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30/07/2016

La réduction

Il me faut éclaircir ce qui se laisse dire sans que l'on n'y comprenne goutte. La réduction phénoménologique, éidétique et gnoséologique en est. 

D'abord, le transcendant et le transcendantal. 

Transcendantal s'applique à une connaissance, une idée, une chose de l'esprit si (et c'est Kant que le dit) si cette chose, (idée, connaissance) concerne non pas un objet, mais la manière de le connaitre. De fait, c'est bien Kant qui introduit la question: non pas de la chose, mais de la façon, de la manière dont nous les connaissons. 

Transcendant, c'est ce qui simplement dépasse, va au delà, par exemple, bien sur le divin, mais en fait, le mot désigne ce qui a son principe "vers le haut", au delà de lui. Par opposition "immanent" caractérise ce qui a son principe "vers le bas" en lui même, en son origine. 

A part l'idée de "montée" (dépassement qui induit une verticalité du mouvement de pensée (...)) les deux termes n'ont donc pas grand chose à voir, ou bien dans un espace de significations, le monde de l'esprit, celui des délices qu'offre un certain état de conscience, on y reviendra, monde donc dans lequel on change de sujet en englobant, en dépassant, en abstrayant etc. Le philosophique, quoi; tout un monde. 

Ensuite, l'apodictique, l'absolument vrai partout et nécessairement, bref le contraire du dialectique. Les grands principes (identité, non contradiction, tiers exclu) sont évidemment apodictiques. 

Maintenant l'intention. Au départ il y a Brentano, le maitre de Husserl: l'intentionnalité. Ce qui est "à propos" de quelque chose. Issue d'Aristote, puis des scolastiques en passant par les arabes, elle est une représentation non sensible (Avicenne). 

Duns Scot classifiera l'intentio en distinguant la volonté, la forme, le concept et la motivation... 

Brentano parla d'"objectivité immanente", le concept fondamental de la philosophie du XXème siècle, ce qu'il voulut en faire un critère du mental, l'essence de l'activité de penser. Cela fut critiqué et on va en reparler, car la crise d'angoisse n'est pas intentionnelle et donc il y a autre chose dans le mental, en particulier les fameuses qualia, il faudra tirer cela au clair. 

Passons à Husserl, armé des concepts d'intention et de transcendantal, on est bien dans le sujet. 

D'abord Husserl est contre le psychologisme: un mode de pensée et d'explication qui ramène le monde à des états affectifs ou sensoriels aggrégés dans le cerveau humain. Quand les choses sont ainsi réduites à ces sensations élémentaires,on a le réductionnisme. Notons que le niveau psychologique a une réalité pour les psychologistes: il ne réduisent pas au quantique ! Il est celui des affects, des sentiments relatifs au plaisir, au sexuel, bref ce qui est intermédiaire entre le conceptuel et le biologique, je dirais bien sur. Husserl déteste ça... Les neuro sciences, les variantes des psychologies évolutionnistes, les différents mémétisme en sont. 

Husserl veut ainsi fonder une philosophie (à l'Allemande) du certain et du vrai en dehors du réductionnisme, c'est bien l'objet de la fameuse réduction, radicalement contraire dans les termes, de ce qu'on pourrait croire en ignorant le sens des mots. Il repart donc en gros de Descartes et de Kant, en revisitant, comme on dit, le transcendantal... Telle est son intention, c'est un philosophe allemand: regardez ses photos. 

Husserl commence par Descartes et de ce que le malheureux probateur de l'existence de Dieu injecta dans la frénésie baroque qui saisit le XVIIème siècle: l'idée qu'on puisse être certain de quelque chose en pensant seul.

Car Descartes, et là je me lâche, ne fut l'auteur que de l'un des effets pervers philosophiques fondamentaux qui justifient mon théorème (ultra connu, voyez google, je rigole) dit de la transcendantalité de la contradiction théorique qui veut que tout philosophe introducteur de concepts suscite mécaniquement dans la génération d'après une conceptualisation qui a les effets contraires exacts de son intention originale. Par exemple, Aristote nia Platon qui nia Parménide. 3 générations de jeunes gens brillants acharnés à faire passer leur père pour un con. Parménide lui s'en prit à Homère, et comme Homère n'a pas existé... 

