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  • Les théories de la valeur.

    Les valeurs

    On va commencer par les fondamentaux. Un bref cours de base. 

    On a d'abord les classiques et la théorie de la valeur dite "travail", qui attribue au travail la source de la valeur. Puis les "néo-classiques" qui introduisent la théorie de la valeur dite "utilité marginale" qui considère la valeur comme pur épiphénomène, une adaptation. Marx est un classique.

    Smith inventa la valeur comme travail mais comme ce qui permet de commander le travail des autres tandis que Ricardo décrivit la valeur comme travail incorporé dans les biens reproductibles. Pour Smith, la richesse n'est donc ni physiocrate (avec la terre comme origine) ni mercantiliste (avec l'argent comme support). Il modélise le prix comme somme des 3 origines du bien: rente, profit et salaire. On a donc un prix "naturel", les prix effectifs "gravitant" autour au gré des circonstances. Cet étalon de valeur, le travail, se trouve en concurrence avec d'autres objets, l'or, ou le blé, mais c'est une autre histoire.  

    Ricardo critique cette histoire d'étalon et introduit une valeur liée à tout ce qui a permis la fabrication de l'objet, il introduit de plus une échelle de valeurs permettant de comparer les valeurs sans étalon fixe. 

    Il est à noter que pour Ricardo, la rente est un prélèvement indu: il prône dans l'Angleterre de la révolution industrielle l'étatisation des terres. Notons que le profit lui est légitime: il est un travail accumulé. 

    Parmi les classiques, il y a pourtant Say qui attribue la source de la valeur à l'utilité du bien. Contrecarrée par Smith et son paradoxe de l'eau et du diamant, cette théorie devient acceptable avec la modification néo-classique de la valeur "marginale" du bien, l'unité supplémentaire d'eau (la goutte) ne valant vraiment rien... On arrive alors à la théorie de valeur dite symétrique, sans valeur intrinsèque, uniquement issue de l'équilibre offre/demande de Walras et Pareto. 

    Faisant un petit aller retour chez Marx: pour lui, qui reprend Ricardo, le travail est bien incorporé dans la valeur, mais la valeur d'échange est socialisée par les hommes. C'est ce qui lui fait dénoncer le "fétichisme" de la marchandise pratiqué par ceux qui veulent mettre la valeur dans la chose... Il introduit aussi la notion de plus value qui est la différence injustifiée entre valeur d'échange et la valeur travail, l'équivalence entre profit et plus value étant son théorème fondamental.

    Quelques compléments méritent alors d'être introduits.  

    Le Marginalisme et les néo classiques

    D'abord que la théorie de la valeur devient vite celle de la formation des prix. C'est l'approche moderne, la valeur n'étant que l'entité conceptuelle origine de la décision d'y mettre le prix. Pour Walras, elle est la "rareté", mélange de source de désir et de difficulté à obtenir qui motive l'allonge du bifton. De fait, la valeur s'exprime par un prix, qui varie continument.

    Ces gens sont les "néo classiques": Walras et Pareto forment l'école de Lausanne, Jevons (puis Marshall) celle de Cambridge, et Menger l'école Autrichienne. Tout cela ira de 1870 jusqu'à la crise de 29. Marshall, mort en 24, considérait l'économie comme achevée par son livre, "Principes d'économie politique".

    Il faudrait expliquer pourquoi on veut et on doit accoler le mot "politique" à "économie": en fait c'était l'expression originale, datant du XVIIème siècle (de Monchrestien, 1615),  et ce serait Jevons qui simplifia en parlant d'économie tout simplement ! 

    Notons que Jevons est un disciple de Bentham, l'utilitariste inventeur du panopticon, il pense "utilité" ou plaisir marginal. Marshall est son successeur. 

