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  • Les derniers boomers

     

     

     

     

     

    Nous serons les derniers à avoir côtoyé l'ancien monde, celui qui vivait dans un ancien régime psychique (1)(2). 

    Le nouveau concerne tout le monde et on se permettra de réfléchir sur les relations entre peuples et dirigeants dans ce nouveau régime, sachant que le régime politique, lui peut changer l'année prochaine. 

    La question en effet, est de savoir s'il serait possible de revenir en arrière dans l'évolution anthropologique observée ou plus généralement de prévoir un avenir à la situation actuelle, sachant que la libéralisation individuelle plutôt excessive à laquelle on assiste ne va pas entrainer un contrecoup, par exemple l'apparition de ce que Ruben Rabinovitch appelle le "maitre intraitable", celui sans doute dont parlait Lacan en mai 68.

    Surtout qu'un équivalent semble déjà avoir été déjà vécu. Cela remettrait en cause le côté définitif et original du changement anthropologique actuel, sachant qu'au début du XIXème siècle, il y a déjà 200 ans, quelque chose de similaire s'est mis à obséder la culture. Balzac, le catholique, ne décrit qu'une société bourgeoise qui a cessé de vivre suivant des idéaux, et tout le XIXème siècle ne fut que la recherche d'une religion de remplacement à ce que tout le monde voyait et sentait à juste titre comme terminé. Ce qu'on observe aujourd'hui, la totale disparition des religions catholique et réformée en quantité, ne fait que confirmer finalement une intuition vieille de deux siècles et qui fut confirmée et infirmée par des combats incessants pendant toute la période. Et on parle toujours de "renaissance" du catholicisme en contemplant quelques baptêmes d'adultes dans  une société qui a abandonné en 40 ans la pratique systématique du baptême des nourrissons.  

    Maurras à la suite de Comte un siècle avant, élabore au début du XXème siècle une doctrine moderniste d'utilisation utilisatrice de la religion afin d'imaginer une société politique moderne à laquelle il ajoute un Roi fictif pour remplacer ce qui a disparu et qui trouble, au point de susciter un intérêt considérable dans un monde qui finalement à complètement oublié la belle aventure, désignant à l'aveugle comme antisémite et fasciste tous ses participants, y compris les plus intelligents d'entre eux, comme Bainville... 

    On se prend alors à deviner ou envisager d'autres narratifs que ceux de la fin du monde, quel que soit le manifeste des chiffres d'aujourd'hui, devenus trop brutalement trop différents de ceux d'hier, malgré tout ce qu'on pouvait à l'avance deviner ou prévoir. Surtout que les narratifs distincts font fureur et vont dans tous les sens. Les idéaux écologistes, gauchistes et islamistes apparemment coalisés dans la même fureur de destruction acharnée de ce qu'on pourrait regretter sont eux-mêmes radicalement différents mais prônent tous des dictatures comme idéaux de vie. 

    Que l'on soit marxiste et partageux, voulant une pénurie administrée à égalité, ou écolâtre sobre, ne souhaitant d'une espèce humaine réduite à tailler des cailloux pour écraser des graines et encore, c'est gras, ou soumis à Dieu dans l'éternelle contemplation superstitieuse de l'unique autorité spirituelle et temporelle, on n'a qu'une vérité et une seule obligation imposée par une tyrannie nécessaire. 

    Pourquoi donc ne pas y aller de sa propre dictature et en vouloir une autre, celle du fameux maitre qui n'aurait pas d'autre intention finale que de rétablir la douce entente harmonieuse entre les humains, celle qu'au final tous souhaitent ? 

    On pourrait d'abord la vouloir, cette dictature, comme ayant un régime de vérité différent des autres, en ce qu'elle tirerait finalement la leçon de toutes les tentatives faites en deux siècles pour pallier l'inéluctable: il n'y a point de religion dans ce monde en ce que la vérité directrice des moeurs n'existe pas et n'existera jamais. 

    Quand fut élaborée le concept tout court, on voulut l'appliquer à l'état des choses en tournant autour des conventions nécessaires, et on tourna longtemps autour de la vérité, très proche de la vérité de la convention sociale celle qu'on ne pouvait toucher et qu'on accusa Socrate de l'avoir fait. Là est tout le problème. 

    Même un casuiste subtil comme Begaudeau (3) fait reposer toute son assurance sur une conception fondatrice marxisante associant matérialisme et morale et donc sur une vérité indéboulonnable qui explique et fonde toute ses théories, créatives et multiples par ailleurs. Pourtant le matérialisme qui lui semble obligé est singulièrement ringard. Fondé sur des lois abstraites qui le gouvernent entièrement, le matériel n'est rien moins que totalement spirituel et se trouve donc totalement incapable d'expliquer son contraire exact et cela pendant toute la période ou sans Dieu ni homme il se débrouilla seul pour évoluer, totalement contraint. Lois imparfaites en plus ! Elle ne sont analytiques que très partiellement et soumises à toutes les indécidabilités qu'elles décident elle mêmes par-dessus le marché et cela au nom de la seule chose qui commande au réel et qui est le principe de non contradiction... 

    Considérer catastrophique qu'on se mette enfin à niveau de ces conceptions qui font fi de toute fixité établie ou de toute nécessité de comportement particulière, tous étant soumis in fine à aux tribunaux spirituels du possible et effectif du pérenne, n'est pas si raisonnable, finalement... Car elles font fi aussi des absurdes idéologies qui prétendent s'instaurer sur les débris du passé et qu'on va devoir combattre, au nom d'une autre vérité, car manifestant dans les faits l'inacceptable du passé, qu'ils soient des résidus d'un communisme dépassé, d'une écologie imbécile, ou d'une religion tyrannique. 

    On peut donc largement et en fait nécessairement, vouloir mettre à bas un ancien monde qui ne se manifeste plus, sur la base d'une anthropologie nouvelle, certes, que par d'absurdes théories descendantes vérolées qui ne sont que des dégénérescences. On a donc bien raison de détester ce passé, qui n'est présent que pour le déshonorer davantage. 

     

     

    (1) Fourquet chez Valentin: https://youtu.be/v_bGKpgMdmo

    (2) Fourquet et Rabinovitch chez Bastié: https://youtu.be/mwBSnRcyMI0

    (3) Begaudeau à Radio Coutoisie https://youtu.be/tQbW8mbf7Os