameux "petits chinois" des années trente) et vraie cause globale de nos problèmes d'environnement actuels ? 

     

     

     

    (1) H. et N. http://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_1968_num_66_91_5445

    (2) http://www.laviedesidees.fr/Les-arbres-et-les-signes.html#nh2

  • La fin de la préhistoire

    On estime à environ 10K ans BC (ou BCE)  l'invention de l'agriculture, au levant, pendant la période du néolithique dite du "Khiamien". Les pointes du type d'El Khiam se trouvent (on en trouve) en palestine, en gros.

    On note la différence entre sédentarité et agriculture, les débuts de la seconde consistant à moissonner des céréales sauvages.

    On rappelle que Avant JC, Before Christ, Before Common Era, Avant Ere Commune, AEC, sont synonymes. 

    Le Mésolithique entre paleo et néo lithique est la période intermédiaire, disons après 10K BC. 

    Göbekli Tepe

    Le site de Göbekli Tepe est particulièrement intéressant: situé en 11K BC, en gros le plus ancien sanctuaire connu.

    Des pierres étranges, sculptées avec des figures d'animaux sauvages.

    On rappelle que la pyramide de Khéops est daté de 2,5K BC, 7000 ans après, c'est dire. 

    Le site serait une manifestation illustrant une théorie donnant aux cultes chamaniques des chasseurs cueilleurs une tendance à faire des sanctuaires, donc des lieux stables, ce qui induit une sédentarisation et donc l'agriculture, pratique qui serait donc issue d'une pratique religieuse en évolution. 

    On en sait bien sur absolument rien, mais l'idée est intéressante: le social "serait" issu du religieux: tu parles on est au coeur de la polémique, les conceptions du religieux comme issues du social étant bien sur majoritaires... 

    Durkheim

    C'était d'ailleurs le point de vue de Durkheim, l'illustre sociologue français, partisan de l'éviction de la philosophie par la sociologie, et mort en 1917, inconnu de tous (je veux dire visuellement), sauf de son neveu Mauss et de tout ce qui suivit. Il est le théoricien des "faits moraux".

    Il est l'auteur de “Je ne vois dans la divinité que la société transfigurée et pensée symboliquement”. Par ailleurs, il prophétisa un retour du religieux, et se trouve considéré comme continuateur des néo religieux du siècle précédent, une sorte de socialiste, donc, on en a parlé.

    Il est traditionnellement opposé à Max (Weber) comme Holiste contre un individualiste méthodologique, mais il est comme le boche (mort en 1920) attaché à définir la sociologie comme une science. Weber est le théoricien du "désenchantement du monde" et de la "domination". 

    De plus, Boudon, pour des raisons à éclaircir, considérait les deux en fait, comme des individualistes. Ces raisons sont liées au relativisme, dont Boudon fait grâce à Durkheim de ne pas le soutenir complètement (2) en disant explicitement que l'individu n'est pas un produit de l'histoire. 

     

    Girard

    On pense aux conférences que faisaient à la fin de sa vie le vieux Girard, sur Catal Höyük, site datant de 8K BC, et donc déjà agricole: la situation est déjà différente, et là il y avait le sacrifice. On y trouve même le plus vieux plan de ville connu. 

    Au fait, je ne résiste pas au plaisir de vous faire part de mes obsessions: 

    450px-Museum_of_Anatolian_Civilizations_1320259_nevit.jpg?uselang=fr 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Au passage on peut noter au sujet de Catal Höyük plusieurs choses, liées aux théories de Descola: l'homme chasseur cueilleur animiste se transformerait en sédentaire puis agriculteur en changeant ses représentations, il deviendrait analogique, lors de l'"explosion symbolique" que constitue la mutation. 

    Un autre point est le léopard: l'identification animiste de l'homme au léopard fait de la chasse au léopard une sorte de lynchage, la chasse aux autres animaux introduisant le sacrifice par la la substitution. L'idée est particulièrement intéressante, la transition au sacrifice se faisant par une séparation entre humain et animal qui marque les civilisations agricoles: on y rejette la nature et le passage animiste vers analogisme (par introduction de la différence aussi entre les intériorités) illustrerait la chose. 

    Todd

    Il faut noter cette théorie, à laquelle je rattache Girard, et qui est de considérer cette idée d'ailleurs catholique, de la notion de dégénérescence dans l'histoire: au départ, on avait des chasseurs cueilleurs animistes sympa et bonhommes, vivant libres et nus dans des familles nucléaires. Ce n'est qu'au passage à l'agriculture qu'on invente les maladies (il parait qu'à Göbekil Tepe régnaient d'horribles infections) et les sacrifices humains nécessités par les cohabitations. On invente les familles communautaires et autoritaires, les oppressions et les empires. 

