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les moteurs de l'histoire

On va donc théoriser large, au-delà de l'existant et se la poser là, mais désolé, la nature a horreur du vide et celui-ci est criant (...). 

La prospérité 

L'idée est que par delà les classes sociales, les idéologies, les instruments de domination et autres contraintes militaires ou culturelles, il y a un moteur de l'histoire nécessaire et agissant à la fois méconnu et essentiel: la prospérité courante de la nation, elle-même nécessairement formée de groupes antagonistes en alliance pour cela. 

Quand je dis courante, je dis actuelle, présente, et cette prospérité, contrairement à toutes les autres caractéristiques décrivant le social et visibles dans l'histoire, s'inscrit toujours dans l'actualité immédiate car menacée par une annonce politique, par une augmentation d'impôts, par la nomination d'un ministre ou l'éviction d'un corrompu. Ce mécanisme est universel, perdure au-delà de toutes les époques et décrit tout, depuis les jacqueries du XIVème siècle jusqu'aux gilets jaunes. 

Il est aussi le désir commun de tous les acteurs et un facteur puissant de rassemblement et d'éloignement. On pourrait croire qu'il s'agisse uniquement des "intérêts", fameux ressorts de l'action et du désir mais non ! Ma contribution a pour objet d'établir à la face du monde que non, les "intérêts" sont ce qu'on croit être une prospérité future. La prospérité dont je parle est l'actuelle, la présente et joue dans les deux sens: elle est aussi la pauvreté présente, ce qui fait ou qui est perçu comme faisant, les désagréments insupportables qui font se lever, ou pas, les collectivités. 

On va donc mélanger tous ces ingrédients et décrire vraiment les sociétés. 

Tout d'abord, il faut comprendre que l'homme est d'abord adaptation et stabilité: hors les périodes de drame, la vie suit son cours, sa structure et sa permanence est d'abord supportée, admise et acceptée au nom de l'évidence. Il faut être idéaliste et donc bien bête pour ne pas se consacrer entièrement à travailler pour vivre dans le créneau que le destin vous a alloué. Cette évidence intemporelle et permanente est la trame de l'histoire et de toutes les vies dans toutes les sociétés et toutes les époques... À partir de là, l'essentiel est le maintien ou la lente évolution de cette permanence dans le fracas des paroles pour rien, des formations collectives des opinions, et des jugements, partagés ou pas. 

Il nous faut donc parler des élites, les peu nombreux dirigeants en charge d'endosser nominalement les décisions publiques, celles qui vont influer sur tout le monde en même temps. Leur sont adjoints ceux qui sont bien sur solidaires de ces décisions, parties prenantes, exécutants ou profiteurs mécaniques de celle-ci. On peut y adjoindre les fonctionnaires, même au bas de l'échelle, par exemple les policiers... La stratification sociale est ainsi disjointe de la simple division en dominants et dominés, la  nation est un être composite formé dans tous ses organes de différentes hiérarchies et tout joue avec tout. 

Quand je dis joue je dis joue car chacun à sa place dans son rôle profite et vit de la stabilité du monde et des heurts produits par les évènements, qu'ils soient originaires des décisions du pouvoir, de la météo ou de la mort accidentelle du roi. Je ne parle pas des épidémies, ce sont des choses qui se gèrent et là on en revient aux décisions des autorités... 

On en vient donc à l'intérêt commun qui fait l'assemblage national, son importance et la permanence des mécanismes qui en gouvernent le fonctionnement: la prospérité globale est assumée par tous en même temps et constitue l'ossature de la stabilité et de la permanence que chacun vit, trop content de cette paix qui fait la trame de la vie. Même dure, ou injuste ou fatigante, la répétition et la permanence des habitudes est ce que souhaite, accepte et entretient les hommes et les femmes qui s'activent durant le jour, du lever au coucher. L'état courant de cette prospérité est l'actuel, le réel. 

A partir de là, il faut comprendre que l'on peut avoir à l'égard de cette prospérité des attitudes variées, plus ou moins sages, plus ou moins réfléchies et plus ou moins habiles. Allons directement au but: il y a à toutes les époques des ministres ou des rois réfléchis qui adjoignent à leurs intérêts et à leurs projets les décisions qui délibérément vont favoriser l'expansion du bien être de leurs administrés, ou d'une partie d'entre eux, et cela au-delà de leur race ou famille: ils décident d'oeuvrer pour la prospérité du peuple, les races d'humains misérables, incultes ou  barbares qui les entourent, dont ils exploitent le nombre industrieux et dont ils savent (plus ou moins) qu'ils doivent partager avec eux l'histoire: ce sont les autres nationaux de leur nation. 

