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30/04/2017

Les nuages

Les noms des nuages sont composites et organisés à partir de préfixes et suffixes latins. 

On distingue:

- "nimb" (us, o) porteurs de pluie

- "strat"   étendus

- "alt"  élevés. 

- "cumul"  moutonneux

- "cirr"  en formes de filaments

On a donc: 

les nimbostratus, altonimbus, cumulonimbus   aucun cirrus n'est nimbique...

les stratocumulus, altostratus, stratocirrus, altocumulus

les status, cumulus, cirrus

 

Pour plus de précisions:

http://zebulon1er.free.fr/clas%20nuages.htm

 

On a donc les 3 genres: cirrus, stratus, cumulus

Les 3 genres intermédiaires:  cirrostratus, cirrocumulus, stratocumulus

Les 4 genres dérivés:  cumulonimbus et nimbostratus qui donnent de la pluie

et altocirrus et altostratus pour les nuages d'altitude... 

 

15/04/2017

La messe en si

Bon, c'est un texte infaisable. Mais Bachstiftung vient de sortir sa messe en si mineur, (en H moll), BWV 232.

On rappelle que BWV veut dire Bach-Werke-Verzeichnis, un catalogue établi en 1950 par Wolfgang Schmieder. 

Les impressions que je donne ici n'engagent que moi, et qui suis je pour oser penser quoique ce soit à l'égard d'un truc pareil. Cependant, mon admiration totale va au moins à un jeu particulier de la chose, on le trouve sur YouTube c'est ça: 

 


https://www.youtube.com/watch?v=7F7TVM8m95Y

Harry Bicket est le chef, l'Alto, particulièrement remarquable, est Iestyn Davies

Pour une raison mystérieuse, je suis en adhésion quasi totale avec la manière dont c'est amené ici et mon autre référence, une messe (en si)  entendue il y a des années au premier rang dans une église à Montparnasse me semble avoir déclenché chez moi la même stupeur. 

D'abord, une source essentielle de l'emprise qu'exerce ce genre de chose, entièrement liée à ce qui est propre à la musique de Bach, est l'absolue importance de l'"humilité" des musiciens. Ce que j'entend par "humilité" est une attitude générale d'accord humble, dégagée, confiante et obéissante envers la musique. Cela s'applique au chef, qui n'est pas un "interprète", mais le reconstructeur forcément malhabile d'un monde provisoire, et bien sur aux chanteurs et musiciens qui doivent chacun à leur tour, jouer leur partie de quelque chose qui nous dépasse tous. Cela se voit quand on a affaire à des musiciens qui ne font que leur métier, cela se voit quand des humains assez chanceux pour tenir raisonnablement leur rôles dans de telles aventures le font bien, tout simplement. Car pour faire bien ce genre de choses, il faut y croire, et cela se voit, d'une manière spéciale: le calme intérieur assuré de participer à quelque chose de vraiment nécessaire, de vraiment bien. Le choeur des fidèles ?  

Pardon pour une telle idolâtrie, mais "musicien du roi David" (c'est Gardiner qui dit ça), projet idéal du plus grand auteur de musique de l'histoire de l'humanité, ça se mérite.

Ensuite, il faut dire aussi que les enchaînements jouent un grand rôle et que le découpage en morceaux des disques les gâche horriblement. Le cor qui soutient  le "Quoniam tu solus sanctus" (Car toi seul est saint) qui reste en se tortillant jusqu'au "Jesu Christé" (hé hé hé) en accompagnant majestueusement la basse dans un entrelas mélodieux, termine l'air pom pom pom et puis ça explose ! "Cum Sancto Spiritu" il fallait pas l'oublier celui là. Tout le choeur, toutes les trompettes, à fond les caissons avec la grande aspiration des "trombas" et tout le coeur ! 

On s'arrête avec l'effet du redépart en sous régime qui reprend une ascension irrésistible en se passant la main, en se permettant même de le refaire encore une fois alors qu'on est déjà en vue du sommet, le voilà: "in Gloria dei Patris" ! 

