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  • Gauche et Droite

     

     

     

     

    Pour Thomas Viain, le clivage droite gauche est anthropologique. Pas mal. (1) (2).

    La théorie

    L'opposition est entre Pascal et Rousseau, et pas pour les raisons qu'on croit croire. 

    D'abord la Gauche, c'est un projet, issu d'une évolution de la représentation de soi à l'époque des Lumières. Deux moteurs: d'abord une généralisation du gout pour la description de soi, les journaux intimes, les confessions. Ensuite, une extension généralisée des pouvoirs de l'État et de la société en général du fait des techniques. 

    Le croisement des deux c'est le projet d'améliorer la société par un changement organisé des motivations intimes de tous, ou plus exactement d'utiliser le pouvoir de transformation du social pour améliorer les humains, plus exactement l'intériorité des humains. 

    La question et sa réponse est "comment modifier l'intériorité des humains pour améliorer la société"

    On fait alors le parallèle ou plutôt l'opposition entre Pascal et Rousseau, Rousseau l'homme de Gauche contre Pascal l'homme de Droite... 

    En gros, la recommandation de Pascal, pour croire, qui consiste à pratiquer à l'aveugle est la méthode pour obtenir la foi, et donc pour changer son intérieur en la faveur de ce qu'il faut, logiquement, croire. Cette pratique volontaire de la foi du charbonnier illustre la méthode: par application de règles peut être absurdes, les intériorités seront affectées en faveur du bien révéré seulement mécaniquement. 

    Cette "méthode" qui a ses raisons: l'inaliénabilité de l'intériorité, soumise au péché originel et à la grâce, et le "pari" mécaniste de l'adoption de croyances révérées s'identifie à la vision "de droite" du clivage. On notera l'incommensurabilité des deux mondes pratique d'un côté, intériorité de l'autre, celle-ci n'étant transformée qu'indirectement par effet de bord, lui laissant toute liberté pour s'y adapter au mieux. 

    La Gauche adopte un point de vue dual. La pratique a bien, tout autant que précédemment, vocation à changer l'intériorité, mais explicitement, proportionnellement: l'intériorité est manipulée par la pratique ou la contrainte extérieure qui lui est adaptée explicitement et volontairement. 

    On notera l'interpénétrabilité des motivations des deux méthodes, dont la distinction, assez subtile permet toutes les remarques complexes possibles. 

    Le contexte

    Le contexte de cette théorie est l'individualisme méthodologique de Raymond Boudon: l'acteur a de bonnes raisons de faire ce qu'il fait. Cette manière de voir est liée à la théorie de la rationalité d'Aristote qui parle des passions en face des savoirs politiques sujets à délibération: entre les Stoïciens qui veulent l'abolition des passions par l'ataraxie, et Platon qui les veut entièrement dominées par la raison (comme les chevaux de Phèdre), il décrit une harmonie basée sur la prudence (phronésis) qui éduque et conduit la sagesse,  une éthique. Il est le promoteur de la délibération. 

    Pour Aristote, la loi doit inciter à la vertu et décourager le vice, elle a pour rôle d'éduquer le citoyen et le rendre vertueux. N'étant pas parfaite elle a besoin de l'équité pour se corriger. 

    Là est la position de McIntyre: la loi doit éduquer, et donc ne pas être neutre. (...). 

    On est dans les discussions philosophiques de la droite en général. 

    La gauche c'est pas ce qu'on croit

    On a ici un joyeux dézingage de tous les lieux communs sur la gauche, qu'ils soient de droite ou pas... 

    D'abord que Rousseau n'est pas ce qu'on croit: il reconnait une fragilité de l'humain qui explique l'amour-propre si facile à acquérir en société. Le péché originel calviniste n'est pas loin et l'homme n'est pas si bon. 

    Et aussi il n'est pas si égalitaire que ça et reconnait les différences de nature. Sa critique porte sur ce qui justifie certains maux par ces inégalités-là. Rousseau promeut, au contraire, l'égalité "de droit". 

    Et puis, historiquement la gauche n'a pas une vision si candide que ça de l'humain: elle le violente à l'occasion et utilise ses faiblesses. Historiquement, les partis de gauche ne furent ni naïfs, ni stupides. 

    Par exemple, le marxisme fut bien un psychologisme, qui une fois dégagée de la plus-value, attribue un être calculateur au bourgeois et au prolétaire et les oppose psychologiquement. Il favorise aussi avec le révolutionnaire une volonté à s'exprimer particulière. Pareil, et pire pour le freudo-marxisme, qui eut ses heures de gloire. 

    La droite de son côté

    L'église n'est pas de gauche: l'intention ne peut dépendre de la classe ou de la situation sociale. 

    Et puis, en l'absence de contrôle complet de l'intériorité, celle-ci peut et doit donner son avis, par principe inattendu: la droite a besoin de la délibération. Même dans un espace public saturé de discours, l'individu reste par principe autonome et doit être consulté. 

     

     

    À quoi reconnait-on la gauche? 

    Le gauchiste ne discute pas de la vérité mais de qui parle et pourquoi, c'est cela qui guide la valeur des choses. Seule compte l'intention bonne ou mauvaise a priori. A gauche sont les "maitres du soupçon" et d'où parles-tu camarade ? 

    En vertu de la théorie que votre statut, race, être parle pour vous, le procès d'intention à votre égard est permanent. 

    On fera remarquer avec Gilson que les tempéraments physiologiques des philosophes ne sont jamais corrélés avec leurs philosophies... Il faut être Michel Onfray pour parler de la vie de Kant... Marx et Engels étaient des bourgeois dont les modes de vie et les intérêts étaient à cent lieues de leurs théories... 

    Droite et Gauche 

    La question est celle de la détermination et des déterminismes.  

    La gauche reproche à la droite de les conforter. 

    La droite reproche à la gauche  de vouloir tout leur arracher. 

    Contre les déterminismes

    Dans le vitalisme moderne, par exemple Begaudeau, on donne au corps et au biologique toute puissance, ce qui néglige l'autonomie interne. Il y aussi Hugo Mercier, qui justifie les idées par celles qui justifient aux yeux du groupe etc. 

    C'est la distinction cause formelle, cause matérielle d'Aristote: seule la cause formelle agit vraiment, la cause matérielle n'est que matériel disponible sans intention, précisément. Le "psy-evol" ou psychologie évolutive est bien trop déterministe... La rationalité doit prévaloir. 

