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  • leichtgesinnte flattergeister

    "Les esprits frivoles et écervelés" est le titre/premier vers de la cantate éponyme, BWV 181.


    Elle condamne sans ambages et avec une grande précision les excès du monde médiatique moderne et de ses réseaux sociaux habités par le diable. Elle laisse tout de même un espoir au demeurant.

    Cantate parfaite, entièrement écoutable avec attention, la totalité de l'oeuvre étant accessible, raisonnable dans tous ses aspects, appelant à la réflexion et remplie de trouvailles musicales magnifiques dont l'écho disparait, c'est le charme des cantates, après leurs exécutions: conçues pour un seul jour, elles ont la perfection de l'unique. 

    http://www.bach-cantatas.com/Texts/BWV181-Fre6.htm

    Le premier morceau est étonnant: les esprits faibles se volent la parole entre eux, se disputant la force du vrai. Et bien Belial (ach Belial) avec ses enfants (toute une troupe) cherche tout de même à l'empêcher... Même les écervelés peuvent être utile en somme, c'est la morale d'un air de basse soutenu par le sautillement traditionnel au violon du diable quand il est acteur, souligné par les basses qui approuvent. Il y faut de la gravité et de l'énergie.

    En fait ce n'est pas tout à fait cela, c'est Bélial qui empêche toute utilité par son obstruction. Troupe contre troupe donc: les démons contre les écervelés. 

    Bon on passe au récitatif d'un Alto. Une parole lente au sujet des âmes perverties et ignorantes qui ne comprennent ni ne croient au mal. Celles que l'on vient de décrire, au prise avec le diable. Et là l'alto éclate en sanglots, ces âmes deviennent de pierre, elle gâchent leur salut et meurent ! Quand le récitatif devient mélodie puis cesse et que reprend le récitatif, on reçoit une sorte de coup de pied extraordinairement expressif: qu'elle belle idée!  Et la conclusion est d'ailleurs bien celle là: auriez vous un coeur de pierre ?

    Ensuite la menace de l'Enfer. Le sautillant violon est presque incroyable (il faut l'accentuer au maximum) il termine sa partie par une dissonance saisissante présente dans ses premières et dernières instances et menace en permanence en arrière de l'extraordinaire et magnifique mélodie.

    Celle ci s'achève avec une merveilleuse tournure de la langue allemande en deux vers: le début du premier est l'être futur (werden) et la fin du deuxième est le verbe (nähren, nourrir), avec entre les deux l'objet (le feu des tourments infernaux éternels). Un régal linguistique, accentué par la très baroque (qui prouve encore une fois que Bach est d'abord un musicien) ééééé ééééé ééééé éééé ren de cloture ensuite définitivement achevée par la deuxième et dernière apparition du redoutable air de violon. Il faut aussi noter que dans l'avant dernière apparition de ce vers, on avait eu droit au ahahahaha des Qual (tourments) suivi d'une näheren bref. Comme ça tout le monde est content sans doute.

    Un récitatif du soprano, indulgent pour l'esprit et le coeur, et le final avec trompe s'il vous plait.

    Un admirable choeur avec un duo soprano tenor enchassé en écho splendide. On reprend soprano/tenor puis alto/basse, toutes les combinaisons se manifestent avec la basse qui fait la main toute puissante (Allmachtshand)... 

    En fin de compte, on a besoin dans nos coeurs, qui ne sont plus de pierre, d'une terre fructueuse (fruchtbar). En fait (pardon, je ne suis qu'un pauvre fransoze), d'une fruchtbar Land (d'abord), à l'intérieur de nos choeurs, ensuite. Pardon encore mais ce n'est toujours pas cela: dans nos coeurs, enfoncés (zubereiten).En fait c'est zu ber ahahahahahahahahahhah eiten, il faut être précis. Le rythme, endiablé, est à l'avenant... 