La transition sur le "Credo in unum Deum", immédiate, est aussi un effet et c'est ce que je voulais dire. L'oeuvre composite est ainsi totalement unifiée et la tempête déchaînée, océanique se poursuit du "Kyrie" au "Gloria" puis au "Credo". Les ruptures se produisent pourtant, la fin du "Kyrie" par exemple, et le frémissement du choeur qui s'éclaircit la gorge entre deux folies à plusieurs est lourd de promesses à satisfaire... 

 

Mais revenons au début. L'intro au clavecin "de voleur" de Bachstiftung est assez bien trouvée. Puis c'est le vrai début.

Tout le choeur tout de suite: "Kyrie eleison", ça commence direct, mais brièvement. Une immense introduction symphonique se déroule alors longuement en ré-explorant toute la base de la chose. On brode, on répète, on se fait attendre et puis une profondeur incroyable se met à rouler en hésitant: les voix arrivent et c'est vraiment parti. Les trois ensembles se superposent et les femmes se mettent de la partie, ça y est nous sommes en pleine mer. 

Et puis à la moitié, on se repose un peu, tout s'apaise. On marque le coup. Mais ce n'était que partie remise, les basses reprennent et tout recommence: on repart dans une mélodie en médium différente dans un mélange incroyable de graves et puis tout le choeur s'y remet avec les femmes au maximum, qui s'éloignent progressivement, quoique. La majesté s'achève enfin, vous pouvez tousser, y a de quoi. 

Passons sur le chef d'oeuvre du duetto "Kriste Eleison" entre deux sopranos plus mélodie accompagnée: on se permet d'opposer des duos de violons, de violoncelles et de tout successivement, avec des accompagnements quasi sentimentaux, presque nostalgiques, du Bach tout craché, période baroque. Et l'accompagnement conclut. 

Parce que ça repart tout de suite dans le grand Kyrie sérieux, profond et océanique. Kyrie les 4 successifs, et la majestueuse polyphonie se déroule dans toute sa gravité, avec la poussée des femmes, deux fois, trois fois, puis la fin. Repos. 

Bon. "Gloria" vite, puissant, timbales, trombas, tout de suite au maximum de toutes les voix. On croierait qu'on y est depuis toujours. "Gloria In excelsis deo".

Et alors on se calme. "Et in terra pax". L'océan de nouveau, mais on repart de zéro: les sopranos déclenchent la course à l'échalotte sur le dos de la grosse, très grosse vague qui se met à monter, je vous dis pas. L'affirmation de la paix sur la terre se termine alors en apothéose guerrière. Puis Repos. 

"Laudemus te" est un charmant aria de décontraction avec reprise et violon virtuose, le meilleur des trente ans de cantates  dont vient tout ce bazar.  Le charmand "moussedé" est répété encore et encore avec les violoncelles qui supportent le tout.  

Je saute le "Gratias". Euh non. Un round d'observation du choeur qui se passe la main avec un avant gout de ce qui nous attend plus tard, quelques brefs coups de timbale et puis c'est tout. 

Le duetto ténor soprano "Dominus deus" avec une introduction à la flute d'une étonnante mélodie détachée est bien sur une pure merveille. La flute tatatiti en descente et en montée est omniprésente, ah que c'est bien, quand sur fond de grattes grave, les violons l'imitent brièvement. Pour finir, le choeur s'en mêle, "Qui tollis", comme quoi c'était important tout ça. La puissance du choeur submerge la scène mais la flute continue malgré tout. Les vagues se succèdent puis se calment. 

"Qui Sedes" voix d'alto, désespoir baroque. miserere nobis. Il faut noter le hautbois, c'est important, obsédant: un travail important de l'époque se déroule. deeheeheeheeh xtram patris. L'arrêt brusque, souligné par les cordes est une merveille en fait. noo oo oobis. 

On en vient alors à la fin du gloria déjà décrite. Le cor ! Et le "Sancto Spiritu". 

On reprend donc au "Credo", le symbole de Nicée, commun aux catholiques et aux protestants. Petit à petit, en route vers le centre de l'occident, dit chrétien (on se demande bien pourquoi). La marche est audible, les graves le disent, pom pom pom. "Credo!"... "omnipotem" avec la trompette suraigue,  et "et invisibiliououm". Repos.