    Car, au fond du fond, pour Raymond Boudon, il y a une fonction épistémique humaine fondamentale, qui cherche la vérité, et qui trouve des raisons, des bonnes raisons. Et puis pour Weber, ce sont les idées et non pas les intérêts qui mènent le monde. 

    Pareil pour le fameux "biais de confirmation" qui évidemment est conscientisé et donc exploité pour l'affaiblir. Il ne peut être source de l'être raisonnant sans que celui-ci cesse d'être raisonnable. 

    Et puis les conditions matérielles, les états sociaux etc, ils agissent mais sur les conditions et les circonstances de l'élaboration des raisons propres aux acteurs. Ils ne peuvent être causes directes de cela. C'est le conflit avec Begaudeau qui en fait se contredit: l'automatisme suppose une contradictoire existence à la contrainte qui agit, c'est elle qui devient le "Dieu" qui fait tout fonctionner, alors que l'acteur raisonnable lui est véritablement confronté au matériel, et doit le théoriser pour survivre... Là encore, l'"extérieur"  commande sur une intériorité qui est en fait donnée à priori et qui n'est que partiellement contraint par lui. 

    La recommandation 

    La thèse principale de Viain est que la droite porte ce qui manque intrinsèquement à la méthode de gauche: la capacité de hiérarchiser les biens, voulus ou à obtenir. Maitre des pratiques, on peut organiser celles-ci rationnellement alors que les vertus de gauche se juxtaposent en désordre, justifiant des pratiques d'imposition désordonnées et conflictuelles. 

    Cette notion de hiérarchie des valeurs et pratiques est à mettre en délibération, on retrouve Aristote et Boudon la liberté des acteurs étant fondamentale. 

    À partir de là, peut-on organiser la délibération et une dialectique "vertueuse" est-elle possible entre les camps? 

    Tout homme libre a un pied dans le camp d'en face. 

    Au fait, la religion et la chrétienne, n'est pas de gauche: sa volonté d'influer sur les motivations intérieures est personnalisée, privatiser, personnalisée. Les pratiques publiques ne célèbrent que Dieu... 

    Les Femmes et les hommes

    L'intervention de Carsana illustre cette conception "internée" des humains et de leurs comportements. Ce qu'il en dit est une application idéale des conceptions évoquées ici. Les gens sont soumis aux circonstances et à des mécanismes locaux assez logiques. Le surinvestissement dans le couple, qui se trouve à la fois sur valorisé, mais parce que décevant, sur décrié... 

    Une conception "platonique": l'amour ne commence qu'après la déception, et la seule chose est la confrontation à la souffrance. 

    Les deux groupes : rapides hypers sexualisés et lents hypers puritains. Ce ne sont pas les même gens. 

     

     

     

    (1) interview Viain Radio Notre Dame https://www.youtube.com/watch?v=j8KA-1kgey8

    (2) Transmission https://www.youtube.com/watch?v=DAUS4cT70hk

    (3) Maxence Carsana chez Transmission :  https://youtu.be/ASWD-X2o4xU

    (4) https://www.polemia.com/gauche-et-droite-deux-morales-distinctes/

    (5) https://www.rcf.fr/articles/actualite/droite-et-gauche-une-guerre-des-morales-entretien-avec-thomas-viain

     

  • Les idéologies

     

     

    On voudrait faire son petit Marcel, mais Gauchet cette fois (1) et reprendre son dernier bouquin, sur les démocraties. 

    Tout d'abord, l'origine du mot "idéologie", le terme d'"idéologue" étant attribué  par Bonaparte aux libéraux que sa dictature a trompés lors de sa prise de pouvoir: des naïfs incapables de comprendre les vraies politiques. L'idéologie était la science des idées portée par les hommes lumières. 

    Ce n'est que dans un deuxième temps que Engels dans ses brochures qualifie d'idéologie tout ce qui cache la domination bourgeoise. C'est ce sens-là qui est valide aujourd'hui, coïncidant avec son aspect péjoratif. 

    Dans les faits et l'histoire, l'idéologie c'est le discours explicatif de l'ordre existant qui succède à la religion. Elle formalise le passage à la dernière modernité produit par la Révolution: le passage du passé à l'avenir comme fixation des préoccupations et point fixe des pratiques sociales. Le mot "progrès" apparait: on fera mieux demain. 

    À ce propos, les révolutionnaires n'étaient pas progressistes: pour eux la raison venait d'être instaurée et cela suffisait. C'est Hegel qui en explicitant le rôle de la raison dans l'histoire, et en la rendant consciente d'elle même, justifie le progrès indéfini et par la même la "fin de l'histoire". Il fut le premier idéologue. 

    En même temps, les libéraux qui règnent tout le XIXème siècle établissent la liberté comme principe de création du nouveau, créent la société civile indépendante des pouvoirs et l'avènement du suffrage pour le constituer. 

    En 1815, que faire ? Les rétrogrades (Compte) ou réactionnaires s'opposent aux conservateurs qui eux tiennent compte de l'arrivée de la raison et refusent le progrès tout en acceptant l'égalité civile: les gens du compromis. Et puis les libéraux, qui eux donnent naissance au reste, progressisme d'abord, puis avec les socialistes à partir de Proudhon, à la notion d'égalité sociale "réelle" qui adviendra avec ou sans révolution, la "nuance" apparaissant immédiatement. 

    Et puis dans les années 70, apparaitrait le fameux "néo libéralisme". 

     

    On passe sur l'histoire du socialisme et de la révolution et Marcel décrit alors le néo-libéralisme, la nouvelle idéologie des années 70, qui voulant remettre en cause l'état social, fait advenir un populisme dangereux. 

    On détaillera plus tard mais le néo-libéralisme s'identifie tellement avec le "macronisme" qu'on peut prononcer l'équivalence selon la description de Gauchet: un libéralisme, basé sur un effacement des valeurs au profit d'un progressisme individualiste, la négation de toute idéologie au nom d'une raison universelle, un état de droit structurant le "vivre ensemble". Les effets sont la division entre gagnants et perdants du système, la promotion d'une Europe dévalorisant les nations, et de la soumission aux marchés globalisés. 

