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Liberté Egalité Fraternité

Le bloc des 3 célèbre mots est souvent perçu manière confuse, et en restant bref, il faut clarifier tout ça. 

On a lu (1) qui articule tout cela avec habileté. 

Les types familiaux

On connait les analyses de Todd qui identifient chacun des mots à un type familial, la liberté étant l'individualisme du bassin parisien avec ses familles nucléaires et indépendantes de leur parents; l'égalité à la famille souche, avec ses familles de frères qui se partagent l'héritage à égalité et la fraternité à ses familles communautaires qui restent à la maison et vivent ensemble. 

Les trois déclinaisons sont trois polarités, trois archétypes et la fusion des trois est un bloc signifiant à la fois équilibré et fragile et dont toute l'histoire tente de s'approprier les pôles tour à tour. 

En gros, il s'agit de la forme française de l'union des contraires, conceptualisée et claire, et scellée par l'histoire. 

Elle est par contre datée par la révolution et bien sur niée par la conception éternelle de l'histoire de la France, dont elle ne peut que représenter un stade, ultime ou simplement récent, à moins qu'elle ne soit que la meilleure expression possible de toute cette histoire, et on en est pas loin.

Penser le contraire c'est sauter dans l'inconnu, et on ne fera pas ici, bien qu'à mon avis l'historie n'étant jamais finie, on ne soit pas à l'abri de surprises dans le futur, et le concept servira de référence, cela par contre est tout à fait sur... 

La révolution est un bloc 

De fait le "bloc" que constitue la révolution c'est l'assemblage de ces trois blocs là, tout simplement, et on comprends mieux les choses en les disant. 

Car l'écartèlement est patent et historique: fondée par la "Liberté" associée à la définition d'une constitution politique et de droits de l'homme décidés et proclamés, la révolution se consuma ensuite dans l'"Egalité" seule capable de maitriser le "vain fantôme" qu'est la liberté (selon Robespierre) par les règles d'une société de partage, puis dans la "Fraternité", les soldats de la Nation en armes étant rassemblés derrière leur général, puis leur empereur.

A chaque fois un pôle disparaissait, et ces successives et déséquilibrées assemblages de devises perdaient une jambe au point d'en faire un de ces théorèmes structurels dont on peut se complaire: on ne peut jamais avoir les trois en même temps. 

Affirmer les trois ensemble est donc une proclamation idéelle, un défi à l'impossible, un glorieuse et joyeuse affirmation de l'utopie, magnifique et fascinante, et c'est toute la gloire d'un certain esprit révolutionnaire et de sa synthèse dans la république française moderne que de le proclamer. 

On parlera ici de la Nation, qu'on peut confondre avec Patrie et dont elle est la forme "active", la Patrie n'étant que race, celle qu'on a à la naissance, l'identité à qui on doit le respect. La Nation engage et permet d'exercer une volonté. Elle se conduit, elle se construit. 

C'est cette notion, la plus récente des trois qui pose le plus de problèmes et qui constitue une invention moderne mais pourtant mondiale, car elle explique et justifie les mouvements des peuples, dans leurs évolutions historiques, présentes et futures. Elle est ce qui fait l'histoire sous nos yeux et exprime nos volontés. 

D'abord la Nation c'est la fraternité, exprimée comme sentiment positif d'appartenance à un ensemble qui justifie à la fois solidarité et obéissance. C'est pour cela qu'elle le support du militaire et donc de l'autoritaire justifié par l'efficacité. Elle est aussi le lieu du choix, et de l'arrivée des nouveaux venus qui par serment, se joignent à l'ensemble. C'est en cela qu'elle est aussi le lieu de l'identité révolutionnaire à la fois menaçante et étrangère. 

La Patrie

La Patrie, que les naïfs, les ignorants, et les traitres veulent substituer à la Nation, est une autre notion. D'abord elle est ancienne, et d'une certaine manière pourrait bien être ce qui justifie la devise et la contient tout entière. 