    Dans un premier temps victorieux et innovateurs, ces systèmes chassèrent les systèmes primitifs aux frontières du monde connu (en Europe, par exemple, ou prévalent les systèmes nucléaires, inventeurs de la liberté politique), et le centre du monde devint le pire du monde (Daech au moyen orient)... 

    De la même manière, les systèmes primitifs totémiques et cannibales, étaient (parait-il) considérés par les théories des religions comparées (spécialité des cathos)  d'avant Durkheim comme dégénérés: oubliés de Dieu et damnés, ils étaient le produit d'une décadence. 

    Il y a ainsi plusieurs manières de considérer notre monde comme déclinant, ce déclin ayant des origines et des formes multiples, mais l'âge d'or étant toujours derrière, comme dirait Henri Salvador, et d'autres. 

     



     

    La sociologie elle même, fondée par Durkheim et Weber, se définirait comme la science qui explique la validité effective des normes sociales, c'est à dire en gros, pourquoi on obéit(1). La question est bien sur de la relation entre la normativité et la religion. 

    Durkheim présente toute une série de concepts "différence sacré/profane", "conjonction obligation/désirabilité", et surtout similarité (le terme "structural" était il utilisé par Durkheim?) entre morale et sacré. Pour finir par définir le religieux comme issu du social...

    On ne peut qu'être déçu (au vu des découvertes archéologiques mentionnées ci-dessus) de la conclusion. On remarquera, et on ne se lassera pas de le faire, car cela explique cela, la totale absence de mention du nerf de la guerre, pourtant témoigné partout: les gens sont pourtant bien persuadés de la présence d'un monde au delà du monde, d'une transcendance, d'un être caché, d'un objet G. Cette évidence, Durkheim et tous ses successeurs, en gros le reste de ce qui veut toujours succéder à la philosophie, ne conçoit même pas qu'elle puisse avoir un pouvoir de conviction, ni pour les fidèles, ni pour leur analystes... Girard lui même, le grand chrétien, et cela en fait un français comme un autre en est tout aussi éloigné, et c'est ce qui ruine ses prétentions, y compris aux yeux des archéologues et aussi, justement, des philosophes.

    Car l'"autre monde" fait partie de l'ontologie humaine, et n'en considérer qu'une partie, c'est faire de la science dans un bac à sable. Vouloir simplement démasquer l'illusion que serait cette croyance c'est se fourvoyer et voilà ma théorie: Dieu existe, c'est les gens qui le disent. Ne pas les croire c'est les prendre pour des cons et cela n'est pas acceptable, c'est être con soi même, c'est à cela qu'on les reconnait. Respect pour les masques, please. 

    Revenons aux chasseurs cueilleurs, sans dieu ni maitres. Vraisemblablement animistes, ou au pire totemistes au sens de Descola, (Durkheim, parle bien de totem au sujet des religions australiennes), ils ne sont évidemment pas monothéistes, ni même théistes en fait: la notion de Dieu ne s'identifie pas au religieux, c'est l'évidence. Ils se voient pourtant en communication avec un autre monde, et cela est l'essentiel: et qu'on ne me dise pas qu'un athlète nu vivant dans un forêt avec sa famille dans un monde qui me tuerait en une demi heure n'a pas le sens des réalités. Il est tout sauf un ivrogne cannabisé qui compte les tâches des jaguars en pleurant: il sait parfaitement la différence entre les mondes, la preuve il est en fait ultra rationnel et vivant! Le religieux c'est autre chose, et c'est à définir.

    Revenons à Durkheim: les faits moraux selon lui se doivent d'être partagés de manière inconsciente dans une collectivité, c'est là leur nature.

    On a là tout ce qui fait la suite de cette absurdité métaphysique qu'est la sociologie: la porte ouverte à la réification de l'entité dominatrice non seulement invisible, mais inconsciente (elle n'est visible et consciente que pour les "scientifiques", seule la masturbation intellectuelle étant féconde et remède contre l'aveuglement, la surdité étant autre chose). 

    Weber

    On passe à Weber. Tout comme Durkheim, il s'appuie sur la distinction kantienne entre règles techniques et morales, mais la distinction faite est entre les buts: pour les unes il s'agit de modifier le réel, pour les autres de satisfaire à un principe. C'est la différence entre téléologique et éthique. Admirable expression de la nature de la discipline allemande: obéit, c'est pour LE bien! Durkheim, en français qu'il est, faisait la différence avec la sanction, qui caractériserait l'obligation morale pure... 

