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29/01/2016

Walter Benjamin

Benjamin est tout de même très connu, bien qu'on nous dise le contraire. Très branché aussi et sans doute l'un des plus véritablement profonds des philosophes du XXème siècle. Il aborde une grande variété de thèmes extraordinaires, parties vivantes des interrogations du début du XXI ème siècle.

Il parle à la fois et successivement de Théologie, d'Art, et de Politique. 

La sécularisation

 Pour partie il est un théologien de la sécularisation, mais dans un sens particulier, il est d'abord le théoricien du "capitalisme comme religion" et donc un propagandiste marxisant de la vilenie de la marchandise, du désespoir du pauvre etc etc. Il va plus loin: le christianisme, sur le modèle de Weber s'est transformé en capitalisme, la pensée de la fin du monde s'identifiant avec la révolution, voila donc pour la sécularisation... 

Il est ainsi le théoricien de la sécularisation: tout est théologique en fait, bien plus que sexuel.

On trouvera ici tous les thèmes sur la rencontre entre religion et marxismes, par exemple pour Jacob Taubes, la sécularisation de la gnose vers le marxisme: l'histoire de l'occident étant le combat autour de l'enjeu caché de l'eschatologique ("eschatologie occidentale"). Cette question de la gnose est la positivation de la Weltfremdheit (le sentiment d'être étranger au monde), détruite par le dieu bon du moyen age, le dieu chrétien qui vainquit la gnose. Mais le nominalisme rend à nouveau dieu indépendant de ses créature, la sécularisation de la gnose étant le grand récit interprétatif des années 30: Le gnostique est l'être jeté là de Heidegger. 

Les autres "gnostiques" du XXème siècle sont bien sur Voegelin et Jonas. 

Car L'eschaton est la fin de l'exil et le refus de la transcendance du dieu de l'ancien testament la marque de quelquechose: la sécularisation de tout. 

L'Art

Mais d'abord le baroque, car Benjamin est d'abord l'auteur d'un traité sur le drame baroque au XVIIème siècle: il y règne l'allégorie, alors que le romantisme invoque le symbolisme. Ca c'est une différence. Repris par  Adorno son ami, le thème est un élément important de la théorie de l'Art.

Vient ensuite le très célèbre "l'oeuvre d'art à l'époque de la reproduction technique". 

A partir d'une définition de l'Aura d'une oeuvre (l'unique apparition d'un lointain) qui fait son unicité et son authenticité, il décrit le déclin de l'Aura (Verfall der Aura), associé à la reproductibilité. On remarquera la distinction marxisto hégélienne entre usage/échange et culturel/exposition, fondement de la distinction entre les choses. 

Au fait, une intéressante intuition au sujet de la photo : "Un cliché photographique, par exemple, permet le tirage de quantité d'épreuves : en demander l'épreuve authentique serait absurde." Comme quoi... 

Et puis, les passages parisiens: l'Aura de Paris, magnifiquement évoqué, les passages sont un intérieur habité. 

Benjamin est ainsi porteur d'une théorie de l'interprétation de l'oeuvre d'art, et donc du monde tout entier. En gros: le baroque croit en la répétition, en la fixité des représentations et mieux, ne questionne pas cette fixité: pas de d'eschaton (le dernier). Le contraire du romantisme, qui finit par théoriser avec le génie, la fin de l'art. Au passage, aviez vous compris que la remise en cause, la nouveauté perpétuelle, a pour point fixe la fin du monde, la fin de l'histoire ? Benjamin propose alors une théorie nouvelle, ou le critique a sa part: l'Art serait il construit par ceux qui le regardent ? 

Benjamin a traduit Proust, mais considère à tort que sa description du snobisme est supérieure à sa théorie de l'Art, concurrence oblige, et c'est impardonnable:  le snob comme consommateur chimiquement pur: comment LUI peut il dire cela ? 

Et puis il y a l'"Angelus novus" de Paul Klee: L'ange est poussé par une tempête qui s'appelle le progrès vers un avenir à qui il tourne le dos. C'est l'Ange de l'histoire. 

Benjamin et le judaïsme

Mais il y a aussi ses amis, Rosenzweig, Scholem, Buber... Stéphane Moses fut un magnifique "vulgarisateur" de ces hommes, les grands intellectuels juifs d'avant la catastrophe... 

Pour Rosenzweig, le judaïsme est hors de l'histoire. Entre assimilation et sionisme, il fait du juif la preuve que l'histoire n'est pas première et que Hegel a tort. Pour lui le judaïsme c'est un rapport fondamental, intime à l'histoire, à la terre,  à la langue et aussi l'intersection des deux triangles (monde, homme, dieu et aussi création, révélation, rédemption) : Der Stern der Erlösung". La rédemption ? Elle est à la fois passée (il y a bien eu rachat par Dieu lors de la libération de l'esclavage en Egypte) et à venir, le Messie étant l'horizon permanent du futur, celui ci pouvant advenir à chaque seconde. "chaque seconde est la porte étroite par où peut passer le messie"

Politiquement Rosenzweig est à la fois contre le sionisme et contre l'assimilation, et mourut en 29.

Scholem alla en Israël dès 1923. C'est un kabbaliste, figure de la passion pour le langage de tous ces intellectuels. 

Benjamin et Kafka: l'homme a violé une loi qu'il ne connaissait pas et se tourne vers son origine pour savoir de quoi il en retourne. C'est cela qu'il(Kafka) veut dire...  

Ah ces juifs là ! Quels tourments ! Et on nous les a décrit comme des pourris acharnés à détruire un monde que manifestement ils aiment au delà de tout... 

 

La politique et l'histoire

Le dossier Schmitt/Benjamin est un thème parfaitement actuel porté par Giorgio Agamben qui décrit  l'emprunt que fait Benjamin à Schmitt. L'âge baroque a lu la théologie politique, et la discussion porte sur le statut de l'état d'exception, de sa relation avec la loi, qui l'abolit (Benjamin) ou la confirme (Schmitt).

