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  • Les Esprits

     

     

    Bernardo Kastrup est un drôle de type, et son "idéalisme analytique" (1) est bien rigolo. 

    Et pourquoi pas? 

    Il n'y ainsi que l'Esprit comme substrat unique de toutes les consciences, un esprit qui ne serait pas issu du matériel, et qui ne serait pas un logiciel en exécution dans les ordinateurs animaux. 

    Les consciences individuelles ne seraient que des tourbillons au sein de cet esprit, et communiquerait et partageraient un inconscient collectif et une appréhension commune des mêmes réalités. 

    Kastrup ne décrit pas la nature de cet esprit, de peur de le plonger dans un matérialisme, mais on pourrait l'imaginer comme un préexistant logique, ce qui explique les "lois" de la physique. Après tout la probabilité non nulle de surgissement dans le vide de paires de particules crée la matière exactement comme un doigt de Dieu. Le "champ" immatériel et omniprésent probabilistiquement est ainsi "mental". Le voilà l'esprit "créateur" ! 

    Notons qu'il n'est pas issu de l'évolution animale, mais préexistant à toute réalité matérielle. Qu'il se manifeste comme "loi" dans les organismes biologiques et soit perceptible de manière réfléchie dans les organismes supérieurs est concevable. L'aspect intéressant est qu'il n'est pas "logiciel", mais législateur pour le fonctionnement biologique des cerveaux qui se trouvent alors supports matériels sans être causaux. 

    Le "problème difficile" du rapport esprit cerveau est ainsi résolu. 

    Mais revenons à la création. Qu'importe que le réel n'existe pas : tout pourrait n'être qu'illusion, façonnée par un logiciel pur dont la simple cohérence suffirait pour "créer" un monde purement immatériel qui au final produirait l'univers comme image pure, comme simulation pure, et donc les images du réel que nous percevons. 

    C'est l'intuition indienne, et celle de Kastrup... C'est aussi celle de Schopenhauer, le vouloir immatériel étant ainsi vraiment l'origine de tout.

    Irréfutable et donc vraie, cette image du monde est splendide. Mieux elle est compatible avec toutes les spiritualités qu'on peut imaginer, l'"Esprit" pouvant les contenir toutes et toutes les partager ! 

    (1) https://www.actu-philosophia.com/bernardo-kastrup-entre-critique-du-materialisme-et-elaboration-dun-idealisme-analytique/

  • Les islamismes

     

     

     

     

     

    Le fameux "motto" "l'islam n'est pas l'islamisme" ou son contraire sont en débat. 

    On connait les positions, dont la principale variante, répétée à plus soif, est que l'islam, religion pacifique intégrée n'est pas l'islamisme, expression d'un islam politique meurtrier qui ne serait pas l'islam et même qui n'aurait rien à y voir, l'"écrasante majorité" des musulmans ne pouvant qu'être "stigmatisés" par la fausse accusation d'extrémisme qui leur serait faite ne les accusant d"islamisme". 

    Le mot était pourtant l'équivalent de "christianisme" et désignait avant ce qu'on appelle aujourd'hui l'islam tout court. Le mot "islam" revêtant maintenant les contours sacrés d'un être multiforme lui même sacré, car intouchable et à la fois respectable par force, car menaçant, toute interprétation à son sujet devant difficile car suscitant, et là ça devient intéressant, agressivité maximale systématique que ce soit des fanatiques déclarés, ceux que bien sûr on condamne mais aussi, et c'est le point, des innocents respectables qui accusent eux aussi: d'être accusés à tort. 

    L'accusation d'être accusé à tort est en effet le premier paradoxe du musulman respectable, être humain doté des droits de l'homme, qu'il entend faire respecter et qu'on ne peut contredire, sa respectabilité justifiant sa position, inexpugnable. 

