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  • Les points de vue

    Le Grand Continent répand le complotisme (1) avec une naïveté qui n'est pas coupable mais éclairante. On peut ainsi voir à l'oeil nu un point de vue et la manière dont il oriente les conceptions du monde. 

    Car un point de vue, en général, ne se voit pas, il se vit et oriente volonté et compréhension du monde. Là on le voit, exposé avec sa grandeur et la possibilité de le vivre.

    Réputé âme damnée de Poutine, Nikolaï Patrouchev, déroule sa vision du monde. 

    Il s'agit d'opposer un Occident historiquement prédateur dont la Russie est une proie. La situation actuelle est la prolongation d'une histoire de longue durée, mais qui pourrait toucher à sa fin.  

    Comme indiqué dans les encarts qui jalonnent l'exposé de la théorie, ce qu'on croit savoir, et que l'on sait se trouve expliqué, et l'explication est séduisante voire convaincante. Après tout, ce que l'on sait et admet depuis longtemps est finalement de même nature. À ce point, le côté "éducatif" de la démarche du GC est, de manière excitante, très dangereux mais loyal et à ce titre, profondément estimable. 

    La Russie a supplanté l'Europe, devenant le troisième centre de puissance aux côtés des États-Unis et de la Chine.

    D'abord il y a le réel, et le "point de vue" d'un européen actuellement ne peut qu'être, c'est mon cas, que profondément ébranlé par la situation actuelle, qui voit la ruine et le renversement complet d'une adhésion naturelle à l'Occident "éternel" tel que représenté par le consensus entre Europe et USA. 

    À partir du profond sentiment de rejet pour la politique actuelle en Ukraine, et à l'égard de la Russie, qu'on peut éprouver, on se doit de trouver un autre "narratif" pour expliquer le monde, et celui-ci a bien des avantages, avec en plus celui de plaindre le pôle européen conçu, "même" depuis la Russie, comme distinct des USA et à plaindre, allant jusqu'à décrire avec lucidité ce qu'on ne peut que partager: la puissance européenne a été détruite par sa participation au soutien de l'Ukraine et la réalité aveuglante et insupportable des effets de la rupture de Nord Stream, pour moi élément décisif de ma conversion, n'a toujours pas convaincu, après presque cinq ans...

    Il ne reste donc que 3 pôles, et l'Europe continentale n'existe plus, ou pour exister, devra refaire, et marner longtemps. Je crois que l'échec du projet Mitterrandien d'Union Européenne aura des conséquences lointaines dans un avenir de "reconstruction" qui va nous demander du travail et des efforts, pour le moins. 

    Au-delà de ce constat de sortie de l'Europe de l'histoire, se pose aussi l'échec du projet englobant celui de l'Union Européenne, qui comme manipulation globale n'était que l'amorce de la structuration coloniale menée par les USA au lendemain de la première guerre mondiale. Il y eut bien, et il y a encore, un projet de "globalisation" mené par le soft power américain, et qui du fait de la nature des sanctions imposées à la Russie s'est trouvé radicalement contredit.

    Exclure, pour la première fois, une puissance comme la Russie de ses réseaux d'échanges financiers, industriels et (c'est un comble ) énergétique, avec toutefois des exceptions (l'uranium, en plus), sonne de fait la fin de l'expansion naturelle de cette globalisation qui apparait alors comme ce qu'elle avait toujours été: un projet d'expansion coloniale des USA, le fameux projet de 1918... 

    Le changement de point de vue est radical, et sonne la fin définitive de tous les idéaux européistes ou mondialistes des jeunesses en blue jean que  nous avons tous vécu. 

    C'est un Russe qui nous l'explique, avec sa paranoïa, justifiée par l'histoire du XXème siècle, et dans laquelle n'intervient aucun pouvoir juif caché, juste une vieille haine pour l'Europe du Moyen Age, qui commençait à rêver alors que la Russie vivait encore le joug mongol. 

    On notera l'allusion au "young leaders", jeunesse "en costume" sélectionnée par l'Amérique et qui finança les voyages aux USA de Najat Belkacem et d'Emmanuel Macron, revenus marionnettes de la CIA et employés pour d'autres intérêts que les nôtres. 

    Que les gens de cette sorte, en Russie soient examinés à leur retour par les paranoïaques services russes est-il vraiment coupable? On aurait aimé qu'à son retour de bourrage de crâne pro US, le petit Emmanuel soit bastonné pour l'exemple, cela nous aurait évité dix ans de ruine, imposés par une "démocratie" qui inspire maintenant un doute établi. 

    Une certaine logique bourrue, respectable et compréhensible, émerge de ce point de vue, dont il transparait qu'on considère qu'une certaine vieille ambition émerge. La Russie s'est conçue depuis longtemps comme une nouvelle Byzance, héritière du véritable empire romain, lui-même héritier de la seule civilisation qui vaille. Tout se passe comme si l'empire romain d'Orient trouvait là une sorte de revanche, l'Europe latine retournant à sa barbarie, et la Russie redevenant officiellement la seule puissance blanche du continent eurasiatique... 

    C'est sans doute cette défaite-là de l'Europe latine qui est perçue, d'une certaine manière à raison, comme la "menace russe" par ce qui reste des centres de décision ouest européens, qui n'expriment plus par là que leur terrible échec, et la fin de leurs projets. 

     

     

     

     

    (1) https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/21/patrouchev-homme-le-plus-dangereux-de-russie/