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Nietzsche

Nietzsche, le grand inspirateur de tous les zozos est essentiellement un futur fou qui se contredit en permanence. Il convient cependant de remarquer à quel point il est "intéressant" et de le signaler à chaque fois. Car la contradiction a toujours plusieurs formes et vient de partout, se renforce et finalement plait. C'est à ça qu'on la reconnait.

 La volonté de puissance (Wille zur Macht)

On peut parler de la volonté de puissance, qui n'est pas une volonté, et qui ne veut pas la puissance. Esprit du monde, moteur énergétique des animaux et donc de la spiritualité véritable, elle se décline de plusieurs manières. Contradictoires, bien sur. D'abord bien sur comme la volonté de Schopenhauer mais aussi de plein de façons différentes. 

D'abord comme un "déterminisme": la volonté est donc esclave... "oh toi ma volonté ... ma nécessité". Ca commence bien. Il y a mieux: l'apparence, seule forme de la réalité EST la VDP. Plus exactement, c'est le réel qui est la VDP, et qui s'identifie à l'apparence donnée. 

La contradiction, redoublée est donc fondatrice: c'est l'absolue soumission à un principe d'arbitraire qui rend l'apparence souveraine et donc irréelle, c'est à dire seule réalité... De fait, le message devient logique et la double négation s'anéantit: même l'explication devient immanente, et c'est sans doute le but. Pas mal non? 

Mieux, la "volonté" n'a pas de finalité: le déterminisme est sans but: qu'est ce qui corrigera cette autre contradiction dans les termes ? Facile: l'action est son propre but, c'est cela la volonté, on revient à l'équilibre, donc... 

VDP devient le "fait ultime", et donc la base de la vie ("la vie est VDP"), mais aussi des pulsions et des désirs. Le voilà l'inconscient qui a tant plus au monde moderne, le clinamen quoi: Epicure et Lucrèce, le fondement matérialiste des choses, déviation créatrice de l'équilibre de tout. Il n'y a pas que là qu'Epicure et Nietzsche se retrouvent, c'est le même esprit global... La puissance d'agir de Spinoza est évidemment du même acabit, le groupe des dissidents se constitue et on se retrouve. 

Par contre, on se déchire entre soi: Nietzsche reproche à Spinoza son conatus, trop dirigé vers l'intérieur: la VDP elle est sortante, et on ne peut "vouloir la vie": la vie EST la VDP ! 

Et puis la VDP s'adresse à l'homme et révolutionne (philosophiquement) la psychologie: celle ci est mu par les profondeurs de la VDP. L'inconscient vous dis-je: on sort de l'examen de la pensée comme forcément rationnelle pour la faire mouvoir par autre chose. Et donc, la psychologie devient reine: l'expression rationnelle de l'irrationalité de la pensée. Un vrai régal. Au passage, on note l'identification du psychologique au biologique tout cela est sur la VDP. On distingue dans cette opposition dépassée une double négation féconde... Et puis, et c'est aussi un aspect déterministe de la chose, la grande explication reste la "causalité" impériale et immédiate, qui commande tout, et donc, qui permet de tout ramener à la VDP... 

 Les valeurs

Bien, mal tout est relatif et ça c'est Nietzsche: gut, gott, goth (N. adore les jeux de mots) tout ça fut défini par la race supérieure, bonne, et opposée à la race inférieure mauvaise. C'est tout. A la fois inflexible et indécidable et donc immuable, on reconnait là l'inéluctable d'un divin arbitraire. Au passage, les aryens sont bien la race des maitres, on y est, par contre, la race est bien "canine": on sélectionne, on améliore, on travaille: tout cela est acquis et donc "on n'est pas raciste", mieux la race vient de la culture et vice et versa. 

En parlant de race, les juifs sont tout de même les inventeurs de l'inversion des valeurs, précisément. Peuple d'esclaves, esclaves longtemps, essentiellement esclaves d'ailleurs, ils en inventent la révolte, précisément. Les valeurs de l'esclave deviennent premières: effort plutôt qu'aptitude, maitrise des pulsions, amour des pauvres, ascétisme, toutes les valeurs hostiles à la vie. 

La caractéristique de cette inversion est bien sur le sentiment de culpabilité suscité pour retourner le ressentiment contre soi même: c'est ta faute si tu souffres.

