Panique à AI land
Ça flippe dans la culture: qui peut encore créer ? Dans une succession de poncifs, mais aussi d'idées intéressantes, on voit se déployer les heurs et malheurs de l'humain paniqué par l'IA.
D'abord la question de la combinaison d'existants. L'évidence de ce procédé méthodologique est telle qu'elle ignore en fait que de temps en temps, le hasard (qu'on peut simuler) introduit de nouveaux éléments. Et il y a aussi le "renforcement", l'expérience s'accumulant par suite de ces trouvailles, le robot s'entrainant tout seul sur ses propres productions et tout comme l'humain, la brave IA peut aussi et ainsi se lancer dans l'innovant.
À ce point, l'inquiétude apparait...
L'assurance des "progressistes" est là affirmative, audacieuse et inquiétante (leur angoisse transparait): la création est robotisée, c'est fait. Pourtant un doute persiste, en quoi cela change-t-il quelque chose et l'humain n'était-il pas DEJA une intelligence artificielle ? Et puis, qui décide de tout ça ? Quelle AI va-t-elle se lever le matin pour se lancer dans cela, sans qu'un lascar fainéant ou vicelard n'agite des éprouvettes pour lancer le processus (fatal) de la création ? Combien de ces lascars ne sont pas DEJA à l'oeuvre, pilotant de loin 100 tubes (plutôt qu'un) qui inondent les streams, ou les ... librairies.
Tout cela pour introduire le grand doute de l'athée qui se refuse à voir apparaitre à chaque tournant d'immeuble une nouvelle entité: l'IA est en fait un outil, une méthode, un sac de billes qu'on agite pour faire un bruit tentant... Elle n'est qu'un moyen de produire de la productivité.
La question de l'oral de l'X, passé brillamment par les IA est-elle vraiment inquiétante ? Après tout, pour le taupin moyen qui s'entraine rudement, faire au moins aussi bien que toutes les annales ingérées est un but valorisant et ce qui va vous remplacer soi-disant sera d'abord un modèle à dépasser qui tient dans la poche, et donc un moyen de s'élever spirituellement, quoiqu'on en dise. Je travaille jour et nuit pour dépasser mon téléphone, et alors ? Faites en autant.
On arrive alors à la distinction "fondamentale", celle qui oppose l'automatisation des tâches (ce qu'on continuera d'affirmer) et le remplacement de l'humain, objet du fantasme. Là, se profile le "stade du miroir" quand l'IA devient partenaire sentimental, producteur de dark romance, bref sex toy... La menace actuelle ressemble ainsi à une vieille, dévalorisante, et dévirilisante, il faut le dire... On notera ici cependant dans ce thème sexualisé du remplacement, la double suspicion, sex toy contre porno, amant contre prostitution, la machine opérant comme instrument toujours plus sophistiqué de menace haineuse érotique réciproque.
On en vient alors à l'objet crée par la machine: semblable et indistinguable, a-t-il un intérêt ? Car l'objet produit par l'art-disant est toujours inséré dans des préoccupations humaines à repérer, à identifier. Peut-il apparaitre comme satisfaisant cette demande, sachant son origine ? Toute la question est là: imaginons que l'on apprenne que le clavier bien tempéré de Bach, comme on pouvait s'en douter, est en fait issu d'une IA (de l'époque). Hors son utilité pour apprendre à pianoter, gardera-t-il sa magie envoutante ? Ou pas ?
Le label "made by human" devra donc apparaitre tatoué sur les objets informationnels. Gage de qualité ? Ou pas ?
La discussion se poursuit: le cout de la création devient modique. Matériellement d'abord, avec les ordinateurs, le cloud, les automates, mais aussi avec les producteurs de musiques, d'images, de plans, d'effets spéciaux devenus fastoches à faire. Cela révolutionne l'"industrie" du cinéma, de la musique, des images, bref de tout ce que la modernité industrielle avait arraché à l'art manuel d'antan et dont on s'était d'ailleurs amèrement plaint voici un temps. L'industrie ! Tout est dit. L'ouvrier aliéné dont on plaignait la soumission à la machine est devenu inutile, même dans ses formes modernes du machiniste, du cameraman, du scénariste, de l'acteur, d'ailleurs tous chieurs exigeants syndiqués et hors de prix. Voilà que tous ces inutiles sont remplacés ! Le metteur en scène seul en scène peut alors produire son oeuvre, tel Rembrandt, tel Velasquez !!! Qui peut regretter le passé ?
Cette facilité de création se traduit par une réduction des assistances: les césar, les block buster, les journaux télévisés ont leurs audiences réduites par dix, déjà. La limite est de un spectateur par spectacle, une atomisation complète de la communication et une division à l'infini des audiences, du moins jusqu'à la constante minimale, le h barré. L'argument, tout aussi inquiétant, a l'inconvénient d'être en concurrence avec son inverse: la création automatisée, basée sur le consensus et surtout l'origine ethnique des clouds producteurs, va uniformiser les gouts. Que dire ?
D'abord que les contenus ingérés par le monstre sont d'abord annotés et dans les pays du tiers monde. Certaines tournures de l'Anglais parlé au Nigéria auraient déjà pénétré les contenus produits et on voit parfois brièvement apparaitre dans les solutions aux problèmes de maths juste avant traduction, des caractères chinois, langue de la réflexion...
Un dernier thème est celui du stagiaire. Alors que cela fait déjà quelque temps qu'on doit se plaindre régulièrement d'articles de journaux bizarres inspirés par des délires enfantins ahurissants, et qu'on ne peut attribuer qu'à un stagiaire déluré qui a perverti la confiance de son mentor, il apparait qu'en fait le stagiaire n'est plus sexuellement consommable: il est virtuel. Impossible désormais d'être apprenti avocat ou journaliste.
(1) Eugénie Bastié et l'IA https://www.youtube.com/watch?v=fuHqOvDqv6w