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14/05/2017

Les théories de la valeur.

Les valeurs

On va commencer par les fondamentaux. Un bref cours de base. 

On a d'abord les classiques et la théorie de la valeur dite "travail", qui attribue au travail la source de la valeur. Puis les "néo-classiques" qui introduisent la théorie de la valeur dite "utilité marginale" qui considère la valeur comme pur épiphénomène, une adaptation. Marx est un classique.

Smith inventa la valeur comme travail mais comme ce qui permet de commander le travail des autres tandis que Ricardo décrivit la valeur comme travail incorporé dans les biens reproductibles. Pour Smith, la richesse n'est donc ni physiocrate (avec la terre comme origine) ni mercantiliste (avec l'argent comme support). Il modélise le prix comme somme des 3 origines du bien: rente, profit et salaire. On a donc un prix "naturel", les prix effectifs "gravitant" autour au gré des circonstances. Cet étalon de valeur, le travail, se trouve en concurrence avec d'autres objets, l'or, ou le blé, mais c'est une autre histoire.  

Ricardo critique cette histoire d'étalon et introduit une valeur liée à tout ce qui a permis la fabrication de l'objet, il introduit de plus une échelle de valeurs permettant de comparer les valeurs sans étalon fixe. 

Il est à noter que pour Ricardo, la rente est un prélèvement indu: il prône dans l'Angleterre de la révolution industrielle l'étatisation des terres. Notons que le profit lui est légitime: il est un travail accumulé. 

Parmi les classiques, il y a pourtant Say qui attribue la source de la valeur à l'utilité du bien. Contrecarrée par Smith et son paradoxe de l'eau et du diamant, cette théorie devient acceptable avec la modification néo-classique de la valeur "marginale" du bien, l'unité supplémentaire d'eau (la goutte) ne valant vraiment rien... On arrive alors à la théorie de valeur dite symétrique, sans valeur intrinsèque, uniquement issue de l'équilibre offre/demande de Walras et Pareto. 

Faisant un petit aller retour chez Marx: pour lui, qui reprend Ricardo, le travail est bien incorporé dans la valeur, mais la valeur d'échange est socialisée par les hommes. C'est ce qui lui fait dénoncer le "fétichisme" de la marchandise pratiqué par ceux qui veulent mettre la valeur dans la chose... Il introduit aussi la notion de plus value qui est la différence injustifiée entre valeur d'échange et la valeur travail, l'équivalence entre profit et plus value étant son théorème fondamental.

Quelques compléments méritent alors d'être introduits.  

Le Marginalisme et les néo classiques

D'abord que la théorie de la valeur devient vite celle de la formation des prix. C'est l'approche moderne, la valeur n'étant que l'entité conceptuelle origine de la décision d'y mettre le prix. Pour Walras, elle est la "rareté", mélange de source de désir et de difficulté à obtenir qui motive l'allonge du bifton. De fait, la valeur s'exprime par un prix, qui varie continument.

Ces gens sont les "néo classiques": Walras et Pareto forment l'école de Lausanne, Jevons (puis Marshall) celle de Cambridge, et Menger l'école Autrichienne. Tout cela ira de 1870 jusqu'à la crise de 29. Marshall, mort en 24, considérait l'économie comme achevée par son livre, "Principes d'économie politique".

Il faudrait expliquer pourquoi on veut et on doit accoler le mot "politique" à "économie": en fait c'était l'expression originale, datant du XVIIème siècle (de Monchrestien, 1615),  et ce serait Jevons qui simplifia en parlant d'économie tout simplement ! 

Notons que Jevons est un disciple de Bentham, l'utilitariste inventeur du panopticon, il pense "utilité" ou plaisir marginal. Marshall est son successeur. 

L'identification de la valeur à l'"utilité marginale", c'est à dire au prix de la dernière unité acquise constitue ce que Schumpeter appelle la "révolution de la théorie de la valeur". De quoi s'agit-il? Voyons la demande: elle est fonction d'une utilité employée de chaque bien acquis. Quand un certain volume est acquis, on arrête d'acheter. Le dernier bien acquis est à un prix, dit marginal terme qui s'applique en fait à la dernière consommation faite. C'est le prix du bien. Cette assimilation de la valeur à celle de la marge suppose une forme de courbe particulière qui lie prix et quantité plongés tout deux dans le raisonnement utilitariste: si le prix monte, l'utilité marginale décroitra et DONC la quantité commandée diminuera d'autant... Cette introduction du troisième terme, l'utilité comme mesurée par un montant variable de valeur d'échange avec un maximum possible constitue l'essence du marginalisme, inventé par Jules Dupuit (1844) qui lui, identifie utilité avec valeur d'échange maximale. 