Tout le pouvoir aux prêtres, et le juif Jésus n'est que l'un d'entre eux. Et c'est alors que l'on inverse encore une fois: il faut être terriblement amoral pour maitriser cela et exercer ce pouvoir inhumain sur les esclaves: 

"Il faut être très immoral pour faire de la morale en action...". Les prêtres sont des dompteurs immoraux et pervers, car il enseignent et imposent la dégénérescence pour mieux assoir la domination des faux maitres. C'est donc au nom de la liberté qu'il faut combattre la démocratie, instrument de la domination des prêtres. Redoublement de négation, le pattern marche bien. 

 

Le besoin de la cruauté

Depuis les jeux du cirque, l'extase devant la croix ou la corrida, le besoin de la cruauté "cette grande Circé", est universel. 

C'est là que Adorno et Horkeimer (5) situent la grande vertu de Nietzsche dont ils inversent carrément les valeurs: la jouissance cruelle du maitre est l'expression de la révolte contre l'oppression. Tout simplement. Le XXème siècle sera contradictoire ou ne sera pas et il l'a été. La cruauté n'est pas au nom d'une idole mais personnelle, elle exprimer en ruinant l'hypocrisie la jouissance de la domination et puis, philosophe des lumières, Nietzsche: tout comme Sade. Cruauté de la domination arbitraire: loi et nature, bien sur... 

Contre Platon

Bien sur Platon est très critiqué...  Mieux: identifié au spiritualisme, à la notion de sujet et bien sur au christianisme, il est considéré comme un théoricien de la faiblesse et un précurseur (en plus des juifs) du christianisme.

 Contre Marx

Contemporain est lecteur de Marx, N. a bien sur un avis: l'"exploitation" est bien sur une conséquence inéluctable de la volonté de puissance, et Marx n'est qu'un chien, d'après Zarathoustra, un chien de feu. 

Le soupçon

Par définition philosophe du soupçon, N. a en fait inventé l'expression, qui acquiert donc bien son coté ambivalent entre les mains du maitre: 

"soupçon implacable, radical, extrême envers nous-mêmes, qui s'empare de plus en plus, de plus en plus durement de nous, Européens", "Supprimez ou bien vos vénérations, ou bien - vous-mêmes !". Le nihilisme, donc. 

La Généalogie

En parlant de soupçon, introduisons ce qu'il y a de "relativiste" chez N. Généalogie, soupçon, perspectivisme, tout est là pour mettre en situation. Les choses sont devenues et depuis le croisement néfaste des races et l'entrainement à  l'esclavage, tous les déterminismes historiques et généalogiques, transhistoriques bien sur sont là. 

Et puis, au delà des généalogies, une autre contraction: "il n'y a pas de faits, que des interprétations"... 

Le nihilisme

On en vient à la grande question. Nietzsche combat le nihilisme et en accuse tout le rationalisme et tout l'idéalisme... Car il y a le nihilisme destructeur suicidaire et le nihilisme chrétien de l'au delà, finalement de même nature car mettant le souhaitable hors du monde. 

Et puis, il y a le nihilisme héroïque de celui qui refuse le monde pour mieux l'accepter. La pensée la plus négatrice qui soit (tu parles): par delà le bien et le mal. La figure de la double négation, particulièrement présente est bien fondatrice ici: Nietzsche est bien sur nihiliste, comprenne qui peut... 

L'essentiel est tout de même l'annonce de la mort de Dieu, charmante contradiction (c'est le fond de la foi chrétienne) qui se trouve retournée deux fois, donc. Annonce de la culpabilité nihiliste, elle est AUSSI gaité, tout en étant une ombre qui se répand sur l'Europe: la fin du dieu chrétien annonçant le nihilisme, le vrai... Bref, une charmante choucroute energophore.

Il faut rattacher tout cela aussi au sentiment de culpabilité, celui d'avoir mis à mort le Christ, précisément et qu'on retrouve bien sur dans la deuxième mort du Dieu, sentiment bien sur à dépasser etc. 

La musique

La musique nous donne ce qui précède toute forme, le noyau intime[Kern], le cœur des choses [das Herz der Dinge].

Là on est bien d'accord, la frénésie dyonisiaque de N. envers Wagner qu'il se mit ensuite à dénoncer pour médiocrité. 