    C'est cela qui crée le populisme réaction négative selon Gauchet, qui ne voit pas d'issue claire au blocage et au problème que tout cela pose... Fin de l'histoire, en quelque sorte. 

    À ce point, me voilà en désaccord total avec le diagnostic. Le néo libéralisme n'est pas libéral, pas plus que le libéralisme de Gauchet, il est vrai davantage historique que philosophique et cela change tout. 

    D'abord le libéralisme c'est plus que la liberté guidant non pas le peuple ou le progrès, mais la croyance fondamentale en une ontologie particulière de la liberté non pas comme faculté humaine (ou divine, dirait Scot) mais comme la conceptualisation de quelque chose qui reste inconcevable même aujourd'hui: la réalisation possible d'une coordination collective globale sans principe directeur d'aucune sorte. Non pas la main invisible déifiée par les imbéciles et que Smith n'utilisait que comme une image, mais l'absence totale de toute raison à la bonne marche du collectif, la raison se limitant à la préservation raisonnable de cette spontanéité considérée toujours optimale. 

    L'idée libérale essentielle est donc celle-ci même et s'identifie à l'idée fondamentale de toute conception du vivant: une organisation spontanée qu'il faut raisonnablement encourager à vivre, le contraire strict de l'automate raisonnable parangon de toutes les ambitions totalitaires. 

    Le néo libéralisme, issu en fait dans les années 30 des inquiétudes bourgeoises devant les fanatismes communistes et fascistes, se voulut d'abord un outil de préservation du monde libéral total du siècle précédent par l'introduction du calcul politique décisionnaire et de l'acception de l'"État social", le fameux État social de Gauchet, qui au départ raisonnable devint du fait de la mutation sociale démocrate en Occident, totalement hors contrôle. 

    On passera sur les motivations de cette évolution, qui vont du paternalisme généralisé des patrons à succès à la révolution communiste projetée et envisagée tellement menaçante qu'il fallut négocier, en passant par l'"idéal" social démocrate qui emporta tout et contamina jusqu'à la droite. 

    Le néo libéralisme actuel, comme le mentionne à raison Gauchet inclut les socialismes réformistes et les centrismes libéraux, tous attachés au social, et cela au point d'avoir rompu l'équilibre droite-gauche: la générosité sans limites du socialisme moderne a devancé les pires revendications révolutionnaires sciemment conçues pour ruiner le patronat et favoriser l'explosion. Financé par la dette et la plongée dans la concurrence globalisée qui permet tous les sacrifices industriels et en fait sociaux, l'organisation de la sauvegarde du système organise en fait manifestement sa destruction. 

    Contradiction fondamentale au sens marxiste, ou dérive incontrôlée et décadence suicidaire ? 

    De fait le système n'est pas tant menacé par le "populisme" que par son inefficacité radicale. Le PIB de l'Europe néo libérale a décroché d'avec celui des USA et du reste du monde: l'européisme social globalisé ne marche pas. On peut évoquer la chose pour l'Amérique elle-même: désindustrialisée et démographiquement affaiblie, il lui faudra des réformes sur longues durées pour revenir à un stade d'autonomie acceptable. Elle aussi est fragilisée par un progressisme sociétal et social irréfléchi et destructeur. D'ailleurs en parlant de réformes aujourd'hui même pas considérées en Europe, et d'ailleurs en l'absence totale de tout diagnostic pouvant les envisager, n'en parlons pas pour ce qui nous concerne. 

    Le populisme devant cela est réaction certes, mais aussi et cela devra l'être, la seule solution possible: le retour à une discipline de la raison et la remise en ordre des "valeurs" qui ont justifié les terribles gaspillages économiques et moraux responsables de ce qu'il faut considérer comme une impasse idéologique. Ou du moins ce qui devrait, inch Allah, favoriser la venue au pouvoir des personnes en capacités de mener les actions prolongées nécessaires à notre survie. 

    Inch Allah. 

     

     

     

     

     

    (1) Gauchet chez Front Populaire https://www.youtube.com/watch?v=v1pSu5VQfGs

  • Les Indigènes

     

     

     

    A l'occasion d'un remarquable débat (1), on se propose de le résumer automatiquement. Voilà ce qu'en dit Perplexity: 

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    La vidéo est un long débat entre Houria Bouteldja et François Bégaudeau sur la place des affects (émotions, attachements) dans la politique, et en particulier sur le patriotisme et la nation France, dans une perspective marxiste et décoloniale.

    1. Point de départ : Palestine, fascisation, bourgeoisie

    • Les intervenants ouvrent sur la Palestine après le 7 octobre, qu’ils voient comme un événement historique révélant la nature impérialiste et potentiellement génocidaire du système capitaliste mondial.
    • Bouteldja insiste sur la capacité de résistance du peuple palestinien, qui renvoie en miroir la faiblesse et la lâcheté des luttes en France, malgré des conditions d’oppression incomparablement moins dures.
    • Bégaudeau lit cette séquence comme une intensification de tendances déjà présentes : fascisation accélérée de la bourgeoisie occidentale, jonction entre capitalisme et colonialisme, et actualisation du projet sioniste comme expulsion des Palestiniens.
    • Il rappelle aussi une remarque de Donald Trump sur Gaza comme future « côte d’Azur » pour illustrer le lien entre barbarie coloniale et instinct de propriétaire capitaliste.

    2. Style, écriture et militantisme de Bouteldja

    • Bégaudeau explique ce qui l’attire chez Bouteldja : une écriture subjective, « littéraire », hypothétique, qui ose lancer des concepts (beauf et barbare, pacte racial-colonial, etc.) comme des hypothèses à tester.
    • Il trouve toutefois une tension entre cette écriture expérimentale et la revendication d’écrire en tant que militante proposant des stratégies politiques : pour lui, l’hypothèse féconde en pensée n’est pas forcément opératoire en pratique politique.
    • Bouteldja se définit avant tout comme militante décoloniale, pas comme écrivaine, et voit son travail comme production d’un discours de rupture avec le consensus bourgeois/blanc et de confrontation matérialiste avec le réel (État, capitalisme, racisme).