    Weber explique l'obéissance par des critères variés, c'est la tétralogie croyance, droit, coutume, intérêt. A partir de là le religieux émerge du social d'abord magique, tout comme chez Durkheim. Le résultat est l'aspect sacré des normes, validées par la relation avec l'au delà enfin symbolisé. 

    Weber ajoute l'explication de l'immuable social, associé au sacré: l'obéissance est permanente, cela en fait la force.

    Encore cette idée de la civilisation issue d'une dégénérescence et d'un aveuglement... 

      

    (1) http://journals.openedition.org/assr/1058 

     (2) https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-1-2006-4-page-877.htm

  • La Grande Théorie, deux

    La grande théorie n'est pas achevée. Elle est en quête d'un signifiant unique, dit le "transcendant transcendental", qui serait la classe d'équivalence de tous les ailleurs que cherchent  à décrire toutes les théories post religieuses. Car il faut bien remplacer Dieu, ou le représenter par quelque chose qui en tient lieu, et cela après sa mort... 

    Je commencerais par dénigrer toutes les tentatives ignorantes de trouver un concept qui le remplacerait sous la forme d'un veau (ou d'un con) doré sur tranches ou non, avec foi ou non (le concept de tranche de foie de veau étant ici allusivement cité). Domination, habitus, racisme, masculinisme, inconscient, classes sociales, races, toutes les entités invisibles qui guident les hommes et à qui on peut identifier un groupe de personnes à persécuter sont valides, présentes, et en usage partout. Les plus puissantes d'entre elles sont utilisées pour des théories grandioses qui marquent les esprits et les objets inutiles et volumineux qu'on appelle "livre", et dont mes étagères sont remplies.

    Car toute ces littératures, bourdieu, freud, hitler, marx et nabila agitent toutes un invisible, une raison suprême, source de la signification et motivation pour agir, dont le sommet est mon objet. Hors science, et existant parce que pensable pourquoi ne pas le nommer une bonne fois pour toute, comme si c'était si simple ? 

    Surtout que la chose a bien des avantages: ni dieu (on n'a pas une personne ou un être transcendant identifié à adorer), ni concept essentialiste (on a ce qui permet de penser, et pas une construction existentielle, un transcendantal et pas un objet). Il serait l'horizon de l'athéisme, le signifiant qui fait l'humanité, le point oméga. 

    On pourrait y ramener avec cynisme toute construction qui fait semblant ou qui essaye de sortir la main hors de la voute étoilée, comme sur la fameuse image. 

     la-voute-etoilee.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    On aurait ainsi une voute étoilée et un nom pour ce qui entoure notre monde... 

    Bien sur la chose devrait et pourrait être décrite, mais comme un point (un gros point) dans l'espace des significations. On saurait de plus que tout ce qui voudrait la remplacer ne serait qu'une "idole", une idole moderne... On pourrait en faire la théologie, ou du moins lui appliquer tout ce que la théologie a très bien su faire avec le grand ancêtre de la notion, Dieu.

    La chose doit être non vide, bien sur. En gros, on pourrait expliquer, et c'est ce que les Girard et Gans proposent, qu'il s'agit d'un signifiant à l'origine de l'humanité elle même, c'est à dire qu'il s'agit de la première représentation possible, responsable de l'hominisation, conçue comme ponctuelle, évènementielle et soudaine. On a donc bien un facteur explicatif et une puissance agissante, même si elle est neutre axiologiquement (bien qu'on pourra trouver bien sur des soutiens pour la thèse, que je proclame déjà ridicule, que Dieu était de gauche à l'origine). 

    On a donc un programme psychologique et historique de recherche de la constitution du langage et de l'humain, qui permet, c'était l'objet du premier chapitre de la théorie, de remettre à sa place la lamentable sociologie (dans sa poubelle), fallacieuse tentative de décrire par des concepts extérieurs le produit d'un phénomène, la société étant issue de l'hominisation, tout le monde devant s'écrier "bien sur". 

     Transcendantal

    Le mot est connu pour s'étendre depuis le sens donné par Kant (ce qui est relatif à la possibilité de la connaissance) jusqu'à la source fictive de celle ci, typiquement le cogito cartésien tel que magnifié par les phénoménologues. 

    Bien sur le mot qualifie aussi les propriétés supérieures de l'être (vrai, beau, bien) et donc de tous les êtres, mais ce n'est pas le sujet...