Pourtant, N. fut le philosophe de la musique et musicien lui même, peut être n'a t il été qu'un musicien, auteur d'une musique devenue philosophie (2). Et c'est ainsi que la pensée de l'éternel retour ne serait en fait qu'une pensée musicale. Il le dit lui même d'ailleurs "la pensée même de l’éternel retour est manifestement indissociable de la sensibilité à la musique". Et puis: "Sans la musique, la vie serait une erreur": "Ohne Musik wäre das Leben ein Irrtum". Et puis: 

"La jubilation, l’excitation à vivre qu’elle provoque ou accroît traduisent une acceptation pleine et entière de la réalité, au point d’en faire souhaiter la permanence ou le retour ". Bien dit... Et d'ailleurs cette question est liée à la notion de rythme, essentielle à la musique. La musique, d'abord dyonisiaque devient alors, décidément la danse est rythmée de partout, à la fois ivresse et conscience de l'ivresse, le rythme étant déchainement et aussi contrainte. C'est ainsi qu'on a une définition de l'état de la perception musicale: un de ces rêves où l'on sait que l'on rêve. Il n'y a que les contradictions dans les termes pour exprimer cela... 

Par contre la trahison de Wagner, et pour Carmen en plus, fait de Nietzsche, comme on l'a dit un grand négateur de lui même. Ah Carmen, loin des brumes, "Sa gaîté est africaine" ! Le fait est que N. s'est déchainé contre le culte wagnérien: spectacle grand public, mais aussi porteur de modernité musicale destructrice (on reconnait bien là le contradicteur contradictoire), il haïra aussi chez Wagner l'allemand antisémite de l'époque, méprisable homme du ressentiment... Une jalousie de créateur musical allemand fin de siècle? "il a rendu la musique malade". Il faut aussi dire que si la tétralogie c'est 1876, Parsifal c'est 1882, N. n'aime pas le christianisme moyen âgeux, il faut le dire.

Par contre, nulle trace de Bruckner dans ce qu'on dit de N.. L'a-t-il connu?

Pourtant en 1873, Wagner accepte de Bruckner la dédicace de sa 3ème symphonie...  

L'éternel Retour

 "amor fati": ah la belle philosophie, fait comme et réalise que, tout se répète indéfiniment à l'identique. Doctrine historique, religieuse, moral, scientifique? C'est à coup sur une excellente idée, et apparemment similaire à la métempsychose et à la réminiscence platonicienne, comme quoi qui aime bien châtie bien.  

"la question, posée à propos de tout et de chaque chose, « veux-tu ceci encore une fois et encore d'innombrables fois ? » ferait peser sur ton agir le poids le plus lourd ! Ou combien te faudrait-il aimer et toi-même et la vie pour ne plus aspirer à rien d'autre". Une certaine grandeur de la part du maître, il faut le dire. 

Le caractère scientifique de la doctrine est pourtant patent pour le moustachu: il se permet de critiquer la science de son temps à cause de cela et son enthousiasme pour le très original jésuite astronome des lumières Boscovich est assez saisissant: de quoi unifier, en vrai philosophie pré socratique les forces mentales et naturelles. Boscovich (1) théorisa des points de forces non matériels pour expliquer toutes les forces. De la pré gravitation à boucles en  quelque sorte, en tout cas et c'est ce qui séduit N., il est "avant" la matière, la substance, le "dur". La notion de force, d'énergie est donc première, et l'atome est non matériel. Mieux: l'espace est une apparence, il n'y a que de l'énergie partout.

Energie (ou force) infinie étant contradictoire selon N. (sinon, il n'y aurait rien...), tout se conserve donc et donc aussi le nombre d'états et l'éternel retour est donc confirmé. Mieux, sa théorie de l'énergie est ainsi la base de tout, de VDP et aussi de ER.

Au fait, le déclenchement de l'énergie (Energie), de la puissance (Macht), de la force (Kraft) c'est l'"Auslösung". 

Et puis, on a l'échange de puissance, bien sur à la base des relations humaines, et cela dans tous les domaines. On soupirera sur ces généralisation scientistes, très XIXème siècle, et qui eurent des conséquences. Savoir que le XXème siècle développa toutes les clarifications possibles sur ces questions ne devrait pas lasser d'inspirer. De ce point de vue, le pauvre N. fait pitié, mais aussi tous ceux qui embrayent directement sur le coté figuré en laissant de coté le coté figurant, pourtant base de la métaphore, et profondément datée, je dirais, elle aussi. Toutes ces identifications avec l'énergie, avec pour finir la détestation métaphysique de l'énergie nucléaire me répugnent profondément.  