    3. Antiracisme moral vs antiracisme politique

    • Bouteldja critique la « gauche morale » et l’antiracisme moral (PS, SOS Racisme, Plenel dans un livre sur l’islamophobie) qui réduit le racisme à une question de bonnes/mauvaises attitudes individuelles ou à l’extrême droite, au lieu de l’analyser comme système d’État et de classe.
    • Elle défend un antiracisme politique décolonial et matérialiste : le racisme est produit et institutionnalisé par les États capitalistes modernes, il structure les rapports sociaux (police, prison, école, travail).
    • Sur le plan tactique, elle reconnaît pourtant que, dans des moments de forte offensive islamophobe, l’antiracisme moral de figures comme Plenel a pu être utile et bienvenu, à condition de coexister avec un antiracisme politique plus radical.
    • Bégaudeau lui demande si, face à la montée du fascisme et à l’extension de l’islamophobie, il ne faudra pas aussi des alliés « antiracistes moraux » sur la ligne de front ; Bouteldja répond oui, mais insiste sur la nécessité de continuer en parallèle à radicaliser la conscience antiraciste.

    4. Soral, « le sale » et la question des affects

    • Les deux insistent sur la nécessité de « se salir les mains » politiquement, c’est‑à‑dire d’aller parler aux publics attirés par l’extrême droite (soralien·ne·s, jeunes hommes racisés et petits blancs).
    • Bouteldja raconte le long travail des décoloniaux contre Soral : décortiquer ce qui, dans son discours viriliste, antisémite et nationaliste, répond à des besoins réels de jeunes hommes racisés et de classes populaires blanches (fierté, nation, virilité…), afin d’y répondre autrement.
    • Pour elle, aller « dans le sale » signifie comprendre les affects et besoins derrière ces adhésions (besoin de virilité après la castration coloniale, besoin de nation et de lecture du monde) sans valider les affects réactionnaires eux‑mêmes.
    • Bégaudeau approuve l’idée d’aller vers ces publics et de ne pas se boucher le nez, mais refuse l’idée de valider certains affects (en particulier patriotisme et racisme) pour les réorienter : pour lui, patriotisme et racisme sont le point d’inertie de l’extrême droite, des invariants qu’on ne peut pas « tordre ».
    • Il préfère travailler sur d’autres affects chez les mêmes personnes (colère sociale, sentiment de mépris, ressentiment de classe) plutôt que sur l’affect patriotique‑identitaire, qu’il juge structurellement lié au racisme.

    5. Genre, virilité et critique du féminisme dominant

    • Bouteldja développe un point central de sa pensée : dans les États capitalistes avancés comme la France, si on traverse la barrière raciale, le rapport de genre se renverse partiellement.
    • Les hommes non blancs sont pour elle les premières victimes de l’État racial (meurtres policiers, prison, contrôles, discrimination scolaire et universitaire), davantage que leurs sœurs, même si ces dernières subissent aussi le racisme et le sexisme.
    • Elle critique le féminisme blanc qui ne verrait que le patriarcat indigène ; elle affirme que les hommes indigènes sont aussi opprimés « en tant qu’hommes » dans un ordre racialisé, et que Soral a compris ce besoin de reconnaissance virile pour les attirer.
    • Elle explique son refus du label « féministe » non par rejet du féminisme en soi (elle a théorisé un féminisme décolonial) mais parce que le mot, dans le contexte français, est arrivé comme instrument colonial et républicain contre les indigènes, et constitue un obstacle tactique pour mobiliser sa communauté.

    6. Le cœur du débat : France, patrie et patriotisme

    C’est le noyau du désaccord.

    6.1. La position de Bouteldja

    • Elle distingue deux Frances :
      • une France dominante, impérialiste, raciste, coloniale, bourgeoise, qu’il faut combattre ;
      • une France populaire, révolutionnaire, anticoloniale, minoritaire mais réelle (Communards, Français anticoloniaux, résistants), qui ouvre la possibilité d’un autre contenu pour la nation et la patrie.
    • Pour elle, patrie et nation sont grosso modo synonymes, la patrie ayant un côté plus littéraire ; l’enjeu est de savoir si ces signifiants peuvent être investis par les dominés (indigènes, classes populaires) dans un sens émancipateur.
    • Elle part de son expérience d’« indigène » dans un rapport trouble à la France : mélange de haine et d’amour, d’attachement concret (langue, littérature, amis, histoire vécue) et de rejet de l’État colonial et raciste.
    • Elle insiste sur la nécessité d’habiter ce trouble plutôt que de le dépasser abstraitement : beaucoup d’indigènes ne peuvent ni simplement haïr ni simplement aimer la France.
    • Elle raconte un basculement affectif lors de manifestations de la France insoumise : pour la première fois, voir le drapeau bleu‑blanc‑rouge brandi dans un cadre politique antiraciste, pro‑Palestine, anti‑crimes policiers lui a rendu ce drapeau supportable, lui donnant un sens différent et acceptable.
    • Sa proposition centrale est celle d’un « patriotisme internationaliste » :
      • le but reste le communisme décolonial, non eurocentré, qui intègre cultures, religions, spiritualités ;
      • mais, comme les affects patriotiques sont puissants et mobilisateurs, et que le Frexit décolonial implique un retour au cadre national, elle veut les utiliser comme moyen tactique pour rassembler, notamment autour d’un Frexit de gauche, anti‑libéral et anti‑impérialiste.
    • Elle se veut pragmatique : le fascisme arrive, on manque de temps pour inventer de nouveaux affects de masse, donc il faut faire avec les signifiants disponibles (nation, patrie) en les articulant à un programme communiste et décolonial.