Pour Schmitt, il n'y a que l'état qui puisse mettre fin à la guerre civile. Qu'est ce alors que la "guerre civile mondiale"?  Et bien on est bien dans le débat, qui se situe à une grande hauteur: dans la mesure ou seul l'Etat peut mettre fin à la guerre civile d'après Schmitt, et que l'on considère certains états comme radicalement ennemis, et bien nous sommes en guerre civile et le droit est suspendu, de fait. C'est évidemment (d'après moi) la thèse du nazi qui refuse toujours d'admettre sa défaite et qui renvoie à son ennemi victorieux le soin de gérer une situation qu'il aurait pu gérer lui même... 

Benjamin lui est toujours dans le refus/promotion de la disparition complète du droit(loi) derrière le concept (messianique) de révolution, qui rend l'exception permanente, dans les deux sens du terme. Apocalyptique, en effet.

On pourrait au passage réfléchir sur le concept de république et de démocratie libérale, comme entité qui ne soit pas TOUJOURS le cloaque corrompu et désespérant qu'il est actuellement et qui le fut dans les années qui précédèrent la catastrophe allemande... Pour ces deux auteurs, en tout cas, ce concept n'existe pas...

Pour finir l'apocatastase (le rétablissement de toute chose, représenté par la chanson "nous irons tous au paradis")

"Sur le concept d'histoire" est la dernière oeuvre de Benjamin. 

 

 

 

16/01/2016

Les Catégories

La théorie des catégories est le sommet de la représentation des choses et encore, il y a mieux, vous allez voir.

Définition

Bon, une avancée dans ma compréhension: une catégorie est formée de deux ensembles d'objets : des objets et des flèches qui relient les objets. Une sorte de graphe avec en plus  que les flèches composent: si ya a vers b et de b vers c et bien y a de a vers c; et que ya une flèche de chaque objet vers lui même et que aussi la composition des flèches est associative. 

Il faut bien comprendre que chaque flèche (arrow) a autant d'existence qu'un objet et n'ESTPAS une fonction, mais UNE ligne entre deux points, un tuple d'objets la représente: son domaine et son codomaine. 

L'assimilation d'une flèche à une fonction (à un être multiple, donc) est possible mais n'est pas obligée. Par exemple, un arbre de classes dans un langage de programmation est exemple de connexion par des flèches (la relation "extends") d'un ensemble d'objets, et c'est une catégorie. 

On peut aussi interpréter les flèches entre deux objets qui sont des types comme une fonction entre les deux types, sachant qu'il y a autant de flèches entre deux types qu'il y a de fonctions possibles entre les deux types. C'est pour cela qu'on parle de "morphisme" au sujet des flèches, mais c'est un abus de langage destiné à perdre les andouilles.  

Bien sur le fait de parler tout de suite de "type" est en soi un peu abstrait, comme si la notion était évidente. De fait elle l'est, je(nous) suis(sommes) des programmeurs n'est ce pas? Quoi de plus naturel qu'un type ? 

Mais il y a plein de types de catégories, et toute la difficulté tient au interprétations de la notion, au modèles qu'on lui donne et ils sont infiniment variés, et c'est tout le problème. 

On monte

La catégorie des catégories avec comme flèches les foncteurs entre les catégories s'appelle Cat. Ca c'est de la belle abstraction (mal à l'estomac ?).

Un foncteur entre deux catégories associe les objets et aussi les flèches, mais en préservant les compositions. Il y a autant de foncteurs qu'on veut bien sur, et deux catégories peuvent être fonctorisées de plusieurs manières. Un foncteur est ainsi un homomorphisme. Quand il relie une catégorie à elle même, c'est un endomorphisme, un endofoncteur donc. Loin de se contenter des misérables catégories elle même, nous voilà donc à les brasser par paquets, les seuls objets dotés de sens étant les façons de les associer... 

Et bien cette manière de tirer des choses de conventions de relations entre d'autres choses est une façon de créer le monde, celui surgissant littéralement du langage, pour notre plus grand plaisir: c'est le concept du feu d'artifice, moteur de magnifiques spéculations fantasmatiques. Comme si le monde pouvait se définir lui même. Toutes ses caractéristiques sortent ainsi de ses repliements sur lui même comme des assertions dans le parler, assertions sujettes aux contraintes du monde, celles qui sont démontrables dans ce même langage, et donc absolument vraies. 

Accrochez vous, il y a mieux.

Car il y a les topos. Inventés par Alexander(re) Grothendieck le génial fou mort récemment après avoir fasciné deux générations de semi-fous,  ils sont une sorte de catégorie, et la catégorie des ensembles en est un.

Cet objet est particulièrement intéressant car il se substitue à l'ensemble de tous les ensembles qui n'existe pas lui; il s'appelle Set. Qu'une tel machin ne soit qu'une instance me réjouit particulièrement : quel homme cet alexandre ! 

Notons que les axiomes des topos furent donnés par Jean Giraud, qui n'a rien à voir avec le célèbre dessinateur de bandes dessinées Moebius (ou Gir). 

Une théorie particulière peut être encodée dans un topos, qui peut ou non avoir l'axiome du choix, par exemple. Mais on peut faire mieux, la chose permettant la matérialisation ex nihilo de concepts particuliers, la notion de groupe par exemple pouvant être tordue au point de dire que les groupes "sont" les endofoncteurs qui préservent la structure d'un topos particulier. 

Au sujet de Grothendieck, il faut savoir que ses univers (les univers de Grothendieck) fournissent des modèles de la théorie des ensembles. Ils sont des ensembles particuliers qui contiennent certaines de leurs parties de manière tordue. Ils permettraient ainsi de faire "mieux" que les autres théories des ensembles. 