 Heidegger

On l'avait déjà remarqué, H. est bien sur anti N., la VDP étant essentia, l'ER existentia, donc métaphysique de l'être théologique classique, un platonicien vous dis-je. En tout cas, cela ressemble à de la jalousie mal placée: le poète envieux de l'être rejette son initiateur en négation du principe de la contradiction dans les ténèbres du rationalisme. Il en fallait du culot, et H. n'en manque pas. Il évoque, lui aussi est un génie et aussi un généalogiste (et au combien) le nihilisme de N. comme épuisant, après la disparition du supra sensible, les valeurs qui en restent dans la volonté de puissance, devenu le nouvel être. Et oui, on a là un objet G, et c'est H. qui le dit. (3).

 Le surhomme Übermensch

Au delà de la "brute blonde" "en quête de proie et de carnage", le surhomme c'est d'abord l'abolition de l'homme soumis à la raison et le sujet par excellence de la VDP. Il est donc ce que l'homme est au singe: le "sursinge" (Maurice G. Dantec).

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 Le surhomme a évidemment un pendant le "dernier homme". "Sa race est indestructible comme celle du puceron".

Sans parle du sublime (Zarathoustra dixit) "Je vous apporte un nouvel amour et un nouveau mépris : le surhomme et le dernier des hommes." On continue, "L'homme est quelque chose qui doit être surmonté." "…ce que doit être l'homme pour le surhomme : une dérision ou une honte douloureuse." Bref, ça fait envie. 

 Foucault

 On doit à Jacques Bouveresse un dézinguage de Foucault au nom de Nietzsche qui vaut le détour (4).

Car pour N. et pour B., c'est la vérité au sujet de la vérité que l'on cherche, et elle n'est pas ce que l'on croit. Voilà le sens (contradictoire, mais puissant) que les meilleurs peuvent attribuer à N. et là est sans doute le fond du génie, toutes les apories étant, au moins en principe, porteuses de sens. 

Foucault n'a pas cette subtilité, ou du moins pas d'après B. Il affirmerait bien que la notion même de vérité est au sens anthropologique issue de la volonté de connaître. Rien de tout cela dans le contradictoire véhément de N. 

Le Gai Savoir, La gaya scienza

On y trouve des choses variées et aussi l'utilisation des paradoxes logiques pour prouver l'absence de la vérité... 

Sinon, l'esprit fort de N. m'a toujours paru comme une recette secrète pour gauchiste manipulateur: le plus grand mépris pour toute espèce de sous homme et un grand discours de haine pour toute autorité, comme si on cherchait à convaincre des femmes en se faisant passer pour un révolutionnaire: un discours et une conscience d'adolescent frustré, et cela a d'ailleurs service à cela à un point invraisemblable pendant tout le XXème siècle... Et puis, aussi une doctrine secrète: il faut prendre le temps de lire, et cela n'est pas donné à tout le monde. On se fait à bon compte une motivation d'initié en silence, pour mieux extérioriser l'essentiel: le refus des valeurs, certes, mais au prix du bétonnage intérieur sataniste. On a rien sans rien: le gai savoir est celui du chien qui voudrait être un loup (pas mal celle là, non?).

 

N. meurt en 1900, végétatif depuis prés de dix ans. Le début de sa grande déchéance en 1889, correspond à un cheval battu par son cocher qu'il embrasse mystérieusement à Turin. 

(1) Boscovich https://www.persee.fr/doc/rhs_0151-4105_1996_num_49_4_1262 

Il fut parait-il fasificationniste ou du moins mentionne l'approche, en critiquant le réalisme naïf. Il n'en reste pas moins un inductiviste et se doit d'être cité en ces domaines.

(2) https://www.cairn.info/revue-archives-de-philosophie-2001-2-page-343.htm

(3) H.etN. https://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_1968_num_66_91_5445

(4) http://www.actu-philosophia.com/Jacques-Bouveresse-Nietzsche-contre-Foucault

(5) Horkeimer et Adorno http://journals.openedition.org/asterion/1585 

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