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les lettres des présidents

La lettre enfantine envoyée par le jeune français élu par erreur en 2017 et conspué dans la rue depuis 2 mois tous les samedis ne ressemble en rien aux  proclamations électorales de Sarkozy et Mitterand en leur temps.

On parlera d'abord de Mitterand. Tout à sa lutte contre Chirac, l'opposant à De Gaulle qui dénonça vingt ans la dictature, s'offusque de la remise en cause de son pouvoir et enfonce son adversaire en parlant de crise grave pour 1986, alors qu'il s'avance vers le désaveu de 93... Il promet le quinquennat et le référendum populaire, qu'il ne fera pas (ce fut hélas Chirac puis Sarkozy qui accomplirent ces promesses démagogiques non tenues...). Le quinquennat accentua le travers de la Vème république (la soumission du parlement) et le référendum, impraticable ne peut plus être utilisé, car déconsidéré par les démagogies et l'incapacité des dirigeants à gérer le désaccord. 

Revenant au présent: la lettre est un incroyable aveu d'impuissance, d'incompétence et de cynisme.  

Le terme méprisant d'"enfantine" se réfère bien sur aux circonstances: des manifestations incessantes et violentes sans aucune discussion constructive sinon un mépris évident de part et d'autre qui survit à toutes les mesurettes lâchées dans l'urgence obligent un gouvernement incapable de gérer la crise à des réponses qu'on voudrait politiques. La "lettre", sorte de discours d'appel au calme, est une pleurnicherie: pour éviter d'avoir à faire quoique ce soit, on discute, on tergiverse. Un enfant hésitant est aux commandes, et tente de câliner.

L'incompétence se réfère aux questions. "Que devons nous faire?" Une telle attitude est rhétoriquement incroyable: élu il y a un an et demi après avoir finalement daigné se fendre d'un programme (4) et publié un livre intitulé "Révolution" montrant une assurance certaine quand à la façon de conduire le pays, il en est donc à questionner sur le quoi faire concernant: la fiscalité, les services publics, la transition écologique, la citoyenneté. Rien que ça.

Ces sujets, fondamentaux d'un programme présidentiel et de gouvernement, font l'essence des propositions qu'un élu de ce niveau soumet au peuple lors de l'élection. Les mettre en question c'est reconnaitre qu'ils ne furent pas débattus ou qu'ils sont contestés et donc qu'un autre choix est possible et cela ne peut être que par l'élection, ce dont bien sur il n'est pas question, l'objet de la lettre est de l'éviter.

Le cynisme est donc consubstantiel au contenu de la lettre. Non seulement je suis incompétent mais je vais juger de la valeur des réponses aux questions que je ne sais pas résoudre, et cela sans recourir au vote... Plus que jamais, le dégout que m'inspire ce type est oppressant. Comment s'en débarrasser ?

La manière de faire

Il faut bien voir que le cynisme qui apparait est d'abord du à la duplicité mise ici en lumière, et qu'elle caractérise le personnage et sa manière d'exercer le pouvoir, typique de celle du démagogue au double visage, l'essence de ce type de pouvoir étant précisément son caractère contradictoire, c'est à dire double, qui affirmé avec une franchise mensongère, déconcerte et sidère. Un vieux truc, pratiqué en maître par Mitterand et par tous les personnages du genre, et que le peuple de cons et de veaux (sauf les gilets jaunes, on va peut être le voir) gobe par tous les trous. 

Ramener la démocratie à la pratique de ce genre de manipulations est à la fois lamentable et inévitable, car c'est toujours au peuple de détecter le procédé et d'en tirer les conclusions, ou pas, pour son malheur ou pas. 

Un intéressant mémoire (5) explicite ce que je veux dire, bravo à l'étudiante, le pattern est connu et identifié, il n'en est que plus ringard, toxique et méprisable. Je conchie pour l'éternité tous ces salopards. 

La fiscalité et les services publics

La lettre de Sarkozy (dernière tentative pour remonter dans des sondages défavorables en Avril 2012 évoque la défiscalisation des heures supplémentaires dont la suppression serait  une grave erreur selon lui: elle fut défaite immédiatement par le Hollande victorieux, dont le conseiller économique de l'époque (Emmanuel Macron) y fut pour quelque chose sans doute: il mentionna son rétablissement en dernière minute de manière brève dans son programme de 2017, pour finir par l'accorder définitivement, les mains tremblantes, au lendemain d'une manifestation qui l'impressionna. 

L'impôt c'est bien sur les flics, les infirmières, les profs. Dépense incompressible qui fait un tiers de la dépense publique la plus élevée du monde. Quels services publics faut il donc supprimer pour baisser les impôts ? 

