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Les Croyances

 

 

Alors qu'on pourrait croire les dogmes clairs et les sens univoques, il apparait en fait que malgré bien des écrits et des précisions pourtant longues et détaillées, on puisse s'évader dans des croyances finalement bien différentes et mieux, révéler le sens de bien des comportements qu'on pourrait croire absurdes par la réactivation de la signification profonde de bien des comportements. 

Je veux parler de la croyance religieuse, que l'esprit moderne, en fait déchristianisé depuis plus longtemps qu'on ne pense a profondément transformé au point de la renverser complètement, donnant lieu à des contre sens complets qui se sont établis dans la civilisation, peut être d'ailleurs pour son profit, si cela se trouve dans un premier temps, puis finalement à son détriment. 

L'idée est la suivante, et on peut faire court. La venue du Christ sur terre est un accomplissement, voire un accomplissement définitif: le Messie est venu, Dieu s'est fait homme, point final. À partir de là, il n'y a aucun futur meilleur que celui-là et l'unique activité de l'homme consiste désormais à célébrer la chose, point final.

Cette célébration et cette adoration est l'unique projet réaliste, la seule chose à faire. Toutes les exigences morales, sociétales, familiales que chacun peut imaginer n'ont aucune espèce d'importance ni de valeur réelle par rapport à l'exigence fondamentale décrite: répéter, comprendre et manifester sa reconnaissance pour l'essentiel: Jésus est le Christ, et picétou. 

On notera le sens vrai de ce qu'il convient d'admirer: "Jésus" désigne le personnage historique, donc l'évènement réel, qui ne peut être mis en doute; le "est" désigne l'article de foi, objet de la célébration perpétuelle, et qui établit la signification de la chose; le "Christ"  désigne la chose, c'est-à-dire  l'onction divine, soit la valeur éternelle de la chose ointe, révélation suprême, acte divin, percement de l'histoire de l'univers, etc. 

À partir de là, on peut diverger. Il semblerait bien qu'après de longues périodes de temps ou on se contenta de ce que je dis, quoiqu'on pourrait nuancer, on se soit mis à penser à un après la révélation et qu'on ait voulu, une fois établi que cela ne suffisait (manifestement) pas, réglementer explicitement la vie des hommes en fonction de l'état de fait, de façon à leur faire jouer un rôle actif supplémentaire pour assurer la réalité de la fameuse chose. 

La révélation

Bien se comporter pour compenser la manifeste faillite de cette révélation bidon qui n'améliorait en rien le sort des miséreux, problème essentiel qui a donc, au cours du temps, détourné complètement l'humanité de l'adoration pourtant évidemment suffisante de l'évènement fondamental, le dernier avant la fin du monde, l'espace de temps laissé libre n'étant que le temps nécessaire à l'humanité de se retourner (comme on dit) pour prendre conscience de la seule véritable vérité, cette prise de conscience étant la seule chose raisonnable à faire, à l'exclusion de toutes les autres. 

C'est ainsi que nous suivons en fait, une abominable hérésie, et que me voilà Savonarole et qu'il faut tout brûler pour restaurer la vrai foi. Car le soin des pauvres, la sécurité sociale, les restos du coeur  et tout le taintouin ne  sont que des diversions et des dépenses inutiles: elles n'ont d'intérêt que pour persuader ceux qui sont matériellement le plus loin des saints mystères du contraire: qu'en fait, du fait de leurs malheurs, ils en sont les plus proches, voire les plus aptes à les célébrer le plus honnêtement qui soit. Il s'agit de les provoquer à la prière et non pas à la satisfaction de leurs besoins. Il faut les faire chanter et  non les faire chier, ce qu'ils font finalement, après la becquetance à quoi on réduit le soin supposé sauver les fonctionnaires payés plus grassement qu'eux pour les nourrir. Corruption, tromperie et oubli de la vraie foi, la voilà votre charité publique à quoi vous réduisez ce qu'on vous a pourtant dit clairement.  

Ainsi donc tout le communisme, toute les croix rouges et tous les Coluches ne sont qu'erreurs, et incompréhensions complètes de l'essentiel. On a pris le doigt pour la Lune et on s'est abimé dans la folie du non sens, se roulant dans l'ombre du vrai. Tout cela mérite bien le bucher, afin de repartir à zéro. 