Voulant prouver l'existence de Dieu, Descartes le transforma (Dieu) en raison pensable et donc le détruisit: il inventa l'athéisme et la pensée claire, mais il nous faut d'abord revenir en arrière. Descartes commence par douter, il va pour cela jusqu'à l'hyperbolique (le doute de l'intelligible lui même, presque dans le niveau "intentionnel" non?).

On passera sur sa détestation du scolastique, l'ennemi qu'il persécuta étant peut être Duns Scot, mais c'est un autre sujet. En gros Descartes est un sensoriel et se prête à des expériences de pensée, qui sont des expériences... Husserl qui a le même but que Descartes, vouloir être sur, procède de la même manière.

Par contre, et là il s'oppose à Descartes dont il dénonce le "réalisme transcendantal": le sujet de Descartes fait partie du monde et pas celui de Husserl. 

Bon, il y 3 mouvements: suspension, réduction, constitution. Cela fait une méthode, une sorte de processus, d'expérience personnelle, de voyage. Une oeuvre de musique et c'est cela que je voudrais exprimer: la réflexion sur les choses se fait dans le temps, dans un voyage qui est le voyage musical, mais je ne suis qu'un mélomane et le monde de l'esprit est celui des abstractions musicales. On en reparlera. 

D'abord l'épokhé, la suspension du jugement, l'équivalent du doute, mais c'est pas pareil. Il s'agit d'aller vers le savoir, là où il n'y a pas de croyance, et donc pas de jugement imposé, évident ou spontané. 

Ensuite la réduction, qui est phénoménologique, transcendantale, gnoséologique: il s'agit de supprimer tout lien entre connaissance et perception, et identifier la vision et soi même en train de voir. Dans les termes opposé moi/monde, on réduit l'opposition, on se colle au réel, on le colle à soi, bref, on ne fait qu'un. 

Puis ensuite la constitution, le retour à la normale après l'extase qui vous a changé pour toujours: le monde est maintenant vu autrement, et cela à jamais. En quel sens? Et bien le savoir s'étant perçu lui même, il accède à la connaissance véritable (ou l'inverse). C'est cela l'ambition de Husserl: rendre intelligible l'évidence du monde, comprendre le monde. La leçon du terme "constitution" est que c'est la subjectivité qui est "constitutante" du monde. Husserl introduit alors à une praxis de cette critique permanente et radicale de soi dans le monde, et donc d'une super responsabilité philosophique et éthique. 

Cette conjonction entre représentation et pensée de la représentation s'applique bien sur à elle même, et c'est pour cela que cette philosophie qui est une critique (une super critique) introduit au soupçon généralisé, toute attitude et réflexion devenant un percu, donc un construit, donc une chose et ainsi de suite à l'infini. C'est bien Husserl qui a lancé cette mode là, la remise en cause de toutes les ontologies scientifiques et autres devenant possible, à pratiquer et à théoriser. 

Le théorème de la transcendantalité de la contradiction s'applique évidemment à Husserl avec une force incroyable: le cartésien absolu qui voulait le savoir absolu de par la certitude de la réduction du dilemme soi/monde, qui plus est juif, se trouve dénoncé à la gestapo par son assistant le nazi Heidegger qui fonde l'irrationalité du XXème siècle, le culte de la mort et de la négation de la science et de la technique !   

Car bien sur Heidegger nie absolument cette approche de la vérité: l'être apparait (le dieu germanique dans la clairière) et il faut aller à sa rencontre (en chantant le horst wessel lied sans doute). Néanmoins, l'idée y est, le XXème siècle fut horriblement hippie. Pauvre Husserl. Il est donc le grand introducteur du relativisme moderne, comme Kant, d'ailleurs qui lui même introduisit l'idéalisme ! 

Voilà, j'ai compris Husserl. Voyons maintenant la valeur de ces choses...

Au fait, il y a une question de dénomination: il faut parler de "phénoménologie transcendantale" et non simplement de "phénoménologie": les phénomènes qui sont les parties du monde qui se manifestent à notre esprit se succèdent, certes, mais la question est de savoir comment cela est possible et quelle est la nature, l'être de toutes ces choses dans l'esprit. C'est cette activité là qui est le sujet: la subjectivité de cette action (héhé).