Rois babyloniens qui administrent les semi esclaves de leurs plantations de semi blé ou ministres de l'économie qui favorisent l'apprentissage: une seule raison ! Il faut que ces gens vivent mieux pour que moi aussi je vive mieux... 

Notons bien qu'il s'introduit ici une disjonction suivant que je favorise tout le monde ou seulement la partie qui immédiatement m'apportera mon bien être psychologique ou matériel. La question est de sacrifier ou non le peuple lointain, celui qui globalement évolue dans l'histoire. Sacrifier ? Considérer comme pouvant supporter un présent médiocre plus tôt. Après tout, ne le supporte-t-il pas DEJA ? Sauf si l'augmentation d'impôts, en apparence innocente bien intentionnée et sanctifiée par les prêtres de la religion en vigueur, déclenche le mouvement des gilets jaunes. 

La dialectique de l'intérêt général est il faut le savoir absolument essentielle: en son nom tout peut être accepté et de la part des plus pauvres ou tout peut être refusé pour la révolution cruelle et sinistre capable d'abattre toutes les institutions. 

Cet intérêt global là identifié, il faut comprendre qu'il est plus ou moins content lui aussi et souffre suivant les époques à divers degrés. Ce que l'on sait, c'est qu'il a des hauts et des bas, et Jacques Bainville l'avait souligné: chaque grande époque de l'histoire de France s'accompagne de périodes de régénération ou en quelques années s'accumulent dans les greniers et dans les villes des richesses incroyables qui accompagnent, alimentent et justifient les étapes ultérieures. 

Le règne d'Henri IV fut in fine incroyablement prolifique et sa fin magnifiquement prospère. Les effroyables famines de la triste fin du règne de Louis XIV furent suivies du bien aimé Louis XV, où tout fut bien mieux... 

Les pactes 

Se passent dans l'histoire des pactes entre groupes divers qui toujours profitent à tous, les différents et divers sous ensembles de la nation. Parmi eux il y a toujours un peuple source de la richesse et exclu de celle-ci mais dont malgré toutes les dénégations de la théorie du ruissellement dont il est de bon ton de s'affranchir, il ne peut que profiter mieux que si celle-ci n'était pas entretenue ou protégée de ceux qui se l'approprient toute entière. 

Cela arriva: les quatre ans de la 2ème guerre mondiale que la France passa sous le joug allemand la dépossédèrent de tout: a-t-elle compris ce qui arrive quand on est envahi ? Pas sur: ils survécurent, et peut être cela leur a-t-il suffit. 

Pour la première fois dans l'histoire, le peuple de France s'abandonna à l'ennemi et ne se souleva que pour accompagner les vainqueurs à qui on arracha au nom d'une seule personne courageuse une dignité qui ne se méritait pas. Il n'empêche qu'on travailla pendant un temps au salut de la nation avec succès. Mais cela n'eut qu'un temps, ce temps là. Tout revint alors à sa place et les même acteurs et les mêmes passions revinrent toutes. Passons, c'est notre époque: le pacte est possible et produisit ses effets: en vingt ans la sortie de l'histoire définitive sembla conjurée. Quarante ans de déclin ont à peine suffit à nous précipiter à nouveau à portée de la destruction: cela fut toujours ça de gagné et un autre pacte est à concevoir, et c'est tout l'affaire. 

Les forces

Une distinction essentielle est à faire et on ne la montrera jamais assez car soigneusement scellée dans les discours elle est aussi un non dit de notre monde: il y a deux bourgeoisies. 

Arrivée dans l'histoire à la révolution, elle défit l'inégalité symbolique qui la maintenait dans la sujétion injuste face à ce qu'elle voulut (et ne réussit pas à) devenir : la noblesse enviée et jalousée, idéal du peuple amoureux de son roi et qui voulut, sachant lire, l'imiter enfin vraiment afin de se passer de lui. Tout était là: l'égalité semblait le moyen de distribuer commodément toutes les richesses et se fit jour la séparation entre les deux bourgeoisies: celle qui croyait pouvoir se débrouiller seule avec ses bouquins et ses théories futuristes et celle qui plus cynique ne voulait que mieux gérer la nation en reprenant la tradition autrement. A cheval sur les deux volontés, la tentation française de remplacer la vieille religion et on a tout le XIXème siècle, cette longue hésitation qui se termina par deux grandes périodes de prospérité qui quoiqu'on en dise, mirent la France au diapason de l'évidence, malgré la ridicule "question sociale" avec laquelle elle s'était tant branlé...