Rappellons qu'aprés Zemerlo Franckel  Axiome du choix (ZFC) (Axiome du choix n'est ni fou, ni mort, il n'est pas le nom d'un humain), la théorie des ensembles la plus connue, il existe aussi von Neumann-Bernays-Gödel (NBG), la magnifique théorie des classes, qui avec un nombre fini d'axiomes permet de tout faire: on a ainsi des classes et des ensembles, les ensembles étant les classes appartenant à au moins une classe. La notion de classe ne serait, dit on, pas bien décrite dans ZFC.  

Au passage, les considérations sur l'infini induites par toutes ces belles théories amènent à une conception de celui ci qui a un intérêt peu connu: il n'est aucunement borné, c'est à dire ne cesse jamais de susciter plus grand que lui et ce à l'infini, ce qui est une manière élégante de dire qu'il n'existe pas en fait. 

 

Et finalement

 

Et donc pour finir, une encore plus splendide considération sur l'infini: si un cardinal inaccessible se définit comme étant plus grand que la puissance de 2 (l'ensemble des parties) de tout cardinal qui lui est inférieur, et bien il est indécidable (dans ZFC) de dire que tout cardinal est majoré par un cardinal inaccessible. De plus, et là je me marre, cela est équivalent (et donc tout autant indécidable) à dire que tout ensemble appartient à un univers de Grothendieck.

Il y a alors une théorie des ensembles de Tarski Grothendieck, qui autorise cet indécidable là. Je ne vous raconterais pas ce qu'elle doit s'autoriser par ailleurs... 

 

 

15/01/2016

Les Théologies

La théologie est un domaine de l'activité et de la pensée humaine au niveau de la philosophie, voire supérieure à celle ci car s'occupant aussi, et c'est Duns Scot qui le dit, de l'homme d'avant la chute et aussi d'après le jugement dernier.  Mais aussi, pour Philon d'Alexandrie, Moise est "ho theologos" celui qui interprète la parole de Dieu.

Cela signifie que la science de Dieu c'est une science de l'homme qui inclut les caractères divins de l'homme, tandis que la simple philosophie se trouve réduite à ses cotés terrestres, historiques, dépendant de sa déchéance provisoire. 

Comprendre une telle conception illustre que ce domaine du savoir, complètement ignoré dans une France qui ne donne pas de cours de cette belle discipline (alors que c'est le cas en Allemagne) hors des centres catholiques spécialisés ou des officines protestantes ou juives, et exclusivement réservés à la formation des prêtres et apparentés. 

Et bien alors que Dieu et tout surnaturel n'ont aucune réalité, je l'affirme et c'est mon avis, les conceptions du divin exprimées dans le langage avec la cohérence qu'exige la raison on droit de cité : elles expriment des conceptions et des réalités qui sont d'ailleurs les seules qu'on puisse effectivement rattacher aux différents sentiments religieux.

Alors que l'on a que faire des traditions, des superstitions,  et des respects divers aux lamentables pratiques régressives qui ridiculisent tous les religieux, on se doit de comprendre et de considérer comme parties fondamentales de la culture les dogmes et concepts qui constituent les grands systèmes religieux. Ils ne sont pas ridicules, eux: ils sont le produit de réflexions profondes, d'inventions magnifiques, de conceptions grandioses ! Ils sont ce qu'expliquent, expriment, rationalisent les théologies.

Ils sont ce qui intéresse LA théologie, je ne sais pas si on peut passer à ce point à la limite, la discipline ne se partageant évidemment pas, et c'est un aspect important de la question. S'il y a du "théologique" c'est pour rationaliser l'expression non pas de ce qu'on appelle la "croyance", et qui n'a pas d'intérêt en soi tant elle peut être diverse, désordonnée, superstitieuse ou fanatique, mais de ce qu'il faut bien appeler Dieu, le "théos" objet de science, et oui. Car cette chose là existe figurez vous: la preuve on peut en parler de la sorte, raisonnablement.

Je ne parle pas d'un dieu particulier, par exemple l'entité prouvable de Descartes ou même de Thomas d'Aquin. Je parle des Dieu des traditions, qui n'a d'autre existence manifeste que celle, équilibrée et rationalisée par les théologies sous la contrainte des Eglises. Cette existence là a deux caractéristiques: elle n'est pas réelle (point de surnaturel en théologie, ou bien par l'intermédiaire du concept de miracle), et elle est cohérente, contrainte par la nécessité de la raison qui la décrit dans l'histoire. Elle peut évoluer, mais pas trop et le contrôle de cette évolution, qui ressemble à une danse, est tout l'objet de la discipline. 

Commençant d'abord par la chrétienne: on doit passer par dessus le catholicisme, car le XXème siècle fut d'abord celui des grands théologiens protestants allemands: Adolf von Harnack, Ernst Troeltsch, Rudolf Bultmann, Paul Tilich sont de très importants auteurs. 

Mais parlons de la juive: Martin Buber, Gershom Scholem, Franz Rosenzweig sont tout aussi importants. Walter Benjamin les connut tous.

Que dire de l'islam ? N'en parlons pas ici, le théologique en islam est sans doute autre chose, en tout cas à traiter séparément. 

Quel est le contenu de ces discours ? Et bien, il me faut bien reconnaitre que je suis loin de pouvoir l'estimer véritablement. Qui le peut vraiment et qui en connait vraiment tous les complexes contenus ? 

Ce qu'on sait, c'est que coté chrétien, la question du Christ lui même est un problème: est il Dieu lui même ou autre chose, et si oui quoi ?  Et peut on parler de tout cela sans s'exposer à la rupture avec ce qu'affirment les dogmes ? Car toute la complexité de la chose est que ces hommes n'ont pas les coudées franches pour inventer une nouvelle religion; il décrivent quelque chose qui a une cohérence, en laquelle ils croient ou non mais qui ne s'invente pas, ne se crée pas, quelque chose qui existe et dont on ne peut que découvrir les propriétés, le théologien étant ce découvreur là, c'est ce que je disais plus haut. 