Le duetto "Et in unum Dominum" est une parfaite cantate baroque issue des trente ans de maitrise totale du sujet par un compositeur génial. Parfaitement accompli, une pure merveille, comme cela est il possible?

C'est alors que les choses se corsent: un drame inouï se déroule alors en quelques phrases: "est incarnatus est", d'une gravité incroyable au delà de tous les noëls et puis le centre de la messe, le terrifiant "Crucifixus", toutes les passions, toutes les histoires, en trois vers. Il souffre et il est enterré. 

Au delà de toute dramaturgie au sujet de la personne en question, on a là toute une tristesse résumée de manière incomparable. C'est ça Bach: tout sauf de l'Opéra et je n'arrive toujours pas à suivre et à comprendre les passions.

Vient alors l'explosion de joie: Resurrexit ! De quoi s'y mettre à y croire... 

Après une douce répétition du thème: 

et ascendit in caelum, il faut le dire, on repart tromba et timbales.

Et puis après une brève pause, le coeur des basses (des chanoines): 

et iterum venturus est
et il reviendra avec gloire
cum gloria judicare vivos et mortuos,
pour juger les vivants et les morts, 

Pour finir, tout le monde se joint finalement dans la plus bel enthousiasme qu'on puisse imaginer:

cuius regni non erit finis.
et son royaume n'aura pas de fin. 

Répété plusieurs fois, par tout le monde. 

La symphonie finale semble modeste, tromba et tout, elle ne l'est pas, elle se permet même d'ajouter un motif.

Le crédo se poursuit, avec la description détaillée des relations de l'esprit saint avec Dieu. Pour mettre les points sur les "i" aux grecs, "qui ex patre filioque procedit" (répété deux fois). Avec l'affirmation de l'église unique et sainte (il a du se mordre un peu les lèvres, le luthérien). 

Le "confiteor" est du choeur pur entremélé à plusieurs voix, rythmé. Distinct et enchanteur: les parties basses et sopranes s'opposent magnifiquement et on se permet des dissonances virtuoses. Et puis tout en soupir descendant on espère la rémission des péchés, celle là infiniment triste et peu sure d'elle même.

On continue sur un expecto languissant une seconde, puis là boum ! Ca explose encore, toujours pour cette histoire de résurrection. Trompettes ça y va, avec le grand cri de joie "de dessus". Amen.

C'en est au point que certains commencent à applaudir... Mais c'est pas la fin ! 

Car c'est alors le Sanctus. Grandiose comme il se doit, avec les voix en harmonie et les timbales. 

"Osanna in excelsis" avec la célèbre montée, est purement extraordinaire. Osanna quoi. 

Mais tout s'arrête, et sur le bord de l'histoire, il nous faut un étrange intermède. 

Le "Bénedictus" rend à la flute le soin d'assister le ténor, avec une mélodie "orphique" qui retourne plusieurs fois le gant baroque du "in nomine domini". Une merveille d'aria en plus. Combien de cantates en seraient fières? 

Osanna encore (repetitus). Energique et rythmé, les violons et le choeur qui se passent la main, ou plutôt des lames étincelantes qui se recouvrent et la montée encore pour un triomphe retardé et son motif encore.

Vient alors l'"Agnus Dei". Profond et déchirant avec l'Alto dans une longue plainte, le contraste avec l'océanique laminage des violons (empoulée mon émotion, non?). Le blam blam de fond de caisse des violoncelles rythme l'ensemble, du Bach, quoi. Le dédoublement de l'exploration surprend bien sur: au milieu de la chose, un violon se détache pour un dernier sanglot et continue brièvement, puis c'est la fin. 

En conclusion, l'apaisement du "Da nobis pacem", céleste (pour le moins) pour trois minutes de collage au plafond. Mais bien sur il faut que ça frappe, et on conclut tout en majesté. 

Bien sur il ne faut pas applaudir, tout de suite. Le silence qui suit la chose est écrasant.