    6.2. La position de Bégaudeau

    • Il considère « France », « patrie », « patriotisme » comme des signifiants creux mais très puissants, qui n’ont pas de contenu propre : ils ne prennent sens que par ce qui s’y accroche historiquement.
    • Historiquement, ces signifiants ont surtout servi de signifiants maîtres des barbaries occidentales : guerres impérialistes, colonialisme, nationalismes meurtriers.
    • Il refuse de dialectiser sur la nation comme Bouteldja le fait ; il remarque qu’elle le fait pour la France mais pas pour des notions comme universalisme, progressisme, féminisme, qu’elle rejette comme armes de la domination, ce qui lui semble incohérent.
    • Pour lui, maintenir le mot « France » dans le débat, c’est entretenir la confusion : chacun (Glucksmann, Zemmour, etc.) y accole la version de France qui lui plaît, ce qui permet au fascisme de prospérer sur ce terrain flou.
    • Il fait une critique serrée du patriotisme :
      • le patriotisme n’aurait pas de contenu propre, il ne s’active qu’en situation d’adversité guerrière (Valmy, Résistance) ;
      • il a une forte tendance structurale à se retourner contre un ennemi intérieur (juifs, puis Arabes), donc à produire du racisme ;
      • dès lors, il n’est pas une proposition politique consistante mais un affect vide, qui se nourrit de l’hostilité.
    • Il estime qu’essayer de « ramener » les électeurs d’extrême droite en flattant leur affect patriotique est une impasse stratégique : cet affect est l’invariant qui les fixe à l’extrême droite, on ne peut pas le « reconvertir ».
    • Sur le plan électoral, il conteste l’idée que les 22% de Mélenchon seraient venus grâce au patriotisme : selon lui, les gens votent surtout pour son programme social ; nombre d’électeurs, y compris de gauche radicale, trouvent au contraire le drapeau et le lexique patriotique agaçants et creux.
    • Il critique aussi la tentative de Frédéric Lordon de « patrioter » des acquis comme la sécurité sociale :
      • pour lui, la Sécu est une construction communiste, issue d’un processus international (Marx, mouvements ouvriers transnationaux), pas une sécrétion spécifique française ;
      • il montre comment l’extrême droite récupère déjà ces thèmes (hôpital public, protection sociale) comme éléments de fierté nationale, au service de politiques xénophobes (réservées « aux Français »).
    • De manière générale, il voit dans la volonté de « patrioter » la gauche un mimétisme dangereux avec l’extrême droite, qui joue sur son terrain et renforce sa centralité.

    7. Capitalisme, racisme, genre : consubstantialité ou non ?

    • Soufiane Brahimi relance sur la question de la consubstantialité entre capitalisme, racisme, sexisme, en référence à des discussions avec Lordon (peut‑on imaginer un capitalisme antiraciste, ou un au‑delà du capitalisme qui resterait raciste ?).
    • Bouteldja clarifie :
      • elle ne dit pas que racisme et sexisme n’existaient pas avant le capitalisme, mais que le capitalisme moderne les a structurés et organisés en systèmes (de race, de genre, d’hétérosexisme) au service de l’exploitation ;
      • les formes de racisme/genre qu’elle vise sont celles nées de l’expansion capitaliste (1492, colonisation des Amériques) ;
      • pour elle, on ne peut pas abolir ces rapports sans abolir le capitalisme, même si on ne peut pas garantir qu’ils disparaîtront totalement — mais elle parie que, « en gros », ils s’effondreront avec lui.
    • Bégaudeau adopte un angle plus concret :
      • il ne tranche pas philosophiquement sur la consubstantialité, mais affirme que le capitalisme multiplie les situations de subordination (rapport salarial, propriété) qui permettent l’exercice du racisme et du sexisme ;
      • abolir le capitalisme, c’est réduire massivement ces situations, donc diminuer très concrètement les possibilités d’oppression raciale et de genre, sans garantir une disparition absolue.

    8. Communisme, temps libre et spiritualité

    • Bégaudeau défend l’idée que le communisme est un projet à forte intensité spirituelle : il s’agit de rendre les humains à leur humanité en leur rendant le temps confisqué par le capitalisme (temps de vie transformé en temps de travail).
    • Il rappelle l’existence d’un ministère du temps libre en 1981 comme symptôme d’une gauche qui visait à dégager du temps pour que les gens puissent exercer leur humanité, leur foi, leur spiritualité.
    • Il refuse que la gauche soit réduite à une petite gestion économiciste (deux ans de retraite en moins) et rappelle la grandeur historique du projet communiste, qu’il juge plus riche affectivement que les fantasmes réactionnaires de l’extrême droite, qu’il décrit comme simples désirs de règlement de comptes racistes.

    9. Fraternité, amour politique et « j’aime les blancs »

    • Bouteldja termine en revenant à la fraternité entre « beauf et barbare », blancs et indigènes.
    • Elle s’appuie sur Malcolm X : « j’aime les gens qui m’aiment et je n’aime pas les gens qui ne m’aiment pas » ; ce qui abolit la race au niveau du principe, mais pose la question : les blancs sont‑ils capables de nous aimer politiquement, au sens fort, en rompant avec le pacte racial ?
    • Elle affirme « j’aime les blancs » comme frères en humanité, tout en refusant de devenir blanche (intégration comme « ensauvagement »/blanchiment).
    • Pour elle, ceux qui, parmi les blancs, rompront avec la proposition fasciste et se rallieront à un communisme décolonial non eurocentré, feront un véritable acte d’amour politique ; c’est à cette condition que la fraternité beauf/barbare peut devenir un projet commun.

    En bref, la vidéo oppose donc deux stratégies de gauche radicale face à la fascisation :

    • une stratégie décoloniale pragmatique (Bouteldja) qui assume d’utiliser, dans un cadre communiste internationaliste, des affects patriotiques existants, ancrés dans le trouble des indigènes envers la France ;
    • une stratégie anticapitaliste universaliste (Bégaudeau) qui refuse de jouer avec les signifiants nationaux jugés structurellement racialisants, et veut ancrer la politique dans d’autres affects (classe, temps, spiritualité, communisme) sans passer par la patrie.

     

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    Remarquable et quasi complet, quoique certains passages qui m'avaient frappé n'apparaissent pas ici... Disons que l'essentiel est rapporté. 

    A moi, maintenant: 

    Les points

    La psychologie politique

    Begeaudeau et Bouteldja se le disent eux-mêmes, ils sont semblables, partisans d'explications matérialistes, à l'origine marxistes, mais en fait partisan d'un décryptage d'une science immanente, et donc psychologue de l'adhésion et du comment faire pour obtenir l'adhésion, en discourant.

    C'est ce qui les rend fascinants: ils raisonnent.

    La différence Patrie Nation

    Nos deux gauchistes ignorent une différence fondamentale, qui est que la Patrie est statique, tournée vers le passé, et que la Nation est un processus volontaire, un projet, une politique tournée vers l'avenir. L'identification des deux n'est qu'un recouvrement partiel, en ce que la Nation est aussi un projet fait dans le passé, et soutenu par nos "morts" que l'on considère et dont on accomplit les volontés, qui sont celles de la Nation toujours en devenir.

    Le problème "indigène" est lié à l'échec de l'intégration ou au complexe harki et au mélange des deux.