La situation fut déjà difficile à l'aube de ce christianisme, que dis je à l'aube, au matin: à partir du moment ou existait cette reconnaissance du contact avec cette identité humaine là, et qu'il était une expression d'un projet divin à expliquer, il fallut mettre en musique un discours (...) qui exprimait rationnellement la chose. Il fallut conceptualiser un divin d'une manière proprement inconcevable: avec un homme qui s'identifiait à lui, et qui se trouvait devoir trouver son origine dans un projet hors du temps, tout cela après avoir disparu, remplacé par un esprit sensé remplacer tout le monde...

La légende chrétienne solution du problème est certes absurde, contradictoire voire inimaginable: elle reste cohérente et rationnelle même si basée finalement sur un mystère que l'on peut refuser d'admettre, la question du messie advenu et disparu, ce problème magnifique qui hante la civilisation occidentale: celui de Dieu dans l'histoire. Et bien les théologies qui en exprimèrent, découvrirent et décrirent les solutions font partie de la culture à un point que peu réalisent vraiment. Ils s'inscrivent dans la trame de l'histoire, dans le tissu de la civilisation et de la culture. 

Les juifs eurent le même problème: Dieu dans l'histoire, à l'origine de la loi, fondation de l'identité, et cette fois dans un avenir mystérieux mais catastrophique dont le sens est le sujet de la réflexion. Je m'arrête là, car le judaïsme a un problème avec l'universel, celui ci étant l'objet de sa réflexion pour son malheur: son identité, son particuliarisme étant précisément cette réflexion, alimentée par le concept du messianique.  

Quand Walter Benjamin philosophe, questionne la sécularisation du religieux, il inscrit dans les conceptions du monde les éléments du malheur juif, personnel et collectif: est il un créateur d'universel à partir du seul sentiment possible ou le vulgarisateur d'un religieux identitaire particulier ? Mieux,  n'est il pas un théologien en fait ? 

Bref, comme le caractère irréfutable, ni physique, ni même métaphysique, de la chose ne peut être clos, le grand vent du divin surnaturel en arrière plan garantit que ces discours là continueront, quoiqu'on en dise... Car tout autant que le religieux le théologique est une passion. Bien que plus cérébrale. 

Qu'est ce que le christianisme ? Qu'elle est son "essence" ? Harnack, Troeltsch en parlèrent...

Un autre problème chrétien : le salut, la grâce, la rédemption. Absurde, incompréhensible et totalement en dehors de toutes les préoccupations modernes. Totalement doté de sens et puissamment ancré dans toute l'histoire pourtant. Comment le qualifier et s'en débarrasser ou vérifier sa désactivation ? A moins qu'il ne soit toujours figé dans l'inconscient (dans ce qu'on se refuse de parler explicitement) actif et prêt à surgir sous une forme ou une autre. 

Car la religion, tout comme le sexe, ne se dit pas vraiment: d'abord c'est gênant, en plus ce n'est pas si facile. Expliciter le sensoriel pur reste toute une affaire. Dans cette époque de multi tout (identité, culture, religion) encore plus. Ca refoule comme on dit, et quand cela ressort, le désordre est grand, forcément. Le théologien connaisseur des problèmes, et donc de leur réalité, à la fois logique et sensorielle sera t il le grand médecin de l'époque moderne? En tout cas sa science doit être rendue publique et sa culture aussi: sur la table les grandes idées. 

Reprenons les deux questions sur le christianisme, en commençant par la première.

La solution (l'ensemble du discours trinitaire) finalement retenue reste inexprimée dans des termes dotés de sens pour nous (je veux dire qu'elle est totalement dénué de sens  pour un occidental moyen d'aujourd'hui, chrétien ou non); pourtant elle le fut longtemps. Ce sens là est il tout entier contenu dans un discours autoritaire qui imposait finalement l'acceptation d'un mystère ou bien cela pouvait il être ressenti et intériorisé depuis une réalité collective, donc une réalité ? Et bien c'est ce dont la théologie peut parler, c'est précisément son sujet. 

Le second problème (toute l'histoire de la grâce et de la justification) est sans doute encore plus grave, en ce qu'il peut entrainer le refus de conceptions bizarres que l'on peut vouloir refuser: par exemple le caractère sacrificiel de la mort du Christ, c'est à dire  le rôle salvateur de sa mort ignominieuse. Le religieux tout entier doit il être refusé au nom du refus moderne de cette rédemption là ou bien n'est il qu'une erreur intellectuelle tardive ? Cette réflexion là demande des ressources énormes, et se trouve loin d'être finie, la encore les théologiens doivent oeuvrer.

Surtout que les deux problèmes du christianisme pourraient bien ne faire qu'un et là encore Duns Scot à son avantage serait le meilleur des théo-riciens: qu'importe la déchéance, qu'importe la faute, et le plan de Dieu d'envoyer son fils serait donc, c'est lui qui le dit, indépendant des petits péchés de l'histoire, et réalisé dans tous les cas, dont celui ci. On pourrait donc, et cette théologie-là est super-créative, se réjouir de sa venue sans en ressentir aucune tristesse, la violence pouvant être rejetée dans tous les cas, dont celui-ci. Sommes nous là dans le possible théologique ? 

Nous avions évoqué Karl Barth et ses ennemis. Parlons de Paul Troeltsch : un protestant qui va jusqu'à rejeter la révélation historique de Dieu, celui se faisant connaitre de manière immanente et naturelle. On peut ainsi aller, tout en maintenant la supériorité du christianisme, jusqu'à un Dieu révélé de manières multiples. 

Et bien le spectacle de la bête qui tourne et se retourne, entaillée par ces questions là est magnifique. Olé ! 

 

12/01/2016

De Gaulle, Vichy le libéralisme et la liberté.