Cette question absolument affreuse, je dirais monstrueuse, conjugue les 3 points: impuissance enfantine (maman n'a que deux seins, lequel dois-je couper?), d'incompétence (impossible de mieux les gérer, je suis bien placé pour le savoir, je suis leur chef) et de cynisme (je vous l'avais dit, je ne ferais rien). 

Pendant la campagne électorale fut proposée la suppression des 35 heures, y compris pour les fonctionnaires, la suppression de 500 000 postes en cinq ans (facteur majeur de la dépense publique), et la réorganisation complète de l'administration publique, sur le modèle de ce qui fut fait en Suède et au Canada il y a vingt ans, seule solution possible aux problèmes de la France. Rien de cela ne fut seulement considéré et toute la gestion publique depuis un an et demi consiste essentiellement à ne RIEN faire sur ces sujets... Voilà où nous en sommes: un degré extrême de saloperie merdeuse impuissante et cynique. 

Le noeud du drame français noué sous nos yeux. A pleurer de rage. 

La transition écologique 

Bercé par les chocs pétroliers ma formation de citoyen a toujours assimilé écologie à économies d'énergie, astuces diverses pour vivre sans la dépendance pétrolière. La transition écologique qu'on nous impose est couteuse et il faut la financer... Le choix est donc : par l'impôt ou par les taxes ? A vomir. 

La chose, non débattable (on est prévenu) est bien sur la nécessité de cette couteuse transformation. Aux citoyens de la mettre en musique: comment?. L'inverse du logique et du bon sens: la ridicule transition, succédané idéologique à la lutte contre les inégalités qui avait fait son temps dans les démagogies de la gauche en décomposition est bien sur une éponge à impôts.

Le programme de Macron (4) en contient d'ailleurs l'essence:

"Parallèlement, la montée de la fiscalité écologique rapportera plus de 12 milliards d’euros, qui seront intégralement restitués en baisses d’impôts." L'assurance de la tromperie manifeste, l'autocontradictoire affirmation de pouvoir, et qui m'avait révolté à l'époque. 

Le plus sublime est la question posée au sujet de la solution à trouver pour faire partager dans le monde nos choix écologiques pour ne pas être pénalisé ? Par la guerre ? Car on ne pourra évidemment aborder l'éventualité de l'abandon complet de cette couteuse connerie, comme on l'a dit: à part un impôt nouveau, je ne vois rien, vous m'avez convaincu. 

La citoyenneté

Finalement on parle du référendum: comment doit il être pratiqué ? Que deux mois de hurlements aient mentionné un RIC sur lequel manifestement on ne s'est même pas renseigné et sur quoi on n'a pas d'avis montre le niveau de réflexion... Tout montre que le procédé est exclu, un pro européen ne peut provoquer le frexit volontairement, on n'est pas en Angleterre ici... 

Un aspect intéressant porte sur l'immigration. Non pas bien sur ce qui concerne le pacte de Marrakech, déjà signé et qu'on ne peut remettre en cause, car il est non contraignant... Mais sur une possible fixation par le parlement d'objectifs annuels une fois l'asile obligatoire rempli (que je fixerais, celui ci étant loin d'être saturé, comme on le sait). La mesure fut proposée par la droite à l'élection et la jeter en pâture est une bonne idée, une manière de se faire répondre "non" par tous les camps, une petite habileté. 

 

En conclusion

En conclusion cette mascarade ridicule  n'est "ni une élection ni un référendum", juste un moyen de réduire la colère et de continuer à vous enfumer. Bien sur aucun moyen politique particulier ne sera mis en oeuvre pour tenir compte de ce qui sera exprimé. C'est juste pour vous faire parler et vous détendre, après je continuerais à faire ce que je veux. La démocratie participative, quoi. 

Il est sur que renoncer à exprimer ses avis n'est pas un option, simplement le "grand débat" est un cadre qui ne sert à rien, et n'a évidemment pas lieu d'être. L'expression peut avoir lieu sur TOUS les sujets, par exemple celui de la démission du président ou de la convocation d'élections et certainement pas sur cette liste croupion de questions lamentables. C'est au peuple, et aux manifestations gilets jaunes que de continuer à hurler. Ou pas. La tristesse est immense et s'accentue. 

 

(1) Celle de Sarkozy https://www.slideshare.net/lesechos2/la-lettre-aux-franais-de-nicolas-sarkozy

(2) Une lecture croisée des deux lettres http://lelab.europe1.fr/fmns-1628

(3) La lettre de Mitterand: http://miroirs.ironie.org/socialisme/www.psinfo.net/entretiens/mitterrand/1988lettre.html

(4) Le programme fiscal de Macron: https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme/fiscalite-et-prelevements-obligatoires

(5) https://etudiant.lefigaro.fr/article/une-etudiante-obtient-18-a-son-memoire-sur-la-meta-complexite-chez-emmanuel-macron-_d3073d22-18a4-11e9-9544-465d3907b060/

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