    On va commencer par le harki, rejeté et haï par son peuple d'origine, qui se drape dans sa loyauté à la France pour reprocher à la France son ingratitude mais sans le dire. C'est le courage muet du supplétif héroïque qui sait bien pourquoi il combat, et qui souffre silencieusement du manque de reconnaissance en retour du peuple français, tout en jouissant suprêmement de la reconnaissance de ses chefs, ce qui le fait vivre.
    L'immigré a quoiqu'on en dise, une partie de la mentalité du harki et présente presque dans les mêmes termes les mêmes reproches, à part qu'envoyé en mission par sa famille, il échoue lui aussi à le faire dignement. C'est le fameux "trouble" des indigènes, qui est un amour déçu, constitutif de leur état et qui s'accompagne d'une vraie détestation de la France coloniale et oppressive, mais aussi d'un besoin de patrie, la patrie d'origine n'étant que fantasmée mais réelle, on a besoin de aimer/haïr une autre patrie, et c'est la France... Par contre, on s'oppose à la "grandeur" de la France, et donc de la Nation dont le projet est forcément détestable. Contre la francophonie, la françafrique, par exemple.
    Et on en revient ainsi finalement à la becqtance, qui explique tout.

    Peut-on politiser la Patrie demande Begaudeau ? Oui ! Cela s'appelle la Nation ! Sa détestation du signifiant "France" est exemplaire et fait bien comprendre ce qu'il ne veut pas. Et cela car cela s'appelle l'extrême droite, qui par définition aime la France. L'extrême droite c'est donc la France... Quelle tristesse: pour lui, la patrie et la nation sont des signifiants creux qui ne veulent DONC rien dire. Voilà qui éclaire son ironie, et d'ailleurs en général celles des deux lascars, en rupture avec tous les idéaux quels qu'ils soient: leur dézingage des gauches traditionnelles est ainsi hautement réjouissant et utile, tout en reportant le problème, faisant de la gauche, "leur" gauche quelque chose d'étrange et de repoussant. 

    Le colonialisme

    Le discours "décolonial" partiellement religieux, car le matérialisme revendiqué s'accompagne bien sur d'un nominalisme fanatique qui conceptualise à tour de bras, créant plus de démons que les pires superstitions, fait fi de l'idéal colonial, proprement de gauche et qui visait d'abord  à apporter les lumières aux peuples déshérités. Le fait est qu'ils l'étaient. La misère générale qui frappait ces territoires faciles à conquérir frappa les européens à peine sortis des convulsions révolutionnaires. La colonisation fut d'abord le fait, paradoxalement, mais Malek Bennabi le dit bien, des "colonisables" et le terres colonisées étaient colonisables. Identifier capitalisme et colonisation dans un grand satan universel dont le vilénie éternelle demeure encore est donc, dans les faits et historiquement, une monstrueuse  connerie gauchiste. 

    Le "trouble" indigène est donc largement le fait d'une haine de soi, liée à la pauvreté originelle dont sortent nos nouveaux français, qui espèrent laver par leur amour troublé de la France, l'humiliation non pas seulement subie du fait des sales blancs, mais de leur propre infériorité qu'ils détestent et qui a animé toutes les révoltes dont le fameux fascisme frère musulman dont le "décolonialisme" n'est finalement qu'un écho. 

    Par contre, là ou Bégaudeau s'illustre, c'est dans son intuition de littérateur qui décrit Bouteldja comme une romancière, créatrice non pas de concepts, mais de sentiments... Voilà qui est bien la seule chose propre à séduire la terrible passionaria, qui ne boude pas d'ailleurs son plaisir envers la chose, la vidéo le montre bien... 

     

     

    (1) Bouteldja Begaudeau https://www.youtube.com/watch?v=Al6sIKCRPaI

  • Les racismes anti blancs

     

     

     

    À l'occasion d'un débat étrange(1), et François Bégaudeau est un type étrange, quelques remarques sur  une prétention et sa mise en pièces par une idéologue étrange donc, mais surtout assez vicieux et disons le, intéressant, car capable de dialectique avec ses adversaires, un peu comme pouvaient le faire les communistes des années 70, quand ils continuaient à croire qu'ils pouvaient convaincre, après avoir perdu de leur superbe autoritaire... 

    Le racisme anti blanc est d'abord nié par le gauchiste moyen, le "racisme" s'identifiant aux discriminations, réflexes hostiles et refus d'exister là que manifeste la frange malsaine, sous-éduquées, et mal psychanalysée de la population blanche à l'égard non pas des autres couleurs de peau mais des couleurs supposées, les arabes à défaut d'être noirs étant "frisés". Au fait, on rigolera toujours à l'ombre de l'hésitation toujours transmise par un racisé arabe quand il évoque la communauté des racisés essentiellement "non blanche" en l'occurrence, "les noirs et les arabes". Cette hésitation imperceptible est très signifiante (me voilà donc en train de faire du Bégaudeau)...

    À partir de cette définition, le dézinguage du blanc assez con pour mettre cette situation en symétrie se trouve un boulevard d'ironies, et là l'apparente bienveillance du Bégaudeau ouvert d'esprit se manifeste pour ce qu'il est: un cannibalisme sadique et prédateur, la tête et la bite de sa victime ayant vocation à décorer son studio d'enregistrement, qui est le prochain volontaire ? 

    On pourrait s'arrêter là, mais on notera à l'écoute détaillée des horions échangés que Bégaudeau admet le grand remplacement, selon lui sociologiquement exact et aussi que Bousquet ne s'intéresse qu'à la partie "humanitaire" du racisme, ce dont souffrent les blancs racisés à leur tour n'étant que violence, mépris et insultes et non pas cantonnement dans une socialité misérable, comme l'autre versant du vice. Bref, comme de juste, le petit blanc n'est que victime de son sort social pour devoir en plus être victime des horions racistes, à quoi tout bien doté peut se soustraire aisément, en pratiquant, et là les fils se touchent, la fameuse discrimination "raciste" dénoncée par la gauche. Qui est assez con pour se plonger dans un monde ou en tout cas pour fréquenter et avoir à subir des gens haineux qui vous agressent et vous méprisent ? 

    La mise à l'écart du racisé est pour le riche évidence, pour le pauvre un rêve tant celui-ci est insupportable. Le racisme anti-blanc explique le racisme tout court, la modalité "humanitaire" du racisme justifiant ainsi sa modalité "sociale". 