Voici rassemblés ici un ensemble de commentaires fait à un texte (la monnaie) dont le sujet n'avait rien à voir avec le propos. Le sujet en est tout de même extrèmement intéressant. 

Je me permet de les re-publier ici sans modifications aucune, que son auteur n'y voit nulle offense, juste une commodité.

 

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Bonjour,

Je suis tombé par le plus grand des hasards sur votre blog qui me paraît, sinon à nul autre pareil, en tout cas fort original; à la fois dans la forme (on trouve rarement accolées des démonstrations mathématiques et des considérations philosophiques) et dans le fond (vous vous proclamez libéral mais vénérez le Général et refusez la libre circulation des hommes; réactionnaire mais amoureux de le science; opposé aux Le Pen tout en étant favorables aux identitaires; contre les religions mais admirateur de René Girard).

Bref, vous représentez une forme de chatoiement du monde (excusez ma pédanterie) qui m'intrigue et me laisse penser que j'aurai peut-être beaucoup de choses à apprendre de conversations avec vous (étant entendu que je suis bien moins porté vers l'abstraction que vous ne l'êtes).

Seriez-vous disposez à engager le débat avec moi?

Écrit par : odp | 07/01/2016

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Je vous remercie de votre gentillesse.
Simplement, De Gaulle fut libéral en 58 et présenta lui des budgets en équilibre.
D'autre part, la libre circulation des hommes (celle des autres) s'oppose à la libre détermination de ses frontières (des siennes). L'idéologie dite libérale et qui effectivement inclut le refus des nations n'est qu'une domination par une idéologie justement et aussi par les prédateurs.
Le pragmatisme politique consiste à utiliser le libéralisme pour ce qu'il est: une nature des choses dont la considération convient à l'instauration de sa puissance. C'est une définition du gaullisme.

Réactionnaire certes, mais je m'en explique, l'autonomie du jugement étant nécessaire pour reconnaitre soi même le nouveau ou le vrai (autant qu'il est possible), ce qui est la marque du scientifique.

Favorable aux identitaires ? Franchement je ne crois pas, ou secondairement, car ce qu'on veut appeler "identité" est parfaitement mal défini, l'expression "identité nationale" étant quasiment un oxymore pour moi.
C'est peut être ça le débat: l'identité est par définition multiple, et privée. Elle ne peut se manifester que comme abdication et humiliation devant le sentiment national. Que cette attitude soit considérée comme marquant une identité particulière, je veux bien, mais là on parle d'autre chose.
En tout cas ma détestation de la famille Lepen et de tout ce qu'elle représente est totale, ça c'est vrai. De plus ma détestation pour les communautarismes est à la hauteur: je ne respecte en rien les identités religieuses catholique ou musulmane, et veut les humilier pour les raisons dites. Pour moi, le spirituel et le religieux s'assimilent au sexuel: liberté absolue pour toutes les turpitudes, mais dans l'espace privé, s'il vous plait, cela pourrait gêner ceux qui ont la tête ailleurs momentanément.

René Girard n'est pas un religieux, et vous devriez savoir pourquoi, vu son explication de la chose. Ma haine des religions, en fait un dégout profond pour toute référence à toute espèce de sacré vient de lui.

Bien à vous, et cela n'a rien à voir avec la monnaie.

Écrit par : François Carmignola | 09/01/2016

 

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Bonjour,

Commençons par le plus simple: mon interrogation quant à l'adéquation entre Gaullisme et libéralisme. Sauf erreur de ma part, le libéralisme est fondé sur un postulat dont découle tous les autres: la primauté de l'individu sur la communauté. Or s'il est un homme politique qui a constamment placé la communauté (la France) au dessus des individus, c'est bien de Gaulle, n'hésitant jamais à sacrifier des individus (Darlan, Pucheu, Salan) ou des groupes d'individus (les marins de Mers-El-Kebir, les français d'Algérie, les Harkis) aux besoins de l'Etat. A ce titre, il me semble que le budget en équilibre de 1958 est un épiphénomène qui reflète plutôt le traditionalisme du Général en matière économique qu'un quelconque "libéralisme".

De la même manière, vous vouez aux gémonies le "sacré"; mais là encore, s'il fut un homme politique qui eût le sens du sacré, c'est bien de Gaulle. Sans sens du sacré, il n'y a pas de 18 juin 40 ; et il n'est pas innocent que la Résistance fut peuplée d'homme du sacré (grosso le PCF et l'Action Française) et la collaboration d'agnostiques (libéraux et radical-socialistes).

Écrit par : odp | 10/01/2016

 

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Il est tout à fait certain que De Gaulle ne fut pas un idéologue libéral. Simplement il utilisa le libéralisme économique d'un Rueff pour restaurer pragmatiquement la puissance française.
Votre définition du libéralisme est un peu étroite, je mentionnerais plutôt le primat de la liberté comme source d'efficience sociale, économique et morale. De ce point de vue De Gaulle, tout militaire catholique qu'il fut, ne fut jamais un ennemi de cela. Démocrate convaincu, sauveur de la république contre tous les fascismes, tous les communismes, figure fondatrice de l'Europe, il est pour moi un héros de la liberté, et donc, à mon sens je vous l'accorde, un libéral.

Si je puis me permettre, De Gaulle n'a aucunement "sacrifié" ceux que vous dites.
- Darlan fut assassiné par un activiste gaulliste, mais pas sur l'ordre de De Gaulle.
- la grâce de Pucheu fut refusé par De Gaulle intentionnellement et avec raison: Pucheu était un traitre
- Salan fut un glorieux militaire, puis intenta un coup d'Etat contre la république. Il fut gracié en 68.
- les marins de mers el kebir furent victimes du refus de leurs chefs de participer à la lutte contre
l'Allemagne. Churchill a eu raison de couler leur bateaux; De Gaulle ne fut pas consulté mais approuva la chose.