    L'identification de la valeur à l'"utilité marginale", c'est à dire au prix de la dernière unité acquise constitue ce que Schumpeter appelle la "révolution de la théorie de la valeur". De quoi s'agit-il? Voyons la demande: elle est fonction d'une utilité employée de chaque bien acquis. Quand un certain volume est acquis, on arrête d'acheter. Le dernier bien acquis est à un prix, dit marginal terme qui s'applique en fait à la dernière consommation faite. C'est le prix du bien. Cette assimilation de la valeur à celle de la marge suppose une forme de courbe particulière qui lie prix et quantité plongés tout deux dans le raisonnement utilitariste: si le prix monte, l'utilité marginale décroitra et DONC la quantité commandée diminuera d'autant... Cette introduction du troisième terme, l'utilité comme mesurée par un montant variable de valeur d'échange avec un maximum possible constitue l'essence du marginalisme, inventé par Jules Dupuit (1844) qui lui, identifie utilité avec valeur d'échange maximale. 

    Citons Walras, le socialiste né en 37, d'ailleurs partisan lui aussi de l'étatisation des terres et théoricien de l'équilibre général.

    Puis Marshall, le maître de Keynes: il réintroduit le coup de la valeur de travail en parlant prix de production, en fait en voulant calculer le prix des choses. Au delà de la valeur, il s'agit de trouver l'algorithme qui lit production et demande avec comme point fixe le croisement de deux courbes. On a ainsi une théorie de la valeur "symétrique", le marginalisme étant appliqué AUSSI à la production. Simplement cela est plus difficile à concevoir et suppose des considérations variées.

    D'abord que le cout de production fait partie de la valeur, on revient un peu aux classiques mais en déclinant: c'est uniquement sur le long terme, à court terme, c'est la demande qui est prépondérante. Puis que l'on ne raisonne que par branches et non pas sur toute l'économie, c'est le fameux "ceteris paribus". Ensuite, qu'il faut que les rendements soient décroissants, en fait décroissants à terme: Marshall conjugue les lois de rendements croissants (les fameuses aiguilles de Smith) et de rendements décroissants (les terres moins fertiles de Ricardo), l'important étant que les rendements ne soient pas constants. 

    Cette nécessité de la loi des rendements décroissants mérite le détour et là je me lance, car on ne la trouve pas vraiment bien expliquée. Elle est due à l'"algorithme" de marche vers l'équilibre qui ne fonctionne QUE si les deux courbes demande et offre sont convexes ! Dans le cas contraire il y a divergence dans au moins certains cas, suivant que la marche part d'une zone ou d'une autre de l'espace. Ces modélisations mathématiques variées font les délices des néo-classiques qui s'en amusent à un point extrême, mais le point est là.

    C'est cette non complètement satisfaisante modélisation de l'offre qui fit l'objet d'une dénonciation destructrice de Piero Sraffa en 1925, celui ci remettant en cause la notion de concurrence parfaite pour introduire à l'étude de la concurrence monopolistique. Sraffa prônera le retour à Ricardo et cherchera à réinstaurer un étalon de valeur. 

    Il parlera de compter dans le salaire, en plus de la subsistance, une part du profit réalisé et surtout caractérise le salaire comme "post factum". La décision est d'importance...

    Sraffra, connu surtout pour son travail de réédition des oeuvres de Ricardo se fait remarquer aussi en 1960 lors de la querelle des 2 Cambridges, entre Robinson (UK) et Samuelson (US), sur la comptabilisation des machines et donc la valeur des biens de production. Les keynesiens voulaient la considérer nulle, et les néos classiques la conserver. Sraffra prit position en détruisant tout comme d'habitude et en réutilisant des concepts marxistes de comptabilisation. 

    On pourra alors dire qu'il continue d'y avoir deux théories de la valeur, l'une de Ricardo à Marx et Sraffa, basée sur la répartition et une conception intrinsèque, classique de la valeur, et l'autre depuis Say, Walras, Samuelson, basée sur la rareté marginale, la répartition n'étant que secondaire. Le débat est toujours actuel, s'identifie au conflit droite gauche ou libéralisme contre "socialisme", celui ci se modulant suivant encore d'autres circonvolutions. 

    ...

     

    L'équilibre général

    On finira sur l'équilibre général de Debreu et Arrow, le prix Nobel de Debreu datant de 1983. Walras avait raison, donc. C'est le livre "Théorie de la valeur" de Debreu. 

    En gros, en 1953, Arrow et Debreu démontrent mathématiquement l'existence d'un équilibre général possible des demandes et des offres basées sur les prix.