    Le transcendantal n'est pas transcendant à priori, c'est pourquoi l'alliance des deux mots désigne un objet particulier, mon objet à moi ké ké. Notons que l'on veut ici éliminer deux concepts distincts et opposés, d'une part les divins et d'autre part les entités agissantes conceptualisées de la sociologie et de la psychologie. Les deux directions, que je pense équivalentes mais absolument distinctes, sont deux manières d'extérioriser un moteur pour nos petits problèmes. L'objet n'est pas un concept à proprement parler, car il n'agit pas ni ne représente: il marque l'horizon, c'est l'objet G, par référence au point du même nom, inatteignable et obscène quoique sympathique et aussi un peu futile. 

    On pourra se référer à la fameuse différance (originaire, antérieure à l'être, impensable etc). Evidemment subsumée par l'objet G, le concept ridicule et approprié (au sens de que c'est moi Derrida qui l'a) est un parfait exemple de transcendentalisme particulier. Tel un papillon, je le pique et le range dans mon objet G. 

    A partir de là on peut penser sous toutes ces formes possibles les représentations ou les compréhensions d'un au delà en lequel on donne un pouvoir: ce ne sera jamais que celui de l'objet G, parfaitement agissant et réel et condition de ce qu'on peut vouloir en dire. Néanmoins la chose est sérieuse: sa réalité et son existence ne font pas de doute et tout ce qui s'appuie dessus peut le faire, en tout cas cela l'a fait suffisamment. 

    Y a t-il inégalité, logo, phallo ou blancho centrisme derrière mon ptit objet ? Et bien pas du tout: il est libre de tout qualificatif, comme la boite blanche qu'il est, plein de tout ce qu'on met dedans. 

     

  • Le Ressentiment

    Max Scheler, le "Nietzsche catholique" d'après Troëltsch (il fallait la trouver celle là) publia "l'homme du ressentiment". On a lu(1). Mort en 1928, il eut le temps d'écouter tout de même Bach, Wagner et Bruckner (et cela me fascine toujours...). Jean Paul II fit sa thèse sur lui. Pas mal non plus. 

    Nous sommes à la toute fin du XIXème siècle, celui qui prépara le suivant déjà bien entamé et on s'en inquiète encore: qu'est ce qui a pu leur prendre à ces auditeurs cultivés de ces musiques là pour délirer autant? Le c'était mieux avant pour ce qui me concerne m'a toujours paru idiot et je ne suis animé que par la crainte que cela recommence, tant on reconnait les prémisses: les leçons ne sont pas mais alors pas du tout tirées... 

    Scheler 

    D'abord Scheler est un catholique et son concept de ressentiment, il ne l'attribue pas, comme Nietzsche, aux chrétiens. Ou du moins pas à tous: le corps sous surveillance, la méfiance capitaliste à l'égard de la vie, sont du aux protestants ! Et aux juifs: on a dénonciation du capitalisme racialisé bourgeois. Et oui, on anthropologise.

    Au passage, c'est l'époque de Haackt qui parla de l'origine humaine multiple: pas moins de 3 espèces de singes se se seraient ligués plus ou moins. D'où une conception de l'homme qui échappe tout de même au pire racisme: l'homme ne peut donc se définir que "par le haut", comme tentative de sortir du monde. On a donc bien un anti humanisme de toute façons, et l'idée des 3 singes fait penser que jusqu'il y a peu, la différence génétique avec le néanderthal, très suivie en terre germanique était considérée fondamentale... J'avais moi même suivi la polémique, inquiet, et finalement me suis résigné: ma forfanterie se veut néanderthalienne, et les cro-magnons ne sont pour moi que des fiottes semi-nègres.

    D'ailleurs le mot "humanitarisme" est de Scheler: il désigne le camp qu'il combat, celui du positivisme de l'humanité triomphante, qui se croit héritière des résultats récents des sciences naturelles et historiques et qui on tué le transcendant. Nous y sommes: le XIXème siècle technique et scientifique vit une terrible crise. Et nous qui croyons à l'âge de l'atome que ce sont nous qui sommes perdus ! C'était l'époque de la kulturkritik... 

    Pour faire court, par contre Scheler homme de son époque, défend une sorte de démocratie chrétienne, autoritaire mais non raciste et non eugéniste; en tout cas opposée au libéralisme anglo saxon. Un vieux réac politique de son époque, mais correct. Par contre, il représente la critique de l'homme capitaliste (Pascal Blaise serait le précurseur de cette critique là) enchaîné au divertissement. Spectateur de la république de Weimar, il vit mal le relativisme politique de son époque, et dénonça une future guerre européenne qui serait "un crépuscule des dieux pour la culture européenne"... Entre le marteau et l'enclume, il est un intellectuel préoccupé par la fin de l'homme, à la veille du nazisme.