L'affaire d'Algérie, c'est autre chose. D'abord, il n'était pas prévu que les français d'Algérie quittent aussi vite leur "pays". Et les harkis n'avaient pas vocation non plus à venir tous en France, pour les mêmes raisons. Mais on pourra en reparler si vous voulez.

Au sujet du sacré, je ne vois absolument pas ce que le 18 Juin a de "sacré": un général appelle à la lutte contre l'ennemi, voilà qui est parfaitement laïc.
En 40, l'action française et les communistes n'ont pas vraiment suivi ce chemin et pour des raisons différentes (les uns car Maurras soutenait Pétain, les autres car Staline soutenait Hitler).
A Londres, en 40, il n'y avait personne, à part De Gaulle et "quelques juifs". Ceux qui suivirent De Gaulle le firent pour des raisons personnelles et rien, absolument rien des partis ou des corps constitués français, y compris l'armée et l'église ne le suivit.
Le reste ne fut que la victoire militaire américaine, la sauvegarde inespérée de la souveraineté française grâce à lui, et une immense ingratitude.

De Gaulle n'a rien sacrifié du tout: il a agit dans l'intérêt de son pays en toute occasion, et c'est bien ce qu'on retient de lui.
Bien à vous et au plaisir de la conversation.

 

 

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Je vais commencer par réfuter votre postulat selon lequel la liberté est en toutes circonstances une source d'efficience sociale, économique et morale. Dans ce cas, en effet, pourquoi vouloir restreindre la liberté de circulation des hommes? Et ne me dites pas que la liberté c'est aussi celle d'interdire...

Par la suite, que de Gaulle ait été, après guerre, un défenseur de la démocratie contre le totalitarisme, c'est tout à fait vrai; mais ça ne fait pas de lui, dans l'acception actuelle, un libéral. De fait, à part quelques extrémistes isolés, les anti-libéraux actuels, de droite comme de gauche, sont favorables à la démocratie ; et c'est d'ailleurs parce qu'ils estiment que le libéralisme, tel qu'il se déploie actuellement via la liberté absolue (ou presque) de circulation des capitaux, des marchandises et des hommes, sape la démocratie qu'ils s'y opposent. Vu le merdier que ledit système a créé au cours des 40 dernières années, il est difficile de réfuter leur analyse d'un revers de main.

De fait, ce sur quoi s'affrontent libéraux et anti-libéraux actuellement c'est sur le thème de la frontière, pour les hommes, les capitaux et les marchandises. Et de Gaulle, étant entendu qu'il était d'abord et avant tout un défenseur de la Nation et qu'il n'existe pas de Nation sans frontières, me semble très clairement devoir être rangé, à cette aune, dans le camp des anti-libéraux. Une autre façon de voir les choses, est que les libéraux postulent le primat de l'économie sur le politique tandis que les anti-libéraux postulent l'inverse. Point n'est besoin d'être très versé en exégèse Gaulliste pour estimer que de Gaulle appartient également, sur ce point, au camp anti-libéral.

Écrit par : odp | 11/01/2016

 

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Sinon, quelques précisions historiques et de mon point de vue.

Pour Juin 40, vous avez tronqué la fameuse citation: il n'y avait pas personne à part de Gaulle et "quelques juifs"; mais personne, à part de Gaulle, "des aristocrates (i.e. des membres de l'Action Française) et quelques juifs". L'essentiel de l'Etat-Major Gaulliste en 40 est Action Française; à commencer par le Général Leclerc, le Colonel Passy, le Général de Larminat ou le Colonel de Boislambert.

De Gaulle lui-même a été très longtemps (jusqu'en 40) un admirateur de Maurras qui le lui a très longtemps rendu. On connaît la fameuse citation: "Maurras est devenu fou à force d'avoir raison". Je vous engage à lire la notice wikipédia de Maurras à la section "Maurras et de Gaulle", c'est sans équivoque:https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Maurras#Maurras_et_...

Enfin, sur le terrain (i.e. en France), une très large part des mouvements de la Résistance non-communiste était d'obédience Action Française, à commencer par le plus important d'entre eux, Combat, d'Henri Frenay; mais j'aurai pu également citer Alliance de Loustanau-Lacau, Ceux de La Libération de Ripoche, l'Organisation Civile et Miliaire de Jacques Arthuys ou l'Organisation de Résistance de l'Armée.

Quant aux communistes, ils attendirent certes l'invasion de l'URSS par les nazis pour entrer réellement en résistance, mais il est difficile de contester qu'ils y jouèrent un rôle capital.

Bref, je réitère mon premier point : la Résistance, ce fut d'abord et avant tout l’Action Française et les Communistes, anti-libéraux s’il en fût ; de libéraux on ne vit point, trop occupés qu’ils étaient à « dîner en ville » comme disait de Gaulle parlant de la bourgeoisie. En la matière,

Ce qui m’amène à préciser en quoi j’estime que le 18 juin 40 reposa sur les ressorts du sacré.

Pour partir, comme vous l’avez dit, seul contre tous les corps constitués, institutions et partis, il a fallu à de Gaulle des ressources morales qu’il ne pût trouver que dans le caractère pour lui « sacré » de la France telle qu’il la concevait. De Gaulle avait clairement la religion de la France (bien plus que celle de la liberté). D’autres qui partageaient cette foi firent d’autres choix (je pense notamment aux vichysso-résistants) ; mais il est sûr que seuls ceux qui étaient animé d’un « feu sacré » (national ou communiste) se retrouvèrent dans la résistance. Les agnostiques choisirent soit la collaboration, soit le retrait du monde.