    Mais il faut mentionner aussi, en 1973  le théorème de Sonnenschein-Mantel-Debreu qui montre qu'on peut en réalité obtenir n'importe quoi, les fonctions de demande nettes pouvant être quelconques. La main invisible existe bien, simplement elle peut faire n'importe quoi... 

  • Xylophagies Macronésiennes

    Pardon pour le titre empoulé, mais il y a pire.  On aurait du parler de xyloglossie, ou de xylolalie. La « langue de chêne » (yazik dub?)  russe, qui date du tsarisme, d’ailleurs. Ce sont les langues de pouvoir, la « lingua tertii emperii » nazie en étant l’exemple le plus affreux (1). Macron en est un locuteur, permanent et insupportable.

    Cette réthorique là est étudiée, connue et analysée. Toute une partie de la culture et de l’intelligence s’y consacre, pour notre plaisir, notre élévation et aussi notre clairvoyance.

    Pour commencer, on se réfèrera à http://g-langue-de-bois.fr/ dont le générateur, du premier coup nous produit ça:

    « la dynamique vertueuse fait ressortir le réel attrait d’un rassemblement des conditions de base pour construire sa vie et envisager son avenir. »

    Au détour d’un raid sur le twitter de Macron, j’ai réalisé la profondeur de l’absurde langage de celui que les sondages annoncent gagnant. Comme en fait ils annoncent un état de l’opinion avec une bonne moitié d’indécis, il convient de tenter de dire à ceux là ce qu’on pense de leur hésitations… Car les commentaires des saillies du monsieur sont partiellement accablants: bien souvent tout passe inaperçu.

    Bien sur pas pour tout le monde, la chaine Youtube ridiculeTV:  https://www.youtube.com/channel/UCIu1KhZAvIiujTIgNAz22sQ parait il faite par des fillonistes (des talentueux vidéastes fillonistes) offre un florilège incroyable de macronneries indicibles.

    Il faut citer, et notamment les perles les plus belles. Elles sont constituées de fragments de discours en forme de slogan, que l’on peut reprendre dans sa tête ou retweeter, tout simplement. Toutes candidates à un passage par « ridiculeTV », avec des commentaires du Camelot d’Alexandre Astier pour en dénoncer le vide de sens, sous la critique de la grosse reine qui elle y est sensible, on peut les collectionner.

    On a ainsi sur ce compte twitter là le plus remarquable amas d’exemples de la langue de bois la plus grasse, la plus construite, la plus dénuée du moindre sens autre que sa fonction: stupéfier, terrifier, perturber. Car l’acceptation de ces absurdités change l’auditeur et c’est le rôle de ce type de parole: dominer, essentiellement. C’est en cela que ce type de discours, inventé et mis en pratique par tous les socialismes et en fait, et oui, fasciste.

    Le mot peut sembler fort pour désigner le successeur de Hollande, le timide freluquet qu’on pourrait croire efféminé, chienchien à sa mémère. Il ne l’est pas: ses fadaises centristes sont un refus profond de tout débat, de toute opposition, de toute politique en fait. Il ne veut rien faire et l’imposer à tous au nom d’un consensus sous son autorité qui est le propre du fascisme, lui seul pouvant donner sens à la destruction totale du sens, qu’il organise avec son langage truqué.

    Il hérite ainsi de ses mentors dont Ségolène Royal, son soutien discret n’étant pas douteux en est un, la capacité d’émettre le  langage frelaté de la fausse connivence politiquement correcte. C’est la plus horrible chose qui soit au monde, la plus destructrice du lien social et symbolique qui unit le citoyen à l’Etat. On l’a vu cinq ans et cela veut continuer à tout prix, il est là pour ça et il fait le maximum.

    Il faut noter que l’aspect absurde voire délirant de la démarche s’est accentué depuis le premier débat, on atteint ainsi maintenant (début avril 2017) régulièrement des sommets et cela se voit ici.

     

    Voyons voir la collection.


    Une constante, l’adjonction pour faire sens de plusieurs (au moins deux) significations distinctes juxtaposées qui semblent se renforcer l’une l’autre. Trois cas suivant que les deux significations se contredisent, se répètent ou tout simplement n’ont rien à voir.