    Ceci nous rappelle la prodigieuse dégénérescence médiatico culturelle qui remplissait les années vingt dans le monde allemand et pas que. Gardant un oeil sur les prodigieuses atrocités qui déchiraient la russie et tout ce qu'il y avait entre les deux, les germanophones de toute l'histoire des rhins et danubes vivaient littéralement la fin du monde à un point que les petits français ne peuvent imaginer et n'ont pas imaginé.

    Mein Kampf fut écrit assez tôt, on tenta de le traduire mais cela ne fut pas remarqué. Pendant la période, tous les pacifismes, tous les relativismes et tous les socialismes s'affrontèrent dans les pires aspects de la faiblesse intellectuelle et morale qui saisit les civilisations complexes qui se laissent aller. Avec en plus toutes les corruptions, tous les chômages, toutes les craintes de disparaitre et toutes les haines pour tout cela. La terrible tragédie, et cela ne concerna pas que les juifs, s'annonçait et elle eut lieu. 

    Considérer Scheler, c'est suivre et éclairer ce que je sens profondément: alors que nous avons eu après 2008 une monstrueuse injection de liquidités de la part d'un théoricien de la crise de 29 qui elle en manqua, il n'est pas sur que du point de vue politique, nous faisions ce qu'il faut, en regard. 

    Un vieux réac comme Scheler expose les dangers d'un "humanitarisme" qu'il conceptualise d'ailleurs et avant 28 (il meurt après le putsch d'Hitler tout de même). Il ne voit pas ce que le refus exaspéré de celui là pourra générer mais le refuse à l'avance et en intuitionne les conséquences tout en portant le désespoir et l'espoir d'un dépassement. 

    Mais passons au fond des affirmations: d'abord que l'amour chrétien n'ESTPAS ressentiment, justement. La conception est une tentative de ré-annexion dans le camp des acceptables de la pire critique qu'on peut légitimement faire à l'humanitarisme pur.  Celui ci expie les fautes du père en donnant "plus" au pauvre et à l'humain en général au lieu de vouloir l'amour de tous qui ne peut, c'est la thèse, exister qu'avec une référence au fidéisme chrétien.

    La distinction entre les deux humanitaires existe toujours, d'ailleurs: on trouve des bonnes soeurs qui vivent inconditionnellement (et silencieusement) au milieu des pauvres n'importe où, impossible à confondre avec les bobos chtarbés dégénérés en pointe des buzzs paradoxaux avec l'argent laissé par des publicitaires goulus.

    Au fait, on cherche à déconsidérer la revendication de Laurent Vauquiez d'avoir travaillé avec soeur Emmanuelle: comme quoi, l'humanitaire a ses références, convoitées...    

    Eric Gans 

     On doit aussi aborder une référence incontournable que je suis depuis mes premières connections internet, vers 1995:(2). Elève de Girard, Eric Gans est un maitre de la chose et elle est complexe. En gros, sur la base de la mimésie généralisée du désir, la violence se trouve évitée par l'apparition de la représentation et que toutes les interactions humaines voire l'humanité sont construites là dessus. Interdit d'enseignement pour une drague trop lourde dont se plaignit une étudiante en 2014, Gans est il totalement tricard?  Il est en tout cas méconnu, voire totalement ignoré. 

    D'abord son discours, répété 23 ans: le "Victimary Thinking" (VT) est ce que révèle Girard avec la mort du Christ. Cela déclenche en gros le ressentiment moderne et c'est le point de vue chrétien. Lui, Gans, avec l'"hypothèse originelle", révèle que c'est la représentation qui nait de la suspension de la violence. Dieu est transcendantal, il crée et se révèle dans la scène primitive, c'est le point de vue Juif. Cette belle dichotomie qui ferait de lui le Girard juif, et non pas le Tariq Ramadan juif (je rigole) va jusqu'à opposer un dualisme juif (distinction absolue dieu/homme) à un monisme chrétien (dieu est homme).(3)

    La distinction est particulièrement illustrative du désaccord juif chrétien, tout entier contenu dans le choc entre l'universalisme du dieu et le particuliarisme de la communauté qui reçoit la révélation: le chrétien veut que la révélation soit universelle tout de suite, et le juif ne peut concevoir la révélation que dans le groupe qui la reçoit.   