Sur Pucheu, qualifier de traitre un homme qui, après avoir tenté d’administrer la zone libre dans ce qu’il pensait être l’intérêt de la France, décide, après le débarquement allié en Afrique du Nord, de rejoindre Alger pour combattre les allemands est un peu étrange. Pucheu fût « sacrifié » parce que les communistes l’exigeaient (suite à l’affaire des otages Chateaubriant) et que de Gaulle avait besoin d’eux pour unifier la Résistance intérieure. Si Pucheu était un traitre qui méritait d’être passé par les armes alors il aurait fallu faire subir le même sort à Michel Debré, Maurice Couve de Murville ou Maurice Clavel qui tous servirent d’abord l’« Etat français » avant de perdre leurs illusions.

Écrit par : odp | 11/01/2016

 

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Le ton va vite monter, nous ne sommes pas du même bord...
D'abord la citation exacte (de De Gaulle) est "une poignée d'aristocrates, quelques juifs éclairés, et les pêcheurs de l'Ile de Sein". Les aristocrates en question n'étaient certes pas des envoyés de l'Action Française, et si vous le supposez, ou vous laissez vous même le croire et bien vous vous fourvoyez gravement.
Boislambert était plutôt cagoulard à l'origine (la cagoule fut toujours détestée par l'Action française)
Dewavrin (Passy) fut accusé d'être cagoulard, mais ne fut pas action française. Vous confondez avec un autre colonel, Rémy, le gaullo pétainiste des années 50...
De Larminat n'était certainement pas action française. Lisez l"'Esprit des français libres"
http://www.france-libre.net/lesprit-des-francais-libres-par-le-general-de-larminat/
On en vient à la liberté: c'est le maitre mot de l'épopée de ces aristocrates et de ces juifs là, et elle ne doit rien à l'action française, qui s'est ralliée toute entière à la révolution nationale et à la collaboration.

Au fait pour ce que je pense. Selon moi, toute citoyen qui a pendant l'année 1940 pensé qu'il était nécessaire de cesser le combat et de suivre le maréchal Pétain est un traitre, un lâche et un mauvais patriote. Il a perdu le droit d'émettre un avis et en particulier de reprocher quoique ce soit au seul homme qui se soit dressé contre l'ignominie de l'armistice.

J'y inclus naturellement la "résistance de l'intérieur", Frenay, et les autres, qui se permirent d'en remonter à De Gaulle, ce qui est méprisable et désolant.
Sans parler d'un mitterand, ami très cher et très indulgent de René Bousquet, un autre perdant des paris géo-politiques risqués, assis sur ses ordres à la police française de préparer l'assassinat de 13 000 juifs.

J'en exclus bien sur Arthuys et Ripoche qui furent des combattants de la première heure et des morts glorieux.

Clavel avait vingt ans quand il échappa à Boutang et fut un résistant valeureux, vous déraillez. Debré et Couve de Murville furent des fonctionnaires, aux ordres. Debré n'était pas sensé réfléchir, quand il le fit, à propos de l'Algérie, ce fut hors de propos.

Pucheu reste un traitre, responsable d'avoir guillotiné des otages, un comble. Condamné par la justice française, il ne fut pas gracié et avec raison.

En résumé, vos "name dropping" sont hasardeux et mal venus, désolé. 

Après avoir traité l'AF, traitons les communistes, les glorieux 75 000 fusillées, disons 2000 plutôt, et qui passèrent les saisons 39/41 à soutenir leur allié Hitler.

AF et Communistes dites vous ? Tous adeptes selon vous du "feu sacré"? Au fait, vos jeux de mots là dessus sont impropres: êtes vous francophone ?

De Gaulle fut le seul dépositaire de la lutte contre un occupant à qui on avait livré le pays.
Il ne fut pas le chef d'une résistance dont le rôle militaire fut à part quelques torturés, bien réduit. Il permit par contre à une armée française dotée d'armes lourdes de participer à la victoire. Ainsi il représenta la France, la seule qui vaille, celle qui se bat vraiment. Ce ne sont pas résistants qui prirent le nid d'aigle, mais des soldats français. Cette chose a une importance capitale: c'est l'armée qui se bat et qui défend le pays, pas les civils indisciplinés qui veulent discuter de leurs idées.

La nation française a-t-elle disparue pendant cette période ? Les anglo-saxons, les russes et les allemands le pensent. Ils se sont battus jusqu'au bout, eux. Il n'y eut que De Gaulle pour le savoir, et ne pas le vouloir. On fit grâce à sa lucidité et à son arrogance, car elles forçaient le respect.

Il n'y a rien de religieux dans cette attitude: elle est celle d'un patriote qui voulait se battre. La France ne le voulut pas, et la douleur n'est pas celle d'un quelconque sacrifice, simplement celle d'un homme d'état qui pleure sur une flotte magnifique qui se saborde et qui retrouve quatre ans après son bureau: aucun crayon n'y avait été taillé dans l'intervalle. Ce drame est un drame historique, et Dieu n'a rien à y voir.

Vous parlez de libéralisme. Je vous concède sa définition "idéologique" qui inclut des principes que je refuse (liberté de circulation des hommes, voir même refus de l'Etat dans ses formes extrêmes).
Mais je maintiens mon appartenance au camp de la liberté tel que je l'ai définie.
Car il n'y a pas de liberté sans liberté ontologique, au sens de Duns Scot (j'en parle sur ce blog): celle-ci inclut celle de Dieu, égale à celle de l'homme et celle du souverain.
Pour la définition du souverain, voyez Rousseau: c'est le peuple rassemblé, et c'est la liberté de l'homme que d'y participer et donc de l'être, souverain.
On ne peut être libre si on se soumet à quoique ce soit, par exemple à un principe qu'on ne choisit pas explicitement. C'est pour cela que -comme idéologie prescriptive- le libéralisme au sens défini plus haut est un esclavage. La liberté absolue est suppression de toute nécessité: j'ai raison parce que je suis libre et réciproquement.

De ce point de vue, vous avez donc raison dans les termes: votre "libéralisme" n'est pas le défenseur de la liberté.