L'issue de la dernière secousse construisit la "gauche" cette partie de la bourgeoisie qui par peur du peuple se mit à lui accorder ses faveurs, sa pitié et ses subsides. Cela conduisit aux extrêmes de l'abandon, qui joignant au pacifisme les prébendes aux pauvres exigeants fit que l'Etat et la Nation finalement se défit sous les coups de l'ennemi héréditaire cette fois génocidaire des quelques pauvres juifs venus se réfugier chez nous... 

L'autre bourgeoisie, formée partiellement de ce qui restait des aristos et aussi de leurs serviteurs éclairés, ceux qui tout au long de l'histoire ont soutenu et géré l'Etat et accompagné la miraculeuse envie de la famille de France à constituer et garder le royaume est toujours là cynique mais volontaire: la pauvreté est une propriété du temps présent et vouloir la supprimer sans réfléchir à sa nécessité est une monstrueuse erreur, et une démagogie. Par ailleurs, l'exploiter par la force en la maintenant dans l'arriération est la marque de ceux qui finissent condamnés à mort ou assassinés après avoir tenté d'en sortir trop tard. France et Russie se copiant l'une l'autre furent soumise à cette histoire là.  Seule la conduite de la nation vers la prospérité avec des mesures éclairées est la bonne voie et trouver ce chemin est le devoir de ce qu'on appelle les élites et cela n'est pas facile, ni nouveau dans l'histoire. 

Toutes les époques furent coinçées entre mesures sociétales avancées et ruines de la collective culture nationale, entre les inévitables folies des périodes révoltées et les saines réformes mettant tout le monde au travail.  Chaque morceau de la grande barque évoluant à son rythme dans l'océan déchainé de l'histoire. 

En tout cas, jamais la démagogie ne fit rien de grand. Des chefs municipaux du XVème siècle au ligueurs du XVIème ou aux frondeurs du XVIIème, chaque fois que des féodaux démagogues au nom des prébendes accordées à leurs favoris ont voulu promouvoir leurs personnes, la guerre et la ruine ont menacé. L'issue a toujours été un désordre maximal ramassé par un fort, quel qu'il soit. 

La révolution

Une thèse intéressante pour le temps présent est que les deux bourgeoisies se sont réconciliées. Pour en devenir une, celle dont on parlait et qui a toujours réalisé l'abaissement de la France... Que c'est il passé ? 

D'abord le règne de la technocratie fut défait: sensé régler le mal français de l'ignorance administrative qui n'avait été contredite que par les tenants facistes d'une révolution nationale faite sans vergogne sous les regards de l'ennemi, il fallait mettre tout ça au carré et nationaliser, techniciser la chose. Cela fut fait et marcha assez bien dans un premier temps: on profita d'un étatisme non corrompu, le temps de réaliser que la vraie prospérité fait monter les salaires. Dans la haine du capitalisme des hiérarques de gauche goinfrés de poésie et de socialisme qui accédèrent aux commandes, il y avait bien sur l'envie et on s'en rendit compte assez vite. La bourgeoisie démagogue était corrompue, bien sur, et fit envie aux vieux catholiques. La réconciliation des deux successeurs aux deux austérités se fit d'abord sur le pognon. 

Malgré les dénégations, on arrive à l'essentiel: la carrière a pour but d'enrichir et dot barre.

Un autre aspect est la position vis à vis du libéralisme: l'ennemi que l'on finit pas envier se révéla en plus nécessaire, et à ce qui est bien plus que la motivation au travail que donne la liberté: sa capacité à séduire finalement un électorat lassé de la mode communiste. Ce fut le règne de Tapie, toujours en vigueur et dont la pourriture cancéreuse si elle est avérée n'est que l'effet de pourritures plus anciennes et qui ressort des bas fonds de la société. La photo de sa femme la pute aplatie par les gifles d'une racaille me fit bien plaisir. Le populo, et Tapie en est l'exemple, est aussi pourri et avide que le riche et la commune décence un mythe lamentable. 

Il fallut donc tendre la main, au moins en principe et on vendit l'industrie, cela tombait bien, ce qui restait des communistes renaclait, et il fallait les réduire. En supprimant leurs emplois, on leur régla leurs compte. La disparition de l'industrie française, toute pleine de la haine des ouvriers pour leur esclavage, de celle des industriels pour leur fainéantise, et de celle des fonctionnaires pour les subventions qu'il fallait leur donner fut un miracle du consensus français. La chose est faite, et le consensus pour l'arrêt du boulot en atmosphère confiné qu'imposa le Covid  pour sauver les vieux ouvriers devrait mettre un point final à une belle aventure: le bronze cul doit maintenant devenir un bordel, le progressisme hypocrite fermera les yeux, on ne renvoit pas les déboutés du droit d'asile, que faire de ceux parmi eux qui vont aux putes ? 

 

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