Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/04/2016

Les justices

Michael Sandel évoqué récemment à la radio est l'auteur d'un cours intitulé "Justice" qui en fait une star de Harvard et aussi des campus asiatiques parait il. Il est proche des "communautariens", et adversaire de Rawls.  

Nous voilà donc dans le débat entre libéraux et les communautariens. 

D'abord le communautarianisme: il a bien le sens qu'on lui donne quand on parle du complot frère musulman, mais aussi le sens très américain, très positif, "our community" étant typiquement ce que respecte le groupe de réacs qui entoure la petite église perdue entourée d'indiens. Mais il s'agit aussi d'un courant philosophique des années 80 dont les noms sont Sandel, Allister McIntyre, Charles Taylor, Amitai Etzioni.

Parlons de Rawls, le "social libéral" anti utilitariste, attaché d'abord à la justice (comme équité), qui génère le bien.

La théorie de la justice est une théorie morale déontique, ou déontologique, issu des principes Kantiens de primauté du devoir sur la vertu. 

On part des des principes de liberté (celle ci doit être maximisée) et de différence (les inégalités doivent être minimisées). En fait, la liberté ne peut être limitée qu'en son nom propre, et les différences doivent être acceptables par tous d'une part, compatibles avec des chances égales de les combler d'autre part. L'organisation se fait alors à l'aveugle, la justice agissant derrière le voile d'ignorance qui préside aux véritables choix objectifs. 

Parlons maintenant des communautariens, ils en veulent au sujet autonome libéral, identifié au fameux mâle blanc hétérosexuel, fiction à dénoncer, car représentant d'une communauté, justement. Le politiquement correct, la discrimination positive et le communautarisme ethnique et religieux anglo saxon est évidemment issu de ces considérations. La défense admirable de la francophonie quebecquoise aussi. C'est la fameuse loi 101, qui protège le fameux "bien commun", la langue française. Le canadien Charles Taylor, élève de Isaiah Berlin en est le héros. 

On a ainsi le noeud ambigu qui fait tout le charme de ce débat: la défense d'un particularisme au nom de la liberté est l'argument légitime du refus de l'universalité, et donc l'aporie est constituée. Place maintenant à la pensée ! 

ll faut bien sur citer Franz Fanon, à l'origine du post colonial, la lutte pour l'image se devant d'être violente, et on a en plus la guerre des races, plus exactement le conflit en communautarismes radicaux, gage de l'avenir pour certains. On a aussi la théorisation de l'accord communicationnel entre les communautés, le sujet se trouvant repositionné différemment, à cheval entre le je et le nous. Le concept de "radical centrism" associé à Etzioni reste fascinant, il fut associé à la volonté de "réconciliation" entre blancs et noirs dans les US des années soixante. 

Plus philosophiquement, le communautarianisme est associé à la prévalence du bien sur le juste, la conscience du bien ne pouvant être développée que dans une collectivité dotée d'une histoire, la fameuse communauté. Celle ci  peut(doit?)  bien entendu être religieuse, à cause de la nécessité d'un au delà de l'individu pour le contrôle du "moral". On a là le communautarisme narratif, celui qui transmet les identités. On doit aussi considérer le communautarisme fonctionnel, qui décrit la constitution et le fonctionnement des communautés nécessaires.

Deux aspects des communautés fonctionnelles doivent cependant être distingués: l'organique (la société comme corps humain, selon Jean de Salisbury), et le civique, (les "groupes" (paysans, commerçants etc) de Marsile de Padoue qui constituent le commun).

La constitution en communautés des identités post modernes est patente dans le monde moderne, les concepts de particuliarisme collectivisé se manifestant partout, l'internet étant bien sur le lieu de ces divisions, de ces réseaux de sociétés et de communautés diverses et variées en interaction permanente. Mais il y a aussi, simultanément et on pourrait croire que c'est la même chose, les communautarismes radicaux, ceux qui peuvent se transformer en nations si on n'y prend pas garde. 

L'opposition entre libéraux et communautaristes tient donc à une certaine conception de ce qu'on appelle le "sujet", l'individu, invention moderne, étant ce qui à la fois bouleverse les traditions et les maintient, à la fois agresseur des vieilles religions, réformateur des nouvelles et encore pour l'instant, porteur de signature et de droits particuliers. 