Et puis il y a les divergences d'interprétations, et ce à quoi cela a fait penser et peut faire penser. L'ampleur de ces pensées, leurs variétés et leur richesses ne s'épuise pas comme cela. Disons que forcément ceux qui s'intéressent à ces choses ont des idées derrière la tête, des intentions en quelque sorte, et celle ci sont d'une grande variété, avec des constantes.

On pourra parler des théories du management, domaine en soi for vaste, et qui forme les employés du service du personnel (les "relations humaines" comme on dit, attachées à ne jamais avoir de relations avec les autres employés sinon sous la forme de processus déshumanisés). Toutes les hypnoses, changement de paradigmes et autre révolutions de soi en font partie. Les douloureux tourments de la fin des religions aussi, et les croyances réfléchies plusieurs fois sont bien aidées par ces types de pensée, disons que cela parle de la même chose: du subjectif qui crée le monde. 

Husserl est mort en 38. 

On peut continuer à bouquiner sur la question, pour éviter, même si on a compris, de dire trop de bêtises (si j'en ai dit de véritables, il y aura peut être un contradicteur, mais je n'y crois pas trop). L'idée est de ne parler que d'Husserl, et de ce qu'il voulait dire -lui-. 

D'abord, il y eut plusieurs époques, et un Husserl deuxième période. Il parla d'intersubjectivité transcendantale par exemple, pour pallier le manque de considération de l'objectivité du monde extérieur.

Il ne cessa jamais par contre de se vouloir scientifique, prétendant fournir la version scientifique de l'idéalisme transcendantal. Réaliste au sens strict, il ne met pas en cause l'existence du monde, mais veut élucider son intelligibilité. De fait, il veut dissoudre l'opposition entre réalisme et idéalisme.

Dissoudre ou faire exploser ? Car une interprétation de la "constitution" est bien celle de la production de l'objet (et non pas de sa vraie restitution). On se rattrape alors sur le fait que le sujet lui même fait partie du processus et le noeud reformé continue à émettre sa radioactivité, sans doute pour encore pas mal de temps.

En fait la discussion n'est ainsi pas terminée, la distinction réalisme/idéalisme n'étant pas tranchée pour ses successeurs qui continuèrent à s'écharper. 

Ces considérations sont aussi celles de Merleau Ponty, dont la phénoménologie de la perception qui accompagna sans être lue tous mes déménagements se résume en natures naturée et naturante, en naturalisme du naturé et idéalisme du naturant. L'objectif est pour lui aussi de rendre intelligible la dichotomie vérité/facticité, qui est le problème fondamental de tout ce dont on discute ici. La perception est ce lieu: il n'y a de sens que si un sujet perçoit et en même temps le sens vient de la nature.

 

24/07/2016

Vive les libertés publiques !

J'ai un nouveau gourou, un vieillissant professeur d'histoire du droit, sémillant et courtois, avec qui je suis à ma grande surprise en accord sur presque tout ! Jean-Louis Harouel est cette personne, par ailleurs un merveilleux représentant de la véritable élite, courtoise et pleine d'humour, et aussi porteur en plus de noeuds papillons. 

Il fut plagié par l'ignoble Patrick Buisson, qui eut du mal à l'admettre, parlant d'un illustre inconnu, tu parles un prof renommé, auteur de dizaines de livres, enseignant à l'institut Michel Villey comme de juste, le grand historien en référence sur les questions des droits de l'homme entre autres.  

Pour l'humour on se souviendra de son rappel du changement de l'orthographe du mot "imam" dans les années 70, mot autrefois noté "iman" (avec un "n") depuis Voltaire, et que San Antonio dans "Berrurier au sérail" utilisait, ce qui lui permettait de nommer un de ses personnage l'iman komyrespir, qui officiait au Kelsaltan.... 

Polygraphe, professeur, présent sur radio courtoisie (...) https://www.youtube.com/watch?v=ssvjPNIqPFE, et dans un très bel exposé http://cerclearistote.com/video-de-la-conference-de-jean-louis-harouel-les-droits-de-lhomme-contre-le-peuple/ conclu par le titre avec une belle prestance. 