    La notion de ressentiment par contre devient théorisable. D'abord, s'est installé depuis la 2ème guerre mondiale une "victimocratie" sur la base de la mondialisation du procès de Nuremberg. Victimocratie inspirée et appliquée à tout, c'est la grande thèse de Gans, et d'autres. Cette victimocratie est le ressentiment, culpabilité et détestation permanente de ce qui n'est pas pardonnable et qui doit être compensé indéfiniment dans tous les domaines.

    Gans distingue plusieurs périodes dans l'histoire du ressentiment. D'abord, l'honneur ("Rome unique objet de mon r..."): la rage absolue due à la perte irrémédiable est un sentiment honorable, par définition. Ensuite la haine du noble que l'on admire et qui vous rejette par définition, et cela cause la révolution. Sentiment honorable tout autant, et on célèbre bien le 14 Juillet. Le siècle bourgeois qui suivit créa le ressentiment contre le capitalisme, générateur de tout aussi belles violences et notamment de splendides tyrannies autrices de magnifiques massacres massifs. Bien moins honorable à tout le moins, et la VT est là, en charge de l'honorer à sa manière, mais après le massacre. 

    Inutile de dire que ce hochet est présent en permanence: on fit dans le billet précédent concernant la justice une allusion à la justice mémorielle et à la justice tout court qui le devient. C'était à propos de pédophilie, le mémoriel c'est l'imprescriptible, bien sur.

    VT désigne donc la totalité de la société post moderne islamo féministo gauchiste, hanté parce qu'on pourrait penser limité à la connerie pure et simple, et qui est en fait la décadence dégénérée de notre monde. Au moins ça a un nom.

    Quelques aspects particulièrement bien vus par Gans avec le concept de "primarité" (firstness). Et "première" l'entité qui inaugure quelque chose destiné a être partagé par tous, mais qui dans un premier temps, en fait pour toujours, ne le peut pas, pour diverses raisons. Voilà l'objet du ressentiment. Ce fut le "juif" (avec ce que ça a donné, y compris le statut enviable de victime qui submerge tous les clitoris), c'est maintenant l'"occident", et pour le reste du monde, pour toujours. Nous voilà fixé sur le concept de ressentiment... 

    Particulièrement en verve, Gans nous explique le ressentiment musulman à l'égard des juifs et de l'occident, en une magnifique double pirouette: un ressentiment contre les premiers comme précurseurs des seconds chez eux !

    Sa lecture est inépuisable, comme le ressentiment. Pour une tournée exhaustive (5).

     

    (1) http://journals.openedition.org/rgi/331#bodyftn62

    (2) http://anthropoetics.ucla.edu/category/views/

    (3) http://anthropoetics.ucla.edu/views/vw436/  Christian monism Jewish dualism

     (4) http://anthropoetics.ucla.edu/views/vw480/ Victimary Theology

    (5) Un tour exhaustif du sujet https://enkidoublog.com/2015/08/30/philosophie-le-ressentiment/

  • La Justice

    Il est temps de passer à la justice et à une comparaison qui me tient à coeur, celle du hack judiciaire, de la programmation par les règles et du si tu me fais ça, je te ferais ça. 

    Hume

    D'abord David Hume est la notion de justice comme conventionnelle et/mais seule capable de réguler la passion de l'appropriation.

    La question de la distinction nature/artifice est évidemment central en ces matières, et sera bien sur l'objet de la réflexion. 

    Hume décrit ainsi la justice comme à la fois strictement conventionnelle ET générique: elle n'est pas utilitariste au sens strict en ce que ses principes, élaborés de par l'expérience de la construction sociale restent des conventions dont l'objet est d'abord la protection et l'expression d'un principe, le droit de propriété. 

    On a ici un anti utilitarisme raisonnable, par essence libéral comme Mieses le dit: "Les phénomènes sociaux sont les résultats inattendus des actions volontaires des individus. »

    La règle est le droit de propriété, et la convention a pour objet de le protéger sans visée utilitariste en dehors de celle ci. De ce point de vue Hume n'est pas contractualiste et fait les justiciables coopératifs, les concepts mêmes de propriété et de justice étant issus ensemble et progressivement des interactions bien comprises entre individus.

    Il ne s'agit pas d'un calcul dans l'absolu, notons le bien: cette confusion souvent faite, est celle entre le programme et le programmeur quand l'informatique n'existe pas. Je m'explique: même si une somme d'interactions que l'on peut assimiler à un calcul conduit à une émergence stable, elle n'est pas un calcul quand il n'y a ni espace de conventions, ni programmeur pour ce calcul. Bentham a tenté de confisquer Hume, mais cela n'est pas légitime: Hume n'est pas utilitariste. 

