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16/09/2017

Richter et la marche funèbre

La sonate no 12 de Beethoven, opus 26, dite de la "marche funèbre" est jouée par Sviatoslav Richter sur YouTube dans une de ces inimitables clips des années 70 russes, la grande époque. 

https://www.youtube.com/watch?v=1JM1dw6BfPs

Richter, toujours raide et timide, apparait, se courbe brièvement, massacre le piano, se lève et repart sans un mot. 

L'incroyable puissance du bucheron est toujours aussi surprenante: sa netteté et sa force en fait le plus grand pianiste du monde, j'adore ça. Cela tient il au physique? Il ressemble physiquement à Bach, ou à Beethoven, à cinquante ans et se trouve être, c'est l'objet de ma rêverie, l'image même du mâle blanc chauve cinquantenaire et bedonnant, objet de toutes les détestations et de tous les ressentiments. Et bien il est aussi un homosexuel de la russie communiste des années soixantes, un hypersensible et hyperprofond génie de la musique, mort massacré par une injuste maladie dont, maigre et larmoyant il nous parla à la fin, tout maigre, lui la tempête... 

La marche funèbre, pour Beethoven, c'est toujours celle pour un héros inconnu et indéterminé, celui dont la mort est présente au début du XIXème siècle. 

En parlant de la marche funêbre, il faut savoir que Richter refusa de jouer celle de Chopin, il ne supporta pas qu'on la joue pour la mort de Staline. Celle ci n'a que plus grand écho. Richter est lui un de ces héros. 

Juste après, un mouvement rapide primesautier, étrange, tout comme cette ode à l'énergie du trentenaire qui sait déjà ce qui va lui arriver et qui lui est déjà arrivé en fait (la surdité). On y trouve toute l'énergie du monde, et la lumière aussi, c'est éclatant. Les dernières

Richter est le Chuck Berry Russe de la musique classique, mais pur interprète, il ne vécut que par la musique soit disant du passé, celle qui reste la musique, tout simplement, la chose...  

09/09/2017

La trinité

trinité.png

 

 

 

 

 handspinner3.jpg

Il faut tenter de comprendre ce qu'est la Trinité, qui reste l'invention géniale qui façonna l'Occident. Occident avec un grand O, l'ensemble culturel géographique né des prédications chrétiennes sur les ruines, qu'il provoqua d'ailleurs, de l'empire Romain. 

Il ne s'agit pas bien sur de prêcher une signification profonde quelconque qui serait issue de quelque chose qui est intrinsèquement et structurellement contradictoire et largement absurde, voire totalement incompréhensible, voire impensable. Pourtant ça l'est, car ce le fut, et il faut bien en rendre compte, au moins dans un  petit esprit comme le mien. 

Le dogme en question est bien sur primordial, il tente (et y réussit au moins pendant une période de temps assez longue) de définir et Dieu et la religion dit chrétienne, car construite sur un personnage historique divinisé de manière extraordinairement particulière, c'est l'enjeu du truc que de le décrire en détails. 

La première chose à dire toutefois est que la description en question ne peut être faite qu'après coup, sur la base de l'une de celles disponibles et il y en a, c'est bien le problème, plusieurs. 

Plusieurs avant, et après l'élaboration du dogme unitaire, d'ailleurs partagé par les protestants... Car bien sur il y a LES fois, celles dont le théologien pourrait ou devrait rendre compte, à moins qu'il ne s'adapte à d'autres plus anciennes qu'il souhaiterait remettre en vigueur, ou à de nouvelles qu'il voudrait imposer pour faire avancer le schmilblick. Car il faut bien le dire, la façade est complexe et les guides qui la font visiter improvisent un peu devant des touristes qui ne jouissent en fait que du simple bonheur d'être là: ce qui la fait tenir n'est pas apparent, c'est le moins qu'on puisse dire.

Naturellement, la notion de "mystère" est la clé du dogme, qui se contente de verrouiller avec un ramassis de conceptions subtiles issu de toutes les synthèses possible de centaines d'années de controverses. Toutes les issues ont été identifiées, les pièges et les voies dangereuses explorées, les solutions trop faciles écartées etc. 

Le résultat est bien sur, aujourd'hui comme hier, le "hier" datant du siècle d'avant le précédent, un grand contentement de soi de la part de l'apôtre qui vous rit au nez: comment? Ce beau mystère ne vous convient pas ? C'est pourtant simple : 1 = 3. Capito ? 