On trouve aussi un compte rendu détaillé dans: http://www.francisrichard.net/article-le-vrai-genie-du-christianisme-de-jean-louis-harouel-118324375.html

Auteur de mutiples écrits, il exprime tout un ensemble d'opinions dans la classe de celles dont je suis persuadé malgré lui (je veux dire avant de l'avoir connu), un accord véritable, donc et bien mieux exprimé que je ne le fais, je ne suis ainsi plus seul.

En gros tous mes thèmes y sont: la religion sécularisée moderne qui a succédé au communisme et au nazisme comme religions. La nouvelle religion est celle des droits de l'homme sécularisés, opposés aux droits de l'homme traditionnels, ceux des libertés publiques. Cette religion post chrétienne infecte le droit qui se sature de valeurs chrétiennes, ce qui n'était pas du tout le cas dans les époques de foi. Mieux, Marx fut celui qui sécularisa le millénarisme de Weitling. L'église catholique aujourd'hui abrite partiellement cette religion humanitaire, sécularisée et distincte de la religion chrétienne orientée vers le salut. 

Derrière l'honni socialisme, on trouve donc la gnose, d'abord négation du judaïsme (Marcion) et surtout de celui du Dieu créateur identifié au Dieu juif. 

La description très intéressante du christianisme (il parle de son génie) comme alliance de l'amour total christique ET du décalogue comme la première forme d'affirmation des droits humains (de ne pas être tué, de ne pas se faire voler sa femme etc). Ce qui en fit ainsi la première affirmation nationale, en plus, avec la proclamation du droit à la sécurité, premier de tous les droits de l'homme. Le christianisme c'est donc l'alliance du dieu bon et du dieu juste, l'amour total PLUS le réalisme de la loi. Cette alliance là fonde la liberté, comme affranchissement de la loi, ou plutôt son acceptation libre, les deux choses restant distinctes, l'amour anarchiste chrétien lui étant incommensurable. 

Cette alliance improbable, magnifiquement conceptualisée vaut le détour: il célèbre précisément ce que je cherchais confusément, liberté, amour et nationalisme, le collectif national ne pouvant qu'être partie du jeu. Que ce nationalisme porté par la bible le soit en plus porté par son héritier chrétien me semble nouveau et original, même si bien sur, c'était ce que je pensais. Qu'il soit biblique en plus dans la dernière nation que le monde accepte (ou refuse) en l'occurrence l'immonde état israélien lieu de toutes les détestations (sauf de la mienne) me réjouit encore plus. Comme si les rois d'Israël sur le portail de Notre Dame en étaient les symboles, du concept de nation, justement ! Et puis Mirabeau disant au sujet du projet d'une déclaration des droits de l'homme: c'est le décalogue ! 

On y explique ainsi que le christianisme (véritable) s'oppose au millénarisme tout comme la volonté de se changer soi s'oppose à celle de changer les autres. Et puis aussi, la suprême distinction entre les royaumes, l'état catholique n'ayant jamais voulu instaurer le règne de l'amour sur terre, du fait de la conservation de la loi toujours distinguée de l'amour divin. 

Il explique la distinction "rights of man" d'envers les "human rights" qui font toute la différence, image de la distinction fondamentale entre le politique et le religieux, marque du christianisme comme  origine de la liberté d'une part, de la civilisation d'autre part. Mieux, c'est cela qui est à l'origine de sa puissance et de son savoir, celui ci ne pouvant être que fondé sur la liberté de penser et de créer. 

Il évoque avec bonheur l'horreur gnostique de la distinction sexuelle origine de la procréation, idée commune au même degré des partouseurs et des castrés, les deux composantes de la gnose. 

Il explique avec autant de bonheur que l'islam n'EST PAS une religion mais un système politique et juridique, et que le millénarisme en vient à souhaiter la mort nécessaire des peuples coupables de l'Europe destinés à être remplacés par de nouveaux arrivants. 

Il va ainsi jusqu'à prendre Israël comme le modèle de l'état nation auprès des europes en manque de particuliarisme.

C'est alors qu'il se révèle par ailleurs (hélas) comme anti européen et anti euro, il fallait bien que nous ne soyons pas d'accord sur tout. Europe qu'il définit par ailleurs comme étant ce qui a refusé d'être musulman pendant des siècles, on peut dire là qu'il s'égare... Il fait ainsi hélas le chantage au fédéralisme, origine de l'anti européisme paradoxal qui demande à ce que l'on refuse la pauvreté des pays pauvres d'Europe. Comme si il fallait des frontières pour ignorer les pauvres... 