    Hayek

    Pour enfoncer le clou au sujet de Hume, que Hayek crédite de l'alliance conventionnelle/générique, il a dit: "peu de croyances ont autant sapé le respect envers les règles de droit et de morale, que l’idée qu’une règle n’est impérative que si l’effet bienfaisant de son application dans la situation spécifique concernée peut être constaté. […] [Or] un objectif spécifique, un résultat concret à obtenir, ne peuvent constituer une loi "

    L'importance décisive de cette conception méconnue est surprenante: la société moderne qui transforme la politique en lois et ne fait que "décider" par des lois utilitaristes, fait le contraire en permanence, pour notre honte et notre ruine... 

    Les juges

    Il faut dire que confiée à des hommes, les principes du droit se traduisent ici et là en des décisions concrètes absurdes. La friction due à la séparation des pouvoirs conduit à de telles évidentes abominations que progressivement une sorte de dégout s'empare de la société soumise à ces mécaniques. Progressivement, le rejet de la justice, ou du moins de la manière dont elle est fondée, s'installe dans nos mondes décadents. C'est de cela dont je voudrais parler et le thème de la justice utilitaire qui se détruit elle même est à l'ordre du jour, c'est un mécanisme fondamental de la ruine en cours de nos sociétés. 

    Les juges sont-ils fondés à agir comme ils le font? Dans une première approche, oui: fonctionnaires du droit et aveugles soldats d'un pouvoir en tant que tel, on ne peut les rendre responsables des lois qu'ils appliquent et la folie de leurs décisions ne doit être que celle du programme législatif qu'ils appliquent: aveuglément? Tels les machines de turing scotchées sur le ruban qui défile, le juge ne serait qu'une tête de lecture avec deux petits bras...

    Tu parles! Evidemment humain et doté de liberté que cela lui donne, le juge doit fonder ses décisions sur des principes supérieurs et exercer son pouvoir: on devrait, mais cela n'est qu'une proposition, l'écouter et considérer son discours de décision comme important et le considérer.

    Alors qu'inaudible, on ne retient que ses décisions, et surtout que n'est diffusé que le commentaire de ces décisions toujours consacré au dénigrement suicidaire: la justice est injuste, c'est ce que tout le monde dit tout le temps, sous plusieurs variantes: l'affirmation menaçante d'une révolte à venir contre l'intrinsèquement diabolique (le racisme d'Etat, la soumission au capitalisme), mais aussi la promesse d'une loi à venir spéciale, qui résoudra précisément de problème là. 

    La variante de la remise en cause de certains principes, comme l'imprescriptibilité est aussi dans l'air: déjà en vigueur avec les crimes "contre l'humanité", elle devra s'étendre à une foultitude d'autres cas, dont bien sur le crime "contre la féminité", le féminicide étant un génocide. 

    Il y a aussi évidemment le mémoriel, le crime jugeable s'étendant à l'intention de nuire à la mémoire, la récente volonté de punir la propagation de fausses nouvelles en étant une variante, le dire se devant d'être jugé autant que le faire, il y a des blessures symboliques. 

    Il y a l'absurde effectif: des criminels manifestes, honorés d'une libération ou d'un respect moral en vertu de l'application de principes dont on aurait pu penser qu'ils ne soient pas aussi fragiles, ou bien des innocents irresponsables manifestes punis au nom de l'égalité des derniers outrages du soupçon légal. Il y a bien sur l'inaction manifeste avec des récidivistes à qui la notion de sursis ne s'applique pas, des voies de fait barbares suivies de libération immédiate, et des permis de conduire non présentés qui remplissent des prisons.

    Sans parler des candidats à une élection soumis à la lenteur de la justice exclusivement quand cela ne profite pas à son concurrent direct, témoin des incroyables mensonges d'un ministre du budget, et organisateur pour cela de la juridiction spéciale en charge de l'éviction de son adversaire. 

    Il y a mieux! Il y a même des cours de justices internationalement en charge des droits de l'homme qui prononcent l'indemnisation de migrants illégaux injustement mal nourris. Les juges là sont azerbajianais et turcs, mais inflexibles. Ah qu'il me plairait que des barbares à cornes leur tirent la barbe et les fracassent à coup de pieds au premier murmure: on en est là, et le métier de juge devient de plus en plus difficile. 