    L'air de trompe est original: vraiment très joyeux au sens élévation du terme, il rattrape (écrase victorieusement)  toutes les diableries qui ont précédé. Un régal on peut maintenant aller boire un coup, merci J.S.

     

    J'ai le gardiner, le suzuki et surtout le très supérieur (à mon avis) bachstiftung, plein d'énergie. Renate Steinman comprend magnifiquement la dissonance du violon du diable et nous la rend audible alors qu'elle n'existe pas chez gardiner ou suzuki par exemple, dont les violonistes nous la font mièvre. En fait il s'agit d'une pièce de violon diabolique, sans doute incroyablement difficile à maitriser émotionnellement. La cantate, art à part entière, permet à des musiciens de s'engager à fond, et il n'ont que quelques secondes... Par contre, pour comprendre, une bonne cinquantaine d'auditions dans tous les sens, dans toutes les interprétations disponibles est un minimum. Au boulot.

    Voilà. L'immense plaisir que peut offrir ces très pieuses réflexions d'il y a trois cent ans reste intact, cela doit être la musique sans doute. 

     

  • Les Républicains

    Il ne s'agit pas du nom quasi ridicule que Nicolas Sarkozy a donné au parti politique qu'il a escroqué, mais de ce qui qualifie les tenants de la République, ceux qui se disent tels. Parmi eux Marc Bloch, qui explique en quelques pages ce que pour lui cela signifie. Il s'agit bien sur de l'auteur de l'"étrange défaite", le document historique fait par un historien, qui plus est acteur de l'histoire, et mort pour cela. 

    En gros, il fait remonter le terme à la révolution, en fait avant, quand la royauté représentait la nation de deux manières aux yeux des différentes parties du peuple: pour les uns elle protégeait des privilégiés, pour les autres elle protégeait les privilégiés.

    Cette ambiguité, propre au monde féodal, fut résolue lors de l'affaire de la révolution, quand la royauté pris le parti de l'étranger contre la souveraineté nationale pour défendre les privilégiés. Le roi le paya de sa vie, sa mort rendant tout retour en arrière impossible, toute restauration ayant vocation à échouer, et on le vit bien. 

    A partir de là, malgré l'instauration de la république comme régime, subsista le camp de ceux qui ne l'acceptait pas, voulait garder l'autorité religieuse et politique, contre la liberté intérieure donc,  et qui donc pour régler les derniers comptes, allèrent encore chercher de quoi à l'étranger, c'est à dire renoncer à la souveraineté. 

    La République devient donc, pour Marc Bloch et pour beaucoup, le garant des libertés extérieures et intérieures, les une et les autres confondues. Belle définition, il suffit de s'en souvenir. 

    Au passage, on relèvera que le pire ennemi de l'Allemagne pendant un demi siècle fut condamné à l'indignité nationale pour intelligence avec l'ennemi (Maurras), et que le communiste Gayssot instaura après un demi siècle de soumission idéologique et financière avec la Russie soviétique une loi violant d'après les historiens réunis (VidalNaquet à leur tête) la liberté d'expression. 

    Et ce fut le front populaire qui signa Munich et élu Pétain.

    Au centre de tout cela, miraculeux, un soit disant maurassien, que l'on accusa d'être communiste, ramassa l'épée, et restaura les libertés. Trois fois. Quand même... 

    P.S. La troisième fois, il alla inquiet vérifier chez Massu auprès des chefs soviétiques que ceux ci n'avaient pas de mauvaises intentions. Il put donc se satisfaire, sans morts, de rétablir la situation. 

    On finira ce trop court éloge d'un type de personnage historique qui ne vient que tous les milles ans par la réaffirmation de l'identité de la nation et de la liberté, voire de la démocratie elle même qui forme ainsi avec la République un bel ensemble cohérent. Car il n'y a de Liberté que grâce à une Nation dont la République organise la défense par la Démocratie qui n'est valide que dans une nation dont ...