Il est ainsi dommage (mais après tout ce n'est pas si grave) que tant de belles intuitions ne s'accompagnent pas de celle d'un monde économique ou tout serait possible, le passé industriel et libéral de la France ne la condamnant pas, et au contraire, d'être toujours à la remorque de l'Allemagne. La liberté, mon cher, la liberté. 

 Bon en tous cas, il me faut lire l'auteur de: 

"Née de la distinction chrétienne du spirituel et du temporel, la liberté absolue de la pensée inventée par l'Occident est sans doute le plus précieux patrimoine de l'humanité."

 

 

 

 P.S. Quelques éléments sous forme d'arguments, et qu'il met  en avant avec faconde dans son "vrai génie du Christianisme". 

La castration des hommes  africains noirs emmenés au moyen orient: cela explique la faiblesse du peuplement noir pour une traite qui fut équivalente à celle vers l'amérique, elle bien plus marquée par ce peuplement là. 

Il y a un débat sur la séparation politique religieux en Islam, Olivier Roy en relativisant la portée, pourtant au centres des thèses de Bernard Lewis,  de Harouel et aussi de Fustel de Coulanges. 

L'ambassadeur mongol en 1287 fut frappé de la spécificité de Paris: son université. 

Jean XXII refusa de couronner Louis IV et la bulle d'or consacra en 1355  l'élection de l'empereur par les princes. 

Le conflit entre Philippe le Bel et Boniface VIII portait sur le "rendez à César ce qui est à César". Jacques de Viterbe tenta au service du pape de le réinterpréter.

Guillaume d'Occam consacra la séparation entre les deux ordres. 

Harouel insiste aussi sur l'importance de l'histoire des hébreux sur la genèse DES états nations européens.  Pour Hobbes, l'état hébreux est le prototype de l'état souverain. 

Néanmoins, à sa décharge, Harouel rappelle la notion du "juge prêtre" sous l'ancien régime. C'est ainsi l'introduction du droit romain qui sépara justice religieuse et justice d'état. 

La genève de Calvin est gérée par un "consistoire" qui peut déclancher l'autorité publique: les protestants et Luther aussi furent eux bien plus césaro papistes que les catholiques... 

Aux US, c'est le 1er amendement de la constitution qui interdit de faire aucune loi interdisant l'exercice d'une religion ou instituant une religion d'état. 

Le Syllabus de Pie IX en 1864 condamnait explicitement le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. 

Les deux saluts chrétiens et millénaristes: l'un est céleste, l'autre est terrestre. Pourtant dans l'apocalypse de Jean, il y a bien le "viens, Seigneur Jésus", avec l'annonce du règne heureux de mille ans qui précèdera la fin du monde. C'est cela le millénarisme ! C'est Augustin qui décrète que le règne millénaire a commencé  avec le Christ dans l'Eglise. 

Joachim de Flore introduit la théorie des trois ages, qui se termine par le règne de l'Esprit. 

Müntzer, lui aussi moine augustin, horrifie Luther en prêchant le massacre. Il fut célébré par Engels qui vit en lui un héros prolétarien. Il fut suivi par Jean Hut, à Münster puis par Jean de Leyde et les anabaptistes. Münster fut Jerusalem en 1534.

Pour finir la thèse de l'injection dans le droit des valeurs chrétiennes après l'effondrement de la religion et qui transforme les juges en juges-prêtres est extrêmement séduisante. Employés à la rédemption des coupables (un frère Kouachi avait un bracelet électronique) et à la punition du blasphème (dire casse toi pauv con à Macron vaut comparution pour outrage) les juges ont un rôle maintenant particulier qui tourne à l'absurde: celui de l'instauration par la contrainte du respect d'une religion, celle que dénonce Harouel.

 

Mais il y a une conclusion et entièrement constituée à défendre l'"immigrationnisme" (Taguieff), but de la nouvelle religion et volonté caractérisée d'extinction de la civilisation européenne et chrétienne... Le sanglot long n'est pas mâtiné ni réduit par quoi que ce soit et semble s'achever dans un bien grand pessimisme.  