D'abord car elle est ambigüe. Elle peut être la région, le village, voire la famille ou la tribu et cela en fait une forme générique de l'association humaine, qui va jusqu'à la patrie comme celle du roi, rassembleur des pays et des régions, voire des sous royaumes nobiliaires, donc, "père de la patrie". 

Et puis la patrie, comme mot, se manipule et donc on veut (et on peut, sémantiquement ) l'identifier à l'inéluctable, donc typiquement à ce qui est provisoire et qu'on veut rendre définitif. Car quand on insiste sur quelque chose c'est qu'on a un projet. La "patrie" devient la révolution elle même, et la défendre, c'est la défendre (la patrie, la révolution). Cette volonté d'utiliser le mot et l'énergie qui lui est associée pour autre chose que la simple patrie est typique. 

Note: on cherche ici à comprendre le sens des mots en suivant ses évolutions, et cherchant ce qui est commun à ses différentes acceptions. Alors que l'analyse historique stricte suit le changement de sens en le considérant définitif à chaque occurrence, et finit par la voir déstructurante, voire déconstructive !

Un mot n'a qu'un sens et n'a que des interprétations qui s'expliquent par l'histoire, et non pas l'inverse, voilà ce que je crois. 

La Patrie devient alors le mot qui soutient les nationalismes et les justifie. Elle est ce dont le mot chargé d'énergie va mettre en avant et promouvoir, au point de s'y identifier ce fut le cas à la fin du XIXème quand on combattait pour puis contre l'instauration de la république. Le mot est donc baladeur et fut mis à toutes les sauces, au point que le manipuler encore doit être considéré comme suspect: il est un mot "bloc"... 

On glosera sur le terme "apatride" identifié au cosmopolitisme et donc au "juif", et plus exactement ce qui est le contraire de la devise: sans loi (donc sans constitution, et sans liberté), sans foi (donc sans société, ni respect de l'égalité foi suprême), et sans nation, sans patrie donc... Manipulation confuse de vocabulaire et absence de clarté, il pourrit le mot de "patrie" et c'est bien le mot de "nation" qui représente vraiment ce qu'on veut dire quand on parle de la chose effective que l'on veut défendre. 

Au fait, la première nation fut bien la juive, qui identifia peuple et projet (divin) national: l'essence de la nation est bien l'élection le rassemblement sacré des choisis, de ceux qui choisissent, c'est pareil. Conçue contre l'empire, en l'occurrence l'empire germanique auquel le royaume de France n'a JAMAIS appartenu, la nation ou royaume mit les rois juifs nationalistes au fronton de Notre Dame, et il n'y furent enlevés à la révolution que par contre sens: ils y représentaient le "verus israël", la véritable nation, la française. 

Et c'est  bien "Vive la Nation" qu'on cria à Valmy. Et il ne s'agissait pas d'une sombre lutte ethnique, partisane ou revencharde, mais de la liberté de la patrie, la vraie, la seule. 

On le répète et il faut le répéter, la fondation de la république française actuelle, en 1872 et qui magnifia la devise, fut une admirable construction idéologique, et qui résolut splendidement le problème de ce siècle. 

La Nation Allemande

Le discours de Fichte "à la nation Allemande" en 1808, serait le parangon de l'expression ethnique de la Nation, alors qu'il vient, il faut bien le comprendre, du coté Allemand, celui qui n'a pas de Nation, précisément, et qui vient de réaliser en voyant passer Napoleon, qu'il lui en faut une... En l'occurrence, il s'agit de "résister" à la France de Napoléon comme les germains ont résisté à Rome. 

Car on décalque la France, royaume en opposition à l'Empire Germanique, dont l'état assimilé au Roi est policier, héréditaire et irrationnel face à l'état de droit électif rationnel, porteur de la spiritualité intrinsèque au social Allemand. Luther en 1520: "A la noblesse chrétienne de la Nation Allemande" (An den Christlichen Adel deutscher Nation).

