Le fameux "motto" "l'islam n'est pas l'islamisme" ou son contraire sont en débat.
On connait les positions, dont la principale variante, répétée à plus soif, est que l'islam, religion pacifique intégrée n'est pas l'islamisme, expression d'un islam politique meurtrier qui ne serait pas l'islam et même qui n'aurait rien à y voir, l'"écrasante majorité" des musulmans ne pouvant qu'être "stigmatisés" par la fausse accusation d'extrémisme qui leur serait faite ne les accusant d"islamisme".
Le mot était pourtant l'équivalent de "christianisme" et désignait avant ce qu'on appelle aujourd'hui l'islam tout court. Le mot "islam" revêtant maintenant les contours sacrés d'un être multiforme lui même sacré, car intouchable et à la fois respectable par force, car menaçant, toute interprétation à son sujet devant difficile car suscitant, et là ça devient intéressant, agressivité maximale systématique que ce soit des fanatiques déclarés, ceux que bien sûr on condamne mais aussi, et c'est le point, des innocents respectables qui accusent eux aussi: d'être accusés à tort.
L'accusation d'être accusé à tort est en effet le premier paradoxe du musulman respectable, être humain doté des droits de l'homme, qu'il entend faire respecter et qu'on ne peut contredire, sa respectabilité justifiant sa position, inexpugnable.
Le plus gluant et le plus suave des musulmans réformateurs, Ghaleb Ben Cheikh (1) est ainsi aussi le plus intransigeant contempteur de toute allusion qu'il estime islamophobe à un islam dont il est le seul à maitriser la complexité, s'estimant en débat avec un autre inexpugnable théoricien de ce n'est pas l'islam, Tarek Obrou (2), engagé dans une redéfinition théologique qui tout en lui assurant une incontestable influence auprès des musulmans semble pourtant, mais je n'ai pas compris, forcément, en désaccord complet avec tout ce qu'on entend d'habitude: prétendant travailler à l'adaptation d'un islam forcément déjà compatible avec une modernité évidente, il entend conserver l'orthopraxie dans la vie moderne et c'était comme si c'était fait, car il faut connaitre sociologie et herméneutique pour comprendre les détails du projet.
Question: les sciences humaines doivent-elles être limitées ? Sont elles les seules à utiliser pour accéder au texte coranique ?
On retiendra, à propos de la réforme, une remarque immortelle de BenCheikh: "les séquences Descartes et Freud ont été ratées dans le contexte islamique". Et le monsieur de citer au nom de la connaissance les thèses de Mutazilites confirmés, comme si cela était d'actualité, la prétention intellectuelle se permettant de briller sans consistance, la question de l'incréation du Coran ne se posant évidemment pas ou plus, et pourquoi ne pas faire semblant de croire que si ?
On retiendra aussi de la part d'Obrou ses questions sur l'accès au religieux des jeunes: sont ils formés à la théologie spéculative et mystique ? À l'herméneutique fondamentale et appliquée ? Aujourd'hui, il n'y a plus la pensée complexe qui existait au Moyen-Age (...). La poussière de l'histoire et la violence des sondages, c'est de la sociologie, pas de la théologie. Et il met en avant son projet théologique d'extraire le souffle de transcendance de la révélation coranique exprimée dans son époque pour l'acculturer avec la postmodernité occidentale...
On formera la thèse qu'à travers ces palinodies se profile quelque chose de culturel, l'intensité de la foi, sa manifestation dans un contexte orthopraxique, celui d'une religion connue pour cela, se manifestant ainsi dans un plus/moins qui affecte toute la relation avec le religieux considéré. Plus ou moins musulman ? Voilà le problème et il se décline à l'infini, dans une religion avec prescription, mais sur un axe orienté. Doute, pratique personnelle, adaptation au réel, un même substrat, une même obligation globale se manifeste, se réfléchit, se choisit, s'anticipe, se prévoit, s'invite, se prédit.
On peut débattre des interprétations, des modernisations, des réformes qui se présentent selon nos intellectuels sous la forme d'une digestion de l'inacceptable enrobé par tout ce que l'occident peut proposer comme "méthodes", en fait de stratégies convoluées pour noyer le poisson derrière la complexité des analyses, l'essentiel étant de préserver un principe qui lui ne souffre pas de modification. Mieux, il suffit (c'est ce qui apparait d'après leur verbiage) de mentionner qu'on va ou qu'on devrait mettre en oeuvre ces "méthodes" pour atteindre le but, esbrouffe à blancs et prétention occidentaliste pédante. Il n'est que de consulter la liste des sciences que BenCheik met en oeuvre pour travailler:
" sans prétendre à l'exhaustivité bien entendu la psychologie et la sociologie et en plus leur mythique l'exégèse la philologie, la grammaire, l'historiographie, la codicologie, la paléographie, la sémiotique, la médiologie, la linguistique, tout cela doit concourir à la compréhension du fait religieux et en l'espèce du fait islamique".
C'est donc bien dans ce contexte qu'on a bien un "islamisme" comme pathologie d'un corps déjà malade, la bonne santé consistant à ne pas faire ce qu'on devrait, c'est-à-dire suivre littéralement la barbarie islamique. Inversons les deux termes: "islam" devient la frénésie fanatique qui se décline à l'infini dans tous les littéralismes débiles qui agitent les différentes visions, stratégies de conquête, identifications ethnico-civilisationnelles qu'on peut voir, toute architecturées autour d'une pseudo révélation obscure autoritaire, et "islamisme" devient l'ensemble des manières de ne pas appliquer ou mettre en oeuvre ces absurdités, de manière à pouvoir vivre tout simplement, que ce soit dans un pays musulman travaillé par la modernité et ses nécessités ou dans un pays européen sécularisé qui est en train de rejeter religion et peuple invasif devenu insupportable.
(1) Débat BenCheikh Obrou https://www.youtube.com/watch?v=s1qVCn6xLbo
(2) Débat Obrou Azihari https://youtu.be/2hocN3pVwvo