    Le plus gluant et le plus suave des musulmans réformateurs, Ghaleb Ben Cheikh (1) est ainsi aussi le plus intransigeant contempteur de toute allusion qu'il estime islamophobe à un islam dont il est le seul à maitriser la complexité, s'estimant en débat avec un autre inexpugnable théoricien de ce n'est pas l'islam, Tarek Obrou (2), engagé dans une redéfinition théologique qui tout en lui assurant une incontestable influence auprès des musulmans semble pourtant, mais je n'ai pas compris, forcément, en désaccord complet avec tout ce qu'on entend d'habitude: prétendant travailler à l'adaptation d'un islam forcément déjà compatible avec une modernité évidente, il entend conserver l'orthopraxie dans la vie moderne et c'était comme si c'était fait, car il faut connaitre sociologie et herméneutique pour comprendre les détails du projet. 

    Question: les sciences humaines doivent-elles être limitées ?  Sont elles les seules à utiliser pour accéder au texte coranique ? 

    On retiendra, à propos de la réforme, une remarque immortelle de BenCheikh: "les séquences Descartes et Freud ont été ratées dans le contexte islamique". Et le monsieur de citer au nom de la connaissance les thèses de Mutazilites confirmés, comme si cela était d'actualité, la prétention intellectuelle se permettant de briller sans consistance, la  question de l'incréation du Coran ne se posant évidemment pas ou plus, et pourquoi ne pas faire semblant de croire que si ? 

    On retiendra aussi de la part d'Obrou ses questions sur l'accès au religieux des jeunes: sont ils formés à la théologie spéculative et mystique ? À l'herméneutique fondamentale et appliquée ? Aujourd'hui, il n'y a plus la pensée complexe qui existait au Moyen-Age (...). La poussière de l'histoire et la violence des sondages, c'est de la sociologie, pas de la théologie. Et il met en avant son projet théologique d'extraire le souffle de transcendance de la révélation coranique exprimée dans son époque pour l'acculturer avec la postmodernité occidentale... 

    On formera la thèse qu'à travers ces palinodies se profile quelque chose de culturel, l'intensité de la foi, sa manifestation dans un contexte orthopraxique, celui d'une religion connue pour cela, se manifestant ainsi dans un plus/moins qui affecte toute la relation avec le religieux considéré. Plus ou moins musulman ? Voilà le problème et il se décline à l'infini, dans une religion avec prescription, mais sur un axe orienté. Doute, pratique personnelle, adaptation au réel, un même substrat, une même obligation globale se manifeste, se réfléchit, se choisit, s'anticipe, se prévoit, s'invite, se prédit.  

    On peut débattre des interprétations, des modernisations, des réformes qui se présentent selon nos intellectuels sous la forme d'une digestion de l'inacceptable enrobé par tout ce que l'occident peut proposer comme "méthodes", en fait de stratégies convoluées pour noyer le poisson derrière la complexité des analyses, l'essentiel étant de préserver un principe qui lui ne souffre pas de modification. Mieux, il suffit (c'est ce qui apparait d'après leur verbiage) de mentionner qu'on va ou qu'on devrait mettre en oeuvre ces "méthodes" pour atteindre le but, esbrouffe à blancs et prétention occidentaliste pédante. Il n'est que de consulter la liste des sciences que BenCheik met en oeuvre pour travailler: 

    " sans prétendre à l'exhaustivité bien entendu la psychologie et la sociologie et en plus leur mythique l'exégèse la philologie, la grammaire, l'historiographie, la codicologie, la paléographie, la sémiotique, la médiologie, la linguistique, tout cela doit concourir à la compréhension du fait religieux et en l'espèce du fait islamique". 

    C'est donc bien dans ce contexte qu'on a bien un "islamisme" comme pathologie d'un corps déjà malade, la bonne santé consistant à ne pas faire ce qu'on devrait, c'est-à-dire suivre littéralement la barbarie islamique. Inversons les deux termes: "islam" devient la frénésie fanatique qui se décline à l'infini dans tous les littéralismes débiles qui agitent les différentes visions, stratégies de conquête, identifications ethnico-civilisationnelles qu'on peut voir, toute architecturées autour d'une pseudo révélation obscure autoritaire, et "islamisme" devient l'ensemble des manières de ne pas appliquer ou mettre en oeuvre ces absurdités, de manière à pouvoir vivre tout simplement, que ce soit dans un pays musulman travaillé par la modernité et ses nécessités ou dans un pays européen sécularisé qui est en train de rejeter religion et peuple invasif devenu insupportable. 