Citons Walras, le socialiste né en 37, d'ailleurs partisan lui aussi de l'étatisation des terres et théoricien de l'équilibre général.

Puis Marshall, le maître de Keynes: il réintroduit le coup de la valeur de travail en parlant prix de production, en fait en voulant calculer le prix des choses. Au delà de la valeur, il s'agit de trouver l'algorithme qui lit production et demande avec comme point fixe le croisement de deux courbes. On a ainsi une théorie de la valeur "symétrique", le marginalisme étant appliqué AUSSI à la production. Simplement cela est plus difficile à concevoir et suppose des considérations variées.

D'abord que le cout de production fait partie de la valeur, on revient un peu aux classiques mais en déclinant: c'est uniquement sur le long terme, à court terme, c'est la demande qui est prépondérante. Puis que l'on ne raisonne que par branches et non pas sur toute l'économie, c'est le fameux "ceteris paribus". Ensuite, qu'il faut que les rendements soient décroissants, en fait décroissants à terme: Marshall conjugue les lois de rendements croissants (les fameuses aiguilles de Smith) et de rendements décroissants (les terres moins fertiles de Ricardo), l'important étant que les rendements ne soient pas constants. 

Cette nécessité de la loi des rendements décroissants mérite le détour et là je me lance, car on ne la trouve pas vraiment bien expliquée. Elle est due à l'"algorithme" de marche vers l'équilibre qui ne fonctionne QUE si les deux courbes demande et offre sont convexes ! Dans le cas contraire il y a divergence dans au moins certains cas, suivant que la marche part d'une zone ou d'une autre de l'espace. Ces modélisations mathématiques variées font les délices des néo-classiques qui s'en amusent à un point extrême, mais le point est là.

C'est cette non complètement satisfaisante modélisation de l'offre qui fit l'objet d'une dénonciation destructrice de Piero Sraffa en 1925, celui ci remettant en cause la notion de concurrence parfaite pour introduire à l'étude de la concurrence monopolistique. Sraffa prônera le retour à Ricardo et cherchera à réinstaurer un étalon de valeur. 

Il parlera de compter dans le salaire, en plus de la subsistance, une part du profit réalisé et surtout caractérise le salaire comme "post factum". La décision est d'importance...

Sraffra, connu surtout pour son travail de réédition des oeuvres de Ricardo se fait remarquer aussi en 1960 lors de la querelle des 2 Cambridges, entre Robinson (UK) et Samuelson (US), sur la comptabilisation des machines et donc la valeur des biens de production. Les keynesiens voulaient la considérer nulle, et les néos classiques la conserver. Sraffra prit position en détruisant tout comme d'habitude et en réutilisant des concepts marxistes de comptabilisation. 

On pourra alors dire qu'il continue d'y avoir deux théories de la valeur, l'une de Ricardo à Marx et Sraffa, basée sur la répartition et une conception intrinsèque, classique de la valeur, et l'autre depuis Say, Walras, Samuelson, basée sur la rareté marginale, la répartition n'étant que secondaire. Le débat est toujours actuel, s'identifie au conflit droite gauche ou libéralisme contre "socialisme", celui ci se modulant suivant encore d'autres circonvolutions. 

...

 

L'équilibre général

On finira sur l'équilibre général de Debreu et Arrow, le prix Nobel de Debreu datant de 1983. Walras avait raison, donc. C'est le livre "Théorie de la valeur" de Debreu. 

En gros, en 1953, Arrow et Debreu démontrent mathématiquement l'existence d'un équilibre général possible des demandes et des offres basées sur les prix.

Mais il faut mentionner aussi, en 1973  le théorème de Sonnenschein-Mantel-Debreu qui montre qu'on peut en réalité obtenir n'importe quoi, les fonctions de demande nettes pouvant être quelconques. La main invisible existe bien, simplement elle peut faire n'importe quoi... 

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