Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/09/2016

BWV 33 Allein zu dir, Herr Jesu Christ

Pourquoi est on fasciné par tel ou tel de ces moments musicaux que constituent tour à tour les éléments de ce monument musical total que constitue les cantates dans leur ensemble ?  

https://youtu.be/8lxnaw2GbS8 Pour l'exemple.

Il s'agit de BWV 33.  Une cantate incroyablement brillante et dynamique entre un choeur d'entrée et un duetto alignés en miroir. Le choeur de fin, comme d'habitude n'est là que pour arroser d'eau froide les esprits échauffés par les merveilles présentées. Au milieu un incroyable méditation voix/violon avec un pic, un ascenseur vers le ciel. 

L'ouverture est un tube. Fantaisie chorale, comme on dit. En vingt cinq secondes, tout est là, tous les étages, toute la puissance de la complexité et le choeur complètement construit entièrement à l'oeuvre, on dirait depuis toujours et les hautbois qui attaquent avec une vivacité qui vient d'ailleurs: qu'est ce qui leur prend ? 

Comme toujours/souvent le thème est doublement constitué avec une reprise de l'initial par en dessous et là blam, le choeur arrive introduit par un soprano céleste, en dessus bien sur et tout explose. L'alternance entre l'orchestre qui laboure encore et encore et le sublime mouvement choral est toute l'idée, la vivacité des hautbois soutenue par les violons qui eux aussi partent en avant étant le moteur de l'ensemble. 

Au moment ou l'orchestre conclut un peu, le choeur repart aérien et à nouveau l'orchestre tente de le calmer, avec une agitation qui se fait reprendre et cela trois fois, quatre fois. Un char céleste conduit par des dauphins ! 

Ich ruf dich an,
Je t'implore,
Zu dem ich mein Vertrauen hab.
Toi en qui je mets ma confiance.

bram. C'est tout. 

Le récitatif est celui de la culpabilité luthérienne mais sur la fin ça se met à chanter: une parole de rémission est possible, donc "freueueueueuen".

L'orchestre s'avance, les armes à la main, sans les archets.  Et hop c'est parti pizicatto de graves, le violon se met à chanter la grande mélodie. On la répète, profonde et elle est là pour durer. Double introduction. 

Puis l'alto s'avance. 

Wie furchtsam wankten meine Schritte,
Que mes pas étaient chancelants et craintifs !

Doch Jesus hört auf meine Bitte  (meine Bitte fera rire tout le monde, est ce pour ça que cela me fascine ?)
Jésus exauce pourtant ma prière

et le délicieux dialogue s'engage voix contre le violon sur le rythme des violoncelles ploum ploum ploum.

Le violon se répète dans une répétition redoublée, en fait inversée vers le haut et vers le bas comme en miroir, que dis je un diamant qui réfléchit la chose dans tous les sens. 

Mais la rhétorique se déploie: mes péchés m'accablent MAIS 

Dass er für mich genung getan.
Il a assumé mes péchés comme ceux du monde

Et puis le violon s'aligne avec la voix et l'accord au sommet de la montagne se produit. Tchac. 

Stop.

Et le violon repart impérieux, le ténor évanoui, git sur le coté, la machine non pas à coudre, mais à vapeur... On dirait le train de dumbo... 

On reprend la chanson au début, et le violon séparé entame la descente et porte la voix qui doit se calmer tout doucement. Elle ne va pas d'ailleurs jusqu'à la fin encore. Le violon se charge de terminer. 

Le récitatif d'attente est celui de la supplication de pouvoir continuer à recevoir la foi chrétienne pour obéir aux commandements, elle se traduira par "Und wird durch Liebe tätig sein",  de véritables actes d'amour.

Alors, on repart avec les hautbois en mélodie. Double introduction, comme il se doit. Et puis, le duetto ténor basse en compétition et évidemment une ultra complexe harmonie d'orchestre par derrière. L'accord ténor basse est particulier: la vérité contre la sincérité avec un brin de violence... 

Gott, der du die Liebe heißt,
Dieu, toi dont le nom est amour,
Ach, entzünde meinen Geist,
Ah, enflamme mon esprit,

Le retour de l'harmonie instrumentale tente de calmer les choses, et l'accord se construit peu à peu. 

Pour finir, la succession, ténor, basse, hautbois 1, hautbois 2 et tout qui s'enchevêtre et ça part en dissonance, "meine Ruh", dans un dérapage aérien puis le coup de basse et l'apaisement final... 

Avec la mélodie qui revient, qui revient à tous les unissons possibles. 

Triebe, Liebe ça rime. 

Et puis on conclut

Sende du mir Hülfe zu!
Envoie-moi ton secours !

Dans un unisson héhéhéhé mélangé ultra compliqué, cela s'apaise, finalement.  

Le choeur final sonne la fin du voyage... Libérateur comme toujours, il reprend la mélodie de l'entrée, mais pacifiée, comme si on s'excusait.

La fin est ambigüe: 

Hier in dieser Zeit
Sur cette terre
Und folgends in der Ewigkeit.
Et dans l'éternité.

 Et voilà, c'est tout. 

 

P.S. Je viens de me rendre compte que j'en suis à 100 notes, dans une confidentialité qui met Hautetfort à l'abri des ddos de mes fans, du moins jusqu'à présent. Vu le nombre de cantates à commenter, l'inspiration ne me manquera jamais. 

Les commentaires sont fermés.