    (1) Débat BenCheikh Obrou https://www.youtube.com/watch?v=s1qVCn6xLbo

    (2) Débat Obrou Azihari https://youtu.be/2hocN3pVwvo

     

  • Les Résurrections

     

    Ce qui doit être évidemment central dans les discussions sur la mort, c'est la mise au clair des différentes traditions de la culture occidentale sur le vaste et essentiel sujet de la résurrection, espérance chrétienne fondamentale et d'une certaine manière, premier argument essentiel en faveur de cette religion. 

    Tout d'abord, le judaïsme, qui initialement ne considérait après la mort qu'une existence silencieuse dans un Shéol assez sinistres. C'est sur le tard qu'apparait une résurrection débattue entre les pharisiens qui y croyaient et les sadducéens plus traditionalistes. 

    Ensuite le catholicisme et la question de la relation entre la résurrection de la chair, proclamée indispensable à la véritable vie éternelle, et la simple survie de l'âme, immédiatement après la mort. 

    Le protestantisme se partage entre la position orthodoxe qui insiste sur la résurrection de la chair, avenir du monde, et un calvinisme qui donne à l'âme une existence suffisante pour pouvoir s'en passer quasiment. 

     

  • Les Religions

     

     

    Alors qu'on parle beaucoup de la chose, de sa fin, de sa résurgence et de ses évolutions, et aussi des choses nuisibles qui l'accompagne, la question de la religion mériterait d'être mieux définie, pour être mieux apréhendée. 

    Je dirais, avec forfanterie, que la religion c'est 3 choses. 

    D'abord le surnaturel sous la forme qu'il veut et il y en a beaucoup, mais cet "arrière monde" impalpable et réel, cette chose dont on parle en tremblant. Bref.

    Ensuite il y a les rites, les génuflexions, les discours, les relations publiques entretenues avec le précédent. Et aussi les engagements publics, eux aussi, entretenus et déclarés et sans qui il n'y a pas de religieux à proprement parler. 

    A ce point, on pourrait croire avoir fini. Mais il reste peut-être le principal et qui est le discours sur les deux précédents. Discours descriptif (qu'est-ce que Dieu?) et aussi impératif (il faut faire cela pour le satisfaire) mais également l'histoire, le pourquoi, bref l'explicatif, tout ce qui justifie et ancre dans la raison la chose. Tout ce qui répond aux questions et qui pourrait être le "narratif" qui justifie l'ensemble, mais aussi qui constitue le "méta discours" sur l'ensemble du religieux concerné. Son existence dans l'histoire, dans l'écrit, dans la civilisation: bref tout ce qui décrit l'ensemble de ce qui préoccupé les hommes à son sujet. 

    On en vient alors à ce qui reste après la disparition d'un au-delà incroyable et d'un rituel devenus vide de sens: et bien il reste l'explication de l'ensemble et je me vois ravi de croire que ces choses ont bien existées, au niveau de profondeur dont les créateurs et pratiquants de ces choses les ont décrites. S'il ne reste que cela  et qu'on les révère et compare, et bien c'est déjà quelque chose et nul ne peut décemment ignorer ce qui devient de l'histoire, de la culture et de l'identité. 

    Les jeter comme part à oublier du passé est un non sens pathologique impardonnable, et s'il existe une idéologie, une pratique ou une morale qui  veut le faire ou qui le laisse faire, et bien c'est qu'elle est aussi une religion de remplacement qu'on peut donc aussi décrire. Et là on se marre: on peut alors comparer les dogmes, ligne à ligner, et commenter ! 

    C'est là que les choses deviennent palpables et manifestes: il y a bien des hiérarchies entre les cultures, et le raffinement, la profondeur et la beauté se voient quand ceux qui les portent se tiennent côte à côte. 

  • Les Contre propositions

     

     

    À propos des interrogations actuelles dans le monde de gauche sur les "lumières sombres" en général (1), on se prend à contempler des beaux spectacles et surtout ce qui apparait comme un mode de pensée, une attitude intellectuelle générale, une caractéristique de cette pensée, voire une partie de sa signification. 