 Il faut bien comprendre que cette manière de voir là a été pensée en tant que telle: la trinité comme incohérence logique a pour vocation a être une non-pensée explicite pour la foi chrétienne. C'est comme ça que s'en sortent les horribles faux culs ultimes que l'on essaye de coincer. Ils n'en continuent pas moins à philosopher la chose et à la polir dans toute sa complexité "signifiante", la foi étant entretenue dans ce qu'elle est, antérieure à la parole, mais pensée et vécue dans la parole et donc porteuse intérieurement et extérieurement de paroles diverses. 

C'est cet équilibre là qui fait vivre la trinité, mais il faut aussi comprendre qu'il est sous contraintes, la description de celles ci étant bien passionnante. 

Pour en terminer, il faut savoir que le mystère n'est pas "biblique" mais construit par l'église et se trouve, bien subtilement considéré comme "expression" plutôt que comme "objet" de la foi, du moins pour les protestants. Tout ça pour dire qu'il y a bien cet aspect là de la chose, les églises et la logique étant en quelque sorte "dépassées" par ces formulations. 

 

Bien sur le concept s'est construit dans le temps. Ainsi, on doit bien distinguer 3 périodes: les premiers temps, dont l'élaboration paulinienne, les grandes réflexions du deuxième et troisième siècle, et la stabilisation finale, encore en vigueur. 

Les débuts

Au début, il n'y a de traces que d'après les premiers écrits, évangiles dit "synoptiques" (les 3 premiers) le quatrième (Jean) étant assez différent. 

On ne trouve pas trace du concept en tant que tel, mais bien sur tout tourne déjà autour, on a tout le monde, "mon père", le fils "de l'homme", et le paraclet qui va prendre le relais après le départ. C'est sur cette base de concept toujours présent, toujours répété mais jamais explicité que va croitre cette foi non exprimée en un Dieu multiple qui néanmoins reste un. Cela jusqu'à la formalisation, la mise au clair si on peut dire. 

En tout cas, dés l'origine, la question est posée: comment expliquer, concevoir, accepter, annoncer la relation qu'entretient l'homme Jésus dont on se réclame et la divinité ? Comment y clarifier la notion de "saint esprit", entité juive bien connue issue de Dieu. Bref, que l'on élabore là dessus est essentiel: comment parler de cette fois, tout à fait intense par ailleurs à l'époque, sinon?

 Un aspect important, au sujet de l''Esprit Saint'. D'abord c'est un concept juif, la chose (...) agissant au nom de Dieu est la "rouah", le vent divin, ce qui souffle, qui inspire, qui fait bouger. 

C'est le fameux Paraclet dont Jésus parle comme devant le remplacer après son départ. 

L'élaboration

Au deuxième siècle tout explose: non seulement il y a les gnostiques et leurs élaborations plutôt olé olé, mais aussi explorations de toutes les possibilités de combinaison entre les termes existants de la trinité, suivant les ontologies réalistes ou non des théoriciens variés. On finit par lancer le mot: "trinitas": c'est Tertullien mort en 220 qui s'y colle. 

Car avant de parler de trinité, il faut bien parler de la nature de Jésus, humain sans nul doute mais aussi bien près de Dieu.  Comment ? 

L'adoptianisme

La première théorie est celle logique de l'adoption: un homme particulier, Jésus, est adopté par Dieu comme véhicule de la divinité suite à son supplice. L'adoptianisme nie la divinité particulière de Jésus, Dieu restant unique,non trine et libre de se manifester à travers un homme particulier. Issu des doctrines de Paul de Samosate (260), d'Antioche, cette idée fait des ravages. 

Elle engendre l'Arianisme, d'Arius, encore un berbère, qui traverse la grande persécution de Dioclétien en 311. Il meurt en 336, après le concile de Nicée qui le condamne et le concile de Constantinople de 381 qui termine vraiment l'aventure. La foi officielle est le symbole de "Nicée Constantinople", c'est l'édit de Thessalonique de 380, signé Théodose. 

Au passage le fameux "iota" dont il ne faut pas bouger c'est celui que rajoutent à tort les semi ariens en parlant de la substance du fils "semblable" (homo-i-ousios) à celle du père au lieu de l'identité des substances ("homo-ousios") imposée par les Nicéens. 

On parle aussi de "subordinationisme", car le fils est inférieur en tout au père. 

L'"unitarisme" en est l'appellation la plus générale, sachant que des unitariens sont apparus en Pologne et Lituanie au XVIème siècle, on doit mentionner Jean Sigismond de Transylvanie. 

Le Modalisme

La seconde est celle du modalisme. Trinitaire cette doctrine ne conçoit les personnes que comme des masques, successifs d'une personne divine conçue comme strictement unitaire, en fait... Praxéas, Noët, Sabellius en sont.