    Les blessures symboliques

    Car il y a des blessures symboliques, cela est sur: et elles concernent ce qui fonde l'acceptation de ces systèmes. Rien moins que naturels et cela est la question, les tenants de ces décisions et de ces pratiques là pourraient être mis en cause et la manière dont ils fonctionnent réformée. Cela nous pend au nez et se trouve à la mesure de certaines pratiques qui pourraient être délétères, dissolvantes d'un monde en fait conventionnel. Ces pratiques sont celles dont je parle plus haut. Il y a plus qu'un consentement à l'impôt, il y a un  consentement à la justice, et ce pouvoir là mérite une révolution, c'est ce que je veux dire. 

    L'essence du point de vue "conservateur" se trouve là exprimé: prenez soin de vos principes, ils doivent fonctionner de manière à être non pas utiles, mais acceptables. Au delà de certaines pratiques, ils pourraient encourir le courroux des justiciables et par essence non réglés par ces conventions là, les courroux de ces remises en cause là pourraient être à la marge destructeurs et cela aveuglément on vous aura prévenu. 

    Car on voit que le refus de ces justices est universel et vient de partout: comme si la plainte humaine, animée de la volonté de justice, précisément, n'était pas écoutée: la volonté d'évidence vient de tous les azimuts on veut que son bon sens à soi soit reconnu à l'exclusion des autres. Mieux: on voudrait que certaines plaintes soient condamnées ! 

    Et bien il n'y a pas de fuite en avant qui compte: c'est bien le phénomène de la "prise en compte" qui est en cause et qui se trouve la racine du problème. 

    La justice comme application de règles ne peut pas et surtout NE DOIT PAS prendre en compte le cas particulier issu de la situation individuelle qui se trouve du fait d'un affaissement décadent à décrire, valorisée excessivement. Tous les cas cités plus haut se règlent à l'évidence par l'affirmation publique de la part d'un juge de la prudence nécessaire à l'exercice de la loi, contrainte par ce qui me semblerait des principes hiérarchiques à respecter dans leur ordre d'importance. 

    De fait, il ne peut y avoir des inversions de cet ordre: la plainte du migrant mal nourri me semble inférieure en importance à sa présence illégale sur notre sol qui doit DABORD être traitée par son renvoi, ce qui annule avec bonheur l'inférieure revendication seconde que le gredin prétendait mettre en avant, précisément pour rester... 

    La demande d'imprescriptibilité du crime de viol me semble être subordonnée à la remise en cause nécessaire des remises de peine de la totalité des crimes: décidée en cour par des juges assermentées, un nombre d'années de prison décidé n'a aucune espèce de raison d'être réduit pour quelque raisons que ce soit: bien au contraire, tout manquement à la discipline, tout "fils de pute" hasardeux dit trop fort devrait en entrainer l'augmentation automatique.

    Pour l'imprescriptibilité, on repassera: vouloir rendre la vengeance de la justice éternelle, c'est instaurer le mémoriel éternel, qui se propagerait heureusement sur les enfants, et qui aurait deux avantages: réinstaurer la vendetta, pour le bénéfice des vengeances corses et albanaises, chic, et aussi bien sur fonder en droit la tentative de Christiane Taubira, ex garde des sceaux, de punir pour l'éternité la mélano déficience en plus d'imposer la drépanocytose.  

    Sans parler des allusions à des relations sexuelles non voulues envers une mystérieuse "ta mère",  faite par habitude aux policiers chargés de respecter des droits. Ceux ci devraient à l'instant être suspendus, le nécessaire resserrement des liens étant de l'ordre du règlement de police ordinaire et l'individu meurtri jusqu'à ses excuses.  

    Pris sur le fait d'avoir paniqué en tirant au hasard sur un cambrioleur en fuite, le patron de bistrot cambriolé dix fois n'a pas à subir une seule minute de garde à vue, ni même à être sermonné aux assises. C'est plutôt le juge en charge apparemment de la protection de l'immigration criminelle qui devrait être puni !

    Car l'erreur judiciaire, insupportable et affreuse, n'est pas punie. Outreau fut à ce titre un chemin de croix insupportable et les auditions de la commission parlementaire un abominable crève coeur. Le juge criminel (ce que j'en dis, moi, bien que non pris en compte, peut être dit) qui instruisit cette horreur continue sa carrière, il ne se suicidera que plus tard, sans doute... Rien n'est, n'a été et ne sera fait pour prendre en compte cela, du moins jusqu'à une réforme méritée que même le pire que tout, les jugements produits pendant la seconde guerre mondiale, ne rendit pas possible. 

    L'hermine mérite d'être rebootée: je ne plaisante pas, le sujet est déjà là et devra être mis à l'ordre du jour.