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29/01/2016

Walter Benjamin

Benjamin est tout de même très connu, bien qu'on nous dise le contraire. Très branché aussi et sans doute l'un des plus véritablement profonds des philosophes du XXème siècle. Il aborde une grande variété de thèmes extraordinaires, parties vivantes des interrogations du début du XXI ème siècle.

Il parle à la fois et successivement de Théologie, d'Art, et de Politique. 

La sécularisation

 Pour partie il est un théologien de la sécularisation, mais dans un sens particulier, il est d'abord le théoricien du "capitalisme comme religion" et donc un propagandiste marxisant de la vilenie de la marchandise, du désespoir du pauvre etc etc. Il va plus loin: le christianisme, sur le modèle de Weber s'est transformé en capitalisme, la pensée de la fin du monde s'identifiant avec la révolution, voila donc pour la sécularisation... 

Il est ainsi le théoricien de la sécularisation: tout est théologique en fait, bien plus que sexuel.

On trouvera ici tous les thèmes sur la rencontre entre religion et marxismes, par exemple pour Jacob Taubes, la sécularisation de la gnose vers le marxisme: l'histoire de l'occident étant le combat autour de l'enjeu caché de l'eschatologique ("eschatologie occidentale"). Cette question de la gnose est la positivation de la Weltfremdheit (le sentiment d'être étranger au monde), détruite par le dieu bon du moyen age, le dieu chrétien qui vainquit la gnose. Mais le nominalisme rend à nouveau dieu indépendant de ses créature, la sécularisation de la gnose étant le grand récit interprétatif des années 30: Le gnostique est l'être jeté là de Heidegger. 

Les autres "gnostiques" du XXème siècle sont bien sur Voegelin et Jonas. 

Car L'eschaton est la fin de l'exil et le refus de la transcendance du dieu de l'ancien testament la marque de quelquechose: la sécularisation de tout. 

L'Art

Mais d'abord le baroque, car Benjamin est d'abord l'auteur d'un traité sur le drame baroque au XVIIème siècle: il y règne l'allégorie, alors que le romantisme invoque le symbolisme. Ca c'est une différence. Repris par  Adorno son ami, le thème est un élément important de la théorie de l'Art.

Vient ensuite le très célèbre "l'oeuvre d'art à l'époque de la reproduction technique". 

A partir d'une définition de l'Aura d'une oeuvre (l'unique apparition d'un lointain) qui fait son unicité et son authenticité, il décrit le déclin de l'Aura (Verfall der Aura), associé à la reproductibilité. On remarquera la distinction marxisto hégélienne entre usage/échange et culturel/exposition, fondement de la distinction entre les choses. 

Au fait, une intéressante intuition au sujet de la photo : "Un cliché photographique, par exemple, permet le tirage de quantité d'épreuves : en demander l'épreuve authentique serait absurde." Comme quoi... 

Et puis, les passages parisiens: l'Aura de Paris, magnifiquement évoqué, les passages sont un intérieur habité. 

Benjamin est ainsi porteur d'une théorie de l'interprétation de l'oeuvre d'art, et donc du monde tout entier. En gros: le baroque croit en la répétition, en la fixité des représentations et mieux, ne questionne pas cette fixité: pas de d'eschaton (le dernier). Le contraire du romantisme, qui finit par théoriser avec le génie, la fin de l'art. Au passage, aviez vous compris que la remise en cause, la nouveauté perpétuelle, a pour point fixe la fin du monde, la fin de l'histoire ? Benjamin propose alors une théorie nouvelle, ou le critique a sa part: l'Art serait il construit par ceux qui le regardent ? 

Benjamin a traduit Proust, mais considère à tort que sa description du snobisme est supérieure à sa théorie de l'Art, concurrence oblige, et c'est impardonnable:  le snob comme consommateur chimiquement pur: comment LUI peut il dire cela ? 

Et puis il y a l'"Angelus novus" de Paul Klee: L'ange est poussé par une tempête qui s'appelle le progrès vers un avenir à qui il tourne le dos. C'est l'Ange de l'histoire. 

Benjamin et le judaïsme

Mais il y a aussi ses amis, Rosenzweig, Scholem, Buber... Stéphane Moses fut un magnifique "vulgarisateur" de ces hommes, les grands intellectuels juifs d'avant la catastrophe... 

Pour Rosenzweig, le judaïsme est hors de l'histoire. Entre assimilation et sionisme, il fait du juif la preuve que l'histoire n'est pas première et que Hegel a tort. Pour lui le judaïsme c'est un rapport fondamental, intime à l'histoire, à la terre,  à la langue et aussi l'intersection des deux triangles (monde, homme, dieu et aussi création, révélation, rédemption) : Der Stern der Erlösung". La rédemption ? Elle est à la fois passée (il y a bien eu rachat par Dieu lors de la libération de l'esclavage en Egypte) et à venir, le Messie étant l'horizon permanent du futur, celui ci pouvant advenir à chaque seconde. "chaque seconde est la porte étroite par où peut passer le messie"

Politiquement Rosenzweig est à la fois contre le sionisme et contre l'assimilation, et mourut en 29.

Scholem alla en Israël dès 1923. C'est un kabbaliste, figure de la passion pour le langage de tous ces intellectuels. 

Benjamin et Kafka: l'homme a violé une loi qu'il ne connaissait pas et se tourne vers son origine pour savoir de quoi il en retourne. C'est cela qu'il(Kafka) veut dire...  

Ah ces juifs là ! Quels tourments ! Et on nous les a décrit comme des pourris acharnés à détruire un monde que manifestement ils aiment au delà de tout... 

 

La politique et l'histoire

Le dossier Schmitt/Benjamin est un thème parfaitement actuel porté par Giorgio Agamben qui décrit  l'emprunt que fait Benjamin à Schmitt. L'âge baroque a lu la théologie politique, et la discussion porte sur le statut de l'état d'exception, de sa relation avec la loi, qui l'abolit (Benjamin) ou la confirme (Schmitt).

Pour Schmitt, il n'y a que l'état qui puisse mettre fin à la guerre civile. Qu'est ce alors que la "guerre civile mondiale"?  Et bien on est bien dans le débat, qui se situe à une grande hauteur: dans la mesure ou seul l'Etat peut mettre fin à la guerre civile d'après Schmitt, et que l'on considère certains états comme radicalement ennemis, et bien nous sommes en guerre civile et le droit est suspendu, de fait. C'est évidemment (d'après moi) la thèse du nazi qui refuse toujours d'admettre sa défaite et qui renvoie à son ennemi victorieux le soin de gérer une situation qu'il aurait pu gérer lui même... 

Benjamin lui est toujours dans le refus/promotion de la disparition complète du droit(loi) derrière le concept (messianique) de révolution, qui rend l'exception permanente, dans les deux sens du terme. Apocalyptique, en effet.

On pourrait au passage réfléchir sur le concept de république et de démocratie libérale, comme entité qui ne soit pas TOUJOURS le cloaque corrompu et désespérant qu'il est actuellement et qui le fut dans les années qui précédèrent la catastrophe allemande... Pour ces deux auteurs, en tout cas, ce concept n'existe pas...

Pour finir l'apocatastase (le rétablissement de toute chose, représenté par la chanson "nous irons tous au paradis")

"Sur le concept d'histoire" est la dernière oeuvre de Benjamin. 

 

 

 

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