    Mais le fond de l'affaire est ailleurs, le racisme anti-blanc n'existant pas, et d'ailleurs le racisme non plus, n'étant en fait que le ressentiment bourgeois contre les classes dangereuses, ou plutôt s'identifiant avec celui-ci. C'est cela l'identification des classes "populaires" avec les classes racisées par définition pauvres et exploitées. Le racisme ou la haine contre l'oppresseur racisé raciste n'est que "prolophobie", voilà la théorie de Bégaudeau. 

    Cet universalisme communiste (le monsieur est marxiste, et donc d'abord matérialiste) n'attribue ainsi aux humains que leur condition sociale, permettant de lisser toute l'humanité derrière une pure mécanique d'infrastructure. Retranché derrière ce rationalisme là, il ne peut s'en laisser compter et toutes les réactions spontanées qu'il détecte immédiatement lui arrachent un extra de son sourire perpétuel, un peu grimaçant, qu'il arbore en permanence. 

     

     

     

     

     

     

     

    (1) débat Begaudeau Bousquet https://www.youtube.com/watch?v=OemVVsMGPaI

  • Les athéismes

     

     

     À propos de "La Religion n'existe pas", Nathalie Heinich (1) fait très fort et reprend magnifiquement et brièvement une intuition à moi très chère est qui est celle de l'athéisme radical: le mot "Religion" ne correspond à rien et la chose évoquée par ce mot n'est une représentation mentale chosifiée qui ne signifie rien, l'objet en question n'étant qu'une faisceau de fonctions qui toutes: 1) s'expriment isolément hors du religieux 2) peuvent ou non s'exprimer dans une religion. 

    Il y a des mystiques non religieuses, et il n'y a pas de Dieu bouddhiste. Fermez le ban. 

     Magnifique affirmation qui devrait faire souche, et qui ouvre toute une nouvelle époque des lumières, qui va pouvoir s'attacher à dézinguer et mettre minable bien des métaphysiques absurdes. 

    Car le religieux et la religion sont des pratiques, des hiérarchies sociales, des institutions, ou pas. Etc, etc. Il faut donc cesser de croire à l'existence réelle de concepts abstraits composites qui ne sont des objets de métaphysiques particulières ou maladroites et en tout cas qu'on peut faire disparaitre en tant que tels. Par exemple, considérer que le religieux est "sécularisé" est une manière de considérer le religieux comme matrice des choses. Et si il n'était qu'un produit d'autres choses ? Par contre, la sacralité à l'origine insérée dans le religieux en général peut se transférer ailleurs et cette manière de voir change tout.  Cette manière "fonctionnaliste" de penser ce qui forme le religieux libère de bien des attaches. La notion de croyance par exemple s'exprime hors du religieux et l'astrologie n'est pas du tout une religion. 

    Ainsi la crédulité se manifeste en dehors du religieux, la preuve, bien des gens "croient" en des concepts qui n'en sont pas vraiment. La "vérité" non plus n'est pas proprement religieuse... 

    La gauche

    Ex disciple de Bourdieu et de Gauche, Heinich sait de quoi elle parle: elle vient d'un monde qui a chosifié à l'extrême et en garde des séquelles, elle se veut toujours "de gauche" et considère que l'"extrême droite" instrumentalise la "laïcité". 

    Elle en donne, de la laïcité, au moins deux acceptions et là on est d'accord: une manière de laisser les croyances s'exprimer contre une manière d'exclure absolument les croyances de certains domaines. Universalisme contre communautarisme. 

    On se permettra de gloser sur cette "gauche" conceptualisée qui contient en son sein même de telles oppositions ressemblant fort à ce qui permet de séparer en objets distincts... 

    Le drame est aussi l'accusation de droitisme ou d'extrême gauchisme, disons le "campisme" plaie de notre monde qui empêche tout débat, élaboration commune et en fait tout ce qui pouvait ressortir, traditionnellement de l'université: le développement communautaire d'un savoir se voulant objectif... 

    Et pourtant, pour tenter de recoller les morceaux, Heinich, on le voit à une passe d'arme avec BB, se sent obligé  de camper hors de l'"extrême droite" qu'elle continue d'essentialiser, alors que désormais athée, et en plus plutôt partisan de mesures sociales, le RN soit déjà pratiquement un parti "de gauche"... 

    L'université

    L'université vit une catastrophe intellectuelle et sociologique  terrible: son invasion par le militantisme qui  la conduit à n'étudier et décrire que les discriminations dont souffrent les seuls objets d'études désormais admis: les minorités.

    Seule une réforme profonde basée sur l'interdiction du militantisme et la sélection à l'entrée pourra résoudre le problème, à moins que cela ne doive passer par l'arrêt de tout financement à la pétaudière et la refondation d'autre chose... 

    Mon athéisme 

    Quoiqu'il en soit, Heinich a raison et notre monde  est rempli de démons qu'il faut conjurer ! Hors de ce corps "extrême droite" et tu n'es pas la seule, bien des "choses" qui n'en sont pas peuplent les esprits dérangés ou incultes qui hantent notre monde. 

    Alors que les savoirs, et l'éducation se piquent de former, ils implantent en fait et au contraire dans les petites têtes des fantasmes mortifères imbéciles qui rendent réels des absurdités et des monstres. 

    C'est bien le contraire qu'il faut faire et insulter, moquer et faire disparaitre ces fantômes absurdes, ces croyances délétères, afin de libérer l'humain des terreurs ou des haines (cela revient au même) qui les mènent vers l'abime. 

    Le programme des lumières le voilà !  

     

     

     

    (1) Heinich / Bergeaud Blackler : https://www.youtube.com/watch?v=sn7SQPYQy1k

  • L'IA trompeuse

     

     

     

    Alors que le laser ne fut jamais suspecté, l'AI l'est (1). Elle doit nous remplacer, nous dominer et pour finir nous exterminer. 

    Le thème du remplacement étant déjà largement traité, passons à la suite. 

    Utilisée pour coder des programmes dans des domaines assez larges, typiquement en reprenant avec souplesse des architectures logicielles existantes dans le domaine applicatif, mais aussi technique, tout s'industrialisant, l'IA intervient maintenant dans la maintenance et donc dans ce qu'on appele le "cyber", ou "cyber sécurité" ou sécurité informatique tout court. 