Au point que la thèse elle même mériterait peut être d'être reconsidérée. Le "vrai" christianisme est il vraiment innocent de tout cela ? Fut il vraiment si dualiste ? Après tout, le royaume de Dieu imminent du Christ fut bien millénariste, et l'apocalypse chrétienne aussi, c'était son règne propre, celui qui devait durer mille ans. 

Il y eut donc l'Eglise pour rattraper cela: ce qui remplaça au pied levé le royaume qui ne venait pas était donc la fameuse disjonction qui commença mal: elle détruisit l'empire (les barbares étaient chrétiens) et ce qui dura mille ans à l'est était parfaitement césaro papiste... Bref, les rapports de l'Eglise et du politique furent complexes, et ce fut bien une lutte contre cette église là qui fut la civilisation occidentale, non son accomplissement...  Bref, même si l'accumulation de sentiments est patente et intéressante; ce qui justifie l'ire, la thèse parait finalement fragile et peut être secondaire voire fausse. 

Car il y a bien des moyens de rendre responsable le christianisme de l'essor occidental: le thème de la liberté en est sans doute un aspect, mais il se battit contre l'histoire chrétienne et au combien, au nom du millénarisme ? Non et c'est cela le problème de la thèse d'Harouel et de sa tentative très réactionnaire de récupérer la situation. Celle ci est plus complexe et on ne peut échapper à la nécessité d'élaborer du positif, bête noire des conservateurs pessimistes. 

10/07/2016

Smith&Rousseau

Belle forfanterie que de parler des deux ! 

Simplement Smith (Adam, pas Eve) n'est pas contractualiste, et c'est le problème. Sinon, on s'y retrouve. 

Je me permet de citer l'extraordinaire article de Raymond Boudon http://www.fondapol.org/etude/boudon-la-competence-morale-du-peuple/ et de le pomper à mort. Tout autant d'ailleurs que http://www.revueithaque.org/fichiers/Ithaque5/08Guedon.pdf ; mes sources d'excitation sont ainsi données. 

En gros, Boudon y explique que la France souffre de la tyrannie des minorités, car sa scène politique oppose un état trop fort à des groupes d'influences trop forts, ce qui explique tous les retards français, dont les absurdes 35h, Impôts sur la fortune et retraites comme remède au chômage. Il parle de l'"effet Olson" qui décrit ainsi le phénomène mécanique de la majorité silencieuse, quand une majorité désapprouve le réel silencieusement, vaincue par les minorités agissantes. Boudon recommande l'expression libre sur l'Internet, comme possible efficace contre poison. 

Il parle aussi de la volonté générale, et du fameux "spectateur impartial" de Smith, qui est son exact pendant: Smith et Rousseau sont deux acteurs des lumières, et symbolisent pour comprendre et agir sur le monde, deux fictions égales, qui permettent à la démocratie d'exister: contre toute attente, il existe une rationalité collective non individualisée, ni par un Dieu, ni par un tyran.

Dans le cas du spectateur impartial, il faut ajouter que cet être rationnel qui choisit telle ou telle décision en évaluant des arguments sur un marché des opinions, ce qui suppose que la structure du pouvoir soit basée sur un séparation entre corps indépendants qui s'équilibrent. Exécutif, Législatif, Judiciaire se contrôlent mutuellement: ils ne sont pas des personnes mais des forces qu'on commente. 

Car le spectateur impartial est issu de la "sympathie", mécanisme naturel fondamental, les vertus (prudence, bienveillance et justice) conduisant à la belle nation de l'individu rationnel, image et membre de la collectivité. Les vertus sont donc nécessaires au lien social. L'homme "bon" de l'état de nature lui correspond: le contrat social ne peut être passé entre des démons, et la vertu originelle est bien sur la condition expresse de la possibilité de l'organisation de l'humanité. 

Pour Smith, suivant un principe de classification que Marx copia, on a les états de l'humanité: chasseur, berger, agriculteur, et commerçant pour finir. On notera le pastoral état de berger, très XVIII siècle, comme intermédiaire, bien sur, entre le chasseur cueilleur préhistorique et l'agriculteur. 

On continuera avec l'Etat, en charge de protéger contre les ennemis extérieurs, de lutter contre l'injustice en interne, et aussi de gérer les monopoles naturels communs.