    Par exemple:

    « Je défends l’ouverture et l’esprit de conquête. »  Rien à voir.

    « Nous allons sortir du passé qui ne veut pas passer. » Se contredit.

    « La société est formée à moitié de femmes et à moitié d’hommes ». Evidence

     

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    Le multiple ne nuit pas. A partir d’un terme, ou d’un thème, on peut tripler la dose:

    « l’emploi des autistes sera encouragé par une reconnaissance des entreprises inclusives. »

    « Nous allons sortir des divisions, sortir de la Françafrique, sortir de tout ce qui nous a tués. »

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    Parfois, l’articulation des qualificatifs les renvoient les uns aux autres, par exemple dans le très réussi:

    « J’ai décidé de franchir une nouvelle étape pour aider la France à se transformer elle aussi. »

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    Une constante, la nuance qualificative. Une affirmation doit être paradoxalement qualifiée par son contraire pour la nuancer et en établir la mesure. Bien sur cela en modifie substantiellement la portée et souvent prête à rire car précisément cela détruit le sens global, en montrant une volonté de dire « tout et son contraire » c’est à dire d’accorder à tout prix des contraires.

    « Nous aurons une politique de tolérance zéro : à l’égard de la délinquance et à l’égard des abus des autorités policières ».

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    Ici on l’introduction du quantitatif (le doublement) mais dans un domaine qu’on ne peut établir que qualitativement (le manque): une merveille:

    « Protéger, c’est aussi soigner. Je veux doubler les maisons de santé partout où le soin manque. »

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    Une constante: le « nous » qui alterne avec le « je » des exhortations, il  est descriptif et généralement transforme la foule en quelquechose:

    « Nous sommes le projet qui protège les Français. »

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    Une magnifique double adjonction en forme d’écho; le « rien à voir » est ici doublé:

    « 50 milliards d’euros pour investir dans le numérique et l’écologie. Pour changer nos manières de produire, de consommer. »

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    Une figure triple avec double don, qui plus est redoublé:

    « Nous redonnerons de l’espoir par le pouvoir d’achat. »

    Qui complète harmonieusement le:

    « Nous redonnerons de l’espoir par la culture. Elle est ce qui nous fait peuple. »

    et aussi :

    « La France a besoin d’espoir et nous ramènerons l’espoir par l’école ! »

    et aussi:

    « Nous redonnerons de l’espoir par le sport. »

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    Les allusions sexuelles. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il y a du sexe chez Macron, mais sous une forme cachée délicatement masturbatoire:

    « Un lien pour recréer la sève de la République et ses principes. C’est la force des patriotes. »

    « Nous sommes l’alternance profonde »

    « Il faut créer un nouveau rapport à l’autorité et à la police. Je créerai une police de sécurité quotidienne. » (ici le rapport quotidien en plus à l’autorité, fait sens).

    « Je mets mon énergie à faire plutôt qu’à durer ! »

    « Nous allons porter l’alternance véritable qui rassemble des femmes et des hommes jusque-là divisés. »

    ——

    Parfois, on passe dans le néologisme, mais qui évoque un soupçon: ici par exemple, disposer de deux langues a un coté sexuel, ou mensonger, en tout cas, vaguement inquiétant, les « humanités » renforçant le coté bi… Notons bien que bilangue n’est pas bilingue.

    « Je veux rétablir les classes bilangues, je veux rétablir l’enseignement des humanités. »

     

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    Une belle répétition (le slogan est martelé régulièrement) qui avoue la responsabilité (il était au pouvoir les 5 dernières années) et aussi  l’irresponsabilité (il ne l’était pas avant):

    « Nous allons tourner la page, non seulement des 5 dernières années, mais des 20 dernières années. »


    Les allusions à ce que suscite un tel langage sont parfois fièrement provocatrices, quitte à être un peu douteux:

    « Nous sommes l’alternance profonde : c’est pour cela qu’ils nous détestent autant, mais c’est pour cela que nous gagnerons ! ».


