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23/01/2017

La religion de Troeltsch

Au début du siècle dernier se trouve remis en cause au sommet de la culture européenne le statut intellectuel de la religion. De fait, le religieux occidental disparait à ce moment et se trouvent alors matérialisées lors de cette explosion des réflexions très profondes, à la fois sincères et subtiles, dont l'objectif est de continuer à garder pensable le religieux. On a parlé de Tillich, il nous faut parler de Troeltsch. 

D'abord la théologie libérale: elle est celle qui substitue comme critère de vérité de la religion, le sentiment personnel à l'acceptation du dogme. C'est une expérience subjective interne qui prend le pas sur l'assentiment à une force supranaturelle décrite par l'autorité des églises. La disparition du religieux en occident c'est d'abord cela: une question d'autorité... 

Ernst Troeltsch, ami de Max Weber, il fut un homme politique fondateur de parti dans les années 20, au coeur du terrible drame historique qui détruisit l'âme de l'Allemagne. A ce titre, il tente de penser non seulement le religieux chrétien, mais une une conception du politique, peut être spécifiquement allemand, qui fait la part entre l'individualisme romantique allemand, le dogmatisme religieux, la personne individuelle moderne issue du christianisme et le totalitarisme fou qui émerge du romantisme. A ce titre, il veut réconcilier cet individualisme fondamental, fruit (allemand, bien sur) de la modernité avec la démocratie "occidentale". Nous sommes au début du siècle, et l'Allemagne se dirige, isolée et impériale, vers deux guerres mondiales épouvantables. Nul ne pourra dire que des allemands n'aient pas réfléchi à la chose... 

Il sera celui qui donnera à la théologie une raison d'être fondamentale: l'étude de la compatibilité du religieux avec la raison et avec la société. En parlant de théologie, il classifie, il décrit les différences. Alors que la théologie est ce qui doit faire passer le "mutos" au "logos", la philosophie ne s'intéresse qu'au statut de la pensée et de la conscience et ne peut penser l'extériorité religieuse. De fait, la théologie doit établir l'autonomie du religieux, décrire l'homme tel qu'il est affecté par Dieu, et surtout expliquer pourquoi le christianisme est, en occident, la forme supérieure du religieux.

On est assez loin dans la modernité avec ce monsieur, et tout ceci illustre bien l'effort fait pour continuer à faire vivre intellectuellement, à penser ce que le monde occidental était en train de rejeter à jamais... 

La question de l'universalité du religieux chrétien, chez Troeltsch est à préciser.    

http://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1997_num_214_2_1181

est un article remarquable de clarté dont on fait la paraphase...

Tout d'abord, il y a une conférence en 1902, sur l'absoluité du christianisme et l'histoire de la religion. Cette histoire d'absoluité est d'emblée relativisée, et c'est d'ailleurs pour cela que Troeltsch est considéré relativiste par exemple par Tillich. Alors qu'il y a deux modèles apolégétiques, celui du dogmatisme supranaturel et celui des conceptions idéalistes de l'histoire, on doit considérer que c'est l'expérience intérieure qui sera désormais source de validité pour soi, et non pas une absoluité extérieure. Car Troeltsch l'affirme, le noeud de la chose est que le christianisme qui a toujours été historique et dépendant des époques qu'il a occupé, ne peut pas ni démontrer ni exclure de prétendre qu'il est la forme la plus élevée de toute religion possible.

Un noeud en effet, parfaitement puissant, et centré autour de ce qui est historiquement l'apport chrétien par excellence, l'apparition de la personne, qui plus est, et là c'est très fort, solution à l'aporie de la disparition des vérités éternelles manifestement historiques imposées par les dogmes. C'est  l'explication par l'intériorité essentielle de l'individu, qui de plus échappe à l'explication comme épiphénomène. 

Ensuite il y a une mémorable typologie pour les sociologies religieuses, qui peuvent se manifester comme des églises, voulant couvrir tout le social; comme des sectes, dénonçant le social;  ou comme des mystiques ignorant le social. Cette classification, partagée avec Weber, ne classe pas vraiment l'islam. Mais l'islam est il une religion? 

Cette classification permet bien des réflexions. L'église privilégie la grâce et l'administre, tout en permettant le séculier. La secte minore la grâce et privilégie le comportement, tandis que le mystique purement spirituel renonce au séculier et se soumet entièrement à l'éthique spirituelle. Un autre aspect de la réflexion est celle de la dichotomie droit absolu celui d'avant la chute et d'après la rédemption et le droit naturel (c'est la proclamation stoicienne, il n'est de droit que fondé sur la nature), d'après la chute et voulu par Dieu comme institution pour gérer le péché. Nous voilà donc dans le conflit, explicité par Troeltsch, entre les exigences de l'éthique chrétienne et la possible vie authentique en société. Ce conflit structure le monde moderne, il faut bien l'admettre. 

En tout cas, Troeltsch en fait le conflit qui oppose ethique chrétienne et culture. L'éthique luthérienne introduit alors selon lui une partition entre entre les deux règles, mais à l'intérieur de l'individu. C'est l'idée de la vie dévote, et de l'éthique du métier.  

Continuons avec la dichotomie sur la religion: éphiphénomène de l'humain ou du social? Troeltsch veut en faire autre chose, c'est à dire peu ou prou la théorie "ultra moderne" (la mienne): un élément de l'humain, voire ce qui fait l'humain. Pour ce qui concerne Troeltsch, on n'en est pas encore tout à fait là, car il associe plutôt le christianisme en tant que tel à l'émergence du monde moderne, et cela via l'apparition de la personne. 

On arrive là à une sociologie du christianisme (via "Doctrines sociales") qui va jusqu'à penser une nouvelle expression religieuse, au delà de l'église, et tenant compte de l'individu démocratique, c'est ce qu'on esquissait plus haut de la conception de l'individu allemand face à ses tendances... 

 

Mais continuons aussi sur la pensée possible du divin: au risque de me faire rouler dans la farine par d'habiles manipulateurs, on pourrait le décrire comme non supranaturel (on en a parlé) mais de tout de même transcendant, avec une utilisation de l'immanence et non pas une suspension... Habile non ? Le divin sera pensé transcendant sans autres effets physiques que ceux du don de signification, et cela sans passer par un sens de l'histoire hégélien qui en ferait une puissance du réel... De quoi réintroduire le bien connu dans un cadre acceptable... Il nous faut l'admettre, ces gens là (Troeltsch, Tillich) sont des génies.

Par contre, Troeltsch, il faut le savoir rompt avec l'approche supranaturaliste de l'incarnation du christ comme évènement absolu de l'histoire, dogmatiquement affirmé, et révéré explicitement pas les grands conciles... Il meurt subitement en 1924 sans s'être complètement expliqué... 

Sa subtile approche d'une incarnation qui est à la fois un phénomène quasi naturel (j'exagère) en tout cas multiple et aussi ce qui rend le christ unique et propre à l'essence de l'humanité  est toute une histoire... 

 

 

 

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