    Dans l'émission citée, on voit une dame ( Nastasia HADJADJI ) parler de "techno fascisme" et s'étonner que Peter Thiel théoricien du dépassement de la démocratie, qui opposait "démocratie" et "liberté", soit reçu devant le portrait de Montesquieu. Tout était dit, et la dame voulait "cancel" le monstre. Et puis, elle situe la Silicon Valley dans le techno fascisme, qui a inventé le QI, exalté la supériorité des entrepreneurs tout ça financé par le complexe militaro-industriel. 

    Cette manière de voir traduit bien la notion de "situation", élément fondamental de la culture woke et qui positionne et valorise les entités et objets de pensée en fonction de leur situation dans leur existence et ou dans le combat politique. On pourrait penser que l'on puisse chercher dans les idées, dans leurs relations abstraites, dans les rapports avec les cultures des nouveautés, des rapprochements, bref on pourrait se faire un peu "intellectuel". Las ! Un intellectuel, ce n'est pas cela, c'est un combattant contre le viol, le fascisme, le racisme, et s'il est fasciste, il faut non pas le comprendre ou l'expliquer mais le "combattre", ou au moins le "condamner". 

    Ce qu'il y a de frappant, et d'ailleurs de naturel dans cette attitude, c'est qu'elle voit finalement quelque chose de juste dans ce qu'elle décrit et qui est précisément dirigé contre elle! Car les lumières sombres, c'est d'abord et avant tout, mais d'un point de vue intellectuel, un dépassement, ou une critique radicale du moralisme, forme première de l'expression du camp de la gauche en général, à qui on peut tout attribuer, depuis le communisme d'antan jusqu'au woke global actuel. 

    Mieux la sombre clarté, c'est l'émancipation au sens de la définition qu'en donne les lumières, de ce moralisme et le rejet des appartenances toutes faites, et des religions moralinaristes de notre époque. 

    La discussion à ce sujet porte d'ailleurs ensuite sur Deleuze, penseur de gauche s'il en est, mais évidemment (il suffit de lire) récupérable et récupéré par nos fachos, qui d'abord issus des libertariens (Curtis Yarvin et Nick Land en premier lieu) font leur miel des concepts de "déterritorialisation", de "rizhomes" (plutôt que de hiérarchie), d'"axiomes" (du libéralisme et des droits de l'homme), de "corps sans organes" (pour matérialiser plutôt le désir et la culture), de "machine de guerre" (pour exprimer la guerrilla culturelle contre l'Etat). On voit là à l'oeuvre et magnifiquement le caractère novateur d'un intellectualisme novateur qui se situe délibérément au-delà des engagements politiques et le désarroi qui saisit le gauchiste quand il réalise qu'un penseur "de gauche" se voit récupéré par les fascistes fait plaisir à voir. 

    Bien sûr il y a la preuve suprême, Peter Thiel, tout girardien qu'il est, dirige la société Palentir qui permet aussi de détecter les fascistes sur Twitter (on n'évoque pas la chose), et qui donc veut remplacer... l'Etat ! Formidable auto contradiction du camp du bien, incapable de réaliser ce qui lui arrive. Et puis ses lectures ! Schmitt (le juriste du IIIème Reich) et Girard (le théoricien de la violence, qui a donc une vision du monde basée sur la violence). 

    Heureusement qu'Eugénie Bastié, qui a compris elle, explique qu'il s'agit d'une philosophie "à coup de marteau" dirigée contre la religion progressiste. Cette affirmation, celle de la "Cathédrale" de Yarvin laisse nos gauchistes stupéfaits: les clercs de la nouvelle religion pris dans leur soutane en sont saisis ! 

    Et puis on les flingue: vous vous croyiez jeunes, riches et intelligents, et vous vous réveillez vieux, appauvris et ruinés, et apprenant la vie de la part du monde entier. Mais on se rassure: c'est aussi une critique du "néo libéralisme", qui là fera l'unanimité à gauche, désormais à la recherche d'un contre discours, qui sera difficile à trouver. 

     

     

    (1) https://www.france.tv/france-5/c-ce-soir/saison-6/8078292-silicon-valley-les-milliardaires-contre-la-democratie.html