    Le charme du ni droite ni gauche contradictoire atteint parfois des sommets:

    « Cela fait 20 ans que nous sommes bloqués par le balancier permanent entre la droite et la gauche. »

    Bloqué par un balancier ! Il fallait y penser.


    En économie, le principe du rapprochement entre les deux directions du monde  s’applique aussi:

    « Il faut réconcilier ceux qui investissent et ceux qui travaillent. »


    Parfois le constat est sévère, voire paradoxal au point d’être gênant: faut il éviter d’aller à l’école, voire de fréquenter des professeurs ?

    « Aujourd’hui l’école creuse les inégalités de départ ! »


    Le pléonasme redoublé, il fallait y penser et ça marche, cela se renforce, même:

    « Nous devons parler d’orientation plus, et plus tôt. Faire venir des professionnels à l’école, présenter leurs métiers. »


     

    Délicate opposition entre des comparables, avec un soin laissé à la formation du sens qui force l’admiration:

    « Le vrai clivage de cette campagne est entre les patriotes et les nationalistes. »

    Car il faut vouer le nationalisme (« le nationalisme c’est la guerre ») au gémonies.


    Il faut creuser davantage et vraiment. Sans craquer:

    « Je recréerai un véritable creuset national. »


    « Le service civique, l’apprentissage… il faut multiplier les voies qui permettent aux jeunes de sortir des sentiers battus ! »

    Ainsi donc on va multiplier les sentiers battus pour en sortir!


    Une  triple adjonction, le sel étant donné à tout ce qui ne compare pas:

    « On doit redonner du sel à un engagement, à de l’ouverture. »


    Certaines conclusions sont paradoxales et attirent l’attention:

    « On a un paradoxe français : on n’aime ni la réussite ni l’échec ! Il faut dédramatiser l’échec. »

    Cette priorité donnée à l’échec est un effet. Prémonitoire sans doute.


    Là on a une figure en forme de double sens évident: qui mieux que les enfants des quartiers pour… ?

    « Qui mieux que les enfants de la République comme ambassadeurs des quartiers ? »


    On peut se trouver fasciné par les différentes modalités de l’action. Par exemple, ici, on peut compléter la mobilité ou bien l’entreprenariat mais l’assonance « mobi » domine:

    « On facilite l’entreprenariat qui est un élément de mobilité économique et sociale. Il faut la compléter d’une mobilisation sur le terrain. »


    Le baroque peut parfois mettre les voiles,  à la proue de la volonté, le présent confirmera le futur annoncé en lequel, il faut le noter, on croit:

    « Je crois à la croissance bleue. Elle passera par une politique d’innovation très volontariste dont l’Ifremer est la tête de proue. »


    Parfois on dissipe des doutes. Le soin à l’agriculture (on avait pensé à l’oublier) sera à la fois permanent et fort. Le coté sexuel est indéniable.

    « Oui, dans mon gouvernement, il y aura bien un Ministère de l’Agriculture. Il sera fort et à plein temps ! »


    En parlant d’agriculture, au cas où les paysans n’auraient pas à s’occuper avec l’argent qu’on leur donne:

    « Mon plan d’investissement pour l’agriculture permettra aux paysans de garantir le bien-être animal »

    Sans parler de la sécu pour les bêtes:

    « Je ne connais pas un éleveur heureux avec des animaux malades »


     

    On trouve une tendance à récupérer le sens à son avantage mais en même temps, il y a quelque chose de forcé:

    « Marine Le Pen vous désigne aujourd’hui comme son adversaire principal. – Elle a raison. »


    En tout cas, on trouve, dans le langage, une volonté de nuance; le ni ni est patent:

    « Je veux être un président engagé : ni suractif, ni en retrait. »


    Parfois les priorités se multiplient, au point d’égarer: (elle est pas bonne celle là?)