Pour tout dire, et ce sera mon point de vue, le mâle blanc se doit de camper sur sa rive, avec ses femelles (ne les oublions pas) ses vieillards et ses gamins, et veiller aux agressions des barbares dont la friponnerie se renouvelle sans cesse. La voilà la pensée, et non elle ne se soumettra pas à des arguties. Communautariste donc ? Nous y voilà, il nous faudra justifier l'injuste, ah que ça m'excite ! Et bien je veux le faire en parlant des nations. 

Car  il faut considérer que ces réflexions sont évidemment originaire des lieux ou se sont formés des ensembles nationaux complexes (Etats Unis et Canada) construits et issus d'accords du bout des lèvres entre communautés, justement, ceci après d'ailleurs l'éradication violente de certaines, et la soumission violente d'autres, manifestement, l'histoire l'a montré, incapable de parvenir aux accords nécessaires à la paix entre blancs.

Avec les immigrations complexes mondialisées (le Canada a des musulmans) et la non résolution de la question noire, sans parler de l'apparition de la mexicaine, les amériques ont un problème et en discutent. 

L'Europe est bien évidemment dans une situation très différente mais avec ses problèmes propres et bien sur l'incroyable diversité qui la caractérise, les attitudes britanniques et françaises étant par exemple radicalement contraires sur ces sujets. Cependant, cette Europe qui s'unit à grand peine suivant des principes en fait nouveau reste fondée sur l'essence de sa grande histoire, qui inventa la totalité de ces questions, plus la liberté, plus la technique et le reste: elle détruisit tous ses empires et finit, gage de sa vitalité inventive par se détruire elle même. Pourtant, la plupart des monuments sont là et il reste aussi, nous le voyons bien, les nations... 

Y a t il plusieurs modèles de nation ou un seul ?  Si il y en a un seul, alors certains états ne vont bientôt ne plus être unis, à moins que, dualement, nous ne devions fédérer l'Europe. Dans le cas contraire, lequel devons nous choisir ? Ce débat là reste ouvert, il est très important et j'ai mon avis. 

 Au sujet de Sandel, il faut aussi noter que lui aussi veut dépasser le débat. La question porte sur la banalisation du choix personnel que produit la liberté libérale: elle identifie morale et préférence personnelle, tandis le communautarisme attribue la valeur du choix au nombre de ses adeptes. Le dépassement de cette opposition se fait en introduisant la liberté de conscience ! En effet, celle ci dicte le nécessaire alors que le choix libre lui, permet en principe de faire n'importe quoi. Il y a donc une liberté supplémentaire, qui n'est ni le choix individuel, ni celui de la communauté, mais celui d'une entité tierce, que l'on peut juger arbitrairement bonne: la conscience morale qui justifie toutes les "pratiques", non pas comme liberté mais comme devoir.

Admirable solution ! Elle pose donc un fondamental à la fois dans le collectif et dans l'individuel et donne une valeur aux deux mondes. Pourtant, on n' trouve ni la nation ni la famille. Plus que jamais, entre l'individu solitaire perdu et les rouages d'une tribu, les philosophes modernes ne voient le monde qu'inacceptable, et ignorent et ne considère pas ce qui reste le fondement du monde occidental: des familles nucléaires groupées en nation. 

Car c'est bien par là qu'on peut se sortir de tous les paradoxes, qu'il soient communautaristes ou féministes, bref dirigés contre le chef de famille citoyen: en prenant la défense de celui ci ! Car alors qu'il partage l'autorité avec la femme qu'il se doit de respecter s'il veut que celle ci puisse apprendre à lire aux moutards, et qu'il se doit donc de lui accorder le droit de vote pour qu'elle en parle avec respect, il lui faut aussi affirmer sa puissance face aux autres ménages, et refuser d'abriter les cousins éloignés célibataires au nom des exigences sociales organisées par quelques curés ou caïds tribaux.

Il n'y a point de communautés ! 

 

 

Les commentaires sont fermés.