Mais avant de vouloir arranger les choses, prenons conscience des conséquences de la terrible erreur d'interprétation: la volonté de réaliser le fameux royaume de Dieu sur terre que l'on crut donc être l'injonction chrétienne... Et puis aussi, et là on est dans le coeur du sujet, du deuxième temps de cette volonté de satisfaire l'injonction, qui est l'interrogation sur l'échec manifeste à le faire (1). 

L'Antéchrist

À ce point, on peut commencer à parler de l'Antéchrist, le trompeur, précisément le christ hérétique qui veut soi-disant faire le bonheur de tous en commençant, un comble, par les pauvres, à rebours de ce que Dieu a créé. Il est beau, il est bon et promet tout ce qu'on veut et à tout le monde. À part que c'est un menteur et que les satisfactions matérielles qu'il donne ne suffisent pas et conduisent inévitablement à désirer autre chose, jusqu'au sommet du spirituel seul satisfaisant, qui se trouve alors être le satanique et  nous y voilà: Epstein fournit le matériel pour satisfaire les véritables désirs élevés qui sont je vous le donne en mille, les sacrifices pédophiles au diable... 

Voilà donc l'aboutissement de deux mille ans d'Église. La voilà la vraie conspiration ! Le pape et ses successeurs en Antéchrist ? C'est ce qu'a pensé une partie de la réforme et du changement "protestant" de relation à l'origine chrétienne. Mais il y eu aussi le rôle "catéchontique" de l'Église, destinée à retarder à tout prix la fin, et donc l'Antéchrist, qui s'identifie donc au modernisme religieux, qui finalement a vaincu et c'est ce dont on se plaint. Communisme, socialisme et Vatican II pour finir afin d'instaurer cet Antéchrist idéologique, le combat contre icelui entrant maintenant dans une phase nécessaire et aiguë. LGBT, wokisme et tout le tintouin sont donc les images de l'Antéchrist, le faux bon, le faux vrai. 

Peut il y a voir un retour de la vraie croyance ? A moins qu'on n'en vienne à autre chose, comme toujours, l'histoire se devant d'avancer. Une super réforme, ou plus simplement un changement d'attitude dans le sens indiqué plus haut? Ou bien ce que dit l'Apocalypse (le texte), c'est à dire l'Apocalypse, la grande "révélation" de tout cela, qui tranchera définitivement entre les interprétations et en fait qui consumera la fin de ce monde, le lieu de l'ambiguïté. 

Identifier cette fin du monde à l'apocalypse nucléaire me parait un peu "petit pied": je ne crois pas que même la pire guerre nucléaire abolira la vie sur terre, et même la vie humaine. Toute la science-fiction est là pour nous prouver le contraire et on ne peut craindre cela. Fin de l'homme vaincu par les robots ? Pourquoi pas ? Mais alors le spirituel final sera il robotisé  ? Dieu lui-même le sera-t-il ? Bref, on se pince: toutes ces belles traditions pour se retrouver dans un gros bug, franchement... 

On se retrouve donc avec un problème global qui reste entier et qui est celui de la seule chose qui compte: la "vérité". Identifié à elle, le Christ ("je suis la vérité et la vie") est donc bien l'enjeu global unique, comme voie d'accès au divin, seule chose qui puisse nous départager. 

On notera l'identification russe entre vérité et justice (c'est le vrai sens du mot "pravda") ce qui consacra la terrible erreur de la Russie anticipée pourtant mais effective, mais c'est du passé maintenant. 

Et Scot dans tout ça ? 

On évoquera donc les doctrines de Duns Scot sur le péché originel, qu'il décrit avec Saint Augustin comme cause de l'incapacité de voir Dieu directement, cette limitation de l'intellect humain voulu par Dieu comme punition (ou comme provisoire incapacité) étant ce qui caractérise la chute, et la nécessité du Salut. On est loin de la morale bêbête dont nous bassine l'Antéchrist. 

 

 

 

(1) Soloviev et l'Antéchrist: https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/06/lantechrist-de-soloviev-troisieme-partie/ 

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