    « C’est par l’accessibilité que nous garantirons la participation de tous à la vie sociale. J’en ferai l’une de nos priorités. »


    L’utilisation de l’anglais pour lutter contre les discriminations n’est pas à négliger:

    « Nous lutterons contre la discrimination à l’embauche des personnes en situation de handicap en généralisant le testing et le name and shame. »

    Le software c’est le hardware: « Il y en a qui pensent que quand on fait des choses par le numérique, ça n’existe pas. Non : le numérique, c’est du matériel. »


    Au delà du sexuel il y a un sommet de politiquement correct, en fait limite:

    « Le Premier ministre sera choisi sur des critères d’expérience et de compétences. J’aimerais que ce soit une femme. »


    Un doublement classique:

    « Il n’y aura pas de vraie relance sans une politique de relance européenne »

    Encore un doublement, celui là pléonasmique, mais associant passé et avenir:

    « C’est à partir de notre histoire commune que nous écrivons un avenir commun. »


    On a aussi des passages d’idées, voire des communications sur les convictions, mais on ne peut s’empêcher de les masquer quelque peu.

    Il y a dans certains choix politiques, par exemple l’abandon du paritarisme en matière d’assurance chômage, une franchise programmatique claire, pas si éloignée du revenu universel. Il n’en demeure pas moins que l’argument reste défaitiste:

    « Le chômage est devenu un vrai risque social qui touche tout le monde et doit être financé par l’impôt. »

    Mais il y a aussi, dans l’européisme forcené, de quoi faire peur si les allemands sont meilleurs que nous:

    « L’excellence est tout sauf un gros mot. L’excellence dans l’école publique, c’est la vraie méritocratie européenne. »

    Il y a aussi les aveux déguisés:

    « Je suis contre la GPA. Je ne souhaite pas l’installer en France. »

    Sa pratique encouragée hors de France satisfaisant les besoins, bien entendu.


    L’adaptation est un thème important: quoi de mieux que les flexibilités pour s’adapter aux contraintes, tout cela est réuni.

    « Les contraintes naturelles et géographiques de La Réunion supposent d’utiliser toutes les flexibilités. »


    Il y a aussi les honneurs déjà rendus, mais qu’on renforce, quitte à innover:

    « Je souhaite que soit rendu hommage à tous les anciens combattants. Pour eux, je recréerai le Mérite Combattant. »


    Tout ce qui concerne le plus de mooooyens  doit être renforcé:

    « Il faut donner à la France les moyens d’une autonomie stratégique accrue. »


    Pour finir la dernière phrase de son discours de conclusion lors du deuxième débat:

    il faut « renouer avec un optimisme volontaire ».

    L’expression, déjà utilisée par Hollande en 2012, a une variante « je suis un optimiste de la volonté ».


    Il y a pire, voir même inquiétant, à la limite de la folie, sur le thème de la réconciliation:

    « Pensez printemps mes amis, c’est réconcilier l’ambition et le réel »

    « La réconciliation cohérente que je propose et le projet progressiste assumé sont de nature à réveiller des initiatives très fortes au niveau de la société »


     Quadruple composition, l'expression "promesses non tenues", parce que venant spontanément à l'esprit, étant rejetée et imposée vicieusement en même temps: 

    "Je veux que l’Europe soit digne des promesses d’hier pour porter les promesses de demain."

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    Certains slogans sont répétés: « L’alternance profonde » est présent dans plusieurs discours et tweets variés. Le qualificatif de profond pour désigner la « ternance » figure répétée trois fois sans doute, a, on l’a vu, une connotation sexuelle enthousiasmante. Elle est aussi sans doute une allusion au « gouvernement profond », le complotiste directoire à qui sans doute on veut s’allier, ou dénoncer, c’est selon…

    Pour conclure, l’horreur de ces abominations soulève un tel dégout (cette expression là me parait douteuse, mais je la garde) que nous en sommes maintenant à la haine, et au refus d’un résultat défavorable de l’élection. Les tenants de cette saloperie prennent un risque et un sort funeste pour les tenants de l’alternance profonde est à prévoir si ça se passe bien pour eux. Tout, absolument tout sauf Macron.

     


    (1) Sur le livre de Klemperer, https://germanica.revues.org/2464

    (2) Une couverture du thème: https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2010-3-page-33.htm

    (3) Philippe Murray avait prévu Macron !  http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/04/05/31001-20170405ARTFIG00239-macron-fillon-debat-presidentiel-philippe-muray-avait-tout-vu.php