A part cela, l'Etat ne doit pas intervenir, car "Quelle institution du gouvernement pourrait tendre autant à promouvoir le bonheur du genre humain que la prédominance générale de la sagesse et de la vertu ? Tout gouvernement n’est qu’un remède imparfait à leur absence". Ici encore, l'ignoble Smith, réputé pour son égoïsme et sa cruauté ultra libérale s'appuie en fait, et au contraire, sur l'indispensable vertu humaine pour se passer des excès de l'Etat. 

Nous avons donc là Smith, avec une auto institution du marché, et c'est la thèse, la formation de l'équivalent strict de la volonté générale, c'est à dire de l'institution collective non personnalisée, le spectateur impartial étant le souverain, rationnel, objectif, et... collectif.

L'identification est d'autant plus forte que les deux concepts sont géographiquement limités et décrivent une nation, c'est à dire un être collectif d'ampleur géographique limité, et dont les limites sont celles où s'appliquent le contrat et ou la sympathie. On a donc bien dans les deux cas, une pensée non tyrannique de l'être collectif qui préserve ses intérêts collectifs par la vertu. 

 

On en viendra alors à l'esthétique. Sa relation à la politique est évidente, et importante, voire fondamentale. D'abord, le beau est associé à la simplicité de la nature, et ce qui fascine c'est l'authentique pour Rousseau mais aussi le fonctionnel pour Smith, qui associe sentiment esthétique et plaisir de voir les moyens consacrés au plaisir, plus que le plaisir. On a l'amour des systèmes celui de la nature étant le plus beau, bien sur. 

Nous avons donc ici un identique ancrage dans le réel pour le gout et en même temps la conception d'un gout varié suivant les hommes et les nations, les choses plaisantes restant différentes et soumises aux conventions. Admirable distinction entre unicité du mécanisme et diversité des aspects, les modalités de l'identique pouvant être différentes. 

Rousseau va même jusqu'à comparer et assimiler la corruption de la volonté générale et celle du gout, quand on parle non pas ce dont on est persuadé, mais de ce que pense ou goute un autre. Ici on pense l'imitation et la foule pervertie, le sentiment individuel romantique de Rousseau permettant la sortie de sa condition au nom de sa liberté, concept fondamentalement chrétien et dieu sait s'il l'était. 

 

On arrivera alors au personnage corrompu, au vicieux, au vaniteux, celui qui commande le jugement. Nos deux héros se réfèrent à Mandeville, l'auteur de "vices privés, vertus publiques", le centre du débat. Mandeville est le troisième larron: à la poursuite du luxe que réclame sa dépravation, le riche corrompu fait travailler les pauvres et donc enrichit la société. Mieux ! La "fable des abeilles" révèle que le retour à la Vertu appauvrit. Plus généralement, il introduit le désir comme moteur de l'économie, plutôt que le besoin. 

Ce n'est pourtant pas ce que pensait Montesquieu, pour qui le luxe avait ruiné l'Empire romain. Le débat fit rage.

Rousseau dénonce évidemment cette mode et cette vanité corrompue, qui constitue l'antithèse de sa notion d'homme de gout, mais à qui il reconnait cependant la nécessité de vivre au voisinage de la richesse indispensable. Adam Smith lui est plus "économique" et ne voit chez le pauvre que l'admiration pour la munificence du riche, car il profite de ses grandeurs là. Nous avons bien chez les deux la proximité avec le concept de la nécessité des relations entre toutes les parties du monde, et surtout de penser le monde comme un système. 

D'abord Smith dénonce le principe du luxe et du gaspillage: il faut épargner pour faire les machines qui président à la division du travail, seule source de la productivité. Puis il affirme la nécessité de la poursuite de l'intérêt individuel et on vient alors au fameux "égoïsme":

"Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger, que
nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs
intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme."

Preuve absolue de la vilenie du capitalisme, le honteux discours est régulièrement cité: il est la ligne de démarcation qui sépare la droite de la gauche, le bien du mal, l'idéal qui fait le vrai humain mieux que la bête. 