Par exemple la "liberté de circulation des hommes": elle est la justification par des envahisseurs de leurs migrations de masse à motivations économiques. Ce qui revient à une invasion tout court, son but étant de s'approprier ce qu'on ne peut créer ou construire soi même sur sa zone géographique d'origine.

Et bien la liberté de créer des états a précisément pour objet de développer collectivement la puissance qui permet de s'opposer à ce type de phénomène. Etats, migrations, guerres et victoires, voilà qui est somme toute bien connu et bien normal, le conflit faisant partie du réel, l'envie de se battre, nous l'avons vu plus haut, étant célébrée par certains et parfois avec succès.
Car il ne vous pas oublier que la liberté n'a pas de limites idéologiques ou religieuses, elle est volonté pure et ne craint pas d'utiliser la violence quand on nuit à ses intérêts.
Non pas la violence du sacré, celle qui réconcilie, mais la violence des armes, celle des peuples libres qui détruisent la force de leurs ennemis.

De Gaulle est le porteur de ce nationalisme là, qui est liberté des nations, construite sur la liberté des hommes et donc de la liberté tout court.

Au sujet de la liberté économique, que vous opposez à la liberté politique. Dans la mesure ou le peuple le décide, et il est souverain, il peut considérer que l'organisation sociale qui consiste à laisser aux acteurs économiques le libre choix de l'allocation de leur ressources est la meilleure. Et avec raison, c'est ce qu'il faut faire.
Je sais, vous allez me dire que De Gaulle instaura un commissariat au plan et vous avez raison, il fut au moins partiellement autoritaire dans ces matières.

Mais la France ne cessa jamais d'être une économie de marché en tout cas bien plus sous son règne qu'elle ne l'est aujourd'hui: impôts, subventions, budgets en déficit, dette; tous ses attributs de la souveraineté et de la liberté nous ne les avons plus et on peut souhaiter en disposer à nouveau.

Et bien il va nous falloir un gaulliste pour très énergiquement restaurer la grandeur du pays. Et oui cela passera par la restauration de la liberté en matière sociale, économique et morale.

C'est le programme de François Fillon. L'histoire continue, nous aurons cette année à en décider, et je vous la souhaite bonne.

Écrit par : François Carmignola | 12/01/2016

 

 

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Pour enfoncer le clou au sujet de l'Action française et de la thèse ridicule qui fait de De Gaulle son assujetti.
L'AF fut d'abord le creuset intellectuel et littéraire de de la jeunesse de droite du début du siècle,
une passion, un snobisme, la marque de la réaction et cela pendant une vie d'homme, Maurras,
né en 1868, est une personnalité chatoyante, un polygraphe talentueux et séduisant qui
fascina deux générations entières.
Ce fut aussi une personnalité faible et fantasque (voyez ce qu'en dit Rebatet qui le décrit magnifiquement)
et à 70 ans en 38, quand le germanophobe guerrier se fit pacifiste,
il entraina ses fascinés vers l'abime.
De Hautecloque et De Gaulle n'en furent pas, quoique leurs sentiments aient du à cette littérature là.
De Gaulle était républicain, et cela n'est pas maurassien, pas du tout.

Maurras était une personnage très moderne mais très complexe et fragile, à la française.
Il fut le fasciste français, et Nolte le décrit dans toute sa complexité, qui est celle d'un
déracinement dégénéré qui se pare de l'anachronisme royalisant construit sur le volkich français,
les félibriges et autre danses avec pipeau de son midi natal.
Cela pour mieux cacher son incapacité à vivre le modernité.
Il fut ainsi essentiellement un intellectuel fragile, chéri de ses dames, et spirituellement dégénéré.
Ajoutez à ça le sinistre antisémitisme de l'anti dreyfusard borné, incapable de comprendre
ce qui s'était passé à ce moment.
La France en guerre contre les juifs ! Il faut vraiment être un plouc méridional
pour en rester là. La "revanche de Dreyfus" dit-il à la toute fin pour mieux sceller son indignité,
sanctionnée par la dégradation nationale.

On met au crédit de Maurras d'avoir intellectuellement réussi à fusionner réaction royaliste et nationalisme,
et donc d'avoir modernisé le sentiment français.
On pourrait dire pourtant que ce sentiment était déjà là sous Napoléon, sauf bien sur pour les
traitres allés se battre avec les rois. 
Et puis, on ne voit pas ce que la France de De Gaulle doit vraiment à Maurras:
à part "les 40 rois qui en mille ans firent la France", la belle formule d'un journal longtemps for lu.
Culte provincial, antisémitisme, refus de la démocratie, du libéralisme économique, de la science moderne,
Maurras sera pour toujours associé au retour de la nation à l'état d'avant cette royauté,
quand Paris n'est plus la capitale et que tout l'Etat a disparu, déguisé en bien pire et bien plus
indigne que la royauté de Bourges. De Gaulle fut Jeanne d'Arc. C'est à dire le contraire.

Que des royalistes, qui plus est maurassiens, ne le comprennent pas est leur problème. Voir plus bas.

Car Maurras fut l'un des instigateurs de ce drame absolu dont la France ne s'est sans doute pas vraiment relevée,
et ce malgré De Gaulle... Car la déchéance fut totale, et le dévoiement complet, comme jamais cela n'arriva dans
toute l'histoire.
Les Céline, Pétain et Maurras ne voyaient que les juifs et il n'eurent même pas le courage de se battre en fascistes
car il ne le furent même pas vraiment. Trop français: il est désolant de voir que l'abaissement de ces misérables
donna raison au racisme nazi qui les méprisait pour cela.

Il n'y a de patriotes que de gens prêts à se faire tuer, et ces méprisables lâches en étaient incapables. Qu'ils soient maudits, ils sont notre honte. 

Écrit par : François Carmignola | 12/01/2016

 

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Au plaisir de la suite de la conversation, et j'assume ma détestation absolue de l'Action française.