Le discours est fait le lendemain de Iéna (la bataille) par un membre de Iéna (l'Université). Fichte est à la fois un aufklärer et un romantique et peut être interprété de toutes les manières possibles. Il tente et c'est tout l'objet du discours, de concilier universalisme et nationalisme. Entre Goethe et Herder. 

On a lu (2) qui exprime la complexité du discours, qui en expose tous les termes. Il y a des antinomies à dépasser, figurez vous !

La pire est évidemment universalisme/différentialisme, qui à moi m'a toujours paru se résoudre dans l'universalisme du différentialisme (évident: tout le monde veut être différent, et cela justifie l'égalité et aussi le respect mutuel) , et le caractère différentiateur de l'universalisme (quand on proclame l'universel on se différencie bien sur de tous les chauvinismes). 

Et puis il y a la langue et la patrie. Le point de vue allemand est que l'un est la marque de l'autre, le germain étant celui qui parle allemand et qui déjà refusa de s'assimiler à l'empire romain. Les deux points, constitutifs de l'identité allemande exprimée sont fondamentaux. Le peuple c'est la langue. "Au peuple Allemand" sur les frontons.

C'est pour cela que la première caractéristique du discours de Fichte et de vouloir transformer ce peuple en nation, et le faire advenir au monde nouveau. Au passage, le caractère "moderne" du mot nation généralise l'originalité de ce peuple porteur de talents spéciaux, et donc destiné (il a maintenant un destin) à l'apporter à l'humanité. Uber Alles. 

On retiendra au passage le schème "juif" : première nation au monde, peuple qui fut élu et désigné, le peuple juif est dépositaire d'une loi qui le constitue en nation première, certes, mais que le monde entier peut adopter à la fin. L'interprétation commune d'une telle destinée est bien sur la domination universelle (d'où le protocole des sages de sion etc) mais tout autant "bien sur", il s'agit de l'introduction d'une idée, d'un principe essentiellement réutilisable: chaque peuple peut avoir sa nations et faire "comme les autres". 

Cette universalisme de la spécificité, cette imitation entre les peuples qui peuvent tous ainsi se doter d'une nation à leur convenance me parait être la conséquence de l'invention du nationalisme et toute l'histoire le montre c'est bien la bonne interprétation. On dit, à raison, et cela depuis longtemps: "LES" nations. 

On voit ainsi qu'il résout tous les universalismes, par exemple le catholique (bien nommé !). Tous les chrétiens sauf les jésuites veulent vivre dans LEUR nation et en expulser les migrants illégaux. Il n'y a que les antisionistes et les papistes qui veulent voir dans l'universalisme une ridicule et impossible domination mondiale de chapeaux pointus, les uns contre, les autres pour. 

Car contrairement à ce qu'on croit, le christianisme, né dans l'empire et au départ partisan d'icelui, fut ravagé par sa créature, la barbarie arienne germanique (celle que les germains des lumières prétendit être en fait une régénération). 

Et bien le schéma s'applique à l'Allemagne. S'est il appliqué à la France ?  

La fausse distinction

On a lu aussi (3). En gros depuis science po, la conception "progressiste" de la distinction patrie/nation. 

Voltaire: "La patrie c'est un sol, là où je suis bien"  

Romain Gary: "Le patriotisme, c’est d’abord l’amour des siens, le nationalisme, c’est d’abord la haine des autres".

 

Que de telles aberrations puissent éduquer nos dirigeants actuels, maintenant totalement incapable de gouverner, et dont l'exclusion et la punition sont maintenant indispensables est absolument révoltant. Au point de légitimer ce qui est nécessaire, et inéluctable à terme: l'incendie de leurs palais, le viol de leurs femmes et la pendaison de leurs enfants. Delenda est la république qui chie sur sa devise et son histoire, et qui parce qu'elle n'a pas pu maintenir sa nation face à l'histoire devant le national socialisme, s'est réfugiée dans le socialisme et maintenant abandonne sa nation à n'importe qui.

 

(1) https://books.openedition.org/pur/16117?lang=fr#text

(2) http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=1144

(3) https://www.humanite.fr/non-au-nationalisme-oui-au-patriotisme-613343

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