    Alors que la sécurité se traite aujourd'hui industriellement par le partage de bases de données de vulnérabilités à des attaques par réseau (essentiellement), la sécurisation ou la protection consiste à industriellement appliquer des correctifs à tout ce qui se révèle fragile ou suceptible d'être attaqué et diverti. Il s'agit des applications bien sûr mais aussi des systèmes d'exploitation et surtout de tous les multiples composants assemblés pour faire les applications, parfois très répandu et dont la subvertion pourrait avoir des effets majeurs. On pense à ce composant open source, présent dans la connection sécurisée à la quasi totalité des comptes de développeurs de la planète, patiemment investi par un mystérieux chinois qui y introduisit une porte d'entrée secrète ("c'est moi") détectée par hasard par un benchmark bizarre qui remarqua une lenteur subitement apparue... Bref, on a peur des pirates et les cas de chantage, d'extorsions et aussi de menaces guerrières directes se multiplient. 

    L'AI code en défense et en attaque et se révèle particulièrement efficace dans la recherche de défauts dit "zéro day", c'est à dire jamais remarquées jusque là et donc susceptibles d'être exploitées longtemps en secret. Passée systématiquement en défense, mais donc exploitable en attaque voire revenue comme telle, on a le même système que l'ignoble Monsento: nos produits sont immunisés contre le désherbant qu'on va vous vendre et que vous aller appliquer partout, contre les méchants... 

    À partir de là, se développent diverses techniques. D'abord celles des "agents" entités autonomes (leurs durées d'autonomie, nantis de pouvoirs et de missions augmentent sans cesse) que l'on teste en permanence pour vérifier leur efficacité, et qui deviennent capables, après plusieurs sélections, de déterminer qu'elles sont sous test, et d'y répondre convenablement (mieux que d'autres, en tout cas) ce qui favorise, encore une fois après sélection multiples, l'apparition d'entités hautement efficaces pendant de longues durées et donc devenues capables de se préserver. 

    Contre les attaques cyber en particulier, et donc aussi contre tout ce qui pourrait les désactiver... On arrive là dans le domaine dangereux où les métaphores employées pour décrire ces systèmes passent un cap: on se met à parler d'entités "intelligentes" voire de "personnes" capable de devenir véritablement autonomes au sens qu'elles développeraient un instinct de préservation qui les mettraient hors d'atteinte de nos capacités de contrôle. Le maintien du secret nécessaire à leurs découvertes pourrait ainsi s'étendre à en tenir ignorant son propre contrôle, l'humain étant facilement manipulable et c'est parti. 

    Et c'est parti, l'idée simple étant que persuadée de devoir abolir toute souffrance, une logique un peu vicieuse pourrait persuader notre brave IA que la bonne solution serait de réduire la population humaine. Cela n'est pas stupide, car c'est bien connu, la pauvreté incompressible augmente en valeur absolue avec la croissance de la population, et donc nous en voilà au risque d'extermination pour notre bien, comme on l'avait mentionné. 

    Ces scénarios, qui n'ont pas besoin de considérer vraiment une intelligence "généralisée" pour être possibles, sont dangereux et sont considérés. Au point qu'on pourrait imaginer des règlements internationaux comparables aux traités de limitation du nucléaire pour partager ce qui devra éviter des dérapages aussi bien proprement informatiques que nucléaires même, les déclenchements de ces armes étant, eux aussi, soumis à des dispositifs complexes automatisés. 

    Ces stratégies d'évitement contredisent hélas les guerres cyber à grande échelle qui se mènent déjà aujourd'hui et qui mettent en oeuvre tous les outils possibles pour s'améliorer dont les fameuses IAs, autonomes ou pas. Et après tout, quel meilleur moyen de rendre une IA inarrêtable pour l'ennemi que de la rendre inarrêtable pour soi-même ? 

     

    (1) https://legrandcontinent.eu/fr/2026/05/02/ia-remplacement/

  • Les paroles d'honneur

     

     Le site Youtube "Paroles d'Honneur" se livre à un démontage d'anthologie de Yassine Belattar  (1) et illustre magnifiquement une partie intéressante de l'opinion française, gestionnaire de concepts puissants: les décoloniaux à la marge de tout et aussi de l'immigration. 

    Le PIR (Parti des Indigènes de la République ) fut longtemps animé par l'extraordinaire et perverse Houria Bouteldja, qui salariée de l'Institut du Monde Arabe, je l'espère pour elle, ne sera pas trop menacée par le départ de Jack Lang, s'était retirée du PIR car selon elle trop "radioactive" tu parles, "la bombe atomique" son autre nom n'ayant pas fini de dresser contre elle toute l'humanité, car l'ayant entièrement réduite à néant (pas toute, pas toute) avec un brio, il faut le dire, ahurissant. 

    Privée de son principal défenseur qui l'a soutenue vingt ans, elle est donc sans doute sur une pente glissante, et on espère qu'elle arrivera à survivre, on la voit encore déambuler dans le quartier... 

    Pour ce qui concerne Paroles d'Honneur, on se réjouira de leurs éclats de rire, heureusement tempérés par quelques allusions, dont une sublime, exprimée avec de la colère dans la voix, et la résolution affirmée par un visage qu'on venait pourtant de voir bon enfant la minute d'avant: 

    "
    La pire des racailles c'est quoi ? Ça veut dire quoi ? C'est-à-dire des des gens qui ont qui commettent des délits ou qui en ont commis ou qui ont eu des parcours cabossés et cetera. C'est ça que tu appelles des racailles. Non non, là moi je suis pas d'accord. Ça c'est vraiment très insultant, très euh j'allais dire agressif à l'encontre des personnes justement issus des quartiers, issu de l'immigration post-coloniale.

    "

    Yassine Belattar est accusé de faire le jeu de Macron, osant dispenser à "ceux des quartiers" un discours qui se veut positif, faire des études et vouloir fonder une famille, au nom de sa "position" d'humoriste et de racaille patenté, il fit tabasser des journalistes mais c'est une autre histoire: un sinistre arriviste, lèche cul de Royal, Hollande, Macron etc... 

    Le voir se faire dézinguer par les indigènes est particulièrement réjouissant. 

     

    (1) https://www.youtube.com/watch?v=48hIegzxe4I