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23/10/2014

Le petit Zemmour

Il y a donc une colère des Français, et qui serait immense. 

Exprimée par un journaliste doté d'une vison de l'histoire, on se retrouve donc avec une histoire, justement, du genre de celle qu'on se raconte le soir, et qui explique toute la vie, depuis l'étalon or jusqu'au statut du père dans nos sociétés. 

Non que beaucoup de ses remarques ne soient pas séduisantes et parfois réjouissantes, mais on peut s'interroger sur la synthèse, ou du moins sur l'analyse des morceaux de la critique. Allons y pour voir, sachant qu'à la longue, les indignations univoques, vaguement désespérées finissent par être déprimantes. Un livre, difficile à finir... 

Tout d'abord la grande contradiction: la critique est portée par un élément du peuple qui lui est allogène et qui sans beaucoup de modestie, assume devant l'histoire des responsabilités un peu grandes pour lui. 

Par exemple, regretter l'abandon de l'Algérie qui aurait fait de la France un état pétrolier est une manière de se plaindre du père suprême, celui qui déçut sans doute le véritable... 

"De Gaulle ne se doutait pas que la manne pétrolière puis gazière,
découverte par les ingénieurs français sauvegarderait une Algérie
corrompue et mal gouvernée des abîmes de la clochardisation, et aurait
assuré à la France un destin royal d’émirat pétrolier, comparable à ce
qu’avait été le charbon pour l’Angleterre au XIXe siècle."

Et pourtant l'Algérie Française fut un gouffre financier militaire et social. L'argent du pétrole y serait passé en entier... Cela fut très bien vu par les élites Françaises, Gaullistes à l'époque. Ainsi, c'est bien le Gaullisme, il me semble, le problème de Zemmour. 

Ensuite, l'identification du libéralisme à l'honni anglo saxon fleure bon une mal assimilée identification de la race et de la pratique financière. La France est aussi le pays de Say, de Turgot, de Bastiat et de Rueff. Ses politiques "rationnelles"  et planificatrices ont toutes mal fini depuis Louis XIV jusqu'à Mitterand. Peut on parler de la résurrection Gaulliste, parfaitement libérale et donc merveilleusement efficace, menée par un Rueff  en 58?  

Ensuite, toujours, et pour en finir avec le libéralisme, le statut de la femme. Car l'anti-gaulliste va plus loin: il dénonce la pilule, le chéquier aux épouses, le divorce. 

Ceci n'évoque hélas que des considérations pratiquement racistes: le berbère ethnique de religion juive, si merveilleusement intégré qu'il a pour prénom Eric, me semble porteur plutôt des traditions économiques et familiales de la montagne kabyle: une communisme primitif, exclusivement réservé aux gens de l'alpage, dont le patriarcat primitif, acharné à l'humiliation du féminin, fut complètement décrit par Germaine Tillon, puis par Bourdieu. L'amour de la France exprimé par le polygraphe des lumières qu'est Zemmour n'est que celui du monde colonial, paysan et dominateur qui lui semblait pouvoir préserver pour toujours son beau mode de vie.  

Voilà donc le modèle de Zemmour: pas sur que ce soit une chance pour la France, et ces belles idées, me semblent plutôt devoir être ré-embarquées, elle aussi, ces lignes rajoutées datent de la polémique quand, après une brève hésitation, le monde médiatique Français, ayant réalisé qu'il est de gauche en fait, l'innocenta à la veille de Noël au nom de la liberté d'expression. 

 Mais l'essentiel est ailleurs: la polémique Paxton !

Passons sur la tentative d'adversaires de faire de Zemmour un Pétainiste. Quoique, sa dérive vers les Lepen rend le respect du maréchal obligatoire, du moins quand on parle au père.

Citons, plutôt. D'abord De Gaulle via le fils Mauriac :

« De Gaulle explique à mon père qu’il y avait eu deux sortes de
Résistance entre lesquelles nulle entente après la Libération n’était
possible : “la mienne – la vôtre – qui était résistance à l’ennemi –
et puis la résistance politicienne qui était antinazie, antifasciste, mais en aucune sorte nationale”… »

C'est le fond de l'affaire: les gaullistes ne pardonneront jamais à ceux qui ont accepté et soutenu l'abaissement (voire la destruction) de la France pour sauver quelques Français que ce soit.

