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  • Les Religions

     

     

    Alors qu'on parle beaucoup de la chose, de sa fin, de sa résurgence et de ses évolutions, et aussi des choses nuisibles qui l'accompagne, la question de la religion mériterait d'être mieux définie, pour être mieux apréhendée. 

    Je dirais, avec forfanterie, que la religion c'est 3 choses. 

    D'abord le surnaturel sous la forme qu'il veut et il y en a beaucoup, mais cet "arrière monde" impalpable et réel, cette chose dont on parle en tremblant. Bref.

    Ensuite il y a les rites, les génuflexions, les discours, les relations publiques entretenues avec le précédent. Et aussi les engagements publics, eux aussi, entretenus et déclarés et sans qui il n'y a pas de religieux à proprement parler. 

    A ce point, on pourrait croire avoir fini. Mais il reste peut-être le principal et qui est le discours sur les deux précédents. Discours descriptif (qu'est-ce que Dieu?) et aussi impératif (il faut faire cela pour le satisfaire) mais également l'histoire, le pourquoi, bref l'explicatif, tout ce qui justifie et ancre dans la raison la chose. Tout ce qui répond aux questions et qui pourrait être le "narratif" qui justifie l'ensemble, mais aussi qui constitue le "méta discours" sur l'ensemble du religieux concerné. Son existence dans l'histoire, dans l'écrit, dans la civilisation: bref tout ce qui décrit l'ensemble de ce qui préoccupé les hommes à son sujet. 

    On en vient alors à ce qui reste après la disparition d'un au-delà incroyable et d'un rituel devenus vide de sens: et bien il reste l'explication de l'ensemble et je me vois ravi de croire que ces choses ont bien existées, au niveau de profondeur dont les créateurs et pratiquants de ces choses les ont décrites. S'il ne reste que cela  et qu'on les révère et compare, et bien c'est déjà quelque chose et nul ne peut décemment ignorer ce qui devient de l'histoire, de la culture et de l'identité. 

    Les jeter comme part à oublier du passé est un non sens pathologique impardonnable, et s'il existe une idéologie, une pratique ou une morale qui  veut le faire ou qui le laisse faire, et bien c'est qu'elle est aussi une religion de remplacement qu'on peut donc aussi décrire. Et là on se marre: on peut alors comparer les dogmes, ligne à ligner, et commenter ! 

    C'est là que les choses deviennent palpables et manifestes: il y a bien des hiérarchies entre les cultures, et le raffinement, la profondeur et la beauté se voient quand ceux qui les portent se tiennent côte à côte. 

  • Les Contre propositions

     

     

    À propos des interrogations actuelles dans le monde de gauche sur les "lumières sombres" en général (1), on se prend à contempler des beaux spectacles et surtout ce qui apparait comme un mode de pensée, une attitude intellectuelle générale, une caractéristique de cette pensée, voire une partie de sa signification. 

    Dans l'émission citée, on voit une dame ( Nastasia HADJADJI ) parler de "techno fascisme" et s'étonner que Peter Thiel théoricien du dépassement de la démocratie, qui opposait "démocratie" et "liberté", soit reçu devant le portrait de Montesquieu. Tout était dit, et la dame voulait "cancel" le monstre. Et puis, elle situe la Silicon Valley dans le techno fascisme, qui a inventé le QI, exalté la supériorité des entrepreneurs tout ça financé par le complexe militaro-industriel. 

    Cette manière de voir traduit bien la notion de "situation", élément fondamental de la culture woke et qui positionne et valorise les entités et objets de pensée en fonction de leur situation dans leur existence et ou dans le combat politique. On pourrait penser que l'on puisse chercher dans les idées, dans leurs relations abstraites, dans les rapports avec les cultures des nouveautés, des rapprochements, bref on pourrait se faire un peu "intellectuel". Las ! Un intellectuel, ce n'est pas cela, c'est un combattant contre le viol, le fascisme, le racisme, et s'il est fasciste, il faut non pas le comprendre ou l'expliquer mais le "combattre", ou au moins le "condamner". 

    Ce qu'il y a de frappant, et d'ailleurs de naturel dans cette attitude, c'est qu'elle voit finalement quelque chose de juste dans ce qu'elle décrit et qui est précisément dirigé contre elle! Car les lumières sombres, c'est d'abord et avant tout, mais d'un point de vue intellectuel, un dépassement, ou une critique radicale du moralisme, forme première de l'expression du camp de la gauche en général, à qui on peut tout attribuer, depuis le communisme d'antan jusqu'au woke global actuel. 

    Mieux la sombre clarté, c'est l'émancipation au sens de la définition qu'en donne les lumières, de ce moralisme et le rejet des appartenances toutes faites, et des religions moralinaristes de notre époque. 

    La discussion à ce sujet porte d'ailleurs ensuite sur Deleuze, penseur de gauche s'il en est, mais évidemment (il suffit de lire) récupérable et récupéré par nos fachos, qui d'abord issus des libertariens (Curtis Yarvin et Nick Land en premier lieu) font leur miel des concepts de "déterritorialisation", de "rizhomes" (plutôt que de hiérarchie), d'"axiomes" (du libéralisme et des droits de l'homme), de "corps sans organes" (pour matérialiser plutôt le désir et la culture), de "machine de guerre" (pour exprimer la guerrilla culturelle contre l'Etat). On voit là à l'oeuvre et magnifiquement le caractère novateur d'un intellectualisme novateur qui se situe délibérément au-delà des engagements politiques et le désarroi qui saisit le gauchiste quand il réalise qu'un penseur "de gauche" se voit récupéré par les fascistes fait plaisir à voir. 

    Bien sûr il y a la preuve suprême, Peter Thiel, tout girardien qu'il est, dirige la société Palentir qui permet aussi de détecter les fascistes sur Twitter (on n'évoque pas la chose), et qui donc veut remplacer... l'Etat ! Formidable auto contradiction du camp du bien, incapable de réaliser ce qui lui arrive. Et puis ses lectures ! Schmitt (le juriste du IIIème Reich) et Girard (le théoricien de la violence, qui a donc une vision du monde basée sur la violence). 

    Heureusement qu'Eugénie Bastié, qui a compris elle, explique qu'il s'agit d'une philosophie "à coup de marteau" dirigée contre la religion progressiste. Cette affirmation, celle de la "Cathédrale" de Yarvin laisse nos gauchistes stupéfaits: les clercs de la nouvelle religion pris dans leur soutane en sont saisis ! 

    Et puis on les flingue: vous vous croyiez jeunes, riches et intelligents, et vous vous réveillez vieux, appauvris et ruinés, et apprenant la vie de la part du monde entier. Mais on se rassure: c'est aussi une critique du "néo libéralisme", qui là fera l'unanimité à gauche, désormais à la recherche d'un contre discours, qui sera difficile à trouver. 

     

     

    (1) https://www.france.tv/france-5/c-ce-soir/saison-6/8078292-silicon-valley-les-milliardaires-contre-la-democratie.html