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12/02/2018

Le Mal

La question du mal, avant que nous ne lancions dans des invocations variées à Lucifer, doit d'abord avoir lieu à propos de la gnose, première idéologie moderne à considérer un Dieu vraiment double, un créateur mauvais responsable de toutes les imperfections du monde, et un Dieu inconnu origine d'une lumière dont nous possédons des fragments, malgré tout... 

Car cette histoire d'ange déchu et de serpent, qui génère ces histoires de responsabilité individuelle, de péché personnalisé avec ses variantes pour enfants, pour femmes et pour vieillards sont très en deçà de ce qu'on attend du vrai mal, le gras, le gros, avec ses destructions aveugles et sa totale insensibilité aux destins individuels: le vrai mal s'abat sur tout le monde, et c'est bien de cela qu'il faut discuter. 

Le modèle du mal que produisent les gnoses sont bien sur les plus convaincantes (et les plus fascinantes). Elles furent décrites par Hans Jonas en 1928 d'une manière particulière, un peu dans mon genre: il s'agissait de trouver l'"esprit" ou l'"idée" de la gnose, plus que de décrire scrupuleusement en détails l'insensé fatras de ces ontologies démentes toutes plus tordues les unes que les autres... 

Jonas, fondateur (supposé, disons l'un d'entre eux) de la pensée écolo, passa de sa thèse qu'il fit sous la direction de H. lui même. Bien sur il mordit la main qui le nourrissait et entendit ainsi confondre H. comme nihiliste. Sioniste ultra, il débarque en palestine en 1935, se bat contre les nazis pendant la guerre, pour Israël en 48 et publie en 1979 le "principe responsabilité" qui le consacre. 

Heidegger et Nietzsche

D'abord clarifions les relations enter H. et N. (1). En gros, le nihilisme, décrit par N. comme celui des faibles (les chrétiens) et celui des forts (le surhomme) est considéré par H. comme du platonisme. "Nietzsche is der zügellozigste platoniker", c'est dire. Bien que méritoires, les efforts de N. pour rompre avec la métaphysique occidentale sont clairement insuffisants.

Seule une rupture avec le transcendant ET le transcendental vaut. H. ne pouvant rompre avec le transcendant, s'inflige donc le diable (le transcendant non créateur) et le conceptualise: voilà donc ce qu'il y a dans la clairière, le pur évènement, celui qui toujours nie, même le principe de non contradiction!  

Voilà donc la plus magnifique définition du mal qu'on puisse donner, et H. étant nazi cela accentue le coté sulfureux de la chose. 

Jonas

Mais il faut revenir à Jonas. Jonas considère H. comme un gnostique dégénéré et s'oppose à lui. C'est la première chose, mais il en garde bien des caractéristiques et c'est cela le rigolo du mal: il laisse des traces. Quel thésard de H. s'en est sorti indemne? 

On doit bien sur parler de Ernst Bloch, resté en Allemagne de l'Est jusqu'en 61, qui publia le "Principe Espérance". Post marxiste en diable (comme on dit), le philosophe, qui se disait "degoch" nous apprends donc l'inéluctable et cosmique nécessité du mal euh de la rédemption des pauvres, objet G, au coeur de la spiritualité de bien des "penseurs" et autre vieux cons électeurs des partis socialistes variés, la sinistrogyralité leur étant chevillé à la glande pinéale.

Je parle bien ici de tous ces vieux philosophes qui n'en finissent pas de mourir après avoir injecté dans trois générations d'abrutis mondains et suiveurs l'obligation à re-voter Mitterand... Mon dégout et mon mépris pour ces contempteurs du capitalistes, gnostiques de normale sup et honte de l'intelligence française, imaginez le niveau des crétins (et des salopes) qu'ils ont séduit. 

Pour ce qui concerne Jonas, on a clairement le cran du dessus: il tente de poser "le vivant" comme principe de l'être, et veut fonder, c'est ce qui en fait le penseur écolo qu'on révère, une nouvelle ontologie avec ça. L'homme, sommet du vivant devient alors responsable de la création... Au passage on a bien la conception de la technique autonome devenue dangereuse, la main de H. dans la culotte du zouave. 

L'idée est parfaitement moderne et situe le monsieur après la 2ème guerre mondiale, il publia "le concept de Dieu après Auschwitz", en gros la récupération par l'homme du contrôle des opérations après le silence de Dieu pendant la Shoah. On dépasse donc le nihilisme suscité par la sécularisation, c'est ça l'idée... 

Le principe est bien sur une tentative, partiellement la tentative postmoderne, de nous réenfiler un objet G car il le faut bien. Comme si cela était inéluctable... Il faut noter que le transfert de "responsabilité" est bien à ce niveau, Dieu étant soit incapable (ou bien alors simplement d'éclairer), soit délibérément opposé à notre bien être, nous devons nous substituer à sa capacité pourtant considérée autrefois comme grande, d'aimer tout le vivant, y compris sans doute les poux, très utiles, comme chacun sait. 

La technique 

La pensée de la technique comme "autonome" est sans doute l'une des pierres d'achoppement de notre époque. Le concept, issu bien sur de toutes les idées baroques des maitres en sociologie obsédés par le concept expliquant tout, par l'objet G que j'ai trouvé moi, le voilà, a un rapport avec les conceptions modernes de la vie (par exemple l'évolution) conçues comme des machines à information solitaires, et donc autonomes: ce qui arrive aux choses devrait arriver aux idées.  

Bien sur la notion de robots bientôt supérieurs à l'homme se déduit immédiatement du concept premier: le danger est là et on ne sait plus très bien qui est qui, entre des machines qui deviennent des hommes ou des hommes qui deviennent des machines, comme sous hommes ou sur hommes, on ne sait pas non plus. Au fait les machines ont aussi le problème: vont elles remplacer/imiter les crétins ou les génies? 

 La conservation

Dans cet univers menaçant, la responsabilité c'est conserver: l'image de l'homme (et de la femme?) doivent être protégée, et toutes les précautions se valent: on aboutit à une sacralisation et Jonas ne s'en cache pas. Successeur de Dieu, l'homme se doit de respecter ce dont il a la charge. Et sa liberté est fragile, et la voilà la belle éthique. Comme on est loin de la liberté totale de Dieu et de l'Homme que décrivait Scot ! 

La mort

Mais on peut aller encore plus loin: la vie animale sujette à la mort nous a fait développer une "ontologie de la mort"  criticable, moins en tout cas que chez végétaux, de ce point de vue bien plus proche de l'essence de la vie globalement. On en vient au végétarianisme... 

 

(1) H. et N. http://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_1968_num_66_91_5445

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