Zemmour alors démarre un contre sens absolu particulièrement vicieux: au nom de De Gaulle, il innocente ceux qui étaient de la résistance nationale, les pétainistes donc, ceux qui auraient donc défendu la Nation ! 

Rien sur le terrible crève coeur Gaulliste, qui fit de ces quelques hommes les seuls défenseurs de l'honneur d'un pays bafoué par tous et peut être perdu à jamais, ce fut son désespoir. Car la décadence Française est plus ancienne et eut en fait une apogée que Zemmour n'évoque pas: juin 1940. 

Ainsi Zemmour va plus loin: il accuse Paxton (et Karlsfled) : 

"Paxton et Klarsfeld ont repris ce combat entre les deux résistances pour donner une victoire posthume aux adversaires politiciens du Général. Ils l’ont emporté parce qu’ils portaient sans le savoir une approche nouvelle qu’attendait la génération des années 1970 et 1980."

C'est le contraire strict qui est vrai ! Les adversaires posthumes furent précisément (Mitterand et les autres) ceux que Paxton et Karlsfeld dénoncaient comme excusant le Pétainisme. 

(...)

"D’abord, la souveraineté. Paxton considère que la défense farouche par le vaincu de parcelles de sa souveraineté perdue fut néfaste. Il moque et condamne Vichy pour sa volonté d’avoir sa propre politique antijuive ; il dénonce les efforts de Vallat, de Bousquet, de Laval, pour défendre des queues de cerises de souveraineté. Avec Klarsfeld, ils reprennent là aussi le combat des « politiciens antinazis et antifascistes » qui, disait de Gaulle à Claude Mauriac, contestent seulement Pétain, pour ce qu’il a essayé de rétablir l’État. "

C'est le contraire strict qui est vrai ! Paxton et Karlsfeld donnent raison à De Gaulle et à son refus absolu d'excuser Pétain, ce que fait la gauche, Mitterand et les pacifistes. Il est de plus de notoriété publique que Karlsfeld fut le reproche vivant de l'attitude indigne de Mitterand pendant la période: vichyste patenté, soutien de Bousquet et du cadavre de Pétain !

Tout se passe donc comme si Zemmour identifiait Pétain et  De Gaulle : un pur scandale, qui ne s'explique que de deux manières: il fut confus, ce qui arrive à certain par bêtise, incompétence, ivresse, inattention, bref, tout ce qui après excuses s'oublie, soit  (et je me prends à le croire, mais ne demande qu'à être détrompé) il s'agit d'une stratégie effective: Phillipot alla à Colombey, et avec la distance du temps et l'oubli de l'histoire qui caractérise un peuple uniquement informé par les journalistes, Pétain = De Gaulle et tout se trouve expliqué. 

Pour compléter tout cela, il faut bien admettre que les gaullistes ont effectivement "refermé" le couvercle sur la collaboration et ont activement cicatrisé la terrible blessure: on voulait aller de l'avant. Le glaive avait été ramassé, revenir au passé aurait été se salir encore aux yeux du monde. Et puis, il y avait l'Algérie : il fallut 4 ans à De Gaulle pour traiter le problème. Et c'étaient les mêmes ennemis. Au même moment, la guerre froide battait son plein, les communistes étaient à 20%. Une belle époque: le gaullisme encore, garda le pays. Pour finir, il y eut 68 ! 

Si cette thèse se confirme, le petit Zemmour se trouvera très critiquable. Qu'il le fasse ou non exprès, ses thèses "sentent" comme disent les anglo saxons. Un fumet étrange, et désagréable, celui du soutien à DEUX partis politiques, pour être clair, le PS d'un Mitterand et le FN d'une Lepen à la chasse à De Gaulle. 

Tout cela se retrouvera dans les campagnes qui vont venir: rien ne vaut l'histoire du passé pour alimenter l'avenir. Le trouble qu'insinue le petit Zemmour est il franc ? Et bien je ne le crois pas.