Pourtant, l'évidence de la chose est patente: des individus règlent leur comportement mutuellement et procèdent à des échanges. C'est le principe de l'échange confiant, marchandise contre marchandise qui nécessite la vertu humaine et ce qu'elle a de positif, et pas bien sur le contraire de l'"égoïsme" du marchand, qui ne va pas être assez fou pour "donner" (se faire voler) la marchandise dont il vit. Bref, la propriété du bien qu'on vend est du vol, pour les c...

Que faudra-t-il de hurlements pour dénoncer les ineptes stupidités qui contestent l'évidence de ma lecture du démon? 

Surtout qu'on va en rajouter, et asséner le coup de grâce: 

"En préférant le succès de l’industrie nationale à celui de l’industrie
étrangère, il ne pense qu’à se donner personnellement une plus grande
sûreté ; et en dirigeant cette industrie de manière que son produit ait
le plus de valeur possible, il ne pense qu’à son propre gain ; en cela,
comme dans beaucoup d’autres cas, il est conduit par une main invisible
à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions ; et ce n’est
pas toujours ce qu’il y a de plus mal pour la société, que cette fin n’entre
pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt
personnel, il travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour
l’intérêt de la société, que s’il avait réellement pour but d’y travailler."

On a ici les 3 concepts: la nation à qui l'on se donne dans son intérêt ce qui la constitue comme naturelle et organique, l'agrégation des efforts qui forme la fameuse main invisible, deux fois non intentionnelle et la positivité de cette non intention qui la rend optimale.  

 

Revenons à Rousseau et à sa société de paysans vivant dans l'abondance. Rousseau n'est certes pas un capitaliste; on le décrit (Yves Fargas le redoutable se consulte à https://www.youtube.com/watch?v=fRV-yo5Ii9E) comme son "avorteur" (il vécut son origine) en des termes d'actualité: le "système financier" doit être combattu par la taxe du luxe afin de rendre les riches pauvres. Plus communiste que moi tu meurs: Rousseau vida Phnom Phen, donc. brrr.

Cette image de Rousseau là, toute pleine des insultes de la droite et de la gauche, en fait le plus grand philosophe du monde. Je crois qu'il fut d'abord un homme des lumières, innocent de la vendée et du cambodge, mais coupable de la pensée abstraite de la nation et de la libération des moeurs. 

Rousseau exprime contre le capitalisme toutes les désillusions romantiques dont ce qui est en fait un individualisme forcené est l'écho: le mal existe, il est du à la corruption du social et surtout, JE en suis victime. Mais cela n'est qu'un paradoxe: Rousseau ne dénonce que la non réalisation de ce qui devrait marcher et n'affirme de fait que le malheur du monde, et non pas la pensée de la possibilité de l'idéal. 

Subordonner l'économie au politique n'est pas une pensée de l'économie (il n'y compris rien), mais une fin de roman désabusée. Quand à l'affirmation inévitable, et non voulue du malheur du monde, elle n'est qu'un "pied invisible" que le destin réserve aux faquins dont il fait partie, et donc n'est qu'un ressentiment. 

C'est bien cette lecture là de Rousseau dont il faut se souvenir: un désespoir romantique, celui du perdant à qui on s'identifie, par le délicat plaisir de l'opprimé qui accède aux romans de gare dans l'explosion d'opulence dont il est le personnage secondaire et aussi l'acteur premier... C'est bien pour cela que Rousseau eut tant de succès, et qu'il plut aux dames car il libéra le sentiment. On ne s'identifie pas à une main invisible.

Maintenant on a aussi la théorie de la Nation, du coté des "illuminati", je veux dire Herder  et Fichte. Dénoncés tout comme Rousseau d'ailleurs d'avoir fait partie du complot qui renversa la royauté française, ils sont les mauvaises lumières, que d'ailleurs dénonce Zev Sternhell (de façon contradictoire, il faut bien le dire, en tout cas à rebours du bon sens complotiste, à moins que). Nul ne peut ignorer que la franc maçonnerie fut religieuse, et que c'est bien la gauche qui naquit alors, celle du nationalisme non libéral (après tout, il faut bien une théorie). 

Pour finir, on notera que Rousseau décrivit une nécessaire "religion civile", et que cela le rangerait donc parmi les "illuminati" (à mon grand désarroi). Notons toutefois qu'il ne la décrivit pas comme exclusive, le souverain se moquant des natures de l'au delà. N'aurait il pas plutôt inventé la laïcité ?