C'est Sabellius qui modalise dans le temps avec une succession des rôles tenus par Dieu. Cette idée baroque et théatrale, toute entière conçue pour préserver l'unité divine fut condamnée, et sa condamnation (Rome 261) utilisée plus tard par les arianistes pour renforcer leur propres positions. Sabellius vécut à l'époque d'Héliogabale,  en 218.

Praxéas fut l'ennemi de Tertullien (auteur de la célèbre phrase: "il (Praxéas) avait rendu un double service au diable en chassant le paraclet et crucifié le père".), et dénoncé pour son patripassianisme: Jésus ne pouvant être différent de Dieu, c'est donc Dieu lui même qui souffre sur la croix, c'est la passion du père... 

Noët fut un ennemi d'Hyppolite de Rome qui le dénonça dans "contre Noetus".  Pour lui, le père était le fils et réciproquement, le père était son propre fils, littéralement. 

Voir http://francoiscarmignola.hautetfort.com/archive/2017/08/10/la-nature-du-christ-5970231.html.

Le Dogme 

 Le dogme courant est bien celui d'une substance divine unique partagée par les 3 personnes distinctes. Il affirme aussi, et soutient que la doctrine, même si elle n'était pas formalisée à l'origine est bien celle de la foi dite "des apôtres", celle des tous premiers chrétiens d'avant l'Eglise. 

Il identifie aussi la trinité à l'Eglise elle même, l'organisation humaine nantie du pouvoir sacré de perpétuer l'action de l'esprit saint, force invisible qui continue l'oeuvre... 

 

Puis après...

Bien sur, la suite, c'est à dire les différentes philosophies élaborées au cours de la suite de l'histoire, quand elles approchent les conceptions de Dieu et de son cher fils, ne sont que broderies autour des thèmes explorés à l'époque. Le modalisme est évidemment une piste de choix, voire, une autoroute...

Par exemple, Schleiermacher, Swedenborg et Hegel sont clairement modalistes, Hegel attribuant les modalités suivant les fonctions, l'esprit étant l'Eglise, Sch... parlant des trois aspects de Dieu. (à développer). 

 La nécessité de la trinité

Mais il n'y a pas que cela: l'aspect trinitaire du divin chrétien pourrait avoir une nécessité conceptuelle structurelle. Bien en phase avec note époque, Charles Norman Bartlett (avec aussi William Shedd et John B. Champion ) en défend l'idée, de fait assez logique, la simple présence de Jésus au voisinage de la divinité impliquant forcément quelque chose de similaire à une collectivisation du concept divin. Mieux, cette collectivisation est indispensable à la personne conceptualisée de Dieu. Un argument, précisément, est que le Divin est nécessairement personnel (ne serait ce que pour rendre la prière possible), et que donc cette personne est forcément structurée comme en relation avec d'autres personnes à l'intérieur de son unité. 

On a donc ici une description radicalement opposée à celle de l'unité solitaire d'un Dieu radicalement unique, et bien sur de tout modalisme. 

 

07/09/2017

Le théorème de Pythagore

Au fait comment on le démontre ?

 

La démonstration d'Euclide est tout de même contournée:

pytha_euclide.png

Elle est entièrement basée sur un lemme: deux triangles inscrits dans un rectangle avec un coté commun ont même surface, égale à la moitié de celle du rectangle.

 

Le carré de gauche a pour surface a carré, celui de droite b carré et celui du bas c carré.

Le triangle BFA est le triangle BOG tourné de 90 degré vers la gauche.

Sa surface est la moitié de celle du carré de gauche.

De la même manière le triangle BOG a pour surface la moitié du rectangle BJKG qui a donc pour surface a au carré.

Un raisonnement similaire nous donne b au carré pour le rectangle JAEK.

et donc, c carré égale a carré plus b carré.

 

 

La démonstration de Léonard de Vinci est bien plus belle:

vinci.pythagore.png

 

On déplace juste les structures...

 On fera un déplacement de O sur F et de B sur E...

Il devient alors évident que les deux hexagones du haut et du bas sont égaux et en retirant les deux triangles d'origine, on a égalité entre le carré du bas et les deux carrés de droite et de gauche.

Les deux hexagones sont bien sur FEGDAB et OAHIGB

 

 

 

 

 

 

 

Y a celle de Bonaparte, qui tourne à l'évidence brute:

pytha_garfield.gif

 

On duplique le rectangle à problème.

 La surface du trapèze c'est bien sur  la moitié de (a+b) au carré.

Donc le triangle du milieu a pour surface celle du trapèze moins deux fois la surface du triangle rectangle:

(a+b) carré - 2 (a*b)  = c carré = a carré + b carré